Quand le jus de citrouille pense
Il fallut attendre plusieurs jours avant de voir la colère de Sid commencer à s'apaiser. Pendant les premiers jours, il s'était contenté de répondre à Ambrosia et à Tom par des signes de tête et par ce qui ressemblait vaguement à des grognements. L'arrivée soudaine de deux nouveaux membres semblait cependant réjouir le reste du groupe. Préférant attendre que la colère de leur co-fondateur se soit entièrement dissipée pour passer à l'acte, les casseroles n'avaient pas réitéré leurs exploits des semaines passées. Ils avaient mis à profit ce temps pour s'organiser.
Ainsi, Amélia et Sid fourmillaient d'idées, qui relevaient parfois du génie, et d'autres fois de la folie. Pen et Sophia les encadraient de main de maître, composant paroles et notes pour les accompagner. Enfin, Ambrosia et Tom se révélèrent déterminants dans leurs connaissances des élèves et du château. Ambrosia était au courant de tout ce qui se disait, de bien ou de mal. Si la grande majorité de ces potins étaient inutiles, certains pouvaient se révéler précieux. Informations souvent complétées par les indications de Tom. Les casseroles avaient l'impression d'en avoir appris plus sur le château en deux semaines qu'aux cours de toutes leurs années d'études.
Halloween approcha à grands pas, et comme les casseroles avaient pris la précaution de ne se retrouver en groupe qu'en de rares occasions pour ne pas éveiller les soupçons, ils décidèrent de profiter du dîner d'Halloween pour partager un repas tous ensemble. Le festin et l'annonce des Champions occuperaient probablement les pensées des sous-préfets.
Ce serait une grande première pour Amélia, car Beauxbâtons ne fêtait pas Halloween. Aussi fût-elle impressionnée de voir les efforts mis en œuvre pour décorer la Grande Salle. Des chandelles magiques étaient dispersées en lévitation dans toute la Grande Salle, multipliant les jeux d'ombre. De longues bannières flottaient au dessus des tables des quatre maisons, ornées d'orange et de noir. Parfois, des chauve-souris magiques prenaient leur envole d'une fenêtre pour traverser une autre à l'opposé de la Grande Salle, et finalement réapparaître ailleurs. Le plafond magique, quant à lui, était tellement sombre qu'il donnait une impression de vide incroyable. De temps un temps, un éclair résonnait et semblait le fendre en deux.
Amélia n'avait jamais aussi bien mangé depuis qu'elle était arrivée au château. Elle avait l'impression d'être à une sorte de buffet géant, où se mélangeaient des plats copieux, comme le ragoût de Cornouf, et des plats déjantés, comme une fontaine de dragées surprises. Partager ce dîner avec l'ensemble des casseroles lui permettait d'en profiter encore plus.
- Salut Tom !
Amélia tourna la tête et vit deux élèves, un peu plus jeunes qu'elle, s'approcher d'eux. L'un lui semblait familier, il était de taille moyenne, les cheveux légèrement long et frisé, et les yeux verts. Le second était plus grand, aux cheveux bruns et hérissés, ce qui lui donnait l'air encore plus grand. C'était celui-ci qui venait de parler.
- Hé, Caleb ! Ca faisait longtemps. Tu as tenté l'épreuve de sélection ?
Caleb ouvrit la bouche, mais apparemment la réponse n'intéressait pas particulièrement Ambrosia, puisqu'elle se tourna vers le garçon aux cheveux frisés.
- Tu t'appelles Harisson. Tu fais partie de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle non ?
Harisson parut surpris, et il l'a dévisagea quelques secondes avant de répondre.
- Oui, pourquoi ? Tu fais partie de l'équipe de Serdaigle ?
- Bien sûr que oui ! J'en suis la capitaine !
- Ah bon ? Etrange, je n'ai jamais entendu parlé de toi, répondit-il en souriant à Caleb. Allez, nous devons rejoindre les autres, bonne chance pour le tournoi.
- Non mais quel idiot ! S'emporta Ambrosia lorsqu'ils furent assis à leur table. Comment ça se fait qu'il ne me connaisse pas ?
- Tu as coupé la discussion de son ami Ambrosia, lui répondit Tom en coupant sa viande. Te faire croire qu'il ne te connaissait pas était sa manière de te rendre la pareille.
Ambrosia eut l'air surprise de la remarque de Tom, mais eu l'air déjà plus heureuse lorsqu'elle entama à son tour la viande dans son assiette.
- Je crois que j'avais déjà aperçu ce Harisson, mais le Caleb ne me dit rien du tout, dit Amélia maintenant que la popularité de son amie était sauve.
