MissClo: C'est vrai que le personnage de Sharpener dans l'anime est insupportable et caricatural. J'ai voulu essayer d'en faire un compagnon intéressant pour Gohan, et c'est vrai que c'était pas gagné. Je l'ai un peu perverti mais je l'aime bien aussi. Je suis pas encore sûre de ce que je veux faire d'Erasa, en revanche.
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Chapitre 11
Le silence religieux de la salle de classe fut déchiré par un bip insistant, qui tira Gohan de sa concentration. Jusqu'à présent immobiles et penchés sur leur pupitre, les élèves s'agitèrent faiblement. Une rumeur imperceptible commença à s'élever.
Le professeur qui surveillait la classe jeta un œil à Videl, avant de se tourner vers le reste de ses camarades.
- Je ne veux pas un bruit ! tonna-t-il.
Videl avait décroché avec précipitation, pour faire cesser la sonnerie de son portable. Elle chuchotait au combiné, tandis que les autres la fixaient, attendant avec impatience de connaître la nature de son urgence, malgré les rappels à l'ordre de l'enseignant, qui les encourageait à reprendre leur travail. Videl finit par raccrocher et se lever.
- Monsieur, il y a un terrible incendie qui s'est propagé dans le quartier sud, annonça-t-elle.
- Il y a aussi un contrôle de Maths en cours, Mademoiselle Satan, soupira-t-il.
- Monsieur, insista Videl, ils…
- C'est bon, Videl, j'imagine que les maths attendront. Rendez-moi votre copie, je verrai, coupa-t-il avec lassitude.
Videl s'avança jusqu'au bureau. Elle hésita et se tourna vers Gohan. Leurs yeux se croisèrent et il s'empressa de baisser la tête, pour avancer son devoir. Elle posa sa copie et se dépêcha de sortir. Lorsque la porte fut refermée sur elle, le bruit de son pas de course résonna dans le couloir.
- C'est pas à moi qu'on permettrait de me barrer en plein contrôle, pourtant, pour ce que j'ai à dire… murmura Sharp.
Gohan ne réagit pas. Il regardait sa feuille sans la voir, le crayon en suspens. Ses yeux glissaient vers la fenêtre, à côté de laquelle il était assis. Il essayait nerveusement de guetter la navette de Videl qui s'envolait, mais le parking était trop loin. Un incendie, c'était dangereux. Pourquoi appelait-on Videl pour ça ? Elle pouvait être une bonne combattante, mais contre des flammes ?
Son esprit et ses nerfs commençaient lentement à bouillonner. Elle pouvait être sérieusement blessée. Elle était toujours si sûre d'elle, trop sûre.
D'un autre côté, ça faisait déjà un certain temps qu'on l'appelait partout pour aider la police, et, sauf pour la prise d'otage, elle s'en était toujours tirée sans lui. Et puis, s'il y allait, elle finirait vraiment par le démasquer.
Il tenta de se replonger dans ses équations mais une inquiétude rampante parasitait ses idées. Est-ce qu'elle avait déjà aidé à éteindre un incendie ? Peut-être pas.
Il cassa brusquement la mine de son crayon, sur laquelle il s'était mis à appuyer trop fort sans s'en rendre compte. Il soupira et en changea, sans remarquer l'œil sévère du professeur.
Gohan fixa à nouveau sa copie avec un certain désespoir, et remarqua qu'il lui restait deux questions. Il reprit son travail subitement à un rythme accéléré et les boucla en une dizaine de minutes. Il ne prit pas la peine de relire, fourra ses affaires en vrac, dans son sac et se leva brusquement pour rendre son devoir.
- Déjà, Monsieur Son ? s'étonna l'enseignant en haussant les sourcils.
- Déjà, répondit sommairement Gohan, en plaquant d'une main sa feuille sur celle de Videl sur le bureau.
