Joséphine

Le soleil se levait à peine lorsque l'ambassadrice s'étira de tout son long et se frotta les yeux afin de les débarrasser de leurs dernières traces de sommeil. Elle se dirigea vers la cuvette posée sur sa commode avec la démarche de quelqu'un qui n'a pas encore émergé. Mais une fois l'eau fraîche entrant en contact avec son visage, tout sembla plus clair ! Joséphine quitta ses habits de nuit pour sa tenue habituelle dorée et violette et accrocha à son cou son lourd collier d'or serti de rubis. Elle arrangea ses cheveux, maquilla ses yeux et se rendit vers les cuisines afin de prendre son petit déjeuner. Un nouveau jour démarrait à Fort Céleste, la citadelle semblait aussi s'éveiller après une courte nuit de sommeil, en douceur. Josie faisait partie des lèves-tôt, tout comme l'Inquisitrice, Cullen, Léliana et Cassandra. Néanmoins elle se doutait qu'elle ne croiserait personne aux cuisines ce matin : la maître espionne et la Chercheuse déjeunaient la plupart du temps de leur côté, Lavellan avait interdiction formelle de quitter son lit afin de ne pas rompre ses sutures et le Commandant sautait souvent le premier repas de la journée. La diplomate fut donc surprise de le trouver attablé alors qu'elle pénétrait dans la pièce après avoir salué le cuisinier et ses commis. Ses traits étaient tirés, mais il semblait en forme. Elle le salua chaleureusement :

« Bonjour Commandant ! dit-elle d'un ton enjoué. Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas vu prendre le temps de déjeuner !

- Dame Ambassadrice, répondit-il en inclinant le chef. C'est vrai, mais ce sera rapide ne vous en faites pas, beaucoup de travail m'attend, reprit-il d'un ton sérieux.

- Allons Cullen, je plaisantais ! Vous noterez vous-même que l'on est beaucoup plus efficace le ventre plein, déclara-t-elle en se servant un morceau de fromage sur une tranche de pain.

- Si vous le dites »

Ils mangèrent en silence un moment, puis Josie réengagea la conversation :

« Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle. Elle faisait allusion à son sevrage.

- Bien, ne vous inquiétez pas pour moi, j'ai seulement quelques migraines ». Il sourit, essayant de donner du crédit à ses propos. En réalité il avait encore passé une horrible nuit emplie de cauchemars. Il s'était réveillé nauséeux et tremblant. Mais les symptômes du manque semblaient lui accorder un instant de répit alors qu'il déjeunait. Il était donc aisé au Commandant de mentir afin de n'inquiéter personne. Cullen continua, changeant de sujet :

« Vous devriez vous inquiéter pour Lavellan, elle va finir par sauter à la gorge de quelqu'un si elle reste un jour de plus coincée au lit ».

Joséphine pouffa, il disait vrai. L'Inquisitrice était comme un lion en cage, elle détestait l'inaction. Pourtant ils organisaient les réunions du Conseil à son chevet, mais rien n'y faisait. Elle voulait parcourir le Fort, s'assurer elle-même que tout était en ordre, préparer leur venue au Palais d'hiver, … Finalement ce repos forcé était une bonne chose. L'ambassadrice craignait que Lavellan ne se surmène trop, on ne pouvait être sur tous les fronts à la fois. Elle le lui avait répété maintes fois mais c'était peine perdue. L'antivane demanda :

« Êtes-vous allé la voir récemment ? ».

Cullen failli s'étouffer avec son morceau de pain. Après avoir lutté quelques instants pour l'avaler, il répondit d'un ton soupçonneux :

« Pas en dehors des réunions, pourquoi cette question ?

- Vous aviez tellement insisté pour assurer sa protection le jour de son arrivée, je pensais… Laissez tomber, ce ne sont pas mes affaires.