- Caleb et Harisson sont à Poufsouffle, en quatrième année, lui répondit Tom. Caleb est assez discret en général, mais c'est quelqu'un de sympa. Et Harisson, je ne le connais pas vraiment.
- On dit qu'il peut être très bon lorsqu'il se met à quelque chose. Son problème c'est sa motivation, compléta Ambrosia en parcourant la table des yeux. Christy, tu peux m'apporter le jus de citrouille qui est là-bas ?
Il fallut à peine cinq secondes à Christy pour se lever, parcourir la moitié de la table des Serdaigle, et revenir pour tendre le pichet à Ambrosia.
- Merci, dit elle sans un regard vers Christy.
Alors que la discussion sur Harisson et Caleb se prolongea autour d'elle, Ambrosia se demanda si les casseroles auraient agi de la même manière. Probablement pas. Les gens faisaient souvent ce qu'elle demandait, et elle en avait pris l'habitude. Mais les casseroles ne semblaient absolument pas impressionnées par sa popularité. C'était quelque chose qu'elle appréciait. Elle était habituée à être mise en avant par rapport aux autres, mais quand elle parlait avec les casseroles, elle était sur un pied d'égalité totale. Elle avait même l'impression de devoir faire ses preuves auprès de Sid. Si on lui avait dit ça un jour elle n'y aurait jamais cru.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Ambrosia fut prise de court. Elle n'avait pas remarqué qu'elle regardait Sid tout en pensant à lui. Elle tenta quelque chose.
- Pour rien, je me demandais juste qui seront les Champions.
- Attend de voir le grand maître des citrouilles à l'œuvre.
Sid s'empara du pichet de jus de citrouille et le fixa intensément.
- Par les morceaux de citrouilles flottant dans ce pichet, je vois que les Champions des autres maisons seront des ânes bâtés.
Les casseroles éclatèrent de rire, et Sid se joignit aux éclats. En regardant les morceaux de citrouille dériver dans le jus, il pensa à ses amis là bas, au fond du lac. En relevant la tête, il posa son regard sur les casseroles. Sid ne se rappelait pas avoir jamais été avec un groupe aussi nombreux. Un groupe d'humains bien sûr. Il aimait beaucoup traîner avec Matt et Jamina, mais ils ne restaient que des camarades de classe, il se sentait beaucoup plus proches de ceux qui vivaient reclus au fond du lac. Il s'y était toujours senti plus chez lui que dans les murs du château, mais ces dernières semaines passées avec ce qu'il avait dû faire, cela avait changé la donne. Heureusement les casseroles avaient été là, Amélia lui avait fait confiance et tout cela avait légèrement changé sa vision du monde des sorciers. Cependant, s'il avait retenu quelque chose de son enfance, c'est qu'il ne fallait jamais s'attacher aux gens. Les gens meurent ou changent, et laissent un vide derrière eux. En gardant une distance, le vide à combler est moins grand lorsque ces personnes disparaissent. Après tant d'années, rien n'avait pu remplacer...
- Grand maître des citrouilles, j'ai soif !
Dans un geste magistral, Tom s'empara à son tour du pichet.
- Et en plus tu es malpoli. Tu n'as vraiment rien pour toi mon pauvre, répliqua Sid.
Les casseroles éclatèrent de rire, Tom compris.
Il avait beau être désagréable, ça pouvait lui arriver d'être sympathique ce Sid, se dit Tom en buvant son verre. Mais de là à le considérer comme un ami, il y avait encore du chemin. Ne serait-ce que pour la force avec laquelle il s'était opposé à son adhésion au groupe. Maintenant qu'il y pensait, même Ambrosia ne lui avait pas demandé ses raisons de vouloir intégrer le gang. C'était peut être mieux ainsi. S'il ne réussissait pas, personne ne se rendrait compte de son échec. Mais s'il y arrivait...
- Je ne sais pas à quoi tu penses, mais ça à l'air profond. Tu me passes le jus de citrouille ?
Tom se tourna vers Sophia. Encore une fois, elle avait ce don de le cerner, avant de changer compétemment de sujet.
- Tiens, dit-il en lui donnant le pichet. Qui sait, peut être que ça t'inspirera que pour une chanson.
