Cela faisait longtemps!
Allez, reprenons donc tout en espérant que cela vous plaise toujours.
N'oubliez pas de laisser un petit commentaire, c'est toujours plus encourageant d'écrire lorsqu'on a un retour sur ce que l'on fait.
Castle ne m'appartient pas, je ne fais qu'emprunter à Mister Marlowe ses belles inventions.
PAR PROCURATION
ONZE
Montgomery surgit de son bureau accompagné d'Halloway. Ils échangèrent une poignée ferme et en même temps amicale, signant par ce geste un accord des deux parties. Le Docteur était sûr qu'il serait facile pour l'avocat de la défense d'établir un diagnostique de démence. Le comportement de ce soir était indubitablement teinté de maladie mentale et Holloway allait prendre les devants en l'envoyant dans un des hôpitaux sécurisés où il avait de bons contacts. Ainsi, il lui serait plus aisé de le voir et le travailler si le besoin se présentait. Et Montgomery n'en pensait pas moins. Les mots de l'écrivain résonnaient encore dans sa tête. Il avait l'impression de que même si la balistique établissait la culpabilité de leur prévenu, tout ne serait pas résolu.
En parlant de Castle...
Montgomery n'eut pas à le chercher longtemps. L'écrivain avait rapproché une chaise du bureau de Beckett et prenait des notes. Quel drôle d'oiseau que ce Castle. En moins de temps qu'il n'avait fallu pour le dire, il avait réussi à fendre l'armure de Beckett et cela était un exploit. Il lui avait suffi de les voir discuter à son arrivée. Le visage de la jeune femme était ouvert et sa gestuelle moins dans la retenue. Il y avait dors et déjà entre eux une certaine normalité qui lui avait sauté aux yeux. Puis, il y avait eu cette preuve de synchronicité dans leurs déductions, comme s'ils étaient en phase. De l'alchimie, oui, voilà le mot qu'il avait en tête en observant ces deux-là.
-Alors, Castle, vous trouvez matière à vous inspirer ?
L'auteur parut sortir d'une transe et son regard s'écarta de la jeune femme, là-bas, à l'opposé de la salle. Elle était encore assise auprès de Madame Caldwell, concentrée sur les propos de la veuve.
-Elle est étonnante. Vraiment. Je l'ai observée. Malheureusement, je ne peux pas l'entendre.
-Beckett aime annoncer la mort d'une victime à ses proches seule, en toute intimité, justifia Roy en s'appuyant sur le bureau.
-Ses gestes sont tellement chargés d'empathie, d'apaisement.
-Oui. Elle trouve les bons mots tout en restant professionnelle. C'est sa force, ajouta le Capitaine avec un brin de fierté dans la voix.
Pendant que Montgomery parlait, le regard de Castle retourna à Kate. Le Capitaine en fit de même et lorsque, enfin, Beckett alla à leur rencontre, elle trouva deux paires d'yeux braqués sur elle. Sans y réfléchir, son attention se porta sur Castle. Un sourire flottait sur ses lèvres et Kate se surprit à l'imiter. La douleur qu'à chaque fois s'emparait d'elle après avoir annoncé la mauvaise nouvelle aux familles, s'atténua instantanément, puis fut emportée. Le réconfort muet elle fut étonnée de le trouver chez Castle. Encore un aspect qui démentait l'image que l'on donnait de lui dans la presse.
-Castle ? L'interpella Roy. L'écrivain tourna la tête, le sourcil levé, attentif. Je peux vous demander un service ?
-Bien sûr, répondit-il sans hésiter.
-Invitez donc Beckett à dîner.
Le regard outré que Kate envoya à son supérieur était indescriptible et Castle se plut à en rajouter.
-Je le ferai. Mais parce que c'est vous qui me le demandez.
-Vous n'avez qu'à inviter le Capitaine si ça vous dérange autant.
-J'ai déjà mangé, Beckett. Mais vous connaissant, je suis sûr que vous ne l'avez pas fait.
-Je dois rester là, au cas où on aurait les résultats de la balistique.
