Et voila, c'est fini! Encore un grand grand MERCI à ceux qui ont pris le temps de lire cette petite histoire!
Epilogue
Juin 2013 - New Heaven, Connecticut.
Un rayon de soleil matinal lui caressa le visage. Elle tourna la tête pour regarder l'heure sur son réveil. 8h36. Tout en poussant un léger soupir, Quinn Fabray se frotta les yeux et se redressa dans son lit. Elle contempla encore une fois la petite pièce qui avait été sa chambre cette année. Conformément à la tradition, les nouveaux étudiants entrant à Yale logeaient l'année de leur arrivée dans un des bâtiments situés sur le « Old Campus », avant de rejoindre en deuxième année leur résidence définitive. Cela avait sans doute un côté vieux jeu, mais Quinn avait au final beaucoup aimé ces quelques mois à Connecticut Hall, malgré les sanitaires sur le palier et le système d'eau chaude un peu capricieux. Le style de la résidence était volontairement resté années 1950, et les travaux avaient apporté un peu plus de confort sans modifier le style. Quinn regrettait presque de quitter la vieille bâtisse en pierre pour rejoindre le bien plus moderne et spacieux Trumbull College en septembre. Mais elle n'avait pas le choix. Elle espérait juste qu'elle aurait des voisins aussi sympas : entre Larry, fana d'histoire médiévale originaire du Texas (avec l'accent qui allait avec) et saxophoniste à ses heures perdus, et Gina, fille d'artistes de cirque, Q.I de 170, major de leur promo pour les exams de fin d'année, et fan absolue de Metallica, elle avait été servi cette année.
Son portable sonna. « Allô ? fit-elle en bâillant.
- Yo ! »
Quinn émit un léger rire tout en poussant sa couverture afin de se lever. « Salut à toi, Santana-du-ghetto ?
- J'aime ce surnom. Dépose un brevet ou quelque chose, faudrait pas te le faire piquer.
- J'y penserai.
- Toujours sur tes deux jambes ? »
Quinn s'était levé en même tant que Santana finissait sa phrase. A toute vitesse, elle vit les souvenirs de ces derniers mois de rééducation défiler devant ses yeux. A force d'efforts répétés, de moments de désespoir, d'épisodes d'euphorie et d'encouragements continus, Quinn avait effectivement donné raison à son kiné en effectuant sa rentrée à Yale sans fauteuil et sans béquille. Enfin, après plus de 6 mois, elle marchait normalement. Ses nouveaux camarades n'avaient d'ailleurs pas idée de son accident : à part une fine cicatrice sur la jambe, Quinn n'avait au final aucune séquelle laissée par la collision. Tout en se contorsionnant pour enfiler un gilet sans lâcher son téléphone, elle médita encore une fraction de seconde sur la chance inouïe qu'elle avait eu. « Objectif atteint.
- Quoi ?
- Non, rien, je veux dire que ça va. Je suis en mode marcheuse.
- Excellent…
- Que me vaut d'ailleurs cet appel matinal mademoiselle Lopez, à part le bonheur de s'enquérir de ma santé ? reprit Quinn en adoptant volontairement un ton snob
- Ok, je ne comprends pas le langage de cette personne : il va falloir un décodeur, parce que nous à Louisville on ne parle pas comme ça ! » dit Santana en riant franchement.
- J'adore t'avoir au bout du fil, mais 8h30 c'est un peu tôt !
- C'est bien ce que j'avais compris. Moi aussi je déménage aujourd'hui, et quand je vois la quantité de cartons à bouger ça me blase déjà. Je cherchais un peu de solidarité téléphonique.
- Je vois. Tu as tout mon soutien. Tu vas aussi changer de résidence alors ?
- Oui, ici on change en début de deuxième année, en fonction de la spécialité qu'on choisit.
- Economie, c'est ça ?
- Exact ! » Quinn sourit en pensant à tous les clients et/ou négociateurs qui allaient se faire plumer par une Santana implacable. Elle était une vraie businesswoman dans l'âme, pas de doute. « Et toi finalement, tu t'es décidé ?
- Architecture. »
Quinn écouta alors d'une oreille distraite Santana se moquer gentiment d'elle en évoquant son brillant futur d'architecte de maisons de retraite ou de bibliothèques municipales, tout en rassemblant quelques affaires qui trainaient encore dans la chambre.
« Non mais je plaisante, ça me semble très bien pour toi. « Q. Fabray, architecte », ça sonne bien.
- Merci San ! Tu es seule pour déménager ?
- Brit vient, et j'ai un cousin avec une vraie carrure de catcheur qui vit à Georgetown, donc ça va. Et toi ?
- Rachel, Kurt et Finn font le crochet depuis New York pour venir me chercher.