Une chanson sur le jus de citrouille ? C'était une drôle d'idée. Mais après tout pourquoi pas, pensa Sophia. Elle avait toujours eu l'esprit ouvert, et fréquenter des personnes aussi loufoques que les casseroles l'amusait beaucoup. De plus, elle pouvait écrire des chansons, se dit-elle en remplissant doucement son verre de jus de citrouille sans vraiment y prêter attention. Elle n'avait jamais considéré l'écriture comme un talent, mais plus comme un divertissement. Etre reconnu pour quelque chose était un sentiment agréable. Un sentiment d'autant plus renforcé par le fait que pour une fois, personne ne l'avait précédé. A la maison, ses parents ne tarissaient jamais d'éloges sur la scolarité parfaite de son grand frère, ainsi que sur sa carrière qui s'annonçait si prometteuse. Mais si son frère n'était pas doué pour quelque chose, c'était bien la musique et l'écriture. Ici personne ne la comparait à son frère, et c'était vraiment agréable.
- Hé Sophia ! Réveille-toi !
Sophia sursauta. La voix de Pen l'avait sorti de ses rêveries. A bon escient puisque son verre débordait, le jus de citrouille se répandant déjà entre les assiettes.
- Tu veux inonder la Grande Salle c'est ça ? Dit Pen.
- Désolée, répondit Sophia amusée. Mais une piscine de jus de citrouille dans la Grande Salle, c'est une idée à creuser.
Les deux amies rigolèrent ensemble. Sophia donna le pichet à Pen, afin de pouvoir s'essuyer la main.
« Elle est vraiment incroyable pour pouvoir s'évader comme ça » pensa Pen en la regardant s'essuyer d'un air joyeux. Pouvoir s'amuser de quelque chose d'aussi simple qu'un verre qui déborde. La dernière fois qu'elle n'avait eu d'autres soucis en tête que du jus de citrouille à éponger remontait à bien trop longtemps pour s'en souvenir. Elle devait avoir la moitié de l'âge de Sophia lorsqu'elle dut assumer toutes ces responsabilités. Le pire n'avait pas été ses sœurs, mais plutôt son père. Il ne s'était toujours pas remis de la mort de sa mère lorsqu'elle avait huit ans. Mais peut être que bientôt, elle pourrait se reposer. Elle savait qu'elle approchait du but qu'elle s'était fixé il y a quelques années. Cependant, malgré ces longues heures passées à la bibliothèque, ses recherches n'avançaient plus depuis un certain temps. Elle avait la désagréable impression que ce qui l'aiderait à progresser ne se trouvait plus dans la bibliothèque.
- Je peux me servir ?
Pen n'avait pas remarqué qu'elle avait gardé le pichet dans sa main. Elle sourit à Amélia en lui donnant.
Du jus de citrouille. C'était la première fois qu'elle en prenait à un repas d'école. Beauxbâtons était tellement stricte que la probabilité d'en voir à un repas était aussi élevée que de voir Sid prendre Tom dans ses bras. Elle se rappela alors de tous les doutes qu'elle avait eu en arrivant à Poudlard et de son oncle qui se sentait le besoin de toujours la protéger. Poudlard semblait l'avoir accueillie, bien plus que Beauxbâtons. Et voilà qu'elle attendait les résultats d'une compétition, en espérant être celle choisie pour représenter sa maison. Elle s'était toujours tenue à l'écart des compétitions de Beauxbâtons, trop ennuyantes et cadrées à son goût. Maintenant qu'elle y pensait... Comparer Poudlard et Beauxbâtons ne servait plus à rien. Son ancienne école lui parût bien loin lorsqu'elle vit le professeur Dumbledore se lever de sa chaise.
Les rumeurs des discussions s'atténuèrent lentement, jusqu'à disparaître, laissant la Grande Salle dans un silence que seules les chauves souris magiques interrompaient.
- Maintenant que nos ventres sont bien remplis, je laisse la parole au professeur Ephistas, sans qui cet évènement n'aurait pas eu lieu.
Quelques applaudissements polis retentir dans la Grande Salle.
- Tout d'abord, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont participé à l'épreuve de sélection. Je ne m'attendais pas à vous y voir si nombreux.
Le professeur Ephistas marqua un temps, ce qui eu pour effet de renforcer l'attente des élèves.
- A présent, il est temps de vous délivrer les noms des représentants de chaque maison. Je vous rappelle que ce sont les élèves qui ont obtenu les résultats les plus élevés au test qui seront ce soir nommés Champions de leur maison. Il s'agira bien entendu d'un très grand honneur, puisque...
- Il va nous les donner ces noms ! Chuchota une élève qui trépidait d'impatience près d'Amélia.
Apparemment elle n'était pas la seule pendue aux lèvres de son oncle. Mis à part quelques chuchotements, la Grande Salle était étonnamment silencieuse. Même les chauves souris semblaient attendre les résultats.
- Bien, je ne vous ferai pas languir plus longtemps, dit le professeur, mettant fin aux derniers chuchotements. Commençons avec le champion de Gryffondor.