-Vous avez votre portable.
-Qu'en est-il de notre prévenu ?
-Holloway lui a donné une dose à faire ronfler un cheval. Il est parti pour dormir toute la nuit.
Beckett soupira et Castle le prit pour ce que c'était, une capitulation.
-Allons-y, fit-il en tapant des mains et en se levant avec conviction. Beckett commença à marcher lorsqu'il vint se placer près d'elle, côte à côte, se frôlant presque.
-Vous verrez, c'est à mourir. Je vous en assure. Jamais vous n'aurez goûté à un truc pareil. C'est tout simplement sublime, magnifique, délicieusement éblouissant, proclama Castle avec de grands gestes.
-Arrêtez d'en faire des tonnes, Castle.
-Non, non, je vous l'assure. Leurs hamburgers sont tellement bons que vous aurez du mal à ne pas vous en manger les doigts.
-Castle, ce n'est qu'un hamburger.
-Non, Kate, vous ne comprenez pas. Il appréhenda l'avant-bras de la jeune femme qui s'arrêta puis continua son laïus, théâtral à souhait. Ce n'est pas un Hamburger mais The Hamburger. La Joconde de la viande hachée, La Traviata de la restauration rapide, le Star Wars du Cheeseburger.
-Arrêtez de dramatiser. J'ai saisi.
-Non, Kate, vous ne comprenez pas... c'est vous qui serez saisie lorsque vous y goûterez.
Montgomery resta là, à les regarder partir, amusé. Il secoua la tête tout en lâchant un petit rire.
-11-
C'était un petit bistrot non loin du Poste. Kate se demanda comment elle ne connaissait pas cet endroit. C'était chaleureux, sans aucun doute un restaurant familial et le patron -qui avait tout du cliché du marmiton grassouillet et plein de bonhomie- connaissait Rick depuis des années. La preuve en fut faite quand il s'étonna de ne pas voir Alexis auprès de son père. Castle et lui discutèrent du bon vieux temps et Kate eut un aperçu succinct du père aimant qu'était l'écrivain. Une fois de plus, elle fut surprise de voir à quel point son image publique pouvait être en décalage avec sa vraie personnalité. Du moins d'un point de vue familial, elle ne pouvait que constater que frivolité et irresponsabilité n'étaient pas de mise. Cela lui plut, ce Castle là, celui qui apparaissait au travers des anecdotes du patron l'emplit de chaleur.
-Pourquoi est-ce que vous souriez ? Demanda Castle après que le patron soit retourné à sa cuisine avec la promesse de leur apporter le meilleur des hamburgers qu'on eut fait dans son bistrot.
-Je vous imaginais en papa poule.
-Et ?
-Ça vous va plutôt bien.
-Et vous avez envie de moi ? Fit-il, taquin.
-Et vous gâchez tout...
-Ma fille est ma plus belle réussite, même si je n'y suis presque pour rien. J'ai grandi en même temps qu'elle et je dois avouer qu'elle continue à mûrir alors que je me suis arrêté à mi-chemin.
-Je veux bien vous croire.
-Il faudrait que je vous la présente. Vous lui plairiez.
Kate détourna le regard, troublée par le fait que Rick veuille l'inclure dans sa vie privée.
-Vous n'aurez qu'à venir dîner à la maison. Je vous ferai des pâtes à la carbonara. Après tout, vous me devez un rendez-vous.
-Je croyais que nous étions en plein rendez-vous.
-Oh, non, Lieutenant Beckett. J'ai eu un ordre direct du Capitaine. C'est une mission, pas un rendez-vous.
-Vous n'êtes pas policier, vous n'avez pas d'ordres à recevoir du Capitaine.
-Que voulez-vous, j'ai un sens civique hyper développé.
-Ben, voyons...
-Ne déviez donc pas du sujet avec votre tentative retorse de contournement. Vous me devez un rendez-vous, je vous en propose un.
