Je suis d'un retard exemplaire, cette fois-ci, héhé…

Pourquoi tu ris ?!

J'ai eu le syndrome de la page blanche, la bonne grosse panne sèche qui ne s'est arrêtée qu'aujourd'hui, alors qu'en ce moment à cause des manifestations les gens se précipitent vers les stations services bientôt à sec…

Ironie du sort, où te caches-tu que je t'extermine petite pute ?

En tout cas, pour me faire pardonner, je vous laisse avec pas moins de 5000 mots ! 2000 de plus que les autres fois !

Et l'arc 2 se finira dans deux chapitres sans compter celui-là. Et, nan, désolée, les chapitres ne seront pas plus longs, tout du moins je ne crois pas x)

Place aux reviews !

Tsuki-chan : De rien :3 J'aime bien la lune en général ~

C'est marrant, tu t'es trompée en marquant « Théo » au lieu de « Théa » xD (la pauvre !) Peut-être vas-tu les aimer dans ce chapitre ? :o à toi de voir !

J'ai adoré écrire cette scène, et parfois je la relis juste pour rigoler x) Donc je te comprends. Et dans ce chapitre il souffre bien aussi :p

Heaven-Sama : Yeah x)

Alors, Ariane n'est pas un peu sadique, elle l'est totalement ! Ça fait une très grosse différence pour elle, et je suis sûre qu'elle le prendrait mal x)

Oui, j'ai eu la très bonne idée de faire ça 8D Je suis sadique, un peu comme Ariane ~

Merci beaucoup ! T^T

Florea : Une autre ? Tu es une ? :o (oui je m'en suis rendue compte après ~ J'ai du mal avec l'accusatif et le génitif pluriel pour la 1ère déclinaison x))

Moi je voulais en faire pour la mythologie mais on a fait que de la traduction de texte (Génial ! :'D)

Tout est lié, je comprends.

Oui vas-y, lâche-toi avec ce chapitre ! 8D (que j'adore je dois bien l'avouer)

J'adore Léo, mais j'avoue ne pas vraiment savoir où il me mène ou si je le manie bien x) Il sera de toute façon OOC puisque je ne suis pas Mochizuki-sensei mais bon…

Oui, elles vont l'emmerder u_ù Beaucoup plus que tu ne le crois. Mais pas maintenant ! Place aux révélations avec ce chapitre ! J'espère qu'elles vont l'être, je les aime bien, même Théa avec ces manies de fille à papa x)

Haaaaa, je te comprends tellement ! xD Mais ne t'inquiète, il apparaitra et tu pourras te défouler )

Nan c'est bon, moi je m'excuse de mon retard là, mais ça ne devrait plus se produire avant un certain temps…

PS : Ce jeu est vraiment génial, tu as raison, j'adore les graphismes de ce Zelda-là.

PPS : Yeah x) Je l'aime aussi ~

Chapitre 5 : …Adversité

La nuit me fait perdre la tête.

Je me vois tomber devant Elliot, je rêve de ça depuis des jours.

Je tombe, et tout s'écroule.

Mon monde tombe en même temps que moi et je chute inexorablement. Je ne peux plus bouger. Mon dos me fait souffrir. Je sais que je n'y peux rien, et je chute.

Je chute et je me réveille.

- Ariane ? Tu vas être en retard si tu continues comme ça.

Encore endormie, je rouvris les yeux sur ma fenêtre.

- Ce n'est pas la première fois que tu n'arrives pas à te lever. Aller, on mange dans 10 minutes, tu devrais aller te préparer.

J'avais envie d'un bon bain mais je sais que nous n'avions pas les moyens d'avoir beaucoup d'eau chaude. Il faudra que je me contente de la bassine d'eau froide…

- Ariaaaaaaane !

- J'arrive… Grommelai-je.

Théa était dans le même état que moi, mais avec un peu de chance j'irai dans la salle d'eau avant elle. On se défie du regard un instant, puis je fonce vers la porte tandis qu'elle tombe par terre.

- Nooooon !

Je suis arrivée dans la salle avant elle, héhé !

Je me lavai alors le visage avec soin et entrepris de mettre ma lentille.

Depuis le début de l'année, j'avais réussi à cacher plus ou moins bien mon œil et Elliot avait vite trouvé une solution : une lentille de verre.

Je n'en avais jamais vu avant et elle coûtait très cher, mais elle marchait. Mon œil prenait une couleur assez peu naturelle mais, au moins, elle cachait mon rouge.

Je relevai la tête et mis mon uniforme.

- Viens là, me souris Jessica.

Je me retournai pour lui montrer mes cheveux.

