Bonjour à vous...
Je tiens à m'excuser très sincèrement et très platement pour cette très très longue pause dans l'écriture. Soucis personnels, études chronophages, j'ai de nombreuses excuses, mais je crois que la vérité est que je n'étais tout simplement pas à un moment de ma vie où j'étais capable d'écrire ce chapitre. J'ai piétiné très longtemps, avant d'abandonner, puis je m'y suis remise il y a une semaine, et c'est venu tout seul.
Je vous demande donc votre compréhension ! J'espère que le ton de ce chapitre ne sera pas trop différent des chapitres précédents, et j'espère qu'il vous plaira malgré les longs mois d'attente qu'il a nécessité !
Pour celles qui auraient peur, le rating est redescendu, et il n'y a pas de violence dans ce chapitre, je me suis calmée, ouf ! Comme d'habitude, je vous retrouve à la fin de ce chapitre...
Nocturne
Ce soir-là aurait dû être celui des révélations.
L'obscurité était douce, propice aux aveux. Elle créait un climat d'intimité qui aurait pu pousser Naruto à raconter tout ce qu'il avait sur le cœur, s'il avait été en confiance.
Cependant…
Il savait, bien sûr, qu'il avait confiance en Sasuke. Dans l'absolu, en général. Mais ce soir… Ça avait été éprouvant, très éprouvant. Ni l'un ni l'autre n'était dans son état normal. Ils étaient ailleurs, dans un monde parallèle, un monde clos et secret. Un monde dans lequel rire ensemble et se toucher, être à moitié nu et regarder l'autre était parfaitement naturel. Était même… Agréable.
Un monde qui n'appartenait qu'à eux.
Qui se construisait très lentement, pierre par pierre, et qui avait failli voler en éclats lors de cette soirée. Un monde que Sasuke avait ramené à la vie en venant pleurer dans ses bras.
Un si petit monde, qui leur était pourtant si précieux ! Et qui était encore tellement fragile… A quoi avait-il survécu ? Nul ne le savait. Et ni Naruto, ni Sasuke ne voulaient le mettre à l'épreuve. Un peu de douceur et de complicité, pour l'instant. S'ils voulaient pouvoir se regarder dans les yeux le lendemain, il ne fallait surtout rien précipiter.
L'un en face de l'autre, ils se regardèrent. De longues minutes durant. Naruto se mit à trembler légèrement – les nuits étaient fraîches, et il ne portait qu'un maigre sous-vêtement en guise de pyjama. Il vit Sasuke avoir un geste d'hésitation et le considérer un instant. Il poussa un infime soupir, si infime que Naruto n'était même pas sûr de l'avoir entendu, puis lui mit son sac de couchage autour des épaules.
Pas plus loin, pas ce soir.
Naruto ne savait pas s'il était plus déçu ou reconnaissant du comportement de Sasuke. Il lui adressa un fin sourire, à mi-chemin entre excuse et remerciement. Sasuke, arborant son habituelle expression d'indifférence, se contenta de l'observer. Comment Naruto aurait-il pu se douter de la nature des pensées qui bouillonnaient derrière cette apparente neutralité ?
Et quelles pensées ! Sasuke avait beau se l'interdire, il ne parvenait pas à réfréner les images qui apparaissaient en lui, impliquant Naruto et lui-même se rapprochant, s'embrassant langoureusement, puis passionnément sous cette tente, se découvrant mutuellement et… Il ne parvenait pas du tout à se contrôler !
Ce silence prolongé, qui n'avait jamais dérangé Naruto en présence de son ancien rival, lui donnait à présent des idées que lui aussi aurait souhaité réfréner. Il voyait sa main se lever pour effleurer la joue de son ami, puis passer dans ses cheveux afin d'en apprécier la texture il s'imaginait, la main derrière la tête de Sasuke, exercer une infime pression, légère comme une plume.
Une pression qui permettrait à Sasuke de se pencher et de l'embrasser, s'il en avait autant envie que lui, tout comme de l'ignorer, si ce n'était pas ce qu'il voulait. Une pression qui pourrait tout changer…
Mais Naruto n'était pas stupide. Il se rendait bien compte qu'à ce moment, et peu importe ce dont il avait réellement envie, le plus important était qu'ils règlent un certain nombre de problèmes. Ils devaient absolument parler de ce qui s'était passé depuis les révélations de Naruto. S'ils devaient redevenir amis – une petite voix dans la tête de Naruto suggéraient qu'ils deviennent un peu plus que des amis, mais il choisit de l'ignorer – il était nécessaire qu'ils repartent sur des bases saines.