Indifférent aux regards ébahis de ses camarades, il sortit de la classe et marcha d'un pas rapide son casier. Il l'ouvrit d'un geste sec et y balança son sac sans ménagement. Il resta indécis devant le contenu du placard, détaillant les quelques affaires qui s'y trouvaient. Il devait prendre un minimum de précautions, pour que Videl, ou d'autres, ne le reconnaissent pas. Au milieu du couloir, désert à cette heure de la journée, il déboutonna et retira sa chemise avec précipitation, avant de s'emparer un T-shirt uniforme, qu'il avait utilisé plusieurs jours auparavant pour un cours de sport, et oublié là. Il l'enfila avec un pincement de nez, constatant qu'il n'était pas de première fraîcheur. Mais il était passe-partout, et il n'avait pas vraiment le temps de faire le difficile. Il tira également son éternel chèche qu'il jeta négligemment sur son épaule. Il savait que Videl l'avait repéré, mais il ne pouvait pas paraître à visage découvert. Il devrait aussi sûrement se protéger de la fumée. Il décida qu'il s'en débarrasserait après ça.
Il referma vivement le casier et sortit en courant du bâtiment pour s'isoler et prendre son envol.
Il ajusta son écharpe sur son nez, tout en prenant de la hauteur pour déterminer la direction à prendre. Il n'eut pas à chercher beaucoup. Un large nuage de fumée noire couvrait un quartier de la ville. Il passa en mode supérieur pour modifier la couleur de ses cheveux et accéléra, pour voler jusqu'au lieu de l'incendie.
En se rapprochant, il s'aperçut de l'ampleur de la catastrophe et son sang se glaça. Un vent hargneux attisait des flammes agressives et puissantes. D'après ce que Gohan pouvait juger, elles consumaient déjà quatre ou cinq bâtiments. Encouragé par les vigoureuses rafales automnales, le feu semblait essayer de saisir également les immeubles voisins.
Une fumée épaisse et sombre s'élevaient de tous côtés et empêchaient Gohan de discerner nettement ce qui se passaient dans les rues au-dessous de lui. Il entendait la rumeur d'une foule mélangée de civils et de secours, couverte par des sirènes et des coups de klaxon. De loin en loin, les flashs de gyrophares surgissaient entre les volutes de fumée. Un homme criait des consignes dans un haut-parleur grésillant, et des attroupements épars s'éloignaient du quartier sinistré avec une certaine panique. La désorganisation semblait totale.
Flottant assez haut dans le ciel, Gohan ne parvenait pas à repérer Videl, ni sa navette. Le bruit saccadé d'un moteur d'hélicoptère se fit alors entendre derrière lui et il remarqua l'approche d'un escadron complet de quatre engins.
Il descendit prudemment au travers de l'écran de fumée pour se poser. Il avait voulu arriver discrètement, mais la visibilité était si mauvaise et le désordre si complet, qu'il ne trouva pas d'endroit réellement isolé. De toute façon, personne ne parut prendre vraiment garde à son apparition. Des pompiers couraient en tous sens, et semblaient s'efforcer de suivre les instructions crachées par le haut-parleur, que Gohan ne parvenait même pas à localiser. Une espèce de brume cendrée rampait autour d'eux et les flammes impressionnantes, qui léchaient les façades des immeubles, diffusaient une lumière étrange et orangé, qui enveloppait la scène d'un éclairage surréaliste. Au milieu de tout ça, des policiers essayaient de guider les civils qu'ils trouvaient alentours vers l'extérieur de la zone à risque.
Absolument personne n'eut l'idée de venir à sa rencontre ou de lui demander quoi que ce soit. Tous étaient concentrés sur l'accomplissement de leur tâche, ou occupés à chercher la bonne direction pour fuir. Il leva les yeux vers l'incendie, incapable de déterminer à quel endroit du complexe touché par la catastrophe, il avait la moindre chance de trouver Videl. Le spectacle apocalyptique pressait pourtant son esprit de la localiser, et il sentait qu'il commençait à perdre son sang-froid.
Il attrapa au col un policier qui passa en gesticulant devant lui.
