Chapitre 10
I wanted to know the world that was outside of the well.
So I tried hard to get out from the bottom of the well.
I wanted to know the world that was outside of the well.
So I climbed up numerous of times despite falling down over and over again.
But then I realized it.
The higher and higher I climb, the higher the pain will increases when I fall down again.
When my interest in the world outside of the well began to equal the amount of pain,
That was when I finally realized the meaning of the story of Der Froschkönig
-Frederica Bernkastel
Sous le regard ébahi de son fils, un magicien souleva son bras en direction d'une sorcière, l'index tendu, le pouce droit et les trois autres doigts repliés… Une attitude que son spectateur aurait jugé approprié, si celui qui s'était figé dans cette position n'avait pas dissimulé son revolver à cartes dans le revers de son costume blanc, l'instant précédent, avant d'aligner son ennemie dans sa ligne de mire…
Même si c'était une sale gamine qui lui fonçait dessus, le dragon qu'elle chevauchait existait en dehors de son imagination, contrairement à l'arme de celui qui la défiait ouvertement… Ce petit monstre n'allait pas porter la main à son cœur et mimer une lente agonie si un père de famille ramenait brusquement l'index en arrière, après avoir fait passer un pan ! dans l'interstice de ses lèvres étirées en un sourire confiant…
Et pourtant… A la plus grande surprise d'un magicien en herbe, c'est bel et bien ce qui se produisit…
Un dragon s'était cabré en arrière à mi-parcours, la sorcière qui l'avait enfourché avait porté la main à sa poitrine pour agripper fermement sa robe, faute de pouvoir en faire de même avec le petit organe qui lui martelait la poitrine en dessous…
Si le coup de feu avait été fictif, la douleur de sa victime paraissait on ne peut plus réel aux yeux des deux enfants qui y avait assisté, que ce soit face au tireur ou à ses côtés… Aussi réelle que les tourments qui avaient déchiquetés le corps d'une fillette quand elle avait essayé de franchir le seuil d'un magicien par la force…
Pendant quelques instants, Kaito demeura écartelé entre le soulagement pour un père et l'angoisse pour une fillette, tandis que ses yeux écarquillés oscillaient entre les soubresauts d'un dragon qui éparpillaient ses plumes aux quatre vents en se contorsionnant sur le sol, dans une véritable crise d'hystérie, et le cambrioleur qui caressait l'extrémité d'un index de son souffle, pour éparpiller une fumée inexistante…
La créature effectua deux ou trois tonneaux sur le plancher de la pièce, avant de se recourber en arrière pour ouvrir sa gueule en direction du plafond pour transpercer l'atmosphère d'un cri d'agonie silencieux, ce qui ne l'empêcha absolument pas de résonner aux oreilles des spectateurs de manière assourdissante…
N'ayant même plus la force d'ébrécher le silence, le monstre renonça à toute tentative futile de se maintenir plus longtemps au-dessus du sol, laissant retomber son menton en avant pour marteler un plancher…
Aucune vibration n'ondula sur la surface de ce même plancher lorsqu'un dragon l'embrassa… En lieu et place de la monture d'une sorcière, ou même de la nuée de corbeaux qui en avait façonné les contours, c'était des plumes qui l'avaient effleuré dans les dernières secondes de la chute de sa maitresse… Des plumes qui se dissipèrent aussi facilement qu'un mauvais rêve en percutant la réalité bien palpable… Cette réalité qui avait frappé une fillette de plein fouet, quand une créature fantasmagorique était repartie dans le monde des légendes, abandonnant celle qui l'avait convoqué aux dures lois de la gravité…
Un sourire s'éclipsa dans un soupir sur le visage d'un magicien, maintenant que sa petite ennemie jurée avait plus de mal que jamais à se faire passer pour autre chose qu'une enfant au bord des larmes aux yeux de son adversaire, tandis qu'elle rampait sur le sol en gémissant…
La petite Akako tendit un bras tremblant en direction du père de Kaito, en s'appuyant de son mieux sur l'autre pour se maintenir au-dessus du plancher qu'elle avait embrassé de son front un peu plus tôt…
Si les derniers lambeaux de sa puissance qu'une sorcière avait lancée dans la bataille avaient eu assez d'intensité pour entrainer le moindre déplacement d'air, la vague s'était dispersé dans la poussière avant d'avoir parcouru la moitié de la distance la séparant de sa cible, ne lui faisant même pas osciller le pendentif qui ornait son monocle…
Face à cette dernière illustration de sa propre impuissance, la fillette sentit ses forces l'abandonner, ne lui laissant plus la moindre once d'énergie pour offrir l'ombre d'un tribut aux derniers soubresauts de sa dignité comme de sa rage…
Un front s'appuya à nouveau sur la surface rigide d'un plancher pour y demeurer, tandis qu'une sorcière achevait de s'effondrer, incapable d'avancer d'un millimètre supplémentaire ou même de regarder son adversaire droit dans les yeux…
« Qu'est-ce que… tu lui as fait ?! »
Le reproche s'était agrippé aux basques de l'admiration comme une ombre quand un fils fît fuser une question vers son père.