Je n'aimais pas vraiment que les autres me touchent, mais Jessica était différente. Elle ressemblait trop à Marie pour que je lui refuse quoique ce soit, et elle était trop gentille pour que je la repousse. Je la laissais alors donner à mes cheveux la forme qu'elle voulait.

Tout comme Marie, elle disait que mes cheveux étaient superbes. Je ne voyais pas ce qu'avaient les gens avec cette couleur pâle sans chaleur. Si je les laissais longs, c'était pour avoir un minimum de dignité.

Je ne veux pas ressembler à une fille, mais je ne veux pas qu'on me prenne pour un garçon, douce ironie.

Je repensai à mon rêve alors que Jessica prenait sa brosse.

C'était un rêve sombre, dans lequel je me blessais. C'était tout ce que j'avais réussi à comprendre car les autres signes étaient trop flous pour que je puisse y voir. Sur ces images, un grand pressentiment de peur et de souffrance me venait et petit à petit le rêve devenait cauchemar.

Ce dont j'étais sûre, c'était que ce n'était moi. Ce n'était pas la petite fille. Je vois mon visage tous les soirs, dans ce rêve.

Je soupirai.

Cette petite n'aurait pas à vivre ça.

Tous les après-midi, après les cours, je me faufilai dans la bibliothèque avant même Elliot et Léo et enquêtais. Puis, j'allais rejoindre les meilleurs amis dans la salle de musique où ils jouaient ensemble. Je le écoutais pendant ce qui me semblait être des heures sans m'ennuyer.

Les notes me faisaient du bien et soignaient mon âme, quand je regardais par les grandes fenêtres pour laisser mon esprit s'en aller.

Je fermais les yeux et voyais tout un monde, mon monde.

Sans complainte.

Sans privation.

Sans peur.

Sans personne pour me blesser, pour blesser ceux que j'aime.

Et puis, quand ils avaient fini, je rouvrais les yeux et revenais à la réalité.

- Ariane ?

Je me tournai vers Elliot.

- Oui ?

- Tu veux essayer ?

- Quoi donc ?

- Le piano.

Ce regard plein de défi et d'amusement me cerna.

- Ou essayer de te taire, à voir.

Je m'y attendais à celle-là.

- Pourquoi pas ? Fis-je en haussant les épaules.

Léo se leva pour me laisser sa place et se plaça derrière moi pour placer mes mains.

- Tu joues cette note, puis tu glisses ton doigt… Tu es plus empotée que ce que je ne pensais !

- Apprend avec moi à te taire s'il te plait.

Il rigola et regarda Elliot qui était concentré.

À mon tour de le fixer et je remarquai qu'il avait de longs cils. Il fronçait les sourcils comme si souvent, lui donnant un air que j'appelais « mignon » mais que les autres qualifiaient de « grognon ».

Je ne voyais pas vraiment de différence.

Quand je lui disais qu'il était mignon, il se mettait à gesticuler dans tous les sens pour exprimer sa gêne. Il devenait tout rouge et marchait vite. C'était mignon. Je le disais et il m'engueulait.

Léo, lui, passait aux mains tout de suite.

Je me souvins d'une dispute récente avec lui. Nos tempéraments explosifs s'étaient transformés en véritable ras de marrée et Elliot avait été obligé de nous séparer. On ne dira pas qu'en vérité Elliot s'en est mêlé parce qu'on avait commencé à se liguer contre lui.

Je me souvins aussi que ça s'était fini avec moi qui faisais un câlin à mes deux meilleurs amis d'amour.

Beurk.

Tout ça pour dire : j'aime bien m'engueuler avec Léo. Ça fait du bien. Même si je le vouvoie.

- Tu es prête ?

- Hum.

Le piano s'alluma lentement. Les premières notes par Elliot puis la suite avec moi.

Elles me faisaient penser à un paysage.

Un paysage verdoyant… Une allée d'arbres… Un garçon court devant moi et–

BAM

- Ariane ?

Mes deux poings avaient frappé les notes qui résonnèrent dans la pièce.

Qu'avais-je dit ?

Moi ?

- Je suis fatiguée en ce moment avec les examens… Fis-je l'air de rien.

- C'est vrai qu'il faut bien réviser, tu dors assez au moins ? Me demanda Elliot.

- Oui bien sûr, messire Elliot.

Je pris sa main à côté de la mienne et la plaçai vers mon cœur.

- Je suis honorée de l'inquiétude que vous me portez.

Le poing de Léo me rentra la tête dans mon torse.

- Aïe !

Et un deuxième d'Elliot.

- Aïe aïe !

- Ce genre de chose ne marche plus sur moi, Ariane !