Et même si Naruto se sentait très fatigué à l'idée de devoir tenir cette conversation à cette heure de la nuit, après avoir vécu des évènements si marquants, il rassembla tout son courage pour prendre la parole :
- …
Il n'eut que le temps d'ouvrir la bouche, Sasuke ne le laissa pas commencer sa phrase :
- Eh, ne t'en fais pas, je suis là.
Et c'était vrai. Il était là. Contre toute attente, il était venu. Au pire moment – ou au meilleur ? – il s'était introduit dans la tente de Naruto et il s'était accroché à lui, refusant catégoriquement de le lâcher.
Naruto ignorait cette sensation. Celle que l'on ressent lorsque quelqu'un que l'on aime est là pour vous, quand vous en avez besoin. Car Sasuke était conscient que Naruto était celui qui avait le plus besoin de soutien à cet instant.
Alors que Naruto désespérait, alors que les pires idées lui traversaient l'esprit, alors qu'il ne l'attendait plus du tout, Sasuke était apparu. Il s'était excusé, il avait pleuré, il l'avait serré contre lui, et Naruto n'arrivait pas à y croire. C'était un rêve, il n'y avait pas d'autre explication !
Sasuke, toujours si fort, si fier, qui ne se laissait jamais aller. Ce Sasuke-là, où était-il passé ? Qu'était-il devenu ? Il n'était plus là en tout cas ! Naruto avait devant lui l'incarnation même de la fragilité : Sasuke tremblait, il était timide, il n'osait plus lever les yeux vers lui, et de ses yeux s'échappaient encore les dernières larmes… Sasuke, comme il avait si souvent rêvé de le voir : vulnérable. Naruto avait toujours voulu profiter de cet état. Pas pour lui faire du mal, mais parce qu'ainsi, il semblait accessible, humain. Comme tout le monde, il avait ses faiblesses, ses blessures, ses douleurs. Et comme pour tout le monde, il devenait parfois trop dur pour lui d'y faire face seul. Et la personne qu'il avait voulu à ses côtés lors de cette rude épreuve était Naruto.
Naruto, dont le cœur gonflait tellement dans sa poitrine qu'il crut un instant qu'il allait exploser. Un tel soulagement, une telle douleur, cela faisait beaucoup de sensations fortes pour une seule soirée. Il avait un tout petit peu réconforté Sasuke, il avait rassuré Shikamaru, mais maintenant, c'était à son tour de se laisser aller.
Il poussa un gros soupir, qui sembla inquiéter Sasuke : « Naruto… ? Est-ce que… Est-ce que tout va bien ? »
Il ne put empêcher un léger sourire de flotter à nouveau sur ses lèvres, au moins quelques instants.
- Maintenant que tu es là, c'est mieux. Beaucoup mieux, même.
Mais il sentit qu'il n'avait pas réussi à cacher le fond de sa pensée à Sasuke.
- Mais… ?
Et il ne savait pas s'il devait se réjouir de voir que son ami le connaissait si bien, ou regretter de devoir ruiner l'ambiance de leurs retrouvailles.
- Mais Sasuke, murmura-t-il, la voix brisée, toute cette souffrance…
Ses larmes recommencèrent à couler, et Naruto enfouit son visage entre ses bras.
Quel imbécile je fais. Quel sombre crétin. Quel idiot. Quel débile ! Mais quel débile !
Mais qu'est ce que je croyais ? Que l'honorer de ma présence allait faire disparaitre la douleur de la perte de ses parents, de son immense solitude ? Oui. Je le croyais. C'est bête, mais Naruto est trop souriant, il a l'air tellement heureux en toutes circonstances que je pensais que c'était ce qu'il était, au plus profond de lui-même.
Il se réjouit toujours pour des broutilles, comme si son monde en était changé. Et moi, je pensais que c'était le cas, que la perspective de manger des ramens était vraiment capable de le rendre heureux pendant toute une journée. De combien d'années ai-je eu besoin pour comprendre que ce n'était qu'une stratégie, qu'une façade, qu'un artifice ? Que pour Naruto, la seule façon de ne pas sombrer dans le chagrin était de s'abreuver de minuscules joies du quotidien, et d'en faire des sources de réjouissance. De distraction, en fait.