Pour la première fois, et contrairement à ce qu'un petit garçon avait anticipé, la victoire écrasante de son professeur avait été plus douloureuse à accueillir que l'aurait été sa défaite… en tout cas quand elle s'était reflété dans le regard suppliant d'une fillette qui lui avait donné l'impression de tendre la main pour lui réclamer de l'aide plus qu'autre chose, lors de son ultime tentative de mettre son ennemi à terre au lieu d'y ramper toute seule à ses pieds…
« Absolument rien, Kaito… C'est bien ça, le pire… Absolument rien… Ta petite amie et ma vieille ennemie a juste oublié la nature exacte de nos différences…ou de ce que nous avions en commun… La magie, peu importe s'il s'agit de la mienne ou de la sienne, ne peut pas se substituer aux efforts que tu dois déployer pour parvenir à tes fins… Contrairement à ce que s'imagine le public que nous partageons, les illusionnistes comme les sorcières ne peuvent rien extirper du néant… Ex nihilo, nihil fit… Ce que nous offrons à nos spectateur, il a fallu l'acheter avec de la sueur, du sang et des larmes… Ne serait-ce que les nuits blanches passé à imaginer l'astuce et les heures consacrés à la mise en place des artifices dissimulés en coulisse… Ton père lui-même ne pourrait pas sortir la moindre colombe de son chapeau s'il n'avait pas pris la peine de la capturer pour l'y dissimuler en tout premier lieu… C'est bien pour cela, qu'il faut savoir tirer le rideau sur ton spectacle avant de promettre à ton public le tour de trop… celui que tu ne pourras pas accomplir, faute de s'en être donné les moyens, avant…»
Difficile de savoir si c'était un magicien ou un cambrioleur qui avait offert ces mots imprégnés de sagesse comme de fatigue au petit Kaito… En tout cas pour Toichi, son fils demeurant pour l'instant incapable d'établir une différence entre l'un et l'autre… ou même entre un prestidigitateur et une sorcière…
« Mais je pensais qu'elle n'avait pas besoin de truc, justement… »
« Effectivement… C'était l'avantage qu'elle pensait détenir sur ton vieux père dans notre affrontement… oubliant qu'un atout peut très vite devenir un handicap… Tout ce que ça me coûte de m'offrir une paire de mains supplémentaires pour exécuter mes tours, en plus de celles de Jii, c'est un mannequin, une peinture en trompe-l'œil, un miroir ou un peu d'ombre et de lumière… mais sans le secours de genre d'artifice, pour arriver au même résultat, ton amie n'a pas eue d'autre options que celle de se diviser elle-même en deux êtres distincts… tout en continuant de me faire face, toute seule…Les illusions d'un vieux magicien ne valaient peut-être pas grand-chose face à la réalité de sa sorcellerie…mais en contrepartie, elles me coutaient beaucoup moins cher… La dernière chose qui sort de mon sac quand je l'ai vidé de mes tours avant la lever du rideau, c'est le ridicule… mais ce n'était pas des artifices qu'elle me jetait à la figure, c'était toute sa personne, si bien qu'à la fin, quand elle arriva au bout de ses propres ressources, la dernière chose à s'écraser sur le sol de la pièce sans m'atteindre, c'était… »
Toichi laissa un soupir se substituer aux derniers mots de sa leçon, cette leçon qui se reflétait dans les yeux légèrement attristé de son disciple, sous la forme d'une fillette étendue de tout son long…
« Qu'un magicien puisse être un meilleur précepteur que moi, je ne sais pas si je dois trouver ça ironique ou tragique… »
La réponse se trouvait sans doute quelque part entre les deux dans l'esprit d'un majordome alors qu'il contemplait tristement sa maitresse…et la multitude de feuille de papier qui s'effritaient dans toute la pièce, maintenant que celle qui y avait tracé leurs idéogrammes n'avaient plus la force de donner la moindre autorité à ses mots… Au sens propre comme au figuré…
« Oh, n'exagérons pas… Si j'en crois votre pupille, je lui avais déjà donné cette leçon, à titre posthume, avec une illustration bien plus tragique que celle qu'elle nous offre à son corps défendant, sans qu'elle ait compris toute la portée pour autant… Eh, peut-être qu'il n'y a pas tant de différence entre nous que nous voulons bien le croire… Parfois, quand l'illusion d'un magicien se dissipe un peu plus tôt qu'il ne l'avait anticipé, dévoilant celui qui s'imaginait à l'abri derrière, il se rend compte, lui aussi et bien trop tard, que c'était sa propre personne qu'il avait offert en pâture à ses spectateurs…»