- Effectivement » acquiesça-t-il. Il n'y avait aucune animosité ou agacement dans le ton du Commandant, il avait répondu en souriant et de façon courtoise. Il appréciait Joséphine et ne voulait pas la froisser. Mais l'ambassadrice avait raison, ce n'était absolument pas ses affaires ! Il termina son repas et prit congé de la diplomate en lui souhaitant une agréable journée. Ils se reverraient certainement.

Joséphine souriait largement après le départ du Commandant. Il n'avait pas nié catégoriquement comme les fois précédentes où Léliana et elle le taquinaient à propose de l'Inquisitrice – pourtant, il y avait des regards qui ne trompaient pas-. Il n'avait pas nié et était resté parfaitement calme. L'ambassadrice avait beau être une acharnée du travail, une négociatrice hors pair et impitoyable, c'était aussi une grande romantique. La simple idée qu'un amour pouvait naître en ces temps troublés lui donnait du baume au cœur. Elle débarrassa la table comme à son habitude et se rendit à son bureau. Une montagne de paperasse l'attendait mais son attention fut retenue par une missive : Gaspard de Châlons leur proposait une entrée pour le Palais d'hiver.


Mithraël

L'Inquisitrice lisait un rapport du Commandant sur les Lames d'Hessarian de la Côte orageuse tout en sirotant son thé. Il faudra qu'elle envoie quelqu'un le chercher afin qu'ils en discutent plus avant. Ils ne s'étaient pas retrouvés seuls après ce fameux soir. Ils se comportaient comme si rien ne s'était produit. La jeune femme s'était donc faite une raison, il devait sans doute s'agir d'amitié. Mithraël reprit sa lecture puis posa les documents sur sa table de chevet en soupirant : « Deux jours …encore deux jours et je retrouverai ma liberté ! ». Non pas qu'elle se pensait indispensable quant au bon fonctionnement de l'Inquisition, mais elle détestait au plus haut point rester clouée au lit alors que tout le monde travaillait. De plus, ses conseillers ne venaient la voir qu'en cas d'urgence afin de « la laisser se reposer ». La jeune femme pestait en elfique alors que Dorian pénétrait dans sa chambre :

« Attention Lavellan, bientôt je saurais ce que cela signifie et vous ne pourrez plus grommeler tranquillement ! » menaça-t-il d'un ton moqueur. Il avait demandé à l'Inquisitrice de lui apprendre quelques termes elfiques pour « briller en société » mais surtout pour occuper son amie dont l'humeur devenait de plus en plus exécrable à mesure que le temps passé clouée au lit s'allongeait. Le tévintide savait très bien que le langage elfique se perdait depuis que l'Empire avait envahi les cités des premiers elfes. Mais les dalatiens avaient conservé quelques expressions, et l'homme était de nature curieuse.

« Bonjour à vous aussi » répliqua-t-elle d'un ton boudeur, mais tout sourire.

Sans plus de cérémonie, Dorian prit place à côté d'elle dans le lit et sortit plusieurs feuilles de parchemin où il avait commencé à rédiger des termes elfiques et leur traduction. Voir le mot écrit l'aidait à la prononciation. Il arrangea sa paperasse sur la fine planche qui lui servait de support d'écriture, déposa un encrier et une plume sur la table de chevet et se tourna vers Mithraël :

« On pourrait passer aux insultes distinguées maintenant ? C'est ce qui me sera le plus utile je pense. Imaginez la scène, - il ferma les yeux, ouvrit ses bras comme pour planter le décor- moi insultant mon voisin de table à un dîner mondain, et lui me regardant en souriant courtoisement alors que je viens de lui annoncer qu'il n'était qu'un « reliquat de matières fécales de cochard ».

Mithraël leva les yeux au ciel et pris une mine faussement outrée : « Je me propose de partager avec vous ma culture, mes racines, et tout ce qui vous intéresse c'est de pouvoir dire ces inepties ! »

- Ce ne sont pas des inepties ! J'ai réfléchi toute la nuit avant de sortir pareille merveille ! s'offusqua faussement Dorian.

- Alors votre cas est bien plus désespéré que je ne le pensais, soupira Mithraël.

