Coucou tout le monde!!
Je suis un brin en retard mais le nouveau chapitre est enfin prêt!
Kim, s'il te plait, ne râle pas!! Je sais que tu voulais ce chapitre en avant-première si je te remettais mon défi en retard mais vu qu'il n'est pas encore commencé et la date du jour, je crois que ça ne tient plus trop... A moins, bien évidemment, que tu le veuilles pour la fin du mois... Là je pourrais peut-être m'arranger (ce qui exclut d'écrire le défi de décembre en ce cas, bien sûr...) et t'envoyer le prochain chapitre d'Héritage 24h avant de le poster pour me faire pardonner...
A toi de voir!!
Petit mot pour julie qui a lu le reste de la fic hier : Ravie qu'elle te plaise!! La suite n'a pas mis trop de temps à venir, là, ça va? Lol! Ce sera plus long après, je te préviens!!
Bonne lecture!!
Chapitre 11
Cottage du Dahlia, quelque part sur la côte britannique, 18h.
Narcissa lança vers sa psyché un dernier coup d'œil satisfait. Elle était parfaite. Entièrement remise du traitement inqualifiable que Lucius lui avait fait subir, elle avait passé une longue robe de soie d'un bleu pâle de l'exacte couleur de ses yeux, ornée d'une ceinture de fils d'argent délicatement ouvragée.
Elle se devait d'incarner à la perfection la féminité la plus pure et la plus inatteignable lors de son retour au Manoir. Royale et sereine, comme si Lucius n'existait pas et ne pouvait en rien l'entacher. Le Lord insistait pour qu'elle reprenne sa place légitime et Narcissa elle-même devait avouer que cette baraque ridiculement petite, aussi sûre soit-elle, ne convenait nullement à son rang prestigieux.
En outre, sa sœur commençait réellement à l'assommer avec ses bavardages futiles. Ne comprendrait-elle donc jamais qu'elle n'avait pas la moindre chance de la supplanter dans le lit de leur Maître ? Si seulement elle pouvait se passer de le souhaiter sans cesse à haute voix en sa présence…
Non vraiment, il était temps qu'elle prenne les rênes de la Maison Malfoy. Plus jamais son mari ne lui en imposerait de quelque manière que ce soit ! Il allait lui payer très cher ce qu'il avait osé lui faire. Elle en portait encore des cicatrises sur le bras et devait impérativement porter des manches longues ! Certes, de superbes manches pagode décorées de discrètes broderies moirées, mais tout de même !
Quand je pense que je lui ai donné un fils !! Fi !! Il ne le mérite pas…
Vérifiant que pas un cheveu ne s'était échappé de la savante coiffure compliquée dans laquelle ils étaient regroupés, elle saisit sa cape de voyage blanche bordée de fourrure de Fléreur et sortit de la maison. Il lui faudrait bien marcher un quart d'heure avant de pouvoir transplaner. Rien que de penser qu'il lui faudrait également traverser à pied les jardins du manoir avant d'entrer dans sa propre demeure la mettait d'une humeur massacrante. D'autant plus qu'elle risquait de se salir avec le temps qui était à la pluie depuis quelques jours.
Oh oui, Lucius… Tu vas souffrir, et ce dès le dîner…
**********
Manoir Malfoy, quelques minutes plus tard.
L'elfe Netty, dont la famille dirigeait les elfes du Manoir Malfoy depuis quatre générations, secouait soigneusement les rideaux du grand salon. Cette pièce ne servant qu'aux grandes occasions, elle n'était pas utilisée tous les jours, loin de là, aussi avait-elle tendance à accumuler la poussière, aussi pointilleux que soient les elfes.
Son Maître n'était pas présent et elle avait décidé qu'un ménage de printemps s'imposait malgré l'époque de l'année. Ses maîtres ne s'absentaient pas si souvent, Lord Malfoy étant un homme qui appréciait la quiétude, et il était tellement plus simple de nettoyer tranquillement lorsqu'ils n'étaient pas là pour exiger moult services en sus du travail habituel…
Replaçant les lourds doubles rideaux de velours sur leur tringle, la petite elfe aperçut une forme qui s'approchait des grilles du Manoir. L'allure martiale et la tenue claire de la silhouette ne lui étaient pas inconnues et elle trembla en comprenant que sa Maîtresse rentrait au Manoir.
Elle savait qu'il était indigne d'un bon elfe de ne pas être attaché à son Maître, mais autant elle appréciait la présence calme et généralement peu exigeante de Lucius, autant elle craignait celle, incisive et tyrannique, de sa femme. Oh, ne comprenez pas par là que Lucius était souple avec ses serviteurs, non, mais il demandait rarement quoi que ce soit à son personnel. Il s'attendait naturellement à un résultat absolument parfait lorsqu'il requérait quelque chose et pouvait se montrer dur si celui-ci n'était pas à la hauteur de ses espérances, mais il n'avait rien du despote sadique ayant sans cesse besoin de ceci ou cela, changeant d'avis dès que l'objet requis était en sa possession, et qui punissait ses elfes parce qu'il n'avait rien de mieux à faire de ses journées. Au final, Netty aimait bien son Maître, mais elle avait toujours eu plus souvent affaire avec sa femme, qu'elle ne pouvait souffrir malgré la bonne éducation, très stricte, qu'elle avait reçue de ses parents.
Aussi n'était-elle pas ravie le moins du monde de voir Narcissa Malfoy s'avancer vers le portail.
**********
Narcissa atteignit enfin la grille de fer forgé du Manoir.
Grille qui refusa de s'ouvrir à son approche.
Grille qui ne bougea pas d'un millimètre lorsqu'elle posa légèrement sa main manucurée dessus.
Grille qui resta obstinément fermée alors qu'elle la poussait aussi fort qu'il était acceptable pour une dame sans perdre sa dignité à ahaner et jurer comme un charretier dételant sa carriole.
Grille qui ne daigna pas même frémir lorsqu'elle tira sa baguette pour l'obliger à se mouvoir ainsi qu'il se devait, utilisant le mot de passe qu'un membre de la famille prononçait lorsqu'il entrait accompagné de personnes non reconnues par les murs de protection.
Furieuse du stoïcisme négligeant du portail, Narcissa lança un sort d'ouverture relativement offensif, persuadée qu'un simple Alohomora ne servirait à rien. Pour sa peine, elle se retrouva projetée deux mètres en arrière par les protections du Manoir, atterrissant durement sur les fesses dans un glapissement fort indigne d'une Lady.
Elle se releva, frémissante de rage, ses longs doigts enserrant si violemment sa baguette qu'ils en blanchissaient aux articulations. Narcissa ne tenta pas même d'épousseter sa cape, ruinée par son atterrissage forcé dans la boue, tant elle était incrédule et froissée d'un tel acte.
Lucius avait osé.
Il l'avait enfermée à l'extérieur de sa propre demeure.
De toutes ses demeures.
Oh, mais il ne l'emporterait pas au paradis !
Le Lord allait être déçu, si désappointé de son comportement…
Narcissa s'en retourna, les joues empourprées, se promettant de rendre une visite au gobelin chargé de la gestion des coffres familiaux dès la première heure le lendemain. Il ne manquerait plus que cet arrogant personnage ne l'ait aussi coupé de sa fortune !!
Il ne perdait vraiment rien pour attendre !
**********
Netty laissa échapper un soupir, soulagée. Elle avait senti son Maître changer les protections quelque temps auparavant, et avait exécuté les ordres qu'il lui avait donné de préparer un bain bouillant et des vêtements propres, mais n'avait pas eu l'audace de le questionner sur ces modifications.
L'elfe se relaxa, assurée désormais que son ancienne maîtresse ne remettrait plus jamais un pied au Manoir. Lorsqu'un Malfoy allait jusqu'à empêcher sa propre femme d'entrer, c'était que celle-ci était répudiée. Netty espérait seulement que Maître Lucius trouverait quelqu'un de mieux adapté à sa personnalité cette fois.
Et de plus gentil, ajouta-t-elle mentalement après avoir bien considéré la question.
**********
Appartements de Lucius Malfoy, 18h30.
