A/N : N'hésitez pas à me le faire savoir si je vais trop vite! Je suis cruellement en manque de traduction à faire et je m'amuse comme une folle à vous bombarder!

Nous voici maintenant enfin rendu au grand tournant que dois prendre cette histoire!

Merci encore de vos commentaires qui m'encourage vraiment, vous avez la preuve que cela fonctionne!

La Perfidie de Lydecker

Chapitre 11 : LA CLÉ

Lorsque Max pénétra dans la petite église la voix moqueuse, qui avait pris malin plaisir à la tourmenter lors de ces précédentes visites, semblait maintenant hors de service. À moins que son cerveau en ébullition n'ait pas eu le temps de la discerner, elle ne saurait dire. La seule chose qu'elle savait c'est que rien au monde n'aurait pu l'empêcher de venir chercher ici le réconfort dont elle avait besoin. C'est sans aucune hésitation qu'elle s'assit lentement au centre d'une des dernières rangées en fermant les yeux pour laisser la tranquillité des lieux chasser le stress qui raidissait ses épaules.

La totale absence de bruit lui appris que l'endroit était désert et, malgré le fait qu'elle n'avait jamais été vraiment ennuyée par les faibles chuchotement usuels, le complet silence la ravie. Les quelques badauds qui flânaient habituellement aux alentours arriveraient bien assez tôt, pour l'instant l'atmosphère exempte de leurs murmures familiers lui sembla considérablement allégée.

Elle se reprocha une fois de plus d'avoir tant espéré de cette visite à Logan. Qu'il ait prévu son arrivée et, encore pire, qu'il s'y était préparé lui laissait un goût amer dans la bouche. La sécheresse de sa voix et la sévérité de son jugement l'avait ébranlée à un point tel que les CO de Manticore l'auraient probablement enfermée pendant des mois dans leur unité psy pour découvrir la brèche ayant permis cette intrusion et l'anéantir. Un frisson la parcouru alors que cette image traversa ses pensées. Les récents évènements avait fait remonter à la surface les souvenirs de ses premières années qu'elle s'était forcées d'enfoncer profondément dans sa mémoire.

Max ressentait une colère diffuse qui semblait augmenter de jours en jours depuis peu. À ce stade-ci elle avait encore assez d'emprise sur elle-même pour se rendre compte que Logan n'était pas le seul à avoir suscité cette rage.

Ses récentes démêlées avec Lydecker, auquel elle avait pu échapper aussi longtemps auparavant, avaient exacerbées la crainte qui s'était un peu étiolée au fils des années. Mais par huit fois dans les six derniers mois elle avait eu à l'affronter. Deux fois plus que les dix années précédentes.

Lorsqu'elle avait été à la recherche de Sophie, retenue en otage par les hommes de Sunrisa, attirer Lydecker sur les lieux avait été une décision stratégique qui lui permettrait de passer complètement inaperçue. Mais suivre le plan qu'elle avait élaboré et sentir la présence de son Antéchrist d'aussi près avait faillis causer sa perte. Seule la volonté de ramener la fillette à sa mère lui avait permis de ne pas flancher lorsqu'il l'avait interpellé. Son cœur manqua encore un battement à ce seul souvenir. Elle avait plongé son regard dans le sien et elle avait senti cet incontrôlable tremblement dans les genoux alors qu'elle s'attendait à tout moment qu'il ordonne à ses hommes de l'arrêter. Il lui avait même fallu dix bonnes secondes pour comprendre qu'il lui demandait simplement d'installer l'enfant dans son SUV. Se détourner pour poursuivre son chemin, de ce pas lent et mesuré du soldat en devoir, avait été l'épreuve la plus difficile à laquelle elle avait du se restreindre alors que chaque cellule de son corps lui criait de s'enfuir au pas de charge.

