Disclaimer: Rien ne m'appartient, les personnages et l'histoire reviennent à Sir Doyle, le contexte et les personnalités à Messieurs Moffat et Gatiss. Je ne fais que spéculer, user et faire souffrir de biens innocents personnages de fiction.
Au départ : La série "Sherlock", créée et développée par Moffat et Gatiss, pour BBC. Adaptation libre de l'oeuvre littéraire de Doyle, la série transpose l'univers et les personnages au XXIe siècle : "Sherlock Holmes est détective consultant et il accueille comme colocataire le Docteur Watson, un ex médecin de l'armée britannique blessé en Afghanistan. Il aide Scotland Yard à résoudre des enquêtes ardues en utilisant ses dons d'observation et de déduction associés aux technologies actuelles. [...]" (cf. Wikipédia). Série géniale. Acteurs monstrueux. Personnages merveilleux.
Le speech : Il y eu une certaine curiosité, au départ, juste quelque chose d'intriguant, de différent et de spécial, chez cet adolescent un peu étrange, un peu comme lui. Puis, il y eu l'obsession, la folie guidée, la folie abreuvée, celle émergeant dans les profondeurs de sa cellule anglaise, celle que Mycroft Holmes était venu chaque jour alimenter. Sherlock Holmes est là, là, quelque part, et il a envie de jouer. James Moriarty souhaite simplement lui trouver un jeu à la hauteur de son génie. Il ne pensait pas que son plan, bien huilé, parfaitement conçu, pourrait prendre une telle tournure. Il ignorait que l'obsession était devenue à ce point hors de tout contrôle.
Ce qu'il faut savoir : Sheriarty. Pur et dur. Mentions de John/Mary et Mycroft/Lestrade. Ce n'est pas un slow build, l'intrigue de début étant directement placée au beau milieu d'une histoire déjà bien entamée. Attention, ce chapitre fait mention d'une dernière scène explicite, avec intervention sanglante et comme qui dirait malsaine (rien qui ne rivalisera avec le lemon du précédent chapitre, néanmoins).
Remerciements : Aux lecteurs, aux gens de passage, aux favoris. Et, surtout, aux reviewers ! Si nombreux au chapitre précédent ! FanOfFairyTail, merci pour ta review, ton compliment, ton soutien ! Cherina1625, je suis très heureuse et touchée que tu aies tant appréciée ce chapitre ! Je n'aime pas réellement écrire de lemons si explicites, ils sont utiles, mais il est dur de ne pas tomber dans une description graphique et anatomique un peu pornographique XD Je suis très heureuse de voir qu'il tant plu, que ce que j'ai tenté de faire véhiculer est bien passé au lecteur. Je trouve ta critique très utile, elle me donne plus de confiance pour l'écriture de futurs lemons ^^ Merci encore à toi ! Eclat de Noisette, j'ai été très heureuse de lire ta critique sur les personnages, ce genre de commentaires m'aident énormément à progresser, et j'ai surtout beaucoup aimée que tu t'arrête sur Mycroft, qui est, pour moi, l'un des personnages les plus difficiles à cerner de la série (et donc de cette fic). Le "caractère" qui lui est donné à l'instant t de cette fic est voulu, et ses motivations se révéleront par la suite. Pour le Mystrade, nous y reviendrons également plus tard ^^. Il est vrai que j'aurai dû plus accentuer mon warning concernant le lemon :/ Je n'ai pas eu conscience qu'il pouvait choquer, du genre, véritablement rebuter. Pour moi, il s'inscrit tout à fait avec l'histoire de ces deux protagonistes, et avec ce qui arrivera encore, par la suite. Je promets de donner plus de "signaux" d'attention avant de telles scènes, même si leur violence ne devrait plus être si forte, dans le futur. Encore un grand merci pour ton analyse et ta critique ! EarlGrey, je souhaitais te remercier pour cette merveilleuse analyse médicale, qui n'a été soulevée par personne, même pas par moi (j'en suis honteuse, moi qui ai un diplôme infirmier) ! ^^ Rassurez-vous, tous les personnages de cette scène ont, par la suite, été pris en charge par des équipes médicales formées, qui se sont empressées de leur prodiguer les meilleurs soins et la plus complète des analyses HIV. Et, même si James est tout à fait d'accord avec les propriétés lubrifiantes du sang humain, s'il vous plait, tous vous prie de ne pas reproduire cela chez vous. Llio, eh bien, un petit lemon dans ce chapitre ci, pour ton plus grand plaisir, je l'espère ! Merci à toi pour ta review ! Je suis très heureuse de vos commentaires et avis sur le dernier chapitre, que j'ai pris tant de plaisir à écrire. J'espère que vous apprécierez celui-ci tout autant !
Premières infos sur ce chapitre : Le début de la fin. Ou, quelque chose comme ça. Ce chapitre est la fin d'une période dans l'histoire de Sherlock et James. Il fallait que cela arrive. Je souhaitais écrire cela de différentes manières, mais celle-ci m'a semblé être la plus juste : vous verrez, vous comprendrez (ou non), mais nous avançons encore davantage dans l'intrigue, et il fallait bien que Magnussen fasse son apparition à un moment ou un autre. Ce chapitre développe le personnage de Sherrinford, évoqué dans les derniers chapitres (et qui trouvera son rôle dans quelques temps).
A écouter : Fire Meet Gasoline de Sia & Elastic Heart de Sia ft. The Weeknd & Diplo.
Je vous souhaite une agréable lecture.
Votre serviteur,
AMAZINGmadness.
DIX.
« Apotheosis »
« Nothing is permanent in this wicked world. Not even our troubles. »
Sherlock ferma les yeux, soupirant, passant une main sur son visage. Il regarda l'horloge qui trônait, implacable, reine de cet univers, au-dessus de la porte menant au salon, et fut étonné qu'il ne fut pas plus de quatorze heures. Il avait l'impression de se perdre dans la confusion portée par les festivités de cette fin d'année, dans le marasme de ces heures qui semblaient se jouer de lui en s'étirant à l'infini. Il se servit un nouveau verre sous le regard un peu courroucé de sa mère, qu'il ignora.
- Sherl', chéri, le vin rouge est pour le plat.
Le plat. Ils n'en étaient donc qu'aux entrées ?! John, assis à ses côtés, s'esclaffa un peu en voyant son visage s'allonger de désespoir, et Sherlock se dit que s'il y avait effectivement un Enfer, il devait se trouver ici, dans la maison de campagne de la famille Holmes, coincée dans un temps fixe de dinde et de cadeaux de Noël débiles. N'ayant que peu d'égards pour la façon dont les vins devaient s'accommoder aux plats, il but son verre, le serrant entre ses doigts comme s'il ne représentait que la seule bouée de sauvetage présente sur ce navire chavirant.
Face à lui, Mycroft replia son journal, un air de même impatience et d'ennui sur le visage. Cela eu au moins l'effet de faire sourire le détective : il n'était pas le seul que ces traditions exaspéraient. Pas comme John, qui discutait gaiement avec son père, ou Mary, qui aidait sa mère à préparer les plats, dans la cuisine. Sherlock posa son coude sur la table, laissant sa tête se reposer sur sa main, étouffant un bâillement. Il avait passé le réveillon à aider Lestrade sur une affaire, seul, alors que John était convié à un repas chez des amis de Mary, et s'était ainsi couché à une heure peu raisonnable. Chose qui lui avait permis de se dérober lorsque l'invitation annuelle de ses parents à leur traditionnelle soirée du réveillon de Noël était arrivée. Les mondanités n'étaient pas son fort, et elles l'étaient encore bien moins depuis …
Eh bien, depuis qu'il sortait avec James, en fait.
A cette pensée, un drôle de sourire vint étirer ses lèvres. Il était bien étrange de penser ainsi au criminel, bien étrange de qualifier ainsi ce qui les unissait. Parfois, comme en cet instant, il se sentait à peu près comme devait probablement se sentir n'importe quel adolescent vivant sa première histoire d'amour. Idiot. Grotesque. Il pensait « je sors avec lui » et avait envie d'en rire tellement cela lui semblait étrange.
Se présenter à une telle soirée, où bien des personnages influents se pressaient chaque année – sa mère était une brillante mathématicienne, très engagée dans diverses associations caritatives, et son père, directeur d'une agence bancaire à la retraite, d'un naturel très jovial et sympathique, avaient de nombreux amis et connaissances – en compagnie de James Moriarty ne saurait être bien vu, n'est-ce pas ? Alors, autant ne pas y aller du tout. De plus, James était parti il ne savait où, la semaine précédente, et s'il l'appelait bien chaque jour pour prendre de ses nouvelles, il ne parlait jamais de l'endroit où il se trouvait, de la raison de ce voyage, ni encore de la date de son retour, semblant toujours assez floue, l'un comme l'autre.