Je n'avais pas compris que Naruto était profondément malheureux, mais qu'il était si généreux qu'il préférait sauver le monde que de s'occuper de lui. Il souhaitait devenir Hokage pour soutenir et pour régler les problèmes de milliers de personnes, juste pour oublier ce qui le rongeait. En tant que citoyen, l'admiration face à un tel geste me submergeait. Mais en tant qu'ami de Naruto, cette abnégation avait plutôt tendance à me révolter !
Il n'était pas une machine. Il ne pourrait pas reporter la résolution de ses problèmes ad vitam eternam ! Un jour, il craquerait (comme il était en train de le faire), et si cela risquait de devenir dangereux pour les autres, cela serait bien pire pour lui. C'était quelque chose que je refusais.
Porter un fardeau aussi énorme que la culpabilité de la mort de ses parents, je savais ce que cela représentait, et je ne le souhaitais à personne, à Naruto moins qu'à tous les autres.
Mais voilà, cette souffrance, il la connaissait, et il la vivait, au quotidien. Il la vivait mal, évidemment, plus mal que les autres puisqu'il ne cherchait ni à comprendre les fondements de cette culpabilité, ni à en analyser les mécanismes. Il ne cherchait pas à aller mieux.
Un comble, alors que c'était lui qui voulait m'aider à sortir de ma propre culpabilité !
Mais Naruto était ainsi : les autres passaient toujours avant lui.
Je pense qu'il était temps de renverser les rôles, ne serait-ce que pour la soirée : il devrait se laisser aller, et je serais celui qui l'aiderait.
S'il avait été le moteur de notre rapprochement jusqu'à maintenant, j'avais à présent un rôle tout aussi important que le sien à jouer pour les étapes suivantes. Il avait déjà tellement donné, tellement fait ! Il m'avait soutenu dans tout ce que j'avais fait, de mes décisions rationnelles à mes pires caprices, c'était à mon tour de lui offrir une oreille attentive, une épaule compatissante et des paroles encourageantes.
Le voir si vulnérable, alors que c'était lui qui s'était toujours montré fort, remuait en moi des instincts méconnus. Un besoin de protéger, de réconforter. A ce moment, j'aurais souhaité être son grand frère, voire même sa mère. J'ai compris la définition de la maternité en ressentant cette pulsion protectrice, ce besoin primaire qu'il ne lui arrive plus jamais rien. Je voulais le serrer si fort que je l'aurais absorbé, jusqu'à ce que plus rien, jamais, ne puisse lui faire de mal.
Je me suis fait un peu peur.
Mais j'ai compris la force qui nous reliait. Quelque chose de si fort et puissant qu'il me dépassait de beaucoup. Quelque chose auquel je me voyais forcé de me soumettre, mais auquel je me soumettais avec plaisir, parce que la félicité que cela m'apportait était sans pareille.
Et j'ai compris que pour faire durer ce lien, beaucoup d'efforts seraient nécessaires. L'écoute, la compréhension, la communication, les compromis, mais surtout la réciprocité.
Rien ne peut être unilatéral, sans quoi la relation devient bancale. Et ce soir, c'était à moi de rééquilibrer les choses avec Naruto.
Il avait toujours voulu se placer en pilier, fort, stable, sur lequel je pouvais me construire sans crainte qu'il ne vienne à flancher. Et moi, j'avais pris cette stabilité pour acquise. Je n'avais pas soupçonné la fragilité qu'elle recelait. Mais le sentir au bord du gouffre le rapprochait plus de moi qu'il ne semblait l'imaginer.
J'avais à présent complètement intégré qu'il serait toujours là pour moi (il l'avait été quand j'avais essayé de le tuer, pour quelle raison aurait-il pu partir, après cela… ?), mais sentir ces abîmes en lui, si profonds, si noirs, si envahissants… Si semblables à ceux qui me rongeaient. Tout cela me le rendait proche. Il pourrait m'aider, il pourrait comprendre, parce qu'il savait, parce qu'il était comme moi.
Et je suis persuadé qu'en s'aidant l'un l'autre, on se ferait du bien à nous-mêmes : en bâtissant une relation que nous n'avions jamais pu tisser avec qui que ce soit. En grandissant. En nous construisant sur des bases saines, autres que la violence, le meurtre et le désir de puissance.
Sentir tes mains s'accrocher à moi comme si nos vies en dépendaient, te serrer. Me dire que cela pourrait devenir notre quotidien. Toi et moi, enlacés, mon monde.
Le nôtre ?
Une atmosphère étrange flottait entre eux.
