- Chapitre 11 -

Le réveil tira Jungkook de son lit le lendemain matin sur les coups de sept heures. Il entendait déjà quelqu'un s'affairer en cuisine, sûrement sa sœur. Elle était toujours levée avant lui, elle qui n'était qu'au collège. Les cheveux légèrement ébouriffés, il fit irruption dans le salon en poussant un long bâillement sonore qui attira l'attention de la jeune fille.

— Ah ! Enfin sorti de ton antre ! J'ai l'impression de ne pas t'avoir vu pendant des jours.

— Ce n'est pas tout à fait faux, marmonna-t-il en s'asseyant à table.

— Toi, tu es amoureux, s'amusa-t-elle.

Les yeux perdus dans le vague, il ne répondit pas. Ses pensées vagabondaient ailleurs. En le voyant ainsi, elle n'insista pas.

— Au fait ! s'exclama-t-elle en le faisant sursauter. Hyeji est passée hier soir. Tu n'étais pas là.

— Je l'ai vue en chemin.

— Je l'ai fait entrer en t'attendant, et comme tu n'arrivais pas, elle est repartie.

— Tu l'as fait entrer ? répéta Jungkook avec surprise, et une pointe d'inquiétude.

— On a discuté un peu, de l'école, des garçons, expliqua la jeune fille en haussant les épaules. Et elle est allée dans ta chambre, elle avait quelque chose à te rendre je crois.

— Dans ma chambre ?! s'écria Jungkook en se levant brusquement.

Son cœur s'emballa aussitôt. Il commençait à comprendre les véritables motivations de la visite de Hyeji. Elle avait toujours quelque chose derrière la tête et son inquiétude n'avait été qu'une excuse bidonnée. Il se précipita dans sa chambre et alluma son ordinateur. Il l'avait bel et bien éteint la dernière fois. Le fouiller n'était qu'une formalité pour Hyeji. Elle avait des connaissances en informatique que Jungkook n'avait pas. Elle savait précisément ce qu'elle était venue chercher, même un dossier caché ne l'était pas pour elle. Le jeune homme s'attrapa par les oreilles, se mordant la lèvre inférieure presque jusqu'au sang pour s'empêcher de hurler, de s'insulter, mais la panique était trop forte. Il se frappa carrément la tête plusieurs fois avec son poing, se faisant mal par la même occasion mais c'était le moindre de ses soucis. Pourquoi n'avait-il pas supprimé la vidéo ? Son esprit le traita de tous les noms. Il était le dernier des abrutis. Cela ne servait à rien de vérifier si le dossier était là, Hyeji avait forcément copié le contenu et aucun miracle n'avait supprimé la vidéo avant qu'elle ne la trouve. La vidéo… mais aussi quelques photos que Jungkook avait discrètement fait avec son téléphone cette nuit-là pendant que Jimin ne le regardait pas. Rien qu'en repensant à la façon dont leur première fois s'était véritablement déroulée il en avait des nausées. Il se sentait immonde, plus encore que Bonhwa ou Hyeji. Il allait payer pour ses machinations fourbes, mais ce n'était pas lui qui allait le plus en souffrir.

— Putain de merde ! s'écria-t-il.

Il enfila rapidement son uniforme scolaire, prit son sac en passant sans vérifier s'il avait tout ce dont il avait besoin. Cela n'avait aucune importance à l'heure actuelle. Il partit précipitamment à la surprise de sa sœur qui ne comprenait pas ce qu'il s'était passé. Il n'avait même pas pris son petit-déjeuner. En chemin, pendant sa course, il tenta de joindre Hyeji, mais évidemment, elle ne répondait pas. Quoi qu'il puisse lui dire, elle n'allait pas s'arrêter pour ses beaux yeux, elle s'était trop impliquée pour faire marche arrière. En désespoir de cause, il appela Jimin. Il valait mieux qu'il l'apprenne de sa bouche, même par téléphone, même avec une voix essoufflée à peine audible. Il ne savait pas ce que Hyeji comptait faire de cette vidéo, mais il craignait le pire, et en une nuit elle avait eu le temps de préparer quelque chose de monstrueux. Jimin ne répondait pas non plus à son plus grand désespoir. Il ne s'arrêta pas de courir jusqu'à ce qu'il arrive au lycée.