- Videl Satan ! Vous l'avez vue ? Vous savez où elle est ? demanda rudement Gohan.
Le policier, au visage déjà tanné par le nuage de suie, écarquilla les yeux en fronçant les sourcils, comme si la question paraissait totalement absurde.
- Videl Satan ? Aucune idée, grogna-t-il
Il se dégagea d'un geste brusque de l'emprise de Gohan, et se mit à courir en criant vers une femme désorientée, qui prenait la direction d'un bâtiment en feu.
Gohan augmenta son énergie pour créer un écran autour de lui, et s'approcha du premier bâtiment qui lui faisait face. Des pompiers allaient et venaient en le bousculant, sans même lui jeter un regard. Un peu plus loin, plusieurs lances à incendie avaient été déployées et projetaient des jets d'eau puissants, mais visiblement, totalement inefficaces.
Subitement, une déflagration sourde se fit entendre. L'onde de choc déstabilisa certains des hommes autour de Gohan, et tous se recroquevillèrent instinctivement. Quelques gravats furent projetés et certains atterrirent avec fracas sur les véhicules encore garés là, ou dans les murs ou les fenêtres des immeubles voisins.
Gohan n'attendit pas et s'éleva pour se mettre en quête de l'origine de la détonation, qui provenait sûrement d'une conduite de gaz.
- Videl ! appela-t-il.
Le vacarme ambiant, les cris, les gyrophares et le haut-parleur, qui avait repris son office après une courte interruption, couvraient sa voix. Gohan réalisa que le bruit de l'explosion l'avait rendu à moitié sourd, et qu'il devait en aller de même pour toutes les personnes présentes. Si elle était dans les parages, Videl avait peu de chance de l'entendre et de lui répondre. Pourtant, instinctivement, il continua de l'appeler, scrutant désespérément les fenêtres des bâtiments en feu. Bientôt, il se mit à hurler carrément son nom, sans aucun écho.
Et puis le souffle lui manqua. La fumée âcre et noire qui pénétrait dans ses poumons, lui brûlait la gorge. Il eut une quinte de toux et fut contraint de reprendre de l'altitude pour chercher une bouffée d'air frais.
La direction du vent était changeante et rabattait la fumée d'un côté, puis de l'autre, de sorte qu'il était difficile d'y échapper.
Toussant avec rage, Gohan était obligé de s'élever toujours plus haut, à la recherche d'oxygène respirable. Les hélicoptères tournoyaient assez pitoyablement autour de la colonne de fumée, sans se décider à apporter une aide quelconque. Dans l'un d'eux, Gohan repéra même une caméra de télévision. Il prit soin de se tenir suffisamment à distance d'eux.
Comme il peinait à retrouver une respiration normale, il rabattit son chèche, qui lui couvrait toujours le nez et inspira profondément. Il ferma les yeux en happant goulûment l'air qui le giflait par rafale. Son oreille fut alors attirée par des voix assourdies, presque inaudibles. Des yeux, il fouilla la brume opaque sous lui et essaya de se guider à l'oreille en remettant son écharpe en place. Il redescendit à nouveau et navigua entre les épaisses volutes de fumée, pour finir par s'apercevoir qu'il n'était qu'à quelques mètres au-dessus d'un toit d'immeuble.
Au milieu d'un nuage de cendres, deux petites silhouettes lui faisaient des signes désespérées. Il se posa près d'elles. Il s'agissait de deux fillettes. La plus grande devait avoir à peu près treize ans et l'autre, l'âge de Goten.
- C'est lui ! cria la petite.
- Aidez-nous ! Par ici ! implorait l'aînée, en tirant la plus jeune derrière elle.
Gohan vint à leur rencontre et, sans qu'il s'y attende, les enfants s'agrippèrent à lui en pleurant. Leurs visages étaient sales et sillonnés de larmes.
- Emmenez-nous, emmenez-nous, pleurnichait la grande, vous pouvez voler, emmenez- nous.