- Trêve de plaisanterie, le mage semblait redevenir sérieux, vous allez m'apprendre à le dire oui ou non ?

- Je ne connais pas de termes pour cela, il faudrait demander à Solas » dit-elle en riant.

Dorian l'imita « Je le lui demanderai, rien que pour voir l'expression de son visage !

- Len'alas lath'din ! répliqua Mithraël

- Ce qui veut dire ?

- Sale gamin détesté de tous, répondit la jeune femme toute fière.

-Vendu ! répondit le tévintide, vous me l'épelez ? »

Ils continuèrent la petite leçon pendant environ une heure. Dorian avait ensuite ouvert un livre portant sur les arcanes nécromanciennes. Il ne perdait jamais une occasion pour perfectionner son art. Mithraël lisait distraitement par-dessus son épaule. Elle avait préféré se spécialiser dans la magie des failles. La fatigue menaçait de la faire sombrer à nouveau. Elle posa sa tête contre le bras de son ami, qui se tassa un peu plus dans le lit afin qu'elle repose sur son épaule. La jeune femme se doutait qu'il savait parfaitement qu'elle n'allait pas aussi bien qu'elle ne voulait le faire paraître. Mais il n'en faisait pas allusion, c'était un accord tacite : Chacun savait qu'il pouvait compter sur l'autre et c'est tout ce qui importait. Il continua sa lecture au rythme de la respiration apaisée de Mithraël. Néanmoins le repos de cette dernière fut de courte durée.

Une tornade rouge et or fit irruption dans la pièce, courut jusqu'à eux et atterrit sur ses appuis au bout du lit après un magnifique saut périlleux. Sera affichait un large sourire, pas gênée le moins du monde de troubler le repos de l'Inquisitrice :

« Ben alors Dorian, on a changé de bord ? ricana-t-elle

- Elle dormait ! rétorqua le tévintide en lançant un regard noir à l'archère.

- Laissez, dit Mithraël avec une voix ensommeillée, un problème Sera ? s'enquit-elle

- Non non Inquisitrice, cessez de vous faire du souci pour rien ! réplique-t-elle. Je venais seulement prendre de vos nouvelles ». Plus aucun air malicieux ni blague vaseuse, la voleuse était réellement anxieuse.

- Je vais bien, dans deux jours je sors de ce maudit lit ! répondit l'elfe.

- Génial ! s'exclama Sera. Non parce-que … la Messagère d'Andrasté tuée par un simple assassin … c'est pas possible hein ? »

Dorian et Mithraël se turent. Le premier était andrastien, bien qu'il réprouvait la Chantrie, mais croyait l'elfe quand elle disait qu'elle n'était en aucun cas la Messagère. Ce n'était pas le cas de Sera et de nombreux autres. Il avait été vain de la convaincre. Ne voulant pas l'ébranler plus que mesure, ni rentrer une fois de plus dans un dialogue de sourds, l'Inquisitrice reprit :

« Ne vous en faites pas, je suis guérie, la rassura-t-elle

- Génial, répéta Sera, je savais bien qu'ils se faisaient tous du souci pour rien ! Vous êtes une dure à cuire Inquisitrice. Bon, c'est pas que j'm'ennuie, mais j'préfère l'ambiance de la taverne, y a trop de sérieux dans cette pièce » dit-elle en jetant un œil au livre de Dorian. Et elle partit comme elle était venue.

« Parfois je pense avoir saisi le personnage… et puis je réalise que non finalement, nota Dorian d'un ton pensif.

- Sera a un bon fond, c'est une râleuse qui jure comme un charretier mais on peut compter sur elle. Du moment qu'on ne lui dit pas qu'elle a quoique ce soit à voir avec les elfes, répondit Mithraël, amusée.

- Je n'en doute pas Lavellan, mais avouez que c'est un curieux personnage !

