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Littérature

Epilogue

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"Le journaliste se racla la gorge, et Jeremy l'observa avec curiosité : le jeune homme, d'habitude si calme et si maître de lui, semblait hésitant et embarrassé.

- Désolé de ne pas avoir donné de nouvelles, commença-t-il d'un ton qu'il tentait de rendre désinvolte.

- Pas de problèmes, dit aimablement Jeremy. Pendant que j'y suis, je voudrais enfin m'excuser pour le lapin de la dernière fois.

- Mmh ? Oh, ce n'est rien.

°Dans ce cas tu aurais peut-être pu éviter de partir du jour au lendemain sans me donner de nouvelles !° hurla la voix intérieure du jeune Attrapeur. Mais il se retint et continua à sourire.

- Comment s'est passé ton reportage ? demanda-t-il d'une voix polie.

°Qui a duré deux mois pendant lesquels je te croyais mort !°

- Oh, plutôt bien… Et toi, heu… J'ai entendu dire que tu sortais avec ton entraîneur ? (Pour la première fois depuis qu'ils se revoyaient, un grand sourire ironique éclaira son visage, et Jeremy se sentit rassuré.) En fait, j'ai plutôt entendu dire que tu avais une relation scandaleuse avec ton entraîneur, que tu avais ruiné son couple et traîné sa réputation dans la boue avant de lui briser le cœur.

- Les journaux ont un peu exagéré, marmonna Jeremy.

- Est-ce que ça va ? demanda doucement Benedict.

Jeremy sentit sa gorge se serrer. Il était le premier, à part ses parents, à lui avoir posé la question plutôt que lui demander ce qui s'était vraiment passé.

- Maintenant oui, dit-il avec un petit sourire.

Il y eut à nouveau un silence embarrassé et embarrassant.

- Le mois prochain… commença Benedict. (Il hésita un instant, et ses yeux sombres se posèrent pensivement sur le visage de son interlocuteur.) Le mois prochain, je pars faire un reportage dans le monde entier sur les plus grands Attrapeurs du XXème siècle. Est-ce que… est-ce que ça te dirait de venir avec moi ? Maintenant que tu es au chômage et que ta réputation a autant de valeur qu'une sardine à une convention de végétariens, je me disais que tu devais avoir du temps à perdre et, qui sait, je pourrais même parvenir à te faire embaucher par mon magazine…

Jeremy lui sauta dessus, le renversa sur la table et l'embrassa fougueusement. Ou plutôt, étant donné qu'ils se trouvaient au centre d'une terrasse bondée, il envisagea de le faire, mais décida plutôt de saisir la main de Benedict et de lui adresser un grand sourire.

- J'en serais ravi, dit-il sérieusement.

Il observa le jeune homme se détendre visiblement, puis lui jeter un regard spéculatif. Son sourire se fit plus carnassier.

- Ca te dirait de venir prendre un café chez moi ? proposa-t-il.

Leurs yeux se posèrent sur les deux tasses vides qui traînaient sur la table, puis Benedict serra sa main.

- J'en serais ravi, répondit-il avec un grand sérieux et des yeux pétillants.

Deux heures plus tard, allongés sur le lit de Benedict – Jeremy avait finalement refusé qu'ils aillent chez lui, dans cet appartement où il gardait de si mauvais souvenirs de sa dernière relation – ils tentaient de reprendre vainement leur souffle.

L'ancien Attrapeur enfouit son visage dans un des oreillers malmenés. Il n'était pas prude, mais la façon dont ils venaient de… c'avait été…

Une main élégante se posa et remonta amoureusement le long de son mollet. Benedict déposa un baiser au creux de son genou.

- Tu es toujours d'accord pour m'accompagner faire ce reportage ? demanda-t-il.

Il était doué. Jeremy faillit manquer la légère inquiétude dans sa voix.