Etait-ce la distance qui les séparait de Konoha, l'absence de lumière ou l'atmosphère confinée de la tente ? Naruto n'aurait pas su le dire, mais ils étaient tous les deux plus exposés. Comme si les barrières qu'ils avaient érigé entre eux au quotidien avaient disparu. C'était peut-être dû à l'absence de leurs armes et de leurs uniformes ? Ce soir, ils n'étaient plus des ninjas de haut niveau, simplement deux garçons qui avaient vécu un peu trop de choses et qui avaient besoin l'un de l'autre.
Naruto se sentait mis à nu devant Sasuke, mais cela n'avait rien à voir avec le fait qu'il soit torse nu. De plus, cette nudité était plutôt rassurante, c'était comme si Sasuke le comprenait sans qu'ils aient besoin de parler. Mais Naruto sentait qu'il devait parler, mettre des mots sur sa peine, essayer d'exprimer tout cela.
Seulement, à chaque fois qu'il essayait…
- Tu sais, je…
Les mots se bloquaient dans sa gorge. Rien ne sortait. Il voulait se confier, il en avait besoin, mais il en était incapable. Il essaya à plusieurs reprises, en vain. La frustration, la colère même, commençaient à monter en lui.
- Je crois que…
Il n'y arrivait pas. De rage contre lui-même, il jura, ce qui arracha un petit rire à Sasuke. Il avait beau aimer le son du rire de son brun, il était trop en colère pour l'apprécier.
- Ça n'a rien d'amusant ! siffla-t-il
- Non. Je sais, murmura Sasuke, la voix pleine de souffle.
Il savait.
La colère de Naruto retomba d'un coup. Oui, il se confierait, oui, il mettrait des mots sur ce qui bouillonnait en lui, oui, il ferait sortir tout ce qui était néfaste. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, il n'en avait pas la force. Il pourrait le faire demain, ou plus tard, ou après la mission. Sasuke n'y verrait pas d'inconvénients, Sasuke savait.
De soulagement ou d'épuisement, Naruto se laissa tomber dans les bras de son compagnon d'infortune, et laissa couler ses larmes.
Ses yeux s'embuaient, et je ne savais pas quoi faire. J'avais appris à dompter, à gérer ma propre détresse, mais je n'avais jamais été si directement confronté à celle des autres. Face à ces larmes naissantes, et ce flot de douleur qui menaçait, j'étais perdu. Je n'étais pas exactement le genre de personnes qu'on venait voir pour être réconforté. Je pense même que j'étais la dernière personne que l'on songerait à venir voir pour être réconforté. Je ne savais pas faire cela.
Et personne ne m'avait jamais réconforté non plus !
Je savais que Naruto attendait quelque chose de moi, je le sentais. Mais j'étais désemparé, perdu. Pourquoi était-il venu dans mes bras ? Qu'étais-je sensé faire maintenant qu'il n'essayait plus de me parler ? Je ne savais pas quoi faire, j'en étais incapable ! Pour Naruto, je voulais le faire, mais comment… ?
Et me sont revenus en mémoire des images. Des tas d'images. De vieilles images ou certaines, plus récentes.
Ma mère agenouillée auprès de moi, pour s'occuper de mes genoux en sang, une main dans mes cheveux, l'autre dans mon dos. Kakashi attirant Sakura contre lui, d'une manière un peu bourrue, mais pour lui témoigner son soutien. Kurenai berçant son bébé pour le calmer. Temari embrassant la joue de Kankuro.
Je croyais ne pas savoir, mais j'avais des exemples. Ma vie n'en était pas remplie, mais je savais.
Sakura et Ino, serrées l'une contre l'autre à l'enterrement de Sarutobi. Gai et Lee se tapant dans la main, et la gardant serrée, les yeux dans les yeux. Et moi, me jetant sur Naruto, le serrant à l'en étouffer, pleurant et demandant pardon. Naruto, qui m'avait bercé, cajolé, calmé.
Le réconfort pouvait prendre des formes très différentes. La personnalité, la relation, tout un tas de facteurs influaient sur la façon dont on pouvait réconforter quelqu'un…
S'il y avait quelque chose que je pouvais tirer de ma maigre expérience – et cela représentait tellement pour moi, de pouvoir parler d'expérience en la matière ! – c'était le fait qu'il n'existait aucune recette, aucune méthode, aucun protocole à suivre. Et je suppose que face à Naruto, il ne me restait qu'à improviser.
Entre Naruto et moi, le passif était déjà lourd, mais la relation que nous allions bâtir était encore à réinventer.
