XI

Les jeux sont faits, les dés sont jetés, rien ne va plus

Note de l'auteur : Voilà le chapitre 11. Ça sent la fin tout ça. Il reste sûrement encore un ou deux chapitres, mais pas plus, je pense. Ne me haïssez pas trop pour cette fin de chapitre. J'ai pour projet d'écrire d'autres fics sur cette timeline. La suite des aventures des Kirk et Spock de cette fic. Bonne lecture et merci pour vos reviews !

Delta Vega. Point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Nous venions de laisser le vieux Vulcain à l'avant-poste de Starfleet. La tempête s'était calmée et nous marchions vers notre navette. Nos pieds s'enfonçaient profondément dans la neige, fraîchement tombée, à chacun de nos pas, rendant notre progression difficile. Spock était parfaitement silencieux. Y compris en pensée. Cela commençait à m'angoisser. Quelque chose n'allait manifestement pas. Je m'arrêtai soudainement, exaspéré et l'obligeai à en faire de même, en le retenant par l'épaule, pour lui faire face.

« Accouche. » L'invitai-je, sans détour.

Il ne sembla pas comprendre l'expression. Je soupirai, agacé.

« Dis-moi ce qui ne va pas. » Précisai-je.

Il resta obstinément taiseux, regardant partout, sauf vers moi. Je commençais à le connaître suffisamment pour savoir qu'il n'était pas très prolixe, en ce qui concernait ses émotions, et tentai de le décrypter.

« C'est d'avoir vu cette scène de tes propres yeux qui t'a ébranlé ? » Demandai-je, calmement, en posant ma main sur son bras.

« Je suis un Vulcain, Jim. Les vulcains ne sont pas ébranlés. » Répondit-il, sur la défensive, en me fixant enfin dans les yeux.

« Conneries ! » M'emportai-je, en levant les mains au ciel. « Vous ressentez des choses. Certes, plus profondément, mais surtout plus intensément que les humains. Je l'ai… éprouvé lors de nos fusions mentales. » Développai-je, d'une voix plus douce, en me rapprochant de lui. « Parle-moi. » Le priai-je, en glissant mes mains sous sa capuche, pour encadrer son visage.

Il posa son front contre le mien, en soupirant, puis m'embrassa du bout des lèvres.

« Je n'avais pas réalisé à quel point j'avais été dur avec toi. Tu as dû souffrir d'apprendre à quel point nous étions liés dans cette autre dimension, en comparaison à notre relation de l'époque. C'était une expérience dérangeante de m'observer, beaucoup plus âgé, si heureux de te voir et en même temps si triste, si seul. Cela m'a fait réaliser que je te perdrai certainement, un jour, et que je devrai continuer sans toi. » Me confia-t-il, murmurant contre ma bouche.

Je ravalai les larmes qui menaçaient de couler sur mes joues et le serrai de toutes mes forces, contre moi.

« Je serai toujours avec toi. » Pensai-je, en l'entraînant dans un baiser passionné, faisant passer tout ce que je ressentais et que je n'avais pas encore le courage de dire, puis le relâchai lentement, encore retourné par ses aveux. J'allais reprendre la parole, quand mon regard se posa par-dessus son épaule. Sur le manteau blanc, comme s'il avait toujours été là, trônait fièrement un temple grec.

USS Enterprise. Point de vue de l'officier en second James T. Kirk.

Je me rematérialisai à bord du vaisseau et cherchai immédiatement mon acolyte des yeux.

« Monsieur Scott ! »

Des coups, contre la paroi d'une citerne, me répondirent. Je m'y précipitai, collant mon oreille contre la cloison en métal.

« Monsieur Scott, vous m'entendez ? » Hurlai-je, paniqué à l'idée de comprendre.

J'entendis d'autres coups, puis le bruit d'une trappe qui s'ouvre. Dans le tuyau de verre transparent, sortant du réservoir, j'aperçus avec horreur, le corps de mon collègue emporté par le courant.

« Tenez bon ! » Criai-je, inutilement, avant de me mettre à courir, en suivant le trajet de la tuyauterie, essayant de ne pas me faire distancer. « Pas de panique ! » Tentai-je de le rassurer, en agitant mes mains.

