Partie 1
- Mon Dieu Avery tu es tellement difficile!
Dis la fille qui me traine dans tous les magasins depuis midi. Le soleil tardait à peine à se coucher. Il était absolument interdit de se promener en ville après le coucher du soleil, et voilà que nous étions encore dans un centre commercial à me chercher une robe.
Rebecca, bien entendu, avait déjà fait venir la sienne d'Italie depuis longtemps. Et pourtant la voilà qui en essayait une nouvelle.
- Regarde, celle-là, tu ne trouves pas qu'elle t'irait bien, elle? C'est trop ta couleur, elle mettrait tes yeux en valeur, avoue!
Elle était pire que Lydia. Moi qui aurais cru ça impossible.
- T'es fatigante à la fin, je t'ai déjà dit que je l'aimais pas!
Elle plissa le front en pinçant les lèvres comme une enfant.
- Alors je la prends, moi, m'annonça-t-elle en se jetant un énième regard dans le miroir.
Je ne comprenais pas pourquoi quelqu'un comme Rebecca, qui avait assez d'argent pour faire venir une robe d'un designer italien de renom, perdait son temps dans une boutique comme celle-ci à s'acheter des choses aussi ordinaires. Moi qui avais à peine le budget d'une petite robe médiocre, je n'arrivais même pas à me mettre dans cette mentalité. Je lui avais posé la question à la première robe –parce que non, celle-ci n'était pas la première de la journée, et elle m'avait répondu que ce qui était beau était beau, peu importe le prix. Quand je lui demandai pourquoi, alors, elle avait dépassé autant d'argent pour la robe qu'elle allait porter demain soir, elle n'eut pourtant aucune gêne à admettre qu'on ne trouve pas toutes sortes de beautés pour n'importe quel prix.
«- Mon frère m'a dit une fois qu'il y a deux sorte de luxe, celui qu'on achète et celui qu'on se fait à nous même. »
«- Je ne savais pas que tu avais un frère »
La conversation s'était arrêtée là. Peut-être que j'avais touché un point sensible. Plus j'y pensais, plus je me rendais compte que je ne savais pas tant de choses sur elle. C'était quand même étrange. Dans un sens, Rebecca avait été ma première et seule amie de ce nom, et je savais quasiment rien d'elle, moi qui n'avait adressé la parole à personne d'autre depuis mon arrivée à Ashford.
- Je sais ce que tu essaies de faire tu sais, me lança-t-elle de nulle part dans la navette de l'école.
J'arquai un sourcil et elle me sourit.
- Le bal est demain, et vu qu'il est obligatoire tu te cherches une excuse pour ne pas avoir à y aller, on ne me la fait pas à moi!
Elle avait entièrement raison. Pour ma défense, quel genre d'école organise un bal? On me l'avait bien expliqué, c'était, à l'origine, un bal de noël, mais les élèves rentrant tous chez-eux pour les fêtes, la tradition s'était modifiée pour devenir un bal d'hivers. Je comprenais bien tout ça, et rien là-dedans ne m'aurait dérangé si je n'avais pas été forcée d'y attendre. C'était complètement ridicule! Rebecca avait beau ajouter multitudes de fois que ce n'était que pour s'assurer que personne n'erre dans les couloirs alors que tout le personnel se trouverait, soit dans les dortoirs avec les niveaux plus jeunes –le bal était heureusement exclusif aux plus âgés, soit dans la salle de bal en notre compagnie, ça ne faisait toujours pas de sens pour moi. J'avais l'impression que l'on me tirait par le bras jusqu'à une salle de jeux pour me dire « allez maintenant, je t'ordonne de t'amuser! ».
- Qu'est-ce que tu veux dire par là?
Elle m'offrit un petit sourire narquois.
- Tu verras.
Et voir, je vus. J'aurais pu voir à un millier de kilomètres de distance. Parce que Rebecca n'avait pas que commandé qu'une seule robe. Non, elle en avait aussi prise une pour moi.
La bouche me tomba jusqu'au plancher. Mon regard alternait entre la robe qu'elle me présentait et elle.
Mon amie avait dit vrai. On ne trouve pas toute sorte de beauté à n'importe quel prix. Celle-ci devait avoir couté un millier de dollars. J'avais déjà, grâce à ma mère qui laissait trainer ses magasines de haute couture partout dans le salon, une idée de ce à quoi des vêtements hors de prix pouvaient couter en comparaison à ce que je pouvais me permettre. Et cette robe, je ne pouvais pas me la permettre. Il y avait une différence, voyez-vous, entre la haute couture et ce que l'on trouvait en magasin. C'était en fait l'originalité. Les matériaux aussi, sans doute, mais particulièrement ces petits détails qui faisaient sortir du commun un morceau de vêtement. La robe était vert forêt. Je devinais qu'elle avait choisis la couleur spécialement pour qu'elle ne face ressortir mes yeux violets. Quatre morceaux de tissus semi-transparents –deux vers l'avant de la robe et deux vers l'arrière, chacun aux extrémités des épaules- formaient une illusion, comme s'ils entouraient la robe tel une sorte de voile qui venait gracieusement caresser le sol, lui donnant quelque peu de volume alors que le reste du tissus tombait presque platement sur le sol comme des rideaux, quoi que quelque peu bombé au niveau des hanches. La robe n'avait cela dit rien d'ennuyeuse. Des formes m'évoquant des lianes d'argent débutant aux épaules se promenaient uniformément de chaque côté des côtes en parallèle l'une à l'autre pour finalement se rejoindre dans le bas du dos. S'était absolument magnifique. Les mots me manquaient, tout simplement.
- Mais tu es complètement folle, articulais-je en n'osant même pas y toucher, je ne peux pas porter ça!
Rebecca la déposa dans mes bras. Je l'attrapai, bien trop horrifiée de la voire toucher le sol.
- Oh que si, tu le peux et tu le ferras! C'est un cadeau de mon père, elle a déjà été payée, et n'ose même pas prononcer le mot remboursement! S'exclama-t-elle en me voyant ouvrir la bouche.
Remboursement? Comme si j'avais cet argent! Je pourrais travailler jours et nuit pendant un an et ne toujours pas avoir assez pour cette robe.
- Je lui ai dit que j'allais au bal cette année et il a insisté pour te l'offrir, il est pas génial?
- Je…, je ne sais pas quoi dire, Rebecca, est-ce que je devrais l'appeler?
C'était la première fois que l'on m'offrait quelque chose d'aussi magnifique. Je n'arrivais pas à croire qu'il ne me resterait plus qu'à l'enfiler et que tout serait terminé, juste comme ça. Je n'avais rien fait pour mériter cette robe. Je n'avais ni travaillé pour, ni aidé personne. On me l'avait donnée uniquement parce que j'étais amie avec Rebecca. Ça me faisait trop bizarre. J'étais entièrement reconnaissante, je ne savais simplement plus quoi faire avec moi-même.
- Arrête un peu, bon…, la vérité c'est que c'est la première fois que j'assisterai au bal…
Elle déposa sa propre robe sur son lit en s'asseyant et je fis de même.