- Je suis heureuse de l'entendre ?

- Ne prend pas cet air ! Me sermonna-t-il.

- Quel air ?

- Tu essaies de me faire tourner en bourrique mais ça ne marchera pas !

- Ha bon ? Tu penses que je voulais faire ça ?

Il plissa les yeux.

- Je vois clair dans ton jeu.

- Hé bien !

- Ne t'approche pas !

Je prenais une moue boudeuse.

- C'est normal aussi… Tu n'es plus tellement avec nous en ce moment…

- Ariane.

- Oui ?

- Je l'ai déjà dit : ça ne marche pas.

- HO PUTAIN REGARDE DEHORS Y'A DES OISEAUX !

- MAIS POURQUOI TU CRIES T'ES IDIOTE OU QUOI ?!

- …

- …

- Zut, mon plan n'a pas marché !

- Qu'est-ce que tu voulais faire… ?

Cette joyeuse mascarade continua près de deux heures pendant lesquelles on se taquinait mutuellement avec, parfois, l'intervention de Léo.

Les conversations n'avaient ni queue ni tête et pourtant nous parlions des heures durant de tout et de rien, ce qui leur fit oublier ma crise d'humeur.

« Seena ! Seena, reviens ! Je–

Qui êtes-vous ? Pourquoi m'appe–

Nan, nan s'il te plait ! Ne fais pa–

Papa… Papa, pitié…–

Aidez-moi… Aidez-moi… Papa, arrête s'il te plait, tu me fais mal… J'ai mal…

J'ai peur de mon père.

Mon père est un homme fier, plein de quelque chose que je juge futile, quelqu'un qui aime se vanter naturellement, qui attire vers lui avec toute sa force la chance et l'oblige à se plier sous son poids.

Mon père est un homme vil, fort, et dérangé. Triste.

Je ne sais pas comment ni quand tout ça a commencé. Quand est-ce que j'ai commencé à avoir peur de mon père ? C'est une question que je me pose tous les soirs.

Ces soirs-là, je prie. Je prie quelqu'un, je lui prie de venir me chercher, car chaque jour que je passe dépasse toutes mes suppliques.

J'ai bien un ami.

Seena.

Mon chat, mon ami de toujours qui prend soin de moi et que je considère comme un frère.

- Seena ! Seena ! Nan, qu'avez-vous fait ?! Pourquoi l'avez-vous tué ?!

Ce chat est mon seul ami et, s'il venait à mourir, je ne m'en remettrais jamais.

Il est protégé de mon père, car il appartenait à ma mère.

La seule chose qui me protège encore un peu de mon père est bien ma mère. Je l'aime, l'adore : elle est mon modèle.

- Maman ?! Maman ! Pourquoi ?! Pourquoi es-tu morte ?! Pourquoi ?!

Elle me protège et je l'aime en retour, et mon père l'aime aussi.

- Sale incompétente ! Je ne t'ai épousé que pour ton rang ! Iris ? Iris, tout va bien ?

Dans ce monde, mon père est bien la seule chose qui me fasse peur.

L'extérieur m'a l'air tellement attrayant ! Il est beau, ensoleillé !

- Où êtes-vous partis ?! Revenez ! Ne me laissez pas toute seule sous cette pluie ! Pas entre ces cadavres !

Tellement magnifique que toutes ses splendeurs semblent hors d'atteinte. Loin, très loin. Parce que dans notre maison, tout est noir. Tout est sombre.

Je suis nichée dans un nid de coups, de violence et de questions. Ma nature me fait me remettre en question chaque seconde.

Et tout cela–

- Ariane, réveilles-toi !

C'était une voix paniquée que j'entendais maintenant.

- Jessica… ? je demandais d'une voix endormie.

- Il faut partir. Tout de suite !

- Qu'est-ce qu'il se passe… ?

Théa me balança des vêtements, les larmes aux yeux.

- Ils sont là, ils sont là… Ne cessait-elle de répéter.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ?!

La claque de Jessica tonna dans la pièce alors que Théa faisait tout son possible pour recueillir nos affaires les plus précieuses, en pensant à nous.

- On n'a pas le temps pour ça ! Cria celle qui me rappelait douloureusement Marie.

C'était bien la première fois que je les voyais comme ça.

Je pris les vêtements et d'un saut me retrouvai les pieds sur le parquet, ne pensant qu'à vite me préparer. Les filles ne regardèrent même pas, trop occupées à être anxieuses et à ramasser le nécessaire plutôt que d'être outrée par ma tenue d'Eve.

- On doit partir. M'annonça Jessica.