Lucius se tenait au centre du salon, indécis quant au chemin qu'il devait emprunter. Il devait parler avec le garçon. Cela était une certitude.
Mais comment ?
Comment aborder un jeune homme de dix-sept ans élevé dans un monde si différent du sien ? Ils n'avaient, à sa connaissance, aucun intérêt en commun… Le gamin ne semblait s'occuper que de Quidditch, aux dires de Draco qui se plaignait sans répit des hauts faits du Gryffondor sur un balai.
Il avait essayé de discuter calmement de la morsure mais s'était heurté à un mur de pierre. Apparemment ce n'était pas le bon sujet. Mais quoi alors ? Ce gosse était tragiquement ignorant de la société sorcière, de son système financier de base, de sa hiérarchie et de ses dangers. Que lui restait-il ?
Le Quidditch ? Lucius s'en moquait comme de sa première robe de gala.
Les potins d'adolescents ? Il pourrait demander à Draco de les lui rapporter, bien sûr, mais quelque chose lui soufflait que Potter n'en était guère féru.
Les cours ? Merlin, il n'avait rien d'un professeur particulier ! Et puis qu'aimait donc le Survivant ? Pas les potions, ou Severus aurait eu une attaque depuis le temps !
Peut-être la Défense…
Il s'était laissé dire, écoutant vaguement d'une oreille distraite l'un de ces vieux barbons du Conseil des Gouverneurs, que le Golden Boy de Dumbledore était plutôt doué dans ce domaine et ambitionnait à devenir Auror. Débuter une conversation par les cours de duels que le directeur souhaitait voir enseignés à son protégé était peut-être l'option de laquelle il était à l'affût…
Mais encore une fois, devait-il s'adresser à Potter formellement ou non ? Théoriquement, il n'avait pas à le faire au vu de leur lien, et pouvait se montrer plus ouvert qu'en société. Mais il n'avait nulle envie d'autoriser un Gryffondor capricieux et colérique à utiliser son prénom, hors il ne pourrait y échapper s'il s'adressait à lui de la sorte. Ne pas lui offrir la possibilité de lui parler informellement dans ces conditions serait immédiatement perçu comme une offense. Certes, le gamin n'avait pas la moindre chance de s'en apercevoir, mais si l'un de ses amis l'entendait, ou, Salazar l'en préserve, si cela revenait aux oreilles indiscrètes de son parrain, Lucius devrait alors risquer la provocation en duel pour un affront de cette importance. Cela reviendrait à sous-entendre que le Survivant, le Héros du monde sorcier, le célèbre et chouchouté Harry Potter, était placé au même rang qu'un valet de pied, à peine au dessus de l'elfe de maison. Black ne laisserait jamais passer cela et Lucius préférait ne pas croiser le fer ou la baguette avec un membre de cette très respectable famille. Ils possédaient tous un grain de folie des plus dangereux et le nouveau chef de famille ne faisait nullement exception, ainsi qu'il l'avait constaté. Sirius Black était réputé pour être un duelliste d'une grande efficacité, vicieux et roué. Lucius l'était tout autant mais, en bon Serpentard, refusait de parier son existence sur un coup de dés.
Soit, il tolérerait l'utilisation de prénoms si le sujet était abordé, et laisserait le problème en l'état dans le cas contraire.
Et renoncerait à l'attaque frontale qu'il aurait cru plus efficace sur un Gryffondor qu'un chemin détourné. Clairement, il avait eu tort et comptait bien y remédier.
Salazar, pourquoi tout était-il toujours si compliqué ? Lucius en avait parfois marre de marcher systématiquement sur des œufs autour de tous ceux qu'il approchait, son fils y compris. Il voyait trop peu le jeune homme pour avoir avec lui une relation parfaitement dépourvue de tension et le regrettait fréquemment. Si seulement il pouvait au moins se reposer en présence de son calice…
**********
Salle commune des Gryffondors, même heure.
Harry était roulé en boule dans un fauteuil près de la cheminée, le regard vide et l'esprit occupé. Il sentait un tiraillement de plus en plus prononcé en provenance du lien et savait qu'il lui faudrait bientôt retourner dans les appartements qu'il était sensé partager avec Lucius Malfoy. Il avait plutôt l'impression de n'être en ces lieux qu'une inconvenance que l'on place de côté, comme le vieux buffet trop large et totalement démodé que vous offre votre belle-mère en souriant de toutes ses dents et que vous ne pouvez décemment mettre nulle part chez vous sans ruiner définitivement toute la décoration.
Il fallait cependant qu'il y retourne, qu'il parle à Malfoy, d'une manière ou d'une autre. Même s'il ignorait royalement la façon dont il devait aborder l'homme. Le blond avait le chic pour être aussi impénétrable que Snape dans un mauvais jour. Et encore ! Avec le temps, Harry avait appris à différencier chez le maître des potions les moments où il ne fallait vraiment pas insister de ceux où le professeur était simplement d'une humeur maussade. Mais avec Malfoy, impossible de le savoir. Il était en permanence froid et composé. S'il n'avait pas cette grâce charismatique, cette élégance assurée et dominatrice, Malfoy serait l'archétype même du parfait majordome anglais bien stylé, ne laissant jamais paraître la moindre émotion et s'attendant toujours à ce que chaque détail protocolaire soit respecté à la lettre, vous regardant discrètement de travers à la plus petite infraction. Comment diantre était-il sensé engager une discussion des plus sérieuses sans avoir l'air d'un parfait crétin aux yeux de l'aristocrate ?
Et puis comment devrait-il lui parler ? Il se voyait mal débuter une phrase par 'Malfoy…' sans prendre immédiatement le vampire à rebrousse-poil mais il ne pouvait se résoudre à l'appeler Lucius. Trop personnel.
Ne pas l'appeler du tout ? Brillante idée mais délicate à mettre en pratique…
Merlin mais qu'allait-il faire ?
Avant qu'il ne puisse maltraiter davantage son cerveau sur ce propos, Ginny vint s'installer sur l'accoudoir de son fauteuil et entreprit de lui parler de tout et de rien, l'empêchant de réfléchir. Elle se penchait petit à petit vers lui, tentant maladroitement de savoir pourquoi il ne résidait plus dans la Tour Gryffondor.
La jeune rousse était persuadée qu'il avait un petit ami secret et qu'il avait déménagé ses affaires en douce dans sa chambre. Évidemment cela présupposait que ce dernier soit un préfet, mais elle ne comprenait pas comment les affaires, certes peu volumineuses mais néanmoins encombrantes, de son ami auraient pu tenir dans un dortoir déjà occupé. Et puis, il s'agissait peut-être d'une préfète, après tout… La rumeur, bien que confirmée par Harry en personne, sur son homosexualité ne l'empêchait nullement d'espérer qu'une fille soit parvenue à l'intéresser. Si tel était le cas, elle aurait une chance de l'en détourner. Elle avait tout à fait conscience de ne pas être pourvue des bons arguments pour lutter contre la gent masculine. Les adolescents aimaient à expérimenter, le choix d'Harry n'était peut-être pas encore définitif…
Bien sûr, elle savait qu'une très jolie blonde porterait le nom de Potter-Malfoy d'ici moins d'un an, mais le futur n'est pas gravé dans le marbre et elle espérait bien pouvoir récupérer le Survivant, si tant est que celui-ci n'ait pas pris résidence dans la chambre de Draco Malfoy bien entendu.
Le garçon en question se sentait très mal à l'aise, presque coincé sous Ginny qui se penchait tant qu'elle était pratiquement assise sur ses genoux. Il n'avait pas la moindre idée des espoirs de la jeune fille mais, entre la proximité trop prononcée qu'elle lui infligeait et le lien qui le travaillait de plus en plus, il décida qu'après tout retourner dans le salon peu engageant qu'occupait Lucius n'était pas une si mauvaise idée.
Harry se leva brusquement de son fauteuil, faisant vaciller Ginny qui faillit bien s'étaler de tout son long entre les accoudoirs, et balbutia d'inintelligibles excuses avant de se glisser vivement par la porte, s'attirant un sermon outré de la Grosse Dame pour avoir osé se ruer sur elle de la sorte.
**********
Bibliothèque, une table reculée dans la section d'Arithmancie kabbalistique, même heure.