xXx

Jimin entra dans sa classe, comme à son habitude. Tout le monde n'était pas encore arrivé, mais après sa mésaventure de la veille, il avait décidé de prendre un peu d'avance pour leur annoncer à tous son projet, en espérant que cela calme les tensions. Jungkook n'était pas encore arrivé, il manquait la moitié de la bande qui accompagnait Bonhwa. Hyeji était sagement à sa place, comme si de rien n'était. Tout était propre et bien rangé, les volets du tableau fermés, de nouvelles craies disposées sur le rebord métallique, comme un jour de rentrée scolaire. Il installa ses affaires sur le pupitre, les retardataires commençaient à arriver peu à peu. Il donna un sourire d'encouragement à Il-Kwon qui ne paraissait pas à l'aise, même Boyung le salua avec sincérité. Elle avait pris beaucoup de distance par rapport à Bonhwa et faisait partie des élèves qui suivaient à peu près ses cours depuis une semaine. Le téléphone de la jeune fille se mit à sonner, ce qui eut pour effet de la faire sursauter. Elle rougit et s'excusa aussitôt. Ce n'était qu'un message. D'autres téléphones se mirent à sonner ou vibrer quasiment en même temps, même celui d'A-Ran, qui fronça les sourcils en le débloquant pour voir de quoi il s'agissait. Myung Hee également vit qu'elle avait reçu un message. Le portable d'Il-Kwon vibra à son tour, le bruit amplifié par la table. En l'espace de quelques secondes, Jimin vit avec stupéfaction et incrédulité toute sa classe penchée sur son téléphone. Sauf Hyeji qui ne le lâchait pas du regard. Les réactions ne se firent pas attendre. Deux filles se mirent à crier, plaquant une main sur leur bouche. Diverses exclamations que Jimin ne sauraient expliquer retentirent en écho. A-Ran avait l'air horrifié et éteignit son téléphone avant de lever un regard paniqué vers son professeur. Il-Kwon, lui, s'était mis à trembler comme une feuille.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Jimin.

Quelle blague lui avaient-ils préparé cette fois ? Bonhwa n'était pas encore là. Jungkook tardait également. La plupart de ses élèves se mirent à le fixer étrangement. Jimin n'aimait pas cela du tout. Il prit le portable des mains d'Il-Kwon qui sursauta. Lui, il n'osait pas regarder son professeur. Jimin posa les yeux sur l'écran avec appréhension. Il s'agissait d'un message groupé. D'abord, une photo qui lui glaça le sang : un montage grossier d'une photo prise d'un téléphone, tel une Une d'un magazine à scandale. Il se reconnaissait très bien dessus, en train de faire une fellation à un sexe flouté. Il descendit un peu le fil des messages et une vidéo était affichée. L'angle était différent et le montrait sur le côté. C'était le soir où Jungkook et lui l'avaient fait sur le canapé. Bien sûr, un montage soigneux avait dû être réalisé, les parties génitales étant floues, même le visage de Jungkook qui était pourtant identifiable grâce à ses piercings et à ses tatouages. Ceux qui le connaissaient n'avaient aucun doute sur son identité. Mais le visage de Jimin, lui, était parfaitement reconnaissable. Le jeune professeur perdit toutes ses couleurs, essayant de comprendre ce que cela signifiait et comment c'était possible qu'une telle vidéo puisse exister. L'image de l'ordinateur de Jungkook ouvert sur sa table de salon lui revint en mémoire. Il se sentit nauséeux tout à coup mais resta debout. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de cette vidéo, il voulait croire qu'il existait une autre explication. Que ce n'était qu'un rêve. Il entendit des bruits de pas précipités qui s'approchaient de la salle.

xXx

Jungkook entra par la porte du fond, complètement essoufflé, non pas par l'effort, mais par la panique. Il tenait fermement son téléphone dans sa main. Il avait lui aussi reçu la notification qu'il avait tant craint. Ses yeux s'écarquillèrent encore plus lorsqu'il vit Jimin devant l'écran d'un portable. Le professeur lui rendit son regard, incrédule. Il paraissait perdu, anéanti par une multitude d'émotions. Jungkook le vit reculer lentement vers le tableau, et d'une main tremblante il ouvrit les volets. Une version poster de la photo en plan subjectif était affichée, comme un coup de massue. Jimin regarda de nouveau Jungkook, sans rien dire, le visage figé d'effroi, les yeux mouillés. Puis une larme commença à dévaler une joue. Puis une autre, mais il ne disait toujours rien. Le cœur du lycéen se brisa, sa trahison était révélée et il savait bien que la douleur que pouvait éprouver Jimin était pire encore que la sienne. Il n'avait aucune excuse à lui donner, tous les mots qui lui venaient en tête étaient complètement ridicules. La classe était silencieuse, frappée de terreur. Beaucoup de ses camarades ne comprenaient pas ce qu'il se passait. Jungkook et Jimin ne se lâchèrent pas des yeux, ils ne s'étaient jamais regardés de cette façon.