Théa était déjà sur le pas de la porte, en larmes, une grosse mallette sous le bras. Dehors, dans le couloir, des filles couraient vers la sortie dans une cohue générale et, parfois, poussait la blonde qui se retrouvait alors secouée.

J'avais à peine fini de m'habiller et, comme il n'y avait pas le temps, oubliais mes chaussures dans la précipitation.

Ce temps que je m'accordais, je l'utilisais plutôt pour prendre l'épée que je gardais cachée dans un coin de mon placard. Je la dissimulai dans les pans de mes vêtements et, même si j'étais sûre d'avoir un bleu à la hanche dans les prochaines heures, je faisais en sorte qu'elle ne m'empêche pas de courir.

- Ariane, vite, tout le monde est déjà sorti !

J'acquiesçai et nous nous retrouvions dans le fameux couloir.

- Prenons le chemin de d'habitude, fit Jessica, inquiète.

Sans même nous donner le temps de répondre, elle fondit sur l'escalier. Comme Théa avait du mal avec la valise, je la pris pour elle et elle me remercia. Je la coupai en lui disant qu'il n'y avait pas le temps et que je préfèrerais qu'elle me dise ce qu'il se passe.

- Un groupe d'individus armés sont entrés dans l'établissement, répondit Jessica pour elle, ils ont des otages et il nous a été ordonné de partir d'ici avant que–

Elle buta un instant, si bien que je me cognais contre son dos.

- Jessi–

Un homme braquait avec calme son arme sur mon amie.

« Marie a été tuée… »

Mes yeux s'écarquillèrent et la scène repassa en boucle dans ma tête.

Marie…

- Que faites-vous ici mesdemoiselles ? Demanda l'homme d'une voix sardonique. Je croyais que toutes les Dames devaient se hâter de quitter le bâtiment.

Ma main se referma sur la poignée de mon épée tandis que la main de Théa prenait mon autre côté. Je lui aurais bien dis de ma lâcher, sans quoi je ne pouvais pas être maitresse de mes mouvements, mais l'heure n'était pas à la parlotte.

- Vous allez me suivre bien gentiment.

C'est alors que Jessica se retourna.

Son visage était serein, mais ses yeux criaient la détresse, la peur, l'angoisse.

Et c'est alors que ma haine se fit entière.

Cet homme avait des chances de ne pas repartir vivant d'ici, que ce soit de ma main ou de celle des autorités qui allaient bientôt arriver. Autant que ce soit de ma main.

- Faites demi-tour, vous aussi, ordonna-t-il.

Alors Théa fit ce qu'il demanda, et je le fusillai du regard la dernière seconde avant de ne plus le voir.

- Toi.

Le canon de son revolver se trouva collé à l'arrière de mon crâne.

- Ne joue pas avec moi. C'est moi qui suis en position de force. Rappelle-toi où est ta place.

Ma place, à cette heure-ci, était dans mon lit, mais je m'empêchais de le rappeler.

Alors, gentiment, j'hochai la tête.

- Bien.

D'une petite poussée, il envoya ma tête vers l'avant et mit un coup dans ma jambe.

- On avance.

Qui aurait cru un jour que Lutwidge serait la cible de malfaiteurs tels qu'eux ? Que voulaient-ils ? L'argent ? Sans doute. Mais pourquoi Lutwidge.

Mes pensées étaient dirigées vers Elliot et Léo. Où étaient-ils ? Étaient-ils en sécurité ?

Je me rappelais des paroles du père d'Elliot. « Vous devrez protéger Elliot au péril de votre vie. »

C'est ce que je comptais faire.

Malheureusement, je ne réfléchissais pas qu'à Elliot. À mes côtés, Jessica et Théa avaient besoin de moi. Elles étaient les seules que je laissais si près de moi, elles étaient les seules qui avaient su percer ma carapace et les seules que j'autorisais à dormir avec moi lorsqu'elles se sentaient seules.

Mes seules amies.

Léo aurait applaudit s'il avait entendu ce que je venais d'avouer, c'était sûr. Il se serait moqué de moi : « alors Ariane, toi qui disais que tu ne te ferais aucun ami, te voilà avec deux amies pour la vie, c'est pas génial, ça ? » et je lui aurais rétorqué qu'il aille se faire voir, avec une gentille phrase tournée à mon avantage.

Même Théa, que je trouvais insupportable, m'était devenue agréable. J'avais beau moins l'aimer que Jessica, je l'aimais quand même.

Et Jessica… Si Marie mourrait une deuxième fois, je ne me le pardonnerai pas.

Était-ce dieu qui me lançait toutes ces épreuves ? M'envoyait-il le reflet de Marie pour me punir ? Pour me montrer combien j'étais faible, combien je le suis encore aujourd'hui ? Quel message voulait-il me transmettre ?

