10. Soirée explosive à Halloween

Harry n'avait rien gagné du tout en se disputant avec Malefoy, si ce n'était que d'attirer l'attention sur lui une fois de plus. La rumeur avait vite touché tout l'établissement, et Potter, plus d'une fois, serra les dents face à des allusions vexantes et des moqueries de bas étage. Heureusement pour lui, si Angelina avait fait son numéro de furie une fois de plus, parce qu'il ne viendrait pas aux entraînements, il pouvait recompter sur Ron, et parler à Hermione et Ginny autant de fois que nécessaire. D'ailleurs, le retour de Weasley fut sans conséquence dans le groupe. Hermione, qui avait passé l'éponge, disait simplement que « ce n'était pas la peine de se disputer pour des broutilles étant donné que même les meilleurs amis se disputent ». En entendant ça, Weasley fut gêné du silence de son amie, mais réjouie du fait qu'elle continuerait de rester.

Et de l'aide, Harry allait en avoir bien besoin. Comme on a pu s'y attendre, Ombrage prenait son temps pour lui faire vivre des sévices désagréables. Même si Potter n'en parlait jamais, il en était furieux et honteux, et appréhendait chaque après-midi qu'il allait devoir supporter avec Ombrage. D'ailleurs, celle-ci, en mauvaise médisante qui se respecte, passait le plus clair de son temps à menacer Harry en cours, où a faire des allusions désagréables sur son comportement, même quand il ne faisait rien. De cela, Hermione put voir clairement qui était son ami dans ces périodes : les membres de l'Armée de Dumbledore plus quelques exceptions, étaient les seuls à ne pas rire ou tenter d'enfoncer Potter pour un rien, ce que firent par contre tous les autres cinquième année. Avec amertume, elle se rappelait des rires complices qu'avait parfois Lavande avec Potter, mais désormais ces rires elle les avait contre lui. Sans parler des réflexions désagréables de Justin Finch-Fletchey. Il était drôle de voir, se disait-elle avec aigreur, que quand Harry avait la vedette, par exemple en deuxième année lorsqu'il vint à la rentrée en voiture volante, ou lors des euphories de fin d'année, ceux-ci lui parlaient volontiers, mais dans les heures plus sombres, ceux-là retournaient leur veste ou disparaissaient simplement.

L'autre tempête venait du problème des groupes et collectivités interdites par Ombrage. Dans la semaine qui suivit son décret, contrairement aux inquiétudes d'Harry, Dolores permettait à un gros nombre de collectifs de se reformer, comme le club de Bavboules ou les sessions de bridge à la bibliothèque. Elle ne fit aucune exception pour les quatre équipes de Quidditch, qu'elle autorisait au regroupement : même Gryffondor y eut droit, facilement, bien qu'Ombrage avait insisté, sous la menace de dissoudre l'équipe, d'assister à tous les entraînements. Cela adoucit un moment Angelina, au paroxysme de la peur, mais pas Harry, qui devait supporter sa présence en plus de jouer au balai. Le fait qu'elle le fixait sans cesse, le mettait mal à l'aise et lui donnait le sentiment agaçant d'être espionné.

Heureusement, les tempêtes laissent toujours place au beau temps. Malgré les réprimandes sévères qu'on fit à son meilleur ami, on passa vite à un autre sujet de conversation : le bal d'Halloween. Toujours fixé le soir du 31 octobre, ce jour était considéré comme férié par les élèves. Et, grande joie pour eux, ce jour-là Halloween tombait sur un jeudi. Ils n'auraient pas cours le jeudi 31 octobre, et passeraient la soirée à danser, en plus de festoyer. Certes il y aurait toujours le couvre-feu, mais repoussé exceptionnellement à dix heures du soir, et les premiers cours du vendredi 1er novembre seraient annulés. Dans de telles circonstances, le collectif de Poudlard ne pouvait que souhaiter qu'Halloween arrive au plus vite. En plus, à ce qu'il paraît, les elfes de cuisine préparaient cette année un gros gâteau glacé à la citrouille pour l'école, ce qui allécha les papilles.

Ce qui changeait par rapport aux années précédentes, c'est que c'était Flitwick qui se chargeait des décorations et pas Hagrid. En effet, ce dernier était toujours aux abonnés absents depuis septembre, ce qui accrut l'inquiétude d'Harry, qui l'aimait bien.

- Vous savez ce qui est arrivé à Hagrid, demande le sorcier à la cicatrice.

- Comment pourrait-on le savoir, répond Ron. Dumbledore ne nous a rien dit à ce sujet, pas plus qu'un autre. Il doit être en congé maladie, peut-être. Il a peut-être eu une insolation cet été pour s'être endormi malencontreusement sur une plage, quelque chose comme ça.

Harry avait beau se creuser la tête pour trouver une réponse, il n'en trouvait pas. Cela faisait donc qu'on parlait d'autre chose, à savoir des réunions de l'Armée, qui étaient elles aussi une grande actualité, du moins pour ceux qui étaient au courant.

Depuis le mardi 22 octobre en effet, Harry avait su capter l'intérêt de son groupe de magiciens novices. Après les quelques problèmes que posèrent la première visite à la Salle sur Demande - élèves perdus, incompréhension devant la méthode à appliquer pour y rentrer - on passa enfin à la pratique. Hermione, curieuse, s'était demandé comment son ami avait préparé ses cours. Simplement, on dirait, il avait emprunté des livres à la bibliothèque pour choisir des sorts au hasard. Doutant au début, elle remarqua que malgré tout, Potter savait comment s'y prendre pour captiver son auditoire. En effet, il semblait toujours être plus puissant que les autres élèves, on ne sait trop comment, et réussissait toujours tous ses sorts. Il divisait simplement les élèves en binôme et passait entre les rangs pour donner des conseils. Dans la salle choisie par Harry, une salle cachée remplie d'armures en verre, ou de bibliothèques contenant des livres de Défense, ils s'exerçaient là où ils le voulaient et le pouvaient.

Que donnent les premiers essais ? Eh bien, ils ont permis à Harry d'évaluer le niveau de chacun. La première séance, il enseigna un sort rudimentaire du Bouclier, pour voir qui avait des bases, de qui n'en avait pas. Dans le lot, Hermione, était, évidemment, la meilleure du groupe, sans même essayer. La majorité s'en sortaient bien après quelques conseils ou essais, en persévérant. Mais certains avaient des difficultés tenaces, surtout Ron et Cho, qui avaient constamment besoin d'aide.

Ce qui poussait le groupe à se réunir, c'était surtout l'aspect social de celui-ci. Certains nouèrent contact au sein du groupe, comme Ernie et Seamus avec Hermione, qui discutèrent ici tout le temps, ou encore, Ron qui essayait de séduire Susan, sans trop de succès, comme sa sœur l'a si bien prédit. Il y avait aussi quelques tensions notables qui apparurent, Luna connut quelques déboires avec Cho, parce qu'elles ne s'aimaient simplement pas. Lovegood était obligée de se mettre à l'autre bout de la salle, pour éviter de se disputer avec elle. Et aussi, plus les jours passaient, plus Ginny détestait Chang, la voyant sans cesse aguicher Harry de façon ridicule, tout en critiquant Luna et en la prenant de haut. Ce comportement lui valut peu d'amitié à son égard, et elle n'était pas loin de la voir comme ennemie.

- Elle ne sait même pas tenir sa baguette directement ! Et puis, elle est laide, regarde, on dirait qu'elle s'est tartinée de beurre pour être aussi pâle, et Harry qui trouve ça joli, il n'arrête pas de sourire…

Elle ne répondit que par un hochement bref de la tête. Pour sa part, la préfète avait d'autres préoccupations. Elle ne prêtait qu'une oreille distraite aux colères de son amie. La préfète, de son côté, se sentait portée à autre chose. Elle fut heureuse de voir que malgré l'accueil réservé, Adrian était resté avec eux, mais malgré tout, elle ne put s'empêcher de le trouver un peu étrange.

Adrian, peu commode, ne faisait même pas l'effort de parler à qui que ce soit, et restait près de la porte en permanence, en arrivant toujours le dernier, en retard, et partait toujours le premier, comme s'il était empressé de partir. Déjà antipathique à la base, il ne semblait pas suivre les cours comme les autres à l'A.D., et d'un œil averti, il regardait tout un chacun faire. On dirait qu'il espionnait, elle ne trouvait pas ça rassurant. C'était très désagréable pour les autres. Mais Harry ne pouvait pas le renvoyer chez lui, il était dans le secret, et Adrian pouvait tout dire après. Chacun avait l'impression d'avoir fait rentrer le ver dans la pomme, et chacun se défia de Pucey qui fut l'élève le moins aimé de toute l'A.D.

Cependant, la chance allait tourner pour notre Serpentard. Comme il était toujours tout seul, Harry, exaspéré, ordonna à Hermione de s'associer avec lui. Elle ne trouva rien à en redire, mais elle regrettait le manque de coordialité de son partenaire de sorts.

Malgré ses manières, il avait un très bon niveau. Et cela l'impressionnait, Hermione voyait peu d'hommes qui avaient assez de talent pour lui tenir tête. Ginny convint même qu'il était plus doué que beau. C'est sûr que Ron ne tenait pas deux secondes face à elle, et elle était lasse de voir des garçons soumis ou jaloux, ça la rendait lasse. Celui-là en tant cas, il ne serait jamais jaloux à l'en voir, il semblait s'indifférer de sa présence.

Hermione était un peu sur la défensive aussi par rapport à ce garçon, qui était flou et changeant, tantôt accueillant par ses actions, tantôt rebutant sur un autre. Elle ne savait pas quoi penser de lui et cela la contrariait.

Elle tenta aussi de vérifier quelque chose au passage :

- Adrian ? Est-ce que tu fais souvent des patrouilles dans l'école ? Il me semble que c'est interdit.

- Non.

- Heu… D'accord… Pourquoi tu en fais certains jours et d'autres pas ?

- Dumbledore l'a demandé.

- Dumbledore ? Ah bon. Il te parle souvent ?

- Oui.

Silence. Hermione était exaspérée. « Oui », « Non », c'était la meilleure discussion de l'année. À ce rythme, elle pourrait le mettre sur enregistreur pour qu'il réponde à ses questions.

- Dans ce cas, pourquoi tu es venu me chercher la rentrée, si tu n'obéis qu'à Dumbledore, et que tu n'as pas le droit de patrouiller loin des autres, surtout la rentrée ?

Le Serpentard afficha un air contrarié.

- Tu es pénible. Il m'a dit de te chercher. Car il t'a vu en retrait. Contente ?

- Heu… Attends… Quand Dumbledore m'a vu ?

- Tu en poses souvent, des questions ?

- Oui, parce que c'est difficile de lancer une conversation si tu te comportes comme une huître, fermée sur toi-même !

- Mais qui t'a demandé de me parler ?

- Hé bien quoi ? Je suis ouverte. Tant pis, si ce n'est pas ton cas.

Adrian eut l'air surpris, et décroisa tout d'un coup ses bras en la regardant avec de grands yeux. Il ne s'y attendait pas du tout. Alors, Hermione, amusée de voir ce fait, le taquina :

- Tiens, tu sembles plus ouvert, tout d'un coup. Je dois m'excuser, non ? Ça doit te traumatiser de ne pas pouvoir me répondre en un seul mot.

- Arrête un peu, répondit-il en souriant.

Depuis ce moment, il fut plus agréable et sourit un peu plus avec elle.

Les trois séances d'octobre, le mardi 22 octobre, le dimanche 27 octobre et le mercredi 30 octobre au soir, furent particulièrement efficaces. On apprit le sortilège de Stupéfixion, le fameux charme du Bouclier, et on entrevoyait les sortilèges de Répulsion et d'Attraction, avant d'entamer à peine le Désarmement. Tout le monde s'en sortait plus ou moins bien au final.

- Vous pouvez y aller, fit Harry. La prochaine séance aura lieu dimanche 3 novembre. Pas de contestation ?

- Si loin déjà, soupire Cho.

Ginny cracha par terre en entendant ça. Quelle niaiserie, dit-elle tout bas.