- Quelle fine équipe de déménageurs ! fit remarquer Santana avec une ironie non dissimulée
- On dépose les cartons chez le garde-meuble du campus, et ensuite direction Lima.
- Tu vois les autres pendant ton séjour ?
Soirée Glee Club déjà calée samedi soir, qu'est-ce que tu crois ? », dit Quinn en riant. « Et je vois Joe vendredi soir… »
Santana ricana. « La version officielle est toujours « Pas de commentaires » ?
- Tout à fait !
- OK je me tais ! Je te laisse, je dois finir mes cartons…
- Faignante, moi tout est déjà fait !
- Et c'est pour ça que tu es à Yale ma chère, tu es un être supérieur. A plus !
- Bye ! »
Quinn s'étira, et se dirigea vers son bureau pour allumer la bouilloire et sortir un sachet de thé. En attendant que l'eau chauffe, elle s'installa au bord de la fenêtre pour admirer la vue qu'elle avait du campus. Son année à Yale avait été exceptionnelle. Pour la première fois de sa vie, exceptées les sessions avec le Glee Club, elle se sentait à sa place. Plus besoin de tricher, de choisir son camp, d'être soit la cheerleader parfaite, soit la présidente du Club de chasteté, soit une membre anonyme d'une chorale détestée. Ici, elle pouvait être elle-même, laisser toutes les facettes de sa personnalité s'exprimer. Contrairement à ce qu'on peut penser, et ce qu'elle-même craignait un peu avant d'arriver, les étudiants à Yale ne sont pas tous issus du même moule, avec des goûts identiques et un passé similaire. Quand Quinn ne travaillait pas à la bibliothèque, elle prenait souvent un verre le soir avec ses amis les plus proches, dont Larry et Gina, pour refaire le monde et échanger sur des sujets aussi variés que les problématiques liées à l'énergie nucléaire, le nouveau cinéma italien, ou encore l'élection de la chanson la plus kitsch de l'Histoire (Quinn ne remercierait jamais assez Rachel de lui avoir fait découvrir « Run Joey Run » : ils avaient tous eu un fou rire d'un bon quart d'heure). Elle avait eu l'impression en quelques mois d'apprendre des milliers de choses, que ce soit lors des cours bien sûr, mais aussi et peut-être surtout en dehors. Tout en sirotant son thé, Quinn sentit déjà monter une pointe de nostalgie. Yale allait lui manquer cet été. Mais il y avait d'autres choses qui l'attendaient à Lima, et qu'elle avait hâte de régler.
Rachel, Finn et Kurt étaient arrivés vers 9h30. Assez rapidement, Finn s'était retrouvé à descendre les cartons, aidé de Larry venu à la rescousse, tandis que les autres papotaient joyeusement en prétendant vaguement faire le ménage. Quinn était ravie de revoir les anciens du Glee Club. Ils avaient tous gardé contact, s'appelaient de temps à autre, mais ils ne s'étaient pas vus depuis Noël dernier. Tout doucement, chacun prenait son chemin, et Quinn se fit la réflexion que c'était normal après tout. Le lycée était derrière eux. Kurt et Rachel étaient enchantés de leur cursus à NYADA, et avec une telle carte de visite, de jolies opportunités à Broadway s'offraient à eux à la sortie. Finn, qui s'était longtemps cherché, avait au bout de quelques mois intégré à la surprise générale (y compris de Rachel), le prestigieux International Culinary Institute, une école de cuisine fondée par des chefs français à New York, après avoir tapé dans l'œil d'un des formateurs qui avait diné dans le restaurant où Finn faisait quelque extras en cuisine. Sans formation aucune, c'était un véritable exploit, et Finn semblait plus heureux que jamais. Quinn était heureuse pour lui et Rachel, qui semblaient enfin avoir retrouvé une relation un peu plus équilibrée.
« Tu continues le chant, Quinn ? demanda Rachel en déposant un carton dans les bras de Larry
- Bien sûr ! On a même participé à un concours inter-universitaire, on a fini 3èmes.
- Tu avais un solo ?
- Non.
- Alors tout s'explique, si tu en avais eu un vous auriez gagné, c'est obligé ! » dit Kurt d'un ton catégorique. Quinn le remercia et lui fit une bise délicate sur la joue.
« On a vu les New Directions aux Nationals à Miami, c'était extra ! enchaîna Rachel
- Vous avez fait le déplacement ? J'aurais aimé, mais j'étais en partiels…
- Franchement, ils auraient mérité de gagner, finir 2èmes c'est toujours rageant, surtout derrière ces crétins de l'Arkansas avec leurs mouvements de danse parfaits, et leur soliste insupportable…
- Mais Tina a été élu MVP !
- Ouiiiii ! Son solo était vraiment à tomber ! Et le duo avec Blaine sur « Time after time » en version acoustique avec Artie à la guitare, j'en ai pleuré… dit Kurt en tendant un autre carton à Finn, qui lui lança un regard irrité.