Blaise gardait les yeux fixés sur le livre ouvert devant lui sans pour autant le voir. La déclaration inattendue de Weasley lui trottait encore dans la tête et il n'était pas certain qu'il soit opportun d'agir immédiatement sur la base de cette nouvelle information. Il n'avait pas l'impression que le rouquin ait rompu avec Hermione avant de l'autoriser à la courtiser. Mais de toute manière, il comptait bien agir avec ou sans la présence ennuyeuse de la belette auprès de la préfète alors pourquoi ne pas se lancer ?
Il soupira. Il était bien plus sûr de lui d'habitude et ne comprenait pas pourquoi il se mettait dans un état pareil. Il avait déjà demandé plus ou moins brutalement à bon nombre de jeunes femmes de sortir avec lui, ou de le rejoindre le soir venu dans son dortoir ou dans l'une des alcôves si pratiques du septième étage.
Mais là…
Hermione n'était pourtant pas la fille qui lui plaisait le plus. Il la trouvait très sympathique, intelligente et raisonnablement séduisante mais pas au point d'en tomber en pâmoison. Peut-être le fait de savoir qu'ils seraient mariés dans le futur le perturbait-il ? Blaise se rendait bien compte que cela était éminemment illogique étant donné qu'il n'avait aucune pression à subir dans ces circonstances. Il n'avait pas à retourner sans cesse dans sa tête toutes les raisons qui feraient que cette relation pourrait tourner à la catastrophe si l'un des deux finissait par tomber amoureux alors que l'autre non, puisqu'ils savaient tous deux comment cela devait se terminer. Cependant il ne pouvait nier ressentir une certaine insécurité.
Oh et puis zut alors, qu'était-il ? Un Zabini ou une poule mouillée ? Sa mère se moquerait sans répit si elle savait à quel point son fils se rongeait les sangs à l'idée d'inviter Hermione Granger pour la sortie à Pré-au-lard le lendemain, elle qui en était à son sixième mari !
- Hermione ? s'enquit-il d'une voix qu'il espérait assurée.
- Hhmmm…
La jeune femme ne leva pas les yeux, trop engrossée dans la lecture d'un passionnant traité d'arithmancie antique comparée pour répondre intelligiblement.
- Puis-je te poser une question… assez personnelle ?
- Quoi ?? demanda-t-elle en sortant enfin le nez de son bouquin. Oh… Euh, bien sûr.
- Je sais que cela peut paraître soudain, mais j'y pense en réalité depuis un moment et… Voudrais-tu m'accompagner à Pré-au-lard demain après-midi ?
Hermione regarda le métis installé en face d'elle, stupéfaite. Son visage était impassible, ne laissant filtrer aucune trace d'inquiétude ou d'impatience, mais la Gryffondor savait que ce n'était pas là une bien grande indication. Les Serpentards, et les Sang Purs en général, avaient toujours tendance à masquer autant que faire ce peut leurs émotions, même les plus honorables.
Elle n'en revenait pas ! Blaise Zabini lui présenter une telle requête ??
Le cerveau en pause de la préfète se remit tant bien que mal en état de fonctionnement et elle réfléchit à toute allure. Elle ne pouvait pas nier qu'elle était intéressée et que cela lui permettrait de voir le jeune homme dans un contexte différent de celui de l'école et des devoirs ou autres projets qui leur étaient assignés.
Mais justement ce point précis était à considérer.
Fréquenter le beau métis hors de la bibliothèque et des couloirs de Poudlard impliquait un changement profond de la relation amicale qu'ils entretenaient. Le garçon ne venait pas de lui proposer de venir en ville avec lui et le reste de la bande de Malfoy, non, il sous-entendait clairement qu'ils seraient seuls ensemble.
Et cela plaçait Hermione sur un plan tout nouveau qui se trouvait totalement en porte-à-faux vis-à-vis de Ron !
Elle ne pouvait tout de même pas sortir avec un autre que son petit ami !
Mais Ron était-il encore son petit ami ? Elle devait admettre qu'elle ne savait plus très bien à quoi s'en tenir. Elle s'était éloignée un peu lors de l'arrivée de leur future progéniture au vu des réactions imprévisibles de Samael qui voyait d'un très mauvais œil qu'elle se tienne près de son père. Elle se serait attendue à ce que Ron cherche à maintenir et renforcer les liens qui les unissaient lorsque les enfants étaient repartis mais il ne l'avait pas fait. Il avait continué de bougonner dans sa barbe contre le fait qu'elle voit souvent Blaise et qu'ils étudient tous deux à la bibliothèque, mais n'avait pas initié de rapprochement. Il s'était même isolé davantage. Appréciant énormément la compagnie du Serpentard, Hermione ne s'en était guère préoccupée jusqu'à cet instant.
Mais désormais il lui fallait bien prendre une décision, bien qu'elle ignora laquelle.
- Heu… Blaise, je… je suis avec Ron et… commença-t-elle, affreusement embarrassée, d'autant plus qu'elle avait très envie d'accepter.
- J'en suis parfaitement conscient, intervint Blaise lorsqu'il vit la jeune femme rougissante balbutier à la recherche de ses mots. J'hésitais depuis quelque temps à cause de cela mais j'ai croisé Weasley à la porte et…
Le Serpentard fit une pause, pas persuadé qu'il soit une bonne chose d'annoncer ainsi à la farouche Gryffondor que son petit ami lui avait permis d'avancer ses pions sans l'avoir consultée, mais le regard inquisiteur qu'elle dardait sur lui le dissuada de garder cette information pour lui seul. Elle donnait toute sa crédibilité à son geste et Weasley porterait le chapeau, ce qui lui convenait à la perfection.
- Pour faire court, il m'a dit qu'il avait vu la façon dont on se regardait et que j'avais le champ libre en ce qui le concernait. Et aussi que si je faisais un pas de travers, je lui payerais, ajouta-t-il afin de ne pas donner entièrement l'impression que le rouquin avait traité Hermione comme un vache vendue au marché. Il l'avait aidé après tout…
- Pardon ? Il a dit QUOI ?!?!?!?!!! hurla la jeune femme au beau milieu de la bibliothèque, ce qui lui valu d'être mise à la porte par la sévère Madame Pince, scandalisée de ce manque de savoir-vivre de son élève favorite, elle qui aimait tant ses chers livres…
Fulminante, Hermione planta Blaise dans le couloir et partit immédiatement vers la Tour Gryffondor, prête à remettre un certain Mr Weasley à sa place. Le métis la suivit un instant du regard et se résigna à regagner son propre dortoir, espérant que, peut-être, la préfète serait de meilleure humeur le lendemain au petit-déjeuner et qu'il pourrait alors réitérer sa demande. Avec un peu de chance, Draco accepterait de sortir la tête de sous son oreiller suffisamment longtemps pour qu'ils puissent discuter et faire leurs devoirs tranquillement dans la salle commune, maintenant qu'il avait été éjecté de la bibliothèque.
**********
Tour Gryffondor, salle commune.
- RONALD BILIUS WEASLEY !!!!!!!!!!!!!!!
Ron, qui se prélassait gentiment sur son lit en tentant d'oublier ce qu'il venait de faire, et surtout ce que Zabini venait de lui dire, sursauta en entendant ce cri de cochon qu'on égorge qui était venu agresser sauvagement ses tympans et tomba à bas du matelas, ahuri et pas très sûr de vouloir descendre voir de quoi il s'agissait.
- Ron, tu ferais mieux d'aller lui demander ce qu'il y a, si tu veux mon avis, conseilla Neville qui passait un baume dépoussiérant et protecteur sur les feuilles d'une plante dont Ron ne s'embarrassa pas à chercher le nom.
Le hurlement hystérique se répétant, Ron estima que, peut-être, il serait judicieux de se rendre dans la salle commune afin de s'informer de ce qui causait cette commotion. Il se releva péniblement, frottant son coude qui avait heurté la table de nuit durant sa chute, et descendit pour tomber nez à nez avec une Hermione rouge de fureur, les poings sur les hanches, le cheveu désordonné et le pied gauche frappant frénétiquement le sol. Elle réalisait inconsciemment une très ressemblante imitation de Molly dans un mauvais jour, même sans le tablier et la cuiller en bois que sa mère semblait posséder en permanence, et cela ne le rassurait guère.
