Confrontation aérienne
Cela ne faisait qu'un an que Lauren Hill était affectée aux Traqueurs en tant que coordinatrice occulte et contre toutes attente, elle ne s'en plaignait absolument pas. Lorsque son prédécesseur, un gros bonhomme jovial aujourd'hui au service de la brigade de Répression des fraudes quatre étages plus haut, lui avait brossé le tableau, elle s'était imaginée un cloaque putride oublié de tous où sa seule distraction consisterait à comptabiliser le nombre de gouttelettes d'eau qui éventuellement ruissellerait des murs mal entretenus, d'observer scrupuleusement l'avancée de la plaque de moisi qu'il ne manquerait d'y avoir sur ledit mur, et, bien sûr, de temps en temps, de mettre en route la chose afin de se donner bonne conscience, vu les montagnes de gallions que cela coûtait en entretien. Sans comptait les Aurors qui n'étaient pas à prendre avec des pincettes par moment.
Fichus prétentieux… Quoi qu'il en soit, il est vrai que lorsqu'elle avait entendu ça, elle s'était alors demandé de quelle manière elle pourrait tourner sa demande de mutation, histoire de se tirer le plus vite possible. Heureusement, elle n'en avait rien fait. Ou plutôt, si. Elle avait commencé mentalement à rédiger sa paperasse, précaution qui s'avéra totalement inutile lorsqu'elle vit la Salle des Traqueurs.
Et aujourd'hui, elle se disait juste que son prédécesseur devait être un sacré rabat-joie.
« Non, attendez, pas comme ça, vous allez les énerver ! »
Excédée (tout travail a ses mauvais aspects), elle descendit de sa plate-forme de travail et arracha presque le chiffon de lin des mains du médicomage, lequel en fut à peine étonné. Il venait régulièrement, il connaissait donc bien Lauren et ses habitudes de maniaque.
« Comme ça, dit-elle en faisant de grands moulinets sur la paroi de verre, sinon, ils ne sont pas satisfaits. Il faudra que je vous le répète combien de fois encore ?
- Au moins, encore une, répliqua le meds avec sarcasme, n'empêche… Vous vous plaignez avec rien, vous. Moi, ils m'ont jamais rien dit…
- A vous, non, justement, coupa la jeune femme, mais à moi, oui, alors faites votre boulot correctement. »
Elle lui jeta le chiffon à la figure et tourna les talons. Le meds soupira. C'était une bien jolie fille mais quel caractère de chien ! Enfin… Avec un petit sourire ironique, il reprit son boulot en faisant cette fois, de grands moulinets comme elle lui avait montré.
Lauren, pendant ce temps, avait repris sa place, en surplomb de la salle. Elle regarda l'équipe de médicomages s'affairer autour de la cloche temporelle tandis que des Langues de Plomb analysaient des données qui lui resteraient obscures sur le globe principal. Un des mensonges de son prédécesseur qu'elle avait pu mettre à jour très rapidement était justement celui-là : elle n'était jamais seule, ou si peu. La salle, assez considérable, était toujours pleine de monde, que ce soit les médicomages chargés de surveiller l'état de santé des Traqueurs, prisonniers de la cloche temporelle, ou les Langues de Plomb chargées justement de sortir les Traqueurs de là. Une situation épineuse qui s'éternisait depuis maintenant huit ans. A se demander s'ils ne le faisaient pas exprès. Enfin, elle ne s'en plaignait pas. C'était assez égoïste de sa part, compte tenu de la situation, mais elle ne pouvait s'en empêcher. C'est qu'elle les aimait bien, ses Traqueurs.
Elle aimait ses moments de solitude, également. Cela lui permettait de goûter à la grandeur de la salle. Sphérique, d'un diamètre de quarante mètres, la pièce avait un côté apaisant qu'elle ne pouvait ressentir que lorsqu'elle était seule, attablée à son établi, face à la cloche temporelle en contrebas, une « petite » structure de deux mètres de haut et quatre de large, elle-même placée sous le globe, ce gros truc brumeux de dix mètres de circonférence relié à la cloche par un conduit étroit fait de métal. L'ensemble de la structure semblait parfaitement hermétique mais c'était faux. Lauren pouvait entrer en contact avec les Traqueurs via les deux boules de cristal sur son établi. C'est même de cette manière qu'elle les contrôlait (un mot un peu fort, disons, qu'ils acceptaient de l'aider). C'était également comme ça qu'elle avait noué des liens avec eux. Son travail, outre activer le processus, consistait à surveiller la santé mentale de ces malheureux et ce n'était parfois pas une mince affaire, car désormais, ils évoluaient sur un autre plan que le leur. Néanmoins, Lauren y était parvenue, dans la mesure du possible, et ça lui fendait le cœur de les savoir là dedans, privés de tout. Elle ne souhaitait qu'une chose : qu'ils s'en sortent. Mais ce n'était pas demain la veille. Les Langues de Plomb piétinaient lamentablement.
Fichus prétentieux…
Lauren, tranquillement posée sur son siège, regardait les deux boules de cristal avec envie. Ca la titillait d'aller rejoindre ses amis inaccessibles mais elle devait se retenir. Non seulement il y avait du monde, mais en plus, les Aurors pouvaient la solliciter à tout moment. Ils étaient en période de crise ces derniers temps. Jamais encore elle n'avait eu à solliciter autant les Traqueurs. La dernière fois remontait à octobre dernier où ils devaient retrouver des Aurors disparus (dont le fameux Harry Potter !) mais ils avaient été impuissants. Depuis plus rien, mais elle avait la visite fréquente d'Aurors dans son antre, ce qui ne présageait rien de bon.
Pfff… Fichus…
Clac !
Lauren sursauta violemment. La double-porte de l'entrée venait de s'ouvrir à la volée, livrant le passage à une douzaine de personne menées par un jeune type séduisant quoiqu'un peu énervé. Elle reconnut le protecteur américain, Cole, si ses souvenirs étaient bons. Avec appréhension, elle le voyait se rapprocher d'elle, une lueur dangereuse dans les yeux. De près, Lauren put se rendre compte de la belle marque qui s'étalait sur sa joue gauche.
« Dehors, tous, hurla-t-il. Ordre du ministre. »
Lauren en resta estomaquée. De quel droit ce jeune prétentieux, étranger qui plus est, osait-il leur donner des ordres ? Manifestement, cette question taraudait également les médicomages et les Langues de Plomb qui hésitaient visiblement quant à la conduite à suivre. Ils finirent cependant par obtempérer après avoir cherché à démêler le vrai du faux dans les yeux des Aurors qui suivaient le Ricain. Lauren s'apprêta à suivre ses collègues mais Cole la fit rasseoir d'une pression à l'épaule.
« Pas vous, fit-il, je vais avoir besoin de vos compétences. »
Mes compétences ?
Elle vit alors les Aurors prendre position autour de la cloche temporelle et de l'établi et elle comprit. Ils étaient en train de suivre la procédure. Ils se préparaient. Une activation. Ils voulaient activer les Traqueurs.
« Conformément aux ordres reçus par le ministre de la magie et conformément au décret 19-3, alinéa 7, annonça Cole qui avait bien appris son texte, les Traqueurs seront activés aujourd'hui le 5 décembre 2018 à 13 heures 15 heure locale dans le cadre de l'affaire Goodwin. Coordinatrice, êtes-vous prête ? »
Cette dernière mit deux bonnes secondes à saisir que le Ricain s'adressait à elle. Lauren s'attendait plus ou moins à une intervention des Aurors dans les prochains jours, pourtant, elle se trouvait presque prise au dépourvu. Essayant de retrouver un semblant de professionnalisme, elle se racla la gorge et répondit avec sérieux :
« Les Traqueurs seront prêts en temps voulu. Donnez-moi l'identité de celui que vous cherchez et ils vous le trouveront. »
Cole n'hésita pas une seconde.
« Harry Potter. »
Lauren, elle, hésita.
« Je vous demande pardon ?
- Vous m'avez très bien compris, répondit sèchement le jeune homme. Je vous demande de me trouver Harry James Potter. »
Figée de stupeur, Lauren ne réagit pas tout de suite. Harry Potter, le grand héros, suspecté dans une affaire de meurtre ?! C'était absurde. Totalement absurde.
