L'Intelligence est Solitude

XI : Confidences

- Tout va bien Remus ? Tu m'as l'air fort pâle, dit sa mère alors qu'ils prenaient leur repas du soir.

L'adolescent bafouilla quelque chose qui ressemblait à une affirmation. Il ne savait toujours pas qu'est-ce qui lui avait pris de faire une chose pareille. Embrasser un ami ! Embrasser un Serpentard ! Embrasser un garçon ! Embrasser… Severus Rogue ! Tout de même, il s'était mis dans de beaux draps. Et il ne savait toujours pas comment en sortir. Peut être que ces quelques secondes venaient de ruiner cette ébauche d'amitié qu'ils avaient construite durant leur fin d'année.

Lorsqu'il eut fini de manger, il remonta dans sa chambre sans attendre. Il devait absolument ce changer les idées. Arrêter de penser à Severus et… aux instants qu'ils avaient partagés.

Il prit le livre qu'il avait acheté et commença à le feuilleter. Autant dire qu'une partie de ses économies y étaient passées. Il dévora les premiers chapitre, avide de connaissance. « Severus aimerait sûrement savoir ça ». Le Serpentard lui avait posé des questions sur ce sujet. Oh non. Il y repensait déjà.

Il voulait tellement prendre un parchemin, lui écrire, et s'expliquer. Mais que pourrait-il bien lui dire ? Soit il l'avait fait intentionnellement, mais dans quel but ? Soit il s'était laisser guider par ses instincts. Ce qui voudrait dire qu'au fond de lui, il était attiré par Severus. Pourtant, aucune de ces deux hypothèses ne semblaient s'adapter à lui. Il était certain de ne pas l'avoir fait en tout état de conscience, ou dans un but précis. Ça lui était venu, plutôt… instinctivement.

- Mais non, je ne suis pas… ni homo, ni amoureux de Severus… bafouilla-t-il en rangeant son livre.

Et si les Maraudeurs venaient à l'apprendre. Oh non… Sa vie était fichue. Mais pourquoi diable avait-il fallu qu'il fasse cela… Il se coucha de bonne heure, il se sentait surmené. Et surtout, triste. Il avait l'impression qu'il avait tout perdu. Ou du mois qu'il allait tout perdre. Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'il se glissait sous sa couette.


- Severus, tu es sale ! Dit sa mère en le voyant rentrer. Où as-tu été traîner ? Est-ce que tu vas bien ?

Son fils avait l'air mal à l'aise. Ses habits étaient un peu salis.

- Tu t'es encore battu ? Demanda-t-elle en faisant référence aux fréquentes incartades de Poudlard.

- Non, tout va bien, répondit le jeune homme avec un grand sourire.

Il ne l'avait jamais vu tant sourire depuis son admission à Poudlard. Elle ne savait pas pourquoi, mais ce nouvel ami semblait le réjouir.

Une fois qu'il eut fini d'aider sa mère, il s'enferma dans sa chambre. Il se laissa tomber sur son lit. Il se sentait bien. Pour une fois, il n'en avait que faire que ses parents lui crient dessus. Il avait la drôle d'impression d'être au dessus de tout ça. Il s'était sentit ainsi la première fois qu'il avait parlé à Lily. Peut être tout cela l'avait-il simplement rendu nerveux. Il commença alors un monologue dans sa tête.

« Pourquoi est-ce que je me sens si bien ? Peut être parce que j'ai un nouvel ami

Tu appelles toujours ça un ami, toi ? Il t'a embrassé.

J'ai remarqué.

Ton plan à l'air de fonctionner.

Je me demande si je ne devrais pas en rester là.

Après tant d'effort… Et puis, tu le ferais certainement souffrir si tu coupais les ponts.

Et j'apprécie sa compagnie. Il avait l'air tellement désolé quand il est parti. Peut être que c'est lui qui va couper les ponts. Je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse un premier pas vers moi. Il faudra certainement que j'en fasse un en retour. Je n'avais pas même imaginé que ça irait si loin d'ailleurs. Je pensais que ce serait plus désagréable. Ce ne l'était pas tellement. »

.

Il avait encore du mal à concevoir tout ce qu'il venait d'arriver. Sans compter que c'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un, enfin, avec son consentement. Il n'aurait jamais pensé qu'il s'agirait d'un garçon. Et encore moins qu'il apprécierait.

Un bruit vint interrompre ses pensées. Quelqu'un frappait timidement à la porte de sa chambre. Sa mère. Son père ne se serait pas donné la peine de toquer, ou même de se lever de son fauteuil pour lui dire quoi que ce soit.

- Entre ! Dit-il distinctement, sans pourtant savoir ce qu'elle voulait.

- Severus, dit-elle d'un ton qui se voulait moins froid qu'à l'habitude. Je voulais savoir… tu vas bien ?