Merlin !!!!!!
Il ne prit pas la peine de surveiller ses manières et saisit vivement la jeune femme par le bras, l'attirant dans sa chambre particulière, qui passerait aisément pour une cellule de moine bibliothécaire érudit tant elle croulait sous les livres, avant de placer un sort de silence sur la pièce pour s'assurer qu'ils ne seraient pas entendus. Il savait ce qu'elle allait lui reprocher et ne tenait pas à ce que la rumeur se répande comme une traînée de poudre dans tout Poudlard, ou sa réputation de Gryffondor pur et dur serait définitivement fichue.
Trop surprise par les actions promptes de Ron, Hermione n'eut pas le réflexe de lui hurler dessus dans la salle commune ainsi qu'elle l'avait prévu, aussi se rattrapa-t-elle dès qu'il la lâcha pour lancer un sort de silence.
- COMMENT AS-TU PU OSER !!!!! Je ne suis pas un BIBELOT dont tu peux te débarrasser quand bon te semble, Ronald !! La plus élémentaire des courtoisies eut été de m'en parler avant de dire à Blaise qu'il… qu'il… qu'il pouvait…
Hermione ne parvenait pas à trouver un terme qui traduisit son état d'esprit et ouvrait et fermait la bouche sans rien articuler, son regard brûlant d'un sentiment de trahison fixé droit dans les yeux de Ron. Celui-ci déglutit un peu plus visiblement qu'il ne l'aurait souhaité mais pondéra rapidement ses options : ne rien dire et partir lui vaudrait une sorcière furibonde attachée à ses pas jusqu'à ce qu'elle ait connaissance du fin mot de l'histoire, s'expliquer entraînerait certainement quelques dégâts supplémentaires à ses fragiles tympans qui supportaient mal les sons stridents.
- Écoute, Hermione, je sais que tu le prends mal et je crois que je peux le comprendre, mais s'il te plait, arrête de hurler et laisse-moi m'expliquer, veux-tu ? Ce n'est vraiment pas un manque de considération de ma part, je t'assure, déclara-t-il en levant les mains en signe de paix lorsqu'il vit les joues déjà rouges de la préfète s'empourprer davantage. Je… Comment dire… Ça fait un moment qu'on n'est plus vraiment… ensemble… toi et moi. Je veux dire… tu passes tout ton temps avec Zabini et tu t'en rends peut-être pas compte mais… tu le regardes d'une manière qui n'a rien d'amicale.
- Comment peux-tu… vociféra immédiatement la jeune femme, vexée.
- Hermione, laisse-moi finir ! Je ne veux pas dire que tu as fait quoi que ce soit avec lui, je te sais intègre… Mais le fait est que tu ne m'accordes même pas un regard la plupart du temps, et, quand par hasard c'est le cas, alors tu ne me considères pas différemment d'Harry. Lui par contre, siffla-t-il d'une voix empreinte de jalousie, c'est autre chose. Je… je peux comprendre, tu sais… On s'est éloigné et on a oublié de se rapprocher… C'est peut-être ainsi que ce doit être.
Ron secoua misérablement la tête et prit une profonde respiration avant de poursuivre.
- Quand je t'ai vu quitter la pièce tout à l'heure… en sautillant joyeusement pour aller le rejoindre… j'ai compris que, même si on n'en avait pas parlé, c'était fini. Alors oui, je lui ai dit qu'il pouvait aller de l'avant… Je pensais pas qu'il agirait si vite, c'est tout. Je croyais avoir le temps de te parler avant qu'il ne fasse un mouvement…
La voix de Ron s'éteignit et il tourna le dos à la préfète, sortant de la pièce sans lui accorder un regard. Hermione fixa stupidement la porte pendant plusieurs minutes, tentant de comprendre ce qui venait de se produire.
**********
Appartements de Lucius Malfoy.
Lucius leva brusquement la tête lorsque Harry entra en ouvrant et refermant violemment le tableau qui gardait la porte, levant un sourcil devant l'intrusion soudaine. Le jeune homme ne sembla pas remarquer sa présence et Lucius le considéra pensivement alors qu'il se dirigeait à grandes enjambées dans la chambre à coucher, et de là dans la salle de bain, si son ouïe ne défaillait point. Il se demanda ce qui avait bien pu mettre son calice de cette humeur et se fit brièvement la réflexion que cela ne lui sourirait probablement pas pour la tache qu'il s'était imposée pour la soirée, d'autant plus qu'il avait le plus grand mal à résister à l'envie d'aller le prendre dans ses bras pour l'apaiser, le vampire en lui n'étant guère friand de ce qu'il ressentait.
Il laissa à son calice quelques minutes de solitude, le lien lui transmettant une tourmente d'émotions mal définies, avant de se diriger vers la salle de bain pour s'enquérir de sa santé lorsque le flot ondoyant se fut quelque peu calmé. Il espérait ne pas énerver davantage le gamin ou celui-ci ne l'écouterait jamais… Lucius gratta légèrement la porte close.
- Mr Potter ? demanda-t-il en ouvrant doucement le battant.
Il ne manquerait plus qu'il lui fasse peur en prime ! Il avait vraiment l'impression d'essayer de flatter l'encolure d'un cheval blessé afin de le détendre et cela ne lui plaisait guère. Tous ses instincts de Malfoy s'y opposaient alors que le vampire blotti dans son crâne insistait péniblement qu'il lui fallait tout au moins assurer son ravitaillement.
- Mr Potter ? Puis-je savoir ce qui vous fait entrer dans cet appartement avec toute la délicatesse d'un troupeau d'hippogriffes enragés ?
- Rien, répondit le Gryffondor, les mains posées de chaque côté du lavabo, la tête penchée.
- Vous ne pouvez pas vous mettre seul dans un tel état, nia Lucius sans pour autant insister.
Il avait constaté qu'il était facile de braquer le garçon et que celui-ci, plus têtu qu'une horde de bourriques, se fermait comme une huître à toute discussion dans ces occurrences.
- Venez donc prendre le thé, proposa-t-il en se détournant, ne voyant pas le regard surpris et soupçonneux qu'Harry posa sur son dos.
Mais… Mais… A quoi est-ce qu'il joue ???? Du thé ?? Il se prend pour Dumbledore ou quoi ?
Bon autant y aller… Avec un peu de chance, il commencera à parler à ma place…
Harry soupira et tenta vainement d'aplatir un peu ses cheveux rebelles, encore plus désordonnés par sa course dans les couloirs. Mais rien n'y fit et il se résigna à rejoindre l'aristocrate dans le salon. Il espérait seulement que celui-ci n'était pas d'une humeur vindicative car il était sûr d'encore en souffrir si tel était le cas. Il se laissa tomber fort inélégamment dans le canapé sans lever les yeux sur Lucius qui avait repris place dans le fauteuil qu'il semblait préférer, au coin de la cheminée. Ce dernier se mordit douloureusement l'intérieur de la joue gauche pour s'empêcher de critiquer l'absence de manières du Gryffondor et lui tendit une tasse de thé d'un geste quelque peu contraint.
- Sucre ? Lait ? Non ? Bien. Il est amplement temps que nous ayons une discussion sérieuse alors je vous prie de me dire si oui ou non vous envisagez de m'écouter, débuta Lucius.
Cela sonnait plus froid et plus formel que ce qu'il avait prévu durant la journée mais il était bien moins simple de réellement parler à l'adolescent boudeur qu'il ne s'y était préparé. Il vit le garçon hocher lentement la tête.
- J'écoute… Je suppose que cela concerne les soi-disant cours de duels… lança Harry, espérant non seulement en finir le plus vite possible, mais aussi éviter toute mention de morsures passées ou futures.