Pourtant, ils semblaient tous y croire. Et ils n'avaient visiblement pas de temps à perdre. Cole, voyant qu'elle était lente à la réaction, se tourna vers l'Auror en faction derrière lui, un grand type baraqué à la mine patibulaire :
« Dawlish, relevez-la de…
- Non ! s'exclama Lauren. Non, c'est bon. Je vais le faire. Accordez-moi une minute, d'accord ? »
Jamais elle n'aurait pensé avoir à rechercher un jour le très grand Harry Potter. L'idée ne l'avait même jamais effleurée, tout comme celle d'abandonner ses amis intemporels. Et pourtant, c'était bien ce dont l'avait menacé l'autre jeune con. Pas le choix. Il fallait s'exécuter et vite. Hâtivement, elle alla vers l'armoire infinie au fond de la salle. Comme son nom pouvait l'indiquer, cette armoire n'avait pas de limite ; elle pouvait ainsi stocker toutes les signatures occultes qu'on lui apportait sans problème. Il lui suffisait de penser à celle qu'elle voulait pour la voir apparaitre dans les premiers rangs. Elle mit donc moins de vingt secondes pour trouver celle de Harry Potter, scellée dans une petite fiole à peine plus grande que le petit doigt. A grands pas, elle revint s'asseoir à sa place.
« Ce sera prêt dans une trentaine de secondes. »
Avec des gestes assurés, elle empoigna la fiole et l'enfonça dans l'encoche entre les deux boules de cristal, tout en psalmodiant en silence une longue série d'incantations. A regarder, cela semblait facile, mais en réalité, la concentration que cela nécessitait était extrêmement épuisante et la moindre erreur de calcul pouvait entrainer une incompréhension de la part des Traqueurs. Mais heureusement, Lauren n'était pas quelqu'un qui se laissait distraire facilement et il lui fallut moins de quinze secondes pour calibrer l'artefact sur la fréquence de Potter. Les boules avaient viré au gris scintillant. Sans hésiter, elle apposa ses paumes dessus et entra en transe. Le reste était maintenant de l'ordre de la formalité.
Mes amis, je vais avoir besoin de vous...
Pendant ce temps, Cole s'adressait aux Aurors sans détacher son regard du globe principal.
« Potter n'est probablement pas armé. Il connait les Traqueurs, il sait qu'utiliser la magie le repérerait aussitôt. Nous savons également qu'il n'a pas de baguette, les Aurors qui ont échoué dans son arrestation l'ont retrouvée. Donc, à moins qu'il n'ait volé une baguette à quelqu'un d'autre, Potter est sans défense. Réduit à rien de plus qu'un moldu. Tous ce que nous pouvons espérer maintenant, c'est qu'il n'ait pas profité de son transplanage pour quitter le pays…
- Trouvé ! »
Le cri fit aussitôt taire la diatribe du ricain. Ce dernier regardait désormais le globe avec un intérêt presque indécent. Potter n'avait pas quitté le pays, les Traqueurs l'avaient repéré. Rien ne pouvait leur échapper ; même lorsque la magie n'était pas sollicitée, ils trouvaient. Tout était une question de temps. Ce qui était très relatif étant donné que les Traqueurs avaient mis moins d'une minute à trouver la cible.
Le globe au-dessus de la cloche temporelle devint aveuglant pendant une longue seconde, puis la lumière se dissipa et une carte du Royaume Uni commença à se dessiner dans la brume. Fixe, elle se mit à grossir et à se centrer sur le Sud-Est du pays. Sur…
« Londres. La cible se trouve, à deux cent mètres au nord de Hyde Park. »
Cole avait désormais devant lui un plan en 3D du quartier ouest de Londres. Un point lumineux restait fixe, la carte bougeait autour de lui, mimant les déplacements désordonnés de Potter. Pas de doute, il était à Londres.
Ce qui intrigua assez Lauren. Que foutait Potter aussi prêt du ministère ? Il cherchait à se faire choper ou quoi ? Peu importe, de toute façon, les Aurors ne se posaient même pas la question.
« Dawlish, fit Cole d'une voix forte, prenez un détachement d'Aurors et ramenez-le. Usez de tous les moyens possibles mais qu'il ne vous échappe pas.
- Bien, monsieur, répondit-il en tournant aussitôt les talons, suivi de près par une demi-douzaine d'Aurors.
- Est-ce que cela enregistre les mouvements en temps réel ? »
Lauren mit un certain temps à comprendre qu'il s'adressait à elle.
« Euh… Oui, monsieur.
- Parfait, ne le perdez pas. Je ne veux rien manquer de l'arrestation.
- Entendu. »
Lauren déglutit discrètement. Le regard rivé sur le globe, elle s'apprêtait à assister à la chasse à l'homme la plus insolite jamais vue ces dix dernières années.
Dring !
Hermione grogna d'impatience. Ce n'était pas le moment. Habituellement, le téléphone ne sonnait jamais, exception faite des coups de fils occasionnels de ses parents et de ses quelques amis moldus. Autrement, ce fichu bidule restait silencieux. Et c'est maintenant, alors qu'elle n'avait absolument pas le temps, que quelqu'un décida de lui passer un coup de fil. C'était pas possible.
Hermione ne faisait que passer en coup de vent chez elle. Le message de Ron était laconique mais le peu qu'elle avait saisi ne lui plaisait pas. Ginny avait des problèmes, Harry aussi apparemment et pour des raisons qui lui échappaient, Ron avait refusé de lui dire exactement ce qui se passait. Tout ce qu'il avait fait, c'était lui ordonner – le terme n'est pas exagéré, il avait vraiment exigé – qu'elle reste à Poudlard pour le moment. Il s'occupait de tout, avait-il ajouté sur une note rassurante. Cela n'empêcha pas Hermione de se ronger les sangs. Cette tension, cette nervosité dissimulée…. Cela lui rappelait de mauvais souvenirs, comme cette période horrible où Ron travaillait sur l'affaire Muzoray. Elle le reconnaissait à peine alors, notamment lorsqu'il revenait d'une scène de crime. Pâle, hâve, il faisait vraiment peine à voir. Mais ce qui l'avait le plus inquiétée n'était pas cette terreur qu'elle voyait luire au fond de ses yeux, mais plutôt cette manie qu'il avait de répéter sans cesse que tout irait bien, qu'il s'occupait de tout, alors qu'il suffisait de le regarder deux secondes pour comprendre que ce n'était pas le cas, qu'il ne contrôlait rien, que tout le dépassait. C'est pourquoi lorsqu'elle avait vu cette phrase dans son mot, ce tissu de non-dits qui concernait deux de ses meilleurs amis, elle avait aussitôt annulé ses cours de l'après-midi et demandé à Flitwick le reste de sa journée. Ce dernier lui avait naturellement accordé et elle avait aussitôt transplané.
Arrivée chez elle, Hermione se rendit compte qu'il n'y avait personne. Elle s'attendait pourtant à trouver Ron, voir même Ginny, ou Harry, mais non, la maison était désespérément vide. Cela ne fit que monter d'un cran son anxiété. Ces derniers temps, un rien suffisait à l'inquiéter, surtout lorsque cela concernait son mari et son meilleur ami. La Confrérie de Minuit… Chaque jour, elle entendait parler des nouvelles victimes dont ces monstres s'étaien rendus responsables, et chaque jour, elle priait pour ne pas entendre le nom de Ron ou Harry parmi eux. C'était d'ailleurs devenu un sujet de dispute fréquent dans le couple, notamment depuis cette opération désastreuse où Harry était revenu la gorge ouverte et Ron la main définitivement mutilée. Ron disait que c'était son travail, son devoir, de se battre et Hermione lui objectait que les choses avaient changées, qu'il n'était pas seul, que d'autres pouvaient le faire, qu'il avait des enfants et qu'il ne pouvait plus se permettre ce genre de folie comme du temps de Voldemort ou de Muzoray. Généralement, ce genre de discussion finissait mal ; une fois même, ça s'était terminé en pleurs. Et aujourd'hui, elle espérait de tout son cœur que ce qui s'était passé n'était rien de définitif. Car sinon, dans un accès de colère, elle ne savait pas ce qu'elle pourrait hurler à Ron. Mais ce dont elle était sûre, c'était que ce serait irréversible.