- Si loin, ce n'est que cinq jours, rit le sorcier. C'est vite passé. En plus, il y a le bal demain, vous aurez besoin de temps pour le digérer !

Il y eut quelques rires et acclamations. En effet, le lendemain promettait d'être très mouvementé. Sur ce, on salua Harry avant de partir. Fred et George, en gendarmes auto-proclamés, escortaient les Serdaigle et les Poufsouffle chez eux avant de retourner à Gryffondor. Adrian, comme à son habitude, s'en allait promptement sans rien dire. Pendant ce temps, Potter, parlait avec Ron et Ginny, quand Hermione regardait tristement son partenaire de sortilèges s'éloigner.

- Tu es très bon en professeur, répond Ginny, radieuse.

Harry, surpris, se mit à sourire. Cela fit un quelque chose à la sœur de Ron, qui eut un air séduite. De son côté, Ron, un peu à l'ouest, demandait ce qu'ils feraient tous ensemble le lendemain.

- On va danser un moment, comme au Bal de Noël de l'an dernier, mais ce sera plus rapide. Merci au Ciel, ces habits de soirée autant que ces bals sont horriblement déchirants de douleur et d'ennui.

- J'espère que ce sera rapide, grommelle Ron. Je me suis beaucoup ennuyé au bal de Noël. Comme Padma, d'ailleurs. Je crois qu'elle regrette de m'avoir pris comme cavalier de danse, puisqu'elle ne m'a jamais adressé la parole depuis décembre dernier.

- Oui, en effet, tu l'as laissé en plan toute la soirée, réplique sa sœur. C'était moyen pour un bal dansant, tu peux en convenir.

- Ce n'est pas de ma faute, elle aurait pu me le demander, aussi, si elle voulait tellement danser ! Je ne vais pas la forcer ! Vous n'êtes jamais contentes !

- Le principe du cavalier, c'est justement d'inviter la demoiselle, tu n'étais pas au courant ?

- Ah, vous êtes soumises et fières de l'être, réplique aussitôt son frère. Vous n'allez pas attendre la permission des autres pour danser, non ?

- Tu rigoles ? C'est toi le soumis, donc…

- Oh, arrêtez, tous les deux, lance Harry, irrité.

Sur ce, il ignora la belle rousse qui se sentit rejetée. Irrités, le frère et la sœur convinrent que c'était très bien ainsi, et qu'ils allaient justement aller - bouder et blâmer l'autre de ses erreurs - dans leur chambre.

Le lendemain, Hermione se leva assez tard, ce qui était contraire à ses habitudes. Elle s'était pourtant couchée tôt. Sans doute était-ce l'excitation du moment causée par l'Armée de Dumbledore. Après s'être étirée dans son lit, Granger sentit une étrange sensation de paresse l'engourdir. Elle avait beaucoup travaillé depuis la rentrée ! Combien de devoirs avait-elle fini en deux mois ? Beaucoup. Cela demandait un temps d'arrêt. Allongée tranquillement dans son lit, Hermione jouissait d'une agréable tranquillité dans sa chambre, lovée comme un ange dans son lit douillet.

- Tu ne te réveille pas, Madame Lèche-cul, réplique Lavande, qui venait de retirer son pyjama.

- Bonjour Lavande, répondit Hermione, d'un ton calme. Non, comme tu vois, je ne me lève pas tout de suite.

- Quand ça t'arrange. C'est sans doute que parler autant à Harry, et surtout à Ron, qui doit te fatiguer…

Granger, tout en s'étirant encore une fois, ria gentiment.

- Tu sais, Lavande, si tu m'en veux parce que je parle trop à Ron, tu peux me le dire, au lieu de m'insulter gratuitement de si bon matin.

Soit, sa camarade n'avait rien contre elle, soit elle n'avait pas envie de le dire, puisqu'après avoir passé cinq minutes à furieusement boutonner sa chemise et mettre sa cravatte rouge et jaune, elle sortit de la chambre en serrant les poings. Granger, de son côté, ne disait mot, peu soucieuse de ce qu'elle pouvait penser. Elle se réveilla alors lentement, sortit de son lit après trente minutes à savourer la chaleur de son matelas, puis se levait et mit pied au sol promptement. La préfète s'habillait pour la journée, comme d'habitude. Une fois sa cravate ajustée, et ses chaussures bien ajustées, elle réfléchissait alors à ce qu'elle allait faire pour la journée. Elle n'avait pas de devoirs, et en attendant le Bal de Noël, elle voulait trouver quelque chose pour s'occuper l'esprit.

Après deux minutes de rêverie, elle tournait le regard sur sa valise. Elle se disait alors qu'elle n'avait pas rangé l'intérieur de celle-ci depuis longtemps. Elle se baissa alors, l'ouvrit, et y vit que tout était impeccablement bien rangé. Son regard portait immédiatemment sur le livre de bulgare qu'elle avait acheté, toujours en évidence. Elle eut alors un petit sursaut en le voyant. Ah oui, c'était vrai, elle apprenait, ou plutôt, tentait de comprendre le bulgare. Pour le moment, c'est affligeant, elle n'arrive même pas à se souvenir des terminaisons du présent.

Elle gardait espoir d'y parvenir un jour quand même, même si au fond, elle se demandait même à quoi cela lui servirait.

Elle n'a appris cette langue, que pour mieux comprendre son ex petit-ami, qui reste toujours aussi absent. Même si elle garde pour son ex un souvenir tendre et amical, elle se demandait si elle ne préfererait pas qu'ils restent amis. Les absences prolongées et les manques de réponse la détournaient de lui, et en plus, elle trouvait que le silence de Krum depuis l'été ressemblait à un silence d'indifférence. Il devait être trop occupé, se disait-elle avec aigreur. Pourtant, si Hermione aussi est occupée, elle trouve toujours du temps pour les autres, pour la raison qu'elle s'organise. Elle songeait aussi au fait, qu'en réalité, on a toujours du temps, c'est qu'on ne sait pas s'organiser et le gérer, ou plutôt, que c'est plutôt une question de priorités. Est-ce que ça vaut la peine de réécrire à Viktor, ou bien au revoir le Bulgare ?

En y réfléchissant, la préfète était confuse, et ne savait pas trop quoi faire. Son avenir sentimental manquait de clarté. Elle voulait en avoir le cœur net, et se décida alors à lui écrire une lettre simple, lui racontant brièvement, sans détails trop intimes, sa vie à Poudlard, en lui demandant s'il désirait la revoir en Angleterre. Le but n'était pas qu'il accepte, mais simplement de voir si oui ou non, leur relation peut continuer, ou si ça n'en valait pas la peine.

Cette situation la préoccupait assez. Hermione a prévu dans sa vie, et elle le veut maintenant clairement, une famille. Donc, un mari, et peut-être un jour, une descendance. En attendant la descendance, ce qui n'était pas du tout au programme du jour - surtout à quinze ans - elle se contenterait de chercher un homme intéressant. Manque de chance, elle n'en a trouvé qu'un, et il s'est en allé. Comme elle n'était pas très sociable, elle se demandait si quelqu'un aurait la réponse. Elle pensa à Ginny aussitôt. Elle se voyait très mal parler de ça à Ron, et Harry, bien qu'adorable, ne saurait pas vraiment lui parler sur le sujet, elle le savait. Sur ces entrefaites, elle se décida pour ranger à jamais la grammaire bulgare dans l'oubli, au fond de sa valise, et se décida à partir pour la Grande Salle, pour petit-déjeuner et discuter.

Une fois dans la salle qui servait de cantine à Poudlard, Hermione chercha du regard son amie à la table des Gryffondor. Certes, il était un peu tard pour petit-déjeuner, même à l'heure du week-end, mais elle espérait la voir, ce serait plus rapide que de la chercher partout. Heureusement, elle la trouva rapidement, au milieu de table, en train d'achever son petit-déjeuner seule.

- Bonjour, Ginny. Je peux m'asseoir avec toi ?

Elle leva les yeux de son bol de chocolat chaud, surpris de la demande.

- Évidemment, réplique-elle. Tu es mon amie. Allez, arrête de me regarder avec ces yeux de hareng et assieds-toi.

Elle s'assit en face d'elle, gênée d'arriver ainsi. Elle était aussi préoccupée par ce qu'elle avait à demander. Cette dernière le vit à des kilomètres.

- Dis-moi, ça n'a pas l'air d'aller. Tu as rencontré un Détraqueur en sortant du lit, pour être si dépitée ? Ou alors c'est encore Ron qui fantasme sur Krum ?

- Hm… La deuxième raison, mais sans Ron dans l'histoire, cette fois, grimace la préfète. J'ai besoin d'un conseil sur la relation que j'ai avec Viktor…

- Explique-moi, je te conseillerai bien mieux si tu me dis tout, indique Weasley. Parce que là, je ne vois pas où tu veux en venir.

- Hé bien… J'ai besoin de réfléchir sérieusement à mon avenir sentimental.

Ginny haussa les sourcils, quand Hermione soupirait un peu plus en se servant un bol de lait chaud avec des tartines pour manger un peu.

- J'en ai assez des relations à distance, continua-elle. Ça ne me plaît pas du tout. Il n'écrit jamais, il semble m'avoir totalement oubliée. J'ai pensé à aller le voir chez lui en Bulgarie, et j'ai même appris un peu la langue entre temps, mais j'hésite dans la foulée. Que crois-tu que je devrais faire ?

Son amie réfléchit un peu, tout en finissant de boire son chocolat chaud entre temps.

- Mmh… Je ne peux pas te donner de conseil magique… Tu ne peux pas te promener hors de Poudlard quand tu veux… Soit tu vas chez lui les vacances, mais ce sera dur de quitter le pays seule, tu es encore mineure. Tu seras obligée de partir au moins avec tes parents.

- Je vois mal mes parents aller là-bas, remarque Hermione.

- En même temps, il y a pas grand-chose à voir chez lui. Je te suggère d'oublier ce garçon. Tu seras sans doute obligée de partager ton Krum avec des dizaines de personnes. Je te vois mal dans ce rôle. Même si tu es souvent prise par ton travail, ça va vite coincer quelque part.

- J'ai pensé à la même chose, soupire la préfète. En tous cas, je suis bien obligé de le laisser de côté pour le moment. Mais je ne compte pas rester vieille fille. Je veux trouver quelqu'un d'autre, mais je ne m'en sors pas toute seule. J'ai pensé que tu pourrais m'aider.

Les yeux de Ginny pétillèrent en entendant cette demande. Elle dit aussitôt d'une voix ravie :

- Bien sûr que oui, je connais au moins un régiment de garçons pour toi ! Mais avant tout, je dois savoir quel genre de garçon tu préfères.

- Comment ça, quel genre ? Je veux un garçon hétérosexuel, ça me suffira.

- Encore heureux, sinon ça poserait problème pour une relation avec toi, sinon, réplique son amie, mi-amusée, mi-irritée. Non, je parlais du caractère du garçon que tu veux, pas de son orientation sexuelle !

- Ah ! Je n'avais pas compris. Hé bien… Je préfère les garçons calmes. Je n'aime pas les bavards, ou alors, amis, mais pas davantage. Je préfère les garçons calmes qui sont quand même actifs, et qui ont une force intérieure très grande. Un peu comme mon ex. Qui agit plus qu'il ne parle. Les longs discours, hors des cours, m'ennuient. Quelqu'un, qui sans être trop hyperactif, sache me captiver et m'amuser souvent, sans overdose non plus.

- Tu demandes donc un discret, mais ils n'agissent jamais. Tu risques de devoir buter un peu au début avec eux, parce qu'ils sont aussi doués que Ron en amour, à savoir pas du tout.

La préfète regardait alors ailleurs, dépitée.

- Je dois appartenir à une espèce rare, non ?

- Un peu, répondit Ginny. Sur ce coup, je ne peux rien pour toi. Surtout que je peux trouver quelqu'un qui serait intéressant, je ne sais pas si le contact peut passer. Regarde, tu aimes bien les gens discrets, mais tu n'iras jamais t'acoquiner avec quelqu'un comme Nott qui l'est, mais qui est mauvais pour toi, avec ses mesquineries et ses haines secrètes.

- Oui, les caractères sont trop différents pour être compatibles. Enfin… Pour ma part, je ne vois pas quoi faire pour trouver quelqu'un.