- Tu sais, je n'ai pas vraiment beaucoup d'amis ici… je veux dire, j'en ai mais, j'ai toujours l'impression que ce ne sont que des connaissances. Dans une journée je peux parler avec tout le monde, m'assoir à n'importe qu'elle table, on viendra souvent me voir pour planifier une sortie mais au bout du compte, j'ai toujours eu le sentiment que, en tout cas, avant ton arrivée ici, c'est comme si on me laissait toujours de côté, après. Ce sont mes amis et je ne doute pas qu'ils pensent pareil de moi mais, au final j'imagine que l'on a tous notre propre groupe et que je n'ai jamais vraiment eus ma place parmi aucun d'entre eux. L'an passé, s'était la première année que nous pouvions y participer et je voyais tout le monde planifier la préparation pour le bal, les coiffures et tout cela, et je voyais que je n'avais pas ma place. Finalement j'ai fini par prétendre d'être malade et me suis arrangée pour avoir une dispense. Lorsque j'ai dit à mon père que j'y irais cette année, je crois qu'il a compris que les choses allaient mieux et j'ai fini par lui parler de toi… Alors s'il te plait, ne la refuse pas, d'accord?
Une montée d'émotions me monta à la gorge. Qui aurait su que Rebecca et moi étions si similaires? Moi qui croyais que nous étions l'opposition complète. Je la voyais si souvent parler avec d'autres élèves de différentes classes à la fin des cours, même aux heures de repas, il arrivait souvent que plusieurs personnes différentes ne viennent nous rejoindre casuellement. Peut-être était-ce pour cette raison que, inconsciemment, jamais n'avais-je vraiment trouvé de mal à rester en sa compagnie malgré mon caractère indépendant. Nous nous comprenions, finalement, toutes les deux.
Je hochai silencieusement de la tête et elle sourit de toutes ses dents. Une amie normale l'aurait sans doute prise dans ses bras, et je m'en voulue de ne pas en être capable. Mais je ne supportais pas de me faire toucher, je n'arrivais même pas à me rappeler un moment dans ma vie dans lequel un quelconque contact humain ne m'avait pas rendit inconfortable. Je ne méritais pas une amie pareille.
Je passai la nuit dans sa chambre cette nuit-là. Depuis peu ma propre chambre me rendait inconfortable. Je ne sais pas trop pourquoi. Elle était bien ordinaire, et j'avais même la chance de ne plus avoir de colocataire. C'était Emily, qui était venue me chercher une journée après m'avoir surprise à m'être endormie dans mon petit recoin habituel dans la bibliothèque – je jure que je ne me souviens même pas d'avoir atterri là! Sur le coup j'avais paniquée. Pour s'être endormie dans un endroit pareil, j'étais vraiment dans le trouble. Du moins, c'est ce que j'avais pensé, mais elle ne m'avait même pas posée de question –probablement parce qu'elle n'en avait rien à faire, et s'occupa simplement de me guider jusqu'aux dortoirs. Apparemment, quelque chose s'était produit, je ne sais pas quoi, et on avait fini par m'offrir une nouvelle chambre libre. Je voulu lui poser la question, c'était après tout trop beau pour être vrai, et ça tombait curieusement bien, mais elle me dit sèchement que je ne devais pas faire trop d'histoires si je désirais la garder. Et je n'avais, ma fois, aucun problème avec ça. Il y avait effectivement dans les dortoirs certaines chambres uniques, Rebecca en avait elle-même une, et me voilà que l'on m'en offrait gentiment. Je n'allais pas contester. Étant solitaire de nature, j'accueillis l'opportunité de me débarrasser de ma colocataire à bras ouverts.
Nous dormîmes dans son lit. Le bal étant le lendemain, les surveillants se firent un peu plus indulgents et en laissèrent plusieurs faire comme nous. Les cours du lendemain étaient annulés et nous avions une grosse journée devant nous.
.:.
Je ne peux mettre un doigt sur ce que c'est exactement. Des sentiments? Impossible. Je me suis débarrassé de cette chose il y a longtemps. De la pitié? Peu probable. De l'ennui.
Non. C'est autre chose. Quelque chose de dangereux qui ne devrait pas être là. Quelque cette chose soit, je dois la faire disparaitre.
J'ai fait preuve de mégarde, un fragment de seconde et je me suis perdu. Je dois tout oublier. Je demanderai à Lloyd de veiller sur elle. Les pouvoirs de Walter ne se comparent avec personne, mais on ne sait jamais. Elle n'est très certainement pas normale.
« Lorsque les astres entreront en collision en eux-mêmes, une explosion de lumière résultera, mais ensuite, le néant. »
Je ne regrette rien.
.:.
Je ne crois pas avoir retrouvé la cafétéria aussi vide de toute ma vie. C'était quelque chose à voir. Il y avait beau avoir un buffet au bal, étions-nous supposés attendre jusqu'à huit heure du soir pour pouvoir proprement se nourrir ? N'était-ce pas contre les régulations x? Après m'être résolue pour une pomme et un yogourt qui avaient été laissés là par les employés de la cafétéria comme une sorte d'excuse pathétique pour un encas, Rebecca et moi retournèrent immédiatement jusque dans sa chambre en cachant très peu subtilement notre nourriture dans nos bras –aucune nourriture n'était autorisée dans les dortoirs.
Le soleil commençait déjà à se coucher, ce qui voulait dire qu'il était grand temps de se mettre à notre préparation. À ma propre surprise, je me mise même à m'amuser. Le père de Rebecca ne s'était pas seulement occupé de nous procurer des robes, Rebecca s'était arrangée pour tout choisir pour moi, incluant chaussures, accessoires et maquillage. La tête qu'elle fit en apprenant que je n'en avais pas. Elle se fit un devoir de m'apprendre comment tout appliquer. J'avais ma petite idée, je n'étais pas une idiote, il m'était arrivé de voler quelques petites chose à ma mère pour les le lui remettre ni vu ni connu juste après. Je la laissai quand même faire en me disant qu'elle en savait sans doute mieux que moi.
- Comment est-ce que tu peux vivre comme ça, me chicana-t-elle comme si j'avais fait une bêtise.
- Hé oh! C'est pas comme si t'étais la reine du maquillage non plus, je te vois rarement avec quelque chose sur le visage.
Elle me donna une petite tape sur l'épaule en m'ordonnant de ne pas bouger.
- On appelle ça du maquillage naturel, c'est un art!
Je grommelai un peu mais n'ajoutai rien de plus sur le sujet. Ce n'était pas comme si j'avais quelque chose contre tout ça. Je ne voyais pas de mal à vouloir se mettre belle, que ce soit pour soit où pour une personne quelconque. En vérité, je n'en avais jamais vraiment eu l'occasion. D'abord, ma mère ne m'avait jamais apprise, et je n'avais pas eue d'amie pour jouer ce rôle non plus. Surtout que je n'allais pas dépenser de l'argent sur quelque chose que je n'étais même pas certaine d'utiliser alors que j'avais des livres et des films à acheter.
- Bon, mon tour maintenant. Commence à penser à ta coiffure et je vais voir ce que je peux faire.