Et cette cochonnerie de téléphone…
Après tout, peut-être s'en faisait-elle pour rien. Elle irait faire un tour au Terrier afin d'avoir des nouvelles et si elle n'était pas rassurée, elle irait directement au ministère. Ce n'était probablement rien de grave, elle dramatisait peut-être… Elle… Elle…
Saleté de téléphone !
Ca n'avait pas suffi qu'elle fasse mine de pas répondre. Celui qui se trouvait de l'autre côté du fil était obstiné. A grands pas, elle traversa la cuisine et décrocha rageusement.
« Allo ? »
Et la voix au bout du fil fut la dernière qu'elle s'attendait à entendre.
« C'est un piège, c'est un coup monté ! »
Hermione en eut le souffle coupé.
« Harry… »
Ca ne devait pas se passer comme ça. Ca ne doit pas se passer comme ça !
Harry s'impatientait sur cette saleté de portable qu'il arrivait tout juste à manier. L'engin sonnait dans le vide. Désespérément. Encore un ou deux essais, ensuite, il lui faudrait passer à autre chose. Déjà que question discrétion, il avait un peu foiré avec l'autre type alors maintenant…
Harry était perdu. La colère qui lui avait permis de rétamer trois Aurors armés s'était évanouie aussi vite qu'elle était apparue, le laissant dans un état de désarroi tel qu'il avait connu un court moment de panique.
Mais maintenant, ça allait. Il avait les idées claires. Et il comprit qu'il lui restait peu de temps. Il n'avait pas toutes les données de cette mascarade en mains mais ce dont il était sûr, c'était qu'étant donné qu'il était devenu le principal suspect du meurtre de Goodwin, les Traqueurs allaient être activés. Ce qui voudrait dire qu'il faudrait moins de quelques secondes aux Aurors pour le retrouver. Quelques secondes… Sans comptait le délai entre l'ordre de Wentkell et l'activation de l'artefact. Soit à peu près trois heures le temps de tout préparer. Trois heures qu'il devait mettre à profit pour concevoir un plan afin de se sortir de cette mouise.
Que faire ? Se rendre ? Exclu. Il était clair que le ministère n'était plus sous leur contrôle et dieu sait jusqu'où s'étendait l'influence de Janus. Se rendre serait la dernière erreur à faire en ce moment. Se battre ? Contre tous les Aurors ? Exclu aussi. Fuir ? Oui, c'était la seule solution. Il devait fuir. Mais où qu'il aille, les Traqueurs le trouveraient. Que faire ? Où fuir ?
Harry avait mal à la tête.
Il avait besoin d'aide.
Il n'était pas loin de midi lorsque Harry transplana à Londres. Le choix de la capitale pouvait paraitre étrange, voire carrément stupide étant donné la proximité avec le ministère. Mais pour Harry, c'était le meilleur choix possible. Il espérait que la foule dissuaderait les Aurors d'attaquer massivement. De plus, il connaissait Londres, plus que toute autre ville. Un avantage certain en cas de fuite précipitée. Cela ne faisait que deux arguments favorables mais ça lui suffisait. Pour le moment, en tout cas.
Ensuite, de l'aide. Il ne pouvait voir personne à Londres sans se faire repérer immédiatement. Nul doute que son nom et son portrait étaient placardés partout. Il devait donc faire autrement. Mais comment prévenir quelqu'un ? Les patronus étaient à éviter (de toute façon, il n'avait pas de baguette sur lui) et les hiboux lui étaient inaccessibles. Serrant les dents, il scruta la foule, espérant trouver une idée. C'est alors qu'il vit un passant avec un téléphone à l'oreille.
La technologie moldue n'était pas surveillée par le ministère, une lacune qui les avaient souvent desservis mais qui allait peut-être lui permettre de s'en sortir. Il traversa rapidement Warwick Avenue et d'un geste vif, il s'empara de l'appareil, à la grande surprise du type qui se mit aussitôt à lui courir après. Harry mit quinze bonnes minutes à le semer, cinq autres pour trouver comment raccrocher, et dix autres pour trouver comment entrer un numéro. A ce moment-là, il se trouvait sur Baywater Road, non loin de Lancaster Gate, sur la bordure nord de Hyde Park.
L'idée était d'essayer de contacter Ron. Si Ginny se trouvait réellement au ministère, il ne faisait aucun doute que Ron avait prévenu la famille. Et même si vraisemblablement, il n'avait pas dû quitter le chevet de son unique sœur, il n'était pas impossible qu'il passe chez lui. Et, si c'était le cas, il comptait bien lui parler. Pour s'expliquer. Pour tirer au clair ce délire. Car il était sûr que Ron ne l'avait pas lâché. Qu'il ne croyait pas à sa culpabilité.
Marchant d'un pas vif, il entra le numéro et attendit impatiemment que quelqu'un réponde. En vain. Il compta vingt sonneries avec de raccrocher. Cinq minutes plus tard, il recommença. Rien non plus. Il raccrocha au bout de vingt sonneries et attendit cinq autres minutes avant de recommencer. Ce manège, il le fit une bonne dizaine de fois, rongeant son frein un peu plus à chaque tentative. Sans même s'en rendre compte, ses pas l'avaient porté devant Marble Arch, au croisement de Baywater et Edgware Road, là où la rue nord de Hyde Park devenait Oxford Street. Après une enième tentative infructueuse, il décida de monter dans un taxi et de changer de quartier. Cela devenait dangereux de rester là. D'un signe de la main, il fit arrêter un véhicule et grimpa rapidement à l'intérieur.
Il était 13 heures 15.
« Oui, monsieur ?
- Tooley Street, s'il vous plait. (C'était la rue la plus éloignée qu'il connaissait)
- Ca marche. »
Le taxi démarra et Harry souffla un peu. Calmement, il enfonça la touche bis du portable et commença à compter.
Un, deux, trois, quatre, cinq…
Le taxi obliqua sur Park Lane en direction de Green Park. Toujours rien.
Onze, douze, treize, quatorze…
Il venait d'entrer sur Constitution Hill lorsque…
« Allo ? »
Sans même réfléchir, Harry s'écria :
« C'est un piège, c'est un coup monté ! »
Un temps puis :
« Harry… »
Ce n'était pas Ron, c'était…
« Hermione ?
- Harry, c'est toi ?
- Hermione, dieu soit loué, je commençais à désespérer.
- Mais qu'est-ce qui se passe ? Tu as l'air paniqué.
- Hermione, j'ai très peu de temps, alors s'il te plait, tu te tais et tu te contentes de m'écouter, ok ?
- Har…
- Ok ?!
- Ok, ok… »
Du coin de l'œil, Harry observa le conducteur du taxi. Ce dernier l'observait également via le rétroviseur. Clairement, il se demandait qui était le gugus qu'il avait embarqué. S'il ne voulait pas avoir des problèmes en plus, Harry allait devoir choisir soigneusement ses mots.
« J'ai des problèmes. De très gros problèmes. Ils m'ont eu, Hermione, ils ont réussi à me piéger…
- Mais qui ?
- Tu sais très bien qui. On ne fait que parler d'eux depuis des mois. »
Harry laissa à Hermione le temps d'assimiler et lorsqu'il entendit à l'autre bout du combiné un soupir de compréhension, il reprit :
« J'ai besoin d'aide, Hermione. Je ne sais pas quoi faire. Je... Je les ai tous sur le dos, maintenant, c'est moi la cible. Ils vont me traquer, Hermione. Ils… »
Maintenant, c'est de la crainte que Harry percevait dans le reflet du conducteur. Il devait en finir vite. Heureusement, Hermione comprenait vite.
« Les Aurors vont te traquer, mais pourquoi ?
- Goodwin. »
Un temps. Puis un nouveau soupir. De stupeur.
« Non, ils n'ont tout de même pas…
- Si… Hermione, je n'ai pas le temps, je…
- Il faut que tu te rendes. »
Harry n'en crut pas ses oreilles.
« Quoi ?