Ainsi dispensé de soirée, Sherlock avait néanmoins dû accepter l'invitation de ses parents à déjeuner, et avait été même très heureux lorsque sa mère lui avait proposé d'inviter John et sa compagne, dans le même élan. Non pas que la présence de Mycroft lui fut désagréable – à bien y réfléchir, si, vraiment, elle l'était -, mais savoir John près de lui aidait au moins à pouvoir supporter l'ennui intolérable de ces longues heures passées à table, à cancaner et à se goinfrer, à boire et à s'échanger des propos hypocrites et vides de sens.
- Tu ne devrais pas te resservir, Mycroft. Ton régime ne va pas le supporter.
Son frère lui adressa un regard noir, dont il répondit d'un clin d'œil, plongeant ses lèvres dans son verre de vin rouge, alors que Mycroft laissait retomber sa fourchette contre son assiette.
- Mon régime va très bien, Sherlock, je te remercie de t'en inquiéter. Qu'en est-il de ton état de toxicomanie avancé ?
Oh. C'était un coup bas. Mycroft haussa un sourcil, moqueur, et Sherlock se demanda si ses parents apprécieraient vraiment qu'il jette le contenu de son verre à la tête de son ainé.
- Les garçons ! Pas de dispute le jour de Noël !
Leur mère vint poser le chapon au centre de la table, leur lançant tous deux un regard noir, et Sherlock vit avec satisfaction Mycroft se reculer, marmonnant entre ses dents quelque chose qui ne devait pas vraiment être agréable à entendre. Si sa mère ne s'inquiéta pas des paroles de Mycroft – la toxicomanie avérée de son fils était un sujet dont on ne parlait pas en public, encore moins à table – son père, lui, tourna immédiatement la tête vers lui, coupant la conversation qu'il entretenait avec John, dardant sur lui ses yeux pâles que Sherlock savait avoir hérités de lui.
- Je pensais que ce problème n'était plus au goût du jour.
Sherlock leva un regard furieux vers son frère, qui ne fit que lui sourire, avant de se tourner vers son père, un peu blasé par le sujet, qui n'avait de cesse de revenir à chaque fois qu'ils se voyaient.
- Je suis clean, papa.
C'était vrai. Il l'était, au moins depuis six semaines. James n'aimait pas cela et, quelque part, il était désormais assez idiot pour penser que son opinion valait quelque chose. Pour penser qu'il devait juste lui faire plaisir et ainsi se complaire à pas mal de ses désirs.
Son père darda encore ses yeux bleus sur lui, inquisiteurs – il n'était peut-être pas aussi intelligent que sa femme ou que ses fils, mais il avait le don de toujours savoir lorsqu'on lui mentait, une aptitude qui avait apportée bien des ennuis à Sherlock, dans son adolescence -, avant de finalement se détourner, revenant à John, semblant assez satisfait parce qu'il avait semblé voir dans son regard. Face à lui, Mycroft ne put s'empêcher de sembler sceptique, mais le détective ne tint pas compte de son avis, se contentant de l'ignorer, rendant son sourire à sa mère, qui l'observait depuis l'autre bout de la table.
La famille, la fratrie, n'étaient pas des choses auxquelles Sherlock parvenait à se raccrocher. La notion même ne parvenait pas à s'établir dans son cerveau. Ses parents étaient des gens respectables, intelligents – pour la moyenne -, et jamais leurs enfants n'avaient-ils manqués de quoi que ce soit. Sherlock était allé dans les meilleures écoles, les meilleurs programmes, les meilleurs centres de désintoxication, même. Il n'y avait jamais vraiment eu de barrières, de freins, de mot plus haut que les autres, de traumatismes. Mais, cela ne l'empêchait pourtant pas de se sentir parfois un peu étranger de cette sphère familiale, comme une pièce rapportée, comme si, vraiment, il n'aurait pas dû se trouver là, à la place d'un autre.
Sa mère avait débarrassée les murs et les albums photos de toute photographie de Sherrinford, mais Sherlock savait qu'elle en gardait une dans un tiroir de la commode de sa chambre. Son père l'évoquait parfois, rarement avec tendresse, plus majoritairement avec fureur. Mycroft n'en parlait pas. Jamais. Sherlock le soupçonnait de savoir où il se trouvait, mais ne pouvait en être certain.
Sherlock n'aimait pas les festivités, les repas de famille, les sorties. Il n'aimait pas se voir rappeler que quelqu'un manquait, il n'aimait pas l'hypocrisie qui entourait leurs secrets de famille, il n'aimait pas savoir que cela le perturbait, plus que de raison. Il détestait cela, haïssait tout ça, et leur en voulait tous pour ne jamais avoir fait plus d'efforts pour pouvoir retrouver Sherrinford et le convaincre de rester.
Il était le benjamin d'une famille aisée, banale, le dernier né d'une fratrie surdouée, extraordinaire. Anormale. Il était le toxicomane. Et, comment qualifier les autres ? Sherrinford était parti après avoir manqué de tuer un homme et Mycroft était voué corps et âme à sa dévorante ambition.
Quelque part, ils étaient peut-être tous des monstres.
Il soupira, regardant d'un œil un peu vide les rouages se mettre en place et la mécanique prendre forme, John et Mary riant aux mots de Mr et Mrs Holmes et Mycroft les ignorant simplement. Tout n'était que mensonges et faux-semblants, et cela l'écœura au-delà du possible.
Le détective tendit le bras vers la bouteille de vin rouge, ignorant la sempiternelle remarque de sa mère, et se resservit, ne faisant rien pour servir dans un même geste ceux l'entourant. John ne se soucia toutefois pas de son impolitesse, se contentant de lui reprendre la bouteille des mains, avant de servir ceux qui avaient été oubliés. Noyant son amertume dans son verre, Sherlock fronça un peu les sourcils lorsque son téléphone vibra, dans la poche de son pantalon. Avisant l'heure – quatorze heures trente -, il reposa son verre et sortit son smartphone, sous le regard légèrement courroucé de ses parents.
- Sherl', tu aurais pu éteindre ton téléphone avant de passer à table.
Il marmonna une excuse, regardant avec une certaine surprise le numéro affiché sur l'interface, un sourire venant toutefois étirer ses lèvres alors qu'il reconnaissait les chiffres. Il se leva prestement de table, enfila son manteau, et, ignorant les mines affectées de ses parents, sortit de la pièce sans un mot.
Il ne décrocha qu'une fois sorti, le vent froid venant balayer son manteau et sa peau, n'en ayant toutefois que peu de considération face à toute la chaleur qui s'était emparé de lui, au battement un peu irrégulier de son cœur. Il s'appuya contre la porte d'entrée fermée, ignorant les échos outrés de ses proches, au travers du bois.
- Sherlock Holmes.
- Salut, chéri. Je t'ai manqué ?
Sherlock sentit son sourire s'agrandir, le doux accent irlandais venant immédiatement reprendre ses droits sur ses pensées. Il serra son manteau contre lui, frissonnant bien malgré lui dans le froid de cette journée de Décembre. Il omit la question par principe – le criminel avait-il vraiment besoin de le savoir ? -, laissa sa tête se poser contre la paroi, ses yeux s'accrochant aux nuages grisâtres qui passaient rapidement au-dessus de lui.
- Où es-tu ?
Il pouvait entendre un éclat sourd de musique, de même que le ronronnement caractéristique d'un moteur. Une voiture, pas n'importe laquelle, le bruit se reconnaissait, étouffé par son écrin de luxe, dissipé par la technologie. La respiration de Sherlock s'étrangla dans sa gorge, et James rit légèrement de son incrédulité en l'entendant ainsi s'étouffer à ses propres paroles.
- Tu es revenu ?
- Oui, love.
Sherlock s'empêcha de sembler trop heureux, trop joyeux quant à cette perspective. Il s'empressa de ravaler le rire qui menaça de sortir, à cela, enjoué. Il se mordit la lèvre en se sentant rougir, un peu mortifié de paraitre aussi excité à cette idée. Grotesque. Pathétique.
- C'est Noël. Joyeux Noël ! Je ne pouvais pas manquer cela, n'est-ce pas ? Je ne peux pas te laisser pourrir dans ta vieille maison de campagne, je ne peux pas simplement te laisser en proie à ton glaçon de grand frère, n'est-ce pas ?
- Qu'est-ce que tu-
- Je serai là dans quelques minutes. J'ai un cadeau pour toi.
- Mais, attends- !