Un petit garçon détourna les yeux d'une fillette pour les lever vers un professeur dont les enseignements s'obstinaient à lui demeurer un peu trop obscurs…
Que cette victoire ait laissé un arrière-goût amère à un père, son fils n'avait pas de mal à le comprendre, mais pourtant…Pour un peu, on aurait pu croire que c'était son propre corps que le magicien contemplait à ses pieds, en lieu et place d'une fillette…
« Vous allez la lui donner, cette leçon, monsieur le magicien… Pour la première ou la seconde fois, peu importe… Après tout, les deux évènements n'en formeront qu'un aux yeux du monde… »
Toichi plissa les yeux, s'efforçant de déchiffrer le sous-entendu qui alourdissait la remarque désabusée d'un vieux domestique… La tristesse qui avait obscurci le sourire railleur qu'un visage difforme lui avait adressé, il avait eu l'occasion de la contempler, quelques minutes plus tôt…
Au cours de cet instant fatidique, où c'était l'anticipation d'une défaite qui n'était pas la sienne qu'un magicien avait débusqué dans l'expression de l'assistant de son ennemie… Une expression presque paternelle, y compris dans la mélancolie qui s'était mêlé à l'amusement, au moment où il lui avait fait remarquer que sa maitresse n'avait pas commis l'erreur de sous-estimer son adversaire…
Certains compliments pouvaient avoir la sonorité d'une critique acerbe quand on avait des oreilles pour entendre…
Faute d'avoir sous-estimé le père de Kaito, la fillette avait surestimé celle à qui elle avait confié la lourde tâche de lui faire mordre la poussière…
« Vous ne me donnez pas l'impression d'avoir placé beaucoup d'espérance dans la réussite du projet qui tient tant à cœur à votre pupille… Laissez-lui le bénéfice du doute… Elle est peut-être déjà parvenue à ses fins sans le savoir… Deux personnes ont eu le droit à une leçon un peu trop cruelle, aujourd'hui… »
Après tout, sa sombre prédiction sur le triste chemin que l'hubris d'un magicien ferait emprunter à deux enfants, y compris le sien, elle n'aurait pas eu autant de mordant si la prophétesse avait prêté plus d'attention au contenu de sa propre mise en garde…
« Quand bien même vous prendriez ses avertissements au sérieux, cela ne changerait rien à leur réalisation… Personne ne peut aller contre le cours du temps, y compris et surtout ma maitresse… mais je crains fort qu'il n'y ait qu'une seule véritable manière de lui faire savoir, la laisser essayer, malgré tout… De toutes manières, je n'ai jamais eu d'autre choix… Je peux tout au plus me consoler avec le conseil que m'a donné une de mes pairs, ce matin… Laisser ses élèves aller jusqu'au bout de leur erreur est parfois la meilleure chose qu'un précepteur puisse leur offrir s'il veut réellement les voir progresser… »
Toichi pris le temps de décortiquer les paroles du majordome, avant d'y répondre par un sourire qui aurait eu sa place sur le visage de son fils, avec quelques années supplémentaires et un peu plus, un tout petit peu plus de maturité…
« Mais quelquefois…les gamins peuvent avoir le culot de voir une douloureuse leçon leur passer au-dessus de la tête, en trouvant le moyen de réussir là où le plus expérimenté des professeurs ne pouvait voir que l'échec, même avec toute la complaisance du monde… »
Remarque que l'éternel compagnon d'une sorcière encaissa avec un haussement d'épaules en trainant le pas en direction de sa maitresse.
« Peu m'importe… Dans les deux cas, mon élève sera gagnante… »
Emboitant le pas à la créature difforme, Toichi commença à porter la main à son épaule pour décrocher une cape, qui lui paraissait plus utile autour du corps d'une fillette que le sien, avant de s'interrompre à mi-parcours… Le corps qu'il voulait emmitoufler avait commencé à être gagné par un spasme qui ne présageait rien de bon… qu'une sorcière lui dissimule ses larmes ou un gloussement…
« Eh…hehe…hehehe… J'avais bien raison de ne pas vous croire, monsieur le clown… Believing oneself to be perfect… Allez prétendre que c'était votre propre personne que vous aviez en tête en marmonnant ces mots… »
Le vieux magicien adressa un sourire complice en direction de son interlocutrice tandis qu'il pliait le genou pour se mettre à sa hauteur…ou en tout cas s'y trouver quand elle aurait trouvé la force de se redresser.
