A/N: Merci pour les quelques reviews, en particulier harrysteph. Ca fait toujours plaisir de savoir qu'on est lu ;)

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Chapitre 11 : Profile bas

Booth raccrocha son téléphone portable. Il était épuisé mais ne s'accorderait pas de repos avant d'avoir retrouvé ce fils de pute. Il avait passé des heures dans cette salle d'attente. Tout du moins, c'est l'impression qu'il avait eu. De nouveau, il s'était battu avec les médecins pour qu'on lui permette de la voir alors qu'ils étaient opposés à toute visite et qu'il n'était même pas de la famille. Il avait tenu sa main dans les siennes pendant près d'une heure, incapable de la quitter des yeux. Il aurait pu passer l'éternité à la regarder si cela lui avait assuré qu'elle continuait de respirer. Il aurait voulu être celui qu'elle verrait lorsqu'elle rouvrirait les yeux. Mais il savait ce qu'il avait à faire. Alors finalement, il avait trouvé la force d'appeler Angela. Et il se retrouvait dans son bureau, les éléments du dossier étalés sur la table. Il se demanda ce qu'il ferait lorsqu'il le retrouverait. Ce qu'il lui ferait, car il n'était pas certain de pouvoir se retenir de le tuer.

Mais les nouvelles n'étaient pas bonnes. Les choses se passaient comme il l'avait redouté : le portrait fait par Angela n'avait pas aidé à identifier le tueur. Il ne savait même pas quel était le lien entre les victimes. Louise Simons était au lycée, de même qu'Ashley Porter. Toutefois, la première était dans un lycée classique tandis que l'autre étudiait dans une école privée. Beth Collins était serveuse et Alexandra Nass, avocate. Quant à Shelly Ward, il s'avérait qu'elle avait manifestement renoncé à ses études pour se consacrer à son métier de stripteaseuse. Origines sociales, apparence physique, âge, activité, tout les séparait. Comment pouvait-il toutes les connaître ? Peut-être qu'il les choisissait au hasard. Ou peut-être que non, et qu'ils étaient tous en train de laisser passer quelque chose d'important.

Ca n'était pas assez. Bones ne l'avait pas non plus vu assez longtemps pour l'identifier correctement, ou bien ses souvenirs étaient altérés par ce qui lui était arrivé. Il lui fallait plus qu'une simple description des traits du tueur. Il avait besoin d'éléments qui lui permettraient de pénétrer sa vie, sa tête. Et elle était la seule qui puisse l'aider pour ça. Non seulement parce qu'elle avait été l'une des victimes, mais également parce qu'il avait besoin de son point de vue et de son raisonnement rationnels et scientifiques.

Voilà de quoi Seeley Booth tentait de se convaincre, alors que tout ce dont il avait réellement besoin était d'entendre sa voix, lui parler, lui tenir la main, sentir la chaleur de sa peau et constater de ses propres yeux qu'il ne l'avait pas vraiment perdue.

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Lorsqu'il entra, elle avait les yeux rivés sur l'écran de télévision de l'autre côté de la pièce. Ses boucles auburn s'étalaient sur l'oreiller comme un halo, et ses paumes de mains étaient placées vers le haut pour reposer ses poignets bandés. Lorsqu'il referma la porte derrière lui, le bruit lui fit tourner le regard vers lui. De là où il se tenait, il pouvait déjà remarquer que ses joues avaient retrouvé un peu de couleur. Il s'approcha plus près et, pendant une seconde, vit ce qu'il crut être de la détresse et de la fragilité dans ses yeux. Il pensa qu'elle était sur le point de pleurer. Il sentit son cœur chavirer, mais l'instant d'après elle lui souriait avec son air habituel, forte et confiante. Il prit place sur une chaise près d'elle et lui rendit son sourire, dissimulant son inquiétude.

« Salut, Booth » dit-elle simplement, d'une voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu. Elle s'était attendue à ce qu'il vienne, elle avait réfléchi à un million de manières d'éviter une réelle conversation avec lui, et elle ne se sentait toujours pas prête.

« Salut », fut tout ce qu'il parvint à prononcer. Il ne savait pas quoi dire, comment se comporter. « Comment tu te sens ? » C'est pas vrai… Les mots lui avaient échappé. Il se sentit vraiment stupide. Bien sûr qu'elle n'allait pas bien.