- Il faut que tu te rendes, répéta-t-elle, tu n'as rien fait, ils ne peuvent pas t'emprisonner. Si tu vas au ministère…
- Hermione, réfléchis un peu voyons, grinça Harry avec agressivité (dans sa poitrine, le Passager Noir s'énervait ; Harry avait de moins en moins les idées claires). Pourquoi, selon toi, j'appelle d'un portable volé ? Pourquoi, selon toi, est-ce que je suis en train de fuir ? Hermione, bon sang, tu n'as pas encore saisi ? Le ministère n'est plus sous notre contrôle. Me rendre à cette seconde, c'est me jeter dans la gueule du loup. Je ne sais pas combien de temps il me reste avant qu'ils n'activent les Traqueurs, mais c'est très peu. Ecoute-moi bien, peux-tu contacter Ron ?
- Euh… Oui, mais…
- Alors, donne-lui ce message de ma part, je sais qu'il ne me trahira pas. J'ai réfléchi et je pense que l'Ordre des Origines est lié à la Confrérie. Plus encore, je pense que Malefoy… Allo ? »
La connexion s'est coupée. Harry regarda l'appareil, effaré. Le portable s'était tout bonnement éteint. Pourtant, d'après ce qu'il avait vu, il restait une bonne heure de batterie. Cela ne lui plaisait pas du tout.
« Ecoutez, fit le chauffeur d'une petite voix, je ne veux pas de problème, d'accord ? Je ne…
- Continuez de rouler et vous n'en aurez pas. (Il essaya de rétablir le contact sans succès ; le gadget refusait obstinément de s'activer.)
- O… Ok… Je… Mais…
- Quoi ?
- Les commandes…
- Eh bien ?
- Je ne les contrôle plus. »
Harry se précipita à l'avant. Effectivement, le volant tournait tout seul et il était prêt à parier que les pédales s'enfonçaient sans l'intervention de ce brave homme. Harry regarda devant lui. Il avait quitté The Mail et obliqué sur Birdcage Walk. En clair, ils s'éloignaient de Tooley Street pour un coin plus isolé.
Clac !
Les portières venaient de se verrouiller. Harry essaya de forcer les verrous, rien à faire. Ces saletés étaient solidement ancrées.
« Mais c'est quoi ce délire ? »
Harry soupira.
« Et merde… »
Finalement, ces efforts avaient été vains.
Ils l'avaient trouvé.
Pire, encore, ils étaient en train de le capturer.
Une technique vieille comme le monde. Il l'utilisait déjà alors qu'il n'était qu'un bleu. Une équipe d'Aurors devait l'avoir en visuel et à distance, ils s'étaient emparés des commandes du taxi afin de l'amener en lieu sûr et l'arrêter en toute sécurité. Et bien sûr, histoire que leur cible ne prenne pas la tangeante, ils avaient entièrement cloisonné le véhicule, physiquement et magiquement. Un plan très simple et très efficace pour peu que la cible ne s'en rende compte que tardivement. En effet, tout reposait sur la rapidité, une fois la combine mise à jour, un sort simple permettait de faire sauter la porte. Mais Harry n'avait pas de baguette et les Aurors le savaient. Le Survivant serra les dents. Ils devaient penser l'avoir bien attrapé mais ils se trompaient. Il n'avait pas dit son dernier mot, il savait comment sortir.
« Je suis désolé de vous avoir entrainé là dedans, dit-il au chauffeur, mais ne craignez rien. A votre réveil, vous ne vous rappellerez plus de rien. »
Brutalement, il enfonça avec deux doigts les carotides du pauvre homme lequel s'écroula comme une masse. Une vieille technique apprise de Callaghan qui s'avérait être très utile. Laissant là le type inconscient, il agrippa le frein à main et le releva brusquement. L'Auror aux commandes ne vit pas le coup venir et la voiture partit en vrille, les quatre roues bloquées. Harry s'enfonça dans son siège et attacha sa ceinture. Une seconde plus tard, la voiture fut sur le capot.
Avec un sourire, Harry vit que toutes les vitres étaient en miettes.
Liam Dawlish, fils de John Dawlish, avait suivi les traces de son père. Il était Auror depuis maintenant dix ans et enfin, il avait une grosse affaire, une affaire importante qui le rendrait probablement aussi, si ce n'est plus, réputé que son paternel. Et pas n'importe quoi, une capture, celle du plus célèbre sorcier de toute l'Angleterre.
Harry James Potter.
Liam ne savait pas trop ce qu'avait fait l'Elu pour se retrouver là et à dire vrai, il n'en avait rien à faire. Comme son père, il était pragmatique. On lui disait de faire quelque chose, il le faisait, point à la ligne. Et pour une fois que ça n'avait rien à voir avec de la surveillance rapprochée… Il n'était pas en première ligne comme Finnigan ou Cole, mais là, il allait réussir là où ces deux grands « soldats » avaient échoué, à savoir choper cette anguille de Potter.
Enfin, là pour l'instant, c'était mal parti.
Dawlish avisa le taxi renversé en contrebas. Il se trouvait, lui ainsi que toute son équipe (une douzaine d'Aurors), sur le toit d'un immeuble d'habitation en face de St James's Park, le long de Birdcage Walk. L'idée avait été d'amener Potter dans une ruelle proche de l'Abbaye de Westminster mais ce salaud était parvenu à renverser la voiture, dieu sait comment.
« Travis, qu'est ce qui s'est passé ? »
Travis ouvrit les yeux, visiblement contrarié. Il était assis sur une chaise, les jambes légèrement en avant et les bras levés, comme pour mimer un homme au volant. Avec un grognement, il se tourna vers Liam.
« Il a enfoncé le frein à main. Je n'ai pas vu le coup venir. »
Tout simple et très ingénieux. Du Potter, quoi.
Il regarda à s'en faire mal aux yeux le taxi fumant. Déjà un troupeau de badauds se formait tout autour. Si seulement Potter s'était évanoui, ce serait un jeu d'enfant pour eux de le cueillir à l'hôpital. Mais non. Une silhouette était en train de se faufiler par l'une des vitres éclatées. Potter, assurément.
Pour la discrétion, c'était râpé. Autant y aller franco et laisser les pots cassés aux Oubliators.
« Jenny, toi et cinq autres, allez sur la bordure, assurez vous que toutes les issues sont bloquées et attendez les ordres. Restez sur le qui-vive si jamais j'ai besoin de vous.
- D'accord, fit la jeune femme sans poser de question.
- Travis, debout, enchaina-t-il tandis que la dénommé Jenny désignait cinq Aurors parmi les douze présents. Toi et ceux qui resteront, vous venez avec moi.
- Pour ?
- Choper Potter. » Et à la cantonade : « Tous à vos balais ! »
Et d'un même mouvement, les sorciers rejoignirent leur balai, des engins spéciaux équipés d'un sort de désillusion permanent qui rendait invisible le propriétaire aux yeux des moldus. Juché sur sa Comète 360, Liam vit six d'entre eux obliquer vers l'est et le nord tandis que les autres attendaient derrière lui. En toute logique, Potter était bloqué. Le ministère avait activé une mesure d'urgence et un dôme anti-transplanage de type 1 avait été dressé au-dessus de quartier. Il était impossible d'en sortir par voie magique mais il n'était pas exclu de transplaner à l'intérieur (c'est bien pour ça que la première chose qu'il ait faite ait été de jeter un sort anti-transplanage sur le véhicule moldu). Tout cela, Potter l'aurait compris et Liam devait faire en sorte qu'il ne traverse le champ de confinement, d'où la présence de l'autre équipe.
Tout se passait pour le mieux. Potter n'avait ni balai, ni baguette et plus d'une vingtaine d'Aurors l'encerclait. Il était cuit.
« Allons-y. »
Et d'un seul mouvement, ils descendirent en piqué.
« Ca va, monsieur ? »
Harry s'extirpa de la voiture avec difficulté. Avisant une ruelle au loin, il ignora la main tendue du bon samaritain et essaya de se relever par ses propres moyens. Sa tête lui faisait l'effet d'un marteau pilon et du sang poissait ses cheveux mais malgré tout, il avait les idées claires. Ce que certains badauds ne semblaient pas comprendre vu leur insistance à lui venir en aide. Non pas que cela le gênait (il les comprenait après tout) mais il avait vu la demi-douzaine d'Aurors sur leurs balais (protégés par un sort de dissimulation anti-moldu, étant donné que ces derniers ne bronchaient pas) et à leurs mouvements, ils s'apprêtaient à fondre sur lui. Il était donc préférable qu'il décampe avant qu'ils n'accomplissent la jonction.