- Sortir, voir du monde, faire des activités en groupe qui te correspondent, aller à l'étranger, t'inscrire à un cours ou à un club, il y a des milliers de manières, répond Ginny. Mais tu es encore jeune pour trouver quelqu'un de sérieux. Tu n'as même pas fini tes études. Et Krum, ou qui que ce soit d'autre, prendra mal le fait que tu passes plus de temps avec tes parchemins qu'avec lui.

- Peut-être… Au fait, je dois aller envoyer cette lettre à Krum, elle ne va pas partir toute seule. Tu veux m'accompagner jusqu'à la voilière ? Si tu as une lettre à envoyer, on peut les faire partir en même temps.

- Volontiers, j'avais justement une lettre à envoyer, mais je n'avais jamais vraiment l'occasion de m'y mettre, s'écrie Ginny, alors. Je finis ça et j'arrive.

Hermione acquiesça et attendit que son amie ait terminé son petit-déjeuner.

Puis alors, elles partirent vers la Grande Salle pour récupérer leurs courriers respectifs, et en ressortirent pour aller à la voilière.

Alors qu'elles étaient en route, elles tombèrent sur Susan Bones qui venait d'en ressortir. Stupéfaites de se croiser, les filles sursautèrent de surprise.

- Ouah ! Susan, tu étais là ?

- Hem… Oui… Vous allez envoyer des lettres ?

- Oui, on a du travail pour ces hiboux, ils vont se dégourdir les ailes un peu. Enfin, surtout celui qui va avoir l'immense honneur de faire le tour de l'Europe pour Hermione. Il va beaucoup s'amuser, celui-là.

Bones eut un rire en entendant cela.

- Ah bon ? Il va où ?

- Hé, hé, surprise, sourit Ginny, malicieuse. Même Harry et Ron ne doit pas le savoir. Pas vrai ?

Les deux filles rièrent entre elles, tandis que Susan, de son côté, l'air amusé, les observait d'un œil attentif, les sourcils légèrement froncés. Elle ne disait rien du tout, mais de l'autre côté, Hermione, engagée par les manières de Bones, discuta aimablement avec elle.

- Dis, est-ce que cela te plaît, l'Armée de Dumbledore ?

- Hm ? Oh, oui, répondit Susan, un peu rouge. J'y… j'y ai vu de belles personnes, mais… Oui, oui, dans l'ensemble, ça va.

- J'espère qu'en tout cas les sorts qu'on y apprend te sont utiles, sourit Granger. Harry est un bon professeur, tu ne trouves pas ?

- Oui, je pense aussi, répondit Susan, avec un grand sourire. Harry est un bon professeur et il m'apprend exactement ce dont j'ai besoin… C'est la même chose pour vous aussi ?

- Oui, acquiesce Hermione, ravie.

Susan fut aussi contente que la Gryffondor d'entendre ça, et elles eurent la même expression de joie en entendant ceci. Ginny fut amusée sans plus, tandis qu'alors, Bones lâcha d'une voix confiante :

- Tu es sympathique, Hermione ! Tant mieux, nous aimons autant l'A.D. l'une que l'autre. C'est une bonne chose…

Elle marqua une pause après avoir ri, avant de s'exclamer :

- Ah ! Je devrais vous le dire. Ma tante, qui est juge au Ministère, m'a dit que la police va venir ici ce soir. Un Brigadier va venir ce soir. C'est Dumbledore qui l'a fait venir.

Les filles furent médusées d'apprendre cela. Gênée de provoquer un tel effet, Susan se mordit les lèvres, avant de dire après hésitation :

- Vous savez… Je crois que c'est pour surveiller Ombrage, ou bien le bal, apparement, Dumbledore est méfiant en ce moment, c'est du moins ce que ma tante pense… Si cela vous inquiète, sachez que vous n'êtes pas obligés de danser avec un Brigadier de quarante ans.

- Ah, ah, c'est sûr, rit Ginny.

- Voilà, c'est tout… Je vais vous laisser, d'ailleurs, j'ai des devoirs à faire…

- Oui, salut.

La Poufsouffle les quitta après les avoir saluées. Précipitamment, d'ailleurs.

- Elle est gentille, remarque Hermione, souriante. Je ne savais pas que Susan était si attentionnée.

- Comme tu vois, répond Ginny, moins affectée qu'elle. Ce n'est pas trop à elle que je pense, là, c'est plus au fait que la police va venir ce soir au bal. Pour quelle raison ? J'espère qu'en fait, ce Brigadier vient ici pour embarquer Ombrage à Azkaban. Ah, ce serait le plus beau soir de ma vie.

- Ça m'étonnerait que ce soit ça… Allons plutôt envoyer cette lettre, au lieu de faire des suppositions sur ce qui nous échappe.

- Hm, oui, ne laissons pas traîner ça.

Elles rentrèrent alors dans la voilière pour faire leurs envois.

Après avoir passé par là, Ginny et Hermione discutèrent un peu et allèrent réviser une bricole à la bibliothèque, puis se séparèrent pour déjeuner avec des amis séparés. Après le repas, la préfète retrouva ses amis à la Salle Commune, pour pouvoir se reposer un moment. Toutefois, cette détente de l'après-midi s'accompagna d'une dispute à la fin, venant d'une puérilité. Elle proposa alors des jeux de Bataille Explosive, et on s'amusa alors pendant des heures à jouer des cartes en pariant Chocogrenouilles, Patacitrouilles, Couinesouris à la Menthe et Explacides au Citron. Ron fut le grand perdant, puisqu'il gagnait très peu souvent et perdait très souvent. Le but du jeu était de n'avoir plus aucune carte. Ron gagnait souvent des parties à les collectionner, non pas à s'en débarrasser. À chaque fois qu'il pensait avoir gagné la partie, Harry n'arrêtait pas à de lui mettre des cartes piégées qui lui faisaient passer son tour, et permettaient à Hermione de vider ses cartes sans jamais lever son petit doigt. Le vainqueur était celui qui n'avait plus de cartes à la fin du jeu : Weasley se trouvait souvent avec cinquante cartes, quand Potter en avait deux, et que Granger, fière, posait sa dernière.

- Vous trichez, vous êtes déloyaux, réplique Ron, qui jetait son éventail de cartes sur la table.

- Ce n'est pas de ma faute si tu es lamentable avec les cartes, répond l'adolescente, amusée. Ça fera dix Patacitrouilles, s'il te plaît.

- Ha non, tu vas les demander à Harry, il m'a tout pris ! Et vous pourriez me laisser gagner la prochaine bataille, juste pour me faire plaisir ?

- Ce ne serait plus jouer, dans ce cas, alors, répond Potter, amusé. Ce serait effectivement tricher.

- Vous êtes injustes ! J'avais acheté plein de bonbons à Honeydukes, mais vous m'avez tout volé. J'irai porter plainte auprès de Dumbledore.

- Tu étais consentant, et en plus, c'est toi qui a fait les plus grosses mises, mauvais perdant, réplique Hermione. Je te conseille, pour la prochaine fois, de t'acheter un sens tactique.

Voici ce qui les brouilla pour tout l'après-midi. Ron, rageur, jeta ses cartes à terre, et retourna dans son dortoir, furieux. Harry, consterné, dût faire le ménage avec Hermione, et ils en furent assombris pour la soirée. Seule, la préfète décida de rentrer à son tour dans son dortoir, pour se changer les idées après tant de manières. Ron avait le don de l'exaspérer, ces derniers temps. Elle avait maintenant envie de le faire s'envoler à travers la Forêt Interdite, et elle ne se reconnaissait plus à chaque fois qu'elle lui parlait. Elle se sentait rabaissée, épiée, et surtout, exaspérée. Weasley commençait à lui rendre la vie infernale.

De retour son dortoir, la préfète a fait passer le temps en finissant deux devoirs, mais peu après, les évènements de la journée l'ont déconcentrée de son étude. Elle ne put que ressasser une demi-heure tout ça. Ron était un vrai goujat, il se comportait bêtement, et elle se retrouvait seule à s'ennuyer, pour rien. Elle ressassait, ruminait. Elle aurait dû, elle aurait dû… Bah ! Même si elle l'aurait dit, personne ne l'aurait écouté !… Hermione se demandait si elle était la seule à avoir un minimum de jugeote. Ou pas, parce que si elle sait tout faire, en amour, elle est très mauvaise. C'est dans ces émotions complexes qu'elle vit la nuit tomber peu à peu sur Poudlard. Le bal n'allait pas tarder. Alors, vint Parvati dans la chambre. Comme elle était un peu plus amicale que Lavande envers elle, sa collègue parlait poliment, quoique sans réelle estime pour Granger.

- Salut Hermione. Tu ne mets pas ta robe de bal ?

- Ma… Quoi ?

Elle sursauta alors. Elle s'était perdu dans ses pensées, voilà qu'on la ramenait sur terre. Elle vit Parvati qui la regardait en biais, tout en cherchant sa robe orientale constellée de paillettes.

- Le bal va bientôt commencer. Si j'étais toi, je ne resterai pas ici. McGonagall a dit au dîner : tout le monde en bas pour vingt heures, sinon elle met des colles. Tu la connais. Et aussi, mets ta robe de soirée. Tu es en cinquième année, donc tu es obligée. McGonagall ne va pas te rater si tu l'oublies.

- Oui, je sais. Il y a… heu, il y a des invités au bal, comme l'an dernier ?

- De quoi tu parles ? Pourquoi on aurait des invités au bal ?

- J'avais pensé, heu… Qu'on reverrait peut-être les élèves étrangers de l'an dernier, heu…

Parvati a peut-être deviné qu'Hermione espérait tout au fond d'elle revoir Viktor, mais elle n'en fit aucun commentaire.

- Non, personne de Beauxbâtons ou de Durmstrang. J'aurai aimé, moi aussi. Les quelques garçons de Beauxbâtons étaient très séduisants… Par contre, on a des invités du Ministère. J'ai vu Dumbledore disparaître avec quelqu'un dans son bureau.

- Quoi ? Un invité du Ministère ?! Ça ne peut pas être Cornelius Fudge ?!

- Bah non, sinon je t'aurai dit que c'était lui, et si je ne le nomme pas, c'est que je ne le connais pas, explique Parvati. C'est un type un peu effrayant… Il a un de ces regards de tueur ! Il doit faire partie de la Brigade. Il a un brassard rouge avec écrit « POLICE » dessus. Bien qu'il porte un uniforme de sécurité, je ne crois pas que c'est un déguisement pour Halloween qu'il a trouvé, à en voir sa tête. Ou alors, si, mais c'est très réaliste, et surtout très dissuasif !

- Un Brigadier, ici ?

- Apparemment. Je ne sais pas si c'est Ombrage qui s'imagine que nous sommes des criminels, et que ce jour-là, on va faire plein de bêtises comme les jeunes de notre âge, ou alors, si c'est une nouvelle folie de Dumbledore. À tout à l'heure. Et n'oublie pas de te changer.

- Oui, oui…

Elle regardait Parvati partir avec un air proche de l'effroi. Non pas à cause du Brigadier. Mais parce qu'elle allait devoir mettre une robe, et de soirée, en plus. Ce qu'elle n'ose jamais faire d'habitude ! Normalement, Hermione se serait cachée quelque part pour éviter cela, mais comme elle n'avait pas le choix, elle décida de ne pas retarder l'inévitable, et d'aller mettre quelque chose de décent pour le bal avant qu'on ne vienne la chercher.

Dans sa chambre, près du miroir de sa chambre, Hermione se prépara au grand soir. Elle avait recoiffé ses cheveux en une queue de cheval, pour ne pas avoir l'ennui de toujours les replacer ou les recoiffer. Ses cheveux d'habitude hirsutes, furent, après quelques secrets de fille, lisses et attachés correctement. Pour rehausser son visage, elle avait mis un fond de teint sur ses yeux. Elle avait mis une robe bleue, très longue, couvrant tout le buste du cou aux chevilles, mais elle avait changé la teinte en orange, en utilisant un sortilège de Coloration facile et basique, pour s'acclimater à la saison. Mais l'ennui, c'est que si elle n'avait pas pris plus ou moins de poids en un an - c'est quasiment exceptionnel, se disait-elle avec sursaut lors des essayages - elle avait les bras nus, et c'était très mauvaise idée car il faisait froid avec cette tenue ouverte. Elle prit alors un manteau qu'elle traficotait de quelques sorts, faute de s'y connaître en couture, et le mit sur ses épaules. C'était un peu ridicule d'avoir un châle en pull-over sur les épaules avec ça, mais au moins ça tenait chaud. Elle prit alors des bottes de sorcière achetées avec Ginny lors de la séance chez Madame Guipure, en espérant que ça irait. Après quelques rajustement, la voici sortie.