Peu importe ce que je ferais, Naruto ne me jugerait pas. Je savais que ma seule présence était déjà un grand réconfort, et que ce que j'initierais serait décisif dans la suite des évènements. Je savais que quoi que je fasse, Naruto s'adapterait. Que le visage de notre nouvelle relation ne pourrait être impulsé que par moi.
Il pleurait dans mon cou, les mains agrippées à mon dos. Maladroitement, mes mains se sont posées sur la haut et le bas de son dos. Je l'ai d'abord tapoté, mais j'ai réalisé que le mouvement me mettait vraiment mal à l'aise, et en toute objectivité, je pense que ça n'avait pas grand-chose de réconfortant. J'ai alors cherché des points communs à toutes les situations dont j'avais réussi à me souvenir. Qu'en ressortait-il ? La plupart du temps, de la douceur, de la complicité.
Adoucir, voilà ce que je devais faire. Ne pas sous-estimer le rôle du contact, des caresses. Au niveau du contact physique, on y était. Je raffermis ma prise sur lui avant de dessiner de légers cercles sur sa peau avec mes mains. Je caressais, mais je n'avais pas le sentiment d'agir de manière naturelle. Je n'étais vraiment pas à l'aise. Je cherchais trop à bien faire, sans me laisser aller.
Je fermai alors les yeux, pris une profonde inspiration avant d'appuyer ma tête sur son épaule. Voilà, c'était mieux. Je crois que je me sentais bien. A partir de là, il me semblait beaucoup plus facile de le faire aller mieux. La position n'était pas très confortable, mais la pression des mains de Naruto sur mon corps me faisait penser qu'elle lui convenait, ou mieux, qu'elle lui faisait du bien. J'avais du mal à me faire à l'idée que je pouvais faire du bien à quelqu'un, mais si c'était pour Naruto, si c'était pour celui qui s'était donné tant de mal, depuis tant d'années, juste pour me sauver, alors c'était quelque chose que je pouvais faire. Quelque chose que je pouvais apprécier, quelque chose qui me donnait l'impression de faire le bon choix.
Une sensation que je n'avais pas ressentie depuis très longtemps. Une sensation agréable, je crois, douce, aussi douce que la peau de Naruto sous mes doigts.
Ses larmes coulaient toujours, je les sentais ruisseler dans mon cou, mais ses sanglots convulsifs s'étaient espacés. Il se calmait doucement. La douleur était toujours là, mais je la sentais refluer. On aurait dit que Naruto parvenait à contrôler sa souffrance comme son chakra quand il était jeune : la plupart du temps, tout était sous contrôle, mais parfois, une émotion trop forte lui faisait perdre sa retenue habituelle, et tout jaillissait hors de lui, tel un flux sous très haute pression. Les dégâts pour les personnes présentes autour de lui dans ces moments-là pouvait être très importants, j'avais eu de la chance de parvenir à m'occuper de lui ! A présent que la crise était passée, toute cette souffrance revenait par vagues à l'intérieur de lui, lui redonnant un aspect calme et tranquille alors qu'il était rongé par toute cette culpabilité.
Je resserrai ma prise sur lui, j'ignorais s'il le comprendrait ainsi mais je voulais lui signifier qu'il n'était pas seul, que j'étais capable de le comprendre et de le soutenir. Je voulais partager son fardeau, car il s'était déjà chargé d'une partie du mien. Réciprocité. C'est un mot qui me plaisait, quand il s'agissait de lui.
Je crois qu'il le comprit, car je sentis son sourire dans mon cou. Sa respiration devenait de plus en plus lente et régulière, et sa tête se fit plus lourde sur mon épaule. Est-ce que je devais comprendre qu'il acceptait ma proposition, et qu'il voulait bien se reposer sur moi, au sens propre comme au sens figuré ? Je l'espérais très sincèrement.
Et je crois qu'il confirma mes espérances en me glissant à l'oreille : « Tu es décidément un être plein de surprises, et tu sais très bien me consoler. »
Ses larmes coulaient toujours, mais dans sa voix, j'étais presque sûr d'avoir entendu un sourire. Un sourire, du soulagement, et beaucoup d'émotions.
Je ne saurais décrire ce que j'ai ressenti à ce moment-là, mais c'était terriblement intense.
Je ne saurais comment l'expliquer, mais j'avais la très nette impression qu'un cap avait été franchi. Tout semblait aplani. Bien sûr, il y avait encore des tas de choses que l'on ne s'était pas dites, mais nous nous étions compris. Il y avait eu l'intention, et c'était tout ce qui comptait en ce moment. Nous nous étions voulus.