La cadette ne disait rien mais, elle avait crispé sa petite main sur son T-shirt et sanglotait silencieusement, en se mouchant littéralement dans le tissu. Dans un réflexe, Gohan essaya de les écarter de lui, mais elles ne semblaient pas décidées à le lâcher. Il s'aperçut qu'elles étaient terrorisées et que, le plus il tentait de se dégager, le plus elles paniquaient.
- Camez-vous ! Calmez-vous ! Tout va bien se passer ! s'écria-t-il.
Mais ses paroles ne suffisaient pas à les rassurer Elles continuaient à le supplier de les éloigner de cet endroit, et il dut rapidement se rendre à l'évidence, qu'il n'apaiserait leurs pleurs qu'en s'exécutant. Un courant d'air soudain dégagea une partie de la fumée qui obstruait la vue et Gohan aperçut, posée à peine à quelques mètres de lui, la navette de Videl. Il fronça les sourcils et se raidit nerveusement. Il saisit la plus âgée des fillettes par les épaules.
- Videl Satan était avec vous ? Elle est dans cet immeuble ? demanda-t-il avec empressement.
- Oui, c'est elle qui nous a fait sortir. Elle nous a dit de rester là, et elle est repartie voir si elle trouvait d'autres gens... et après, il y a eu l'explosion… renifla l'enfant.
Elle pointa une direction.
- L'accès aux étages s'est écroulé, elle ne peut plus sortir et on ne peut plus la rejoindre. Emmenez-nous loin d'ici, s'il vous plaît…
Elle dévisageait Gohan avec des yeux implorants, pressentant que, peut-être, il pourrait les laisser là, pour aller chercher Videl. A côté d'elle, la petite se mit à tousser énergiquement, prise à la gorge par les émanations de fumées. Gohan hésita. Il avait très envie de faire exactement ce que la fillette redoutait. Il se rendait compte, malgré la faible visibilité, que la structure de l'immeuble était fragilisée. Les flammes montaient inexorablement les étages, même si on ne les voyait pas encore, et la fumée âcre devenait de plus en plus dense.
Il fut ramené à la réalité par une quinte de toux furieuse de la plus jeune des fillettes. Posant les yeux sur elle, il pensa à Goten.
- Dépêchons-nous, murmura-t-il en l'attrapant d'un bras par la taille.
De l'autre bras il souleva son aînée qui enroula instinctivement ses jambes et ses bras autour de lui. Il la sentit se crisper lorsqu'ils quittèrent le sol.
- Tu me serres trop fort, protesta vainement Gohan.
Elle l'avait déjà presque étranglé, quand ils furent assez haut pour trouver un peu d'air frais. Il avait une furieuse envie d'arracher son chèche qui lui couvrait le nez, et empêchait ses poumons d'aspirer tout l'air possible. Il ferma les yeux un instant et se dirigea sans hésitation vers l'hélicoptère le plus proche. C'était celui du caméraman. Gohan n'ignorait pas qu'il était minutieusement filmé mais la situation ne lui permettait plus de s'en inquiéter. Il vola directement jusqu'à l'objectif.
- Posez votre caméra ! cria Gohan, aidez-moi, prenez la petite !
Le caméraman hésita un instant, avant d'obéir à contre-cœur. Gohan lui tendit l'enfant. Paniquée par le vide au-dessous d'elle, elle s'accrocha brusquement à lui avec un cri et faillit lui arracher son écharpe. Par réflexe pour la retenir, il faillit lui-même lâcher l'autre gamine.
- Arrêtez de gigoter ! hurla Gohan, pressé d'en finir.
Les deux fillettes s'immobilisèrent et se turent subitement, saisie par l'exaspération dans sa voix. L'image de Videl hantait son esprit et il sentait la panique commencer à obscurcir son cerveau. L'homme dans l'hélicoptère réussit à attraper les enfants une par une, et à elles purent rejoindre ses collègues dans le cockpit. Dès qu'il fut libéré de leurs poids, Gohan piqua vers le bâtiment où Videl se trouvait. Le caméraman n'eut même pas le temps de rallumer son appareil.