- Maintenant, au sol.

Les mains de Théa étaient moites, mais encore plus celles de Jessica. Je les soutenais.

Je les regardai pour leur dire de faire comme nous aboyait le malfrat derrière nous.

La tête contre le mur, il nous attacha les mains pendant qu'un de ses compagnons venait le voir :

- Qu'est-ce que tu fais… ? Demanda-t-il avec exaspération.

- Elles m'ont vu, j'ai pas eu d'autres choix.

- Pas d'autres choix !? S'exclama l'autre.

- Ouais, okay ?! Si j'avais pas fait ça, elles se seraient barrées en délivrant notre position. On doit avoir ce petit avant toute chose, on ne peut pas se permettre d'être remarqués. Pas maintenant.

L'autre homme, qui lui était bien brun par rapport au châtain qui nous avait emmenées, soupira.

Et moi, je me posais toutes les questions du monde.

Qui voulaient-ils avoir ?! Quelqu'un d'important, s'ils visaient Lutwidge c'était un étudiant, donc le fils ou la fille d'une famille très importante, avec d'importants moy–

Elliot.

C'était Elliot qu'ils visaient.

« Vous devrez protéger Elliot au péril de votre vie. »

Et je le ferai. Coûte que coûte.

Mais que pouvais-je faire dans cette position ? Comment s'en aller d'ici ?

- Ariane, chuchota Jessica.

Je me tournai vers elle.

- Je sais ce que tu es en train de penser, m'avoua-t-elle, et je trouve que c'est une mauvaise idée. On ne sait pas si c'est vraiment Elliot qu'ils visent.

- Si tu as deviné la même chose, c'est que ce doit être le cas.

- Beaucoup d'enfants de grandes maisons sont des étudiants ici.

- Mais combien sont des enfants d'un des quatre Grands Duchés ?

Je me rappelai les paroles qu'Elliot avaient formulées à ce sujet.

« La famille Barma est l'une des 4 familles ducales, les plus grandes familles, les plus puissantes. Et la famille Nightray en fait partie. »

- Ariane, ne fais pas l'imbécile…

- Et si je ne bouge pas, qui viendra nous sauver ? Tu penses que nous, filles du bas peuple, serions secourues ? Penses-tu qu'ils vont venir nous chercher alors que le fils Nightray est en danger ? Ils ont d'autres chats à fouetter !

Elle ne répondit pas : elle savait que j'avais raison.

- Mon père a assez d'argent pour leur dire de se bouger le train ! Intervint Théa.

- Et une famille Ducale a assez d'importance pour dire à tout le monde d'aller se faire foutre !

Elle fut outrée un moment par mon langage, puis par le sens de mes paroles. La bourgeoise baissa alors la tête et commença à sangloter.

- Qu'est-ce qu'elle a elle ? S'énerva l'un des hommes.

- C'est toi qui les as ramenés alors c'est qui t'en occupes, on ne veut pas savoir.

Je sentais bien leurs regardes en permanence, s'échapper d'ici allait être difficile…

Où pourrais-tu m'en aller ? Elliot était en danger, si je ne le retrouvais pas maintenant…

« Vous devrez protéger Elliot au péril de votre vie. »

Mais je sais… !

Comment faire ? Comment faire pour échapper à ces hommes ? Ils sont armés et je n'ai que…

L'épée.

J'essayais alors de forger un plan à partir du simple rappel de mon épée. Moi aussi j'étais armée, alors autant faire avec et avoir une chance de partir d'ici.

Il fallait juste une diversion…

- Mais ta gueule ! Gueula celui qui nous avait amené ici. Arrête de pleurer !

- C'est qu'une gosse… Soupira l'autre.

Il y avait trois hommes, et pour l'instant le troisième n'avait pas ouvert la bouche. Il se contentait de fixer le couloir, peut-être à la recherche de quelque chose.

- Il faut lui apprendre la vie à cette gosse ! Et elle me casse les couilles !

- Laisse ton langage trivial loin de la portée de leurs chastes oreilles s'il te plait.

Ironie du sort, il s'arrêta véritablement.

Théa cessa tout de même d'être trop bruyante et, sous le regard inquisiteur du châtain, Jessica commença à lui frictionner le dos avec une patience infinie.

Je ne pouvais pas utiliser mes amies pour mon plan, il fallait qu'elles sortent elles aussi sans aucune égratignure. S'il leur arrivait quelque chose, ces hommes tâteraient de mon sabre.

Un plan… Un plan…

« Vous devrez protéger Elliot au péril de votre vie. »

Mais ta gueule !