- Une dalatienne que l'on appelle « Messagère d'Andrasté », un mage tévintide paria arrogant, un esprit qui se prend pour un humain, un espion Qunari qui saute sur tout ce qui bouge, un nain conteur d'histoire qui parle à son arbalète comme si c'était une véritable personne, un mage elfe qui passe plus de temps dans l'Immatériel que dans le monde réel, une guerrière qui lit des romans à l'eau de rose, une Grande Enchanteresse orlésienne dont on ignore les motivations, un Garde des Ombres qui ne sait rien sur les activités de son ordre… et seule Sera serait un curieux personnage ? énonça Mithraël en souriant

- Je ne suis pas arrogant ! répliqua Dorian d'un ton boudeur.

- Non, vous êtes bien pire que ça !

- Len'alas lath'din, répondit fièrement le mage.

- Petit misérable » ! rétorqua Mithraël, faussement outrée, en écrasant un de ses oreillers sur le visage de son ami.

Ils rirent de bon cœur puis finirent par se calmer. Dorian reprit sa lecture et Mithraël sa sieste, la tête reposant toujours sur l'épaule du mage.


Zevran

Ils étaient finalement arrivés à destination. Se tenant côte à côte, juchés sur leurs montures, Milva et Zevran contemplaient Wyzima. Les murs de la cité fortifiée avaient certainement été d'un blanc éclatant autrefois, aujourd'hui terni par la couleur jaunâtre des poussières de soufre. Le soleil s'y réfléchissait et n'en éblouissait pourtant pas moins les voyageurs. Si elle était imposante, la ville ne semblait pas particulièrement étendue. Il fallait avouer qu'une certaine volonté était nécessaire pour s'établir dans ces plaines perdues. Sans parler de ce soufre… A l'ouest courait un fleuve qui se jetait certainement dans la Mer fendue. Un port de taille respectable se dressait sur la berge. La proximité du cours d'eau permettait la culture de diverses céréales et légumes, dont certains qui étaient totalement inconnus aux deux elfes. De larges bandes de tissus épais étaient repliées à côté des plantations, sûrement pour protéger les récoltes des dépôts de soufre en cas de besoin. On pouvait également entendre au loin les bêlements d'un élevage de moutons. De nombreuses petites maisonnettes de paysans se dressaient çà et là au milieu de la steppe. Un navire était à quais, un bâtiment marchand au vu de l'activité qui grouillait au niveau du port. La voie nautique semblait être privilégiée pour le commerce dans cette zone reculée. En effet, on ne pouvait appeler route le chemin sur lequel voyageait la petite troupe.

Les pensées de Zevran étaient confuses. Il ne savait dire si cela était le fait de la chaleur ou de la fièvre, ou de la chaleur de la fièvre. Sa blessure n'était pas profonde mais elle peinait à cicatriser. Cette bête de malheur produisait peut-être du venin. Milva lui jeta un rapide regard inquiet puis enjoignit sa monture à avancer. Le cheval de l'assassin, suivi de près par Hatchi, lui emboîta le pas. Ils n'avaient pas beaucoup échangé ces derniers jours. Lui était trop embrumé pour tenir longtemps une conversation sensée et elle était trop anxieuse à l'idée de ne jamais trouver cette ville de malheur, sous cette chaleur de malheur tout en respirant ce soufre de malheur. Zevran soupira. Il haïssait son état. Etre faible et devenir un fardeau pour l'Héroïne lui faisait horreur. Il devait également admettre qu'il en était blessé dans son amour propre. Le canidé aboya doucement comme pour le sortir de ses sombres pensées. L'ancien Corbeau releva la tête. Les portes de la ville étaient en vue, protégées par une lourde herse et gardées par deux sentinelles. C'était sans compter les archers postés sur les remparts. « Cela fait beaucoup de protection pour une ville de cette taille » pensa Zevran. Allaient-ils seulement les laisser entrer ? Rien n'était moins sûr.