Un peu désorienté, Harry parvint à se frayer un chemin à travers la foule. En deux enjambées, il entra dans l'ombre de la ruelle.
L'idée était simple : affronter les Aurors en milieu confiné. La ruelle dans laquelle il venait de pénétrer n'était que la première d'un réseau qui s'étendait sur tout le pâté de maison. Ce dédale était parfait. Isolé, étroit, encombré, il aurait l'avantage face à des ennemis montés sur balais et handicapés par la vitesse. Naturellement, ces derniers avaient leur baguette mais c'était un risque moindre. Harry pouvait encore transplaner ; pas très loin d'accord (il avait vérifié, le dôme était actif) mais cela lui serait suffisant. Car ce que ses poursuivants ignoraient probablement, c'était qu'il était un expert en close combat.
Il n'était plus temps de tergiverser. Les Aurors arrivaient.
Harry courait. Derrière lui, il entendait les sifflements des balais. Il en compta deux. Les quatre autres devaient surplomber les bâtiments pour le prendre à revers. Serrant les dents, il vit une benne un peu plus loin et accéléra. Des éclats de voix lui parvinrent et sans ralentir, il sauta contre le mur, rebondit et s'agrippa à une échelle basse, évitant ainsi les deux stupéfix de ses assaillants. Il n'était plus qu'à deux mètres de la benne. En deux enjambées, il sauta et, à la stupéfaction des deux Aurors, se retourna. Le plan marcha. Les Aurors n'eurent pas le temps de l'éviter. Harry chopa le balai qui lui fonça dessus.
Tout alla très vite. Emportés par l'artefact, Harry et l'Auror furent totalement à la merci de la vitesse. Harry fut le premier à se reprendre et força sur le manche pour aller sur la droite. Le brusque changement de cap surprit l'autre sorcier qui n'eut pas le temps de redresser et se mangea le rebord du mur. En d'autres circonstances, Harry aurait eu du remord pour ce pauvre type qui venait de faire une chute de dix mètres mais pris par les évènements, il n'eut même pas le temps de saisir où se trouvait le sol et le ciel. Car en une seconde, tout se passa en simultané : les quatre autres Aurors qui apparurent soudain, la volée de sorts qu'ils lancèrent sur lui et son infortuné collègue et enfin la brusque embardée du balai qui rebondit plusieurs fois sur les murs. Harry fut perdu un instant dans les éclats écarlates et les morceaux de ciment qui volaient en tout sens. A peine se rendait-il compte que l'Auror essayait de se dégager en le frappant ; à moins qu'il bataillait pour tenir sur sa monture de bois, Harry n'aurait pu le dire. Devant eux, le mur formait l'angle avec la ruelle. Les Aurors s'étaient égayés comme une volée de moineaux à l'approche du balai fou et rien ne put éviter le choc entre les deux hommes et la fenêtre de l'appartement. Le verre vola, le bois cassa, le balai se perdit dans la salle dévastée, Harry et l'Auror furent avalés par le nuage de poussière.
Au-dessus d'eux, les Aurors reprenaient leur formation.
« On le tient, jubila Dawlish. Travis, Law, avec moi. Drabin, tu restes ici surveiller. »
Les Aurors répondirent par l'affirmatif et se mirent en place. Malgré son air réjoui, Liam était furieux. Rester avait très mal atterri et dieu sait dans quel état se trouvait Carver. Il allait lui payer au centuple ce qu'il avait fait, foi de Dawlish. Après tout, ils étaient en situation d'urgence et il arrivait qu'il y ait des débordements.
De toute façon, il était coincé.
Il fit un arc de cercle avec son balai et fondit dans l'appartement, suivi de près par Travis et Law.
« Il est dans un appartement, monsieur. Les Aurors l'encerclent.
- Parfait, s'exclama Cole, ne les perdez pas surtout. Potter est cuit. »
Elle n'en était pas si sûre. C'était sûr, à voir ce point lumineux entouré de tous ces points verts, on pouvait croire ledit point lumineux perdu. Mais Lauren savait faire la différence, et ce qu'elle n'avait pas dit à l'américain, c'était la fluctuance d'énergie qu'elle avait ressenti quelques secondes auparavant.
Pas de doute, Potter avait une baguette.
Elle aurait voulu être une petite souris à cet instant, juste pour voir ce qui allait se passer lorsque les points verts allaient rencontrer le point jaune…
L'appartement était vide, heureusement.
Sonné, Harry se releva en trébuchant sur les morceaux de verre brisé et de bois éclaté. Le cadre de la fenêtre, deux chaises, ainsi qu'une table basse étaient en mietteS. Sévèrement entaillé au front, l'Auror essayait de se redresser parmi les débris mais Harry ne lui en laissa pas le temps. D'un coup de pied, il envoya le sorcier en arrière. Dans la rue, Harry entendit les sifflements des balais. Il n'avait plus le temps. Sans réfléchir, il sauta sur l'Auror gémissant, s'empara de sa baguette et marmonna une incantation en visant le mur, le rebord de la fenêtre et la porte.
L'instant d'après, trois balais firent leur apparition avec perte et fracas.
D'une brusque torsion du poignet, Harry enclencha son piège et les trois fils invisibles apparurent, désarçonnant les trois Aurors qui ne virent pas le coup venir. Le reste se perdit dans un chaos indescriptible. Une lutte acharnée commença entre Harry et les trois Aurors rapidement remis de leur chute. Les sortilèges pleuvaient dans tous les coins. Les quelques meubles restants volèrent en éclat sous le coup des stupéfix. Harry ne savait pas qui habitait là mais qui que ce soit, il allait avoir une sacrée surprise lorsqu'il rentrerait.
Le Survivant savait qu'il ne s'en sortirait pas. Le transplanage était son seul échappatoire, mais le feu nourri de ses adversaires l'empêchait de se concentrer. Il n'arrivait pas à prendre l'avantage, les attaques combinées des trois Aurors le mettait en grande difficulté, d'autant plus que la baguette qu'il avait entre les mains n'était pas la sienne.
« Stupéfix ! Argento ! Incarcerem ! Expelliarmus !"
Le plus vieux des trois était également le plus acharné. Harry reconnu Liam Dawlish, un Auror qui n'avait rien d'exceptionnel mais qui pouvait se montrer redoutable avec une baguette. C'était sur lui qu'il se concentrait en priorité, se contentant de parer les deux autres avec des éclats de l'appartement dévasté et en restant extrêmement mobile. Mais cela ne suffisait pas. Il sentit la fatigue lui couper les jambes et une seule seconde lui serait fatale. Il devait changer de tactique.
Faisons-le à la méthode Callaghan.
Profitant d'une micro seconde de relâchement, Harry pointa sa baguette sur le sol et usant du plus puissant sortilège de lévitation qu'il connaissait, arracha le parquet et le propulsa contre ses assaillants. Ces derniers, décontenancés par cette tactique étrange, détruisirent l'obstacle à coup de sortilèges.
Maintenant !
Surgissant des débris, Harry fondit sur Dawlish qui écarquilla les yeux d'étonnement. Il eut à peine conscience de la baguette qui s'échappa de ses doigts, emportée par un Expelliarmus. Le Survivant s'était focalisé sur Dawlish, et porté par son élan, il lui fracassa le visage d'un coup de poing avant qu'il puisse comprendre ce qui lui arrivait.
