Hie everyone ! Tout d'abord, je tiens à vous remercier énormément pour vos nombreuses reviews (plus de 50 pour 10 chapitres, je suis vraiment ravie !). Je remercie donc également les posteurs de reviews anonymes qui me font très plaisir et auxquelles je ne peux malheureusement pas répondre, ainsi que tous ceux qui me suivent dans l'ombre en ajoutant ma fiction à leurs alertes. Merci énormément !
Voici un petit chapitre transitoire dans lequel notre Draco va être ramené à la réalité ^^. S'en suivra un chapitre plus long, qui j'espère vous plaira, et qui paraîtra dès lundi si tout va bien (et si mon foutu emploi du temps me le permet xD !).
Métamorphoses
Chapitre X : Fuir
Ce corps contre le mien. Sa tête dans mon cou, ses bras autour de moi. Il est dans les miens, depuis des minutes entières, des minutes qui filent à une vitesse insoutenable. Je ne veux pas qu'il s'en aille. Je redoute fébrilement l'instant où il se détachera de moi, je l'appréhende nerveusement, mon esprit en fusion échafaudant nombre de scénarii catastrophes. Que me dira-t-il ? Comme réagira-t-il ?
Je viens de lui faire l'amour. J'ai l'impression que cette impensable réalité s'est ancrée dans chaque fibre de ma peau, qu'elle est présente dans chacune de mes respirations, dans chacune de mes pensées. Je me sens perdu, assailli par mes propres questionnements, incapable de calmer cette invasion de sentiments contradictoires qui m'étreignent anxieusement. Me reprochera-t-il notre union, m'en voudra-t-il ? Dans ma tête, tout se bouscule et s'entremêle plus confusément que jamais. Mes pensées se chevauchent comme nos deux corps quelques instants plus tôt, mais dans un chaos presque apocalyptique, et sans aucune douceur. Je lui ai fait l'amour, et je ne parviens pas à le réaliser. Je ne parviens même pas à me comprendre. A comprendre cette tendresse avec laquelle j'ai chéri tout son corps, cette passion qui m'a embrasé lorsque j'ai redessiné ses traits, ces émotions qui étaient présentes dans chacun de mes gestes…
Brusquement, je me sens douloureusement oppressé. Mes doutes, mes craintes, mes hypothèses semblent tournoyer autour de moi, m'asphyxiant dangereusement. Je me détache de lui, sans le regarder, sans dire un mot. Partir. Je dois partir. Quitter cette pièce, quitter mon esprit fiévreux… Je m'habille en une poignée de secondes arrachées à l'engrenage du temps ; hâtivement, maladroitement, je dissimule mon corps et mes angoisses. Je sens la sueur perler sur mon corps là où j'ai la fugitive et glissante sensation de son regard. Je ne me demande même pas ce que je pourrai y lire, dans ce regard ; je ne veux pas le savoir.
Pas un mot ne franchit la barrière de mes lèvres. Je dois m'en aller… j'ouvre la porte, et me précipite enfin dans le couloir, me mettant à courir sans même m'en rendre compte. Le sang bat bruyamment à mes tempes, distordant ma conscience, et mes chaussures foulent le sol de pierre avec force en de puissantes enjambées, dont l'impact presque douloureux remonte le long de mes jambes tremblotantes. Ma respiration se bloque dans ma gorge sèche, et je sens alternativement la froideur hivernale du vaste château et la douce caresse impersonnelle du soleil sur mes bras et mon cou dénudés, alors que je cavale sous les fenêtres.
Pas une fois je ne trébuche, pas même lorsque je déboule dans le parc enneigé, laissant derrière moi Poudlard et toutes mes brunes préoccupations. Comme la morsure du froid peut paraître douloureuse, après la tendre chaleur de son corps… je sens des larmes piquantes s'échapper de mes yeux et venir se cristalliser le long de mes joues rouges. Je foule précipitamment la neige, l'envoyant gicler tout autour de moi à mon passage ; je serpente agilement entre les arbres filandreux, haletant sous le ciel plombé. L'air froid est vivifiant et si pur qu'il agresse presque mes poumons lorsque je m'arrête enfin pour reprendre mon souffle ; un violent cercle de douleur m'élance au creux des côtés, et des effusions de couleurs dansent devant mes yeux fatigués, en un doucereux maelström. Je m'affale sous un arbre, pleurant toujours, ne sachant que faire, hésitant même entre me prendre rageusement la tête entre les mains ou offrir mon visage ravagé à l'opacité du ciel, en quête de quelque réconfort face à mon trop grand désespoir…
Je finis par m'endormir sous l'arbre aux branches délicatement ourlées de blanc, sans avoir pleinement conscience de ma transition entre réalité et songes. Dans ces derniers, je coure dans une immensité blanche et poudreuse, ne sentant ni le froid dévorant ni la vitalité ayant désertée mon corps. J'avance sans le vouloir, en hurlant dans ce monde de glace silencieuse, seul avec l'horreur sourde qui résonne en moi. Je ne sens rien, rien à part ce vide cuisant, au creux de mon être, là où auraient du se trouver d'éparses morceaux de ma vie, mes perceptions, mes émotions. Car cette course à laquelle j'oppose en vain tous les lambeaux effilochés de ma volonté m'éloigne de tout cela : elle m'éloigne de tout ce qui me fait et me façonne, de tout ce qui compte pour moi… et partout, rien d'autre que cette immensité impersonnelle, aveuglante.