« Oh, mais je ne vous mentais pas en vous confiant que ce n'était pas vous que j'avais eu en tête… même si j'aurais dû avoir l'honnêteté d'ajouter un seulement… »
Un dernier soubresaut parcourut le corps d'une fillette avant qu'il ne se détende comme un ressort… et qu'une menotte dépourvu de serrure ne referme son cercle d'acier sur un poignet…
Coup de théâtre qui fît tressaillir un magicien…alors même que le bras qu'une sorcière venait de prendre au piège n'était pas celui de son ennemi mais le sien… L'effroi qui avait étiré les traits d'un visage boursouflé quand ses yeux avait effleuré la chaine qui pendait au poignet de sa maitresse n'annonçait rien de bon, ni pour elle, ni pour lui… Cette chaine au bout de laquelle se trouvait une montre-gousset, en lieu et place d'un cercle d'acier identique…
« Hehe… Je n'aie peut-être pas les moyens de vous apprendre le respect, mais il me reste toujours une option…pour combler l'écart entre mes désirs et ce que je peux m'offrir toute seule… Frapper à la porte d'une banque… La plus ancienne de toutes… Celle avant qui rien ne fût créé qui ne soit éternel… »
Lorsqu'une sorcière se releva en même temps que le couvercle d'une montre, s'agenouillant face à son ennemie sans adopter le moins du monde une attitude soumise ou même résignée, bien au contraire, le cadran formé par un cercle autour des aiguilles de la minuscule horloge commença à se mouvoir, sans que le doigt d'une fillette ne se glisse dans l'un des trous qui le transperçaient pour le faire tourner sur lui-même…
Un cadran qui n'était pas sans évoquer le tourniquet d'un antique téléphone, quand bien même sept symboles ésotériques avaient supplanté la place traditionnelle allouée aux chiffres…
Aussi énigmatique que soit la danse du cercle argentée pour un magicien et son fils, les émotions qui défilaient sur le visage d'une fillette, chaque fois qu'un symbole passait au travers d'un cercle, aurait pu les éclairer sur la signification du signe, ou plutôt du nom qui se reflétait dans les yeux d'une sorcière, avide de connaître le verdict que l'artefact allait rendre sur l'âme de sa propriétaire…
Satan… Oui, ce nom-là pouvait bien être le bon, la colère vis-à-vis d'un magicien borné lui mettait plus que jamais le sang en ébullition…
Le nom Lucifer se substitua… Un nom qui n'était pas le synonyme du premier, quoiqu'en pense les petits mortels ignorants…Ah, il lui restait quand même un embryon de fierté après l'humiliation que le père de Kaito lui avait infligé…
Pas tant que cela, hélas, pour le meilleur comme pour le pire… Belphégor menaçait maintenant de supplanter le plus illustre de ses ainées… C'était vexant, mais après l'impact douloureux de cette défaite, et le désespoir qui lui était retombé sur les épaules par la suite, elle ne se sentait plus la force suffisante pour aller arracher un père à la grande faucheuse et le restituer à un fils… Il aurait été si facile d'aller mettre sa fierté de côté pour réclamer son aide à des entités qui prêtaient toujours une oreille complaisante aux petits mortels leurs adressant des prières… Trop facile… Mais la paresse était un vice qui avait entrainé bien trop de pêcheurs au-delà du point de non-retour pour qu'on sous-estime son incarnation…
Sans le moindre ménagement, Mammon écrasa sa sœur pour s'imposer… Quoi de plus normal, l'avidité ne reculerait devant rien ni personne pour obtenir ce qu'elle convoitait, chassant l'indolence en faisant claquer le fouet de l'ambition… Quand allait-elle se décider à se reprendre en main et réclamer son dû, au lieu d'attendre qu'on lui glisse gentiment dans la bouche avec une cuillère en argent ? Celle qui était destiné à mettre la moitié de l'humanité à ses pieds n'allait certainement pas déclarer forfait face à un seul homme, et s'il représentait vraiment plus de valeur à ses yeux que tous ses semblables réunis, il était temps d'accorder son portefeuille avec ses actions, en se donnant les moyens d'arracher ce qu'il lui faisait anticiper…
Ah, Mammon, un démon si proche de son cœur à une époque pas si lointaine… Il aurait pu gagner… avant que ce petit cœur ne se mette à battre pour un voleur…
Non, la seule qui entendrait son appel quand ce cadran se figerait serait…
Enfonçant sans ménagement son index dans l'entaille qu'un magicien lui avait involontairement infligé, tout à l'heure, Akako l'extirpa dans un rictus de souffrance avant d'appliquer fermement un doigt rougi par son propre sang sur le symbole qui avait réussi à suspendre pour de bon le mouvement du cercle qui le surmontait…
« Des profondeurs du deuxième cercle jusqu'au sommet du purgatoire, viens à moi, Asmodée, écoute le murmure de la pécheresse et soumets-la à ta tentation… »
Un majordome avait vainement levé le bras en direction d'une fillette, dans un geste dont le désespoir ne manquait pas d'être annonciateur du pire pour le magicien qui avait étreint son fils, par reflexe… Etant donné la soumission dont avait fait preuve son tuteur à ses caprices, jusque-là, le tout dernier en date semblait bien proche du tout dernier qu'elle puisse jamais s'offrir dans sa vie…
Mais si Toichi avait anticipé le roulement du tonnerre, ou le sinistre craquement d'un plancher qui se fissurerait sous la chaleur des forces telluriques qui se pressaient pour répondre à la convocation d'une sorcière, il en fût pour ses frais… La Deus ex machina qu'une fillette avait convoqué, si le terme était approprié étant donné la direction empruntée par ses prières, préféra s'extirper des coulisses avec une fanfare des plus inattendues…
« Kyaaaaa ! Toichiiii-samaaaaa ! »
La note légèrement hystérique du murmure langoureux qui s'était glissé sans prévenir à l'oreille d'un magicien, appropriée si un glapissement avait échappée à une adolescente excitée par la présence de l'idole qui avait orné les murs de sa chambre, des mois avant leur première rencontre, ne manqua pas de hausser le sourcil qu'il dissimulait derrière le cercle d'un monocle…
Si le cambrioleur vêtu de blanc avait commencé à se retourner, l'étau formé par les deux bras qui étaient apparu de nulle part pour l'enlacer, et au bout desquelles pendait des mains un peu trop baladeuses au goût d'un père de famille, l'en dissuada…
« Si j'ai eu la chance de voir ma renommée me précéder auprès de vous, je n'aie pas eu celle de vous connaitre, chère demoiselle, j'apprécierais donc que vous fassiez preuve… d'un peu moins de familiarité lors de notre première rencontre face à face…si je puis dire… »
Des paroles que Toichi s'était senti obligé de compléter en posant une main gantée sur les doigts qui se rapprochait de sa ceinture d'un peu trop près… pour les porter à ses lèvres et y déposer un baiser, arrachant un frisson à celle qui frottait sa joue contra la sienne…
A la réflexion, ce n'était pas la meilleure manière de calmer les ardeurs d'une admiratrice s'immisçant brusquement dans votre espace intime sans se soucier de vous demander votre avis, mais sur ce point, un séducteur plus ou moins volontaire en fonction des jours avait toujours jugé qu'il fallait combattre le feu par le feu…
« Notre première rencontre ? Ah ! Vous n'avez pas idée du nombre de rêves humides où je vous aie rencontré, face à face… Des rêves qui se faisait éveillée, une bonne partie du temps, si vous voyez ce que je veux dire, nyehehehe… »
Toichi gardait assez d'humour pour conserver son sourire, il avait néanmoins succombé à la tentation de le tordre dans une moue gêné.