Je hochai timidement de la tête et m'allongeai sur son lit pour feuilleter dans ses magazines de mode que nous avions dispersés un peu plus tôt. Ça m'était encore étrange d'avoir ce genre d'amitié. Dire que je ne m'en étais aperçue que hier. C'était la première fois que l'on m'offrait quelque chose gratuitement, la première fois que l'on me faisait sentir importante. Jusqu'à maintenant je n'avais que très rarement ressentis ce besoin et finissais toujours par l'écarter en me trouvant pathétique. C'était pourtant un sentiment si agréable.
Ne trouvant rien qui me plaisait, je décidai simplement d'attirer les mèches de cheveux de sur le coté de mon visage et les attacher vers l'arrière en laissant le reste lousse. De toute façon le père de Rebecca nous avait déjà procuré quelques accessoires pour les cheveux –choisis par elle-même bien évidemment. Lorsque je lui demandai si un bijou de tête n'était pas trop, son visage s'anima.
- Oh, tu aurais dû voir l'an dernier, je n'y suis peut-être pas allée mais j'ai vu tellement de choses! C'est à peine si on ne se met pas des gâteaux dans les cheveux. On y va pas à mi-chemin ici, déjà que plusieurs d'entre nous ont des liens directs avec des designers hyper connus, c'est presqu'un combat de qui ira le plus loin, je te jure!
Ça faisait un peu mon affaire, en fait. Dans qu'elle autre occasion aurais-je pu porter quelque chose d'aussi magnifique? Le bijou argenté était en parfait contraste avec la teinte foncée de mes cheveux, et ses perles blanches –j'espérais de tout mon cœur que ça ne soit pas des vraies, ne faisaient qu'agencer le tout d'avantage.
J'observai Rebecca faire sa coiffure. Dans un simple chignon, elle y ajouta de fausses fleurs et entoura sa tête d'une couronne de fleurs dorés. De ses cheveux émanait une certaine aire joyeuse, tout comme sa robe de couleur crème. A partir de sa taille étaient brodé des motifs de branches de vignes montants jusqu'à ses épaules. Aillant préféré une robe courte, sa jupe bouffante lui tombait jusqu'au milieu des cuisses. Une sorte de petite cape attachée à sa robe, de la même couleur et parsemée des mêmes motifs brodés, couvrait son dos jusqu'à l'arrière de ses genoux. Elle agença le tout avec des chaussures or et la voilà qui était prête. Elle était adorable.
Je n'eus pas la chance de lui faire part du compliment. Au moment où elle enfila ses escarpins, le diable s'empara de ma meilleure amie.
- À ton tour maintenant, me dit-elle en me refilant mes propres chaussures.
Je regardai l'instrument de torture avec horreur.
- Non, ça va, merci.
Elle haussa un sourcil.
- Es-tu en train de me dire que tu vas y aller nus pieds?
- Je ne vois pas le problème… ma robe est assez longue, qui verra la différence?
- Juste toute l'école entière. Ma pauvre chérie, tu ne peux pas te promener comme ça à un bal, je refuse. Allez!
- Non merci! Répétais-je en croyant pouvoir m'en sortir avec de la politesse.
Ce fut la guerre. Les magazines volèrent, les rouges à lèvres et les mascaras tombèrent, les cris, les pleurs, et puis le silence. Elle avait gagnée.
-HAH! S'écria-t-elle dans un cri de victoire, VENI VIDI VICI! J'AI CONQUI!
Je me relevai avec difficulté en grimaçant. Je ne sais même pas comment elle fit, tout ce que je sais c'est qu'elle était parvenue à les attacher et que j'avais le choix entre tenter de les enlever sous son nez –ce qui n'allait pas être facile, où me remettre à mon sort et encaisser ma défaite.
Inutile de mentionner que c'était aussi la première fois que j'enfilais des talons aiguille. Je fis mon premier pas et me rendis compte que ce n'était pas si mal finalement, c'est au cinquième que ça se compliqua. On m'apprit qu'il y avait une façon plus simple à utiliser et je l'employai de ce pas. Quelques rires de ma marche de canard plus tard et nous étions toutes les deux prêtes. Ne manquait plus que la touche finale. Rebecca voulut me prêter l'un de ses parfums en s'attendant –et je ne peux pas lui en vouloir, que je sois un aussi gros découragement sur ce côté que tous les autres. Ce coup-ci, par contre, j'étais venue préparée et j'avais emmené le miens. Rien de bien impressionnant comme les siens, unique en son genre, il ne sentait que la lavande. Il me rappelait ma grand-mère.
Parfumées, pouponnées, coiffées et vêtues, nous étions prêtes à partir. Après toute cette folie avec les chaussures nous étions déjà en retard.
- J'y pense, si tu savais pour les robes pourquoi est-ce que tu m'as trainée jusqu'au centre-commercial pour toute la journée?
Elle éclata de rire.
- J'avais juste envie de magasiner!
Les couloirs du château étaient entièrement vides. On n'entendait que l'écho de nos escarpins claqueter le sol dans notre course ainsi que nos rires. Le tissu de nos robes volant derrière nous, c'était comme si tout avait changé. Comme si nous n'étions plus dans une école, comme si le château était un véritable château et non un endroit d'étude et d'apprentissage. Peu de temps après, une mélodie étouffée se fit entendre jusqu'à nos oreilles.
C'était une valse?
Je m'arrêtai de courir. Rebecca ne s'en aperçu pas.
Ne connaissais-je pas cette mélodie? Il me semblait pourtant l'avoir déjà entendue à quelque part…
Je tentai de deviner la suite, les prochains arrangements, mais rien ne me vint. Ce n'était pas la première fois que j'entendais ce genre de musique. Mon amour pour les films historiques m'avait déjà introduit à plusieurs type de musique classique, il n'était pas hors du commun que je l'aie déjà entendue auparavant…
Mais alors, pourquoi me rendait-elle si impossiblement triste?
Mon cœur me serrait, j'avais inconsciemment resserré mes doigts dans les côtés de ma robe.
C'était pourtant si magnifique. Si doux, si gaie, et si fragile…
- Ah, tu es là.
On me sortit de ma trance en m'appelant.
- Avery Matthews c'est bien ça? Tu es la dernière.
Un garçon que je ne connaissais que de vue avait passé sa tête à travers les rideaux. De loin, j'arrivai à discerner un petit calepin et un crayon, sans doute pour prendre nos présences.
Je me hâtai du fond du couloir et lui confirmai mon nom. Soulagé d'avoir enfin terminé son travail, il disparut à travers les rideaux argentés, laissant traverser un mince filet de lumière provenant de l'autre côté.
Une autre valse s'était enchainée et je me sentis soudainement très nerveuse. Tout cela avait été supportable aux côtés de Rebecca. Je m'étais dit que je passerais la soirée à ses côtés, irait peut-être profiter du buffet jusqu'à ce qu'il soit assez tard pour que je puisse retrouver les dortoirs sans recevoir de pénalité, mais je me retrouvais seule, finalement. Rebecca avait disparue et je sentais que mon curieux enthousiasme de plus tôt ne tenait plus que sur un fil.
D'une main, je tassai un rideau, question d'avoir au moins une idée de ce qui m'attendait derrière.