L'amertume acide qui dégoulinait presque de la voix d'Harry fit hausser à Lucius un sourcil surpris. Il ne s'était nullement attendu à ce que Potter prenne les devants, certes, mais après tout pourquoi pas ? Le gamin était très clairement nerveux et, gryffondoresque jusqu'au bout des ongles, il fonçait droit au but. Non, le plus étrange était le ton venimeux qu'il venait d'employer. Qu'il ne soit pas follement réjoui de se voir attribuer des cours supplémentaires, Lucius pouvait le comprendre. Il n'était pas lui-même fanatiquement dévoué à ses études à cet âge, et il subissait plus souvent qu'à son tour les jérémiades de Draco pendant l'été, son fils estimant que des vacances étaient faites pour le repos et la farniente exclusivement, au contraire de son père qui tenait à ce qu'il révise ses leçons et s'avance pour l'année suivante.
Mais une telle véhémence ?
Le duel était une discipline ardue et souvent frustrante au départ mais Potter ne pouvait pas en avoir conscience dès à présent puisqu'il n'arborait en la matière aucune expérience. Non, sa réaction devait être provoquée par tout autre chose, que Lucius ne parvenait pas à saisir.
- Entre autres points… Mais je ne distingue pas ce qui motive l'utilisation de l'épithète 'soi-disant'… Je peux vous assurer que ces cours seront bien ce qu'ils sont sensés être.
- Mouais c'est ce qu'on dit… Comme si ce vieux gâteux agrumophile ne passait pas suffisamment de temps à me manipuler, il faut encore qu'il manigance Merlin sait quoi… Je veux bien admettre qu'il ne soit pas responsable de ça, dit-il en gesticulant, désignant apparemment Lucius, lui-même et tout l'appartement, mais ça ne l'oblige pas à vous autoriser à me massacrer impunément sous le couvert de leçons de duel !!!
- Je vous demande pardon ? s'étonna honnêtement Lucius. Il tenait assurément Dumbledore pour un fieffé manipulateur mais il n'avait pas cru que le Golden Boy pourrait le voir ainsi. Et ne pas lui faire confiance aussi aveuglément qu'il l'aurait pensé de prime abord… Il faudrait qu'il creuse cet aspect du Survivant dès qu'il en aurait l'occasion.
- Rien, rien… grommela Harry un peu ennuyé de s'être laissé emporter de cette façon, juste sous le nez de Lucius.
- Je pense que le directeur souhaitait vous voir prendre ces cours de toute manière. Il aurait certainement demandé à Severus, qui passe pour l'un des meilleurs duellistes, de vous l'enseigner, et peut-être requis de votre parrain qu'il poursuive ce travail durant les vacances, mais les récentes évolutions ont contrarié ses plans. Il serait dangereux que quelqu'un d'autre que moi vous enseigne cet art qui tend à s'avérer légèrement douloureux pour les débutants à cause des chutes fréquentes qu'il occasionne. Le vampire en moi pourrait mal percevoir qu'un individu quelconque vous envoie valser à travers une salle d'entraînement. D'où ma nomination à ce poste.
- Mais bien sûr ! Des duels face à un Mangemort ! J'en rêvais ! siffla Harry.
- Un peu de respect, Mr Potter !! s'écria Lucius, les yeux étincelants comme de l'argent liquide au soleil. J'ai des convictions personnelles et ne suis certes pas prêt à les renier parce que cela vous semble l'option la plus accessible. Vous devriez tenter de voir plus loin que le bout de votre nez au lieu de vous arrêter aux idées préconçues dont Dumbledore vous a farci l'esprit. Oui, je me bats pour que les coutumes ancestrales survivent ! Parce qu'elles sont plus que de vulgaires lois sans aucune logique, comme les nés-moldus et leurs défenseurs voudraient bien le faire croire ! Je ne professe pas l'extermination des moldus ou autre génocide du même acabit, mais la protection du monde sorcier. Pourquoi croyez-vous que les loups-garous sont de plus en plus rejetés ?? Pourquoi croyez-vous que de nombreuses espèces d'animaux magiques sont en voie de disparition ? Pourquoi croyez-vous que les enfants sorciers nés de moldus sont le plus souvent maltraités ? Ce ne sont pas les sorciers traditionalistes qui sont intolérants et étroits d'esprit, Mr Potter, ce sont les moldus et ceux qui estiment que nous devons courir le risque de les laisser s'infiltrer dans notre société.
Harry considéra Lucius, les yeux un peu écarquillés, surpris de la véhémence de l'aristocrate, de la passion qui animait l'homme froid lorsqu'il enfourchait l'un de ses Sombrals de bataille. Lucius reprit lentement son calme en s'accordant une gorgée de thé, imité par Harry qui, confus, cherchait à comprendre comment deux personnalités si différentes pouvaient bien cohabiter dans le corps d'une seule et même personne.
- Pour en revenir à nos moutons, je vous dispenserai donc des leçons de duels, ainsi que je l'ai fait pour Draco, et mon objectif n'est nullement de vous maudire à qui mieux mieux, je vous assure. Il n'est pas exclu que vous preniez un sort ou deux, bien évidemment, il s'agit d'un duel après tout, mais ce n'est pas là le but recherché. Vous n'êtes encore qu'un adolescent qui ne possède pas grands moyens de se défendre au combat et il y a tout lieu de croire que la guerre ne va pas mollir. Je pense qu'il serait plus que profitable pour vous de pouvoir lutter efficacement en cas de besoin, non ?
Le jeune homme acquiesça distraitement, encore perturbé par une vision inattendue d'un Lucius humain, d'autant plus que ses paroles ne lui paraissaient pas entièrement dénuées de sens. Ce dernier s'en aperçut et sentit de tendres filaments de trouble venir titiller son esprit depuis le lien.
- Il me faudrait une copie de votre emploi du temps pour que je puisse prévoir quelques créneaux…
- Hein ?? Oh, euh… oui…
Lucius se contint et ne lâcha pas brusquement à Harry ce qu'il pensait de ses expressions mais il prit mentalement note de répondre positivement à la requête de Sirius Black, ainsi que de réserver un moment pour apprendre à ce Gryffondor mal éduqué les règles élémentaires de la bienséance, et décida de lui signifier la seconde partie de ses résolutions dès cet instant.
- Je vous initierai également à l'étiquette, probablement le samedi ou le dimanche… Pas demain cependant. Puisque vous avez l'autorisation de sortir, je vous emmène chez mon tailleur pour refaire votre garde-robe, ainsi que chez un opticien sorcier changer ces horreurs que vous appelez des lunettes.
- L'étiquette ?? Au nom de quoi apprendrais-je l'étiquette ? demanda Harry en fronçant dangereusement les sourcils, se concentrant de nouveau sur la conversation et décidant de faire l'impasse sur le qualificatif peu flatteur que Lucius venait d'utiliser. Ses lunettes étaient après tout particulièrement laides, il devait bien l'avouer.
- J'ai un Manoir, des domaines, des affaires à gérer qui nécessitent de voyager… Je ne peux me permettre de rester enterré dans ce château pour l'éternité, ce qui implique que vous deviez en sortir également et il ne me plairait guère que vous soyez incapable de faire face à une réception ou à un repas d'affaires lorsque le fait se présentera devant vous. Je resterai cette année afin que vous acheviez votre scolarité mais, à moins qu'il soit de votre ambition d'enseigner, je ne vois nulle raison de m'attarder plus avant.
- Vous voulez dire que vous resteriez ici si je décidais de devenir professeur à Poudlard ? s'enquit Harry d'un air franchement dubitatif.
- Mais… probablement… A moins que des conditions adéquates puissent être trouvées hors du château… Ou bien de tout autre lieu en lequel vous exerceriez…. Je n'ai nullement pour habitude de parler de ma vie privée, même avec quelqu'un qui est amené à la partager, soupira Lucius après une brève pause, aussi oserais-je espérer que vous ne m'interrompiez pas pour hurler… Je vous en saurais infiniment gré.
Harry resta le nez sagement plongé dans sa tasse qu'il touillait gentiment bien qu'inutilement, n'osant pas regarder l'aristocrate en face, sa réponse l'ayant un peu sonné. Il s'attendait tellement à une confirmation des soupçons dont il avait fait part à Sirius… Mais, dans le même temps, les paroles d'un Mangemort pouvaient-elles être sérieusement prises en considération ? Rien ne lui prouvait que Lucius pensait effectivement ce qu'il disait ou même qu'il ne lui mentait pas outrageusement pour obtenir ce qu'il voulait de lui… Devant l'absence de réaction notable que sa déclaration déclencha chez son calice, Lucius pensa qu'il pouvait poursuivre, bien que cela le mette de plus en plus mal à l'aise, d'autant plus que des sentiments d'incertitude tourneboulée, de colère rentrée et de gêne maladroite se déversaient joyeusement dans son esprit par le lien.