Depuis qu'il était entré dans l'adolescence, il ne parlait plus vraiment avec sa mère. Du moins, il ne se confiait plus à elle. Ni même à personne. Et parfois, il devait admettre que cela faisait beaucoup, cela pesait lourd sur ses épaules.

- Tu m'as l'air un peu changé… Commença-t-elle.

Il savait combien sa mère pouvait être douce et gentille sous ce masque froid et distant qu'elle gardait presque constamment. Il la regarda un instant. Elle ne semblait pas être en pleine forme. Ni même en forme.

- C'est rien… Dit Severus, tentant malgré tout de rester impassible.

Sa mère fit quelques pas et fit un signe de la tête pour demander si elle pouvait s'asseoir sur le lit. L'adolescent lui répondit par un hochement de tête en guise d'approbation et elle l'invita à venir près d'elle - Ce qu'il fit.

- Tu sais… Je me demande si tu n'as pas inventé toute cette histoire d'ami… Parce que tu me sembles…

- Je n'ai pas menti, dit-il pressement, de peur que ça lui retombe dessus par la suite.

- Tu me sembles amoureux, continua sa mère comme s'il n'avait rien dit. 4

Severus avala difficilement sa salive. Il savait que la tête qu'il faisait venait tout simplement de le trahir. Mais il ne pouvait pas savoir que sa mère devinerait cela si facilement.

Il ouvrit la bouche et essaya de dire quelque chose, mais rien ne lui venait à l'esprit. Sa mère le fixait toujours, alors qu'il bafouillait. Elle lui adressa un sourire avant de poser une main sur son épaule.

- Tu sais, tu peux tout me dire, lui dit-elle d'un ton rassurant.

- Je n'ai pas envie qu'il soit au courant.

- Il ne le sera pas. Et puis, tu sais que je sais me taire sur certaines choses. Il a mit du temps pour savoir que j'étais une sorcière.

Il y eut un moment de brève suspension. Comme pour laisser au jeune homme l'occasion de réfléchir.

- Qui est-ce ? Quelqu'un de Poudlard ? Demanda-t-elle, piquée de curiosité.

Severus hocha la tête. Il ne pouvait réprimer un sourire. Il était démangé par l'envie d'en parler autour de lui, mais il n'avait personne. Sauf elle, qui lui demandait même de parler de lui.

- Serpentard ? Dit-elle malicieuse.

L'adolescent vira au rouge. Sa mère avait elle aussi été répartie à Serpentard. Et elle croyait dur comme fer - comme lui avant - que les gens de la maison adverse étaient insupportables.

Il secoua la tête avant de murmurer :

- Gryffondor.

Sa mère ne sembla qu'à peine surprise. Après tout, c'est vrai, il lui avait un peu parlé de Lily au début, et elle avait fini à Gryffondor. Même si après ce qu'il s'était passé entre eux, il ne voulait plus en parler.

- Enfin, presqu'à Serdaigle, selon moi.

- Tu l'aimes ? Dit-elle, essayant une nouvelle approche.

Severus ne savait pas combien de fois plus il était rouge désormais. Il jouait avec la couette du bout des doigts, n'osant même plus regarder sa propre mère.

- En fait… c'est parti d'un… d'une vengeance… dit-il, se rendant compte de l'absurdité et de la puérilité de son acte.

- Elle le sait ?

- Non, mais tu poses la mauvaise question, dit-il pour essayer de la mettre sur la voie. Il se voyait très mal lui dire qu'il s'agissait d'un garçon.

- Elle t'aime ?

- Je crois, enfin, j'espère… On s'est… on s'est embrassé. Et tu poses toujours la mauvaise question.

Sa mère lui jeta un regard interrogateur et quelque peu agacé où pouvait-il bien vouloir en venir. Elle ne cachait cependant pas sa joie. Elle voyait son fils aller mieux, c'était pour elle la plus belle des récompenses.

- Je ne pensais pas… que je pouvais… avoir des sentiments pour quelqu'un… comme ça. Je… je ne sais pas ce qui m'arrive. Je n'arrête pas d'y penser toute la journée.

- C'est donc ça les lettres ?

Elle n'eut même pas besoin de la réponse, elle se disait bien qu'il y avait anguille sous roche, même pour Lily il n'envoyait pas de lettres si souvent.

- Si tu l'aimes, il n'y a pas de problème, dit-elle calmement.

- Si, c'est l'ami de mes ennemis et …

Elle tenta de le rassurer. Il était en phase de devenir un adulte, comme les gens de son âge, cette rivalité devrait bien vite cesser.

- Et puis, si c'est réellement l'amie de ces gens là, ils comprendront, non ?

Severus fit la moue. Oui, peut être. James avait eut l'air d'accepter son amitié avec Lily au début. Mais là, c'était différent. Ce n'était plus amical, mais plutôt sentimental. Et il s'agissait d'un garçon.

- Quel était l'autre problème ?

- C'est important ? Demanda le jeune homme pour détourner la conversation.

- Tsss, je sens que ça te tracasse, tu ne veux pas me le dire ?