Il avait compris que j'étais prêt, et il m'avait fait comprendre qu'il m'avait pardonné. Il avait beaucoup souffert, je savais à présent à quel point, mais j'avais également deviné que, malgré ses reproches, il ne m'en avait pas voulu, ou alors il n'avait pas réussi à m'en vouloir.
Ma relation avec Naruto, qui avait toujours été pleine de tensions et de sentiments inavoués, de jalousies et de rivalités inexprimées, me semblait à présent étrangement calme. Apaisée. Ou était-ce simplement moi qui l'étais ? Difficile à dire.
Aucun sentiment noir, aucun rat crevé au fond de moi ne venait refaire surface. Ma noirceur n'avait pas disparu, elle semblait simplement s'être retirée, me permettant de savourer cette trêve avec Naruto. Presque tout en moi était clair, limpide. C'était une sensation que je n'avais pas ressentie depuis si longtemps ! Il faudrait que j'en parle à Naruto, bientôt. Que je l'en remercie.
Depuis que Naruto s'était calmé, l'ambiance sous la tente était particulière. Comme une mer enfin calmée après un ouragan, une mer si calme que s'en devient presque inquiétant. Une mer que l'on ne peut s'empêcher de surveiller, car il y a toujours un risque, même infime, que la tempête ne soit pas finie. Je crois que je ne parvenais pas à m'empêcher de le surveiller.
Je réalisais que même si je croyais très bien le connaitre, il m'avait dévoilé une facette de lui que je n'avais même pas soupçonnée : sa souffrance, son fardeau, bien trop lourds pour une seule personne. Si j'avais cerné sa stratégie globale pour gérer ses souffrances (le refoulement pur et simple, en choisissant d'aider tous les autres, et jamais lui-même), je n'avais aucune idée de la façon dont il s'en sortait au quotidien. J'ignorais comment il allait réagir à la minute suivante, et face à une telle situation, le ninja surentrainé que j'étais appliquait les deux principes de sécurité de base : vigilance et surveillance.
Mais il ne se passait rien. Naruto ne pleurait plus, il n'essayait plus de me parler, sa respiration s'était ralentie. Il s'était calmé. Nous étions toujours enlacés, immobiles, et rien ne se passait. J'aurais presque pu croire qu'il s'était endormi, mais je sentais ses cils battre contre mon cou de manière régulière.
J'étais assez désemparé face à cette inaction. Je me sentais toujours plus à l'aise quand j'avais le contrôle de la situation, or je n'avais pas le sentiment de contrôler grand-chose à ce moment précis. Si je bougeais, je signifiais à Naruto mon envie qu'il s'éloigne, mais que se passerait-il s'il avait encore besoin, ou envie, de cette étreinte ? Avais-je, moi-même, envie que cette étreinte s'arrête ?
Mais rester immobile signifiait ne pas contrôler la situation, ne pas savoir ce que cette étreinte signifiait exactement pour lui, ne pas avoir la moindre idée de la façon dont la situation actuelle allait évoluer. Malgré ma confiance en Naruto, cette incertitude et ce manque de contrôle représentaient pour moi une certaine source de stress. J'aurais aimé qu'il en soit autrement, j'aurais aimé pouvoir simplement savourer, mais cela durait depuis un certain temps déjà, et je ne pouvais m'empêcher d'être de plus en plus mal à l'aise. J'étais tout sauf un habitué des contacts physiques prolongés, et je crois que c'est quelque chose qui ne s'apprend pas en si peu de temps.
- Sasuke, arrête de gigoter et de soupirer comme ça, taquina Naruto
- Je ne gigote pas, c'est juste que…
Le regard de Naruto qui s'accrocha au mien m'empêcha de finir ma phrase. Ses yeux étaient si pleins de compréhension, d'attendrissement, de…d'amour ? Je n'osai pas l'interpréter ainsi. Ils étaient pleins de sentiments. Oui, voilà, pleins de sentiments.
- Sasuke, je te connais.
Et il sourit. Après tout ce qu'il avait traversé, après cette nuit si terrible – et si bénéfique, aussi, d'une certaine manière – Naruto parvenait encore à sourire, et il souriait du fait que je ne me sentais pas si bien dans ses bras ! Il avait vraiment une force mentale telle que je ne pourrais jamais me la représenter. Lui qui avait tant besoin d'affection et de contact, lui qui ne demandait qu'à être réconforté, il parvenait à sourire alors que je ne pouvais pas lui apporter ce qu'il recherchait !