Lorsqu'elle avait décidé de se rendre sur Sedro Island pour rencontrer Hannah, le seul son de la voix de Lydecker à travers les radios mobiles de ses hommes sur le pont avait réussit à la figée sur place. Sans parler de la terreur qui l'avait envahi lorsque Original Cindy lui avait appris qu'il était une fois de plus à sa recherche à la prison de Langford. Le savoir si près alors qu'elle venait de traverser une aussi longue crise lui avait presque arraché un cri.

La seule fois où elle avait pu faire face à la présence de Lydecker avec un peu plus d'aplomb, c'est lorsqu'elle avait entendu les véhicules arrêter brusquement sous la fenêtre de la chambre de Zack. La présence de son frère et CO lui avait permis de conserver son sang froid. Bien sur leur fuite s'était déroulée à la perfection, les deux soldats agissant de concert comme un seul homme. Mais Max était aujourd'hui encore atterrée d'avoir lu dans le regard de son grand frère la même panique qu'elle ressentait aux abords de Lydecker. Que celui qui avait initié leur première évasion avec autant de détermination et sans hésitations puisse éprouver cet effroi au point de ne pouvoir le dissimuler l'avait ébranlée !

C'était à ce moment là que Max avait commencé à se douter que son désir de retrouver les membres de sa famille ne réussisse pas à combler ses attentes. À la place de la réunion joyeuse et définitive dont elle avait rêvé, chaque moment en présence de son frère et ses sœurs ne lui avait apporté que souffrances. Elle avait horriblement souffert alors qu'ils avaient du abandonner Brie et Tinga au mains de Lydecker et la courte, violente et dramatique rencontre avec Ben avait durement entaillée son système de défense. Et maintenant Logan qui n'avait pu s'empêcher d'écraser un peu plus ses défenses, apparemment sans aucun égard de ce qu'il pourrait bien rester d'elle après tout cela.

Hantée par Lydecker, écartée des autres membres encore libres et vivants de sa famille par Zack, aux prises avec des crises de plus en plus violentes et fréquentes, attaquée par des soldats zombie, devenue sensible au bien être de ses amis, Max n'avait plus assez de forces maintenant pour affronter pour une troisième fois la perte de son meilleur ami.

Le toussotement du Père Destrey la tira de ses réflexions avec un léger sursaut. Max retint vivement le réflexe de sa main qui se dirigeait déjà vers la gorge du jeune prêtre et ouvrit les yeux pour le saluer. Son sourire de bienvenu se transforma en léger rictus moqueur comme elle nota que Johnathan se tenait à distance, anticipant probablement cette attaque.

« Excellente stratégie, Mon Père » nargua-t-elle en riant doucement. Mais le rire cessa lorsqu'elle vit le visage de l'homme s'assombrir immédiatement.

Max avait quitté le penthouse sur les chapeaux de roues et n'avait pas pris la peine de s'arrêter en chemin, aussi elle ne pouvait savoir que les traces de la nuit dernière couvraient encore son visage. Johnathan Destrey lui, aux premières loges, venait de noter les cernes noirs sous les yeux et les traces de larmes séchées parcourant les joues plus pâles qu'à son souvenir. Il s'était rapidement familiarisé avec l'expression habituellement songeuse et même sombre de Max, mais la vue de ses signes trahissant une peine intense le fit grimacer.

Max jeta un coup d'œil à la ronde, cherchant à localiser la menace qui pouvait déformer ainsi l'allure naturellement engageante du prêtre, mais ne voyant rien susceptible d'expliquer le regard fixé sur elle, elle fronça les sourcils en s'exclamant :

« Quoi ? »

Jonathan se glissa doucement vers elle et leva une main vers son visage, notant que Max écarquilla les yeux devant son geste, il suspendis son mouvement et attendit qu'elle se décrispe un peu pour poser la main sur sa joue.

« Une dure nuit ? » S'inquiéta-t-il doucement alors que Max, comprenant l'allusion, pencha la tête pour dissimuler son visage au regard amicalement scrutateur.

« On pourrait dire »

« Tu veux en parler ? » S'enquit le jeune prêtre en retirant sa main, s'obligeant à s'écarter légèrement.