Le ciel était noir et la fumée opaque réduisait tellement son champ de vision, qu'il perdit de précieuses minutes, qui lui parurent des heures, à localiser le toit de l'immeuble, puis l'accès aux étages. Son adrénaline montait par cran et il transpirait, autant du fait de la chaleur du brasier, que de l'angoisse qui lui serrait l'estomac. La situation se présentait mal et il n'avait plus la patience de réfléchir; il lança une décharge d'énergie, pour se frayer un chemin au travers des décombres qui menaient à ce qui restait de l'escalier intérieur.
Il sentit la chaleur qui s'échappa aussitôt de l'intérieur de l'immeuble et lui brûlait le visage. Il baissa un instant son chèche pour essayer de reprendre son souffle avant de s'engouffrer dans le bâtiment. Les escaliers ne descendaient plus qu'au dernier étage. Au-delà, une partie s'était déjà effondrée dans la fournaise au dessous d'eux. Gohan se demanda combien de temps la structure tiendrait encore.
Deux appartements donnaient sur le pallier. La porte de l'un d'eux avait été laissée béante et il décida de commencer ses recherches par là. Il pénétra dans l'entrée en appelant Videl. Il entendit une voix étouffée qui lui répondait depuis une pièce sur sa droite.
- Videl ? rugit-il en se précipitant dans sa direction.
Il vit une main se dégager derrière une armoire effondrée. Il contourna le meuble et le souleva d'un seul geste. Il lui semble que son cœur s'arrêta une seconde en reconnaissant Videl, étendue sur le sol, toussant frénétiquement.
- C'est toi ? cracha-t-elle, t'en a mis un temps ! L'armoire m'est tombée dessus quand il y a eu l'explosion…
Elle voulut dire autre chose mais le manque de souffle ne le lui permit pas. D'un seul coup d'œil, Gohan évalua qu'elle n'était pas sérieusement blessée et elle essayait elle-même de se relever, maintenant libérée du poids du meuble.
Gohan écarta l'armoire brutalement et s'agenouilla près d'elle.
- Ça va ? Tu n'as rien ? Il faut sortir. Vite. Je crois que tout va s'écrouler.
Elle s'appuya sur lui pour se relever, sans pouvoir répondre, sifflant péniblement pour respirer. Son visage était assombri par la suie et des coulées de sang et de sueur sillonnaient ses joues. Ses yeux d'un bleu pur et lumineux perçaient au milieu de ce masque et ne lâchaient pas ceux de Gohan. Elle murmura quelque chose, la voix cassé par sa gorge brûlée.
- Qu'est-ce que tu dis ? demanda Gohan en la soutenant par l'épaule pour qu'elle se remette debout.
- Les petites filles ! Tu les as emmenées ? souffla-t-elle.
Il ne comprit pas tout de suite qu'elle parlait des gamines qu'il venait d'évacuer. Préoccupé par leur propre situation, il n'y pensait déjà plus.
- T'inquiète pas, grogna-t-il en la tirant vers la sortie de l'appartement.
Alors qu'ils regagnaient le pallier, une seconde explosion se fit entendre à l'extérieur. Tout le bâtiment trembla et une partie du toit au-dessus d'eux s'effondra. Gohan eut immédiatement le réflexe de générer un écran d'énergie autour d'eux. Videl lâcha un cri de panique. Le sol sous leur pied semblait vacillant, prêt à s'écrouler.
Gohan la saisit par la taille et commença à s'élever. Il leva sa main ouverte au-dessus d'eux, et généra des vagues d'énergie, qui pulvérisaient les décombres sur leur chemin et leur ménageaient un passage vers l'extérieur.
Déjà, le reste des escaliers étaient tombés en morceaux dans le brasier qui avait entrepris de s'élever dangereusement vers eux. Sous sa main crispée, Gohan sentait les mouvements pénibles de la cage thoracique de Videl qui parvenait tout juste à respirer.