J'en eu le souffle coupé. Jamais n'aurais-je pu m'attendre à ce qui se trouvait devant moi. Ashford n'était définitivement pas une école normale. Comment avais-je fait pour atterrir ici, déjà? Du plafond bleu et or brillait deux rangées de lustres de cristal. Au fond, nous avions une vue directe sur les jardins et son énorme fontaine de marbre derrière une énorme fenêtre arquée dont les carreaux touchaient presque le sommet de la salle. Tout autour, des balcons, là où discutaient plusieurs élèves et leurs cavaliers soit dans des robes aussi extravagantes que Rebecca avait impliqué ou des smokings noirs, parfois eux aussi décorés par des accessoires divers aux teintes de leurs cavalières et quelques autres petits ajouts dans le genre. Le bas ressemblait à un vrai petit paradis. Dans tous les coins s'y trouvait soit diverses pâtisseries, fontaines de chocolat, macarons et montagnes de champagne –bon, on peut probablement s'attendre à ce que ça ne soit que du mousseux aux pommes et non une boisson alcoolisée. Tout au fond, devant le 'mur vitré', un orchestre, et au tout milieu, sur la piste de danse, plusieurs couples qui valsaient avec une aisance de professionnels.
Je fis un pas vers l'arrière.
Je ne sais pas à quoi je m'attendais. Je n'étais certainement pas à ma place ici. Visiblement, ces gens étaient habitués à ce genre de soirées. Moi qui n'y connais rien, je ressemblerais plus à une paysanne qui aurait trouvé le moyen de s'infiltrer dans un bal de la royauté.
Non mais vraiment, qu'est-ce que je faisais ici? J'avais donné mon nom… on ne remarquerait probablement même pas mon absence, et je suis certaine que où que soit Rebecca, elle était parfaitement heureuse. C'était son univers à elle.
Résignée à tout laisser tomber, me sentant surtout ridicule dans mon accoutrement qui devait sans doute couter plus cher que la maison de mes parents, je relâchai le rideau en reculant.
Pour atterrir sur quelque chose. Quelqu'un? Une main se posa délicatement sur mon dos et je sursautai en silence.
C'était probablement le plus bel homme que je n'aie jamais vu de toute ma vie.
- Voilà quelque chose dont je ne m'attendais pas de vous.
J'observai l'inconnu bêtement et en silence, la bouche grande ouverte.
Il était grand, et ses cheveux noirs ramenés vers l'arrière lui tombaient jusqu'au milieu de la nuque. Dans son ensemble noir complet, une chemise de la même teinte que sa veste à boutonnage croisé, ses yeux gris ressortaient à un point où l'on avait l'impression qu'ils brillaient dans le noir. Il ne semblait pas avoir pris la peine de s'appliquer autant sur son habit que les autres, il n'était pas en smoking, après tout. Il n'était d'ailleurs pas un élève, c'était impossible. Il était trop vieux. On l'aurait peut-être prit pour un suppléant, ça ferait sans doute plus de sens mais, même là, je n'avais aucun souvenirs d'un suppléant qui ressemblait à cet homme.
- Et vous êtes si magnifique ce soir, comme c'est cruel de votre part. Il serait un si grand crime de ne pas vous montrer au monde.
Je rougis jusqu'aux oreilles. D'où est-ce qu'il sortait ce genre de truc? Je savais qu'il ne me disait cela que parce que, mais juste le fait de l'entendre, même si je n'en croyais pas un mot, c'était déjà assez pour faire monter la rougeur en moi.
- Je… C'est que je n'ai pas…
Je bégayai. Je n'allai quand même pas admettre à un parfait étranger que je n'avais pas ma place dans un endroit trop bien pour moi comme celui-ci.
À ma grande surprise, mon inconnu me tendit la main. Je la regardai étrangement, ne sachant pas à quoi il s'attendait que je fasse avec ça. Il échappa un petit rire.
- Je vous promets que vous n'avez rien à craindre de moi.
Avec un sourire aux lèvres, comme si une pensée amusante lui avait traversé l'esprit, il m'étudia en silence.
- Dites-moi, que voyez-vous en vous regardant?
Je baissai les yeux sur ma robe et ses tracés d'argent, j'observai mes chaussures de velours et glissai un doigt sur mes boucles d'oreilles d'améthyste, sentant les mèches de ma coiffure me glisser sur les doigts.
Je me voyais moi, mieux que je ne l'aurait cru, certes, mais j'avais tout de même l'impression de m'apprêter à mener les autres en erreur. Ce n'était pas vraiment moi, et ils le sauraient très bien. Et s'ils se moquaient de moi? Pire encore, et si l'on me pointait du doigt, me forçant à réagir, la possibilité de faire comme si je n'avais rien vu devenant impossible? J'avais l'impression de retourner à cette époque, lorsque j'avais peur des gens et que je ne pouvais imaginer rien de pire que la brulure de leurs regards emplis de jugement.
L'homme s'approcha. D'une main, il tassa le rideau avec élégance. Comment un simple mouvement si anodin pouvait-il être exécuté avec une telle grâce?
Son regard se déposa sur moi.
- Pouvez-vous vraiment dire que vous n'êtes pas l'une d'entre eux?
Je les regardai danser de loin, tourbillonnant le sourire aux lèvres. Papoter entre amis, rire aux éclats…
- Et s'ils se moquent de moi?
Comment arriverais-je à me remettre d'une humiliation pareille? Et mon honneur, dans tout cela? J'étais devenue trop fière, trop orgueilleuse. Je ne voulais pas en sortir blessée. J'avais travaillé trop dur pour me faire accroire qu'aucun de ces gens ne pourraient m'affecter. J'avais peur, j'étais terrifiée.
- Oseraient-ils, vous me verrez sceller ferme de telles absurdités!
Je pouffai. Qu'est-ce qu'il racontait, celui là.
- Mais, vraiment, reprit-il en s'inclinant plus près de moi comme pour murmurer un secret dans mon oreille, si marcher à travers ces gens vous rend si anxieuse, il existe une simple astuce.
Je détournai mon regard de la salle de bal pour les poser sur lui, impatiente.
- Un secret maintenu depuis des siècles déjà, et qui est pourtant toujours d'usage aujourd'hui, ajouta-t-il, un vilain sourire sur les lèvres.
Je voyais qu'il prenait plaisir à me tourmenter en me faisant patienter ainsi. C'était tout simplement cruel!
-Pour l'amour de dieu, dites-moi juste ce que c'est!
- Vous devez y penser comme une danse. Vous connaissez les pas, au fond de vous-même, ce n'est rien de nouveau, n'est-ce pas? Vous l'avez déjà fait auparavant.
Je le regardai en silence pendant un court moment avant de reposer les yeux sur le bal.
Selon un point de vu objectif, il ne faisait absolument aucun sens, ça c'était certain. Mais, il avait un point sur quelque chose.
- « Le monde entier est un théâtre, et tout le monde, hommes et femmes y sont acteurs».