- Je ne sais pas… commença-t-il légèrement. (La main se crispa légèrement.) Je veux dire, tout dépend de la compensation que j'aurais en échange…

- Oh, fit Benedict d'un ton neutre.

- Ca m'étonnerait que ton magazine accepte de m'employer du jour au lendemain, continua Jeremy en agitant légèrement les orteils. Il va falloir que j'y trouve d'autres intérêts, peut-être en nature.

- Oh, répéta Benedict, mais sur un ton complètement différent.

La main reprit son ascension, le long de sa cuisse.

- Quel genre d'intérêts ?

- Que proposes-tu ?

- Et bien, il y a toujours la satisfaction de pouvoir rencontrer de grands joueurs de Quidditch, proposa le jeune journaliste en caressant sa hanche.

- Certes, admit Jeremy en frottant sa joue contre l'oreiller.

- Et je pense tout de même que le magazine te paiera les frais de voyage…

Des doigts pétrissaient à présent ses fesses d'une manière plus qu'agréable.

- C'est un avantage, concéda Jeremy d'une voix un peu plus étranglée.

- Quoi d'autre ? Tu pourrais peut-être même te faire inviter à des entraînements dans les plus grandes équipes…

Des lèvres se posèrent juste au creux du pli de sa cuisse.

- … loger dans les plus grands hôtels…

La liste s'interrompit le temps d'un mordillement.

- … te créer des contacts dans le milieu…

Des doigts progressèrent entre ses fesses, les écartèrent doucement.

- … sans compter des nuits entières de sexe fabuleux, conclut Benedict avant d'assigner sa langue à une autre occupation.

Jeremy ne répondit pas, il en était bien incapable tandis que des vagues de plaisir parcourraient son corps. Il songea cependant, tandis que la bouche de son nouvel amant le quittait pour se retrouver aussitôt remplacée par ses doigts, qu'il pourrait peut-être s'accommoder de ces maigres compensations.

The End"

Confortablement installé dans son fauteuil, Severus reposa son livre avec un énorme sourire. Parfois, il était bon de se sentir l'âme d'une midinette. Ses yeux et ses doigts parcoururent pensivement le quatrième de couverture, s'attardant sur le titre et la date de publication : "Vol au-dessus d'un nid de Vifs d'Or, 2013."

En-dessous, le visage souriant de Ronald Weasley s'affichait dans toute sa splendeur. Un visage à présent presque identique à celui d'Andrew Sealloy, à l'exception des cheveux roux.

- Il en aura mis du temps à le terminer, bougonna derrière lui le miroir.

C'était vrai. L'interruption abrupte de la parution des œuvres de Sealloy avait jeté la désolation parmi ses fans. Pendant au moins quelques mois. Jusqu'à ce que de nouveaux auteurs talentueux, décomplexés par le succès du jeune homme, ne se lancent à leur tour dans l'aventure. Severus avait entendu dire que Seamus Finnigan avait beaucoup de succès.

Severus lui-même avait été déçu. Puis il avait reçu la première lettre de Weasley. Elle commençait par "Cher Professeur Snape" et ne contenait que quelques mots lui décrivant l'essentiel. Visiblement, son tour du monde en compagnie de Potter se passait bien. Ils avaient réussi à survivre au moins deux mois, avait remarqué Severus. Il avait répondu par une courte missive courtoise.

La deuxième lettre, un mois plus tard, avait été plus détaillée, et contenait à sa grande surprise la description de quelques ingrédients rares vendus au fin fond des montagnes du Vietnam. Weasley lui avait même proposé de lui en faire parvenir quelques uns. Severus lui avait envoyé son accord, en précisant de laisser de côté tout ce qui était explosible.

Rapidement, ils s'étaient mis à échanger une correspondance régulière. Severus n'aurait pas été jusqu'à dire qu'ils s'étaient liés d'amitié, mais il avait retrouvé avec plaisir les remarques pertinentes et les observations moqueuses de Sealloy. Il lui arrivait de lui envoyer des articles de presse et des critiques sur ses romans, en échange de descriptions de potions obscures.