Max ne put refreiner un mouvement d'humeur. Parler, pour Johnathan, semblait la clé solutionnant tous les problèmes. Mais encore une fois, elle ne put s'empêcher de lui adresser un lent sourire pour le remercier d'éloigner un peu sa morosité par sa seule présence.

« Père Destrey, expliquez-moi comment vous pouvez soulager ces pauvres gens qui n'ont pas l'usage de la parole ou encore ceux atteint de surdité ? »

Le trait joyeux dans la voix de Max réjouie Johnathan qui s'empressa d'emboîter le pas à cette humeur légère.

« Rien de mystérieux Max, les premiers cours du noviciat son, fort à propos, centrés sur l'écriture et l'apprentissage du langage des signes. »

Il fut récompensé par l'éclat de rire clair qui fusa, amplifié par l'architecture les entourant, bondissant d'un mur à l'autre.

« J'aurais dû me douter. Vous n'êtes que rarement à court de réparties, n'est-ce pas ? Que Dieu me garde des intellectuels ! »

« Max… » Soupira Johnathan en hochant la tête, feignant une attitude sans espoir de parvenir à raisonner un enfant turbulent « Dans ta bouche, cela ressemble à un sacrilège »

Et Max sauta sur ses pieds alors que son énergie naturelle lui commandait un peu d'activité et, avec un dernier sourire moqueur, elle répliqua aussitôt :

« Oh ! Mais c'en est un ! Intellectuel. Quel sacrilège … »

Le Père Destray lui emboîta le pas et la suivit à l'extérieur, jetant un rapide coup d'œil pour signifier du regard à son bedeau qu'il quittait les lieux.

Sur le large perron, la quasi imperceptible pause de Max prit avant de se retourner pour descendre les marches vers sa moto n'échappa pas à Johnathan et lui permit d'insister une fois de plus.

« Pourquoi ne pas marcher quelques minutes dans le parc » offrit-il, surveillant étroitement l'expression de Max pour anticiper son éventuel refus. Heureusement surpris de croiser un regard d'acceptation alors qu'elle prenait la direction proposée.

Fort de cette petite victoire sur la jeune fille, qui lui rappelait les chats sauvages qu'il tentait d'approcher dans son enfance, Johnathan Destrey se garda de prononcer les premiers mots. Et c'est ainsi qu'il se retrouva sur les talons de Max, le souffle court après avoir arpenté les quelques pieds carrés de verdures qui longeaient la grande barricade des limites du secteur, alors qu'il s'efforçait de suivre son allure. Max fini par prendre pitié et offrit à son tour une pause sur l'un des vieux bancs couverts de graffitis mais encore en un seul morceau – surprenant en regard du secteur dans lequel se trouvait la petite église.

Johnathan reprenait lentement son souffle lorsqu'elle ne put retenir plus longtemps la question qui tournait sans relâche dans son esprit. Posant une main sur celle du jeune prête, sans savoir si elle voulait ainsi adoucir un peu le choc que sa question pourrait lui causer ou simplement pouvoir le retenir s'il décidait de se lever et de partir sans un mot.

« Lui pardonneriez-vous ? » Questionna Max en le regardant au fond des yeux.

Le léger sursaut lui révéla qu'il venait de comprendre qu'elle faisait allusion à Ben, et elle ne put qu'admirer le contrôle qu'il affichait alors qu'elle entendait les battements de son cœur se précipiter soudainement. Il cligna des paupières rapidement, comme si cela permettait de conserver son calme ou encore comme s'il avait besoin de temps pour déterminer si elle lui demandait vraiment ce qu'elle venait de lui demander. Puis elle le sentit se détendre alors qu'il retourna sa main pour prendre la sienne.

« Ben repose en paix maintenant » Lui répondit le prête avec un sourire apaisant.

« Vous avez pratiqué combien de temps ? » Ajouta Max en arquant un sourcil, amusée par l'expression légèrement hébétée qui traversa le regard du prêtre à cette nouvelle question.

