Justin c'était préparé toute la matinée à son entretien mais il n'y avait rien à faire il était angoissé, stressé, le palpitant à cent mille. Ils grimpèrent dans la voiture d'Anne, une mini-cooper verte comme ses yeux. Justin ne desserrait pas les dents, il le savait cet entretien pouvait déterminer nombre de choses dans sa carrière mais il ne fallait pas encore trop s'emballer. Ils arrivèrent devant une devanture rouge et inscrit en grandes lettres de métal noires « Gallery Woodward ». Justin était au bord de la crise cardiaque.
-Bon c'est toi qu'ils veulent voir, tu veux que je t'attende ?
-Non ça ira, merci, répondit-il blanc comme un linge.
-Je te dis merde ! Termina-t-elle le pouce levé.
Il lui répondit par un sourire faussement convaincu. Il poussa la lourde porte et pénétra dans la galerie. La galerie Woodward s'étendait sur quatre niveaux : un sous-sol qui servait de réserve, deux étages pour les expositions et le dernier niveau servait pour les bureaux. Au deuxième niveau de grandes baies vitrées faisaient le tour de l'étage et s'ouvrait sur une grande terrasse qui servait pour les cocktails durant les saisons estivales. Une jeune femme brune se trouvait derrière un petit comptoir blanc design.
-Je peux vous aider ? Demanda-t-elle à Justin.
-J'ai rendez-vous avec Monsieur Woodward...
-Et vous êtes ?
-Monsieur Taylor.
-Il vous attend, troisième étage bureau au fond du couloir, termina-t-elle avec un grand sourire.
-Merci
-Je vous en prie.
Pour monter les trois étages pas d'ascenseur mais un splendide escalier en bois de noyer, usé et patiné. Justin aimait déjà cet endroit mais savait qu'il ne fallait pas encore faire de plan sur la comète. Il arriva au troisième où de nombreux bureaux s'alignaient les uns à la suite des autres et au fond :
« Mr. John Woodward- Gallery Director »
Justin prit une grande inspiration et frappa à la porte.
-Entrez... Bonjour... Vous devez-être Monsieur Taylor ?
-En effet, bonjour monsieur Woodward.
-Je vous imaginais plus vieux...
ça commence bien...
-Je vous en prie installez-vous.
Le bureau était relativement grand, très lumineux, une vieille cheminée traînait derrière la table et dénotait avec le reste du décor design. Au-dessus de la cheminée trônait ce qu'il crût reconnaître comme un Pollock. Il le fixa pendant plusieurs secondes. John Woodward suivit son regard et émit un petit sourire.
-En réponse à votre tourment intérieur c'est un vrai, il m'en à fait cadeau lors d'une de ses expos, ravi qu'il était par notre travail.
Justin déglutit, Pollock a exposé ici la vache... Alors qu'il ruminait sur ses pensées une tornade rousse déboula dans le bureau.
-Excuse-moi Johnny je suis en retard !
-Monsieur Taylor je vous présente Élisabeth Cantile ma collaboratrice, elle effectuera l'entretien avec moi.
-Enchantée, dit-elle en direction de Justin.
-Enchanté.
-Nous y allons ? Commença John Woodward.
-Oui, répondit Justin du bout des lèvres.
-Pour être tout à fait honnêtes nous n'avons pas pour habitude de débaucher si je puis dire, commença John, nos expos se font sur le bouche à oreille, les recommandations... De par notre métier nous devons toujours nous mettre à la page et donc par conséquent les magazines nous envoient régulièrement leurs nouveaux numéros.
-Et c'est là que nous somme tombés sur ArtForum et votre article Monsieur Taylor, la coupa Elisabeth.
-Et à vrai dire nous avons tout de suite, comment dire...
-Adhéré, poursuivit Elisabeth.
-C'est ça adhéré.
-John à déjà du vous le dire mais personnellement je vous croyais plus âgé. Vos œuvres sont véritablement empreintes d'une maturité rare et c'est aussi ce qui nous à plu.
-Vos thèmes sont originaux, vous avez une technique bien maîtrisée qui plus est. Quelque chose de vraiment intense, fort, ce dégage de votre travail en tout cas de ce que nous avons pu voir.
-Avez-vous amené quelques uns de votre travaux ?
