Une forte pluie martelait les carreaux de la fenêtre lorsqu''Élisabeth ouvrit les yeux.
«En plein le genre de matin où on souhaiterait pouvoir rester couchée» songea-t-elle. La mémoire lui revenant soudainement, elle se redressa dans son lit et se retourna pour constater que William n'était plus là. Aucune trace de lui dans le reste de l'appartement non plus. Un rapide coup d'œil à son réveil matin lui permit de deviner la raison de son absence. Il était en route pour l'Angleterre. Ne pouvant y croire totalement, elle chercha une preuve tangible de son départ. Ses vêtements étaient disparus tout comme sa mallette. Tout à coup, elle aperçut une feuille blanche, déposée sur la table. Elle se redressa rapidement et s'en saisit. Il s'agissait de la même feuille que celle sur laquelle elle avait déjà noté le numéro de la plaque de la voiture qui s'était arrêtée devant son immeuble et qui lui avait semblé si louche.
«Immatriculation: 464ZUM» Lut-elle à voix haute avant de jeter un œil sur le message qui William lui avait adressé sur son verso.
«Chère Élisabeth,
Je n'ai pas voulu vous réveiller, vous dormiez à points fermés. Je regrette de ne pas avoir pu vous saluer avant de partir, mais je ne pouvais rester sans manquer mon avion. Je vous laisse mon numéro de cellulaire et mon adresse de courriel. J'espère recevoir de vos nouvelles bientôt. Veuillez saluer votre sœur et Carl pour moi.
En toute amitié William Darcy.»
Les lettres se croisèrent et se mêlèrent à nouveau devant ses yeux au fur et à mesure qu'ils se remplissaient de larmes. Encore très ébranlée, mais décidée à en avoir le cœur net, Élisabeth s'empara finalement du combiné et composa le numéro personnel de Carl.
-Oui, Allo! Lui répondit son ami d'une voix ensommeillée.
-Carl?... S'enquit-elle très timidement : Tu es seul?
-Éliza, avec qui veux-tu que je sois?
-Je te réveille? Je vais te rappeler plus tard. S'excusa-t-elle.
-Non, ça va... c'est juste que je me suis couché tard. À vrai dire, je me suis couché, i peine une heure... après être allé reconduire Fitzwilliam à l'aéroport.
-Vous avez veillé toute la nuit? S'étonna-t-elle.
-Pas toi? S'enquit son interlocuteur d'un ton moqueur. Après avoir attendu en vain sa réponse, Carl lâcha en baillant : J'ai cru que William et toi... Enfin, puisqu'il n'est rentré à l'hôtel qu'à cinq heures trente ce matin... J'ai présumé que…
-Il a effectivement passé la nuit chez moi. Admit Élisabeth. Mais….
-C'est ce que j'avais espéré... La coupa-t-il d'un ton joyeux.
-Il est donc parti?
-Bien sur qu'il est parti... Ils sont partis comme prévu tous les trois.
N'arrivant plus à respirer, Élisabeth s'excusa auprès de Carl et raccrocha après lui avoir laissé croire qu'elle devait aller répondre à celui qui s'entêtait à sonner à sa porte.
«Il est donc reparti». S'attrista-t-elle. Il était retourné en Angleterre sans prendre le temps de s'expliquer avec elle. Abattue, Élisabeth resta longuement allongée dans son lit, à pleurer, à réfléchir, puis à tenter de se convaincre de se lever. Le moment de commencer sa routine de préparation pour le spectacle de midi arrivant, elle agit comme une automate, prit une douche, s'habilla, mangea un léger morceau, puis sauta sur son vélo pour se rendre au théâtre. Arrivée dans la loge, elle découvrit un gros bouquet de fleur et lut sur la carte qui l'accompagnait que celui-ci était pour Carl. Elle prit place devant le miroir et commença à se maquiller en espérant que son fond de teint réussirait à lui rendre sa joie de vivre en même temps que la beauté de son visage. Beaucoup plus tard qu'à son habitude, Carl fit également son entrée.
-Élisabeth, ça va? S'enquit-il en s'asseyant à son tour.
-Très bien Carl. Et toi? Rétorqua-t-elle en lui présentant son plus beau sourire et en désignant son bouquet de fleurs. Regarde ce que tu as reçu.
Après avoir observé attentivement Carl alors qu'il humait le parfum de ses fleurs, Élisabeth le pressa : Allez... dis-moi tout... de qui sont-elles?
-Non, je te le dirai plus tard. Dès que tu auras consenti à me raconter ta nuit avec William! Je brûle de savoir...
-Tiens... lis ça. L'encouragea-t-elle en lui tendant le court message rédigé par William avant de partir. Comme tu vois, nous sommes de bons amis à présent...