Le tube prenait un virage à cents quatre-vingts degrés. Je dus faire brusquement demi-tour, me débarrassant de ma parka au passage et vis alors monsieur Scott remonter, à grande vitesse, dans un tuyau vertical, qui menait vers une turbine hydraulique. Il allait se faire déchiqueter par les hélices, s'il ne se noyait pas avant. Je bondis sur la console de commande, pour déverrouiller le sas d'urgence et me retournai juste à temps, pour voir mon acolyte s'écraser au sol, sous des trombes d'eau, avant d'accourir vers lui et de l'aider à s'asseoir.

« Ça va ? »

Il recracha une bonne quantité de liquide, avant de me répondre.

« Ça carillonne dans ma tête, mais ça baigne ! » Hurla-t-il.

Je savais que nous avions peu de temps, avant d'être repérés, le relevai prestement et le tirai par le bras. Nous devions nous dépêcher.

Nous courûmes, de passerelle en passerelle, montant et descendant les escaliers en fer, le plus vite possible, jusqu'à ce qu'un garde, en face de nous, cri : « Halte ! »

Je tentai de faire demi-tour, mais juste derrière nous se tenait Hendorff. Le gros dur qui avait cru bon de défendre Uhura, dans ce bar, au fin fond de l'Iowa, il y avait une éternité et qui m'avait mis la raclée du siècle. Il pointait son phaser sur moi.

« Suis-moi. » Ordonna-t-il. « Cupcake. » Ajouta-t-il sarcastiquement, par pure vengeance de l'avoir surnommé de la même manière, des années en arrière.

Nous nous rendîmes sans trop discuter. Notre but était de nous rendre sur la passerelle de commandement, et c'était justement là qu'ils nous amenaient. Les portes du turbolift s'ouvrirent et nous fûmes poussés vers l'extérieur. Immédiatement, Spock nous sauta à la gorge.

« Qui êtes-vous ? » Demanda-t-il à monsieur Scott, m'ignorant complètement.

« Il est avec moi. » Répondis-je, vexé qu'il ne pose même pas les yeux sur moi.

« Nous sommes en distorsion. Comment vous êtes-vous téléportés à bord ? » Enchaîna-t-il, comme si je n'avais rien dit.

« Devinez, Einstein. » Raillai-je, par pure provocation.

« Je suis Capitaine suppléant, j'exige une réponse. » Ordonna-t-il, sèchement.

En arrière-plan, j'aperçus ses parents et Uhura, qui observaient la scène, stupéfaits. Enfin, surtout les femmes, car le Vulcain resta parfaitement stoïque.

« Je refuse, Monsieur le Suppléant. » Répliquai-je, en insistant bien sur le dernier mot. « Quoi ? Ne me dîtes pas que ça vous énerve que je refuse de coopérer ? » Le provoquai-je ouvertement. Allant même jusqu'à sourire.

« Êtes-vous membre de Starfleet ? » Me coupa-t-il, en se tournant vers mon collègue trempé jusqu'aux os, ignorant ma remarque.

« Oui. Pourrais-je avoir une serviette ? » Demanda-t-il, visiblement mal à l'aise.

« Vous serez traduit en cour martiale si vous ne vous expliquez pas. » Fut la seule réponse qu'il obtint.

« Ne répondez pas. » Le devançai-je, alors qu'il ouvrait la bouche pour parler.

« Je vous ordonne de répondre. »

« Je vais rester neutre. » Décida monsieur Scott.

« Vous me sidérez, Spock. » Dis-je, en m'approchant du Vulcain. « Ce Romulien a tenté de détruire votre planète. Vos parents y seraient probablement restés. Et ça ne vous fait rien. »

« Si vous pensez que cela affecte mes capacités de commandement et que je vais me précipiter à sa poursuite, pour me venger, vous vous trompez. » Affirma-t-il, à quelques centimètres de mon visage.

« Vous disiez pourtant qu'il fallait accepter la peur pour commander. Vous avez vu son vaisseau et ce qu'il a tenté de faire ? »

« Évidemment. »

« Avez-vous peur ? »

« Vous n'avez pas de leçon à me donner. » Commença-t-il à s'emporter.

« Faites-moi taire, dans ce cas. » L'incitai-je, un frisson parcourant ma colonne vertébrale.