-Je ne sais pas Castle... le doute s'était fait en elle. C'était peut-être trop rapide. Cela faisait vingt-quatre heures qu'ils se connaissaient et il comptait déjà l'inviter chez lui. Il était un personnage publique, rentrer dans sa maison était pour elle comme faire un pèlerinage dans un temple. Si seulement il savait à quel point elle pouvait être fan. À quel point ses livres l'avaient aidée à traverser les mois, les années ultérieures à la mort de sa mère. Ses histoires lui permettaient de s'évader et en même temps de garder le lien avec sa mère, fan elle-même. Après tout, le premier livre de Castle qu'elle eut lu sortait de la bibliothèque de Johanna Beckett. C'était comme un legs et rien que de penser qu'elle avait accès au cadre dans lequel il écrivait toutes ces histoires, lui faisait prendre conscience du fossé qui les séparait. Cet homme qu'elle idéalisait, qui l'attirait en tant que personnage publique -malgré tous ses travers- lui offrait une vue directe de son univers intime.
-Nous pouvons aussi trouver un petit restaurant avec une salle pleine à craquer... proposa-t-il en voyant que la perspective d'aller au loft la troublait.
-Castle...
-Écoutez, je vous propose un dîner tranquille, chez moi, parce que je pense que vous y serez plus à l'aise. Il m'est déjà arrivé de tomber sur des fans alors que je dînais tranquillement dans un restaurant et je ne crois pas que vous apprécierez.
-Vous avez raison, fit-elle. Ce serait quelque peu embarrassant si on commençait à vous demander de signer des poitrines.
-Nous sommes d'accord. Mais sachez que vous pouvez toujours me demander de signer la votre si vous le voulez ou n'importe quelle autre partie de votre anatomie. À vous de voir. Je suis on ne peut plus arrangeant.
-Je n'en doute pas.
-Et puis j'ai plein de feutres de toutes tailles et couleurs dans mon bureau. Vous n'aurez que l'embarras du choix.
Beckett roula des yeux mais ne put cacher le sourire qui effleurait ses lèvres. Rick sut alors qu'il avait gagné.
-D'accord, finit-elle par dire.
-D'accord ? Répéta Castle.
-Oui, Castle, je suis d'accord.
-Pour que je vous signe la poitrine ?
-Non ! S'indigna Kate et envoya sa serviette sur Rick qui la saisit maladroitement avant qu'elle ne tombe parterre. Pour venir dîner chez vous !
-Vous pourrez rester dormir si vous voulez. Ce n'est pas prudent de prendre le volant après quelques coupes de Bordeaux.
-Dans vos rêves !
-Oh, mais Lieutenant Beckett, dans mes rêves vous resterez pour la nuit mais vous ne dormirez pas. Pas plus que je ne dormirai moi-même.
-Vraiment ? Et que ferons-nous, Castle ?
-Après avoir eu un orgasme culinaire avec mes pâtes à la carbonara...
-Parce que c'est vous qui ferez à manger ? Dois-je prévoir des cachets pour la digestion ?
-Ha, ha, très drôle. Riez, riez, jamais vous n'aurez vécu une telle expérience, croyez-moi. Il avança son buste par dessus la table et la fixa d'un regard pénétrant. La fermeté des spaghetti cuits « al dente », l'odeur des lardons et de l'oignon dorés et intimement mêlés dans la poêle, l'onctuosité de la crème fraîche liée au jaune d'œuf... murmura Castle avec une voix si captivante que les visions qui naquirent dans l'esprit de Kate n'avaient pas grand-chose en rapport avec la nourriture.
Elle dut se mordre la lèvre inférieure pour retrouver son sang froid puis imita la position de Castle. Si d'autres dans la salle les avaient regardés à ce moment même, ils auraient attendu que leurs lèvres entrent en contact, ignorants du petit jeu auquel ils s'adonnaient.
-Après avoir saisi votre couvert, je finirai d'en lécher les restes de sauce. Puis, n'en pouvant plus...
-N'en pouvant plus ? Répéta Castle qui en bavait presque en attendant la suite avec impatience.
-N'en pouvant plus... je vous proposerai une partie de Scrabble.