Peu sûre de son résultat - elle s'attendait à des huées ou murmures - elle descendit peu à peu vers la Grande Salle, rouge et quelque peu mal à l'aise. Elle se demandait si elle ne devait pas s'enfuir. On dirait une dévergondée ! Hermione avait l'habitude de mettre des habits sobres et officiels, mais très peu de robes de femme. Pourtant, elle arriva sans trop d'encombre vers la Grande Salle - elle était l'une des dernières à sortir, et ne remarqua personne. En chemin, cherchant ses amis, Hermione trouvait Ginny, radieuse.

- Wouah ! Hermione ! Je ne t'avais pas reconnue ! Cet habit te change, dis-moi ! Tu as l'air plus ouverte, plus assurée… J'adore !

- Ce n'est qu'une impression, soupire-elle. Je me sens aussi magnifique qu'une citrouille.

- Mais non, ne dis pas ça ! Regarde, on ne voit que toi.

Ginny était habillée d'un habit rouge flambant, comme une femme andalouse. Son habit lui seyait bien, surtout au teint et aux cheveux, même si elle faisait un peu vieille. Elle avait mis des boucles d'oreille en forme d'anneaux sur ses oreilles, et avait pris un éventail avec elle, sans doute pour s'aérer au cas où. Pendant qu'accourait Ginny en talons, Hermione regardait l'effet qu'elle faisait aux gens. Heureusement, ce n'était pas si horrible ! Quelques uns la regardaient, en effet, d'autres filles, jalouses, la critiquaient, se sentant inférieures, mais d'autres n'en avaient cure, ou étaient en train de discuter. En somme, seule la tenue avait changé, pas l'avis des autres.

- On peut aller faire un tour ? Je ne suis pas trop à l'aise, il y a trop de monde. J'ai besoin de respirer un peu, et je me sens un peu ridicule.

- Arrête, tu es jolie, regarde autour de toi, toutes n'ont pas eu tes bons goûts, répond Ginny. Et en parlant de goûts, je dois interroger impérativement ma mère sur les siens. J'ai l'air d'une vieille sorcière d'Andalousie. On est tous anglais dans la famille. Qu'est-ce que l'Espagne vient faire avec ça ?! À moins qu'elle a fait les greniers de mes arrière-arrière-arrière-grands parents ? Je crois qu'ils ont une seconde maison dans la vieille Barcelone…

Enfin elles se mirent en route, en ignorant ce qui se passait autour d'elles. Elles avaient leur baguette magique en main au cas où, donc tout irait bien. Pendant qu'elles s'éloignaient, elles discutaient de tout et de rien, de la journée.

Elles marchaient depuis un petit moment, avant de remarquer qu'elles s'étaient éloignées un peu trop de la Grande Salle. Ils étaient arrivés le couloir qui menait au bureau de Dumbledore.

- Mince, on a discuté trop longtemps, remarque Ginny, alors. Michael va m'attendre longtemps.

- Michael ?

- Oui, Corner, mon nouveau petit ami et partenaire de bal, pour la soirée, dit Weasley, réjouie.

- Depuis quand êtes-vous ensemble, demande la préfète, surprise.

- Deux semaines.

Hermione se disait quand même que c'était bien rapide pour sortir avec quelqu'un. Elle savait que Corner ne s'intéressait pas à Ginny jusqu'ici, et en admettant qu'elle soit allée lui parler depuis septembre, ça ne fait qu'un mois et demi de relation. Alors qu'elle songeait à tout cela, des voix se firent attendre dans le couloir.

- … ce ne sera pas une très bonne affaire, en effet.

C'était Dumbledore qui sortait à son tour de son bureau. Lui et un invité marchaient vite, et les filles furent prises par surprise. Hermione constatait avec surprise que même Dumbledore avait fait des folies. Avec sa robe de sage ornée d'étoiles, de constellations, et d'un vieux chapeau pointu du même gabarit, il aurait facilement passé pour un vieux retraité en robe de chambre. Pourtant, le tissu avait l'air coûteux, alors Hermione se disait qu'elle n'y connaissait rien du tout en la matière.

Quand à son invité, Hermione retrouvait Runcorn, cet homme très désagréable, froid, cassant et inamical, qui était là à la pousser au Chemin de Traverse pour prévenir Tonks que les Weasley faisaient encore des bêtises. C'était le même que la dernière fois, peu aimable et méprisant. Toutefois, Hermione eut une drôle d'impression en le voyant, elle avait l'impression de voir quelqu'un de différent. En somme, le genre de garçon qui semble affreux de premier abord, mais qui trompe par son apparence, et dont l'aigreur vient d'une vie difficile. Krum était sorti du même moule. Elle le comprenait sans peine.

Tout en y repensant, Hermione fronçait les sourcils, et trouvait qu'elle avait le don, en effet, depuis qu'elle l'avait rencontré, de croiser partout ses sosies et ses cousins germains. Le hasard semble la suivre comme son ombre, ou bien, c'était un message caché qu'elle peinait à saisir ?

En parlant de difficultés, il semble que les filles allaient en avoir pour la soirée, le policier ne semblait pas content de les voir.

- Ces élèves n'ont rien à faire ici, réplique l'homme d'une voix contrariée. Albus, j'imagine que ce n'était pas prévu ?

- Non, en effet. Il semble que Miss Granger et Miss Weasley se sont trompées de couloir.

- Je suppose, monsieur, fit Ginny, timide, que vous n'êtes pas le cavalier de Dumbledore, n'est-ce pas ?

L'invité la regardait de travers, boudeur, quand Dumbledore ria aux éclats.

- Vous comprenez de drôles de choses, miss Weasley ! Je comptais danser avec Minerva, Albert, mais vous ne seriez pas contre une valse avec moi ?

- Tu peux toujours rêver, réplique son interlocuteur. Je suis ici pour mon travail, pas pour danser avec toi ! Vous deux, sachez que mon travail consiste à attraper les vauriennes qui font du mal, alors n'aggravez pas votre cas en essayant de traîner dans les parages, plus longtemps.

Tout en disant ça, il massait l'air de rien ses paumes d'un air tranquille. Hermione, à en voir les cicatrices dessus, se disait qu'il aimait se battre, et qu'il fallait pas le contrarier. Les pugilistes aiment parfois provoquer des conflits pour le seul plaisir de les calmer avec leurs mains.

Au moment même où il allait répondre, Ombrage arrivait furieusement, sortant d'un couloir de façon inattendue, sortant du néant.

- Albert ! Vous ne pouvez pas m'ignorer ! Regardez-moi, j'existe !

- Quel malheur, marmonne Runcorn. Vous êtes toujours vivante. Encore.

Hermione eut un sourire amusé. La réflexion était pertinente, et Ombrage, comme à son habitude, savait amener avec elle le ridicule et la lassitude.

- Prenez au moins le thé avec moi, Albert ! C'est un Earl Grey ! Vous ne pouvez pas refuser, j'ai même du sucre avec ! Et des petits gâteaux délicieux !

- Vos gâteaux sont écoeurants, Dolores. Donnez-les à votre ennemi plutôt.

- Mes gâteaux sont très bons ! C'est VOUS qui n'avez aucun goût, lance Ombrage, furieuse.

- Nous faisons de meilleurs palets en Écosse, d'où je suis né. Et si cela plait tant aux Anglais de boire des échantillons d'urine à chaque après-midi, eh bien, je suis au regret de vous annoncer que je suis fier d'être d'Édimburg, où on boit du Scotch cul sec, et pas vos boissons diététiques pour personnes à l'agonie. Ce qui explique pourquoi vous êtes si mous, vous buvez ce que vous pissez.

- C'est un scandale ! Édimburg est une ville anglaise, pas écossaise ! Nous vous avons conquis il y a bientôt un millénaire, taisez-vous, espèce de sauvage ! Vous seriez encore à courir tous nus dans les Highlands, si vous n'aviez pas eu la chance d'avoir été nos vassaux !

Alors qu'Albert ouvrait la bouche en fronçant les sourcils, pour lui dire ce que les Écossais pensaient de son avis, Ombrage ne lui laissa pas cette occasion, et se tourna d'un air furieux vers Hermione et Ginny, pour leur dire :

- Vous deux, que faites-vous ici ? Ne me dites pas que vous comptez inviter ces deux-là à danser avec vous ! Vous n'auriez aucune chance, de toute façon !

- Bien sûr que non, réplique Ginny. Ils sont un tout petit peu trop au-dessus de notre limite d'âge, si vous n'avez pas remarqué !

- Juste un tout petit peu, remarque Dumbledore, amusé.

- Dans ce cas, coupe Ombrage, furieuse, vous devriez rejoindre les autres au lieu de bavasser comme des pies ! Partez, sinon je retire cinquante points à Gryffondor !

Hermione grimaçait. Encore un bel exemple de la générosité de la Grande Inquisitrice. Décidément… D'un regard à Ginny, qu'elle comprit, elles firent demi-tour aussitôt et rentrèrent voir leurs amis de leur âge.

Elles étaient arrivées un peu en retard. Les cavaliers et cavalières étaient déjà ensemble, et on se préparait pour les premières danses. Au moins, les filles ont échappé au discours de McGonagall, ce qui faisait qu'on passait aux festivités plus vite. Pour l'occasion, tous étaient habillés sur leur 31, chose qu'on verrait rarement à Poudlard. Pendant ce temps, Flitwick, en tenue de maître d'orchestre, fit chanter les jeunes choristes de l'école, des cantiques religieux qui avaient encore leur charme. Les professeurs, eux aussi en tenue officieuse, donnaient des consignes ou se trouvaient des cavaliers ou cavalières. Hormis Rogue, qui n'avait aucune envie de danser, à en voir son air constipé, s'éloignait aussitôt hors de la salle, son chasuble noir et vert sur lui, qui faisait penser à un apostat plus qu'à un prêtre. Il n'y avait qu'Ombrage qui manquait à l'appel, tout le reste du comité éducatif, même Trelawney, était présent, en tenue recherchée.

Hermione et Ginny, pendant ce temps, cherchaient leurs amis. Ils étaient près du buffet, où Harry avait décidé d'inviter Cho à danser, et où Ron, boudeur, se consolait du double refus de Susan et de Luna de danser avec lui. On le voyait en retrait, avec un smoking froissé, et un nœud papillon mis de travers, un air boudeur. Sa sœur ne le manqua pas.

- Ron, tu as dormi habillé pour avoir tes vêtements en aussi mauvais état ? Ton veston est si froissé, je ne sais pas ce que tu as fait, pour le mettre dans cet état. Et c'est quoi ce nœud papillon de travers, on dirait qu'une fille t'a sauvagement agressé contre le mur !

- Oh, j'aurai aimé déjà qu'une fille le fasse, car c'est exactement l'inverse, grimace son frère. Elles me fuient, alors que je suis tout à elles.

- Tu m'étonnes, tu as une tête de constipé, tu n'es pas coiffé, et on dirait que tu es habillé avec un sac poubelle. Où est le problème, à ton avis ?

- Je n'ai que faire de mon apparence !

- Tu as tort, les gens ne ratent pas ton apparence ! Ça compte énormément ! Et à te voir aussi mal présenté et aussi bougon, tu ne plais à personne !

- Hé, je ne vais pas me faire une chirurgie pour avoir une cavalière !

- Rien à voir ! Sois déjà plus souriant, on dirait que tu vas à un enterrement. Tu ne vas pas aller voir les gens avec un regard pareil et leur dire - elle prit une voix déprimée - Bonjour, j'ai pas d'amis, vous voulez danser avec moi ? Et au passage, Ron, je ne sais pas trop si tu es au courant, mais on ne va pas danser à un bal officiel avec un smoking qui ressemble à un tapis.