Bien que puissant, le coup ne l'assomma pas et Liam, le nez éclaté, se redressa avec un cri de rage, la baguette grésillante. Harry évita d'un pas sur le côté le sortilège de stupéfixion et lui envoya un direct à l'estomac. Les autres finirent par réagirent et levèrent leur baguette mais Harry fit brusquement volte face et en trois secondes, mit ses deux adversaires au tapis (un coup dans les rotules en premier, un coup de coude en second pour l'achever et un sortilège de stupéfix avec la baguette du type pour neutraliser le deuxième). Sans se relâcher, Harry se retourna pour achever Dawlish mais…
« Expelliarmus ! »
La baguette lui vola des mains mais Harry s'y attendait. D'un coup de pied, il s'empara d'un pied de chaise et frappa la main tendue de l'Auror. La baguette roula sous un meuble, mais cela ne découragea pas Liam qui bondit sur Harry, le poing levé. Bien que non entrainé, Dawlish savait se battre mais il n'était rien face à Harry, qui avait appris la technique auprès du meilleur – et du plus taré, aussi – des professeurs. Il mit quand même une bonne minute à vaincre Dawlish qui parvint néanmoins à lui éclater la lèvre. Derrière lui, le plancher –ou ce qu'il en restait – grinça. Harry se retourna et vit l'Auror qu'il n'avait pas stupéfixé se redresser avec la baguette à la main.
« Stu… »
Il ne finit jamais. Harry avait foncé sur lui et d'un coup d'épaule, lui avait coupé la respiration. Tout deux à terre, le Survivant vit alors quelque chose qu'il avait totalement oublié. Le balai. Probablement celui sur lequel il était entré, vu l'endroit où il avait atterri. Il eut une idée. Arrachant des mains la baguette, il s'empara du balai et agrippa le poignet de l'Auror. Il aurait pu s'enfuir avec mais il avait depuis longtemps compris qu'un autre sorcier l'attendait dehors, prêt à le neutraliser. Il devait donc faire diversion. Il plaqua le bras de l'homme contre le manche en bois du balai et le fixa à l'aide d'un incarcerem. L'autre fini par comprendre ce qu'il s'apprêtait à faire.
« Non ! » cria-t-il en se débattant.
Mais Harry avait relevé sa baguette.
« Rapido ! »
Le balai partit comme une fusée, trainant derrière lui l'Auror impuissant. Ce qui était sûr, c'est que le type dehors était vraiment au qui vive car moins d'une seconde après que le balai ait mis le manche dehors, un sortilège de stupéfixion le percuta de plein fouet, l'envoyant valser contre le mur où il cassa en deux. Harry entendit l'autre pousser un juron et quitter son poste. C'était le moment. Il n'avait que quelques instants pour détaler, le temps que l'autre se rende compte de son erreur. Fébrilement, il chercha des yeux un autre balai, en trouva un, planqué dans le sofa, et, sans plus attendre, l'enfourcha. Il n'y avait personne pour l'arrêter. Un stupéfixé, un assommé et un dernier en trop mauvais état. Il avait le champ libre. D'un coup de pied, il s'envola. Il pouvait…
« J'te tiens. »
Il avait mal jugé Dawlish. Ce dernier était parvenu à se redresser sur ses pattes et avait sauté sur Harry au moment où celui-ci allait sortir. Ils se retrouvèrent ainsi sous la neige, à deux sur un balai qui n'avait plus aucun contrôle.
« Au nom du ministère, je… »
Il ne put jamais finir. A la dernière seconde, le balai évita le mur grâce à l'intervention de l'Auror. Harry et Dawlish se retrouvèrent propulsés le long de la ruelle, parmi les escaliers métallique et les bennes glacées. Harry bataillait pour ne pas tomber. Seuls une jambe et le bout de ses doigts l'empêchaient de s'écraser. Liam l'avait bien compris et essayait de le faire lâcher prise et de reprendre le contrôle de sa monture. Harry ne le laissa pas faire. Il se lança en avant, lâcha le manche et agrippa le poignet et le col de l'Auror.
« Lâche-moi ! »
Mais Harry n'en fit rien. Il parvint à abaisser le bras de Liam pour que la baguette touche le manche du balai.
« Accroche-toi. Confuso »
Le balai était difficilement maniable il y a une minute, il était maintenant ingouvernable. Dawlish essaya néanmoins d'y remédier, mais l'engin refusait obstinément d'obéir. Les deux hommes se retrouvèrent ballotés d'un mur à l'autre, pris dans une tourmente immaculée. Ils purent néanmoins se rendre compte qu'ils fonçaient dans un cul de sac, Dawlish le premier, qui hurla.
Le choc fut terrible. Le balai se prit dans l'un des escaliers de secours et propulsa Harry et Dawlish contre le mur. Heureusement qu'un ban de neige était là, sinon, le coup les aurait probablement tués. Harry s'en rendit à peine compte. Le choc lui avait coupé la respiration et il eut le plus grand mal à ne pas s'évanouir. A deux mètres de lui, le balai s'écrasa mais il n'avait pas la force de l'atteindre. Par Merlin, il avait même du mal à se relever.
Les secondes s'égrenèrent dans une atmosphère d'irréalité. Harry avait du mal à croire à tout ce qui venait de se passer en si peu de temps. Et ce n'était pas fini. Il devait fuir au plus vite. Si Dawlish ne bougeait plus pour le moment, les autres n'allaient pas tarder à arriver. Etourdi, il essaya de faire un pas mais cela le propulsa encore plus loin du balai. Fermant les yeux, il attendit une dizaine de seconde que son mal de crâne se calme et réessaya de nouveau. Il put cette fois-ci bouger sans problème. De plus en plus lucide à mesure que le temps passait, il avança vers l'engin. Mais…
« Plus un geste ! »
Il se tourna vers celui qui lui avait intimé l'ordre. Il reconnut l'Auror qu'il avait propulsé contre le mur. Il s'en est assez bien tiré était donné qu'il n'avait aucun mal à se tenir debout. Derrière lui, deux autres silhouettes apparurent. L'Auror qu'il avait stupéfixé dans l'appartement et le sorcier qui l'attendait dehors. Trois baguettes se trouvait donc là à le menacer. Harry sentit sa mâchoire se crisper.
Tous ces efforts pour rien.
« C'est terminé, Potter. »
Harry tourna à peine la tête. Dawlish était debout contre le mur, la baguette pointée sur son dos. Il paraissait aussi sonné que lui mais comme lui justement, ses yeux se faisaient plus vifs de seconde en seconde. Un sourire goguenard s'étalait sur son visage.
« Tu nous en as fait baver, mais la course s'arrête là. »
Harry ne trouva rien à répondre.
« Ils l'ont coincé, monsieur.
- C'est parfait, clama Cole. Qu'ils procèdent à l'arrestation. »
Lauren était stupéfiée. Via les Traqueurs, elle avait assisté à l'affrontement et il faut bien le dire, Potter était à la hauteur de sa réputation. Elle trouvait presque dommage que cela doive se terminer ainsi.
Tandis que derrière elle, Cole donnait fébrilement ses ordres dans son magicophone, elle replongea en transe. Elle ne voulait rien manquer.
C'est alors qu'elle sentit quelque chose d'inattendu.
Malgré elle, elle eut un sourire.
Finalement, Potter n'avait pas dit son dernier mot.
La philosophie Callaghan.
C'est ainsi que Harry avait surnommé tout les préceptes que son ancien mentor lui avait inculqué. Sortilèges, styles de combat, tactiques, c'était tout l'héritage Callaghan qui lui avait été transmis, à lui, son dernier élève. Et c'était précisément cet héritage qui le retenait de se rendre ce jour-là.
Harry était épuisé. Il avait mal partout, sa lèvre fendue n'arrêtait pas de saigner et à en juger par la douleur sourde qui s'étendait de son cou jusqu'au bout de ses doigts, il s'était probablement déboité l'épaule droite. Il parvint à rester lucide malgré les pulsations douloureuses de son crâne et ce qu'il voyait n'avait rien d'engageant. Quatre Aurors l'avaient mis en joue, il était fini.
« Equipe 2, venez nous rejoindre, on l'a coincé. »
Et voila qu'en plus, Dawlish appelait du renfort. Décidément, il n'y avait plus rien à faire.
Le Survivant soupira. Avec un sourire, il pensa à ce qu'aurait dit Callaghan s'il l'avait vu aussi abattu.
« Debout, gamin ! T'es quoi, là, un homme ou une loque ? Regarde-toi ! T'abandonne alors qu'ils ne sont que quatre. Quatre, bordel ! C'est comme renoncer à passer la ligne d'arrivée après avoir sué sang et eau pour dépasser tes adversaires. C'est minable, fiston. »
Pas de doute, il lui aurait dit quelque chose comme ça. Et curieusement, Harry cessa de sourire. Il venait de se rappeler une des règles de base de Callaghan, l'une des plus importantes que ce vieux fou lui avait appris.