- Bien qu'il me répugne de partager cela avec qui que cela soit, je me dois de vous signaler que je n'ai jamais eu la moindre conversation sérieuse avec ma… femme, Narcissa. Nous menions notre vie chacun de notre côté, sans trop nous préoccuper de ce que l'autre jugeait bon de faire, sur un plan personnel tout aussi bien que professionnel, et les seules fois où nous avons effectivement soutenu une discussion sont celles qui concernaient Draco, et encore ne m'a-t-il pas causé trop de difficultés. Aussi suis-je peu coutumier du fait de devoir expliquer mes actions. Votre parrain m'a fait part ce matin de certaines réserves de votre part quant à mon attitude… dominatrice, dirons-nous.
Harry releva brusquement la tête, renversant presque son thé sur ses genoux, et plongea ses yeux verts, étincelants de colère, dans ceux de Lucius. Quel sens de l'euphémisme !! Le culot dont l'homme faisait preuve le sidérait. Il traitait cela comme si rien ne s'était jamais passé, comme s'il n'avait jamais été plaqué assez violemment contre un mur de pierre particulièrement robuste pour le défoncer trois fois, comme s'il s'indignait du fait qu'Harry puisse croire un instant qu'il le considérait comme une babiole sans intérêt, vite rangée au fond d'un tiroir et vite oubliée. Le blond leva élégamment une main, qu'il avait soigneusement manucurée dès sa sortie des geôles de Voldemort, et reprit sans laisser le temps au jeune homme d'ouvrir la bouche.
- N'interprétez pas des paroles que je n'ai point encore prononcées, je vous prie, Mr Potter. Il a été porté à mon attention le fait que vous ayez l'impression que je cherche à diriger votre vie, or cela ne pourrait être plus erroné. Non, non, ne me regardez pas avec une telle défiance. Je ne supporte aucunement les individus serviles et désireux de toujours plaire qui me demandent conseils et approbations cent fois par jour. Il est un fait acquis que j'entends bien être nourri, et ce quels que soient vos sentiments à ce sujet. En revanche, je n'exige rien de vous en dehors de cela et je n'ai pas pour ambition de vous cloîtrer …
- Ben tiens !! Le coup de la 'bonne épouse' m'a fait terriblement rire ! A tel point qu'il m'est resté en travers de la gorge !!
- Je ne pouvais pas deviner que vous ignoriez ce que cela signifie ! Loin de moi l'idée que les moldus puissent avoir exactement la même manière de se comporter en société que les sorciers, mais je suis à peu près certain qu'ils ne manquent pas de bon sens en cette matière et que certains points ne sont pas si différents… Au vu de votre absence d'éducation digne de ce nom – ne me regardez pas ainsi, votre parrain m'a mis à au courant – il semblerait que je doive clarifier cette notion pour vous. Il est bien ancré dans la tradition de la plupart des grandes familles d'arranger les mariages. Cela a certains avantages mais il est également vrai que cela ne garantit nullement une union heureuse, or il est de bon ton de ne pas faire d'éclat en public, où tout ce qui est dévoilé sera soigneusement retenu par tous les convives et utilisé contre vous si possible. Les membres de la famille Malfoy ont pour coutume de toujours avoir l'air parfaitement heureux en ménage dès lors qu'ils ne sont pas seuls et il s'agit là du sens principal du terme 'bonne épouse' ou 'bon époux' selon les cas. De même, cela sous-entend que vous ayez apparemment des opinions identiques aux miennes ou, si vous ne pouvez vous y résoudre, que vous détourniez habilement la question sans avoir l'air de refuser d'y répondre. J'attends de vous que vous respectiez cela.
- Mais à part ça vous n'exigez rien… railla Harry, moqueur et pas convaincu pour deux Mornilles.
- Seulement votre fidélité, répliqua Lucius sur le même ton.
Le jeune homme blanchit et faillit briser la tasse alors que ses doigts se refermaient violemment sur l'anse de porcelaine délicate. Une vague puissante de crainte envahit soudainement Lucius, l'obligeant à se mordre la lèvre et à presque transpercer le cuir des accoudoirs de ses mains crispées pour ne pas se jeter sur le petit brun et le consoler, au plus grand mépris de son éducation.
- Du calme, Mr Potter. Je ne veux pas dire par là qu'il est requis de votre part de partager ma couche, à l'exception d'une fois pour finaliser le lien qui s'est créé entre nous, simplement que je souhaiterais que vous m'alliez pas batifoler. Je crains d'être quelque peu… comment diriez-vous cela… vieux jeu sur ce point. Je ne me permets pas d'aventure et j'exige la même courtoisie de la personne qui partage ma vie, mariage arrangé ou lien magique, peu importe.
La tension que Lucius décelait sans difficulté chez le garçon s'apaisa légèrement mais il sentait bien que la situation lui déplaisait souverainement. Ce qui, allié au parfum féminin bon marché qu'il percevait émanant d'Harry, indisposait fortement la possessivité naturelle du vampire. Il lutta pour ne rien dire, ne rien faire alors que le vampire protestait plus fort qu'il lui fallait le faire sien afin que plus personne n'ose poser la main sur son calice. Le moment était atrocement mal choisi. Et il n'y avait sûrement rien de déshonorant dans le fait qu'Harry soit proche de ses amis, n'est-ce pas ?
Tant qu'il n'en était pas trop proche… Après tout, mieux valait prévenir que guérir. Il ne lui coûterait rien de poser la question…
- A qui appartient ce parfum ? s'enquit-il d'une voix presque détachée.
- Pardon ???
M'enfin, je ne porte pas de parfum ! Qu'est-ce qu'il raconte encore ???
- Une odeur de parfum bas de gamme vous colle à la peau, je la sens d'ici. La fragrance étant plutôt fruitée, je doute qu'il s'agisse là d'une senteur masculine…
Harry porta sa manche à hauteur de son visage et renifla précautionneusement. Il percevait une vague émanation qui lui rappela faiblement Ginny. Il est vrai qu'elle s'était tenue assez près de lui mais de là à s'imaginer que Malfoy pourrait s'en rendre compte de si loin…
- Euh… Je crois que c'est le parfum de Ginny…
- Peut-être seriez-vous assez aimable pour ne pas être couvert de l'odeur de quelqu'un d'autre lorsque je me nourrirai ? Je peux vous assurer que le vampire n'apprécie que fort moyennement…
- C'est pas vous peut-être le vampire ?? cracha Harry. Je n'ai plus le droit de fréquenter mes amis c'est ça, hein ?? Et vous avez le culot de prétendre que vous ne voulez pas régenter ma vie ?!? Quelle blague !!
Salazar, mais pourquoi ai-je dû hériter du calice le plus émotif de Grande-Bretagne ????
- Je ne vous interdit pas de fréquenter qui que ce soit, Mr Potter, déclara Lucius de la voix la plus contrôlée qu'il put obtenir, résistant à l'envie d'enfouir son visage entre ses mains pour soupirer profondément. Il serait simplement bienvenu que vous n'empestiez pas le parfum du premier pékin que vous aurez croisé. Il est très désagréable pour moi de sentir une partie de mon cerveau hurler à la trahison alors que cela ne devrait pas m'affecter le moins du monde. Soit vous trouvez le moyen de ne pas émettre quantité d'effluves étrangers, soit vous prenez une douche en rentrant dans cet appartement.
Le regard furieusement renfrogné du garçon le convainquit qu'il n'avait pas fait preuve de suffisamment de tact mais il lui était difficile de parfaitement composer avec un vampire rebelle et contestataire installé dans son esprit, le fustigeant sans cesse afin qu'il réalise ses désirs.