- Eh ! Ce n'est pas ma faute ! Je l'ai oublié au fond de ma valise !

- Ah, tu oublies tes robes de bal au fond de ta valise, toi ?… Oh, mon Dieu… Ron, tu es vraiment… Passons. Où est Harry, au juste ?

- Cho l'a invité à danser.

- Ah, vraiment, répondit-elle avec un air dégoûté.

- Oui, ils arrivent même par ici, regarde, indique son frère de la main.

En effet, Harry, coiffé les cheveux en arrière avec un peu de gel, en habit de majordome soigné et en cravate blanche, arrivait devant ses amis, l'air radieux. Hermione manquait de tomber par terre. Il n'avait pas du tout l'air d'être le même, lui aussi ! Il devrait mettre du gel plus souvent, ça le changeait de son air débraillé. Et le suivant traîneusement, Cho Chang, en habit chinois, du moins, asiatique, un kimono mauve dont le ton tournait au bleu profond au fur et à mesure que l'habit descendait sur la poitrine et les jambes. Il était décoré de cerisiers en fleurs sur la mer déchaînée, et ses bras nus ondulaient en même temps qu'elle marchait. Elle avait mis des talons aiguilles ; la préfète se demandait si c'était lié à ça qu'elle faisait une mine douloureuse.

- Vous avez fini de danser, déjà, demande Weasley frère, intrigué.

- Non, je tenais à vous voir, dit Harry. Hermione, tu es très belle, ce soir.

Elle fut ravie du compliment, déjà impressionnée par sa tenue impeccable. Par contre, Chang, derrière, ne goûtait pas à sa joie, et la regardait d'un air amer, ses talons faisant un bruit aigu insupportable en raclant sur le sol.

- Je ne te vois jamais mettre de robe, ça te change, remarque Potter.

- Oui, c'est vrai, ajoute son ami roux. Ça te change de tes vieux chandails.

- Ce sont des pulls, Ron…

Ginny eut l'air amusé. Mais plus de l'air furieux que Cho affichait, croisant les bras sur sa poitrine, ennuyée.

- Ne me dis pas que tu es venue exprès les voir pour me larguer avec une autre fille, réplique-elle, mécontente.

- Bien sûr que non, soupire Harry. J'ai des amis, tu sais ?

- Touchante attention que tu n'as pas pour moi, dit-elle tout bas.

Voyant la colère de sa cavalière à des kilomètres, le sorcier à la cicatrice se sentit très gêné, et dit alors d'un air empressé :

- Retournons danser !

Il prit Cho par la main, et ils retournèrent danser, s'éloignant vivement d'eux pour aller au centre de la salle, avec les autres couples de partenaires. Ron eut l'air triste en les voyant s'éloigner.

- Oh, je ne sais pas quoi faire pour avoir une aussi belle fille à mon bras.

- Il y a Pansy Parkinson, là-bas, si tu cherches une belle fille à ton bras, lance sa sœur, amusée. Elle a l'air aussi désespérée que toi d'être laissée en plan.

- Au lieu de te moquer, tu ferais mieux de trouver un partenaire, réplique son frère.

- Déjà fait ! Je suis avec… Hé ! Michael !

Hermione tournait la tête. En effet, Corner était à côté, elle venait juste de le remarquer. Le galant chevalier était même au bras d'une autre de la maison Poufsouffle. Cela gêna les amis de Ginny, car visiblement, ils semblaient être plus qu'amis. Et elle ignora Weasley pour danser avec la princesse qu'il venait de trouver. Ginny fut rouge de honte.

- Wouah, super cavalier, il caracole vite à ce que je vois, ton Don Juan.

- La ferme, puceau ! Tu parleras le jour où tu auras trouvé quelqu'un ! Et au fait, c'est qui, elle ?!

Michael, en souriant, dansait avec son amie, toujours plus langoureux dans sa façon de faire. Weasley sacrifia son orgueil à ne rien dire, à le voir s'éloigner toujours plus d'elle.

- Je crois que tu peux rompre avec Corner, finalement, remarque Hermione.

Ginny, furieuse, se mit à lancer d'une voix véhémente :

- Rompre ! Le mot est faible ! Je vais le tuer, lui, toute sa famille, son chien, ses grands-parents, et les ressusciter pour les tuer encore ! C'est quoi cette plaisanterie ! Nous sortons ensemble ! Et c'est qui cette pute ? Il l'a ramassée où, cette traînée ?!

Pendant que Weasley, enragée, récitait tout un chapelet d'insultes à l'égard de Corner et de sa petite amie, Ron, reculait, inquiet, en voyant sa mère s'énerver, et Hermione, dépitée, se tut, partageant la tristesse de son amie sans un mot, la laissant s'énerver, pour pouvoir la raisonner quand elle aurait fini.

Cinq minutes plus tard, une fois que la famille de Corner fut maudite un million de fois, Ginny, dont la colère avait mué en tristesse, et dont la rougeur n'était plus signe de rage mais de douleur, se mit alors à faire couler quelques larmes, l'air malheureuse, tout en se cachant les yeux avec ses mains pour ne pas le montrer, tournant le dos au monde. Elle sanglotait un peu. Son amie, gênée, tentait de la consoler.

- Vu comment il t'a trompée, il en fera de même avec celle qu'il a dans les bras… Et à force de se moquer de toutes les filles, il finira par s'attirer leur colère, et l'une d'elle l'humiliera un jour. Il n'en vaut pas la peine, ce n'est pas un homme, c'est un perdant.

- Où sont passés les gagnants, demande alors Weasley, triste.

- Ben, je suis là, moi, dit Ron, joyeux, alors.

Sa sœur, soudain calmée, sortait alors les mains de ses yeux, et se tournait, les yeux rouges et contrariés, l'air las, vers son frère.

- Oh, quel homme, quelle virilité, quelle magnificience, quelle prestance, tu es aussi heureux qu'Ulysse, aussi beau que Thésée, aussi fort qu'Hercule… On se demande pourquoi les filles ne se déchirent pas pour t'avoir !

- Mais… Mais exactement, pourquoi elles ne se déchirent pas pour m'avoir, réplique son frère, furieux. C'est vrai, ça !

Hermione, amusée, riait de la réflexion, tandis que Ginny lui répondait, d'un ton sarcastique :

- On se le demande, vraiment !

- Mais oui ! Et après, il y a des étrangers moches qui arrivent, et…

- Non mais arrête un peu Ron, coupe sa sœur, exaspérée. Si ta vie te semble pourrie, ce n'est pas la faute des autres, ou alors, très peu ! C'est surtout de la tienne ! C'est toi qui ne trouve pas de cavalière, pas l'étranger moche ou je ne sais pas qui ! Et d'ailleurs, tu le dis toi-même, un moche a trouvé quelqu'un, alors si un moche le peut, toi tu le peux aussi !

- Arrêtez, coupe Hermione, ennuyée. Ron, arrête de faire ta victime, ça n'arrange rien pour personne, pour toi comme pour nous. Et Ginny, ne t'en fais pas pour cet homme, il y a des dizaines d'autres qui attendent une partenaire. Regarde autour de toi, il y a des hommes qui restent seuls sur une chaise, à attendre qu'une fille ait pitié d'eux.

- Il y a de quoi avoir pitié d'eux, ils sont tous aussi beaux et virils que Ron.

- Arrête un peu, répond l'adolescente, agacée. De toute façon, tu n'as pas trop le choix. Soit tu danses avec quelqu'un, soit tu restes assis avec Ron à regarder les autres danser, soit tu vas te régaler au buffet.

- Je vais aller au buffet, tiens, dit Ginny, alors.

Et elle s'éloigna alors. Son amie soupirait de voir qu'elle n'a pas réussi à rassurer son amie, quand Ron, dont l'estomac gargouillait, dit alors :

- Oh, quelle bonne idée. Il doit y avoir de bonnes choses à manger. Je te laisse, je vais chercher de quoi rassassier mon estomac, et aussi, rassassier les plus belles femmes de Poudlard.

Il se leva à son tour, content, et suivit sa sœur à grands pas. Restant seule, l'adolescente lança d'une voix contrariée :

- Non mais vraiment… Entre l'estomac de Ron et la mauvaise foi de Ginny, je ne sais pas à qui m'en prendre.

Elle resta alors boudeuse un moment, à regarder ses amis au loin qui la négligeaient, puis, alors, elle se dit qu'elle se changerait les idées à danser, au lieu de regarder tous les autres cavaliers d'un air agacé.

Elle commença d'abord par sourire un peu, remettre sa toilette en état, et se mit alors à parcourir les rangs de chaises autour de la salle pour trouver quelqu'un avec qui danser. Pour le début, ce ne fut pas prometteur. Soit les recalés en question ne semblaient pas intéressés, soit ils étaient bougons, ce qui était répulsif. Après avoir longé la moitié de la Salle, elle se désespéra quelque peu, jusqu'à ce qu'elle tombe sur une tête familière.

- Luna ? Tu te caches ici ?

C'était en effet Luna Lovegood qui traînait là, à lire un livre, adossée à un coin du mur. Elle avait troqué son uniforme scolaire pour une magnifique robe argentée à manches longues, de la couleur des perles, qui lui descendait jusqu'aux pieds, vêtus de ballerines bleu azur. Elle avait laissé pendre ses cheveux blonds et avait mis des anneaux en or à ses oreilles. Luna était sublime, même Hermione en convint. De l'autre côté, surprise qu'on l'appelle, elle releva le nez de sa lecture, et reconnut la Gryffondor.

- Hm ? Hermione ? Tu n'es pas avec un cavalier ?

- À moins que mon cavalier soit la chaise à côté de toi, non.

- Ne me dis pas que tu veux m'inviter, dit-elle alors en souriant. Je ne sais pas danser, et tu auras l'air étrange en valsant avec moi.

- Je n'avais pas cette intention en tête, je ne vois pas avec qui valser de toute façon. Et je danse aussi très mal, donc non.

Luna eut un rire, alors, et il dit :

- Tout le monde implore intérieurement, qu'un bel homme ou une belle femme arrive pour le ou la saisir au vol, le temps d'une danse d'amour. Il n'y a que ça qui fait vivre, tu sais. Un si naïf et si terrible fantasme…

Hermione sourit, amusée de la réflexion, et dit alors :

- C'est beau de dire ça, mais je vois toujours le contraire…

- C'est que nous avons perdu le temps de créer des relations profondes, et de nous connecter à nos sentiments, répond Luna. Cela m'arrive aussi. Donc, je me repose ici pour rattraper le temps que j'ai oublié de me donner. Le cavalier n'est pas indispensable. Je suis très heureuse aussi à prendre soin de moi.

- Mmh… Tu as une drôle de définition de prendre soin de toi…

- C'est que nous ne voyons pas les choses du même angle. Tu préfères la raison, moi le cœur. Nous avons des instincts différents.

Hermione, comme d'habitude avec elle, ne savait pas quoi dire. Ce fut Luna qui répondit :

- Je trouve qu'on devrait faire des bals tout le temps. Pour valser entre nous… Le pouvoir d'une danse, d'un sourire, d'un baiser, d'un toucher, tout cela, reste incrusté et fait immensément de bien. Cela nous change de ces éternelles quêtes de satisfactions personnelles et immédiates, qui nous séparent les uns des autres. C'est tellement mieux quand on s'aime ensemble, pourtant.

- Oui, c'est vrai… Au fond, on le désire un peu tous, avoue Hermione.

Alors qu'ils discutaient, arrivaient alors deux autres garçons. L'un avait un demi-costume, composé d'une veste chic, mais la cravate de travers, le pantalon mal centuré, et des chaînes au poignet. Il tenait deux verres de boisson pétillante orangée à la main, et le second, c'était un garçon dodu en costume noir, irréprochable, mais totalement noir, autant sa mine que son nœud papillon. Hermione les reconnaissait, surtout le dernier, car elle le voyait à l'Armée de Dumbledore.

- Allez ! On va à la chasse aux demoiselles ! Ah ! On en a trouvé deux, ici !