« Éloignez-vous de moi. » Tenta-t-il.

« Ça vous fait quoi de n'éprouver, ni colère, ni haine, ni désir de se venger de l'homme qui a tenté d'assassiner votre peuple, votre famille, la femme qui vous a donné la vie ? » Insistai-je, le poussant dans ses retranchements.

« Reculez. »

« Vous ne ressentez rien pour elle, ni pour personne ! » Hurlai-je. « Votre cerveau d'ordinateur ne l'a pas intégré. Vous ne l'aimez pas. »

Je terminai à peine ma phrase, que son poing vint violemment frapper ma joue, m'envoyant valser en arrière, sur un garde, qui me repoussa. Spock saisit le col de mon uniforme et jeta contre une console. Puis il fondit littéralement sur moi. Les coups pleuvaient sans que j'aie le temps ou la force physique de les contrer. Il me plaqua contre un terminal, sa main autour de ma gorge, serrant jusqu'à m'étrangler. Je pus voir une myriade d'émotions défiler dans son regard presque noir, tandis que le manque d'air commençait à me donner le tournis.

« Spock ! Arrête ! »

Je reconnus la voix d'Amanda. Elle se précipita sur son fils, agrippant ses bras pour le faire lâcher prise. Soudainement, les traits de Spock se détendirent, quand son regard se posa sur sa mère. Sa prise se desserra autour de mon cou, jusqu'à ce qu'il me libère. Je toussai fortement, au bord de l'évanouissement, la tête en arrière, reprenant mon souffle. La mère et le fils se fixaient toujours. L'une bouleversée, l'autre semblant se réveiller d'un cauchemar. Après de lourdes secondes de silence, Spock s'éloigna, se dirigeant vers Bones.

« Docteur, je ne suis plus apte à commander. Je renonce à mes fonctions au motif que je suis émotionnellement compromis. Veuillez le consigner dans le journal de bord. » Énonça-t-il, d'une voix calme, avant de quitter la passerelle. Amanda lui courut après.

Tout le monde se regarda, choqué par la scène qui venait de se dérouler.

« J'adore ce vaisseau ! » S'écria soudainement monsieur Scott. « On s'éclate bien. »

Personne ne prit la peine de lui répondre. Mais, McCoy se tourna vers moi.

« Bravo, Jim. Nous n'avons plus ni capitaine, ni second pour le remplacer. » Me reprocha-t-il.

« Oh que si. » Répondis-je, en jubilant presque.

Delta Vega. Point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Spock se retourna et suivit mon regard. Elle était bien là. Cette bâtisse infernale, qu'il voyait, je le savais, d'une manière totalement différente de la mienne. Je m'approchai prudemment, mon compagnon à mes côtés. Il prit ma main dans la sienne, percevant sûrement la peur qui se distillait dans mes veines. C'était l'heure de vérité. Nous allions passer cette porte et retourner d'où nous venions. Mais, sans aucune certitude quant à ce qui nous attendait de l'autre côté. Nous gravîmes les marches, tels des condamnés à mort et Spock posa sa paume sur le battant de bois, mais je le retins à la dernière seconde. Il se tourna vers moi, perplexe. J'étais un train de perdre mon souffle, au bord de la crise d'angoisse, essayant de toutes mes forces de reprendre le contrôle de mon corps.

« Je t'aime. » Tentai-je de dire, en fermant mes paupières avec force, incapable de retenir les larmes inondant mes joues.

Les mots restèrent bloqués dans ma gorge. J'avais peur de me mettre à hurler si j'ouvrais la bouche. Mais je dus le penser si fort, que même à des années-lumière de là, il aurait pu l'entendre. Il frôla délicatement mon visage de ses doigts gelés et les positionna de manière à entrer dans mon esprit, pour y déverser toute sa sérénité, sa confiance et presque immédiatement, la pression dans ma poitrine s'envola. Je pus de nouveau respirer. Mes larmes se tarirent, et je le serrai contre moi, soulagé qu'il me comprenne.

« Je t'aime aussi, T'hy'la. Ne l'oublie pas » Pensa-t-il, avant de pousser la porte, de tout son poids, nous précipitant à l'intérieur. Une violente lumière m'aveugla de nouveau, puis tout devint noir.