La porte la plus proche du tableau s'ouvrit à la volée et le proviseur adjoint fit son irruption, le visage rouge de colère. Jimin tourna lentement la tête vers lui.

— Professeur Park Jimin, dans le bureau du proviseur, maintenant, ordonna-t-il d'une voix très rauque.

Sans rien dire, le professeur prit ses affaires et rendit son téléphone à Il-Kwon. Une fois que le contact visuel avec Jungkook avait été interrompu, il ne savait pas où regarder, alors il garda ses yeux baissés, cherchant de l'aide là où il n'y en avait pas. Jungkook resta paralysé, il parvenait à peine à respirer, et il dut le regarder partir sans qu'il ait eu la force de lui expliquer quoi que ce soit. La classe n'était pas la seule à avoir reçu cette vidéo. Connaissant Hyeji, tout le lycée y avait eu droit. Une fois leur professeur hors de portée de vue et d'ouïe, un brouhaha général s'empara de toute la salle. A-Ran s'était retournée et observait Jungkook avec dégoût.

— Ces profs, tous les mêmes, commenta Hyeji, la seule qui était restée calme.

Ce fut comme une gifle pour Jungkook qui retrouva enfin l'usage de ses membres. Une colère blanche s'empara de lui et il la regarda avec une haine nouvelle. Il s'apprêta à se jeter sur elle quand Bonhwa arriva à son tour en courant pour le retenir. A-Ran se leva, faisant tomber sa chaise et se précipita sur eux.

— Qu'est-ce que tu as fait ? hurla-t-elle.

Cette fois, il reçut une véritable gifle, ce qui eut pour mérite de le sonner et toute sa violence envers Hyeji s'évanouit. Celle-ci n'avait pas bronché, elle se contenta de reprendre la parole sur un ton très doux qui cachait à peine sa moquerie.

— Oui JK, qu'est-ce que tu as fait ? Coucher avec un prof… c'est contraire à notre pacte. On sait à quel point c'est malsain.

— Tu n'avais pas le droit… fulmina Jungkook.

— Tôt ou tard, cela devait lui retomber dessus. Ils doivent payer le fait qu'ils se servent de nous comme des jouets, répliqua Hyeji.

Bonhwa ne disait rien. Il n'affichait même pas un air de vainqueur. Il se contentait de regarder Jungkook d'un air anxieux. Le garçon se défit de lui d'un coup d'épaule. Il tremblait de tout son corps et ne savait pas quoi faire de ses mains. Au lieu de s'en prendre à Hyeji, il attrapa la première table qui était à sa portée et la retourna dans un cri de rage mêlé à de la douleur. Il traversa la salle pour retrouver son siège, titubant un peu, oubliant l'existence de ses camarades. Ils entendaient clairement son souffle tremblant, presque gémissant, et il s'affala sur sa chaise, le visage complètement défait et abattu. Il avait pâli, ses yeux regardant le sol d'un air perdu, la tête entre ses mains. Myung Hee se leva à son tour pour le rejoindre. Elle paraissait si inquiète, elle ne le reconnaissait pas. La dernière fois qu'elle l'avait vu dans cet état c'était lorsque Byeol avait sauté du toit. Elle s'accroupit devant lui et posa une main sur son épaule avec douceur.

— Tu vas voir, il va te montrer son vrai visage maintenant qu'il sait que tu l'as trahi, reprit Hyeji.

Mais Jungkook l'entendait à peine.

— C'est toi qui as diffusé la vidéo ? comprit A-Ran en se tournant vers elle.

— Tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait… murmura Jungkook d'une voix brisée.

— Toi et Park Jimin ? s'étonna Myung Hee, tout doucement.

Il ne répondit pas. Il ne bougeait plus. Il craignait la suite et n'avait même plus envie de s'en prendre à Hyeji. Après tout, il n'était pas innocent dans cette histoire. Il avait accepté de le piéger, même s'il avait eu des doutes après. Il avait pris cette photo avec son téléphone pendant que Jimin ne le regardait pas. Il n'avait pas supprimé ces données, prenant le risque qu'elles ressortent un jour.

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Assis de l'autre côté du bureau du proviseur, Jimin restait interdit, les mains collées l'une à l'autre, posées sur ses cuisses, pour éviter qu'elles ne tremblent. Il entendait la voix du proviseur résonner dans ses oreilles, mais il ne comprit qu'à moitié ce qu'il disait. Il se doutait bien du contenu de son discours moralisateur. Il ne pouvait même pas nier ce dont on l'accusait. Ce n'était pas un montage, ce n'était pas sa tête sur le corps de quelqu'un d'autre. Ses premiers mots depuis la trahison confirmèrent que c'était bien lui. Cela ne servait à rien de mentir. Il essayait de vider son esprit, de ne pas penser à Jungkook, ses mensonges, son piège… il essayait de se détacher complètement de son corps, ne plus ressentir cette douleur lancinante qui lui perçait le cœur. Il aurait voulu hurler.