Marcus Montague, ravi, regardait Hermione, qui elle, de son côté, se demandait ce qu'elle faisait là. À côté de lui, son inséparable ami Adrian Pucey, en retrait. Ce dernier, aussi muet qu'à l'ordinaire, la regardait aussi de façon surprise, les yeux écarquillés et les sourcils relevés. Pendant un moment, ils restèrent plantés là, sans savoir quoi se dire, entre l'un surpris, et l'autre qui ne savait pas quoi dire. Alors, Montague, joyeux, lança à Luna, tout en désignant de la main Adrian :

- Hé ! Tu veux danser avec lui ? C'est mon ami, sois gentil, il est tout seul. Sauve donc un pauvre garçon dans le besoin ! Il a besoin de toi !

- Non merci, répondit la Serdaigle. J'ai besoin d'un peu de solitude, ce n'est pas contre vous, mais c'est que ce n'est pas le moment. Et il n'a pas besoin de moi ni de personne pour être heureux avec ce qu'il est.

- Oh, oh ! Dommage, Ad, elle est pas commode, celle-là. Toi, alors ! Ouah, elle est assez bien faite, tu ne trouves pas ? Ni trop grosse, ni trop grande.

- Je ne suis pas un Souafle de Quidditch, lance Hermione, soudain. Merci de me considérer comme la femme que je suis, au lieu de me désigner comme une chose.

- Ouh, c'est une fille dominatrice, lance alors le Serpentard. Ad, j'espère que tu aimes être soumis, puisqu'elle va dominer ta soirée.

Pucey ne répondait rien du tout, reculant d'un pas, très gêné, le regard triste, pendant à terre. La préfète de Gryffondor, de son côté, semblait pincée par cette façon de parler que Marcus avait.

- Tu n'as pas de cavalière, Montague, demande alors Hermione.

- Pas besoin, dit-il. Ça ne m'intéresse pas. C'est pour Ad que j'en cherche.

- Ah ?… Bon…

Hermione n'avait pas pour intention de l'inviter, mais une telle réplique ne la mettait pas à l'aise. Alors que la Gryffondor restait plantée là, et que Montague voyait bien l'air gêné de la demoiselle autant que de son ami, qui regardait ailleurs, gêné, il s'amusa à jouer les entremetteurs.

- Hé, Adrian, ça te dirait de te bouger un peu ? Madame à côté, s'ennuie toute seule. Va donc la tirer de ce pétrin, bonhomme !

- Quoi, lance son ami, surpris, tournant la tête vers lui.

- Va donc saisir cette jouvencelle, lance alors le Serpentard. Tu crois que les filles tombent du ciel ? Si tu n'es pas capable d'en prendre une au vol et de lui parler un tant soit peu, tu finiras tes jours avec moi. Enfin, si c'est ce que tu veux, ça ne me gêne pas du tout…

- Non, répondit simplement Adrian, mal à l'aise.

Hermione se mit alors à rire. Quel couple incroyable ils feraient. Entre l'autre qui ferait « Allez, allez ! » et l'autre qui ferait « Non », ça irait très loin. Si Luna eut un sourire amusé, en revanche, Adrian en fut tout honteux, et il devint alors encore plus raide, tendu, et on le voyait mal à l'aise. Alors Montague continuait de l'embêter :

- Je suis ton capitaine, je te le dis, va t'emparer d'elle. Prends-la au vol ! Finissons-en ! Tu es trop mou. Tu ne comptes pas rester là à regarder les autres danser, non ? Alors tu peux bien aller avec celle-ci. Essaie au moins !

Adrian échappa un gémissement inquiet.

- Je sais pas.

- T'es pénible, comme garçon, tu le sais, ça ?

Il se tourna alors vers Hermione, pour lui lancer d'une voix un peu forte :

- Hé, mademoiselle ! Tu veux danser avec lui ? Il est un super garçon. Il est propre, gentil, poli, obéissant, très mignon, bien fait, et il a de la culture.

- Quelle magnifique description, rit Granger. Enfin. Au point où j'en suis, ce soir, qui que ce soit, du moment que ce ne soit pas un crétin fini, ça ne me dérange pas.

- Ah ! Pucey, tu vois ! Allez ! Arrête de faire l'idiot, et prends sa main. Allez mettre le feu devant tout le monde !

Pucey, qui était en retrait, se tournait alors vers Hermione, les pupilles dilatées, avant de dire :

- Je vais être jeté… Les Gryffondor détestent les Serpentard.

Surprise d'une telle réponse, Hermione reculait d'un pas, quand Marcus, à côté, lui répondit d'une voix ennuyée :

- Tu ne m'as rien fait. Et… Nous sommes plus que de maisons différentes, nous sommes dans la même école et dans le même bateau, après tout.

Marcus la fixait comme si il venait de voir une poule avec des dents. Adrian, lui, eut l'air touché, en se détendant un peu, et en rehaussant les sourcils pour mieux accompagner ses yeux agrandis.

- C'est joli à entendre, surtout venant d'une maison de dératés ! Eh, Adrian, écoute ça ! Elle parle philosophie et poésie, tu vois, elle te dit inconsciemment et poétiquement « Attrape-moi, empare-toi de moi ! » Ben fais-le !

- Mais non, rougit l'autre, mal à l'aise. Tu dis n'importe quoi.

- Tu es vraiment lourd, Adrian, réplique son ami, alors. Tu ne trompes pas, avec tes grands airs. Tu es un gros sensible ! Mais la sensibilité n'aide pas à trouver des petites amies, alors tu resteras avec le souvenir d'Alicia qui t'a quitté si tu ne sors pas un peu de tes tracasseries.

- Arrête, répondit juste l'autre.

Il s'approchait alors un peu, mais à distance raisonnable d'Hermione, avant de demander :

- Hem… Tu veux danser ?

La Gryffondor se demandait si cela allait être un minimum agréable, vu comment il semblait raide comme un piquet. Mais elle se dit après tout qu'elle n'était pas tant obligée que ça de danser plus d'une fois. Elle pouvait toujours s'en aller si ça tournait mal. Bien que déjà, ça semblait complètement fichu.

- Essayons. Enfin… Tu sais danser ?

- Non. Et toi ?

- Moi non plus, remarque Hermione. Bon, au moins je ne suis pas toute seule à être ridicule ce soir.

- Bon, vous vous bougez, ou quoi, lance Marcus, à côté. Vous êtes lents, tous les deux, c'est impressionnant. Je vois quelqu'un qui me plaît, je saute dessus au vol et je lance le sujet ! Quels mollassons…

Mais il a parlé un peu vite, car à ce moment, subitement, Hermione s'approchait gentiment d'Adrian, un peu mal à l'aise. Il n'a pas dû recevoir beaucoup de filles à son bras. Le Serpentard alors s'approcha à son tour, pour lui tendre le bras, et elle le sien. Et ils se dirigèrent alors vers la piste de danse, pour faire quelque pas.

Ce fut quelque chose de vraiment épouvantable. Aucun des deux ne savait ce qu'il faisait, et c'était presque s'ils manquaient de se rentrer en dedans chacun de leur côté. Hermione tentait de tourner sur place, mais Adrian allait généralement dans l'autre sens, ce qui faisait qu'ils patinaient souvent sur place, quand ils n'avaient pas l'air épouvantés, l'un comme l'autre, à devoir se fixer des yeux tout le long. C'était plus ridicule qu'émouvant, et la préfète manquait de rire en voyant les couples à côté d'eux, tellement plus romantiques à se tenir langoureusement en faisant du tango. Eux, ils faisaient quelque chose combinant la valse et le combat de sumo.

Ils dansèrent ainsi vingt minutes, mais il fallut arrêter alors, car c'était vraiment trop bête. Ils riaient presque en marchant comme des manchots, et revenaient vers le buffet, rouges de honte. Pendant qu'ils étanchaient leur hilarité, ils se retrouvaient devant la table remplie de mets. Il n'y avait presque personne, quelques Poufsouffle gourmands, une Serdaigle ennuyée d'être seule, et Ron, qui se gavait de bouchées farcies. En voyant arriver ce couple-là, il haussa les sourcils, et cracha par terre ce qu'il venait de manger.

Mais les deux adolescents ne l'ont pas vu, ils étaient occupés à boire. Hermione avalait une Biéraubeurre, quand Adrian préférait du Whisky Pur Feu.

- Tu es en quelle année, demande alors Hermione, surprise. Pour boire cela, cela demande, comme l'alcool, d'avoir un certain âge.

Adrian eut un sourire gentil en entendant ça. Il vida cul sec son verre, le posa à terre d'un coup sec, et dit alors :

- Dix-sept ans en novembre.

- Tu es en septième année, alors.

- Oui. Et toi ?

- Je suis en cinquième année… Je n'ai que quinze ans, répondit la préfète. Je ne toucherai jamais à un verre de Whisky Pur Feu. Ça doit être infect.

- Non, répondit le Serpentard. Un verre de temps en temps, ça fait du bien.

- J'espère que ce n'est que de temps en temps, répond Hermione, inquiète. L'alcool rend mauvais à forte dose. J'en sais quelque chose. À Londres, on ne voit pas toujours le bon exemple dans les rues et les pubs.

- Je ne bois que dans les grandes occasions. Pas comme à Londres.

- Je trouve que c'est quand même bien mieux de parler avec les autres, que de boire tout seul dans son coin à noyer un chagrin, qui malheureusement, sait bien nager, remarque la Gryffondor. Tu ne trouves pas ?

Adrian eut un sourire triste en entendant cela. Ce qui intrigua Hermione..

- Hm ? Tu tiens l'alcool ? Tu deviens rouge.

- Oh, non, ce n'est pas ça, dit le garçon, d'une voix amusée. Je n'ai pas l'habitude d'être en si bonne compagnie. Ça me fait… ça me fait étrange.

- Ah vraiment ?… Enfin, je ne suis qu'une fille comme une autre.

- Non. Je te vois de loin. Tu es différente des autres. Tu es toi-même. Les autres ne le sont pas. Ils jouent une comédie. Leur jeu d'acteur les trahit.

- Une comédie ? Que veux-tu dire ?

- Tu es toi-même tout le temps… Tu ne joues aucun rôle, répond le Serpentard. Je le vois de loin.

Surprise par cette déclaration, Hermione demandait :

- Tu le vois de loin ?… Ah, mais c'est vrai qu'on a la manie de se croiser souvent, surtout aux mauvais moments. Tu n'as pas de chance, avec moi.

Cela fit rire le Serpentard. Son rire était étonnament calme et plaisant à entendre pour un silencieux iceberg qui ne parle à personne.

- Enfin, sourit la Gryffondor, je ne joue aucun rôle, je ne comprends pas pourquoi tu dis ça.

- Si, tu joues un rôle, insiste le Serpentard. Tu protèges tes amis. Et moi aussi. C'est pourquoi je travaille dans la protection à autrui.

- Ah ? C'est vrai, je protège mes amis, mais… Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Adrian se répondit pas. L'air de rien, il regardait ailleurs en buvant son Whisky Pur Feu. Hermione crut deviner qu'en réalité, Pucey devait l'observer de loin. Après tout, il semblait comme Seamus, très attentif surtout à la façon dont les autres se comportent… Et cela expliquerait aussi pourquoi il l'avait trouvée « par hasard » le soir de la rentrée, et que, étrangement, ils se croisent tout le temps depuis. Le hasard a ses limites, surtout quand on l'annonce de la sorte. Non, Adrian voulait lui parler, ou alors, il l'épiait de loin, pensait-elle alors.

Mais elle ne put pas dire autre chose au Serpentard. Ron, qui entendait tout à côté, fronçait les sourcils, l'air noir, il toisait le Poursuiveur des Serpentard. En face, Hermione, voyait que son cavalier s'empourprait, allait lui répondre, mais elle n'en eut jamais l'occasion. Ron se jetta entre eux, très mécontent.

- Hermione ! Tu es ici, je me demandais où tu étais passé. Viens danser !

Il lui avait tendu la main, mais elle avait refusé en reculant brutalement. D'où sortait-il ?! Elle était choquée, elle ne l'a pas vu venir. Ron, en voyant ça, se tournait vers le Serpentard, l'air suspicieux. Sans mot dire, il l'évaluait du regard, puis, il revenait à son amie, toujours peu aimable.