« Je suppose…que je devrais me sentir flatté…mais il y a des choses qu'une admiratrice devrait garder pour elle face à un artiste… »
« Ohhh, mais je ne parlais pas seulement des miens, vous savez ? Vous n'avez pas idée du nombre de clientes potentielles que vous m'envoyez régulièrement, et qui tremblent comme des feuilles à l'idée de voir l'insaisissable Kid se présenter à leur balcon pour venir leur dérober leur virginité… Même s'il devait le faire avec quelques années, voire décennies de retard pour certaines d'entre elles…»
Qu'il s'agisse du père comme du fils, celui qui se dissimulait derrière un monocle savait pertinemment que, pour sa sécurité personnelle, l'insaisissable Kid devait maintenir une distance plus grande entre un magicien et la foule de ses admiratrices qu'entre un cambrioleur et une brigade de policiers… Une intuition qui avait trouvé une confirmation un peu trop littérale à son goût…
« Une fois encore, c'est le genre d'informations dont je me serais allégrement passé… »
« Tsssss, plaignez-vous… Certains m'ont vendu leurs âmes pour une fraction du succès que vous faites mine de porter comme une croix… Et bien peu d'artistes pourraient se vanter d'avoir un trophée comme la fangirl n° 12348 dans leur fanclub ! »
Un rectangle de plastique s'immisça entre un index et un majeur féminin pour se refléter dans un monocle… Les mots qui en ornaient la surface étaient trop familiers à un magicien, qui regrettait parfois de ne pas pouvoir toucher son pourcentage sur les produits dérivés consacrés au Kid, y compris une position officielle dans l'armée de ses groupies…
Ce n'était pas le cas du visage qu'une adolescente avait barré en alignant deux de ses doigts dans un V de victoire lorsqu'elle s'était glissée dans un photomaton… Mais le nom qui figurait aux côtés du cliché avait franchi les lèvres d'une fillette, quelques instants plus tôt…
Dieux du ciel, la renommée du Kid allait jusque-là ?! Fallait-il en rire ou se frapper le front du plat de la main ? Toichi hésitait, mais en faveur de la première alternative…
« 12348 ? La 666ème place était déjà réservée quand vous aviez terminé les formulaires d'inscription ? »
« Ouiiiiii ! Rageant, pas vrai ?! Ca mériterait au moins un autographe en compensation, non ?»
Si l'admiratrice d'un voleur avait réussi à trouver la volonté de s'arracher à son idole, ce n'était pas le dos de sa carte de membre qu'elle lui présentait en se dandinant d'un pied sur l'autre, mais son décolletée, tout en promenant un feutre le long de ses lèvres dans une expression un peu trop suggestive au goût de l'objet de ses avances…
Un père de famille baissa les yeux pendant que son fils les levait en direction d'une créature qui aurait été à sa place entre deux pages d'un shoujo manga d'un goût particulièrement douteux, bien plus que sur la gravure ornant le grimoire d'une sorcière…
L'uniforme scolaire, dont la couleur variait constamment entre le noir et l'écarlate, qui épousait les courbes d'une adolescente n'aurait pas dépareillé dans la vitrine de certains magasins, en compagnie d'un ersatz de tenue d'infirmière et d'un costume avec lequel un fouet était gracieusement offert par la maison… En revanche, il aurait été beaucoup plus difficile de trouver un lycée assez laxiste pour autoriser ses étudiantes à s'en revêtir, au plus grand désespoir de la moitié masculine de ses élèves qui aurait certainement envisagé de se dépouiller de son âme pour le droit de passer leur scolarité entre ces murs, s'ils avaient existé en dehors de leurs phantasmes…
Pour couronner le tout, et c'était bien le cas de le dire, les couettes de la nouvelle venue, dont les extrémités aurait balayé le sol de la pièce si sa chevelure rousse n'exprimait pas un mépris souverain des lois de la gravité, achevait de donner une dimension humaine, trop humaine, à la créature qu'Akako avait extirpé des enfers…
« Hum… Avant de vous signer quoi que ce soit, je suppose que je devrais prendre la peine de m'assurer que cela ne m'engagerait à rien… »
« Ohhhh, tout de suite… Comme si toute surface où je vous demandais d'apposer une signature devait former un contrat… Certaines personnes ont une vie en dehors de leur travail, vous savez… »
