Chapitre 10 Hésitations
Draco resta longtemps dans la Salle sur Demande pour passer sa colère, sa frustration et surtout sa douleur. Il faisait exploser des objets à l'aide de sortilèges et des étagères tombaient en dominos les unes après les autres. Le Serpentard finit par s'asseoir à même le sol, tentant de retenir ses larmes. Il ne pouvait pas pleurer à cause d'elle. Il ne devait pas. Son père lui avait appris à détester les gens comme elle. Draco en avait toujours été incapable et elle, elle le rendait fou. Durant les jours qui suivirent, elle ne le laissa pas en paix, bien qui ne la vît peu. Elle s'immisçait dans ses pensées et dans ses rêves sans jamais les quitter. A le rendre fou. Il tentait d'oublier ses sentiments, de se concentrer sur sa mission mais elle revenait toujours à la charge. Il était irrémédiablement amoureux d'elle et qu'elle l'ait éconduit le rendait malade. Il aurait tant aimé qu'elle partage ne serait-ce qu'une infime part de ce qu'il ressentait pour elle. Mais Hermione avait refusé d'aller plus loin. Elle ne désirait que son amitié, il le savait, et rien de plus. Et lui, il aurait tant aimé plus… Hermione, de son côté, était déboussolée. Elle pensait sans cesse à Draco, à ce qu'elle s'interdisait par peur. C'était indigne d'une Gryffondor. On attendait d'elle qu'elle soit courageuse et c'était tout le contraire. Tout ça pour un garçon. Un garçon qu'elle refusait d'aimer. Qui occupait toutes ses pensées. Et elle l'évitait lâchement. Elle en vint même à stimuler la maladie chaque fois qu'ils avaient cours de potions. Elle ne voulait pas croiser son regard, sinon elle savait qu'elle sombrerait. Qu'elle s'abandonnerait à lui et alors… Elle ne pouvait pas se permettre de l'aimer pour qu'il la laisse. Elle devait absolument protéger Harry et si elle déprimait, elle en serait incapable. Elle devait donner le mieux d'elle-même, comme toujours. Comme elle avait toujours fait pour prouver que même une née-moldue était capable d'être une excellente sorcière. C'était à cela qu'elle songeait, sur un lit de l'infirmerie. C'est pourquoi elle ne l'entendit pas arriver.
« Tu ne pourras pas me fuir éternellement.
Hermione sursauta en entendant la voix de Draco.
-Je ne te fuis pas, mentit-elle.
-Hermione.
-Je suis juste malade.
-A chaque cours de potions ? A chaque fois qu'on se retrouve à la même table ? Hermione, tu aurais dû préparer une autre stratégie.
Elle soupira.
-Va-t'en, Draco, dit-elle.
-Non. Je veux que tu m'expliques.
Il s'assit sur le lit puis chercha son regard, elle tenta de l'éviter.
-S'il te plait, ajouta-t-il.
-Je ne veux pas m'attacher à toi, répondit Hermione, incapable de mentir face au regard d'acier du jeune homme. Parce qu'après tu me laisseras. Et moi je serai anéantie.
Draco lui prit la main, doucement, tendrement, sans quitter son regard.
-Je ne te laisserai jamais, Hermione. Je suis tombé amoureux de toi et c'est irrémédiable.
Hermione se figea. Elle pensait que sa fierté l'aurait empêché de dire ces choses-là. Elle pensait qu'il était incapable de démontrer ses sentiments.
-Tu me fais sentir vivant. Avec toi, j'ai l'impression d'exister, Hermione. Tu es ma source d'énergie. Tu n'as pas à avoir peur, chuchota-t-il en caressant le dos de sa main. Mais si tu ne veux pas de moi, je ne m'imposerai pas.
-Je… Draco, je… je ne sais pas quoi dire…
-Est-ce que… est-ce que tu m'aimes, Hermione ? osa-t-il demander.
-Oui, je t'aime, Draco.
D'un même mouvement, ils se penchèrent l'un vers l'autre. Leurs lèvres s'unirent dans un long baiser. La main de Draco fouilla dans les cheveux d'Hermione. Lorsqu'ils se séparèrent, le souffle court, leurs yeux pétillaient. Ils s'embrassèrent à nouveau.
-Hermione ? Je dois te dire quelque chose.
Elle chercha son regard. Il semblait inquiet, presque effrayé. D'une main, il releva sa manche et dévoila la Marque des Ténèbres.