Elle haussa les épaules. « Un peu endormie, mais ça va », répondit-elle sur un ton indifférent. « Je veux dire, ça n'est pas comme si c'était la première fois, tu sais. »

On aurait pu croire qu'elle était là pour une jambe cassée ou une entorse du poignet. La lueur dans ses yeux disait 'Je vais m'en sortir, je vais dépasser tout ça, et pour ça, je n'ai besoin de l'aide de personne, pas même la tienne, et je ne veux certainement pas de la pitié de qui que ce soit'. Mais il pouvait voir autre chose dans son regard bleu pâle, quelque chose d'indéfinissable qui lui faisait penser qu'elle mentait.

« Par contre je m'ennuie à mourir. J'aurais bien aimé qu'on m'autorise à avoir mon ordinateur portable, au moins comme ça j'aurais pu faire quelque chose de plus utile et intéressant que de regarder la télé… »

« La télé peut être utile et intéressante », rétorqua-t-il sur le ton de la plaisanterie. Un ton qui n'était pas l'écho de ce qu'il ressentait au fond.

« Vraiment ? » Elle rit. « Je ne regrette pourtant pas de ne jamais avoir remplacé la mienne. »

« Ecoute, Bones, euh… J'ai quelque chose de très difficile à te demander. »

Il s'en voulu lorsqu'il vit son sourire disparaître.

« Oh… Qu'est-ce c'est ? »

« Je, euh… Le portrait… »

« N'a rien donné? »

Il secoua la tête en guise de réponse. « Je suis désolé. »

Elle ne put dissimuler sa déception et son découragement.

« Non, c'est moi. C'est entièrement ma faute », dit-elle, manifestement en colère contre elle-même.

Il se pencha un peu plus sur elle et posa sa main sur la sienne d'un geste protecteur et rassurant.

« Ne dis pas ça, d'accord ? Rien de ce qui est arrivé n'est ta faute, et tu as fait de ton mieux pour décrire le tueur. On n'attendait même pas de toi que tu fasses ça aussi tôt. »

« Alors qu'est-ce que tu veux de moi, maintenant ? Qu'on fasse un autre essai ? »

« Pas tout-à-fait… En fait, je pensais… Tu te souviens du croquis qu'Angela avait fait de ce prêtre ? Personne ne pouvait le reconnaître à cause de l'air qu'elle avait fait passer dans ses yeux. »

Elle acquiesça.

« Oui, je vois ce que tu veux dire. En fait, j'y ai aussi pensé, en quelque sorte. La vérité, c'est que je… Je n'ai pas vraiment fait attention à lui, à son visage. Et puis, ça n'est pas le genre de personne qui… Enfin tu vois… Qui marque. Il n'était pas vraiment beau, sans être laid. Il était… insignifiant. Quelqu'un qui se fait oublier facilement, qui se fond dans la masse, quelqu'un qu'on ne remarque pas vraiment. Je comprends ce qui me chiffonnait maintenant. Angela l'a dessiné avec de la folie et de la dureté dans les yeux. Je pense qu'elle a été influencée par ses émotions, et moi aussi. Il n'a pas agi avec colère ni violence. Il a pris son temps, n'a jamais cessé de me parler. C'était comme s'il essayait de se justifier, et de me rassurer. Il m'a dit qu'il était là pour m'aider, que je ne devais pas avoir peur. Sa voix était douce, presque timide. Ses mouvements étaient posés et pourtant je sentais qu'il était nerveux. La première fois que le téléphone a sonné, il a laissé tombé ce qu'il faisait pour aller voir, et il m'a laissée seule un moment. Quand il est revenu, il a continué à me parler, et s'est excusé de me faire mal. Je pense qu'il avait fini lorsque le téléphone a sonné de nouveau. Il serait resté plus longtemps mais il avait trop peur que quelqu'un le surprenne. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'agissait pas par vengeance, ni pour satisfaire un désir violent. Il croyait sincèrement qu'il faisait quelque chose de bien, qu'il aidait. Et en même temps, il savait en quelque sorte ce qu'il risquait. »

Sa voix était restée détachée et froide ; le ton qu'elle employait inconsciemment lorsqu'elle examinait un corps. Booth s'humecta les lèvres. Cette femme était vraiment surprenante. Il avait encore de la difficulté à parler de son passé de sniper et elle était capable de lui raconter ce que ce malade lui avait fait subir seulement quelques heures auparavant, sans aucune émotion apparente. Il doutait que ce soit facile pour elle, toutefois, et il se maudit d'avoir à lui faire endurer ça.