Justin se félicita intérieurement de son bon sens. Il leur tendit ses carnets de croquis. Ils passèrent en revue les nombreuses pages pendant plusieurs minutes, les visages impassibles, sans aucuns mots. Justin avait les mains agrippées sur son jean avec une telle force que ses jointures devenaient visibles sur le dessus de ses mains. Ce n'était pas l'inquisition mais il s'y serait presque cru. Dehors la pluie s'était mise à tomber. Dans le bureau on entendait que le bruissement des feuilles sous les doigts de ses juges. Au bout d'un quart d'heure qui lui parut interminable, ils se regardèrent un instant. Elisabeth retira ses lunettes, fixa Justin quelques secondes.
C'est foutu, merde...
-Monsieur Taylor, accepteriez-vous de travaillez en contrat avec notre galerie pour une durée de un à trois ans et d'ouvrir notre saison dans deux mois avec une exposition de vos œuvres ?
Justin bouche bée, passa son regard de l'un à l'autre sans savoir quoi dire, ni quoi faire.
-Monsieur Taylor ? Demanda John Woodward.
-Oui bien sur, évidemment, j'en serai ravi, j'accepte, oui, je signe ! Répondit Justin avec un sourire qui aurait fait sans doute baver plus d'un gay de Pittsburgh.
-Eh bien voilà qui est bien, Catherine pourrais-tu nous amener les contrats ? Demanda John en appuyant sur un bouton du téléphone posé devant lui.
-J'aurai simplement une question Monsieur Taylor, demanda Elisabeth.
-Je vous écoute...
-Qui est ce modèle ? Demanda-t-elle en indiquant un nu de Brian.
-Quelqu'un à qui je tiens beaucoup, répondit-il. Il préférait rester évasif, dans ce milieu on ne sait jamais sur qui on tombe.
-C'est bien ce que je pensai, Johnny nous avons un nouveau gay dans la maison, dit-elle avec un grand sourire en s'adressant à John Woodward.
-Ne faites pas attention à elle. Elle est ''fan'' des gays, si c'était un mec elle serait homo, rétorqua-t-il dans un rire.
Justin observa l'échange éberlué. C'était son jour de chance ! Pas possible...
-Merci Catherine. Bien, vous signez en bas de chaque page et vous apposez vos initiales.
Justin, fébrile, prit le stylo qu'on lui tendait et signa sans plus trop savoir où il habitait. Il se sentait totalement euphorique et malgré lui un sourire béa se placardait sur son visage alors qu'il signait son premier contrat.
-Nous allons vous laissez vous remettre de vos émotions, dit Elisabeth dans un rire, et nous nous reverrons disons la semaine prochaine, jeudi par exemple pour commencer à établir un plan d'expo et voir votre travail. Si vous pouvez prenez des toiles en photo. Vous êtes à New-York depuis combien de temps ?
-Trois semaines.
-Vous avez commencé à travailler ?
-Oui.
-Avez-vous amenez vos grand formats ?
-Non, je suis censé les récupérer lorsque je retournerai à Pittsburgh.
-Et vous y allez...
-Fin de semaine prochaine pour les fêtes.
-Quand revenez-vous ?
-Pendant le nouvel an ou quelques jours après.
-Bon ça va faire short mais ça devrais le faire. Si vous pouviez continuer à travailler pendant que vous y serez ce serait pas mal. Donc jeudi prochain pour une pré-réunion et dès que vous rentrez vous m'appelez et on se voit rapidement pour commencer à mettre en place l'expo. Ça vous va ? Termina John Woodward.
-C'est parfait vous voulez dire, répondit Justin avec un enthousiasme non feint.
-Une dernière chose, dans la maison tout le monde se tutoie, termina Elisabeth avec un clin d'œil.
-D'accord je m'en souviendrai, merci pour tout.
Ils se serrèrent la main et se quittèrent. Justin sortit de la galerie sur un petit nuage. La première chose qu'il fit fut de sortir son portable et d'appeler Brian. Il voulait qu'il soit le premier au courant. Mais une fois de plus il tomba sur sa messagerie, il raccrocha rageusement.
Ça va tout le temps être comme ça maintenant Brian ?
Il poussa un long soupir et se mit en chemin vers l'appartement d'Anne l'esprit léger mais le cœur lourd.
-Je sais pas toi Johnny mais ce petit jeune me plaît bien, rétorqua Elisabeth.
-Tous le monde te plaît à toi, j'attends de voir ses nouvelles toiles...
-Rabat la joie ! Termina-t-elle.