En regardant ma main, je remarquais qu'elle tremblait. Avais-je peur… ?

Nan, ce qui coulait dans mes veines était de la pure colère.

L'homme s'approcha de Théa et, dans une impulsivité furieuse, je plantais mon épée dans son thorax.

Mon amie suffoqua un instant et Jessica cria. Un long hurlement de douleur et de peine, qui servait à me rendre compte de ce que j'avais fait.

Ce n'était pas le plan. Mais maintenant ça allait le devenir.

Les deux hommes braquèrent leurs armes sur nous mais n'exécutèrent aucune menace.

Je sentais le liquide poisseux sur ma main et pourtant ça ne me faisait rien. Ni frisson, ni dégoût, ni envie, rien. Le sang devenait de l'eau dans mon esprit immunisé contre le crime que je venais de réaliser.

- Lâche l'épée.

- Vous pouvez toujours tirer, je rigolais.

Mon grand sourire faisait dos à mes amies mais elles discernaient parfaitement le regard apeuré de l'homme devant moi. La troisième, dont je voyais maintenant le visage, faisait preuve d'un grand sang froid. Je décidai de m'occuper de lui dans un premier lieu.

« Vous devrez protéger Elliot au péril de votre vie. »

Au péril de ma vie…

Au… péril…

Elliot ? Qui est Elliot ?

Du sang, il y a du sang sur ma main ?!

Oui, ce sang est le prix de la vie dont j'ai coupé les liens, les chaines qui l'entravaient sont maintenant parties, son cycle de 100 ans va désormais prendre place et il n'aura plus à souffrir.

Tu as libéré cet homme, Ariane.

Oui, je l'ai libéré. Je viens de sauver un homme. Il est normal que je le fasse pour les autres.

Ils nous ont bernés ! JE LE SAIS !

Je le sais : nous ne sommes que de vulgaires humains, nous sommes des êtres fragiles, qui se brisent à la seconde où nos mains prennent le verre de notre destin. Le verre et se fracasse sur le sol à une vitesse affolante, celle de notre existence, et peut être que ce verre se heurtera à une autre main avant de s'éclater inéluctablement sur les pierres froides de la mort.

Tout est inéluctable, n'est-ce pas ?

Le fait que je tue ces hommes l'est aussi, n'est-ce pas ?

Oui… Vas-y, ma belle. Continue, sauve-les de leurs misérables existences d'êtres humains. Ils ne méritent pas ça. Tu les sauveras si tu les tues…

Oui.

De mon épée je les libèrerai de leur infâme condition.

Son rire se glissa rapidement dans l'atmosphère étouffante du lieu. Le vent passa sa main sur sa nuque et lui embrassa le visage. Elle le serra contre lui de tout son soul, dansa une valse enflammée devant les hommes, son humanité perdue pleurait des larmes amères d'infirmité devant le spectacle.

Quand est-ce que sa condition à elle s'était envolée ? Ses amies lui criaient d'arrêter mais elle continuait de marteler le crâne de l'homme qu'elle avait tué.

Plus qu'un, se disait-elle. Plus qu'un à libérer.

Elliot…

Elle pleurait quand elle rigolait, elle sanglotait dans son hilarité, elle hurlait sa présence humaine dans le murmure de son être bestial.

Elliot, arrête-moi…

Le troisième homme ne tirait pas, mais n'avait pas peur non plus. Il admirait la femme qui tenait ce sabre dégoulinant. Elle se balançait un rythme de son cœur qui tanguait dans sa poitrine, toute sa fragilité de femme était partie.

Léo, toi aussi… Arrête-la.

Ce n'est plus moi… La femme qu'il admire, la femme qu'elles crient, ce n'est pas moi…

L'homme lâche alors son arme quand la fille lui prend la main pour une valse qu'elle seule peut chanter.

- Les fleurs éclosent doucement, le vent souffle doucement…

La voix de la femme est belle et harmonieuse et elle fond son regard dans celui de son partenaire dans une sensualité infinie.

- Le vent détache les fleurs tout doucement, les seules fleurs restantes sont la rose et l'iris…

L'homme, lui, n'arrive pas à se détacher du regard incompatible de la femme qu'il tient dans ses bras.

Combien de fois a-t-il attendu ce moment ? Combien de fois a-t-il appelé cet ange avant qu'il ne vienne sur Terre pour le libérer ?

La danse s'arrêta lorsque l'homme cacha son visage dans le cou de la femme.

Elliot…

- Ariane !

Le monde se dissolue alors.

Les murs fondirent et le sol s'écroula.