Amélia se tourna vers la table autour de laquelle le flot rouge sembla soudain s'immobiliser. En réprimant un sourire, elle reporta son attention sur son oncle.
- Le premier champion est un jeune homme qui n'a pas démérité. Sa scolarité à Poudlard, son comportement et sa bienveillance font de lui un exemple pour chacun ici. Félicitations à... Mr Aldébaran Hobbes !
La table des Gryffondor explosa en applaudissements et en cris de joie. Apparemment la maison entière était heureuse d'avoir leur préfet -en-chef comme représentant. Amélia se joignit aux applaudissements. A côté d'elle, Pen faisait presque autant de bruit que n'importe qui à la table de Gryffondor.
- Bravo Al ! J'en étais sûre !
Aldébaran répondait aux félicitations par de grands sourires. Le professeur Ephistas, qui semblait heureux de la réaction des élèves, mit cependant un terme aux applaudissements en reprenant la parole.
- Le second champion, représentant de la maison de Poufsouffle, est une surprise, car il s'agit d'un jeune homme de quatrième année.
La rumeur des étonnements résonna en écho dans la Grande Salle.
- Quatrième année ?
- Comment il a fait pour arriver premier ?
Le professeur Ephistas mit à nouveau fin aux rumeurs.
- En effet, reprit-il, un représentant jeune qui nous a étonné par la qualité de ses connaissances. Souhaitons qu'il nous étonne à nouveau au cours des prochaines épreuves, sans vouloir vous mettre la pression, Harisson Ollivander.
Il fallut quelques instants aux élèves pour comprendre cette annonce. Toutes les têtes de la table des Poufsouffle se tournèrent vers le même élève, qui semblait lui-même ne pas avoir assimilé la nouvelle. Puis d'un coup la table explosa, mêlant cette fois les félicitations aux étonnements.
- Bravo Harisson ! C'est incroyable !
- Comment t'as fait ? Waoo !
Le professeur attendit que le tumulte se soit calmé pour continuer.
- Nous continuons avec le représentant de Serpentard. Un Champion qu'il a été difficile de distinguer, tant les copies de cette maison... étaient de qualités comparables.
Amélia n'était pas la seule à avoir remarqué la pause marquée par son oncle. Similaires ou identiques auraient probablement été moins courtois que comparables, mais l'accusation de tricherie aurait été moins habile. Les sourires narquois des Serpentard semblaient renforcer les doutes d'Amélia.
- Félicitations donc à Mr Matt Cryers.
Les Serpentards félicitèrent leur champion à grands cris railleurs. Les autres tables applaudirent comme pour les autres champions, mais il s'agissait plus d'applaudissements polis que sincères. Matt échangea un sourire complice avec Sid, assis près d'Amélia.
Mais une pensée traversa Amélia. Il ne restait plus que le Champion de Serdaigle. Son oncle avait sûrement fait exprès de garder cette maison pour la fin. Il ne fallait pas s'attendre à être nommée à coup sûr, mais après tout elle avait eu quelques semaines de plus que les autres grâce à son oncle.
- Enfin, reprit ce dernier, comme vous pouvez vous y attendre, le dernier Champion est celui de Serdaigle. Ou plutôt devrais-je dire la dernière Championne.
Le cœur d'Amélia fit un bond dans sa poitrine. La moitié des concurrents en moins. Le Champion était une Championne, ses chances augmentaient de secondes en secondes. Les visages de plusieurs de ses camarades exprimaient cependant une déception plus ou moins bien cachée. Sid excellait dans cette habilité (« Chouette, j'aurai plus de temps pour dormir ! » . Soudain elle surprit le regard de son oncle se poser sur elle, l'espace d'une seconde. Il l'avait regardé, brièvement. C'était elle la Championne ? Mais il l'avait regardé trop brièvement, était-ce mauvais signe ? Amélia n'en pouvait plus d'attendre lorsque son oncle reprit.
- C'est donc une Championne que je vais à présent vous annoncer (« Allez, dis mon nom » . Son travail n'a eu d'égal que son imagination (« C'est de moi qu'il parle ? » , puisqu'elle nous a apporté les réponses les plus inventives (« Allez, dis-le, Amélia, Amélia !» . Un très grand bravo à Miss...
FIN DE LA PREMIERE PARTIE
Amélia sera t-elle Championne de Serdaigle ? Qui seront les co-équipiers des différents Champions ? Quelles épreuves les attendent et comment évoluera le Gang des Casseroles Ambulantes ?
Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans la deuxième partie de ce premier tome !
A bientôt pour la suite des aventures !