Et soudainement, je comprends. La réalité fuse en moi et traverse mon esprit en une flèche brulante et acérée ; c'est moi qui fuis. Je fuis Potter, abandonnant tout derrière moi. Il incarne tout ce que j'abandonne ; ma vie, mes sentiments, mes espérances et mes rêves. Je sens la douleur et l'horreur de ce constat se répandre hypnotiquement en moi, comme autant de fleurs écarlates s'épanouissant devant mes yeux hagards, à la lisière de mon regard trouble. Je ne veux plus fuir ; mais je ne contrôle toujours pas mon corps, et je ne parviens pas à m'arrêter. Mon âme aussi, je l'ai laissée derrière moi, recroquevillée et glacée d'horreur… je me bats de toutes mes forces, m'escrimant contre moi-même, mais autour de moi il n'y a que cette absence mordante de couleurs et de vie, et je continue à me précipiter vers l'oubli…
Je me redresse précipitamment, haletant, transi. Alors que les dernières images de mon cauchemar se dissipent lentement dans ma tête, je ramène mes bras maigres autour de moi, surpris par ma peau glacée, mes tremblements et mes incontrôlables claquements de dents. Je suis en chemisette, sous un arbre de la forêt interdite, entouré par une neige immaculée et par la température implacable de l'hiver.
« Putain Potter, c'est ta faute… » je siffle entre mes dents.
Je sais bien qu'il n'y est pour rien et que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même ; le désespoir se met à affluer en moi. Je suis stupide. Suffisamment stupide pour être dehors en chemise en plein cœur de l'hiver, à des kilomètres d'une source de chaleur, humaine ou matérielle ; suffisamment stupide pour faire l'amour à Potter et m'enfuir juste après, sans lui donner la moindre explication… Sans pouvoir m'en empêcher, je me remets à pleurer, me maudissant profondément. Que va-t-il penser de moi, de ma lâcheté ? Va-t-il seulement chercher à m'adresser la parole, après ce que je viens de lui faire ?
Mes tremblements se renforcent et je baisse désespérément la tête.
« J'ai eu peur, je murmure à la forêt silencieuse. J'ai paniqué. »
Oui, j'ai paniqué. Je ne me suis pas contenté de faire l'amour à ce satané griffondor ; je lui ai donné de la tendresse, beaucoup de tendresse, et le fait qu'il n'ait jamais eu de relations sexuelles avec quelqu'un du même sexe que lui, avant moi, n'y est pour rien. C'est peut être même plus que de la tendresse que je lui ai donné, et avec un naturel que je ne parviens pas à accepter.
Les images de mon rêve sont toujours présentes en moi, entremêlées aux échos incertains de nombreux questionnements. Ai-je vraiment envie de le perdre ? Ai-je vraiment envie de perdre mon âme, en le fuyant ainsi ? Il apporte la paix à mon être, il parvient à guérir toutes mes meurtrissures. Mais est-ce là une raison suffisante pour que je devienne à ce point dépendant de lui, pour que je lui donne mon cœur ?
J'ai la tête qui tourne, à l'évocation de tous ces sentiments que j'ai pour lui et qui scandent en moi son nom. Je ne peux plus me passer de lui, et pas seulement pour ce qu'il m'apporte. Je ne peux plus me passer de ses cheveux emmêlés, de ses réparties enjouées, de son rire cristallin, de ses yeux rieurs, si verts, qui pénètrent jusqu'au plus profond de mon âme…
« Je l'aime » je chuchote.
Et j'en tremble d'effroi. Je ne veux pas l'aimer. Je ne peux pas l'aimer. Pas Harry Potter… pas le sauveur du monde sorcier, le plus vaillant des Griffondors… pas moi. Pas Draco Malfoy, indigne fils d'un mangement sans doute prochainement déchu…
Je n'aurais jamais du lui faire l'amour. Désormais, je ne peux plus me dissimuler mes sentiments, et je vais devoir les laisser me consumer dans un douloureux silence…
Je dois m'y reprendre à trois fois avant de parvenir à me relever, tant le froid a engourdi mes membres tremblants. Je grimace sous l'effet dévastateur du froid sur ma peau découverte, et entame une progression hésitante en direction du château. A peine ai-je fait une trentaine de pas que la neige recommence à tomber, en épais flocons légèrement argentés…
La panique s'empare à nouveau de moi, et je tente maladroitement de me mettre à courir. Je suis totalement glacé, et la neige risque d'effacer mes traces de pas, le dernier filin me reliant au château alors que je n'ai aucune idée de la distance que j'ai parcouru… Je me lance dans une cavalcade frénétique, et quelques secondes plus tard c'est un superbe loup blanc qui fend fièrement la neige tourbillonnante, tous ses sens tournés en direction de Poudlard ; et immanquablement du griffondor qui s'y trouve.