Le liquide poisseux que devint le décor prit place sur le bras, la main, l'épée, le dos, les jambes et les pieds de la femme. L'homme, quant à lui, ne bougea pas et laissa son nez contre la carotide de la femme, humant, inhalant, s'oxygénant de son odeur pour ne pas la perdre.

La femme aux cheveux blonds chercha du regard la voix. Ses yeux reflétaient son calme et son absence de toute bonté et toute raison.

Un adolescent aux cheveux blonds cendrés se dressait devant le couple de danseurs. Si la femme pensait le connaître, elle ne retrouva pas son nom, ni son identité.

Il semblait en colère. Son visage était d'un très beau pâle et son regard était déterminé. Son apparence transpirait la glace mais son caractère clamait le feu. Cet adolescent paradoxal était beau, et la femme voulait le voir. Elle voulait danser avec lui, aussi. Elle voulait aussi le libérer.

Il s'avança et un autre garçon se précipita vers deux filles que la femme n'avait pas remarqué jusque là. L'une lui rappelait une mère et la seconde une enfant. Le garçon, qui portait élégamment des lunettes qui n'avaient rien d'élégantes, ressemblait à un frère. Pour la femme, il était aussi beau que le jeune paradoxe. Il découlait du calme et du sang-froid et pourtant il était affolé.

Qu'ils étaient beaux, ces garçons.

La femme sourit.

Ils étaient plus beaux encore que l'homme qui la tenait près de lui.

- Lâche-la ! Cria le garçon blond.

La femme lâcha alors l'épée. Si c'était ce qu'il demandait. Après tout, il ne pouvait pas s'adresser à quelqu'un d'autre. Les seules âmes ici étaient celle de la femme et des deux garçons.

L'homme qui l'entourait de ses bras se défit de son ange et toisa l'adolescent.

- Qui es-tu ? Tonna-t-il.

Ça n'avait aucune importance.

Peu importe qui il est, sa beauté est trop grande pour ne pas être admirée.

- Je suis–

- Elliot, tais-toi.

Le blond venait de commencer ses paroles mais l'autre garçon l'en empêcha.

L'homme aurait dû comprendre à ce moment même pourquoi on avait arrêté l'adolescent, mais il était trop obnubilé par le cadeau du ciel entre ses mains.

L'adolescent avait une épée, qu'il présenta à son adversaire : l'homme. La femme, elle, ne bougeait pas. Elle observait, fixait, admirait, se languissait de la suite comme un enfant devant son livre d'images.

- Lâche-la. Répéta-t-il.

Et là, la femme comprit.

Ils n'étaient pas seuls, et une main enserrait sa taille. Une main tremblante, une main terrifiante voulait la garder près de lui.

Et là, je compris.

Je me rappelais de cet homme, des pensées que j'avais eu.

Qu'est-ce que j'avais fait… Comment m'étais-je comportée…

Ce n'est plus l'indifférence qui occupait mes traits, mais bien une violente peur qui m'étrangla.

- Elliot… appelai-je.

J'avais lâché mon épée, plus rien ne pouvait me protéger, je ne pouvais que rester collée contre le torse de cet homme. Sa main remonta et attrapa ma tête comme pour me rassurer. L'effet fut si inverse que je répétai :

- Elliot… !

Il caressait mes cheveux, comme s'il me connaissait, comme s'il voulait me protéger.

- Tout va bien, chuchotait-il, je vais te protéger de cet homme…

Arme contre arme, je fus contrainte d'avouer que l'épée était moins forte que le revolver.

Prenant mon courage à deux mains, je pris son visage pour qu'il me regarde et composa le même masque que l'ange qui m'avait habité les minutes précédentes.

- Merci de me protéger…

D'un grand coup, je lui tordis la main et l'arme tomba par terre. C'est Jessica qui la rattrapa, sous mes yeux effarés.

- Jessi–

L'homme empoigna mes cheveux et m'envoya contre le sol où gisaient encore les deux cadavres des deux autres malfaiteurs.

Jessica était en train de disparaître au fond du grand couloir, le revolver en main, courant pour ne pas être poursuivie et, je l'espérais, appeler les secours.

L'homme s'empara alors de mon sabre, doucement. Elliot, lui, ne bougeait pas. Je pouvais entendre les pleurs de Théa, qui occupait tout le temps de Léo.

Les deux hommes devant moi se battaient leurs armes ne bougeaient pas mais leurs regards étaient sans pitié.

Commença alors le réel affrontement. Le bruit des armes résonnait dans le bâtiment, sous les sanglots déraillés de Théa et mes supplications.

- Elliot ! Fais attention !