-Draco, tu…
-Il t'a menacée. Je ne l'ai pas supporté et j'ai accepté de… de la porter. Mais ce n'est pas tout. Il m'a confié une mission.
-C'est de ça que Rogue doit te protéger ?
-Je suppose.
-Tu dois faire quoi ?
-Réparer une armoire à disparaître, tuer Dumbledore et te tuer, toi.
-Voldemort sait que je suis la fille de Lily, réfléchit la jeune fille à haute voix. Ou du moins que je suis capable de protéger, Harry. Sinon pourquoi voudrait-il ma mort ? C'est ça que tu as tenté de faire dans les toilettes ?
Il hocha la tête.
-Mais j'étais incapable de te faire du mal, confirma Draco avec un triste sourire.
-Il t'a menacé de mort si tu ne faisais pas ça, hein ?
-Oui. Comment tu peux…
-Je cerne vite les gens. Et Voldemort est prêt à tout pour arriver à ses fins. Quitte à sacrifier des Sang-purs.
-Je sais.
-Fais ce que tu as à faire. Pour l'armoire, je peux peut-être t'aider. Tu dois vivre.
-Je ne peux pas te tuer. J'en suis incapable. Et si je dois vivre, c'est avec toi.
-Voldemort ne doit pas savoir qu'on… qu'on sort ensemble.
-Il est legilimens.
-Demande à Rogue de t'apprendre l'occlumancie. Et on doit savoir une bonne fois pour toutes s'il joue l'agent-double ou s'il est du côté de Voldemort.
-On va le voir. Maintenant.
Ils se levèrent et se dirigèrent en courant vers le bureau du professeur de Défense contre les Forces du Mal. Tandis que Draco toquait à la porte, Hermione pensait que si un jour on lui avait dit qu'elle serait prête à aider les Forces du Mal pour sauver Draco, l'homme qu'elle aimait et que de surcroit elle révèlerait cette relation à Rogue, elle aurait pris cette personne pour un fou. Le professeur ouvrit la porte et quand il vit Draco et Hermione, ensemble, il ne put s'empêcher d'ouvrir des yeux ronds.
-Malfoy, Granger. Qu'est-ce que vous voulez ?
-Vous parler, monsieur, dit Hermione, poliment.
-Entrez.
Les deux élèves s'assirent en face du professeur.
-D'abord je voudrais que vous m'appreniez l'occlumancie, dit Draco.
-Et pourquoi ?
-Vous avez fait le serment de me protéger.
Rogue regarda Hermione.
-Elle est au courant, dit Draco.
-J'aimerai au moins une raison, Draco.
-De quel côté êtes-vous ? demanda Hermione incapable de se taire plus longtemps.
-Et vous ? fit le professeur.
Hermione et Draco se concertèrent du regard. Severus reconnut cette lueur dans leurs regards.
-Nous ne sommes ni de l'un ni de l'autre, reprit Hermione. Tout ce que l'on souhaite, c'est être ensemble à la fin.
Le professeur hocha la tête, comprenant. Il avait envie d'aider les deux adolescents à avoir ce que lui n'avait pas eu. L'histoire ne se répéterait pas.
-Je suis un agent-double pour le compte de Dumbledore. Tout ce que j'apprends de Vous-savez-qui, je le lui rapporte sans que jamais le Seigneur des Ténèbres ne le sache.
-Pourquoi… avoir changé de camp ? demanda Draco, sachant que Rogue avait été un Mangemort fervent.
Rogue poussa un soupir et son regard se voila.
-C'est à cause de Lily Potter ? demanda Hermione avec douceur. N'est-ce pas ? C'est à cause de ma mère ?
-Comment savez-vous cela ? fulmina Rogue en se levant.
-Nous vous avons longuement observé, Severus. Nous voulions savoir ce que vous tramiez, expliqua Draco.
-Pourquoi ne m'avez-vous pas dit qui elle était pour moi ? demanda Hermione. Vous auriez eu l'occasion quand vous étiez venu me chercher à mes onze ans.
-Son souvenir est trop douloureux.
-Est-ce que vous savez qui est mon père ? demanda Hermione.
Son regard se recouvrit à nouveau d'un voile sombre. Il sembla prêt à dire quelque chose, mais il se ravisa et déclara simplement :
-Personne ne le sait. Je suis désolé.
-Merci. D'avoir répondu à nos questions, fit Draco.
Il se leva, imité par Hermione et ils repartirent. Avant de se séparer et de rejoindre leurs salles communes, ils échangèrent un autre baiser, à l'abri des regards.