- Elle envisage NYADA ?
- Juillard : réponse dans 4 jours ! fit Rachel en croisant les doigts
- Quinn, tout est dans le coffre, on n'a plus qu'à passer au garde meuble et on peut y aller.
- Merci Finn ! »
Alors que Kurt et Rachel sortaient de la chambre en critiquant sévèrement les choix de Jesse St James pour les Vocal Adrenaline aux Nationals, Quinn jeta un dernier regard à sa chambre, sourit et ferma la porte.
De retour chez sa mère, Quinn commença à défaire sa valise, et profita d'un moment de répit avant la grande réunion familiale du soir : Judy Fabray avait invité quasiment tout leur arbre généalogique pour le grand retour de « Miss Yale », comme l'avait fièrement surnommé sa grand-mère. Les premiers jours à Lima risquaient d'être agités : tout le monde voulait la voir, connaître ses cours, évoquer ses projets, alors que Quinn avait surtout envie de calme. Et de voir ses amis. Et de voir quelqu'un en particulier.
Son portable sonna. Le nom de Joe s'afficha sur l'écran, accompagné d'une photo d'eux deux prise par Blaine le jour du pique-nique, pour ses 18 ans. Quinn sourit, et décrocha. « Teen Jesus, je te salue !
- Moi aussi. Et regarde ta fenêtre, dans environ 5 secondes, tu verras passer un ballon flotter devant ta fenêtre.
- Hein ?
- Regarde… »
Effectivement, Quinn vit alors un ballon sculpté en forme de fleur passer doucement devant la vitre. Elle s'approcha, ouvrit la fenêtre, et récupéra le petit mot accroché à la ficelle : Ravi de te revoir. Joe. PS : c'est la seule forme que je sais sculpter, désolé !
« J'espère que tu réalises à quel point j'aurais eu l'air con qu'il était resté coincé dans l'arbre d'à côté, ou si une branche l'avait fait éclater… »
Quinn sursauta légèrement, et adressa un sourire radieux à Joe, debout sur sa pelouse.
« Voila bien un geste inédit, je suis très touchée !
- Oui je vois mal Puck te faire un ballon animal ou fleur… »
Quinn s'appuya sur le montant de la fenêtre. « On se voit demain ?
- Oui. J'avais juste envie de t'apercevoir avant. »
Quinn sentit des « papillons dans son ventre », comme disait Brittany. Elle avait toujours trouvé cette expression incroyablement nase, mais en ce moment précis, elle ne voyait pas bien comment décrire autrement ce qu'elle ressentait. Elle reprit néanmoins sa contenance et le fil de la conversation : « Apercevoir, c'est le mot qui convient. Je suis en devoir familial forcé ce soir.
- Je m'en doutais. Une dame âgée vient de m'adresser un regard de reproche très appuyé, enfin plutôt à mes dreads. Mais je crois que mon t-shirt lui a plu, elle a eu l'air de se détendre ! » Joe bomba le torse. Il portait un t-shirt à l'effigie de sa paroisse.
« Hum, classe ! Toi aussi tu es en service ?
- Kermesse de l'église St James.
- D'où le ballon !
- Exact. Les fonds recueillis iront à l'unité des enfants malades de l'hôpital de St Rita.
- Très noble geste, Joe !
- On fait ce qu'on peut… » répondit-il d'un ton modeste. « Donc on maintient ce qu'on a prévu. Demain 21h, là où on a fait le pique-nique l'année dernière ?
- OK.
- Bon courage ! »
Elle le regarda s'éloigner. Joe. Elle s'était dit pourtant que ce serait sans doute le même scénario que ce qu'elle avait prédit un jour à Rachel dans les toilettes des filles à Mc Kinley : que lorsqu'elle serait à Yale, elle serait incapable au bout que quelques semaines de dire pourquoi elle avait aimé et/ou était sortie avec tel ou tel garçon. Et ça avait effectivement été le cas pour Finn, pour Puck, pour Sam. Elle les appréciait toujours, bien sûr, mais tout cela était définitivement du passé. Et contre toute attente, l'image de Joe, qu'elle avait soigneusement mise de côté dans un coin de son esprit pendant sa dernière année de lycée en se répétant « On verra plus tard », passait son temps à réapparaître. L'impression que quelque chose restait inachevée. L'impression que Joe, et seulement lui, était celui avec qui elle pouvait être elle-même. Elle n'avait pas envie de le contrôler, encore moins d'être contrôlée par lui. Juste l'envie d'une relation « normale », qui tant est qu'elle en soit capable. Le besoin d'une épaule solide, et plus qu'amicale. Car pour être honnête, même si Quinn chérissait son indépendance et préférerait être seule que dans une relation bancale, elle ne serait pas contre laisser tomber le célibat. Le Club de chasteté, c'était bon pour le lycée.