- Allons, tu es mal tombée pour avoir ce gros-là comme partenaire. J'espère qu'il ne t'a pas envoyée valser contre le mur.

- Pourquoi dis-tu ça !

Ron, surpris, regardait son amie avec effroi. On dirait qu'il l'avait vu folle ou dire une chose incompréhensible.

- Mais enfin, c'est un Serpentard, Hermione. Ils sont tous brutaux, rustres et laids. Je me demande pourquoi tu lui parles, même.

En entendant ça, Adrian, soudain moins euphorique, foudroyait Weasley du regard. Il lui dit d'une voix furieuse :

- Je suis laid ? Tu t'es vu, toi ?

- J'espère que tu as été bon avec Hermione, réplique alors Ron. Tu as fait comme Drago ? Aller la voir pour disséminer au vent des remarques perfides ?

- Mais qu'avez-vous tous avec moi, réplique le Serpentard.

- Ce qu'on a avec toi ? Eh bien, tu es un sale type, voilà tout, comme tous les autres de ta maison. N'approche plus Hermione, sinon je t'en fiche une entre les dents. Et je sais me battre !

- Vraiment, dit Adrian en montrant les poings. Je cogne très fort. Tu veux que je te montre ?

Weasley parut moins assuré, tout à coup, reculant devant l'épaisseur des poings du garçon qu'il provoquait. Hermione, furieuse, répliquait d'un ton sec :

- Ron, fiche-lui la paix ! Il n'a rien fait de mal ! Excuse-toi !

- Pardon, dit alors Weasley, médusé. M'excuser, moi ? Mais les Serpentard nous font du mal. C'est normal de les rembourser !

La préfète regardait alternativement Ron et Adrian d'un air désespéré. Elle ne savait pas quoi faire. Elle sentait la bonne ambiance entre eux gâchée. Voyant qu'il était de trop, le Serpentard bougonna :

- J'y vais.

Et il partit, très pressé de s'en aller, à grandes enjambées, les poings serrés. Ron eut un rire méchant, mais Hermione mit vite fin à sa bonne humeur.

- Espèce d'imbécile ! Il t'aurait jeté contre le mur sans difficulté ! Et tu l'aurais cherché ! Pourquoi tu es venu comme ça !

- Mais, Hermione, je croyais qu'il venait t'agacer. Il t'harcèle déjà assez à l'Armée de Dumbledore.

- Quoi ?! Comment ça, à l'Armée de Dumbledore ?!

- Hé bien, quoi, c'est vrai, balbutie Ron, ne comprenant pas l'animosité de son amie. Il n'arrête pas de se mettre avec toi, je crois qu'il le fait exprès. Tu es trop gentille, tu devrais le laisser se débrouiller au lieu de te forcer à être sa partenaire de sorts…

- Il est toujours tout seul, réplique Hermione.

- Ben laisse-le où il est ! Les Serpentard ne sont pas nos amis, et ils ne le seront jamais ! Il n'est pas bon pour toi, laisse-le tomber ! Il y a plein de bons garçons à Gryffondor, même à Poufsouffle et à Serdaigle ! Pourquoi lui !

- Il est déjà plus mature que toi, réplique Hermione, cassant.

Devenue froide, elle n'adressa pas un regard ni un mot de plus à Ron. Ce dernier, paniqué entre la réaction de son amie, qu'il ne comprenait pas, et la peur de la voir avec un Serpentard dans les bras, dit d'un ton inquiet :

- Hermione, ça n'a pas l'air d'aller. Tu veux un verre ?

- Laisse-moi tranquille !

Et elle laissa brutalement Ron seul. Il regardait son amie, comme si elle était devenue folle. De toute évidence, il ne voyait pas qu'il avait fait quelque chose de mal, mais que par contre, Hermione est très étrange, ce soir.

Marchant autour de la Grande Salle, il fallut un moment pour qu'Hermione arriva enfin à se calmer, et à reprendre son calme. Tant d'irrespect et de stupidité la mettait hors d'elle. Ron était vraiment le roi des imbéciles, se disait-elle avec aigreur. Ce n'est pas étonnant que aucune fille n'en veut. Et elle s'en voulait alors. Elle pensait qu'après l'intervention de son ami, Adrian l'a mal pris. Elle le cherchait, pour se justifier auprès de lui, mais elle ne le trouva nulle part dans la Grande Salle. Pourtant, elle a bien cherché. Quitte à faire un peu de désordre. Par exemple, elle manqua de se cogner contre un couple qui dansait, ce qui lui fut reproché vertement par le cavalier. Honteuse, la préfète manqua de reproduire deux fois cette maladresse, ce qui l'amena à réfléchir à tout cela, et à se calmer, plus loin dehors de la Grande Salle, où elle serait plus à l'aise.

De prime abord, elle alla se poser dans un recoin un peu à l'écart. Elle voulait juste être seule, et n'avait vu que Dumbledore et ce policier à côté. Elle se disait qu'elle pouvait se mettre là sans les déranger, et que contrairement à Ron, ils n'allaient pas faire « Arrête de danser avec lui ! » et en profita pour se calmer en respirant et en réfléchissant, contre le mur.

Il semblerait qu'elle dérangeait, car alors, les adultes se tournèrent vers elle.

- Miss Granger ? N'allez-vous pas avec vos camarades, interroge le directeur. Vous passez pourtant une soirée qui ne se reproduira pas souvent.

- Non, j'ai eu ma dose, répond-elle, assez nerveusement.

Dumbledore constatait en effet ceci.

- Ah… Oui, vous semblez un peu à bout, dit-il, calmement. Ça va aller ?

- Ça ira… J'ai juste besoin de me changer les idées, quelqu'un m'a contrarié, mais vous ne me dérangez pas, dit alors Hermione.

En effet, elle se sentait mieux avec la présence douce et apaisante de Dumbledore, et elle sentait soudain s'envoler sa mauvaise humeur. Elle se sentait mieux là, même avec l'autre Brigadier à côté pour la taquiner de façon insistante.

- À votre âge, remarque Runcorn, qui eut un sourire torve comme ceux de Rogue. Les filles de nos jours fatiguent vite. On en faisait de meilleures à mon époque, je vous l'assure. Je l'ai vu, et expérimenté, aussi.

- Albert, je vous prie de garder votre misogynie, elle n'intéresse personne.

- D'ailleurs, que faites-vous ici, vous ne dansez pas, demande Hermione.

- Miss Granger, pour vous répondre, notre ami ne vient ici que pour prendre du bon temps. Nous parlons de politique, explique Dumbledore Cela n'intéresse guère les élèves, donc nous restons entre nous.

- Oh, j'apprécie d'en parler, remarque la Gryffondor, surprise. Ça ne me dérange pas d'écouter ce qui se fait dans notre pays.

- Vraiment ? C'est rare, et appréciable aussi. C'est après tout un devoir de citoyen que d'y participer. C'est une chose commune, pas un désir individuel. Puisque vous voulez tant en discuter, Miss Granger, avez-vous eu vent des élections prochaines ? Elles sont en fin juin.

- Les élections ministérielles ? À la volée. Je sais juste que Fudge et Scrimegeour se portent candidats, mais sans plus.

- Il n'y a pas qu'eux, mais il y a toujours deux ou trois candidats qui se démarquent de tous, bien sûr. La politique est aussi une affaire de charisme. Mais pour en revenir au sujet, ces élections seront mouvementées, sans nul doute.

- Par rapport à la Coupe de Feu ?

- Oui, notamment. Mais il y a autre chose. Un sujet difficile à aborder. Le pouvoir n'est pas entre des mains soucieuses de l'utiliser pour le bien de tous. Fudge compte garder les privilèges de son groupe social, qui a tout. Perdre son mandat, ce serait être infériorisé. Il ne peut le supporter. D'où ses incessantes déclarations sur Harry.

- Il m'a semblé le comprendre, dit Hermione. Enfin, sa tactique demande à être revue, puisque s'en prendre à des innocents n'a aidé personne, et le pouvoir n'a pas été créé pour le garder.

- Bien évidemment. Ce qui est contrariant, c'est que pour le garder entre ses mains, Fudge est prêt à tout. Quitte à mettre de côté les affaires pressantes du pays. Le chômage est au point le plus élevé chez nous depuis des décennies. Fudge ne fait rien pour améliorer la situation, enfin, si, mais seulement la sienne.

- Oui, il laisse s'envoler le chômage et les industries, plus tout le secteur social, pour se préoccuper de vétilles, comme des lois sans réelle ampleur ou bien les sondages, réplique Runcorn. Et après, il se plaint qu'on est trop paresseux pour remonter la situation du pays, mais, il faut quand même se rappeler que le gouvernement dirige, alors si la direction est pourrie, ce n'est pas le peuple, le problème !

- Albert, cessez votre démagogie. Vous savez pourtant aussi bien que moi que ce n'est pas si facile. À vrai dire, le monde devient de plus en plus complexe, ce qui explique que tout leur échappe des mains, plutôt.

- Pas tant que ça, remarque Runcorn, amusé. Fudge trouve le temps de penser à toi et de t'envoyer cette charmante Dolores.

- Oh, je suis bien aise de son attention, si Fudge force bien Ombrage à travailler ici. Je ne vois pas pourquoi moi aussi, je n'inviterai pas du personnel du Ministère aussi, remarque le directeur, tout aussi amusé que lui.

- Oui, je devrai venir plus souvent à Poudlard, d'ailleurs, on y est bien mieux, répondit le Brigadier d'un sourire torve. Et je vous sers bien au passage, je suis un efficace insecticide, voyez, la peste qu'est Ombrage n'est plus là quand je suis dans les parages. Vous devriez me remercier.

Dumbledore eut un sourire amusé en entendant ceci, tandis qu'Hermione fronçait les sourcils en comprenant quelque chose en entendant cela.

- C'est vrai, ça… Elle n'est pas là. Que fait-elle ?

- Une lettre pour Fudge, officiellement, répond le Brigadier, mauvais. Mais je sais qu'elle a d'autres correspondants.

- Mmmmh, répond Hermione, méfiante.

Elle se demandait si quelque chose n'allait pas. D'habitude, quand il s'agit de se faire remarquer, Ombrage est rarement à l'arrière, et toujours parmi les premières. Mais à trop réfléchir, elle eut mal à la tête, et sacrément chaud aussi. On avait beau être en automne, cette pièce était chaude à en fondre comme glace sur neige. Et la tenue de la préfète était très serrée, ce qui n'arrange rien.

- Je vais vous laisser, messieurs. Je pense que je vais aller prendre l'air. Je ne crois pas que ma compagnie vous convient de toute façon.

- Quoi, je ne te plais pas, demande Albert, narquois.

- Pas vraiment, vous n'êtes pas très agréable, répond Hermione. Vous seriez plus aimé si vous arrêtiez. Vous savez, les filles, autant que les garçons, apprécient les hommes courtois et polis. On dirait que vous vous moquez de moi, cela n'est pas agréable.

Runcorn eut alors un geste de retrait, comme s'il se sentait touché. Hermione n'y prêta pas attntion et s'en alla doucement prendre l'air. Rien à voir avec le Brigadier, mais l'air de cette pièce était surchauffé. Elle voulait juste respirer un peu à l'écart, elle n'est pas à l'aise dans les grandes salles bondées.

Alors que la Gryffondor était sortie de la Salle, allant dans le couloir éclairé à l'extérieur, où quelques couples discutaient à l'écart, elle eut subitement de la compagnie, imprévue.

- Hermione, lance alors Ginny Weasley, qui accourait avec sa robe qui se pliait dans tous les sens. Tu es sourde ? Je t'appelle depuis tout à l'heure !

- Discutons-en à l'écart, tu veux bien ? Suis-moi.

Elle l'emmena vers le couloir ouest, là-bas, elle serait sûre d'être tranquille. Quelques minutes après s'être éloignée, tout en marchant, Ginny apprit comment son frère montrait ses mauvaises manières aux autres. Consternée, elle ne dit mot, quand Hermione pleurait quelques larmes, sans savoir pourquoi.