-Quoi ? Vous n'avez rien trouvé de mieux ? Lâcha-il en se redressant d'un coup.
-Qu'est-ce que vous aviez en tête ?
-Non, mais vous êtes sérieuse ? Vous voudriez jouer au Scrabble avec moi ?
-Pas avez vous... contre vous, répliqua Kate avec une lueur de défi dans le regard.
-Vous êtes suicidaire, railla Rick.
-Vous êtes un peu trop prétentieux.
-Je suis un auteur de best-sellers !
-Et ?
-C'est mon métier de trouver des mots.
-Vous avez peur.
-Moi ?
-Oui, vous, Monsieur l'auteur de best-sellers.
-Bien. D'accord. Je relève le défi. Mais si on le fait à ma manière.
-Et quelle est votre manière ? Le Strip-Scrabble ?
-Mais comment le savez-vous ?
-Une intuition.
-Sachez que tout jeu peut se voir affublé d'un préfixe Strip.
-Et comment ça marche pour le Scrabble ?
-Je ne sais pas encore.
-Je croyais que vous y aviez déjà joué.
-Il n'y a que deux personnes qui veuillent bien jouer avec moi au Scrabble. La première est ma chère mère et vous voyez où ça bloque, j'en ai des frissons rien que d'y penser. Rick fti la grimace et fut saisi d'un tressaillement involontaire. Grâce à vous je vais devoir me faire un lavage de cerveau avant de me coucher.
-C'est vous qui avez commencé.
-Commencé quoi ? Je vous parlais cuisine et par je ne sais quels chemins retors de la pensée vous en êtes venue au Scrabble en petite tenue.
-Je n'ai pas vraiment eu l'impression que vous causiez cuisine.
-Je n'y peux rien si vous avez l'esprit tordu.
-Moi, j'ai l'esprit tordu ? C'est vous qui faites d'un jeu inoffensif un prétexte pour me déshabiller, répliqua-t-elle faussement outrée. Attendez un instant, qui est le deuxième ?
-Patterson.
-L'écrivain ?
-Oui. Maintenant que j'y pense, je ne sais pas qui j'appréhende le plus entre Martha Rodgers en tenue légère ou Patterson en tenue d'Adam. Heureusement que nous n'avons pas encore mangé.
-Et votre fille ?
-Quoi, au Strip-Scrabble ? Vous êtes pire que tordue ! S'exclama-t-il, une main sur le cœur.
-Non, Castle, je parle du Scrabble conventionnel.
-Oh, c'est moi qui ne veut pas jouer contre elle.
-Pourquoi, vous craignez de lui faire de la peine ?
-Vous rigolez ! S'exclama-t-il en lâchant un petit rire amusé. C'est elle qui corrige mes manuscrits depuis l'âge de douze ans.
Kate sourit, encore. Le chef choisit cet instant précis pour apporter leurs hamburgers. Il les posa sur la table avec une courbette et le grand bonhomme se tourna vers Castle avec la ferme intention de faire l'éloge de son produit. Elle accueillit avec gratitude cet interlude dans leur conversation, conversation certes délicieuse mais qui pouvait parfois la mettre mal-à-l'aise. Ce n'étaient pas les sous-entendus qui l'embarrassaient mais plutôt la normalité avec laquelle ils s'y prêtaient. Quiconque pourrait les entendre n'aurait aucun doute sur la nature de leurs relations. Or, Kate ne parvenait pas à savoir où ils en étaient. D'ailleurs, devait-elle y penser autant alors qu'ils ne se connaissaient que depuis vingt-quatre heures ? Voulait-elle vraiment côtoyer un homme qui éveillait tant d'émotions, qui portait en lui tant d'interrogations et en bouleversait ainsi sa petite vie si bien rangée ? Un éclat de rire attira son attention. Rick riait aux éclats à l'une des plaisanteries du chef ou étais-ce l'inverse car le marmiton avait les larmes aux yeux. Soudain, Kate ne put rien y faire, se laissa aller à la contemplation de ces yeux bleus plissés, suivit le va-et-vient des quelques mèches rebelles qui zébraient son front. Elle l'avait vu sourire, il n'en était pas avare, mais pas rire. Les muscles de sa mâchoire s'étiraient, montraient de belles dents blanches dans l'écrin de ses lèvres bien dessinées, lui donnaient un air félin avec son nez large et sa légère pilosité. Son rire était portant et franc, contagieux, se dit-elle. Le rouge lui monta au visage de façon fulgurante lorsque une envie foudroyante de l'embrasser et de sentir ce même rire dans sa bouche lui troubla les pensées.