Puis, après deux ans, Weasley était revenu. Et il lui avait rendu visite. Sans l'avoir prévenu. Rétrospectivement, Severus devait admettre qu'il avait eu raison. Eut-il été prévenu, il se serait enfui lâchement au plus profond des landes écossaises plutôt que de le rencontrer.

Mais Weasley s'était pointé un beau jour, avec un grand sourire un peu nerveux, et, deux secondes après avoir levé les yeux sur lui, Severus avait senti son pauvre cœur se fissurer une fois de plus. Il était complètement foutu.

- Vous avez bonne mine, avait prononcé Weasley d'un ton hésitant.

Severus s'était demandé comment il avait bien pu être un jour aveugle au fait que Weasley et Sealloy n'étaient qu'une seule et même personne. (La couleur de cheveux, sans doute.) En deux ans, son ancien élève avait encore grandi, s'était épaissi, et surtout avait perdu toute trace de sa maladresse.

- Vous avez également l'air en forme, Weasley, avait-il répondu d'un ton neutre.

Le jeune homme lui avait offert un autre de ses sourires, puis avait déposé un sac rempli à craquer sur la table.

- Je vous ai apporté quelques souvenirs.

Haussant un sourcil, Severus avait rapidement inspecté les trésors qui avaient été déposés à ses pieds : plantes rares, organes séchés, décoctions légendaires.

- Vous vous rendez compte de ce que tout cela représente ? avait-il demandé, réellement impressionné.

- Pas du tout, avait sincèrement dit le jeune homme. J'ai toujours été nul en Potions.

Cette fois, Severus n'avait pu s'empêcher de répondre à son sourire. Les yeux de Weasley s'étaient écarquillés, et ensuite…

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Ron déposa le sac de courses sur la table, et jeta un regard curieux à son amant qui fixait le vide, les lèvres légèrement incurvées.

- Severus ?

L'homme sursauta et rattrapa in extremis le livre qui glissait de ses genoux. Ron s'approcha en se débarrassant de sa veste.

- Oh, tu l'as déjà terminé ? demanda-t-il en apercevant la couverture. Est-ce que tu étais en train de fantasmer sur les deux héros dans le dernier chapitre ? ajouta-t-il d'un ton taquin.

- Non, répondit dignement Severus.

Puis il lui jeta un regard étrange.

Au bout de deux ans de vie commune, Ron commençait à s'habituer à ses regards étranges. Il avait découvert qu'ils préludaient généralement à une petite heure très intéressante.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'un ton léger en s'asseyant aux pieds de son compagnon et en posant sa tête sur ses genoux.

Ses tempes commençaient vraiment à grisonner, nota-t-il avec amusement. Il savait que Severus détestait ça mais avait trop de fierté pour les teindre. Pour sa part, il lui trouvait un air distingué. Et il y avait toujours ces yeux noirs insondables, mais qui parfois se mettaient à pétiller malgré lui… Merlin, comment n'avait-il pas fait le rapprochement entre Snape et Sebastian ? (Sans doute parce qu'il avait toujours évité de regarder Snape durant sa scolarité, sauf en cas de nécessité.)

- Rien du tout, répondit Severus d'un ton serein en glissant ses doigts dans ses cheveux, à la base de son crâne, juste à l'endroit qui lui arrachaient des frissons. Bon. Où en es-tu de ton ouvrage suivant ?

- Hé, s'indigna Ron. Je viens à peine de rentrer de cette tournée de dédicaces. J'ai du mal à trouver une idée, ajouta-t-il d'un penaud.

- Et si… commença Severus avec une lueur pensive dans le regard.

- Non. Pas de romance entre élève et professeur, le coupa Ron tout net. Honnêtement, c'est tellement cliché.

Fin.

Ou presque.

(Remerciez ma sœur pour l'épilogue alternatif qui va suivre =D)