Sherlock maugréa une insulte à l'entente de la tonalité de fin d'appel, confus, incapable de simplement comprendre ce qu'il venait d'entendre. La Jaguar. James de retour en Angleterre. Etait-il devenu complétement fou ? Allait-il réellement venir jusqu'ici, s'exposant ainsi à la vue de tous, se trahissant au regard de Mycroft et de ses propres parents ?
Etait-ce là encore une nouvelle sorte de jeu ? Après le coming-out aux amis, celui à sa famille ? Fulminant de colère, le détective remonta son col, darda un regard furtif vers les fenêtres de la cuisine, donnant immédiatement sur la rue – bien sûr, James ne faisait jamais rien qui ne saurait nécessiter un public -, et avança dans l'allée, soupirant en entendant la rue s'animer rapidement du bruit très reconnaissable d'un moteur de voiture de course lancé à vive allure.
Le village paisible dans lequel la maison de campagne de la famille Holmes se trouvait s'embrasa immédiatement de sons. Heureusement, celle-ci étant partiellement isolée, aucun voisin ne pourrait suivre la scène, mais cela n'empêchait que la théâtralité du moment lui donna envie de maudire son compagnon. Sherlock remonta l'allée, ferma la grille du petit portail derrière lui au moment où la belle Jaguar de James débouchait dans la rue, dépassant la maison, pour rapidement freiner et faire demi-tour quelques mètres plus loin, venant s'arrêter à une vitesse bien plus raisonnable à quelques mètres de lui.
C'était une mauvaise idée. Bien au-delà de sa présence à Baker Street, vraiment, bien au-delà de tout – mais, n'avait-il réellement pas déjà fait bien pire ? Sherlock était furieux, inquiet, consterné. Il jeta un nouveau regard en arrière pour constater que personne ne s'était encore alarmé du bruit, le son d'une portière s'ouvrant et claquant venant résonner dans l'air ambiant, incroyablement silencieux.
James était parti une dizaine de jours, à peine, mais Sherlock eu l'impression, en le voyant ainsi, tout en sourire et en costume impeccable, que cela aurait bien pu faire des mois. L'impression de manque se grava dans sa poitrine, dans ses entrailles, effaçant en partie la colère, et Sherlock se sentit sourire et avancer vers lui, sans qu'il ne parvienne réellement à se raisonner et à s'en empêcher.
C'était peut-être ça, l'amour : sentir le monde se désaxer, sortir de son orbite, le sentir au bord de l'implosion à chaque fois qu'un sourire, qu'un rire, qu'un regard de la personne désirée venait s'accrocher au vôtre. Etait-ce cela ? Sherlock était peut-être amoureux. Finalement, peut-être l'était-il vraiment.
James s'était avancé également, et ils se rencontrèrent au beau milieu de la rue, bienheureusement déserte, le criminel écrasant ses lèvres contre les siennes, passant une main dans sa nuque, possessif et brutal, alors que lui-même laissait ses doigts venir s'échouer contre son torse, s'accrochant à sa veste comme un naufragé. Leur baiser, brutal, passionné, dura bien assez longtemps pour les laisser hors d'haleine, la respiration haletante, et, lorsque James se recula un peu pour les laisser tous deux respirer, Sherlock ne put s'empêcher de couper court à ce répit pour plonger à nouveau sur ses lèvres, s'attirant un rire de la part du criminel consultant.
- Oh, love, je t'ai réellement manqué, n'est-ce pas ?
Le détective, se reculant cette fois-ci réellement, un sourire sur les lèvres, toute colère semblant oubliée, ne fit qu'hocher légèrement la tête pour toute réponse, admirant le visage de James simplement s'illuminer à cela. Le bruit d'une porte claquant les sortit pourtant de leur songe, et de par l'expression plus fermée qui étira, dès lors, les traits de James, et la posture de son corps plus tendu sous ses doigts, Sherlock pu en conclure qu'ils n'étaient désormais plus seuls. Il soupira, ne se détachant pourtant pas du criminel qui, lui, laissa sa main descendre jusqu'à sa hanche, ne souhaitant apparemment pas non plus s'éloigner de lui. Quelque part, cela parvint à le rassurer.
- Pourquoi es-tu venu ? Ce n'est pas une bonne idée.
A cela, James ne fit que lui sourire, son regard devenu toutefois un peu plus dur, plus sombre, et Sherlock jeta en fait à son tour un œil vers la maison de ses parents, pour découvrir, sans grande surprise, Mycroft et John, les observant depuis l'encadrement de la porte, figés, interdits. Mary et ses parents observaient depuis la fenêtre, tous rideaux tirés, et Sherlock pouvait voir l'inquiétude et la surprise dans leurs yeux, pouvait presque sentir leur impuissance … Le détective resserra sa prise sur la veste de son compagnon, son corps venant doucement se rapprocher du sien, instinctivement, en un signe de protection, incapable de réfléchir correctement face à une telle menace. James sembla apprécier ce changement d'attitude, car il s'empressa de passer une main dans le bas de son dos, accompagnant le rapprochement, passant ses doigts libres sur sa joue avant de l'embrasser à nouveau, n'ayant, apparemment, que peu de considération pour tous ceux qui les observaient, un peu plus loin.
Loin d'être aussi exhibitionniste et démonstratif que le criminel, Sherlock le lâcha, détourna le visage, rompant le baiser, pour tenter de faire disparaitre la rougeur qui montait à ses joues sous le sourire en coin du criminel.
- Je suis désolé, je ne pouvais pas attendre. Je t'ai trouvé le meilleur des cadeaux, j'espère que tu vas l'apprécier.
La pensée de n'avoir rien à lui offrir le faisant rougir d'autant plus, Sherlock recula d'un pas, intrigué par toute l'excitation qui brillait dans le regard du criminel. Inquiet, également. Pour le connaitre, le détective savait qu'il n'était pas bon, ni pour lui, ni pour les autres, de voir James Moriarty aussi trépignant d'impatience qu'actuellement.
- Cela ne pouvait pas attendre ce soir ?
- Non, chéri. J'ai passé des semaines à le chercher et j'ai dû parcourir un continent pour le trouver, alors, non, ça ne pouvait pas attendre.
Il passa sa langue sur ses lèvres, Sherlock suivant des yeux le geste, un frisson d'excitation grimpant, à son tour, le long de son dos.
- Cela doit être fait maintenant.
Le « devant tout le monde » était sous-entendu, bien sûr. Sherlock se retint de rouler des yeux. James était clairement un foutu vantard. Sous son regard sceptique, quoi qu'intrigué, le criminel se tourna vers la voiture, la belle et grande Jaguar aux vitres teintées, blindées – pas de preuves, mais Sherlock s'en doutait – et fit un geste de la main, qui devait certainement être un signal pour celui qui devait l'accompagner. Immédiatement, le détective sentit son corps se tendre, fronça les sourcils. Il avait confiance en lui, vraiment, mais …
Le criminel se retourna immédiatement vers lui, revenant toujours à lui, et Sherlock pouvait jurer ne l'avoir jamais vu sourire ainsi, ses yeux semblants, pour une fois, briller du même éclat qui semblait l'animer, ne mentant pas, ne prétendant rien. D'une sincérité désarmante. Cela laissa le détective bien plus confus encore, bien plus surpris, et il ne répondit pas même au court baiser que James vint planter sur ses lèvres, chaste, alors que la portière passager s'ouvrait.
- Joyeux Noël, Sherlock.
James s'effaça, le lâchant, reculant de quelques pas, ce sourire étrange toujours sur les lèvres, et Sherlock fronça les sourcils, étonné, inquiet. Il avisa, dans le coin de son champ de vision, un homme sortir de la voiture de James, un homme grand, peut-être plus encore que lui ne pouvait l'être, mince – il pouvait le voir, même au-delà du long pardessus qu'il portait, de par la structure anguleuse de son visage, de … - et …
Sherlock sentit ses pensées se cristalliser, son cerveau s'arrêter dans sa course folle. L'étranger sembla hésitant, referma la portière d'un mouvement brusque, avant de finalement relever les yeux vers lui, et, vraiment, le détective cru un instant qu'il aurait pu être tout simplement en train de rêver. Car, les yeux bleus vinrent immédiatement s'accrocher aux siens, car un sourire vint ourler les lèvres de l'homme en le voyant ainsi, stoïque et immobile, éperdu.
Sherlock le connaissait, Sherlock savait. De son regard, de ses yeux, de son visage, de l'air indéchiffrable qui vint s'imprimer sur ses traits, de sa posture, de son corps, Sherlock savait, Sherlock ne pouvait pas comprendre … Il entendit comme un hoquet, horrifié, surpris, plus loin, vit l'homme y jeter à peine un coup d'œil avant de revenir vers lui. Le détective se mordit la lèvre, avança d'un pas pour reculer, s'effrayant un peu de voir l'homme avancer à son tour.