-Là, je me sens toute chose... dit-il d'une voix sourde alors que le chef avait regagné sa cuisine.
-Pardon ?
-Vous me fixez, encore. Et je ne sais pas si je dois me réjouir ou m'inquiéter de ce que je lis dans vos yeux.
Kate ne sut que dire. Elle était confuse. Pas forcément parce qu'elle avait été prise les mains dans le sac - n'étais-ce pas la deuxième fois d'ailleurs? - mais parce que ce genre de pensées se succédaient dans sa tête depuis qu'elle l'avait rencontré, la veille. La jeune femme décida d'ignorer l'air narquois de l'écrivain et choisit de se concentrer sur son hamburger. Mais sa vilaine logique ne voulut pas en rester là et cherchait le pourquoi de cette attirance soudaine. Elle avait tout simplement les hormones en ébullition. C'était pas possible, pas chez Kate Beckett. Un effet secondaire après la rupture d'avec Will peut-être ? Après tout, Castle était l'opposé parfait de son ex. Avait-elle besoin de changer d'air ? Mais pourquoi si vite, pourquoi ce besoin immédiat ? Non, ce n'était pas la rupture. Dans son for intérieur elle savait que leur relation courrait à sa perte. Non, c'était lui. Elle leva les yeux, à la dérobée. Il croquait allègrement dans son hamburger, comme un enfant heureux. Kate soupira. Voilà que maintenant il n'était pas seulement attirant mais aussi attachant.
-Vous n'aimez pas ? Fit-il avec un mouvement du menton vers ses mains où pain, viande et condiments attendaient patiemment que Kate Beckett vienne s'occuper de leur sort.
-Non, je réfléchissais.
-Parfois il faut savoir lâcher prise, se laisser aller et suivre la vague où que cela vous mène.
-Hormis écrivain, êtes-vous médium aussi ?
-Je vois bien que cela vous chiffonne. Cela ne sert à rien d'y donner tant de tours. Seul le temps le dira.
-Je...
-Écoutez, je ne suis pas un expert dans la matière...
-Ce n'est pas ce que l'on dit.
-Je sais qu'à priori ça fait partie de mon travail mais...
Kate fronça les sourcils ne comprenant finalement pas de quoi il parlait.
-Attendons demain, ajouta-t-il.
-Vous voulez m'inviter chez vous demain ? Dit Kate, confuse.
-Euh...
-Vous ne voulez pas ?
-Pourquoi pas, mais...
-De quoi parlez-vous Castle ?
-Non, vous, de quoi est-ce que vous parlez ?
-Vous d'abord.
-Je me disais que le mieux serait d'attendre les résultats de la balistique et de voir ce que l'on vous dira de l'état mental du SDF. Même si je parie qu'un chef de la Mafia est derrière tout ça.
-Un chef de la Mafia ?
-Ou la CIA.
-Pourquoi la CIA ?
-Caldwell était un agent double.
-C'était un flic.
-C'est la couverture idéale. Personne ne doute d'un policier.
-Vous n'avez rien trouvé d'autre ?
-J'avais pensé aux aliens. Mais tout le monde sait qu'ils ne tuent que les Men in Black ou alors ils utilisent le commun des mortels en guise d'incubateur comme dans Horribilis.
-Beurk, merci pour les limaces, tout à coup j'ai plus trop faim.