Je crois que je ne le comprenait tout simplement pas. Et je crois qu'il s'en aperçut, car il glissa sa main sous mon menton pour me relever la tête en soufflant :
- Je savais depuis le début dans quoi je m'engageais avec toi, depuis la soirée en boite, tu te souviens ? Et je n'ai pas reculé.
Naruto. Cette sensation d'être compris, d'être accepté. C'était toujours si…étrange. Il me faisait ressentir des choses si…inconnues, inconnues et nouvelles. Je crois que j'aimais ça, mais c'était tellement déstabilisant !
- Je ne comprends pas pourquoi…
- Pourquoi toi ? Est-ce que ca n'a pas toujours été évident ? C'est toi que je veux Sasuke, toi et personne d'autre. Depuis le début, et même avant ! Depuis toujours, depuis notre premier baiser, à l'académie, tu te souviens ?
L'ambiance venait de changer.
Ni l'un, ni l'autre n'aurait pu dire comment, mais ils le sentaient. Les choses étaient différentes. L'évocation de ce baiser accidentel, qui s'était produit à cause d'un malheureux coup de coude, au milieu d'une foule d'adolescents prenait étrangement une toute autre signification dans cette tente, alors qu'ils étaient seuls et à moitié nus.
Naruto n'avait pas fait exprès d'évoquer cet épisode de leur passé, il avait juste voulu trouver un point de départ à leur relation, quelque chose de fort, quelque chose de spécial, dont ils se souviendraient tous les deux. Il y avait eu de nombreuses bagarres, et des rivalités à l'académie, ainsi que des tonnes de bêtises – surtout du côté de Naruto d'ailleurs – mais rien ne lui avait paru aussi marquant que cela. Leur premier baiser. Le jour où ils avaient appris qu'ils avaient été répartis dans la même équipe. Le jour qui avait marqué leur rapprochement, le début de leur « amitié », relation bizarre qu'ils avaient construit comme ils avaient pu, c'est-à-dire avec beaucoup de maladresse mais avec leur cœur, et c'était le plus important. Oui, ce souvenir était un excellent point de départ symbolique pour eux deux.
Mais ce symbole avait une portée qui avait un peu échappée à Naruto. Il s'agissait d'un baiser. Et maintenant qu'il avait été évoqué entre eux… L'ambiance était indéniablement très différente.
Oui, ils le sentaient tous les deux, l'atmosphère était pleine de cette tension qui précède les premiers baisers. Ce sentiment délicieux, fait d'un mélange d'attente un peu angoissée, d'excitation, de gêne, de hâte et d'une envie qui augmente seconde après seconde.
L'envie que Naruto avait de Sasuke le tiraillait depuis trop longtemps pour qu'il laisse passer cette occasion. Et même s'il avait voulu attendre, pour Sasuke, il en aurait été incapable : la faible lumière du feu, qui jetait sur leurs corps et leurs visages des ombres surréalistes, la chaleur de son ami, qui l'échauffait depuis qu'il s'était jeté sur lui quelques heures auparavant et son odeur surtout, cette odeur qui l'avait envouté quand ils avaient dansé ensemble pour la première fois et de laquelle il s'enivrait sans vergogne, tous ces éléments avaient fait vaciller sa raison, et plus rien d'autre ne comptait que ce corps, que ce magnifique corps offert qu'il tenait contre lui.
Alors, doucement, ses mains commencèrent à se déplacer sur le corps de son « ami ». Les caresses étaient légères, timides. Naruto découvrait le dos de Sasuke, sans chercher à s'aventurer plus loin. Il s'agissait de ne surtout pas le brusquer. Ses doigts exploraient paresseusement, se contentant de ce qu'ils pouvaient atteindre.
La caresse avait autant pour but de rassurer Sasuke que de l'attirer, de l'apaiser que de lui donner envie de lui… Et au vu des frissons qu'il sentait le long de la colonne vertébrale du dernier des Uchiwa, Naruto se dit qu'il se débrouillait plutôt bien avec Sasuke.
Il le sentit bouger contre lui. Sasuke ne semblait pas vouloir être en reste. Naruto ne pouvait que s'en féliciter. Il sentit les mains fines remonter le long de ses flancs, ce qui lui arracha un soupir de contentement. Sasuke, enhardi par l'encouragement involontaire de Naruto, continua son mouvement et laissa ses mains s'échouer respectivement dans la nuque et dans les cheveux d'un blond qui ne croyait pas à sa chance… Sasuke, qui était si réticent face aux contacts physiques, Sasuke lui répondait !