C'était lui, n'est-ce pas ? Cela n'avait aucun sens, vraiment, mais c'était lui ?
- Bonjour, Sherlock.
Il n'avait pas tant vieilli, pas autant que le détective aurait pu l'imaginer. Il n'avait pas vraiment changé. Un sanglot lui serra la poitrine, impromptu, et il se retrouva bientôt étreint par son grand frère, qui, voyant son expression changer, s'était empressé de rompre la distance les séparant encore.
Sherrinford. Sherrinford était vivant. Sherrinford était là, ici, contre lui, ramené d'il ne savait où par James et, vraiment, tout cela sembla être si irréel qu'il s'effaça bien vite de l'étreinte de son frère, passant rapidement, le regard troublé de le voir ainsi, aussi bouleversé que lui.
- Qu'est-ce que … ? Tu es …
Les yeux bleus de son frère semblaient être aussi troublés que les siens, son visage contorsionné entre joie et émotion. Il serra une de ses épaules d'une main, l'observant de haut en bas, un grand sourire ému sur les lèvres.
- Tu n'as pas changé, Sherl'. Je suis si heureux de te voir …
- Mais, James-
- Nous en parlerons plus tard, d'accord ?
Le détective hocha la tête, laissant son frère l'enlacer encore, ses bras venant passer dans son dos, appréciant de le sentir rire et sourire, appréciant de le savoir là, juste là, revenu de l'exil dans lequel il s'était plongé, bien des années auparavant. Ils se lâchèrent lorsque de bruyants sanglots les ramenèrent à la réalité, leurs yeux se tournant immédiatement vers l'allée de leur maison et leurs parents, qui se pressaient rapidement vers eux.
Sherrinford pressa à nouveau l'épaule de son frère, passa sa main dans ses cheveux, en un geste ancien qui fit frissonner le détective, avant de se détourner, avançant vers leurs parents qui, aussitôt, vinrent l'accueillir de pleurs et de tout le drame dont ils étaient capables.
- Comment … Comment est-ce que tu as … ?
James, qui s'était furtivement approché, passa une main sur sa joue, le sourire devenu tendre, le regard observant, étudiant, fasciné, se délectant de son expression et de ce qu'il pouvait y voir.
- Pas important, love, pas maintenant. Je t'expliquerai.
Il l'embrassa, encore, doucement, avant de le repousser et de se détourner, après lui avoir indiqué qu'il l'attendrait au lieu habituel, plus tard dans la soirée. Sherlock l'observa partir et monter dans sa voiture, passant ses mains sur son visage pour en effacer les larmes, se retournant vers la maison et sa famille – enfin réunie, enfin -, vers ses parents serrant dans leurs bras ce fils si longtemps disparu, qu'ils leur revenaient maintenant. John et Mary observaient, souriant, en retrait, Mycroft avait le visage tordu en une surprise, une crainte, quelque peu dérangeantes. Il s'empressa pourtant de serrer Sherrinford contre lui lorsque celui-ci, s'écartant de l'étreinte de leur mère, se tourna vers lui.
La Jaguar passa près de lui, et Sherlock l'observa disparaitre en souriant.
Il était définitivement amoureux de Moriarty.
X
Sherlock ne posa pas de questions, ce soir-là. Il vint à lui, entra dans son grand appartement, n'alla pas même jusqu'à l'embrasser, mais, devant ses yeux un peu ahuris, se contenta de se déshabiller, doucement, le regard un peu fiévreux, enlevant bouton après bouton, vêtement après vêtement, et, quelque part, James savait que c'était là le seul cadeau de Noël qu'il pourrait jamais recevoir de sa part.
Le meilleur, vraiment. Il n'en aurait voulu d'autre pour rien au monde.
Ils firent l'amour sur le canapé de cuir du salon, et James eu du mal à résister à l'envie de tout lui dire, d'absolument tout lui confier. Il dû se mordre les lèvres pour ne pas exprimer tout haut ce que son cœur souhaitait le voir hurler. Les yeux de Sherlock brillaient d'une lueur étrange, sauvage, désinhibée, d'une ferveur implacable. Il lui dit qu'il le détestait avec tant d'amour dans le regard que James ne put s'empêcher d'espérer. Il le serra très fort contre lui, passant ses mains sur toute cette peau, désormais sienne, sur chaque parcelle de son corps.
Quelque part, il l'aimait, et avait juste envie de lui dire.
Sherlock parla beaucoup de Sherrinford, par la suite, du déroulement de la soirée après que James soit parti, de la façon dont il avait tenté de leur expliquer ces longues années d'absence et la façon dont le criminel avait su le retrouver. James tiqua un peu à cela, peu enclin à entendre que le grand frère avait parlé de choses qu'il n'aurait pas dû évoquer, avant de se voir rassurer par la manière très évasive dont il avait argumenté sur ses liens avec Moriarty. Il avait néanmoins parlé de ses « activités » professionnelles, et si tous avaient légèrement vacillés à cela, Sherlock ne semblait pas en avoir tenu compte, tout sourire et tout enjoué à l'idée de retrouver son cher Sherrinford …
Un coup de chance, vraiment. Mais, comment aurait-il pu savoir que Sherrinford Scott était en fait Sherrinford Holmes ? Comment savoir qu'il était le frère renié de son obsession personnelle ?
James avait placé le jeune homme sur le trône du trafic nord-américain en tout genre, avait récompensé sa loyauté par beaucoup de pouvoir, et s'il s'était finalement brûlé à la flamme de la démesure, aujourd'hui pouvait-il au moins se targuer d'être libre, n'emportant qu'une interdiction de pénétrer dans le territoire américain et une injonction de surveillance par les forces judiciaires anglaises comme toutes représailles. Bien peu, finalement, pour tout ce qu'il avait pu faire. Bien peu, pour toutes les vies qu'il avait lui-même brisées …
Mais, Sherlock ne posa pas de questions, alors James n'eut pas à lui mentir. Il se doutait sûrement de la nature même des activités de son frère pendant sa longue période d'exil, mais semblait l'accepter, pas si surprenant, finalement. Après tout, le crime était son fonds de commerce. Sans son frère, sans James, il n'était rien. Il aurait été bien hypocrite de simplement s'outrer quant à leurs occupations.
- Je vais être en retard.
- Il n'est même pas huit heures.
Sherlock sourit, s'amusant de voir son visage se renfrogner, ses traits se mouvoir en une moue peinée. Il passa ses doigts sur le torse dénudé de James, se redressant sur un coude, posant ses lèvres sur celles du criminel qui, peu désireux de le voir ainsi s'échapper, passa ses doigts dans ses cheveux, approfondissant leur baiser.
- James !
- Ils peuvent attendre. Le cadavre ne s'enfuira pas, tu sais.
- Mais, la neige pourrait effacer certains indices.
James roula des yeux de manière exagérée, expira un soupir théâtral et dramatique.
- Je peux te dire qui est le coupable. Ce sera plus simple ainsi.
Sherlock le repoussa contre les oreillers, l'avisant d'un regard qui se voulu noir et menaçant, mais que James ne parvint pas à prendre au sérieux lorsqu'il vit un sourire étirer le coin de ses lèvres dès lors qu'il fut levé, le visage tourné à la recherche de ses vêtements.
- Dans le salon, chéri.
- En effet.
Le criminel s'amusa de le voir rougir un peu, et se redressa suffisamment pour pouvoir observer sa silhouette, à demi-nue sous cette serviette entourant ses hanches, parfaite, passer la porte et longer le couloir en direction du salon. Des gouttes d'eau, rescapées de la douche qu'il venait de prendre, coulèrent le long de ses épaules, dans son dos, s'échouant dans sa chute de reins, et James sentit un impérieux désir reprendre le contrôle de ses sens à cette vision.
Sherlock revint quelques minutes plus tard, habillé de pied en cape, enfilant son écharpe autour de son cou, apparemment bien pressé de le quitter. James s'en sentit un peu peiné, et se permit de l'exprimer d'un air boudeur, qui fit sourire davantage le détective. Il s'assit un instant près de lui, sur le lit, James se redressant sur ses coudes, le drap glissant jusqu'à son ventre, pour pouvoir être plus près de sa haute silhouette. Il se laissa faire, acceptant le baiser que le détective lui donna, répondant avec ferveur et passion, ne souhaitant pas vraiment le voir partir, pas tout de suite.
- Tu pourrais rester.
Il gémit dans le baiser, et James pu voir avec satisfaction les pupilles de Sherlock se dilater, pu sentir son pouls s'accélérer un peu. Mais, fidèle à ses obligations, il ne se laissa pourtant pas faire, et finit par se redresser, quittant la pièce, puis l'appartement, après avoir soutiré au criminel la promesse de l'appeler un peu plus tard dans la journée.