« Ne me regarde pas comme ça, Booth. J'ai travaillé sur cette affaire et je suis toujours dessus, d'accord ? »

Il réalisa que sa main s'était refermée autour des doigts de sa partenaire. Il la contempla d'un air absent pendant un moment.

« Booth ? Tout va bien ? »

Le son de sa voix le ramena à la réalité, le faisant presque sursauter.

« Oui, oui bien sûr. Donc… Est-ce que tu as une idée de la façon dont il choisit ses victimes ? »

« Je suis pratiquement sûre qu'il ne choisit pas ces femmes au hasard. »

Booth nota qu'elle n'utilisait plus la première personne, ce qui signifiait qu'inconsciemment elle s'excluait de la liste des victimes.

« Il lest choisit parce qu'il pense qu'elles ont besoin de son aide. Ce n'est pas exactement lié à leur vulnérabilité. Il pense qu'elles n'ont plus de raison de vivre mais qu'elles ont trop peur d'y mettre fin par elles-mêmes. Il dit qu'il sait ce qu'elles endurent. Je crois que nous cherchons quelqu'un avec un passé difficile et très probablement des tendances suicidaires. Dans sa vie sociale, je pense que c'est quelqu'un de gentil et dévoué. Quelqu'un à qui on fait confiance facilement. Mais il pas confiance en lui-même. Je suis presque sûre qu'il n'a pas un métier prestigieux. Mais ces femmes, il les connaissait très bien. D'une manière ou d'une autre, elles ont attiré son attention, et il a eu le temps de les observer, si ce n'est de leur parler. Elles pouvaient être des voisines, des collègues. Ou peut être qu'il les a rencontrées dans le cadre de son travail. »

Stupéfiant. Il n'y avait pas d'autre mot.

« Bones, tu sais… Je suis désolé d'avoir dit que la psychologie n'était pas ton truc. Tu nous aides beaucoup là. Vraiment. »

Un léger sourire éclaira le visage de Brennan.

« J'essaie d'apprendre avec toi. »

Lui rendant son sourire, il ne put s'empêcher de tendre la main pour replacer une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

« Je le retrouverai », murmura-t-il avec un mélange de tristesse et de détermination. « Je te le promets. »

Lorsqu'il écarta sa main, ses doigts effleurèrent légèrement la joue de sa partenaire. Aucun d'eux n'aurait pu prétendre qu'il n'avait pas senti ça, et Brennan détourna rapidement le regard. Booth se leva, sur le point de partir, lorsqu'il l'entendit soupirer.

« Je veux m'en aller. »

Elle tourna de nouveau le regard vers lui et il se pencha plus près, serrant sa main.

« Eh Bones, je suis là, d'accord ? Je ne laisserai plus jamais rien t'arriver, tu m'entends ? »

Il fut surpris de l'entendre rire.

« Euh… Qu'est-ce que j'ai dit ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

« Je n'ai pas dit que je voulais m'en aller, comme… tu sais… m'en aller… J'ai dit, je veux quitter ce foutu hôpital », expliqua-t-elle, un sourire amusé étirant ses lèvres.

Booth se racla nerveusement la gorge, se sentant soudain stupide.

« Je vais voir ce que je peux faire pour te rapporter ton précieux portable. »

Son sourire s'élargit avec gratitude.

« Merci. »

« Je t'en prie, Bones », répondit-il avant de se diriger vers la porte.

« Booth ? »

Il fit demi-tour sur lui-même et ses yeux rencontrèrent les siens.

« Je savais que tu me trouverais. »

A cet instant précis, il se sentit assailli par le désir de se précipiter vers elle, de la prendre dans ses bras et de la serrer très fort pour ne plus jamais la laisser partir. Mais il se contenta d'un sourire et d'un regard avant de quitter la pièce.

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A/N: J'ai eu du mal avec le jeu de mot que j'avais fait en anglais… (I want to live/I want to leave) J'espère que je n'ai pas trop loupé le passage en français.