La jeune femme se présenta la première aux gardes. Zevran ne perçut que des bribes de leur conversation. Les mots « simples voyageurs », « besoin d'un guérisseurs » et « argent » furent les seuls qu'il put comprendre. Il entendit également le nom de la petite bourgade dans laquelle ils avaient fait étape des jours et des jours auparavant. Un des gardes disparut alors par la poterne. Un silence de plomb s'installa. L'assassin pouvait deviner que Milva se faisait violence pour rester calme mais ses poings serrés et ses sourcils froncés témoignaient de son impatience. Elle jetait également régulièrement des regards anxieux à son ami. Le mabari était resté en retrait, aux côté de l'ancien Corbeau. Le garde restant demeurait de marbre. Après quelques minutes, son collègue revint vers eux. Il échangea quelques mots avec l'Héroïne en désignant Zevran puis fit signe de lever la herse et ouvrir les portes. La compagnie s'engagea alors.

Si les maisons des paysans étaient principalement faites de bois, du bois certainement importé étant donné qu'il n'y avait pas l'ombre d'une forêt à des kilomètres à la ronde, les habitations citadines aux toits plats semblaient constituées de la même pierre que les remparts. Par réflexe, Zevran réfléchissait déjà à un moyen d'entrer et sortir sans être vu. Ces toits plats étaient une aubaine pour se déplacer, mais c'était sans compter sur les archers et arbalétriers qui patrouillaient sur les murs. Alors qu'ils avançaient vers ce qui semblait être une auberge, seulement quelques regards curieux se retournaient sur leur passage. Les habitants semblaient plus accoutumés aux voyageurs et étrangers que dans le petit village où ils s'étaient arrêtés en premier lieu. Ils croisèrent également des hommes vêtus de longues étoffes amples qui les couvraient jusqu'à la tête. « Pratique pour parcourir ces terres nues sans respirer la poussière de soufre » nota l'assassin. Il parvenait rassembler peu à peu ses esprits, la découverte d'un nouveau lieu mettait tous ses sens en éveil. L'ancien Corbeau étudiait l'endroit, les cherchait les différentes issues, jaugeait les gens, … Son regard s'attarda sur le dos de Milva. L'elfe revêtait une cape d'un tissu assez fin pour ne pas lui tenir trop chaud mais assez épais pour la préserver des rayons lumineux. Ses cheveux rouges flamboyants tranchaient réellement avec le reste de sa tenue dont les tons étaient beige à vert. Elle aussi paraissait aux aguets, il devinait qu'elle jetait des regards furtifs autour d'elle. Si l'Héroïne était tendue, elle faisait son maximum pour le cacher, en témoignait le calme dont faisait preuve sa monture. Hatchi trottinait aux côté de l'assassin, même le mabari semblait plus que sérieux.

Laissant leurs chevaux à l'un des hommes travaillant pour l'auberge, ils entrèrent dans cette dernière. La matinée n'était pas encore très avancée, aussi la salle principale était vide. Les trois compagnons s'avancèrent en direction du comptoir où un homme imposant essuyait une chope. Il les laissa approcher avant de s'adresser à eux d'un ton enjoué :

« Bienvenue voyageurs ! Que puis-je pour vous ? Il est encore un peu tôt pour le service du déjeuner mais je dois avoir des restes du ragoût de mouton de la veille. Je sers également une très bonne bière qui me vient de Palanthe ».

Le tavernier se tut et attendit la réponse de ses invités. Un air jovial se peignait sur son visage et ses petits yeux noisette étaient chaleureux. Des cheveux brun mi- longs cascadaient jusqu'à ses épaules musculeuses. Il avait un teint hâlé, comme la plupart des gens ici. Si sa bedaine laissait deviner un certain goût pour les bonnes choses, il ne faisait aucun doute que cet homme avait passé une grande partie de sa vie à travailler aux champs, ou sur les docks au vu de sa carrure. Zevran l'aurait parié. Interrompant l'étude approfondie que menait l'assassin sur leur hôte, Milva prit la parole :

« Avant toute chose, mon ami ici présent aurait grandement besoin de l'examen d'un guérisseur. Sauriez-vous si une telle personne se trouve entre ces murs ? » demanda-t-elle d'un ton un peu brusque qui trahissait son impatience.