Il baissa les yeux pour évaluer la situation au dessous d'eux et s'aperçut qu'une flamme gigantesque avait commencé à remonter à toute allure la cage d'escalier béante, dans leur direction. Il donna une impulsion soudaine pour transpercer la chape de béton écroulée devant eux et ils surgirent brusquement à l'air libre. Quelques morceaux de gravats parvinrent à percer l'écran protecteur et les heurtèrent. Il enveloppa instinctivement Videl de ses bras, plaçant sa main sur sa tête pour la protéger.
Il avait l'impression d'étouffer et il commença à ressentir un certain vertige. Il prit son envol comme une fusée pour s'éloigner de l'incendie, tandis que le feu se propageait déjà sur le toit, dévorant la navette de Videl.
Un moment, il ne vit rien d'autre que des nuages sombres et âcres et finalement, après un temps qui lui parut infini, le ciel et le vent frais percèrent giflant son visage et ses yeux. Il inspira instinctivement, malgré le tissu sur sa bouche, et aspira ce qu'il put.
Les hélicoptères continuaient à tourner de loin en loin. Sans hésiter une seconde, il piqua dans la direction opposée au quartier où se trouvait l'incendie et traversa une bonne partie de la ville.
L'air frais sur ses joues calma la brûlure de sa peau et sécha la transpiration qui avait dégouliné de son front. Videl restait immobile, accrochée à lui. Elle avait juste relevée sa tête, qui était restée nichée contre lui tout le temps, pour profiter de l'oxygène salutaire qui s'offrait maintenant à eux.
Il se posa au milieu du parc, dans un endroit retiré, près d'un lac, où ils avaient peu de chance de rencontrer de promeneurs à cette heure.
Il desserra son étreinte et Videl se laissa tomber assise dans l'herbe, continuant à inspirer avec insistance. Il s'assit également doucement à côté d'elle.
Elle leva les yeux sur lui.
- J'ai cru que cette fois-ci, c'était la bonne, murmura-t-elle, t'aurais pu venir plus tôt, non ?
Il ne répondit pas. Il attendait que les battements de son cœur reprennent une cadence régulière et réalisa seulement à cet instant la terreur qui s'était emparée de lui. Et la chance qu'il avait eu de la retrouver. Il remercia silencieusement Kami.
Ils se regardaient, tous les deux, conscients à cet instant très précis, du danger terrible auquel ils venaient d'échapper. Une petit bruine inattendue, inespérée, commença à tomber doucement. Ils levèrent les yeux vers le ciel d'un seul mouvement, profitant de la fraîcheur et de la promesse de l'averse. D'abord caressante, la pluie se fit progressivement plus mordante.
- Gohan, soupira Videl en approchant lentement la main du chèche, pour le retirer.
Il saisit sa main pour arrêter son geste. Les prunelles lucides de Videl se tintèrent d'une certaine tristesse.
-Gohan, reprit-elle, je reconnais ton T-shirt, tu le portais en sport l'autre fois, et ton odeur…
- Tu te trompes, grogna-t-il simplement en s'écartant d'elle pour se lever.
- Et même tes chaussures, bon dieu ! s'écria-t-elle.
Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils en toisant ses baskets.
- Gohan ! Pourquoi tu veux pas… Je ne sais pas comment tu fais pour les cheveux, mais je sais que c'est toi, insista-t-elle d'une voix rauque.
Il recula.
- Je dois y aller, dit-il simplement avant de lui tourner le dos pour prendre son envol.
- Gohan ! cria-t-elle, cette fois-ci sur un ton autoritaire.
Il s'immobilisa et se tourna vers elle avec un œil interrogateur.
- Je t'ai eu, conclut-elle.
Il réalisa seulement qu'il venait, totalement stupidement, de réagir à son nom. Il serra les dents et commença à s'élever pour repartir. Derrière lui, il entendit la voix de Videl, faiblement couverte par le bruit de l'averse, qui lui criait Merci.
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