- Écoutez, Potter, je ne suis pas un homme expressif, reprit Lucius d'une voix dans laquelle perçait une légère touche de désapprobation. Mes sentiments, gestes et ressentis quels qu'ils soient demeurent généralement privés et cela me plait qu'ils le restent. Il semblerait toutefois, à mon plus grand désarroi, que le fait de devenir un vampire s'accompagne d'instincts puissants qui ne s'avèrent pas si aisés à gérer et s'exacerbent facilement. Je fais mon possible pour les dominer mais ne vous imaginez pas qu'il s'agit là d'une simple tâche, je vous prie. Quoi que vous puissiez en penser, mon dessein dans l'existence n'est nullement de vous battre ou de vous envoyer dinguer contre les murs en permanence alors, oui, j'apprécierais que vous y mettiez un peu du vôtre.
Son ton était plus sec et cassant qu'il n'en avait primitivement eu l'intention mais un Malfoy n'aimait pas reconnaître ce qu'il percevait comme une faiblesse. Cela parut néanmoins avoir un effet sur le Gryffondor qui déplissa le nez et effaça le pli qui lui barrait le front. Il n'avait pas l'air franchement allègre pour autant, mais Lucius estima qu'il s'agissait d'un progrès et se resservit une tasse de thé.
Harry allait protester vigoureusement mais se ravisa. Il voulait bien reconnaître qu'il devait être perturbant pour quelqu'un, Malfoy ou non, de subitement devenir un vampire et qu'il n'avait guère essayé de comprendre ce qui pouvait se tramer dans la tête de l'aristocrate. Évidemment l'homme était exaspérant et avait le don de le faire sortir de ses gonds, mais Harry savait qu'il prendrait très mal le fait qu'une personne liée à lui aille voir ailleurs sans monter le moindre respect pour sa personne, aussi saisissait-il mieux qu'il ne l'aurait souhaité ce que Lucius entendait par là. La brève relation qu'il avait entretenue avec Théodore Nott s'était achevée le jour où Harry avait découvert un très long cheveu châtain sur la robe du garçon.
Théo n'avait visiblement jamais considéré leur histoire comme importante, Harry non plus du reste, mais il n'avait été pour autant embrasser Merlin sait qui d'autre à Poudlard durant cette période. Cela le tuait de l'admettre mais il croyait également en la fidélité et pouvait comprendre que le fait de sentir sur lui un parfum étranger puisse faire ressortir chez le vampire un aspect jaloux malgré l'absence de tendresse entre eux. Il n'appréciait guère le fait que Malfoy soit possessif vis-à-vis de lui sans la présence de sentiments, cela lui rappelait trop Dudley et son obsession de toujours tout avoir et de toujours tout contrôler, et, malgré la fascinante beauté de l'ancien Mangemort, Harry craignait qu'une réelle intimité s'installe entre eux. De ce qu'il savait, Lucius pouvait très bien désirer un simple jouet sexuel, point à la ligne, et sa manière presque agressive d'agir en permanence avec lui ne l'aidait pas à se défaire de cette opinion selon laquelle il tendait au despotisme, quoi que Lucius puisse en dire.
Et maintenant, il lui fallait rester éloigné de ses amis !
Mais non, en fait…
Malfoy ne lui demandait pas d'y renoncer… juste de prendre quelques précautions après les avoir côtoyés – il était bien vrai qu'il se passerait aisément d'avoir Ginny à demi étalée sur lui ! – et avant…
Oh Merlin !
- Vous voulez dire… que vous voulez… que je prenne une douche avant la… morsure c'est ça ? demanda Harry d'une toute petite voix paniquée qui déchira le voile paisible établi par la dégustation d'un bon thé.
- Ce serait fort aimable de votre part, acquiesça Lucius d'un gracieux signe de tête bien qu'il fut quelque peu surpris de la remarque du jeune homme et du ton de sa voix. Il était quelque part soulagé de ne pas avoir à aborder le sujet lui-même et satisfait de voir qu'ils progressaient, mais il n'était pas sûr d'aimer ce que Potter aurait à dire.
- Tous les jours ?? piaula le garçon.
- Je ne peux préciser, hésita Lucius devant les grands yeux verts peu rassurés qui le considéraient presque timidement, toute colère oubliée, écrasée sous le flot d'angoisse qui l'envahissait. Je sens que mon organisme n'est pas encore parfaitement remis des privations que j'ai endurées aux mains du Lord, mais même sans cela, je ne sais à quelle fréquence j'aurais besoin de me sustenter… Il est possible que les morsures s'espacent tout comme il est possible que j'aie toujours besoin de me nourrir tous les jours…
- Si mal… balbutia Harry pour lui-même, Lucius devant tendre l'oreille pour l'entendre.
Le blond détailla attentivement le visage crispé de son calice qui repensait visiblement à la dernière morsure. Il savait qu'elle avait été douloureuse pour lui mais, au vu de son expression, cela avait dû être pire qu'il ne l'avait cru. Les paroles de Sirius lui revinrent à l'esprit et il s'interrogea sur l'opportunité d'en débattre à ce moment. Oh et puis après tout, cet instant était sûrement aussi bien choisi qu'un autre. Il doutait que le garçon souhaite s'étendre sur le sujet de toute manière, ce qui l'obligerait certainement à forcer la discussion tôt ou tard.
Autant le faire dès à présent.
- Votre parrain m'a fait, ce matin, une étrange réflexion que je ne suis pas sûr d'avoir parfaitement saisie, commença le vampire. Il m'a intimé de but en blanc de vous mordre au cou, que toute autre localisation serait inappropriée, mais ne m'a offert aucune explication. Cela aurait-il un rapport avec la douleur que vous avez ressenti hier ?
- Je ne veux pas en parler, marmotta Harry.
- Cela m'importe peu, Mr Potter, déclara Lucius platement, sachant pertinemment qu'il allait sérieusement contrarier son calice. Personnellement, je ne ressens pas votre douleur dans cette configuration précise, juste une simple gêne. Il m'est totalement égal que vous en souffriez chaque jour si vous êtes trop têtu pour daigner accepter un compromis, quel qu'il soit. C'est la seconde fois que vous refusez de seulement considérer une conversation sur ce point. Je ne renouvellerais pas mon offre et peu importe l'impact que cela aura sur vous. Il ne s'agit là que de vous simplifier quelque peu la vie mais si le masochisme vous séduit, libre à vous.
- NON !! s'écria le Gryffondor, horrifié de la suggestion.
- Vraiment ? Vous m'en voyez des plus surpris… Vous m'envoyez sur les roses lorsque je vous demande à quel moment il serait le plus opportun que je vous morde afin de ne pas trop perturber vos études et vous faites de même quand j'oriente la discussion sur la souffrance, à priori bien réelle, dont j'ai été le témoin hier. Que dois-je en déduire, je vous prie ?
- Que je suis affreusement GÊNÉ et pas autre chose !!! hurla Harry, mortifié au-delà de toute expression.
- Et quel aspect vous dérange à ce point ? s'enquit poliment Lucius. Il n'aimait pas que l'on se permette de lui aboyer dessus de cette manière mais il avait délibérément provoqué le Gryffondor pour qu'il ne se replie pas sur lui-même, aussi ne pouvait-il s'en prendre qu'à lui et subir stoïquement.
- TOUT !
- Nous n'avancerons jamais à ce train-là, Mr Potter… soupira-t-il. Puisqu'une morsure au poignet semble extrêmement pénible, peut-être devrais-je revenir à la gorge. Vous ne paraissiez pas vous tordre de douleur en ces occasions.
Le sang monta au visage d'Harry malgré tous ses efforts pour se contrôler et ses ferventes prières pour que Lucius ne le remarque pas furent ignorées de la quelconque entité suprême qui lui pourrissait la vie depuis sa naissance.
- Ah, c'est donc là que se trouve la difficulté… Nous aurions gagné du temps si vous aviez tout simplement parlé ou lieu de me faire jouer aux devinettes. Néanmoins, je ne vois pas pourquoi cela vous met si mal à l'aise…
- Vous le savez très bien !!! Je… réagis…
Le dernier mot fut si peu articulé et si faiblement prononcé que Lucius, bien que doté d'une ouïe supérieure, faillit le rater.