Semblant se rendre compte de son manque de tact, elle ajouta précipitamment : « Bien sûr nous serions heureux de goûter cette délicieuse bière ensuite ». Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. Zevran faillit soupirer, ce n'était pas pour rien que c'était lui qui parlait d'habitude. Aller droit au but pouvait être une qualité, dans les circonstances qui convenaient. Or ils étaient seuls, dans un endroit inconnu, entourés de gens inconnus. Le colosse ne se formalisa pourtant pas du ton qu'avait pris l'Héroïne et répondit cordialement :

« Harred serait certainement l'homme de la situation, il habite non loin d'ici, proche de la place du Marché ». Il marqua une pause, sembla réfléchir, hésiter, puis se lança : « C'est étrange d'ailleurs, vous avez le même accent que lui ». Zevran décela la tension qui avait parcouru le corps de son amie à la suite de cette révélation. Il pria silencieusement qu'elle conserve son calme et ne dise pas d'âneries. Lui-même ne pouvait intervenir, cela semblerait trop soupçonneux. Hatchi demeurait de marbre, mais ses oreilles étaient dressées, alertes, comme s'il attendait le dénouement de cette situation. Néanmoins, Milva se dépêtra seule de la situation:

« Oh vraiment ? » s'exclama-t-elle avec une surprise feinte. Sa voix était un peu trop aigüe comparé à d'habitude mais l'aubergiste ne pouvait le savoir. « Je serais heureuse de rencontrer quelqu'un venant de ma propre patrie ! Cela fait un moment que je l'ai quittée à présent ». Elle afficha une mine triste et son regard se perdit dans le vague. Comprenant son manège, Zevran vint poser une main réconfortante sur son bras. L'Héroïne baissa la tête, fit semblant d'essuyer les coins de ses yeux et pris la main de l'assassin dans la sienne.

Un air désolé et embarrassé se dessina sur le faciès du tavernier. Il répondit d'un ton hésitant :

« Pardonnez-moi d'avoir éveillé de douloureux souvenirs ma dame. Venez, je vais vous mener chez Harred et à votre retour je vous servirai une pinte de cette délicieuse bière ! A propos, appelez-moi Qassim.

- Milva » répondit cette dernière en tendant une main amicale au tavernier. Ils échangèrent une vigoureuse poignée de main puis l'Héroïne présenta Zevran et Hatchi. Qassim demanda ensuite à l'un de ses employés de tenir le comptoir pendant qu'il menait les trois compagnons chez le guérisseur.

Une fois devant la porte de ce dernier, le colosse les laissa là et reparti vers son auberge. Les deux elfes échangèrent un regard. L'Héroïne semblait sur le point d'exploser. Après tant de chemin parcouru, de difficultés rencontrées, ils approchaient enfin du but. Pourtant elle hésita avant de frapper à la porte, suspendant son geste. L'assassin entoura alors la main de l'elfe avec la sienne et ils toquèrent ensemble. Zevran ne lâcha pas la jeune femme, il pouvait ressentir sa fébrilité. Il la serra plus fort, espérant parvenir à la calmer. Des bruits de pas se firent alors entendre. Un verrou céda et la porte commença à s'ouvrir. L'Héroïne retint son souffle.


Bonsoir tout le monde !

Petit moment de complicité entre Dorian et Mithraël. J'avais beaucoup de mal à caser ce genre de situation où l'on pourrait apprécier réellement leur relation. Merci l'assassin Venatori ! (sadique ? Noooooooon).
Du son côté, l'Héroïne touche à son but. Reste à savoir si ce qu'elle découvrira sera à hauteur de ses espérances.

Merci énormément à ma revieweuse en chef Anariel Whitewolf et à Nely Suglisse pour avoir pris le temps de commenter :). Et comme toujours, merci également à tout ceux qui auront pris le temps de me lire.

Au plaisir !