Carl ramassa la feuille en question et commença à la lire. Il s'arrêta à mi-chemin pour dévisager Élisabeth : Je ne comprends pas... Au moment de partir, il m'a pris à part et m'a demandé de veiller sur toi... J'ai alors cru qu'il savait pour nous deux, pour moi je veux dire. Voilà pourquoi, je lui ai demandé de faire la même chose pour moi et de prendre soins de Fitzwilliam... Si tu avais vu son regard... il ne me l'a pas avoué, mais il s'est tout de même éloigné. J'en ai conclu qu'il voulait me donner l'occasion de parler à Fitzwilliam avant d'embarquer. Enfin c'est ce que j'ai cru... Merde alors... je l'ai pourtant bien entendu de mes deux oreilles avouer à Charles qu'il avait dormi chez toi...
-Il ne t'a pas menti... Ce qu'il y a c'est qu'il s'est endormi cinq minutes à peine après être entré chez moi... À mon réveil ce matin, j'ai trouvé ce gentil petit mot...
-Mais c'est à n'y rien comprendre.
-Sans doute n'y a-t-il rien à comprendre... Je vais devoir me le répéter souvent... si je veux enfin le chasser de mes pensées... Mais, je suis égoïste Carl... il est temps que tu me racontes comment toi, tu as occupé ta nuit... Je sais déjà que tu n'as pas dormi beaucoup... mais c'est le reste que je veux entendre... L'encouragea Élisabeth.
-Fitzwilliam et moi avons parlé toute la nuit... assis confortablement au bar de son hôtel jusqu'à sa fermeture, puis dans sa chambre. Réagissant à la réprobation qu'il lut dans son regard, il ajouta : Ce n'est pas ce que tu crois Élisabeth. Nous avons discuté toute la nuit et ce fut une nuit inoubliable... J'ai tout avoué à Fitzwilliam. Avoua-t-il enfin, heureux du regard admiratif que la comédienne posait sur lui. Et le plus drôle ma chère, c'est qu'il n'a pas été choqué... J'ai lui ai parlé aussi ouvertement qu'à toi. Ensuite, il m'a avoué que ma présence lui faisait du bien... que lui aussi se sentait attiré par moi... Peux-tu croire? Les deux mains devant son visage maquillé, Élisabeth laissa échapper un petit rire. Fitzwilliam aussi se questionne sur son orientation sexuelle... on en a reparlé longuement. Si tu savais comme il est extra... Il ne m'a pas repoussé... au contraire... Il veut qu'on se revoie... qu'on en reparle... dans quelques temps quand il aura réfléchi... et, encore, ce matin, au moment de me quitter, il m'a avoué avoir peur d'être amoureux de moi... peur de s'être déjà trop attaché.
-Carl! Oh, mon Dieu, mais c'est… Balbutia-t-elle. Oh mon chéri, je suis tellement heureuse pour toi...
-Oui, mais ne t'emballe pas chérie... il peut encore changer d'idée... il est fragile sur le plan émotionnel... et puis... je crains que la distance... enfin tu connais la maxime... loin des yeux, loin du cœur...
-Je sais oui... Mais Carl, ça veut dire que tu vas me quitter... que tu vas rompre nos fiançailles? L'agaça-t-elle en lui tendant la carte que Fitzwilliam avait envoyée avec ses fleurs.
-Je crois que je me sens prêt maintenant à vivre ouvertement... enfin, en y allant doucement, je crois même que je pourrais éventuellement, contribuer à faire changer les mentalités...
-Je suis très heureuse pour toi... Oh, Carl?
-Oui.
-Promet-moi que tu ne t'empêcheras jamais de me raconter tes histoires... ce n'est pas parce que je suis malchanceuse en amour que je ne suis pas capable de me réjouir pour toi... Tu es comme le frère que je n'ai jamais eu...
-Promis sœurette... Oh, en passant, après le spectacle, rappelle-moi de te dire qui est vraiment responsable du soudain retournement de Wickham. Tu n'en reviendras pas...
-Oh, ça par contre, je le sais déjà.
Quinze minutes avant la levée du rideau, le régisseur vint frapper à la porte de leur loge pour prévenir Élisabeth qu'un employé du théâtre était venu lui dire que son vélo était mal attaché. Après s'être excusée auprès de Carl, Élisabeth s'empara de son parapluie et sortit à l'extérieur. Une fois rendue dans le stationnement, elle constata que son vélo était pourtant solidement attaché. Faisant volteface pour retourner vers la porte arrière du théâtre, la jeune comédienne entendit distinctement une voiture s'approcher. Le bruit d'une portière qui s'ouvrait la fit se retourner. Une seconde plus tard, elle se trouva immobilisée contre le corps d'une personne qu'elle ne pouvait pas voir, tandis que deux individus masqués s'approchaient d'elle par devant. L'un d'eux tenait dans sa main ce qu'elle identifia comme une seringue. La main de celui qui la maintenait fermement se posa sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Elle n'eut que le temps de remarquer que la main de l'homme en question portait une bague semblable à celle que portait l'homme au complet noir qu'elle avait aperçu avec Wickham lors de la soirée bénéfice organisée par Anne DeBourg. Le premier individu remonta la manche de sa chemise tandis que le deuxième enfonça la seringue dans son bras. Élisabeth perdit alors tout contact avec la réalité.
…À suivre…