Il était vrai que le vert et argent avait très envie de le dire à quelqu'un. Il tenta de prononcer cette phrase qui lui écorchait pourtant la gorge.

- cestungarçon, marmonna-t-il.

- Excuse moi, mais je n'ai pas compris, dit la femme qui avait pourtant essayer d'écouter l'information.

- C'est… c'est… un garçon.

Ça y est, il l'avait dit. Maintenant, il avait peur de la réaction de sa mère. Est-ce qu'elle aussi, elle allait se mettre à le haïr ? À le haïr pour un plan qui se retournait contre lui. Il leva les yeux vers elle, ignorant la chaleur intense qui lui brûlait les joues.

- Ce n'est pas si grave, dit elle après quelques minutes de silence. Puis, tu es encore jeune, tu n'es pas au stade de faire ta vie avec. C'est peut être juste… une... expérience. Je t'avoue que je suis un peu… étonnée.

Il lui fallu quelques temps pour encaisser l'information, qui semblait malgré tout, dure à avaler. Ce n'était pas tous les jours que son fils unique lui faisait une sorte de coming out. Après avoir rassurer le jeune homme, et discuter de son « bien-aimé », elle sortit tout de même pour reprendre ses esprits.

Severus était soulagé. Il se sentait tellement plus léger. Cependant, le lycanthrope avait eut l'air plus troublé que lui. Probablement n'oserait-il pas revenir à la charge. Il allait donc falloir qu'il prenne les devants cette fois.

« Cher Remus,

Je suppose que tu es aussi troublé que moi suite aux évènements récents.

Tu sais tout comme moi que ce n'était peut être pas un accident. Enfin, je ne le prends pas mal. Et je pense qu'il faudrait que l'on prenne une décision. Il y a trois options. Sauf peut être si tu en trouves une autre.

1. On coupe les ponts et on fait comme si rien ne s'était passé, on tire un trait sur notre relation.

2. On oublie juste le dernier évènement et on reste amis.

3. On envisage peut être autre chose.

Je dois t'avouer que si je devais choisir, je prendrai la 2, ou alors la 3, tout dépend de toi.

Sincèrement,

Severus. »

Son cœur battait à tout rompre. Mais s'il ne faisait pas cela, il ne serait jamais fixé. Puis valait mieux tant qu'il n'était pas encore trop accroché, trop… amoureux. Même s'il avait du mal à se l'admettre.

C'est le cœur lourd qu'il envoya sa lettre. Il espérait vraiment que la réponse serait favorable. Puis, c'était Remus qu'il l'avait embrassé. Ça voulait certainement dire qu'il avait un petit quelque chose ou pour lui. Du moins c'est ce qu'il espérait. Ce qu'il espérait plus qu'il ne pouvait l'imaginer.

Le Gryffondor fut réveillé par le bruit de vaisselle venant du rez-de-chaussée. Il se leva et s'étira. Il avait passé une nuit agitée. Il enfila quelques habits et descendit jusqu'à la cuisine. Il fit la bise à ses parents et s'installa à table pour prendre son petit-déjeuner. Il se saisit d'une tartine, qu'il enduit à contrecœur de confiture avant d'essayer de la manger. Cela avait cependant un mal fou à passer. Il avait la gorge nouée.

- Tout va bien fiston ? Demanda son père après une gorgée de café.

- Oui… je suis juste… fatigué, dit-il avec ses piètres talents de menteur.

L'adulte n'insista pas, si son fils avait envie de lui parler, il le ferait quand il le sentirait.

- Au fait, quelque chose pour toi est arrivé très tôt ce matin ! S'exclama-t-il, espérant que cela pourrait redonner le sourire à sa progéniture.

Remus leva la tête pour voir ce que son père tenait dans les mains. Une lettre. Probablement d'un Maraudeur, ils avaient parlé de se faire une soirée dans le courant de la semaine.

Par politesse, il ne l'ouvrit pas durant son repas. Il essayait de terminer sa tartine avant de boire son jus de citrouille. Il aida sa mère à débarrasser ainsi qu'à faire la vaisselle. Une fois tout cela fini, il saisit la lettre et il monta dans sa chambre au calme, pour la lire.

Quelle ne fût pas sa surprise lorsqu'il reconnu l'écriture fine et soignée de Severus. Il la referma sans réfléchir, n'osant pas lire. Et si le Serpentard lui annonçait qu'il allait rendre l'accident public. Ou même, son statut. Plus personne ne voudrait lui parler. Il devrait changer d'école, il n'aurait plus d'amis. Toutes ses pensées le terrorisèrent. Il serra la lettre contre lui.

- Remus, soit courageux, lis-la. Se dit-il pour prendre du courage.

Sans conviction, il déplia la lettre qui s'était quelque peu froissée.


Session d'examen finie, il est temps de reprendre l'écriture :)
J'espère que ça vous a plu ! Le prochain chapitre est à venir !