Je sentis ses yeux gris me scanner avec intérêt. Pouvait-il vraiment être surpris par le fait que je connaisse Shakespeare, ou était-ce autre chose? Quoiqu'il en soit, je voyais maintenant. Il n'y avait pas de qui appartenait à quoi. Au final, peut-être que personne n'appartenait à grand-chose, et que nous faisions simplement semblant. De ce point de vu, je me sentais un peu ridicule d'avoir paniqué ainsi. Et comme j'avais envie d'y être, à ma propre surprise! Je voulais marcher sous ces lustres lumineux, à travers ces montagnes de verres. C'était une salle de bal, comme j'en avais toujours vu dans mes films historiques! Je savais qu'au fond je regretterais de ne pas au moins avoir assisté à cette soirée. De toute façon, je n'allais pas descendre les marches de l'entrée seule, pas vrai? J'avais un si bel homme comme compagnie. Et il n'hésiterait même pas faire taire les gens pour ma petite personne, plaisantais-je en moi-même.
- Viendrez-vous avec moi?
- Point par point, m'assura-t-il en me donnant son bras.
J'y glissai ma main, d'abord avec hésitation, et ensuite sans retenue.
- Maintenant, vous pouvez me dire qui vous êtes?
Son sourire s'élargit et il écarta le rideau pour nous laisser entrer.
- Qui, en effet? Les amis sont trop facilement perdus, un allié, peut-être. Le sien, principalement, mais aussi le vôtre. Bien que, je suppose que notre lien est plus fort que cela, lui et moi.
Je voulus lui demander de quoi diable il pouvait bien parler mais aucun son ne sortit de ma gorge. Tant de regards étaient sur nous, je me sentais nauséeuse. Cela avait été une terrible idée. Ce n'était pas comme en classe, là où ce que l'on pourrait bien dire de moi ne pourrait moins m'importer. J'étais vulnérable, et, faute de me répéter, pas dans mon élément. Trop de yeux étaient sur moi, je ne savais plus quoi faire avec moi-même. Il dut s'en rendre compte, puisqu'il inclina la tête vers moi pour me murmurer à l'oreille :
- Gardez la tête haute, vous êtes là où vous êtes censée être, tout le reste est sans importance.
Je tentai de desserrer ma poigne d'autour de son bras –je devais lui avoir coupé la circulation, et expirai en me rendant compte que j'avais retenu mon souffle dès que nous avions écarté les rideaux.
C'était une danse. Je connaissais les pas, il avait raison. Les gens n'étaient pas effrayants, la peur était effrayante. J'avais peur d'avoir peur, j'en avais été pétrifiée.
Je levai le menton, nous descendîmes les marches et tout le long, je ne fléchis pas.
Je n'avais plus peur. J'étais courageuse, j'étais forte. Ces gens ne pouvaient rien me faire.
Je n'étais pas seule, et avec eux, je pouvais faire n'importe quoi.
Je sentis un picotement au bout de mes doigts, un bourdonnement dans mes oreilles. Ma vision se brouilla pendant quelques secondes. Je pris cela comme mon anxiété qui redescendit se cacher dans le tiroir que j'avais verrouillé au fond de moi des années déjà, mais c'était trop étrange. Trop… physique.
Les marches achevées, je me rendis compte juste à quel point je m'étais enfermée dans ma tête. La musique ne s'était pas arrêtée, on ne m'avait pas pointé du doigt en gloussant, on nous observait toujours mon cavalier improvisé et moi, mais je mettais plus cela sur le fait qu'il était d'une incroyable beauté. Il sortait de toute évidence du lot.
- N'était-ce pas plus facile que vous ne le croyez?
Je me sentis rougir, embarrassée d'avoir fait une panique pareille à un parfait étranger. Je ne sais pas ce qui m'avait pris. Ce n'était pourtant pas comme moi de révéler mes insécurités à des gens que je ne connais pas.
Je toussotai en tentant de cacher mon embarras.
- On n'en parles plus jamais, c'est bon?
- Naturellement, me répondit-il en me sortant un sourire arrogant.
Il mentait, je le voyais dans ses yeux. Ce peti-
- Comme c'est charmant, Avery, tu as décidé de nous honorer de ta présence, en retard, en plus.
La voix irritante d'Emily surgit de derrière moi. Je fis volte-face. Ses yeux noisette me fixaient avec froideur malgré le mince sourire formé par ses lèvres.
J'allais lui retourner une réplique bien placée mais elle ne m'en laissa pas la chance.
- Lloyd, je peux te parler un moment, lui demanda-t-elle.
Enfin, « demander », ce n'est pas tout à fait ça. Elle n'attendit même pas une réponse avant de le trainer à l'écart par le bras. Lloyd –apparemment, se contenta de se laisser guider à l'écart, m'abandonnant derrière. Je les observai de loin. C'était curieux. Toutefois, si Emily le connaissait, c'est qu'il devait certainement avoir sa place dans cette école. Ma théorie de suppléant ne me sonnait plus si étrange finalement. Ils devaient être sacrément proches, par contre. Je la vis taper du pied, le menacer du doigt et même se laisser aller jusqu'à lui donner un petit coup à l'épaule –qu'il para avec aise, forcément énervée par sa passivité et son sourire qui ne disparaissait toujours pas malgré tout.
Après un temps, me sentant trop comme une épieuse, je décidai de partir. J'avais après tout comme mission de me remplir le ventre de pâtisseries jusqu'à ne plus pouvoir bouger. Et dire qu'elles étaient là, en buffet à volonté devant moi, ne demandant qu'à être mangées. Je ne pouvais qu'obliger.
Après m'être délectée à l'extase de trois petits gâteaux, quatre macarons et deux bonbons au beurre, mon palet se mit à me supplier de boire quelque chose. J'avalai une coupe de mousseux net et passai prêt de m'étouffer.
Qu'est-ce que c'est que ça? Ce n'était très certainement pas du mousseux. C'était… du champagne?
Un éclat de rire qui m'était trop familier retentis dans mes oreilles.
- T'es sérieuse, parvint-il à articuler en se tenant les côtes, tu l'as… hahahahaha, tu l'as, hahah, tu l'as complétement calé! Mais t'es folle, hahahahah!
Pour sa défense, je crois qu'il essayait honnêtement d'arrêter de rire, si ce n'est que pour se moquer de moi encore plus.
Je le regardai en silence, bouillonnante. Luttant contre tout en moi pour ne pas lui balancer mon verre au visage. J'avais les capacités affaiblies, à ce point. Ce serait pardonnable. En plus, j'avais le sentiment que c'était de sa faute.
- Qu'est-ce que tu as fait au mousseux, Nigel, lui demandais-je d'entre mes dents.
Ce qui ne gagna qu'à le faire éclater de rire à nouveaux. À ce rythme il allait s'étouffer. Ce qui ne serait pas si mal en fin de compte.
- Tu veux dire que, hahahahaha!, tu veux dire que tu ne savais pas?
Mon silence fut révélateur. Je me mordis la lèvre, furieuse.
- HAHAHAHAHAHHA!
- Tu vas te taire, oui? On va finir par se poser des questions!
Je rougissais de colère. Je ne voulais pas qu'il finisse par attirer du publique et révèle à tout le monde que je m'étais saoulée par accident!