« N'abandonne jamais. Quelque soit la situation, tant qu'il te reste un outil susceptible de renverser la vapeur, tu n'as pas le droit de baisser les bras. Lève-toi, bat-toi et ne renonce jamais. »
Harry sentit son sourire revenir. Des outils, Callaghan s'était acharné à lui en donner le plus possible et effectivement, il en avait un qui pourrait le sortir de là. Une technique très dangereuse vu son état, mais la seule qui pourrait fonctionner. Un plan commençait à germer dans son esprit. S'il voulait s'enfuir, il lui fallait passer par là.
Il avait besoin de temps.
« Dawlish, dit-il en se retournant à moitié, à ce que je vois, t'es toujours aussi maladroit en balai. »
Liam le regarda bizarrement puis il se mit à sourire. Il devait prendre ça pour de la bravache. De son côté, Harry commença à se concentrer.
« C'est vrai, je reconnais que ce n'est pas mon fort.
- Pourtant, ce n'était pas très utile. Après tout, je ne pas parti de la ville, pas vrai ? Laisse moi deviner, protection anti-transplanage de type 1, large de un, peut-être, deux kilomètres, recouvrant toute cette zone ? »
Le poing gauche de Harry se contracta. Il se sentit vibrer. Il était presque prêt. Dawlish, derrière lui, ne vit rien et répondit avec un ton dégoulinant de suffisance.
« Tout juste, après tout, tu doit être l'un des premiers à le savoir, non ?
- Hum, c'est vrai, oui. (Harry lâcha un peu de pression dans ses doigts, il était prêt) Liam, tu es comme ton père.
- Quoi ? (le ton s'était fait un peu plus agressif)
- Tu es doué, tu es intègre, mais tu as un défaut majeur. » Il le regarda droit dans les yeux. « Tu es négligent. »
Dawlish vit alors le poing serré du Survivant ainsi que sa posture légèrement cambrée. Il comprit.
Trop tard.
« Merde ! Fini… »
Le sortilège se perdit dans la gorge de l'Auror lorsque Harry transplana et réapparut à quinze centimètres de lui pour lui défoncer l'estomac d'une gauche magistrale. Les trois autres Aurors réagirent aussitôt et passèrent à l'attaque mais leurs sorts se perdirent dans le vide, Dawlish s'étant écroulé et Harry ayant de nouveau transplané. Le reste de l'attaque se passa extrêmement vite. Harry apparaissait et disparaissait à une vitesse ahurissante, on pouvait compter un transplanage par seconde. Les Aurors, dépassés, essayèrent vainement de résister mais ils ne purent rien faire à la volée de coups qui semblaient pleuvoir de nulle part. Dix secondes plus tard, ils étaient tous à terre.
Harry souffla comme un bœuf. Le transplanage répétitif l'avait achevé, tant mentalement que physiquement. Par miracle, il ne s'était pas désartibulé. Une chance qu'il devait mettre à profit durant les quelques secondes de calme qui lui restaient.
Le transplanage aurait pu lui permettre de sortir de cette nasse mais les Traqueurs l'auraient retrouvé immédiatement et il aurait eu sur le dos la seconde équipe probablement plus fraîche que celle-ci. A éviter. Il avait donc usé d'une ancienne technique de son maitre, le transplanage répétitif, pour en finir avec ceux-là et espérer s'enfuir par la voie des airs avant que les autres n'arrivent. Car non seulement, il aurait plus de chance de s'en sortir avec un balai mais en plus, il pourrait sortir du dôme par la voie la plus directe et transplaner le plus loin possible. Ce plan, très risqué était le seul qui lui restait.
Ces jambes étaient lourdes. Incapable de bouger, il se concentra et transplana au niveau du balai. Dans les airs, ça irait mieux. Il s'apprêtait à décoller lorsqu'un poids le plaqua au mur.
« Tu ne t'enfuiras pas. »
Dawlish. Il était tenace, il n'y avait pas à dire. Il avait agrippé le manche et essayait vainement de l'arracher des mains du Survivant. Harry eut un sourire sadique.
« Dans ce cas, allons-y ensemble. »
Harry se jeta en avant, déséquilibrant l'Auror qui n'en lâcha pas le balai pour autant. Profitant du court moment d'apesanteur, Harry donna un coup de pied à terre et le balai décolla.
Emporté par l'élan, le Survivant rebondit contre le mur et fit pivoter l'objet à la vertical. Les deux hommes furent alors propulsés vers les cieux. Deux secondes plus tard, ils étaient sortis du dédale et fonçaient désormais en direction du sommet du dôme anti-transplanage. Au loin, plusieurs balais avançaient dans leur direction.
« La cible est dans les airs. Elle monte vers la limite du champ de confinement. Huit cent trente-trois mètres avant impact.
- Merde ! »
Lauren ne releva pas le juron éructé par l'américain avec force et postillons. Cole était furieux. Il en avala presque le magicophone lorsqu'il le porta à la bouche :
« A toutes les unités, rendez-vous à Buckingham Palace. Potter essaye de s'enfuir par la voie des airs. Arrêtez-le ! Je répète, arrêtez-le sur le champ ! »
Ils étaient en train de perdre le contrôle. Potter avait une chance…
« Huit cent mètres… »
L'air froid faillit lui faire lâcher le balai.
Harry était en position précaire. Seul son bras gauche et l'étau de ses jambes lui évitaient une chute mortelle. Son bras droit était définitivement inutilisable. Heureusement que Dawlish était trop occupé à ne pas tomber sinon il n'aurait pas tenu longtemps. Mais cela n'allait pas durer, Harry en avait conscience. C'était pour ça qu'il faisait son possible pour prendre le maximum d'altitude avant que l'Auror n'ait assez de prises pour essayer de le faire descendre.
L'air devenait de plus en plus froid. Ses doigts s'engourdissaient sur le manche, de minuscules glaçons commençaient à se former dans ses cheveux. Il devenait de plus en plus dur de tenir mais Harry tint bon. Il n'avait pas le luxe de renoncer. Plus maintenant.
« Stupéfix ! »
Le cri fut à peine un murmure pour Harry mais cela lui suffit pour changer de trajectoire. L'éclair écarlate passa à dix centimètres à peine de sa tête. Harry se retourna et sentit sa gorge se serrer. La situation venait de passer de compliquée à désespérée. Une demi douzaine d'Aurors venaient d'apparaitre derrière lui et une bonne dizaine se profilaient au loin. Le ministère avait abandonné toute stratégie et c'était toute une flopée de sorciers qu'il avait désormais aux basques. Ils avaient compris ce qu'il s'apprêtait à faire.
« Merde ! »
Il se pencha en avant et fit basculer le balai. Trois sorts lui passèrent au-dessus sans résultat. De nouveau à l'horizontale, il donna un maximum de vitesse à sa monture. Sa seule chance résidait dans la vitesse et la dextérité. Malgré tout, ce n'était pas gagné. Derrière lui, les Aurors avaient également augmenté leur vitesse et furent sur lui en un clin d'œil.
« Cinq cent mètres. Il monte toujours.
- Allez, bon sang, allez ! »
Harry eut l'impression d'être revenu des années en arrière, du temps où il n'était encore qu'un simple joueur de Quidditch. La situation était similaire, aux détails prêts qu'à la place de joueurs, il avait des Aurors déterminés à l'abattre, qu'à la place de cognards, il avait des éclairs qui le réduiraient définitivement au silence si d'aventure l'un d'entre eux le touchait et qu'au lieu de risquer une défaite, il risquait sa vie.
Autrement, c'était identique et Harry retrouva rapidement ses vieux réflexes.
Les Aurors tournaient autour de lui. Se servant uniquement de ses jambes, il fit pivoter le balai à sa guise tout en continuant à monter. Ses adversaires commençaient à s'impatienter et certains d'entre eux venaient le percuter, espérant le désarçonner. Il ne faisait pas cas de Dawlish, embarqué dans la même galère que lui. Manifestement, sa capture était plus importante que le bien-être de leur chef d'équipe.