James soupira, se laissa retomber dans ses oreillers, profitant d'être enfin seul pour pouvoir se traiter d'idiot à voix haute.
Il était amoureux de lui. Peut-être était-il enfin temps de lui dire ?
Après tout, qu'est-ce qui pouvait bien l'en empêcher, désormais ? Sherlock l'acceptait, ne le rejetait pas, il éprouvait très clairement des sentiments pour lui, et ses amis et sa famille étaient au courant. Il n'y aurait pas de déception, pas de remord, de regret, d'amertume. Il n'y aurait pas de rejet. Mais, un certain doute persistait pourtant encore. Après tout, Sherlock savait se montrer d'humeur changeante – était-ce vraiment lui qui osait prétendre une telle chose ? – et soufflait parfois le chaud et le froid lorsqu'il en été de leur relation. Combien de fois avait-il freiné des quatre fers avant de simplement s'ouvrir davantage à lui ? Combien de fois s'était-il refusé, s'en rendant presque malade, avant de tomber plus rapidement que James n'aurait pu l'espérer ?
Le criminel soupira, à nouveau, s'extirpant de ses draps, s'étirant un peu, le corps endolori. Il se dirigea vers la salle de bains, roula des yeux en voyant le bazar qui y régnait – Sherlock était une tornade ambulante, vraiment, du genre qui profitait du fait qu'il ait un majordome pour simplement pouvoir laisser s'exprimer son bordélisme le plus artistique -, un sourire venant néanmoins étirer ses lèvres à la simple pensée de sa présence, quelques minutes plus tôt en ces lieux.
Non, il n'allait pas lui dire. Il allait attendre qu'il le fasse, qu'il s'en rende compte par lui-même, qu'il le dise enfin tout haut. Au-delà du simple fait de se donner, simplement avouer qu'il acceptait que son cœur lui soit arraché, accepter que James le lui brûle.
Le criminel passa sa langue sur ses lèvres, un étrange sourire venant dès lors courir sur ses lèvres.
Le jeu prenait une dimension incontrôlée, enfin.
- Monsieur ?
A l'interpellation, qu'il savait émanant d'Hopkins, il se retourna, trouvant, en effet, le majordome l'observer depuis la porte de la chambre, interdit.
- Oui, Hopkins ?
- Quelqu'un pour vous. Il n'a pas souhaité se présenter.
Immédiatement, James sentit son cœur s'accélérer. Il frissonna, et la chair de poule vint couvrir ses bras. Cela n'était pas tant surprenant, pas maintenant que Sherlock faisait de nombreux allers et retours entre Baker Street et cet appartement, pas maintenant qu'il était revenu sur le devant de la scène, mais l'idée d'avoir été retrouvé était pourtant étrange, légèrement angoissante.
Il hocha la tête, murmura qu'il recevrait la personne dans le salon, au plus vite. Hopkins s'effaça, sans bruit, refermant les portes derrière lui, et James soupira, passa une main sur son visage.
Plusieurs noms passèrent dans son esprit, le plus probable étant celui de Mycroft Holmes. Le type ne parvenait pas à se remettre du kidnapping de son si cher petit-frère et, bien sûr, du rôle qu'il avait eu à jouer dans le développement de l'obsession grandissante du criminel pour ce dernier. La culpabilité le rongeait aussi sûrement que la folie s'occupait de James. L'irlandais n'avait plus eu affaire à lui depuis bien longtemps, et les menaces qui lui étaient parvenues suite à sa disparition n'ayant jamais émanées directement de lui, il fallait bien qu'une rencontre ait lieu, n'est-ce pas ? Une désagréable, piquante petite visite.
James prit le temps de prendre une douche, de choisir son costume avec soin – sa journée restait chargée, Mycroft n'étant pas son seul rendez-vous de la matinée -, et de se préparer comme à l'habitude. Il ne fut ainsi pas surpris de voir l'irritation qui étirait le visage tendu de « l'homme du Gouvernement » lorsqu'il entra dans le salon de son appartement, après l'avoir ainsi fait attendre près de quarante minutes. Il était assis avec une nonchalance feinte dans le grand canapé de cuir – cela fit sourire James de manière bien plus moqueuse, car, après tout, Sherlock et lui avaient baisés à cet endroit-là, la nuit dernière -, une tasse de thé intouchée en face de lui. Ne s'occupant pas de s'en réjouir, le seul sourire venant étirer ses lèvres étant théâtral, James le salua d'une révérence grotesque, s'attirant immédiatement un regard de pur mépris.
- Mr Holmes ! Quelle terrifiante surprise !
- Moriarty.
James aurait presque pu entendre ses dents grincer, sa mâchoire si contractée qu'elle semblait être sur le point de se briser. Très drôle, en effet. Ses mains crispées sur l'anse de son parapluie, aux jointures presque blanches, indiquaient sa colère, son irritation. Il y avait de l'inquiétude dans ses yeux pourtant toujours si froids et quelque chose d'autre que James ne parvint pas à identifier. Intriguant. Le criminel s'installa face à lui, dans un des fauteuils proches, et accepta joyeusement la tasse de thé que lui proposa Hopkins. Il y plongeait les lèvres, ses yeux repérant et détaillant, lorsque Mycroft se décida enfin à parler.
- Vous n'auriez pas dû sortir Sherrinford du trou dans lequel je l'avais fait jeter.
Oh, il ne souhaitait décidément pas passer par quatre chemins. Bien qu'il ait toujours douté de l'implication de Mycroft dans la condamnation de son frère, l'entendre ainsi l'avouer était étrange, effrayant. James haussa un sourcil, penchant légèrement la tête sur le côté.
- Vous êtes un si mauvais garçon, Myc' … Je devrais vous tuer pour cela, vous savez ? Sherrinford était parfait dans ce rôle. Mon associé le plus doué, vraiment. Comment ai-je pu passer à côté du fait qu'il était un Holmes ? Il ressemble tellement à Sherlock …
Il passa sa langue sur ses lèvres de manière exagérée, s'amusant de voir les traits de l'ainé se tendre, une veine saillante palpiter à sa tempe. La colère irradiait de lui, froide, implacable, mais James n'en était pas effrayé. Ils s'étaient longtemps côtoyés, dans cette cellule, sous la Tamise. Il n'avait jamais eu peur de lui.
- Votre frère est heureux. Laissez-le en profiter un peu.
- Je ne peux pas croire que le bonheur de Sherlock vous importe tant que cela.
James sourit. Il reposa sa tasse sur la table basse, le regard plus froid, plus dur. Il savait que Mycroft était forcément venu pour lui parler de Sherlock. Il devait toutefois rester dans les règles implicites qu'imposait le fait qu'ils soient tous deux chez James, et non en territoire conquis par Mycroft : le criminel rythmait la danse. Et, le ton du bureaucrate ne lui plaisait pas vraiment.
- Il m'importe.
- Vous l'avez kidnappé. Séquestré. Violé. Vous l'avez manipulé.
- Et, pourtant, il en redemande, n'est-ce pas ? Pourtant, on dirait bien qu'il en est venu à aimer ça.
James ne pouvait nier : oui, quelque part, il était responsable de tous ces actes, quelque part, il était loin d'être le petit-ami parfait et idéal. Il haussa théâtralement des épaules, son sourire se tordant sous le teint cendreux que prit soudainement le visage de Mycroft. Celui-ci serra son parapluie dans ses mains, et James eu un instant l'impression qu'il allait tenter de le poignarder avec.
- Mais, vous n'êtes pas venu pour que je vous parle de votre frère, n'est-ce pas, ou du moins, pas de ces banalités sur nous que vous connaissez si bien ? Ni de toutes les choses très amusantes que nous faisons lorsque vous n'êtes pas en train de nous surveiller …
Mycroft sembla hésiter, comme s'il s'interrogeait vraiment sur la raison qui l'avait amené ici, dans un premier temps. Finalement, il soupira et, avec stupéfaction, James vit le masque de froideur et de contrôle glisser de son visage, simplement devenir malléable, simplement révéler toute l'inquiétude, toute la détresse qui empoisonnait ses yeux bleus et ses traits fatigués. Cela fut assez pour que le criminel en ressente un malaise, qui ne fit que grandir encore dès lors qu'il comprit que quelque chose de grave avait dû se passer, bien assez grave pour qu'il vienne en personne, bien assez grave pour qu'il se laisse ainsi voir sans défenses.
Une boule d'angoisse se forma dans sa gorge et, délaissant les jeux, le personnage, James se redressa dans son fauteuil, les coudes sur les genoux, dévisageant Mycroft avec insistance et nausée.