J'avais bu de l'alcool qu'une seule fois dans ma vie, et ça avait été une très mauvaise expérience. J'avais douze ans lorsque j'avais piquée la bière de mon oncle qui était de visite –mon père ne buvait pas parce qu'il disait justement qu'il ne supportait pas bien l'alcool, et en avait bue en secret dans ma chambre. À peine six gorgées que je me sentais déjà partie. Paniquée, me rendant juste compte de la gaffe que j'avais fait, j'avais couru jusqu'à ma mère pour la supplier de m'aider et de ne rien dire à mon père. Je ne sais toujours pas ce à quoi je pensais. Si je m'imaginais qu'elle garderait vraiment ça pour elle, et qu'en courant dans les escaliers les jambes engourdies je ne m'en sortirais pas avec un bras cassé. Au final, ma mère et mon père ne surent rien, mais à chaque fois que mes yeux descendaient sur la cicatrice de mon bras droit, je savais, au fond de moi, que les Matthews ne supportent pas l'alcool, et m'étais jurée, plus jamais. Bon, c'était peut-être exagéré, surtout partant du fait que toute cette aventure était plus un traumatisme que des forces divines tentant de m'apprendre une leçon tel que je l'avais vu à cet âge, mais jusque-là jamais n'avais-je eue la possibilité de briser cette promesse, et encore moins en avais-je eue envie. Sauf que c'est ce qui venait de se passer ce soir, et par la faute de nul autre que cet imbécile de Nigel.
- Qui? Tout le monde le savait, me répondit Nigel en essuyant une larme de son œil, à part le personnel de l'école, t'es la seule qui n'en savait rien.
Il se remit à rire.
- Et dire qu'on prévoit ça depuis des semaines, je comprends pas, je suis même surpris que les professeurs n'en aient rien entendus.
Oui bon, j'étais quand même celle qui avait appris à propos de ce bal en retard. Je ne savais pas grand-chose de ce qui se tramait dans cette école.
Plus je le regardais plus il m'énervait.
- J'ai besoin d'air.
Je le vis qui fit tout ce qui lui était humainement possible pour ne pas repartir aux éclats avant de me suivre pour m'arrêter. Il tenta de m'attraper par le coude mais je le retirai violement en continuant mon chemin.
- Ça va, te fâche pas, ce n'est pas si pire que ça, ça aurait pu être de la vodka et du jus de pommes, on y a pensé mais on ne trouvait pas ça assez ressemblant.
Je lui jetai un regard noir. S'il croyait que c'était supposé me faire sentir mieux.
Je le pointai du doigt.
- Je te préviens, si tu continues à te tenir à moins dix mètres de moi je crie!
Et voilà, ça commençais.
J'avais chaud et je me sentais toute légère. Génial. Quel moyen de gâcher ma soirée, quand même.
Nigel haussa des sourcils en me jetant un regard peu convaincu, voulant dire « tu n'oserais pas ». Alors là, il me sous-estimait vraiment. Je vais lui montrer moi, de ne pas me sous-estimer!
J'ouvris la bouche et inspirai profondément. L'alerte se dessina sur son visage alors qu'il courut vers moi pour me plaquer la paume de sa main sur ma bouche.
- Qu'est-ce que tu fais! Si on apprend ce qu'on a fait on aura tous de gros ennuis!
- Pfaa monh pfroblom, articulais-je de derrière sa main.
Je le sentis soupirer dans mes cheveux.
Ha ha! Qui c'est qui panique maintenant! Pas moi!
- Ok, soupira-t-il en m'entrainant vers les portes jumelles menant jusqu'aux jardins, il va d'abord falloir te faire revenir à terre un peu.
- Nofmn!, me plaignis-je en me débâtant faiblement comme une nouille mole.
Il me jeta un regard pitoyable.
- Sérieusement, je crois pas qu'on puisse supporter l'alcool aussi mal que toi.
Il m'ouvrit la porte en retirant sa main au moment juste où j'allais le mordre. Et zut!
Il me proposa de me prêter sa veste mais je le repoussai en me plaignant que je brulais sur place. Un peu plus et j'allais fondre comme une sucette glacée!
L'air de l'extérieur me fit du bien, j'imagine. Je me remplis les poumons de sa fraicheur en fermant les yeux. Ce ne fut que lorsque je les rouvris que je pris vraiment conscience de l'endroit où nous nous trouvions. C'était la première fois que je mettais les pieds dans les jardins. J'avais toujours été tentée mais n'avais jamais vraiment osé. Je ne sais pas vraiment pourquoi, à chaque fois je me disais que j'y irais et toujours je reportais. Ça me semblait si magnifique pourtant. Pourquoi n'y étais-je jamais allée?
- Ça va mieux?, tenta Nigel en m'observant d'un œil incertain, cherchant sans doute à savoir si j'allais me mettre à l'attaquer à nouveau.
Je fronçai des sourcils et inclinai un peu la tête sur le côté, le regard rivé sur la vue qui se trouvait devant moi.
- Je suis déjà venue ici…
Nigel fixa les jardins à son tour. Une mince brise froide du mois de novembre fit voleter quelques mèches de mes sombres cheveux bruns. Je tressaillis, mais pas de froid. De je ne sais pas quoi, en fait.
- C'est étrange, je suis certaine de ne jamais y avoir mis les pieds… et pourtant, je connaissais cet endroit. J'en suis certaine.
- Peut-être que tu ne t'en souviens pas? Ça peut arriver.
- Non, le contredis-je le regard toujours rivé devant moi, regarde, là, tu vois, le petit bout de pierre grise qui ressort des buissons? C'est une fontaine… et là-bas, enchainais-je en pointant vers la droite où un clocher surgissait d'une mer d'arbustes, il y a un… qu'est-ce que c'est… un…
Et c'était partit. Comme si je tentais de me remémorer un rêve, j'avais tout sur le bout de la langue mais le souvenir se dissipa de ma mémoire comme de la fumée. L'avais-je rêvé? Je ne pouvais quand même pas avoir tout imaginé…
- Merde, Fisher s'approche du champagne, Harry était supposé le surveiller, il n'a vraiment pas de tête celui-là!
Nigel rentra à l'intérieur en courant mais je l'ignorai.
C'était pourtant la première fois que j'apprenais qu'une fontaine se trouvait dans les jardins… Comment aurais-je pus savoir une chose pareille? Je me retrouvais rarement à l'extérieur du château, si ce n'est que lors de cours d'éducation physique, lorsqu'ils nous faisaient courir comme des malades, mais c'était à l'opposé entièrement. Peut-être avais-je tort et que ce n'était même pas une fontaine? Mais alors, pourquoi avais-je ce sentiment inconfortable, dans le dos de mon crane, qu'il y avait quelque chose… quelque chose que je ne saisissais pas?
Je devais aller voir.
Au moment où j'avançai une voix grave me figea sur place.
- Que faites-vous dehors en ce temps? Ne rentreriez-vous pas à l'intérieur avec moi, avant d'attraper froid?
Je me retournai vers cet homme, Lloyd. Un deuxième coup de vent passa, faisant voleter quelques flocons de neiges en notre direction. Ses yeux gris avaient des allures félines dans la noirceur de la nuit, j'aurais pu jurer qu'ils brillaient dans le noir. Il tendit une main vers moi en me souriant, attendant que je le rejoigne, et je ne pus m'empêcher de penser que quelque chose clochait. Il était trop gentil, trop poli. Son sourire était peut-être chaleureux, mais ses yeux gris me paraissaient froids, comme s'il ne pensait pas ce qu'il disait. Comme s'il jouait la comédie. J'avais cette drôle impression d'être qu'une simple pièce d'échec.