-On vous a déjà dit que vous êtes parfaite ? Vous connaissez Horribilis, s'extasia Rick comme si elle lui avait dévoilé être la descendante directe d'un lauréat du Prix Nobel de Littérature. En fait, de quoi vouliez-vous parler ? Se reprit-il après avoir mis Beckett sur le plus haut piédestal, juste à côté d'Edgar Allan Poe et de William Shatner.
-Je ne sais plus, dévia-t-elle en rangeant une mèche de cheveux derrière l'oreille. Castle suivit le geste et en oublia d'insister.
-Vous ne finissez pas votre hamburger ? Demanda-t-il, visiblement intéressé.
-Je ne crois pas pouvoir le finir. Elle cassa son morceau en deux et donna une des moitiés à Castle qui ne se fit pas prier. Votre ami y a vraiment mis la quantité.
-Hum, et la qualité... ajouta Castle qui savourait ostensiblement ce petit extra. Oh, le voilà avec le dessert.
-Ricky, Ricky, Ricky...
Castle fit la grimace. Cet homme avait les yeux partout alors que son restaurant s'était bien rempli depuis leur arrivée.
-Elle n'en pouvait plus. Ce serait un crime de laisser ne serais-ce qu'une miette de ton art.
-Mais regarde-la, une magnifique jeune femme comme celle-ci doit être bien nourrie. Et toi tu lui piques une part de son hamburger ! Le regard du chef se posa sur le morceau rescapé de la gloutonnerie de l'écrivain.
-D'accord, abdiqua Rick.
Il tendit la main et Kate saisit le morceau avec la bouche, sans réfléchir. Ses lèvres frôlèrent le pouce et l'index de l'écrivain qui en fut bouche-bée, la main en suspens. Kate resta interdite. Le cliquetis des deux assiettes de dessert posées sur la table les sortit de leur rêverie et le chef s'en alla, souriant d'oreille à oreille.
-Désolée, je l'ai fait sans réfléchir. C'était une impulsion.
-Une impulsion ? Ne vous excusez pas, vous pouvez baver sur moi autant que vous voulez, fit-il sans s'essuyer les doigts, les regardant d'un air rêveur.
Kate ne trouva pas de réplique à lui offrir et le reste du repas se passa dans un silence assourdissant, chacun perdu dans ses pensées et tentant tant bien que mal d'y mettre de l'ordre. En temps normal, Castle n'y allait pas par quatre chemins. Les femmes succombaient aisément à son charme et il pouvait multiplier les histoires d'un soir si tel était son envie. Mais avec Kate il avait vite compris qu'il n'y aurait pas de facilité. C'était une jeune femme réfléchie et il doutait fortement que cela soit dans ses habitudes de foncer tête baissée. Il ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle lui voulait exactement. Et il n'osait pas le demander frontalement de peur de récolter un refus foudroyant. Or, il y avait quelque chose dans ce jeu du chat et de la souris qu'ils avaient entamé dès leur rencontre qui lui disait de persévérer. Il pensait pouvoir la faire flancher. D'un coup de cuillère rapide, il avala le dernier morceau de tiramisu puis il leva les yeux de son plat. Kate le regardait. Ils maintinrent le contact un instant jusqu'à ce qu'elle retourne à son dessert. Rick se redressa, fier d'avoir été celui qui n'avait pas flanché et ne s'empêcha nullement de l'observer. Sans gêne, il la vit prendre un morceau de son dessert et le mettre, très, très doucement dans sa bouche. Elle ferma les yeux et laissa échapper un gémissement de contentement. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Castle fixait sa bouche avec appétit. Nul doute que son envie n'avait grand rapport avec la nourriture. Il ne pensait qu'à l'humidité de sa bouche sur la cuillère, au frôlement de sa langue sur le métal. Puis Kate lui offrit sa dernière cuillerée et il la garda en bouche plus que de raison pendant qu'Il ne pouvait s'empêcher de la dévisager. Mais cette fois-ci, Kate lui rendit son regard, ne lâcha pas prise. Dans ce petit jeu auquel ils jouaient parfois on avait du mal à savoir qui était le chat et qui la souris.