Je n'arrivais pas à pleurer, pourtant, plus j'entendais les pleurs et plus je me dis que ça devait être moi qui me lamentais ainsi.

Je dirigeais alors mon visage vers mon amie, mais découvrais qu'elle ne pleurait pas. Elle aussi, elle regardait le combat, subjuguée par la scène. Aucune trace de récentes larmes.

Qui… pleurait alors ?

Au secours… Au secours !

La petite fille ?

Papa… Je ne veux pas qu'il le tue…

Où es-tu ?!

M'entendez-vous ?

Oui, dis-moi, qui es-tu ?

Je suis Rose Twilightsword. Je vous en supplie, sauvez-moi…

Je t'en fais la promesse, petite. Je jure que je rendrais ta liberté.

Avais-je rêvé ?

Devant mes yeux se trouvait alors l'ennemi d'Elliot qu'il avait terrassé.

Nos vues se croisèrent. Il avait battu un homme et, pourtant, je ne retrouvais pas l'attitude sordide que j'avais eu en tuant les deux autres malfaiteurs. Elliot, lui, n'était pas fier de ce qu'il avait fait. Il n'était pas joyeux non plus. Il ne martelait pas le cadavre de ses chaussures.

Il ne faisait rien de tout ça.

- Prend ma main.

Je frissonnai.

Malgré tout ce que mon corps me dictait, je tendis ma main vers lui et il l'attrapa. Léo en fit autant avec Théa, qui eut beaucoup plus de mal que moi à se relever. Le lunetteux lui demande discrètement lui elle allait bien, si elle avait mal quelque part. Elle lui répondit calmement, comme hypnotisée. Incapable d'effectuer ne serait-ce un geste, je ne cessais de fixer l'homme qui venait d'être abattu.

- Il ne se relèvera pas ? Je demandais.

- Non.

Le silence se fit, et les pleurs que j'entendais maintenant étaient bien ceux de Théa. Elliot zieuta silencieusement la peinture et partagea une œillade avec son meilleur ami. Léo hocha la tête. Je m'obstinai à garder la main du blond alors que tout était fini.

Tout était fini.

Je m'expliquai en rien mon attitude. J'avais surement rendu traumatisée mes deux amies, mais je ne ressentais rien.

Je me faisais peur, j'avais peur de ce que je pouvais faire.

- Ariane, c'est fini.

Il ne cesserait donc jamais de répéter mon prénom ?

Combien de fois l'avait-il dit ? Combien de fois m'avait-il appelé pour que je le regarde ?

Je le regarderai, alors.

J'aimais ses yeux, même s'ils n'étaient pas aussi beaux que ceux de Léo ou Jessica. Ceux de l'adolescente étaient d'un bleu clair vivace et intelligent, au même titre que ceux de l'adolescent. Pourtant, ceux de Jessica rappelaient la bonté et ceux d'Elliot l'autorité.

Je le pris dans mes bras, résistant au cataclysme des larmes. Il n'eut aucune réaction, et je l'en remerciai.

- Elliot ! S'exclama Léo.

Je rouvris aussitôt les yeux et instinctivement, me plaçai devant le blond.

Alors que mon corps tombait, je revis mon rêve.

Je me vis tomber, mon dos me lacérer, et Théa crier.

Mon rêve venait de se réaliser. Sauf qu'il n'avait précisé que je verrais mon propre sang s'étendre sur le parquet du couloir, me rappelant chaque instant que je mourrais en voyant Léo crier mon nom et Elliot couper le dernier souffle de l'homme qui venait de me trancher le dos.

Nan, il n'avait pas précisé que la mort était si horrible et si lente.

~••oOo••~

Voilà ! x)

Comme dit en haut, sans ce chapitre encore deux et c'est parti pour l'arc 3 !

J'ai eu avec ce chapitre, mais je l'aime beaucoup, il y a des phrases dont je suis vraiment fière u_ù (je ne suis pas très modeste je crois ~)

Le prochain, si tout va bien, sera beaucoup plus calme. Enfin, on se demande comment faire pire. En tout cas, Ariane se demande, elle.

- Ouais, tu pourrais éviter de me cabosser autant.

- Tu veux bien me parler ? :'D (des heures auparavant, Ariane avait juré la mort de l'auteure à cause de la maltraitance des personnages)

- Oui, pour te faire la leçon et t'apprendre que faire du mal à mes amis c'est jurer ta mort.

- … Ariane, lâche cette épée.

- Dans tes rêves ^^

- Ariane, c'est moi qui te fais vivre !

- Mourrons toutes les deux pour nos causes, dans ce cas.

- D :

Et l'auteure meurt. Ce serait con quand même.

Bref ! Bye bye ~