- Que faites-vous ici, vraiment?
Et pour la première fois ce soir, je crus voir un vrai sourire s'étendre sur son visage. Ses perles grises s'animèrent d'une aura malicieuse, comme si elles étaient restées endormies jusqu'à ce moment précis.
- Ce qui es attendu de moi, me dit-il en s'approchant, toujours.
- Je ne comprends pas.
Son sourire s'élargit. On aurait dit que c'était tout ce qu'il attendait de moi; que je cherche à comprendre. Aussi s'était-il rendu encore plus près de moi, il tendit une main en ma direction et me souleva le menton, mon visage était rosit par l'alcool. Je me laissai faire. Je laissai cet inconnu me toucher. Je dû malgré tout lever les yeux pour le regarder tant il était plus grand que moi, mais ne bougeai pas d'un poil lorsque ses yeux gris se glissèrent sur ma nuque. Ses lèvres murmurèrent quelque chose. « Curieux », je crois, avec une légère déception presque cruelle sur le visage. Celle-ci de dura pas longtemps. Alors qu'il me relâcha, il me répondit enfin avec un même sourire malicieux. Un sourire qui cachait quelque chose.
- Dans ce cas, me dit-il en me tendant son bras pour la deuxième fois de la soirée, n'ajoutant rien de plus.
L'alcool embruma mes pensées, ennuagea le coté de mon cerveau qui raisonnais et je me laissai faire sans poser de questions. Malgré tout cela, j'avais quand même le sentiment que je pouvais lui faire confiance. Je le suivis malgré tout jusqu'à l'intérieur, et je pris son bras sans hésiter.
Il me guida jusqu'à la piste de danse. Lorsque je me retournai pour lui demander ce que nous faisions là, il était trop tard. Il m'avait entrainée au tout milieu, et trop de regards étaient sur nous. Avait-il fait cela volontairement? Sachant que tout ce public m'avait rendue anxieuse au départ, s'imaginait-il que j'allais faire comme il le souhaitait en me sentant obligée? Parce que j'avais peur? Parce que j'étais insécure? Il allait avoir une méchante surprise. Qu'il essaie, de me forcer à danser. J'allais me faire une belle joie de lui marteler les pieds de mes escarpins.
- Êtes-vous familière avec la mémoire du corps?
J'arquai un sourcil. Je n'avais pas bougée parce que j'attendais un signe qui confirmerait mes suspicions sur lui, mais il me prit par surprise. C'était censé vouloir dire quoi, ça? Il se moquait de moi, c'est ça?
Peu convaincue, principalement parce qu'il n'avait pourtant pas du tout l'air aussi stupide, aussi parce que j'étais curieuse de savoir où exactement il voulait en venir, et surtout jusqu'où il était prêt à aller pour me faire danser -parce que franchement je n'étais pas prête à faire une chose pareille même si on me payait, j'attendis la suite.
- C'est comme reprendre un instrument après des années de négligence et que nos doigts retrouvent immédiatement une position professionnelle comme s'ils avaient une volonté propre. Comme une danse dont nous croyons avoir oublié les pas, qui nous reviennent de nulle part au premier mouvement sans que nous n'ayons même à les invoquer. Vous avez peut-être oublié, peut-être avez-vous-même cessé d'y penser, et d'un coup, de nulle part, là, dans un nuage de fumé, c'est comme s'il ne vous avait jamais quittée.
La valse s'entama et la musique s'arrêta. Comme résultat, une sorte de silence étrange. J'entendais des voix, les bavardages du cercle qui s'était formé autour de nous, mais j'avais en même temps l'impression que Lloyd m'avait guidée dans une pièce entièrement vide et que nous étions seuls, que tous les deux.
- Mais vous êtes différente, enchaîna-t-il, une rareté telle que le monde n'en a jamais connu, car cela fait, non seulement parti de vous, c'est tracé dans chaque fibres de votre être, votre héritage en tant que membre de la race humaine, quelque chose dont nous ne bénéficions nous-même pas, maudits de ne plus jamais oublier. Mais, surtout, au-delà de tout cela, en tant que Federoff.
Je retins mon souffle à la mention de ce nom. J'avais pourtant entendu le nom de famille de l'ancienne grande-duchesse plus d'une fois, mais tout d'un coup, il fit raisonner une sorte d'écho en mon esprit. Une partie de moi ressentait un désir intense d'en savoir plus, mais une autre en était profondément terrifiée. J'avais l'impression d'entendre des voix qui me suppliaient de faire demi-tour, de faire taire cet homme avant qu'il ne commette l'irréparable. Seulement je n'avais aucune idée de quoi. Tout ce que je savais, en fait, c'était qu'il avait révélé en moi une curiosité qui me brulait jusqu'au plus profond de mon âme, et que cette curiosité risquait de mener à quelque chose dont je ne croyais pas être prête à faire face. Sans doute… probablement… Même là, je ne savais pas. J'en savais trop peu, en fait.
Et j'étais née curieuse de nature.
Lloyd confia ma main dans la sienne et me demanda très doucement :
- De règle générale, je ne vous pousserai pas. La décision en revient entièrement à vous. Dites-moi non, et cette soirée entière s'envolera en fumée.
Une autre valse débuta. Sur le coup je ne savais plus. Je ne réfléchis même pas et laissai mes sentiments prendre la décision à ma place.
- Bien, me dit-il en me souriant.
Il positionna son autre main derrière mon dos.
Sous le regard de la foule qui s'était formée autour de nous, nous flottions. Immédiatement, ma tête se tourna vers la gauche sans même que je n'aie à y penser. Mes pieds se déplacèrent de gauche à droite, d'avant en arrière dans un ordre réfléchis. Nous allions si vite, tourbillonnant dans la salle et pourtant, jamais ne risquais-je de m'enfarger dans mes pieds, de faire un faux pas ni même d'hésiter. Je connaissais ce type de danse, je l'avais déjà dansé auparavant, dans cet endroit même… Cette salle de bal…
Un rideau d'or recouvra la sale autour de moi. D'or, d'argent, de toutes les couleurs. De gens, dansant eux-aussi à mes côtés. D'hommes, dans des habits colorés et brillants, loin du simple costume noir d'aujourd'hui. Dans leurs bras, guidés par leurs mouvements, des femmes dont les larges jupes flattaient le plancher en dansant avec élégance. Une mélodie nostalgique résonnait dans mes oreilles. Les chandeliers et les bordures d'or qui ornaient la salle de bal brillants dix fois plus que lorsque je les vits pour la première fois. Les couleurs presque revitalisées, neuves tel leurs premiers jours. Les rires, les cris de surprise et les conversations endiablées, la pièce entière brillait d'une énergie nouvelle. La musique semblant plus précise dans mes tympans, plus forte et mille fois plus envoutante encore. Et mon cavalier, au sourire débordant de bonheur sur son visage aristocratique qui se noyait dans l'influence de toute ces belles choses qui recouvraient le bal.