- Sherlock-
- Va bien. J'ai demandé à Gregory de le retenir le temps que nous puissions parler.
Il y eu un silence, qui permit à James de respirer plus librement.
- Que savez-vous de Charles Augustus Magnussen ?
Oh. Alors, les fantômes des hivers passés semblaient vraiment être de la partie, n'est-ce pas ?
James fronça les sourcils aux souvenirs désagréables qui le heurtèrent quant à ses précédentes rencontres avec l'homme.
- J'en sais bien assez.
Magnussen avait tenté de le menacer, quelques années auparavant, très heureux de posséder des informations sur sa véritable identité et sur la mort de ses parents biologiques. Il avait tenté de le faire chanter, de le manipuler pour le forcer à la faute. Quelle bêtise. Il avait finalement stoppé en comprenant que la réputation, que l'empire même qu'il avait construit n'étaient pas des choses si importantes, pour James. Tout pouvait toujours être reconstruit. Une réputation pouvait être rebâtie. Un personnage pouvait mourir, vivre, disparaitre. Un nom n'était qu'un nom, et tous ceux qui avaient été chers à James étaient aujourd'hui bien trop morts pour tout simplement sans soucier.
Mauvais point de pression, Charlie.
- Le Premier Ministre boit chacune de ses paroles. De même que ses conseillers. Il menace ceux qui ne daignent pas se plier à ses désirs. Il en sait trop, beaucoup trop.
- J'ai tenté de le faire tuer à deux reprises : des échecs, son service de sécurité est ultra performant.
James détourna un instant le regard à cette parole, grimaçant un peu. Se penser inférieur à un tel être lui était insupportable.
- Il en a après vous. Il sait à propos de vous et de Sherlock.
Le criminel se sentit pâlir. Bien sûr, bien sûr qu'une chose comme celle-ci devait se produire : ils étaient tous deux imprudents, laissaient leur jugement et leur prudence s'effacer à l'égard de leur simple bien-être. Sebastian ne le lui répétait-il pas chaque jour ? Lui-même ne le voyait-il pas ? Il tourna pourtant un regard suspicieux vers Mycroft, la méfiance et la paranoïa ne pouvant s'effacer de son système de raisonnement. Après tout, Magnussen se pavanait agréablement aux frais du Gouvernement Britannique. Se pouvait-il que … ?
- Si c'est un de tes stratagèmes-
Les lèvres de Mycroft s'ourlèrent d'un rictus de dégoût, de mépris. Le passage au tutoiement le fit grimacer et se tendre, l'accusation ne sembla pas le choquer, mais simplement l'amuser.
- Attendez, alors. Attendez qu'il publie tout, les photos, les articles. Attendez qu'il vous dénonce, qu'il révèle tout ce qu'il sait. Attendez que la police vienne vous chercher.
Pari risqué. Magnussen était un électron libre, travaillait en solo, en compagnie d'une horde d'assistants, certes, mais aucun n'était vraisemblablement au courant de tout ce qui se passait dans sa tête. Il pouvait très bien avoir eu vent de l'affaire. Il pouvait très bien s'ennuyer, à l'instant t, et s'était mis dans le crane de déstabiliser le criminel consultant qui faisait aujourd'hui tant parler de lui, et qui l'avait humilié, par le passé. Mycroft pouvait tout aussi bien lui avoir donné ces informations, d'accord, mais alors, James le considérait-il vraiment si imprudent et cruel pour mettre ainsi Sherlock dans une situation si dangereuse ?
Sa mâchoire se serra. Il choisit de croire les paroles de Mycroft.
- Il a des preuves ?
- Pas à ma connaissance. Pas encore.
James se releva, passa une main sur son visage, sentant une certaine colère faire son chemin dans ses veines. Tout cela n'était pas juste. Il savait bien ce que cela voulait dire, et ce n'était pas juste.
- Que veut-il ?
- Rien. Simplement la satisfaction de vous détruire, je pense.
Un rictus sans joie étira les lèvres de James. Bien sûr. L'homme avait enfin trouvé le point de pression idéal, il n'allait apparemment pas le lâcher. Quelle satisfaction cela devait être, pour lui … Il avait entre ses doigts écartés deux vies, deux destinées, et pouvaient choisir de simplement les écraser, les réduire en miettes. Le pouvoir, enfin, comme il semblait tant l'aimer.
- Il trouve cela très drôle. Ce sont ses mots. Il a insisté sur le fait que voir Sherlock dans un tel état de … soumission, à son égard, vous détruirait.
Les poings du criminel se serrèrent. Il sortit son téléphone portable, pianota quelques mots à l'égard de Sebastian, l'informant rapidement de la menace potentielle qui planait sur eux et sur une possible surveillance établie, ses yeux noirs ne quittant pas l'écran du regard, ne souhaitant réellement se poser sur la silhouette figée de l'ainé Holmes, qui se contentait de le dévisager, ainsi installé dans son canapé.
James ne pouvait pas penser à Sherlock. C'était le business, de nouveau le business, et il ne pouvait pas travailler en le pensant désormais dans la case des probables victimes collatérales. Sherlock démêlait les mystères, résolvait les crimes. Il n'était pas fait pour être une victime. Pas celle d'un autre fou que lui.
- Cette histoire détruirait la réputation de Sherlock. Son travail, son avenir. Il sera vu comme votre complice, et se verra impliqué dans tous les crimes que vous avez commis et commettrez encore. Il sera coupable de vous avoir aidé et sera jugé pour cela. Il ira en prison. Et, nous savons tous deux qu'il ne faut pas qu'il y aille.
La solitude. L'ennui. Toutes les pensées …
La drogue.
La complicité, un point qu'ils avaient travaillés, expérimentés, à Berlin. Un meurtre, la signature d'un contrat d'aide financière et matérielle à un trafic illicite d'organes humains. Bien assez pour se prendre la perpétuité. Mais, James avait naïvement pensé que personne ne pourrait jamais réussir à les attraper …
S'enfuir, alors ? James y pensa, désespéré. Il avait assez de points de chute autour du monde, assez de ressources pour que cela soit une idée. Mais, Sherlock accepterait-il seulement de partir ? Pourrait-il laisser ses amis, sa famille, ses si précieuses enquêtes ? Pourrait-il simplement le choisir de manière aussi définitive, au-delà de tout ce qu'il possédait ?
- Partir avec lui serait une erreur. Magnussen a de l'influence dans beaucoup de cercles, pas seulement britanniques. Vous seriez très rapidement retrouvés.
- Je vais le tuer.
- Impossible, vous le savez. Ses hommes s'en prendraient immédiatement à Sherlock et à ses amis, en représailles.
James sentit ses entrailles se tordre, un certain poison se répandre dans ses veines, dans son ventre. Impossible de marchander, impossible de se dérober : Magnussen aimait ses petits secrets au-delà de tout autre chose. Il chérissait le pouvoir et rien ne pourrait le détourner de la destruction qu'il pouvait ainsi engendrer, du simple plaisir de voir ses inférieurs se débattre dans ses filets.
La solution était là, à portée de main, dans le sourire tordu de Mycroft. Elle jouait sur ses lèvres et James aurait tant aimé pouvoir simplement la lui faire ravaler, pouvoir le tuer, enfin, et oublier ce qu'il tentait ainsi de lui faire dire, de lui faire faire.
Il se détourna, reculant de quelques pas pour ne pas dire ou faire quelque chose de malencontreux, sentant la rage, le désespoir, faire leur chemin à l'intérieur, creuser leur tombe et l'ensevelir. Cela n'était pas juste. Rien de tout cela ne l'était.
- Ce n'est plus qu'une question de temps avant que Magnussen n'ai assez de preuves pour pouvoir faire publier l'affaire. Sherlock ne se cache pas vraiment, et vous-même êtes devenu particulièrement imprudent quant à votre relation. Vous n'avez pas l'air de comprendre à quel point tout ceci est dangereux pour lui. Mon frère n'ira pas en prison à cause de vous, je peux vous l'assurer. Vous n'allez pas détruire sa vie.
La menace était loin d'être dissimulée, mais James ne s'en offusqua pas. Quelque part, même s'il haïssait cela, il comprenait. Quelque part, il parvenait même à être d'accord avec Mycroft.
- Vous devez partir, Moriarty.
Le criminel pensa un instant à ses chances, à la façon dont les pièces s'emboîtaient, à la manière dont les choses parvenaient toujours à tourner en sa défaveur. Il pensa au meilleur moyen de briser la boîte crânienne de Mycroft sans avoir à tâcher de manière définitive le cuir de son canapé. Il songea un court instant à combien la nuit précédente semblait lointaine, maintenant que la réalité se faisait à nouveau mordante.