Quinn s'assit sur le capot de sa voiture, et laissa son dos reposer sur le pare-brise. Avec la vue sur le lac rosi par le soleil couchant et le chant des grillons en fond sonore, elle se sentait bien. Tout était presque parfait. Elle entendit à peine Joe arriver en vélo mais reconnut son parfum. Il lui fit une rapide bise sur le front et mis un CD.
« Tu m'as dit un jour que je sentais très bon. Je n'ai jamais pensé à te retourner le complément, dit Quinn en tentant de calmer les battements accélérés de son cœur.
- Pffff, tu as dû penser que j'étais bien naïf le jour où je t'ai dit ça. L'exemple type du mec qui n'a jamais parlé à une fille.
- C'était mignon.
- Et très stupide. Mais pour une raison que je ne m'explique pas, une fille aussi fabuleuse que toi me trouve des excuses insensées. Je crois que j'ai de la chance…
- Ou pas. Je ne sais pas si je suis un cadeau.
- Je prends le risque. »
Il s'allongea à côté d'elle sur le capot, en prenant garde à conserver une distance raisonnable. Quinn apprécia cette marqua d'attention et enchaîna : « La rumeur veut que tu sois sortie quelques fois avec une dénommée Alison, une pompom girl rousse dit-on…
- Ah la la, Artie ! Toujours aussi bavard ! Bref, on a été au ciné deux ou trois fois, toujours en groupe, fin de l'histoire. Une fille charmante, c'est sûr, mais pas pour moi. » Il laissa s'écouler un court silence. « Tu aurais voulu que je te le dise ?
- Non, pas spécialement. Enfin si quelque chose s'était passé, pourquoi pas. On s'était dit l'année dernière dans le bus pour les Nationals qu'on verrait l'année prochaine où on en est. L'année scolaire est fini maintenant. On peut… faire le point. Si tu veux.
- OK. J'aimerais préciser quelque chose d'abord. Comme tu le sais, je cherche à me spécialiser en zoologie… » Quinn ne put s'empêcher de sourire. C'était le point sur lequel Joe était en accord avec son look. Et il avait beau avoir été élevé dans un milieu religieux, il ne remettait pas en cause les théories évolutionnistes. Encore un point commun, pensa Quinn. « J'ai tenté ma chance dans différentes universités qui proposent la matière en option principale… »
- ET ? Arrête de laisser traîner le suspense !
- J'ai été pris à l'université de Stamford. »
Quinn eut le souffle coupé. Elle se redressa légèrement pour lui faire face, et dit lentement : « Stamford… Connecticut ?
- Oui. C'est très exactement à 64 kilomètre de New Haven.
- C'est... super !
- C'est une très bonne université. Et puis, si tu es d'accord bien sûr, je pense que c'est bien pour nous, si on… enfin… » Il marqua à nouveau une pause, et rajouta simplement : « Ca a toujours été toi, Quinn. »
Elle se pencha lentement vers lui, et l'embrassa. Un baiser long et tendre. Exactement comme elle l'imaginait. Ils se regardèrent un moment, les mains jointes. Tout était calme. Elle se cala ensuite sur son épaule. « J'aime ton CD. Qu'est ce que c'est ?
- Sigur Ros. C'est chanté en islandais.
- Toi alors, c'est toujours l'aventure, tu ne changes pas ! » dit-elle en riant. Puis elle reprit en le regardant droit dans les yeux : « Je ne vais pas te dire que ça a toujours été toi, ce serait mentir. J'ai mon passé, je ne regrette rien. Et franchement, je ne croyais pas que toi et moi nous serions ici, un an après, avec des sentiments encore plus forts l'un pour l'autre. Ca défit toute logique. Mais c'est comme ça. Et ça me plait. Maintenant, c'est…toi. » conclut-elle maladroitement. « Je suis nulle pour ce genre de discours…
- C'est parfait. »
Ils s'embrassèrent à nouveau. Puis Joe reposa la tête de Quinn sur son épaule, et elle se pelotonna contre lui. Ils évoquèrent la soirée de samedi, les nouvelles vies des ex-Seniors de 2012, les projets de ceux qui seraient bientôt diplômés, le futur déménagement de Joe. L'accident, aussi. Le souvenir des épreuves paraissaient à la fois si éloignés, et si proches. « Je suis heureuse qu'on ait mis autant de temps à se trouver. » lui chuchota-t-elle à l'oreille. Et elle le pensait. Elle avait eu raison de prendre son temps. « Un pas après l'autre… » dit-elle en souriant, en repensant à la phrase de Blaine, l'après-midi de ce fameux pique-nique. Un peu après l'autre.