Ils étaient toujours enlacés, mais ils s'étaient tellement avachis l'un sur l'autre qu'ils n'étaient plus vraiment assis, sans être tout à fait couchés – ce qui aurait conféré à leurs caresses beaucoup plus d'érotisme qu'elles n'en avaient en réalité. Certes, Naruto avait envie de toucher Sasuke, de l'embrasser, mais ce n'était pas de l'excitation. C'était une envie plus paresseuse, plus douce.
Comme s'ils voulaient effacer toute trace de leurs combats passés, dans une atmosphère apaisée, tranquille, où même leurs caresses se faisaient discrètes.
Après quelques instants passés ainsi, à profiter de l'odeur et de la chaleur de l'autre, les caresses de Sasuke se firent plus appuyées et ses mains saisirent la tête de Naruto, afin de placer son visage en face du sien.
Alors qu'un minuscule sourire s'afficha sur les lèvres du brun, Naruto sentit les battements de son cœur s'accélérer, une boule se former dans son estomac, du coton lui envahir la tête… Alors, ils y étaient ? Il avait toujours trouvé les yeux de Sasuke envoûtants, mais à ce moment, c'est de ses lèvres que son regard ne pouvait plus se détacher. Ses lèvres qui se rapprochaient, et qui se rapprochaient encore…
Il ferma les yeux, se plongeant ainsi dans un monde de sensations… Et quelles sensations ! C'était un premier baiser (ou un second baiser, ou un premier vrai baiser, ou…Naruto se fichait de comment il fallait numéroter ce baiser) un peu maladroit, mais si Naruto avait dû le qualifier, il aurait sans doute employé le terme « parfait ».
Parce que c'était Sasuke. Parce que leurs lèvres s'étaient trouvées de manière si naturelle. Le baiser ne posait pas de questions, il n'était que confirmation. Il venait entériner cette nouvelle entente (Naruto n'osait penser « relation ») qu'ils avaient instauré. Parce que gouter les lèvres de Sasuke était bien meilleur que tout ce qu'il avait pu imaginer.
Sentant Sasuke un peu nerveux, il lui caressa doucement la joue de son pouce, sans pour autant interrompre le baiser. Sasuke lui semblait relativement novice, et il ne voulait pas précipiter les choses, malgré l'envie qu'il avait de rencontrer la langue de son amoureux. Leurs lèvres continuèrent à se chercher, à s'apprendre, à s'apprivoiser pendant de longues minutes, qui filèrent pour eux comme des secondes.
Naruto fut celui qui rompit le baiser, après avoir doucement mordillé la lèvre inférieure de Sasuke. Front contre front, un peu à bout de souffle, ils se regardaient dans les yeux. Et cet échange était tout aussi riche que celui qu'ils venaient d'interrompre. Mais la magie fut rompue lorsque Naruto, épuisé, ne put retenir un long bâillement.
Il afficha une petite mine coupable qui ne trompa en rien Sasuke, mais qui l'attendrit tout de même. Ce dernier ébouriffa les cheveux déjà en bataille de Naruto et lui intima, d'une voix faussement autoritaire : « Allez, au lit maintenant ! Nous aurons besoin de toutes nos forces demain ! »
Naruto fronça le nez, dans le but évident de montrer sa désapprobation, mais avec ses yeux qui papillonnaient déjà, il ressemblait plus à un jeune chat qu'à quelqu'un de vraiment contrarié… Sasuke lui embrassa vivement le bout du nez, avant d'ajouter, d'une voix hésitante : « Dors paisiblement, je reste avec toi…enfin, si tu ne…Je veux dire, si tu..si tu es d'accord, je ne… »
- Oui, reste.
Naruto fut catégorique, même si son ton semblait moins péremptoire quand sa voix était baignée de sommeil. Il se glissa dans son sac de couchage, se blottit contre Sasuke et l'apostropha une dernière fois avant de finalement tomber dans le sommeil :
- Hé, Sasuke ? Merci.
Un autre chapitre qui finit bien, je dois être malade ! En tout cas, j'ai mis beaucoup dans ce chapitre alors j'espère très sincèrement qu'il vous plaira ! Je n'ai pas répondu aux reviews pour le chapitre 10 (après un an et demi, ca ne me semblait pas très intéressant...), mais j'apprécie énormément vos attentions, petits mots et suggestions !
Je vous embrasse, à très bientôt j'espère...
Liesel M.M.