Laisser Sherlock n'avait pas plus d'incidence que de voir ses propres espoirs et ses propres sentiments s'en retrouver anéantis. En soit, cela semblait être la meilleure des solutions. Ainsi, il n'y aurait ni victime collatérale, ni drame. Magnussen ne pourrait se contenter de dires sans preuves et laisserait bien certainement tomber cette histoire, comme il avait abandonné l'idée de faire éprouver à James la moindre émotion concernant sa famille disparue.
Retour à la case départ.
Sherlock ne l'aimait pas, pas encore. Cela ne lui ferait pas mal, pas vraiment. N'est-ce pas ? Cela ne pouvait pas faire mal à ce point, comme il était vraisemblablement en train de souffrir rien qu'à la pensée, non ?
James hocha la tête, après quelques minutes passées ainsi dans le silence. Mycroft s'était redressé, félin, le dévisageant de toute son aura supérieure et de toute la vanité qu'il fut possible d'exprimer, avait bougé pour se retrouver proche de prendre congé. Il ne semblait plus attendre que son approbation et, lorsqu'il l'eut, dans ce simple geste, se détourna en souriant, satisfait. Il lui notifia quelque chose que James n'écouta pas – sur les modalités de son départ, sur la façon dont il ne devait plus jamais avoir à communiquer à nouveau avec son frère -, puis sortit comme il était venu : tel une ombre, semant le chaos dans son sillage.
Partir. Quitter l'Angleterre. Quitter Sherlock. La pensée lui tordit les entrailles, menaça de faire déborder le trop plein d'émotions et de pensées qui se bousculaient dans son esprit. Partir. Quitter Sherlock.
- Hopkins, je vais avoir besoin de quelque chose de bien plus fort qu'un simple thé.
Partir.
Quitter Sherlock.
Il devait bien y avoir un moyen, n'est-ce pas ?
X
Une dernière fois.
James laissa Sherlock parler, rire dans le creux de son cou alors qu'il le soulevait du sol et le plaquait contre la porte de son appartement, appréciant le contact de son corps, si proche du sien, appréciant de le sentir ainsi peser entre ses bras, réel, si réel, tangible …
Il n'était pas une illusion. Tout cela était bien réel.
Penses-y fort : tu n'es plus enfermé, tu n'es plus un petit garçon. Aujourd'hui, tu as tout ce que tu as toujours voulu : la fortune, le respect, le pouvoir, Sherlock. Rien ne peut être plus vrai que cela.
Le détective le délesta de sa veste, ses longs doigts de violoniste appliqué venant rapidement s'attaquer aux boutons de sa chemise, impatients, volontaires. Pas d'hésitation, plus depuis longtemps. Sherlock l'embrassa avidement, gémissant des mots sans sens, réagissant de manière impulsive et instinctive à ses gestes. Si beau, si beau, vraiment. James s'arrêta un instant, se défit de l'emprise de ses lèvres pour se reculer, le regardant avec un mince sourire papillonner des yeux, surpris par le geste, son visage empourpré et son regard rendu noir par le désir et la luxure.
A lui. Tout cela, rien que pour lui.
Un instant, court, déraisonné, James a envie de lui dire que cela est leur dernière fois. Qu'il n'y aura plus jamais de sexe, d'intimité, que l'amour va crever dans l'œuf, que les baisers vont disparaitre et que tous deux vont à nouveau se retrouver seuls, chacun perdu dans son coin de la planète. Il a envie de le lui dire, peut-être pour qu'il puisse le retenir, le forcer à rester. Peut-être pour conjurer le sort. Peut-être pour qu'il puisse une bonne fois pour toute lui confesser tout ce qu'il ressent pour lui.
- James ?
Tout a commencé dans la folie, dans le sang, dans les larmes. Cela n'a pas tant changé, au final. Il est toujours complétement fou de lui, cela est bien un point. James laissa ses doigts courir sur la joue de Sherlock, observant son visage, étudiant, enregistrant. Il apprécia le léger mouvement du détective au geste, la pression qu'il fit peser contre sa paume, son regard éclairé, vif, alors qu'il semblait le dévorer des yeux.
Quelque chose se tordit à l'intérieur de James, quelque chose qui fit mal, et cela dû se refléter sur son visage, car immédiatement les sourcils de Sherlock se froncèrent, le désir s'effaçant pour rendre la place à une trop grande lucidité.
- Qu'y a-t-il ?
James s'avança à nouveau brutalement, ses lèvres plongeant sur les siennes, l'arrière du crâne de Sherlock venant durement heurter la porte sous l'élan porté. Il ne sembla pas s'en formaliser. Les paupières fermement closes, ne voulant pas voir son visage, ses yeux, son âme, James l'embrassa brutalement, avidement, le reposant rapidement au sol pour avoir un accès plus facile à son pantalon et à sa ceinture.
Une dernière fois.
Après, il n'y aurait plus que l'ennui. Encore. Toujours. L'ennui des autres, l'ennui de soi, l'ennui du monde, l'ennui du vide. La peur et le néant. Le revolver et la balle. La poutre et la corde. L'artiste sans muse. Le désespoir.
Sherlock haleta, sa respiration hachée alors qu'il plongeait son visage dans son cou, ses mains glissant à son tour vers sa ceinture, qu'il défit de ses doigts devenus un peu plus maladroits.
James voulait que cela soit tendre. Les dernières fois sont censées l'être, à contrario des premières fois, toujours trop violentes, abjectes. Les dernières fois sont censées être la dernière révérence, l'apothéose, le souvenir doux-amer d'une relation terminée. Voilà, cela devait être tendre. Mais, leur relation même ne l'était pas, ne l'avait jamais été : ils avaient joués, mortellement, tragiquement, et Sherlock avait fini par se prendre les pieds dans sa toile, par s'emprisonner, par s'empoisonner, par lâcher prise. Viol, violences, drogues, meurtres. Sang. Larmes. « Arrête, je ne veux pas. ». « Continue, ou je vais devoir te tuer. ».
James le prit par la taille, le forçant à se retourner, son corps fin, longiligne, se heurtant aux boiseries. Sherlock gémit, ricana un peu, avant d'étouffer le son d'un vague hoquet lorsque James le pénétra d'un doigt lubrifié de sa propre salive.
- C'est la première fois que nous faisons cela ici.
La première. La dernière.
James posa son front contre son épaule, son corps à moitié dévêtu venant se coller contre le sien. Il ne pouvait pas faire cela, simplement le regarder, simplement voir ses yeux s'illuminer, son visage exprimer tout ce qu'il n'osait pas encore dire. James ne pouvait pas faire cela.
Il regarda les muscles rouler sous la peau de son dos, observa chaque partie visible de son corps, enregistrant, notifiant, photographiant mentalement tout ce qui, bientôt, ne serait plus vraiment à lui. Il écouta sa voix, grave, délicieuse, s'appéta de ses gémissements alors qu'il faisait aller et venir en lui ses doigts, l'écartant, le préparant lentement.
Il entendit son téléphone portable se mettre à sonner, quelque part, mais ne s'en formalisa pas.
Il entendit Big Ben, au loin.
Il entendit les claquements, les explosions, caractéristiques, des feux d'artifices au-dessus de Londres.
Sentant une certaine rage l'envahir, un désespoir tout particulier, James s'enfonça à l'intérieur de Sherlock sans plus de patience, n'attendant pas de savoir s'il était prêt à cela, sachant que, de toute façon, il l'était toujours. Le gémissement de douleur se transforma en cri lorsque, fou, empli d'un brasier rageur, James laissa ses lèvres se jeter au cou de son amant, ses dents venant se planter dans la peau tendre, lisse de son épaule, y creusant une certaine marque, y appliquant un malheureux traitement.
Les jambes de Sherlock menacèrent de céder sous lui, James pu le sentir alors qu'il sentait le sang couler entre ses lèvres, se poser sur sa langue, métallique et chaud. Il passa un bras ferme autour de sa taille, les rapprochant davantage, et sentit Sherlock pencher la tête sur le côté pour lui laisser un plus grand accès à sa nuque et à son épaule maltraitée.
Joli petit jouet. Magnifique compagnon. Incroyable. Sherlock, putain …
Il laissa sa main agripper sa hanche, son bras entourant toujours sa taille, l'autre venant se poser sur celle, tremblante, que Sherlock posait contre le mur pour se retenir. Il entrelaça leurs doigts, bougea vivement, se délecta du sanglot qui perça d'entre ses lèvres alors qu'il mordait et pénétrait violemment à l'intérieur de lui. Il lécha le sang et le laissa couler, le laissa imprimer sa peau blanche, magnifique, son dos et sa chute de reins. Il bougea, les yeux fixés sur cela, sur la longue trainée rouge qui le maculait, se maudissant, se détestant, se demandant combien de temps il pourrait tenir, sans lui, avant que ce sang n'en vienne à quitter ses veines.