— Vous faites ce que vous voulez de votre vie, conclut le proviseur, sévèrement. Mais n'embarquez pas nos élèves dans vos déviances. Et comment cela se fait-il que cette vidéo répugnante circule dans notre établissement ?

Jimin n'avait aucune réponse à cela. Il était trop bouleversé pour se défendre. Le scandale était en train de se propager comme un poison lent et mortel qui n'avait aucun antidote. Une sextape homosexuelle entre un professeur et un élève, peu importait l'âge de cet élève, les faits étaient suffisamment graves comme cela.

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La classe C des troisièmes années était redevenue muette. Jungkook était immobile, telle une statue. Hyeji paraissait fière de ce qu'elle avait fait. Les autres avaient l'air plus partagé. Au loin, ils perçurent des sirènes de police. Jungkook sursauta, les yeux en panique. Les élèves les plus proches des fenêtres se collèrent à elles avec curiosité.

— Sérieux, il y a même les flics ! s'exclama Jaesung avec un large sourire. Cette fois on l'a eu !

— Diffusion d'un film pornographique dans un lycée, expliqua Hyeji, ça peut aller loin.

— Ferme-la, coupa A-Ran. Tu es allée beaucoup trop loin. Je n'arrive pas à croire que Jungkook était d'accord pour le séduire et le filmer. Tu m'expliques ça comment, monsieur le président de la classe ?

— Tu étais au courant, intervint Minki, les sourcils froncés, en direction de Bonhwa.

— Je savais que la vidéo pouvait exister, pas que Hyeji l'avait récupérée, répondit son ami en haussant les épaules.

— Comment avez-vous pu en arriver jusque là tous les trois ? fit Minki d'un air dégoûté. Vous vouliez le détruire à ce point ?

Jungkook se leva brusquement, faisant grincer sa chaise. Il ne répondit pas à Minki. Aucun d'eux ne savait vraiment ce que lui en pensait et ce n'était pas à eux qu'il devait une explication. Il vit par la fenêtre Jimin traverser la cour encadré de deux agents de police. Au moins ils ne l'avaient pas menotté. Son instinct lui disait de courir, de le prendre par la main, de l'emmener loin de cet endroit, car il savait que ce n'était pas fini, que le pire était encore à venir, que le regard des gens allaient le bouffer. Il sortit de la salle, mais au lieu de se précipiter dans la cour, il se rendit dans le bureau du proviseur. Il fallait qu'ils sachent, si cela pouvait changer quelque chose… Tout d'abord le proviseur l'accueillit sur un ton mielleux, presque hypocrite. Il connaissait cette classe, savait très bien que Jungkook était à la tête de leur guerre contre l'institution scolaire, mais il le prit en victime. En le voyant, le lycéen avait retrouvé son calme, même son arrogance. Il commença à raconter sa version.

— C'est toi qui as filmé ? s'étonna-t-il.

— Tout à fait, m'sieur. Et le professeur Park ignorait totalement ce détail.

— Mais enfin, te rends-tu compte de ce que tu as fait ?

— Tout à fait. Il n'y est pour rien. Il ne m'a pas forcé, c'est moi qui l'ai cherché pendant des jours avant qu'il ne me cède. On l'a fait plusieurs fois même, le consentement était réciproque.

Le proviseur ne savait pas quoi répondre, il paraissait abasourdi. Il conseilla en balbutiant que si cela pouvait aider, Jungkook devait dire la même chose à la police, et que de toute façon, ce n'était pas un crime qui nécessitait d'enfermer le jeune professeur même pour une nuit. Jungkook se montra extrêmement poli, s'inclina devant lui en le remerciant, et partit sans plus attendre.