« Je suis dans les ordres depuis près de 14 ans maintenant… » Tenta-t-il de lui répondre, mais Max le coupa vivement.

« Non, vous avez pratiqué combien de fois avant de pouvoir prononcer son nom sans cette grimace qui l'accompagne habituellement ? »

Johnathan reprit possession de la main qui tenait celle de Max et la porta à son front pour le masser doucement alors qu'il hochait une fois de plus la tête en riant doucement. Saluant d'un coup d'œil l'intuition de Max et avouant ainsi silencieusement qu'il s'était effectivement efforcé de ne plus avoir ce réflexe chaque fois qu'ils parlaient du jeune.

« Max, comment as-tu pu croire une seule seconde que tu n'étais pas complètement humaine ? Cela me dépasse, crois-tu que ce genre de connaissance profonde au sujet des comportements humain pourrait être donnée à n'importe qui ? »

La douce chaleur qui accompagnait invariablement chacune des réflexions du genre de la part du jeune prête l'envahit, adoucissant ses traits.

« Et s'il était encore vivant ? » Insista Max.

« Je ne crois pas qu'il était totalement conscient de ses actes. Et même si, je crois au pardon, au repentir. Si Ben était toujours avec nous, et qu'il aurait compris son erreur et voudrait mon pardon, je le lui accorderais. »

« Parce que vous êtes prêtre ? » Demanda encore Max en levant les sourcils.

« Non, je ne crois pas, je dirais parce que je suis simplement plus enclin à pardonner qu'à condamner. C'est un trait de personnalité qui va avec le besoin d'aider les gens, de les soutenir, de les sauver même. Et quelquefois les sauver d'eux-mêmes. »

« Et tout ce qu'il aurait eu à faire c'est de s'excuser ? » Voulu se faire préciser Max.

« En fait oui. Et promettre de ne plus recommencer bien sûr ! » Ajouta prestement Johnathan, puis plus il continua plus sérieusement prenant la mesure du jeune minois tendu de Max qui le fixait intensément et gravement « Mais ce n'est pas aussi simple, en fait, il n'aurait pas eu à me présenter des excuses, seulement à réaliser ce qu'il avait fait, le regretter et faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. J'aurais compris et il aurait été pardonné sans hésitations. De simples excuses, uniquement motivées à obtenir un pardon n'auraient pu avoir le même effet. C'est son comportement, ses prochaines action qui devaient prouver sa bonne foi, il aurait eu à me démonter la véricité de sa démarche intérieure. Mais une fois qu'il aurait cessé ces atrocités, les excuses auraient ainsi été prononcées sans qu'il ait besoin de les verbaliser. Il est impossible de tenir rigueur à une personne qui agît sous la contrainte ou qui n'est pas pleinement consciente de ce qu'elle fait. J'avais discuté avec lui avant, il m'avait avoué être un soldat et avoir tué des gens. Il avait tenté de me faire comprendre qu'il croyait que la Sainte Vierge l'avait abandonné et qu'il la cherchait désespérément. Je n'avais seulement pas compris à quel point il avait besoin d'aide à ce moment là. En fait, plus tard lorsqu'il m'a défié de l'arrêter, je n'ai pas su réagir correctement, j'aurais dû voir au-delà des apparences et l'aider plutôt que de vouloir le combattre. J'en suis désolé. »

Max ne sentait même pas les larmes qui coulaient sur ses joues, elle avait senti Johnathan lui prendre les mains alors qu'il lui répondait, mais elle n'écoutait plus. La clé de toutes les solutions, finalement se trouvait réellement dans les paroles. Et bien que les larmes roulaient sur ses joues, pour la première fois depuis des jours Max put enfin sourire sincèrement, une lumière venait de s'allumer au bout de ce long tunnel dans lequel elle était enfermée depuis trop longtemps. Ces larmes, en fait, étaient des larmes de joie.