Dawlish se révéla être d'ailleurs un véritable boulet. Incapable d'utiliser la magie d'aussi prêt, il s'acharnait à tabasser Harry à coups de poing et il parvint même à décrocher le bras gauche du Survivant. Mais Harry avait de la ressource et il se servit de ses jambes pour tourner autour du manche et se remettre. Malheureusement, Dawlish profita de ces quelques secondes pour faire descendre le balai. Harry n'arrivait pas à se débarrasser de se gêneur. Il n'avait qu'un bras en état de marche et il en avait besoin pour manipuler le balai. Dawlish avait saisi cet avantage, d'où le sourire goguenard sur sa tronche d'idiot. La mâchoire crispée, Harry comprit qu'il ne pourrait jamais s'en sortir de cette manière. Soit il se débarrassait de Dawlish, soit…
« Rends toi, Potter, » hurla le boulet
Mais Harry l'entendit à peine. Il venait d'avoir une idée. Il empoigna le bout du manche et contre toute attente, piqua en avant. Dawlish en fut tellement surpris qu'il en lâcha le manche mais il se rattrapa au col de Harry, lequel sentit sa respiration se bloquer. Il n'en réduisit pas pour autant sa vitesse et continua de foncer vers le bas, en direction d'un Auror qui ne voyait pas le coup de venir.
Tout se passa très vite. A la dernière seconde, Harry sauta de son balai, surprenant Dawlish dont les réflexes aiguisés lui permirent de se rattraper à l'engin privé de pilote. De son côté, le Survivant avait percuté de plein fouet l'Auror qui fut propulsé de son balai et partit dans le vide. Presqu'aussitôt, quatre Aurors dévièrent de leur trajectoire pour le récupérer. Et non seulement, Harry avait un balai pour lui seul mais en plus il comptait désormais quatre poursuivants en moins. Avec un sourire, il redressa le balai à la verticale et recommença à monter à toute vitesse, les Aurors dans son sillage.
« Quatre cent mètres… Trois cent cinquante…
- Mais ils foutent quoi, ces idiots ! »
Lauren ne répondit pas. Elle fixait le globe à s'en faire mal.
Allez, Potter. Allez…
Harry n'avait aucun mal à les éviter. Après tout, il était sur un terrain de Quidditch. Les cognard écarlates volaient en tout sens, ses adversaires le percutaient, mais il tenait bon. Il était l'un des meilleurs joueurs de Gryffondor de la fin du 20ème siècle, il n'avait donc aucun problème et maintenant qu'il n'avait plus aucune entrave, il ne cessait de monter. L'air gelé était presque irrespirable. Harry se concentrait sur le bout de ses doigts, attendant impatiemment le moment où il pourrait transplaner. Derrière lui, les Aurors s'énervaient. Ils voyaient que leur cible leur échappait et qu'ils ne pourraient rien faire contre. Harry fit une embardée et accéléra.
Il y était presque…
« Cent mètres… Soixante quinze, cinquante… »
Cole proféra un juron tel que la censure m'interdit de l'écrire.
Sur le globe, le point jaune se rapprochait de plus en plus de la ligne blanche.
Ce n'était plus que l'affaire de quelques secondes.
« Vingt mètres… »
Harry avait atteint la limite du dôme lorsqu'un obstacle sorti de nulle part le percuta de plein fouet.
L'un des Aurors l'avait pris de revers. Après avoir fait un large arc de cercle, il lui avait foncé dessus et Harry, focalisé sur ses poursuivants, n'avait rien vu venir. Et cet Auror - Harry en fut à peine surpris -, c'était Dawlish.
« Cette fois-ci, tu ne m'échapperas pas ! »
La brusque poussée horizontale avait déstabilisé le Survivant. Dawlish en profita pour lancer un sort de ligature et d'une seule corde, il entrava les deux balais et le poignet gauche de Harry. Ca, c'était un très mauvais calcul. Deux balais liés comme ça étaient incontrôlable, d'autant plus que le seul bras en état de marche de Harry était désormais neutralisé. Dawlish n'était pas idiot, il devait s'en rendre compte, mais il avait décidé de passer outre. Il était prêt à tout.
Ils furent ballotés dans tout les sens. Impossible de redresser, le poids de l'Auror maintenant les deux balais sous la limite. Harry enrageait, il était si prêt du but.
« C'est fini, Potter ! »
Non, pas tout à fait. Il venait de repérer la baguette de Dawlish qui dépassait de la poche. Il lui restait un espoir. Un espoir qui lui coûterait la vie s'il se ratait.
Il desserra l'étau de ses bras, et, à moitié pendu dans le vide, seulement retenu par sa main gauche ligaturée et la poigne de Dawlish sur sa gorge, il lança sa main droite en avant. La douleur abominable faillit lui faire tourner de l'œil. Mais heureusement, Harry resta conscient. Il eut même un sourire. La baguette de son adversaire se trouvait maintenant entre ses doigts crispés.
« Non… Pas encore… »
Et il pointa la baguette sur les manches.
« Rapido ! »
Et ils partirent à toute blinde. Le peu de contrôle qui restait à Dawlish partit en fumée lorsque les deux artefacts fusèrent vers le haut. Harry rassembla sa concentration et sentit le pouvoir affluer le long de ses membres.
Ca y est. Il avait passé les limites.
« Potter est en dehors du champ de confinement. Vingt mètres, trente mètres, quarante…
- Mais c'est pas vrai ! hurla Cole. A toutes les unités, arrêtez le maintenant, vous entendez ?! Maintenant ! »
Dawlish serra encore plus fort. Harry, avec un effort surhumain, parvint à lever la baguette et à lui enfoncer dans les côtes.
Tu as raison, Liam. C'est terminé.
« Flammare. »
La douleur du sortilège cuisant lui fit lâcher prise. Harry força alors sur son bras gauche et après que celui-ci ait finalement cédé avec un craquement sinistre qu'il n'entendit pas, il se laissa tomber dans le vide.
Harry chutait. Le vent, le souffle, le givre… Il parvenait à peine à se concentrer. Il devait pourtant faire un effort. Un dernier. Sinon, dans quelques secondes, il serait mort.
« Potter chute. Quarante, trente cinq, trente… »
Devant lui, Harry vit une silhouette foncer sur lui. Dawlish avait probablement libéré les deux balais. Peu importe maintenant. La mâchoire crispée, il ferma les yeux.
« Vingt, quinze, dix… »
Dawlish n'était plus qu'à deux mètres de lui. Harry ne réagit pas.
« Huit, sept, six… »
Avec un sourire de triomphe, Liam tendit le bras. Son sourire mourut rapidement. Au même instant, Harry ouvrit les yeux.
Et la main de Dawlish se referma dans le vide.
Liam était abasourdi. Potter était là, à sa merci. Il le tenait. Pourtant… Pourtant…
Non, impossible… Ce n'était pas possible !
« Où est-il ? demanda Cole avec des yeux fous. Où est-il ?! »
Lauren ne répondit pas tout de suite. Elle-même n'avait pas compris sur le moment. Potter était à deux mètres à peine du dôme lorsqu'il avait brusquement disparu. Une seule explication possible. Il…
« Dites-moi où il est ?! »
De rage, Cole frappa l'établit, brisant instantanément la transe de la jeune femme et la faisant sursauter. L'américain avait perdu tout contrôle sur lui-même. Courageusement, Lauren répondit :
« Je n'en sais rien. Il a transplané, il n'y a pas d'autre explication.
- Trouvez-le moi !
- Impossible.
- Quoi ?
- J'ai dis impossible. Les Traqueurs l'auraient déjà débusqué s'il s'était trouvé dans leur champ d'action mais ce n'est pas le cas. Il… » Elle se tut le temps de reprendre sa respiration. « Je ne sais pas où il est mais ce dont je suis sûr, c'est qu'il vient de quitter le pays. »
Cole recula, blême. Il était effrayant. Toute sa frustration s'était accumulée en une rage froide et incapable de la contenir, il hurla. Pour Lauren. Pour lui-même. Pour personne.
« POTTER ! »
Lauren n'osa pas intervenir. Elle-même était bien trop prise par ses réflexions. Elle fixait le globe désormais vide, se demandant dans quel coin du monde Harry James Potter avait bien pu apparaitre.