Toichi eut beaucoup de mal à retenir l'ombre d'un sourire attendrie face à l'expression boudeuse de celle dont la frustration avait gonflé les joues…
« …pour être honnête, on se demanderait presque si ces mêmes personnes ont bien un travail en dehors de leur vie en tout premier lieu… »
Face à la remarque acerbe qu'une sorcière avait fait claquer en guise de fouet, en plus de sa langue, une diablesse sursauta avant de dissimuler pitoyablement sa gêne derrière ses paupières et un sourire d'excuse un peu trop forcé pour avoir la moindre crédibilité, tandis qu'elle se retournait partiellement vers sa cliente en se grattant l'arrière de la tête…
« Nyehehehe… Navré, navré… Mais partie comme vous étiez, il faudra que je lui glisse mon feutre entre les dents pour qu'il puisse me signer un autographe à la fin… Des mauvaises langues viendraient en mettre en doute l'authenticité à cause de ça, tsssss, à commencer par celle de ma sœur…et encore, peut-être que vous ne me laisseriez même pas ça… Juste ça…Si vous le condamnez à se nourrir à la paille jusqu'à la fin de ses jours, et une paille qu'il ne pourrait même plus glisser entre ses lèvres par ses propres moyens, qu'est-ce qu'il lui restera pour satisfaire ses admiratrices, hein ? Vous y avez seulement pensé ?!»
Un magicien dissimula un toussotement et son sourire derrière un gant.
« Eh bien… Quelques suggestions me viendraient en tête, mais je préfèrerais les garder pour mon humble personne, de peur qu'elle ne tombe dans l'oreille d'un fils…ou de sa petite amie... Qui plus est, je suis certain que vous les avez déjà anticipés… »
L'expression rêveuse d'une lycéenne le lui confirma avant de laisser la place à un mélange de déception et de réprobation tandis qu'elle secouait la tête en levant deux mains en direction de son idole.
« Ne dites pas ça… Je vais finir par oublier le rating de l'histoire et me faire taper sur les doigts…Ahhhhhhhh, et là, Nee-sama va m'écorcher vive pour avoir ébréché le quatrième mur… Ohhhhhh, ce que vous ne me faites pas faire, Toichi sama… »
Akako laissa le poids de toute la misère du monde, ou en tout cas de la sienne, d'un poids équivalents à ses yeux, retomber sur la paume de la main où elle avait fait basculer son front… Geste d'embarras qui ne manqua pas de dissiper la confusion du visage de Kaito pour y substituer un sourire goguenard.
« Tu sais, avec le recul… tu devrais vraiment laisser une place dans ton personnel à ce petit snobinard… Quand la barre est déjà au ras du sol, même un nabot peut réussir à la relever… »
Un sourire effronté se crispa quand une main paternelle commença à s'appliquer fermement à une chevelure ébouriffée.
« Eh oh, tu ne vas pas me dire que je n'ai même pas le droit de critiquer les domestiques d'une lady, quand même ?! »
« Ce n'est pas mes leçons vis-à-vis des demoiselles que je te soupçonne d'oublier, Kaito…mais celles à propos des clowns… »
Si un disciple avait une réplique bien sentie sous la langue à destination de son professeur mécontent, elle effectua un repli stratégique vers le fond de sa gorge en compagnie de sa salive, quand son regard effleura le sourire gourmand qui s'immisçait progressivement par-dessous l'expression vexée d'une adolescente… Les dents qu'elle commençait à exhiber, petit à petit, lui paraissait un peu trop pointues, au sens propre comme au figuré…
« Vous nous trouvez…drôles, n'est-ce pas, petit marquis ? Une source d'amusement, je n'en doute absolument pas… Et qui pourrait vous en blâmer ? Avec notre tenue ridicule et si peu appropriée à notre fonction, nos noms poussiéreux, notre attitude un brin puérile, nos manières qui le sont tout autant, sans même compter notre coiffure qui ne vaut sans doute guère mieux à vos petits yeux… Et peut-être que vous avez raison, au fond, oui… Peut-être que nous sommes à mourir de rire, moi et mes sœurs, petites ou grandes… Mais comme votre petit papa vous le rappelle gentiment… Ce n'est surtout pas parce qu'une chose est amusante qu'il faut s'imaginer pour autant qu'elle ne représente pas le moindre danger… »