C'était son anniversaire, me rappelais-je. Il venait tout juste d'avoir vingt et un ans. En son honneur, Rois, Reines, nobles de tous pays s'étaient rassemblés pour le célébrer, lui, prince héritier de Darce.
Notre danse fut interrompue par les jumelles, gloussants fièrement en réussissant à fuir des bras du prince Adam, les appelant de loin, découragé. Elles lui sautèrent dans les bras et il me relâcha pour les attraper toutes les deux. Contrairement au prince Adam, il paraissait amusé par leur rébellion, éclatant de rire malgré la sueur qui perlait sur le front de son petit frère.
Je m'éloignai.
- Insupportable! M'a-t-on nommé gouvernante sans m'en faire mot? S'attend-t-on vraiment de moi à ce que je passe une soirée entière à m'occuper de ces petits monstres?
- Tourne! Tourne! Demanda l'une des jumelles, perchée sur l'épaule de leur frère ainé, en riant du malheur son autre frère.
Prince Julian la souleva dans les airs, ses cris de joie animant notre petit groupe, joins par mes propres rires. Prenant compte de la situation, me sentant de trop dans leur petite famille, je m'éloignai sans même que le prince ne s'aperçoive de mon absence. Je pouvais néanmoins toujours entendre.
- Moi aussi, le supplia l'autre en commençant à lui grimper dessus.
- Oh non, fit prince Adam en la retirant du fêté, c'est bien assez comme ça, avec tous les problèmes que vous m'avez faits ce soir je devrais vous attacher à vos lits avec de la corde dès ce moment!
Elles lui tirèrent la langue, peu effrayées par ses menaces.
Il ria d'un rire sec.
- Et ils osent dire de la jeunesse qu'elle est une bénédiction, se plaint-il en croisant les bras sur son torse.
Il jeta un regard blasé sur son frère ainé.
- Et j'ai vous à blâmer pour tout cela, sans vos menaces d'annuler le bal s'ils ne permettaient pas à ces deux petits diables d'y assister en dépit de ne pas être en âge, mère n'aurait jamais mis cela sur moi.
- C'est trop de mérite que l'on me donne là, ce n'est pas moi que l'on a attrapé à vandaliser la chambre de la duchesse de Pemmenry pour des lettres qu'elle pourrait ou ne pourrait pas m'avoir écrites.
- Hah! Et qui aurait bien pu avoir une idée pareille, je me le demande, lui répondit prince Adam en haussant un sourcil peu affecté par l'accusation de son frère.
- Quelqu'un qui ne se serait pas fait attrapé, très certainement, le taquina son ainé d'un ton amusé.
Prince Adam se moqua.
- Dans ce cas je me dois de faire note à ne plus jamais m'embarquer dans ses histoires, il n'a plus aucun doute en moi que mon très cher frère saura se débrouiller sans mon aide. Croyez-moi, ajouta-t-il, ce n'est pas que votre honneur ne me tient pas à cœur, mais me balader dans la chambre d'une duchesse sans rien en retour, je ne le fais pas gratuitement. Dites-moi au moins ce que vous lui avez écrit pour que les choses prennent une telle tournure.
- Je ne lui ai rien écrit.
Il lui jeta un regard surprit et le prince héritier continua.
- C'est elle qui m'envoya une lettre menaçant de ternir sa réputation.
Prince Adam soupira en reprenant un air normal. Il ne semblait pas du tout choqué.
- Il n'y a rien de bien nouveau à cela, la couronne peut supporter quelques allégations non fondées.
Son frère lui jeta un regard étrange. Une lueur sombre et mystérieuse flottait dans ses yeux bleu et gris; son regard portait un secret.
Comme toujours, ses derniers temps.
Le ton du prince devint soudainement plus sérieux. Il se raidit.
- Ne me direz-vous jamais ce que vous cachez tous les deux? Ne croyez pas que je ne vous vois pas discuter entre vous deux avec ces allures noires sur le visage, tout cela n'a-t-il pas duré assez longtemps? Je ne crois pas que vous ne m'ayez jamais caché quelque chose à ce point depuis toujours.
Je crus que mon cœur s'arrêta de battre. Il ne fallait pas. Pas Adam, pas lui.
- Non, lui répondit-il d'une douce voix catégorique, avec tout savoir vient une responsabilité. Celle-ci, je ne te la souhaite pas.
Il lui sourit et continua, attrapant son épaule d'une main.
- Tu as une vision du monde que je n'ai pas, Adam, d'être celui qui te la ferais perdre, je ne m'en pardonnerais pas.
Son frère ne discuta pas, mais il ne l'avala pas entièrement non plus.
- Humph, j'espère au moins que cela vaut la réputation de notre pauvre duchesse.
- Que veux-tu donc dire, lui demanda prince Julian, ses yeux brillants de curiosité.
Prince Adam éclata de rire.
- Si je ne vous connaissais pas vraiment même moi croirait ce visage innocent. De grâce, ne me prenez pas pour un simplet! Une journée tout va comme elle l'entend et d'une minute à l'autre tous ses sale secrets resurfacent de sous les couvertures. Ruinée! Parfaitement ruinée! Comme c'est cruel de votre part, cher frère, lui dit-il malgré un sourire au coin de ses lèvres, tout cela pour avoir menacé votre bien-aimée. Je ne voudrais pas être l'un de vos ennemis.
- Julian! S'écria une jeune demoiselle à la même chevelure blonde que ses deux frères ainés.
Elle tituba jusqu'à lui, les joues rosies et un large sourire sur les lèvres.
- Vous devez m'introduire au prince Ersnt! Toutes les filles cherchent à ce qu'il ne les invite à danser mais jusqu'à maintenant pas une ne réussit à ne recevoir ne serait-ce qu'un seul regard! Vous êtes si proche l'un de l'autre, je le sais, ne le cachez pas! Oh, je vous en prie, vous devez absolument faire cela pour moi!
Je m'éloignai tandis que le prince héritier tenta de convaincre la plus âgée de ses sœurs à changer d'avis. Peut-être de ne pas danser du tout, s'essaya-t-il, ou avec lui, ou Adam, pourquoi pas? Prince Ersnt, de réputation, ne s'approchait des dames qu'avec d'impures intentions, et pourtant chacune semblait tomber sous ses belles paroles malgré sa réputation, espérant sans doute être l'exception à la règle.
Je me fondis dans la foule et me sentie disparaitre derrière les robes à larges jupons alors que je me dirigeai vers la sortie.
Devant cette mer de gens, de gentilshommes et de dames discutant et riants comme s'il n'existait aucune noirceur, je ne pus m'empêcher de me demander, si j'appartenais moi aussi à ce monde, en dépit de ne plus connaitre rien d'autre.
Je suis l'essence même d'une contradiction. Ni jour ni nuit, pas même un entre-deux. Ce monde, mon monde, ces gens, je les regarde de loin, les trouvant écœurants,
tout en les enviant de tout mon âme.
Eh oui, j'ai du faire deux parties, que voulez-vous. C'était pas supposé mais bon. Le prochain chapitre sera probablement beaucoup plus court que celui-ci, mais il arrivera donc plus tôt! (haha, je devrais arrêter de dire ça) LOL