Je vais mourir, sans toi. Je vais crever. Je devais te faire brûler, je devais réduire ton cœur en cendres, mais cela n'a pas marché, non. Tu as réussi. C'est toi qui as gagné, love. Je vais mourir, sans toi.
Sherlock tourna la tête vers lui, difficilement, et James ne put s'empêcher de plonger dans son regard fiévreux, ses yeux rendus fous d'excitation et de douleur et de plaisir mêlés. Il baissa un très court instant ses yeux clairs vers les lèvres ensanglantées de son amant, avant de venir quémander un baiser, ne s'offusquant apparemment pas d'avoir à goûter à son propre sang sous le geste. James ne put y résister.
La dernière fois. Le dernier baiser ? Le dernier qui aurait du sens. Le dernier qui ferait vaciller l'univers tout entier.
Le plaisir grimpa doucement, éveilla ses sens, chauffa ses reins et son ventre, le poussa à serrer plus fort Sherlock contre lui, à plonger son visage dans sa nuque, dans ses cheveux, et à simplement aller plus vite, « oui, comme ça, comme ça, James, oui, plus fort … ».
Non, non, pas déjà. James ne souhaitait pas que tout cela se termine. James ne voulait pas partir, il ne voulait pas prendre cet avion pour le Brésil, il ne voulait pas commencer cette tragique année si loin de lui.
Mais, impérieux, le désir fit son œuvre, la luxure atteint son apogée, et, gémissant, criant, Sherlock vint dans sa main alors que lui-même se répandait dans un grognement à l'intérieur de lui. Les étoiles furent éblouissantes, les étincelles mémorables, mais l'extase ne dura qu'un court instant, qu'une simple poignée de secondes. La réalité, brute, infernale, lui revint en mémoire de manière impitoyable.
La dernière fois. Les doigts caressent, les yeux admirent, la langue goûte et lèche, la peau rencontre la peau. Explosion. Réunification. L'androgyne originel de Platon, dans toute sa splendeur : il allait perdre son semblable, ce soir. Quelque part, il allait perdre son âme sœur.
Il se recula bien avant que Sherlock n'ait eu le temps de se remettre de ses émotions, remontant son boxer et son pantalon sur ses hanches, resserrant son nœud de cravate et jugeant d'un œil critique son propre aspect. Il n'osa qu'à peine jeter un regard vers la forme à demie nue qu'il venait de quitter qui, blanche, haletante, sanglante, se tourna vers lui avec un peu d'interrogation, comprenant difficilement son changement si soudain d'humeur.
Sherlock le connaissait bien, parfaitement, même, il en était certain. Tous deux étaient réellement semblables, leurs réactions ne pouvaient donc être si éloignées, leurs manières de fonctionner non plus. Un regard, un geste, et tous deux parvenaient à se comprendre. La perfection. Comme plus jamais il ne parviendrait à la retrouver.
- Quelque chose de prévu ?
- Je suis désolé, je dois …
Partir. Te quitter. Tout détruire.
James haussa les épaules, préférant se détourner de lui, de peur de dire ou de faire quelque chose de malencontreux. La main de Sherlock qui s'était posée sur son épaule l'empêcha pourtant d'effectuer le moindre geste. Avec résignation, il le laissa sourire, se pencher vers lui pour venir lécher et faire disparaitre les dernières traces de sang qui maculaient encore ses lèvres. Lorsqu'il tenta de l'embrasser plus profondément, James se déroba, se détournant rapidement, le cerveau bourdonnant, la tension agitant son corps.
- Je dois y aller, Sherlock.
Le détective l'observa avec interrogation – de la méfiance, aussi, toujours présente dans son regard pâle -, un court instant, et James se dit qu'il allait sûrement voir dans sa tête ce qu'il cachait, qu'il allait sûrement découvrir que quelque chose n'allait pas, que les événements ne se déroulaient pas comme à l'habitude.
Et, James sentit le danger poindre avant même qu'il ne soit sur lui. Il entendit l'alarme, stridente, résonner dans son crane avant même que les évènements ne le poussent à craindre le pire : Sherlock se mordit la lèvre, étrangement, son regard déviant légèrement vers le côté, comme pour éviter d'avoir à le regarder en face, la respiration faite plus laborieuse. Et, il rougissait. James sentit la catastrophe, le chaos se répandre dans ses entrailles bien avant qu'il n'ait osé prononcer le moindre mot.
- Sherlock-
- Je t'aime.
Il l'avait dit rapidement, comme pour canaliser la douleur, comme pour la désacraliser. Il avait survolé les mots, ceux-ci roulant, déliés et sauvages, sur ses lèvres encore rouge de baisers et de sang. Il s'était bien empressé de reporter son regard vers lui dès lors que les mots furent prononcés, comme ardent d'une réponse, comme apeuré par ce qui pourrait ne jamais vraiment venir.
James sentit les mots s'échapper, le souffle lui manquer. La phrase résonna dans son esprit, claire, chantante, amère. Elle sonna, vibra, et assécha toute pensée, toute envie.
Cela ne faisait pas partie du plan. Cela n'était pas censé arriver. Le brûler, lui et son cœur, le détruire. Jamais le faire tomber amoureux de lui. Putain, qui pouvait, de toute façon, être assez malade pour pouvoir l'aimer ?
Devant son absence de réaction, Sherlock recula d'un pas, les paupières battant plus rapidement devant ses yeux qui se remplirent doucement d'un peu de gêne et de déception.
- Je croyais que-
- Je vais devoir partir, Sherlock.
Il ne voulait pas que sa voix faille à sa volonté, que le détective puisse percevoir que ses mains tremblaient. Il fut soulagé de le voir se détourner, partant à la recherche de ses vêtements, le corps tendu, les pensées certainement trop pleines de ce supposé rejet pour clairement percevoir que les mots étaient de réels adieux. Il ne répondit d'ailleurs pas, enfilant avec des gestes saccadés sa chemise, les yeux baissés vers ses doigts, jamais vers James qui esquissait désormais un pas sûr vers la sortie. Le criminel s'arrêta un instant pour le contempler une dernière fois, la mâchoire rendue serrée par la pression et la tension qui couraient en lui, insupportables.
La dernière fois. Merdique.
- Au revoir.
Il passa la porte, la referma sans mot dire, sans un regard de plus en arrière.
La fin, enfin. Déjà. Pourquoi ?
Sebastian l'attendait en face du 221B, appuyé contre la voiture, une cigarette au coin des lèvres, les yeux se relevant immédiatement vers lui alors qu'il sortait. James n'eut pas besoin d'exprimer la menace qui devait se lire dans ses yeux, car l'homme ne fit que sourire, avant de remonter dans la voiture, sans exprimer son opinion sur le sujet.
James leva les yeux vers la fenêtre éclairée de l'appartement de Sherlock pour constater que personne n'était là pour lui jeter un dernier regard. Le dernier ? Sherlock le savait-il seulement ? Non. Il apprendrait sa fuite dans les jours à venir, lorsque les messages et les appels se feront sans réponse, lorsque les visites se solderont par des attentes interminables devant la porte d'entrée. Il se sentira trahi, déçu, en colère. Le cœur brisé. Tous les apprentissages de son grand frère sur la futilité de l'amour redevenus nécessaires et réels. Un beau gâchis. Jusqu'au jour où quelqu'un d'autre viendrait, quelqu'un de mieux, quelqu'un de pire, pour simplement recommencer avec lui cette danse qu'eux deux avaient initiés. Quelqu'un qui saura mieux prendre soin de lui. Quelqu'un de plus sain, quelqu'un de moins fou. De moins amoureux, alors. Quelqu'un qui ne l'aimera pas autant que James qui, lui, avait pu et pouvait toujours l'aimer.
James effaça l'unique larme qui coula sur sa joue d'un geste rageur, refusant de penser à ce qu'il perdait, ne se poussant à espérer que plus de bonheur et d'opportunités à saisir ainsi, pour eux deux. Le bonheur a une date de péremption, la jouissance n'est qu'éphémère.
L'année 2014 pouvait commencer. Il avait un avion à prendre.
Et, voilà. Qu'en avez-vous pensé ? Le rôle de Mycroft vous a-t-il plu ? Je pense que certains se diront que James a cédé trop vite, mais nous reviendrons là-dessus plus tard. Rien n'est fait au hasard. Les prochains chapitres reviendront sur cette rupture, et sur la façon dont nos deux protagonistes parviennent à gérer la séparation. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée, et à bientôt pour la suite ! N'oubliez pas, les reviews sont le seul salaire de l'auteur ! ;)