Une sensation familière commença à faire son chemin dans la conscience d'un petit farceur… Le murmure timide d'une voix qui lui susurrait d'accorder le bénéfice du doute aux menaces voilées d'une gamine, a fortiori quand la dernière qu'il n'avait prise au sérieux que trop tard était une sorcière qui lui avait littéralement claqué sa propre porte au nez d'un geste de la main…
Mais une fois encore, la prudence avait été mise en sourdine par l'effronterie, au fur et à mesure que les lèvres d'un gamin s'étirait, prélude à un tour pendable…
Un gamin qui se retrouva brutalement bousculé en arrière pour atterrir sur son propre séant, et adresser, une fois encore, un regard surpris à une fillette de son âge qui avait levé la main vers le mécréant tournant en ridicule son pouvoir, lui faisant sentir sa colère à plus d'un mètre de distance…
« Ne t'avises surtout pas de vouloir la détromper, espèce d'idiot ! Elle t'a offert un avertissement explicite à l'instant… »
Le ton de la sorcière aurait été tout aussi approprié si elle lui avait fait remarquer que la future victime de ses farces avait relevé le chien d'un revolver dont la gueule aurait vomi autre chose qu'une fleur ou un drapeau orné d'un pan! si son index en avait effleuré la détente…
De fait, au vu de la lueur de panique qui se reflétait dans les iris de la sorcière, elle ne donnait plus tant l'impression d'avoir convoqué un laquais encore plus ridicule que la moyenne, mais d'agripper avec l'énergie du désespoir la laisse d'un chien de chasse qui ne se contenterait pas de tenir en respect un voleur si l'étreinte de la lanière de cuir autour de son cou se relâchait d'un seul millimètre, lui accordant assez de jeu pour refermer ses crocs sur la chair tendre de deux enfants, l'un après l'autre… Commençant par le fils d'un magicien avant d'aller achever son repas avec un petit chaperon rouge qui avait confondu un loup avec un caniche d'appartement…
Inutile de dire que la peur qui se reflétait sur le visage de l'ogre tandis qu'il agrippait le poignet que sa maitresse avait enchainé à une montre, elle avait achevé de pousser le petit Kaito à regarder la nouvelle venue avec une expression plus circonspecte qu'auparavant…
« Si vous vous rappelez enfin de mes leçons à leurs propos, et des raisons pour lesquelles il ne faut jamais leur laisser l'occasion de se rapprocher de vous de trop près, alors dépêchez-vous de… »
Des mots qui se noyèrent dans un gargouillement lorsqu'une mèche de cheveux roux s'étira brusquement de plusieurs mètres pour s'enrouler autour du cou d'un majordome, avec le mordant d'un fouet, le tranchant d'un scalpel et la poigne d'acier d'un casse-noisette qui n'aurait eu à se comprimer de beaucoup plus pour briser la coquille prisonnière de la tenaille…
« Avant de la sermonner, il aurait peut-être fallu que tu les aies gardé plus à cœur, tes précieuses petites leçons… Mais puisque tu tiens tant que ça à lui infliger une révision de dernière minute… Be my guest… Après tout, je suis certaine que notre maitresse ne trouve pas mes avertissements assez explicites pour l'auditoire, quand bien même ils sont amplement suffisants de notre point de vue… Donc achevons de combler l'ignorance, précepteur… Rappelez-nous les trois conditions auquel doit se plier un démon pour avoir le droit de porter la main sur un mortel… »
Le vieux domestique s'efforça d'insuffler suffisamment d'air dans ses poumons pour former les mots qui lui brûlaient la carotide autant que le garrot soyeux qui se comprimait un peu plus à chaque seconde.
« Si…un mortel porte la main…sur lui…en premier… »
Un tintement électronique se mit à résonner d'une manière aussi incongrue qu'inappropriée tandis qu'une lycéenne étirait un peu plus les lèvres en direction d'un magicien et de son fils.
« Very good ! The next one ? »
Sous les yeux horrifiés d'une sorcière, son majordome avait commencé à se tenir sur la pointe des pieds, tandis que sa tortionnaire l'y invitait implicitement en étirant une mèche de cheveux…et le nœud coulant qu'elle avait tressé au bout…
« Après…qu'un…mortel…lui en fait…la…deman…de… »
Des mots qu'une diablesse savourait sur ses propres lèvres, en même temps que l'humilité qui commençait à poindre sur le visage de sa cliente potentielle quand leurs regards se croisèrent.