- Mon frère est le roi des crétins, je devrais le couronner demain, soupire la rousse. D'accord, les Serpentard ne sont pas tous fréquentables, mais il ferait mieux de ne pas les chercher. En particulier ceux qui ont le calibre suffisant pour lui farcir l'œil au beurre noir ! Il se croit fier ? Non, il se fait d'amer ennemis qui répliqueront un jour ! Adrian est avec nous à l'A.D., en plus !

- C'est sûr, lance Hermione, furieuse. Et j'en ai assez de ce que fait Ron ! Une fois n'est pas coutume, il recommence ! Et il fera ça avec d'autres ? Je n'ai le droit que de parler à Harry et à mon père, c'est bien ça ?

- N'importe quoi, tu as le droit, ce n'est pas écrit dans la loi « Attention, les filles, ne dansez pas avec les Serpentard » C'est ridicule. J'ai vu Angelina danser avec George Wellington, et personne ne leur a rien dit. Mais la vraie question, du moins, celle qui m'intrigue, c'est pourquoi tu en tiens autant compte ? Je ne t'ai jamais vu pleurer pour si peu.

Hermione s'interrompit alors, surprise. C'était vrai. Cela ne lui arrivait jamais. Elle posa la question ; puis, alors, elle comprit que c'était surtout parce qu'elle en avait assez de Ron en ce moment. C'était juste la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Elle expliqua son amertume à Ginny.

- C'est tout le temps. Son comportement, ses paroles, sa façon d'être… Cela m'agace de plus en plus. Ce qu'il a fait avec Krum m'a dégoûté. Il n'a rien fait, Ron lui fait du mal, et m'en fait par la même occasion. Sans remords et sans aucune considération pour moi et les autres. Je lui en veux, et à côté, il continue.

- Il le sait, ça ?

- Je lui ai dit cinquante fois, mais vois comme il ne le prend pas au sérieux. J'en ai assez. Je pense que je vais le laisser se débrouiller, j'en ai assez de ses crises de jalousie, de ses répliques acides et de ses mauvaises humeurs.

Ginny fut gênée de voir ce qu'elle disait.

- Heu, tu ne vas pas laisser ton ami de côté, quand même…

- Quand je vois qu'il me rend malheureuse, et qu'il me crée des problèmes, en plus de toujours devoir me disputer avec lui, je commence à me dire que ce n'est pas si terrible que ça. Il serait mieux à régler son problème tout seul, plutôt qu'à le jeter sur tout le monde. Et je m'entends mieux avec d'autres garçons.

- Tu veux parler d'Adrian ? Ne prends pas Ron en cible, je suis désolé pour toi, il semble que Pucey n'est pas accepté par notre groupe. Que ce soit par tes amis comme pour l'A.D. Ils le traitent comme lui.

- De une, je ne pensais pas à lui, de deux, j'aimerai qu'on m'explique, ce n'est pas logique. Adrian ne leur a rien fait, c'est eux qui l'ont cherché.

- Tu penses à partir de son comportement, ce que ne font pas les autres, répond Ginny. Eux, ils n'ont regardé que son apparence, et surtout celle à une maison étrangère à la leur. Et tant pis qu'il est gentil ou non. Voici comment on juge en général autrui. Voilà pourquoi je dis à Ron de soigner son apparence. Mais essaie de lui expliquer ça… Il s'enfonce tout seul, ma parole.

Hermione, muette, ne trouva rien à dire. Elle était quand même dégoûtée de ce qui s'est passé avec Ron. Elle lui en voulait beaucoup d'avoir saboté sa soirée et crié sur quelqu'un qui n'a rien fait. Elle en garda au fond de son cœur un goût amer qui n'allait pas la quitter de sitôt. Elle n'oublie jamais.

Alors qu'elles se promenaient dans les couloirs, tout à coup, elles remarquaient qu'elles étaient revenues devant le bureau de Dumbledore.

- Oh, nous sommes allées trop loin, dit Hermione. Rentrons.

- Oui, il vaut mieux, surtout que nous ne sommes pas sensées rentrer dans nos dortoirs avant minuit, et qu'un policier est parmi nous, s'inquiète Weasley.

Alors qu'elles tournaient les talons, tout à coup, un « CLING » déchirant et bruyant se fit entendre, et toutes les lumières du château disparurent. Toutes. Le couloir était devenu sombre, n'étant éclairé que par des fenêtres qui renvoyaient les rayons de la lune.

- C'était dans le programme, ça, demande Ginny, inquiète.

- Je ne crois pas, répond Hermione, surprise. Il doit y avoir un problème.

Aussitôt, elles décidèrent de revenir à la Grande Salle. Alors qu'elles venaient de faire quelques pas, une explosion se fit entendre.

BAAAAAAAAAAAAAAAANG !

Elle était si puissante, qu'elle venait d'exploser une partie du couloir et de projeter les filles plus loin contre le mur. Elles crièrent de douleur.

- Ah ! C'était quoi, ça !

- Qui est là ?!

C'était une voix froide, menaçante. Les filles se relevèrent, dans l'obscurité, et virent une lueur rouge briller dans le noir. C'était une baguette magique qui crépitait, comme pour attaquer.

- ENDOLORIS !

Un sortilège Impardonnable, le sortilège de Torture, venait d'être lancé vers Ginny, qui hurlait alors de douleur. Hermione, aussitôt, répliqua. Elle remit la main sur sa baguette magique, cachée dans une poche de sa veste.

Elle s'en serait immédiatement servie, si elle n'eut pas la surprise d'être dépassée dans ce projet par une personne extérieure.

- SERVICUS !

Une voix forte, sortant de nulle part, avait lancé ce sort. Un coup, puis un cliquetis métallique, et un cognement sec se fit entendre. L'agresseur s'était cogné, reprenant la douleur qu'il infligeait aux autres. Ce qui intrigua Hermione, c'était que cette voix qui a enchaîné l'agresseur par un maléfice d'Esclavage, n'était pas la même, elle était très grave par son ton, quand celle de l'autre était plus aiguë. Elle comprit que c'était quelqu'un d'autre. Puis alors, elle regarda en direction de l'agresseur, sa baguette en main. Elle le vit, un peu plus loin, mais ne vit qu'un tas de chaînes enserrant un être couvert d'une sorte de robe noire à capuche. On ne voyait pas qui c'était. Et quand même bien qu'elle cherchait de sa baguette s'il y avait quelqu'un alentour, mais mis à part Ginny, plaquée au sol, et l'agresseur enchaîné au sol, il n'y avait personne. Qui a donc lancé ce sort d'Esclavage, puisqu'il n'y a qu'eux trois ici ?

Au lieu de chercher quelqu'un qui semblait s'être évaporé, et d'un agresseur neutralisé, la préfète s'occupa alors de son amie.

- Tu vas bien ?!

- Ah… Hermione ! … Je saigne, ça fait mal…

Alors qu'elle finissait de dire ça, la lumière était revenue. La préfète haussait les sourcils, avec son amie. Après quelques aveuglement liés au retour de la lumière, les filles finirent par s'interroger, immobiles.

- Mince, lance alors l'agresseur vêtu de noir, d'une voix forte. C'est raté !

Tout en pestant, l'homme à capuche se lança un sortilège qui défaisait les chaînes. Puis l'homme en noir courut à travers le château, pour se jeter à travers une fenêtre et sortir du château. Hermione l'entendit clairement courir ensuite dans le parc de l'école.

- Qui était ce fou, demande Ginny, paniquée.

- Je l'ignore, mais il n'a pas fait long feu dans les parages quand il a vu que la lumière est revenue. Bon tant pis pour lui, allons rejoindre les autres.

Elle aida son amie à se relever, et l'aida à marcher. Après quelques pas, une marche saccadée et bruyante se fit entendre. C'était les professeurs de Poudlard, menés par Dumbledore et Runcorn, qui accouraient en leur direction. Ils finirent par remarquer la présence des Gryffondor.

- Tiens, encore vous, s'écrie le Brigadier.

- Vous êtes là, remarque alors McGonagall, dans le lot. Miss Weasley, vous êtes blessée ! Que s'est-il passé ?

- Quelqu'un a explosé le couloir du bureau de Dumbledore, explique Hermione. Il s'est enfui, mais il a blessé Ginny en chemin.

Surpris, les professeurs se regardaient, interloqués. Alors, le directeur, furieux, dit d'une voix sèche au policier :

- Runcorn, allez immédiatement voir ce qui se passe ! Quelqu'un s'est introduit à Poudlard, agresse nos élèves et dégrade le bâtiment !

- Oui, monsieur !

Et il s'éloigna en courant vers le couloir de l'explosion. Dumbledore, qui restait sur place, furieux, interrogeait Hermione pour tout savoir dans les moindres détails, y compris ce qu'elles faisaient. La préfète donna tous les détails, puis, après que les renseignements furent donnés, Dumbledore, toujours sur le qui-vive, mais inquiet de la blessure de Ginny, ordonna à McGonagall de la mener à l'infirmerie, ce à quoi s'exécutèrent immédiatement la blessée et le professeur. Ils partirent au loin dans le couloir, quand les professeurs, inquiets, discutaient entre eux.

Ce fut à ce moment qu'Ombrage arriva, du côté du chemin menant au bureau de Dumbledore, furieuse. Elle regardait les professeurs comme des coupables, et lançait d'une voix irritée :

- Que signifie tout ce tapage ! Et avec la lumière qui s'envole, j'ai raté ma ligne ! Ma lettre à Fudge est à refaire, merci bien ! J'exige une explication !

- Dolores, quelqu'un a explosé un couloir de l'école, et a agressé une élève, répond sèchement Dumbledore. Cela vous suffit comme explication ?

Soudain, la Grande Inquisitrice pâlit aussitôt. Elle ouvrit la bouche, médusée, tout en répétant :

- Agressé… Agressé une élève ? Vous êtes sûr ?

- Pour sûr, je l'ai vue un moment, avec sa blessure au ventre, répond le directeur. Où étiez-vous, pendant ce temps, Dolores ? Vous n'étiez pas au bal avec les autres. Ne me dites pas que vous avez passé des heures à écrire des lignes, comme les élèves qu'on surprend en faute pour les punir.

Tous les professeurs, alors, fixaient Ombrage d'un drôle d'air.

- Pas du tout ! Je ne recopiais pas des lignes, non, non, j'étais en train de… de ficher les infractions à l'école de ces deux mois !… Et Rusard était même avec moi, demandez-le lui.

- Oh, je le lui demanderai, soyez en sûre, dit Dumbledore, ferme.

Pendant qu'Ombrage, choquée, parlait toute seule, criant au scandale, les professeurs regardaient la Grande Inquisitrice avec méfiance.

Un peu après tout cela, Runcorn revient du couloir. Il était bougon, et quand le directeur lui demanda ce qui s'était passé, il répondit :

- La gargouille qui mène à votre bureau a été explosée. On a placé une bombe composée de soufre et de salpêtre, renforcée par quelques maléfices. Je n'ai pas trouvé celui qui a fait ça, l'école est vide. Il a dû transplaner en fuyant du château. Le parc était aussi vide que le Ministère à minuit.

La directeur, surpris, ne dit mot. Mais les professeurs, autant qu'Ombrage et Hermione, étaient scandalisés.

- A-on pris quelque chose, demande Dumbledore, inquiet. Dites ce que vous avez remarqué de suspect, je vous prie.

- Rien n'a changé. Il n'a pas eu le temps de faire son coup, on dirait. Ces filles sont venues au bon moment… En tant que Brigadier, ma tâche est de veiller à l'ordre public, et je devrai mener ma petite enquête pour retrouver le coupable.

Ombrage pâlissait encore plus à ce moment-là.

- Oh, mais ce n'est pas nécessaire, Albert, après tout, vous n'étiez venu que par courtoisie.

- Dolores, je vous en prie, coupe le directeur, ferme. Je suis tout à fait d'accord avec Albert. Ceci demande une enquête.

En entendant ça, la Grande Inquisitrice recula d'un pas, tentant de sourire, mais affligée de ce qu'elle entendait. Elle qui pourtant aime ce genre de répression « sévère » semblait s'affecter de celle-ci. On la vit clairement transpirer, des sueurs tremblantes affectaient son menton, et elle respirait rapidement, inquiète.