- C'est là chose parfaitement naturelle si mes connaissances sur les vampires ne me trahissent point, répondit Lucius, un peu interloqué. Il savait Potter homosexuel et ne voyait vraiment pas en tout cela une source d'inquiétude pour un adolescent aux hormones débridées.
- Grrrmmmblbl…
- Pourriez-vous éventuellement articuler ? Je crains fort de n'avoir pas saisi.
- Je devrais pas réagir comme ça !
- Que vous le deviez ou non, c'est ainsi. Ne vous battez pas contre des faits établis, c'est une dépense de temps et d'énergie inutile, Mr Potter.
- Je – ne – veux – pas – être – mordu – au – cou !
- Si cela m'évite une autre confrontation déplaisante avec votre parrain, je le ferais malgré vos récriminations. Je déteste que l'on vienne fourrer son nez dans ma vie privée, surtout lorsqu'on me prodigue des conseils sans même daigner m'en fournir la raison.
Harry n'était pas sûr de vouloir partager cela avec Malfoy mais il sentait bien que l'homme faisait un effort pour aplanir quelque peu leurs différends en dépit de ses rebuffades. Le moins qu'il puisse faire était d'accepter de mettre les choses à plat.
- Siri m'a dit que la douleur était causée par l'absence de confiance, finit-il par lâcher du bout des lèvres. Quelque chose à voir avec l'intensité du lien et la compatibilité magique… Apparemment le lien essaierait de… comment dire… nous… pousser l'un vers l'autre.
Lucius pondéra ses paroles pendant quelques instants et hocha lentement la tête.
- Il est vrai qu'une morsure au cou est plus intime… admit-il.
- C'est bien le problème, ronchonna le garçon.
- Je vous ai déjà promis de ne pas profiter de la situation pour finaliser le lien alors je ne vois pas en quoi ce serait un souci…
Harry ne répondit pas mais entre la légère expression de dégoût de son visage et la sensation très nette de honte qui émanait du lien, Lucius sut que le Gryffondor en voyait définitivement un et s'en trouvait vaguement offensé. Il avait inspiré bien des sentiments à nombre de gens mais jamais encore sa simple présence n'avait provoqué chez qui que ce soit une telle réaction. Il s'estimait bel homme et le fait qu'Harry soit du même sexe ne changeait rien au fait qu'il aimait être reconnu comme tel.
Il avait donné sa parole de ne pas pousser les choses trop avant mais rien ne l'empêchait d'explorer un peu après tout… Il en allait de sa fierté de Malfoy. Il ne serait pas dit qu'on le considérerait avec un tel détachement, il y veillerait. Vu la façon dont son corps appréciait la morsure pourquoi ne pas expérimenter et titiller un peu le Gryffondor ? Les hommes n'avaient jamais éveillé son intérêt mais quitte à passer des siècles avec l'un d'entre eux, autant ne pas faire vœu de chasteté s'il était en son pouvoir de l'éviter…
Sa résolution prise, Lucius se pencha sur la question suivante, omettant sciemment le fait que la localisation de la morsure resta un point obscur.
- Je préfère personnellement me nourrir le soir, si cela vous convient, reprit-il.
- Euh… Oui… Je… je crois que c'est mieux… hésita Harry. Il n'était pas à l'aise avec ce sujet mais était si fatigué après une morsure qu'il acquiesça presque volontiers. Il ne pourrait jamais suivre un cours dans la demi-heure suivant cette activité, même l'histoire de la magie serait insurmontable.
- Vous voyez, ce n'était pas si compliqué, déclara Lucius. Je propose que nous dînions en premier lieu et que je me nourrisse un peu plus tard.
Harry opina et se plongea dans ses devoirs en attendant que l'elfe gérant l'appartement ait tout préparé.
**********
Harry laissait l'eau chaude couler le long de ses muscles tendus par l'incertitude. Le dîner avait été calme et Lucius n'avait pas émis la moindre remarque sur son maintien ou ses manières, pas plus qu'il ne l'avait dévisagé avec insistance comme il l'avait fait le midi même, mais le jeune homme craignait ce qui allait venir.
Lucius avait apparemment renoncé à discuter de la morsure, ce en quoi Harry lui était reconnaissant, mais il se doutait que le vampire ferait ce qu'il voudrait d'une façon ou d'une autre et cela n'était pas pour le rassurer. Aussi prolongeait-il sa toilette autant que possible.
Il ne faisait que reculer pour mieux sauter mais ne pouvait s'en empêcher. Rien que de penser à la douleur qui l'attendait… ou à la honte absolue de se sentir apprécier la domination de l'aristocrate… le faisait frémir.
Il ferma finalement le robinet pour s'emparer distraitement de la première serviette se trouvant à sa portée et s'essuyer machinalement. Il enfila son pyjama et, sans un regard pour son reflet dans le miroir, sortit de la salle de bain. Lucius l'attendait, confortablement installé contre la tête du lit, superbe dans un kimono léger de soie vert émeraude qui faisait harmonieusement ressortir ses yeux et sa chevelure clairs. Il s'attendait évidemment à ce qu'Harry l'y rejoigne, ce que ce dernier fit, bien à contrecœur.
Lucius vit le garçon, trop maigre et attifé d'un pyjama sur-dimensionné d'un goût très douteux qui lui tombait sur l'épaule, s'approcher lentement, avec tout l'enthousiasme d'un général agitant le drapeau blanc. Quant bien même le lien ne l'eut point tenu informé des sentiments de son calice, la crainte était presque palpable, accrochée lourdement dans la pièce, l'étouffant aussi efficacement que de trop nombreuses tentures. Il avait peur de souffrir, Lucius le savait, et aussi peur d'aimer.
Il fit signe au gamin de s'allonger près de lui et vint doucement recouvrir le corps pétrifié de son poids, avec toute la délicatesse dont il était capable. La dernière chose dont il avait besoin était que Potter ne sursaute et ne s'enfuie comme une proie affolée. Il enfouit rapidement son visage au creux du cou gracile d'Harry, ses cheveux caressant son visage tandis qu'il respirait l'odeur riche et appétissante de son sang qui battait juste sous sa peau pâle. Il prit son temps, embrassant, léchant, mordillant gentiment la chair exposée, sentant le corps rigide sous lui réagir contre sa volonté. Sentant une bouffée de honte incontrôlable échapper à son calice devant l'ardeur avec laquelle son anatomie s'éveillait, Lucius plongea ses crocs effilés dans la gorge palpitante, aspirant avec délectation le nectar qui s'y dissimulait.
Le plaisir fit bien vite son apparition et ce qui était pour Lucius une question de fierté quelques heures plus tôt lui apparut tout à coup comme parfaitement naturel, le vampire brûlant de réclamer définitivement son calice. Il commença bientôt à onduler sensuellement sur le corps chaud, assoupli et accueillant d'Harry. Le Gryffondor avait dégagé davantage sa gorge, offrant à Lucius un meilleur accès à sa chair, et ne pouvait se retenir de s'arquer contre le Serpentard tentateur et ondoyant qui le recouvrait et flattait doucement ses flancs de ses longs doigts gagnants en assurance.
Trop tôt Lucius sentit son calice s'affaiblir, se contentant de gémir langoureusement, de plus en plus fort, alors que le vampire s'était glissé entre ses jambes, frottant lascivement son érection contre sa jumelle. Il but une dernière gorgée, profonde, se collant fortement au corps abandonné sous le sien, alors qu'Harry éjaculait à l'intérieur de son pantalon. Lucius lécha soigneusement les petites plaies pour les sceller tandis que le garçon s'endormait immédiatement, épuisé tout autant par la morsure que par l'orgasme qui l'avait accompagnée.
Les adolescents… Aucune endurance… s'amusa-t-il en lançant un sort de nettoyage sur Harry. Il savait par expérience personnelle que le réveil était des plus désagréables sans cela et quelque chose lui disait que celui-ci serait suffisamment pénible sans ajouter un désagrément supplémentaire dans la balance.
Glissant habilement son calice entre les draps du côté gauche du lit, Lucius s'appropria la droite, rabattant les couvertures sur eux deux. Négligeant de pourvoir aux besoins de sa douloureuse érection, il s'empara d'un dossier volumineux regroupant ses récents investissements et entreprit de le compulser.