« Pretty gooooooddd ! The last one ? »
Quelques centimètres s'étaient douloureusement hissé par-dessous les chaussures du serviteur, donnant à ses dernières paroles la tonalité rauque du dernier souffle ponctuant une agonie particulièrement atroce…
« …si…un mortel…a recours à autre chose…que…des mots…pour dissuader une contractante de nouer un…pacte… »
« Perfecttttttt ! Trois sur trois pour la théorie…et pourtant un zéro pointé pour vous au niveau des travaux pratiques, précepteur ! »
Un nœud coulant avait fini par relâcher son étreinte, mais après qu'une lycéenne ait fait onduler ses cheveux en direction d'un mur, envoyant sa victime la percuter de plein fouet, sans tourner la tête d'un seul centimètre pour autant…
Akako inclina des yeux obscurcis par une culpabilité que le soulagement avait adoucie, face aux gémissements plaintifs qui s'échappait du corps d'un majordome… Kaito commença à se rapprocher d'un air craintif et compatissant de celui qui n'avait plus la crédibilité suffisante pour assurer le rôle d'ogre, la transférant à une lycéenne…tandis qu'elle déployait deux mèches de cheveux en direction de Toichi pour le cerner de toute part…
« Alors, Toichi Samaaaaaa…Gardez vos main dans les poches jusqu'à la fin des transactions, si l'idée qu'une groupie vous dévore toute crue est si répulsive que ça à vos yeux… D'autant plus que celle-ci pourrait bien le faire au sens propre après vous avoir consommé au sens figuré…Nyehehehe… Et peut-être pas dans l'ordre que vous avez anticipez, là…Uuhhhhh…huhuhu…mais peut-être que je pourrais le faire au sens propre, et au figuré, en même temps… »
L'insaisissable Kid se contenta de donner un pli légèrement moqueur à ses lèvres tandis qu'un sourire plus carnassier que jamais se reflétait à la surface de son monocle…
« Hum, je crains que vous ne me surestimiez un tantinet, mademoiselle… Quelle que soit les sommets de virilité que mes admiratrices imaginent sous ce costume blanc, je crains fort que la réalité déçoive l'une d'entre elle si elle avait les dents un peu trop longues… »
« Ohohohoho, de votre côté, vous ne devriez surtout pas me sous-estimez, Toichi sama… On ne devient pas l'incarnation de la luxure en collectionnant les codes-barres qui ornent les boites de céréales… Nous avons des standards élevés, contrairement à ce que peut penser votre progéniture… Quelle que soit la manière dont je vous engloutirais goulument, je peux vous garantir que vous demeurerez droit comme un i jusqu'au bout… Kiaaaaa !»
Une langue avait commencé à souligner les lèvres qu'avait franchi une promesse particulièrement morbide, avant d'onduler brusquement dans un gargouillement quand les doigts d'une sorcière agrippèrent la chaine qu'elle avait refermé sur son propre poignet, resserrant sa poigne sur la laisse invisible d'un subordonné qui manifestait un peu trop de zèle à la tâche qu'on lui avait assigné.
« Avant de t'inquiéter des trouble-fêtes qui pourrait nuire à la bonne marche des négociations, commence par venir parler affaire en premier lieu… Particulièrement si tu ne veux pas qu'une certaine plainte franchisse les lèvres d'une sorcière qui a convoqué Lucifer à sa botte pour bien moins que ça… »
Menace qui poussa une adolescente à cesser de tendre la main comme les cheveux en direction d'un cambrioleur avec le désespoir d'une groupie voyant l'objet de son adoration s'éloignait à tire d'aile avec un sourire d'excuse, tandis qu'une fillette la trainait sur le sol en faisant glisser les maillons d'une chainette entre ses doigts.
Se redressant d'un seul coup, en gardant les deux mains derrière son dos, les ondulations de ses tresses la dispensant de s'appuyer sur ses bras pour décoller du sol, la diablesse glissa un regard curieux par-dessus l'épaule d'une fillette, tandis qu'elle avait commencé à remonter consciencieusement le mécanisme d'une montre gousset.
Le manège des aiguilles de la montre plissa les yeux d'un magicien autant que celui d'une sorcière et de son âme damnée, aussi ironique que soit l'expression, justement...
« C'est le moment où je suis supposé vous marmonner une banalité du genre A quoi bon gagner le monde, si vous devez y perdre votre âme ?, non ? »
A en juger au sourire narquois d'une sorcière tandis que ses yeux restaient focalisés sur les aiguilles dont elle ajustait la danse, l'avertissement d'un voleur n'était pas tombé dans l'oreille d'une sourde, sans qu'elle soit complaisante pour autant…
« Vous me croyez aussi naïve que ça ? L'avantage de mon statut par rapport à celui du mortel lambda est précisément de pouvoir placer une valeur inférieure à l'éternité sur le contrat… Gardes tes remarques caustiques, Asmodée, je les sens déjà venir… »
« Caustique, moi ? Mais voyons, Akako sama, je suis sûre que vous serez différente… »
Toichi se retint de faire remarquer que tous les camelots offraient ce genre de promesse à ceux qui hésitaient à gober leurs boniments, et l'hameçon qu'ils dissimulaient à l'intérieur… Le sourire d'une fillette supposée se montrant aussi sarcastique que celui de l'entité dissimulée derrière les traits d'une adolescente, le père de Kaito n'avait pas le moindre doute sur le fait que son avertissement aurait été stérile…
Sa petite ennemie jurée n'avait pas besoin de se faire des illusions sur la nature de ce qu'elle mettait aux enchères… Après tout, de son point de vue, ce n'était pas son humble personne qui était l'objet des négociations, quand bien même elle serait la seule à y perdre quoi que ce soit lorsqu'elles s'achèveraient…
Quel que soit le montant marmonné par le commissaire-priseur quand il abattrait son marteau pour rendre son verdict, il aurait toujours moins de valeur à ses yeux que ce qui, ou plutôt celui qui était mis en vente à son corps défendant… Celui dont le regard exprimait la même inquiétude, que le visage d'un père ou celui d'une fillette s'y reflète…
-:-
Notes de l'auteur : Barre des 50 000 mots franchie avec succès, sans que je sois certain d'avoir franchi la frontière de la moitié de l'histoire… Et dire que j'avais promis une histoire plus courte que la moyenne au commencement… Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en affliger… Sans doute un peu des deux…(soupir)