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Jimin avait été interrogé, accusé, moralement jugé, et il n'avait pas bronché. Il n'avait rien dit de plus que ce qu'il avait raconté au proviseur. Il ne savait rien de plus en vérité, comme s'il ne voulait toujours pas croire que c'était Jungkook qui avait décidé de propager la vidéo. Pourtant il n'y avait pas d'autre explication. Il resta complètement fermé, il savait que, lui, il n'avait rien fait de mal, et les conséquences légales de la diffusion d'une vidéo à caractère pornographique et homosexuel dans le cadre d'un établissement scolaire étaient hors de sa portée. Il ne savait pas s'il allait avoir une punition judiciaire, mais ce dont il était sûr, c'était que sa carrière était fichue avant même qu'elle ne commence. Comme il n'avait rien à dire, l'inspecteur le mit en garde-à-vue, ne serait-ce que pour la journée. Le dossier remonterait aux plus hautes instances, ils interrogeraient les élèves de sa classe, et évidemment, pensa Jimin amèrement, certains n'hésiteraient pas à rappeler l'histoire de Byeol, et une petite voix sournoise lui disait qu'il ne s'en sortirait pas aussi bien que Sam Dohoon.

Il s'était prostré dans un coin de la cellule, les genoux repliés sous son menton. Au bout d'une heure, il entendit une voix qui connaissait bien. Il se mit à trembler et releva la tête : Jungkook était devant l'inspecteur. Le flot d'émotions s'empara de nouveau de lui et cette fois il n'était pas perdu. Comment osait-il se pointer fièrement à cet endroit ? Était-il venu contempler sa victoire ? Ses yeux se tournèrent vers lui. Instinctivement, Jimin détourna le regard. Le nœud dans sa gorge était en train de l'étouffer. L'inspecteur s'éloigna avec le lycéen, il n'entendrait donc pas ce qu'il lui raconterait. Jimin ne comprenait toujours pas. Qu'est-ce qui avait été vrai, qu'est-ce qui avait été faux, dans tous les actes de Jungkook ? Il enfouit son visage dans ses genoux et attendit. Les heures s'écoulèrent, midi passa mais il ne mangea pas, il resta ainsi jusqu'au coucher du soleil. Enfin le claquement métallique des clefs sur la serrure sortit Jimin de son état second.

— Vous pouvez sortir professeur, fit la voix lointaine du policier.

Jimin se leva avec difficulté. Ses jambes tremblaient sous lui, puisqu'il avait passé la journée recroquevillé. Il récupéra ses affaires, l'esprit complètement vidée de toute envie. Il avait besoin d'être seul à présent, loin des regards indiscrets. En sortant, il vit Jungkook assis sur un banc du couloir du commissariat, comme s'il l'avait attendu. Jimin le fixa quelques secondes, et au moment où le jeune homme remarqua sa présence, il traversa le couloir rapidement en l'ignorant volontairement.

— Jimin… entendit-il.

Mais il ne s'arrêta pas. Il ne voulait pas être près de lui. Il voulait qu'on le laisse tranquille. Cependant il était hors de question pour Jungkook de rester sur un échec : c'était dans sa personnalité. Il le suivit jusque dans la rue.

— Attends ! s'écria-t-il. Écoute-moi !

— Laisse-moi, répliqua Jimin sans se retourner.

Le lycéen lui attrapa le bras, le forçant à s'arrêter. Jimin n'avait plus le choix, mais il se refusa de poser les yeux sur lui. Il se dégagea violemment de lui. Qu'il ne le touche surtout pas.

— Je leur ai dit que tu ne m'as pas forcé, que c'était une liaison légale, et que tu ignorais que j'avais filmé…

— Et je devrais te remercier peut-être ? répliqua le professeur en lui jetant un regard noir. Je sais d'où viennent ces clichés. Tu l'as délibérément filmé, et même pris une photo avec ton téléphone. D'où viendrait ce plan subjectif sinon ? Une passe du logiciel… quel beau prétexte, et moi j'ai été bien naïf.

— C'est plus compliqué que ça, répondit Jungkook sur un ton hésitant. Vraiment, je ne pensais pas…

— Tu es donc vraiment stupide ? coupa Jimin, de plus en plus furieux. Je vais être renvoyé, ils vont étudier mon cas, que tu aies l'âge légal ou pas. Et je ne serai pas seulement jeté de ce lycée, mais du métier. Merci de m'avoir sorti du placard et ruiné ma réputation. Tu ne sais donc pas comment fonctionne ce pays sur l'homosexualité ?

— Je sais, mais…

— Tu as pris ton pied, maintenant laisse-moi tranquille !

S'il restait plus longtemps à son contact il perdrait la raison. Il ne savait plus du tout qui il était, il ne voulait pas écouter ses mensonges, pas maintenant. Il n'était plus en état de réfléchir convenablement. Il rentrerait chez lui, s'effondrerait sur son lit, et attendrait le lendemain comme un condamné à l'échafaud. Il ne savait plus rien. Tout était fini. Il repartit à grands pas, et cette fois Jungkook ne chercha même pas à l'arrêter.