Mauvaise blague


Une main s'approcha du visage de Tae-yeon inconscient du danger, effleura sa bouche comme si elle la survolait.

Il suffisait de refermer la paume sur ses lèvres entrouvertes pour étouffer le procureur.

―Pas très prudent, tout ça.

Min tressaillit dans son sommeil mais ne s'éveilla pas.

Yoo Jung-In soupira et s'assit sur le bord du bureau, les yeux toujours fixés sur son patron.

Qu'est-ce qui vous a pris ? Pourquoi vous avez fait ça ?

Elle enroula ses lèvres en une moue, passa une main dans ses cheveux et les ébouriffa, frustrée.

Deux ans, maintenant.

Deux ans à affirmer à ses copines que NON, il n'était pas question d'imaginer la moindre romance entre son chef et elle, parce que OUI, il avait toutes les caractéristiques du chaebol de rêve – élégant, sexy, mystérieux, arrogant, passé sombre et attitude supérieure de parfait crétin – mais il n'y avait aucun espoir pour qu'il se transforme en héros de drama.

Un cœur, sous les vêtements sobres et professionnels ? Nah.

Elle tritura le bord de sa veste tout en mâchouillant l'intérieur de sa bouche.

Ils roulaient à tombeau ouvert sur le périphérique de Séoul, dans la nuit, et sur son épaule, frissonnant de douleur et de sanglots retenus, Min Tae-yeon les suppliait en silence de ne pas poser de questions.

Le chef Jang leur adressait un regard désespéré avant sa chute dans le fleuve.

La jeune fille aux yeux hantés et aux longs cheveux noirs…

Hwang n'avait répondu qu'à une seule de leurs questions, après le drame.

La jeune fille était la petite sœur de leur patron.

Parfois, Jung-In se réveillait en sursaut pendant une planque. Les reins courbaturés et la nuque en compote, elle ne parvenait pas à se reposer, la tête appuyée contre le dossier du siège de leur minivan.

Dans ces moments-là, la scène lui revenait et la tristesse déchirante de ce qui s'était passé la faisait avaler de travers.

Quand on avait vécu des choses comme ça – quand on était probablement plus fragile et cassé que ce que l'on voulait bien montrer – peut-être que des choses comme un baiser sorti de nulle part pouvaient arriver.

Elle croisa les jambes comme si elle allait rester, puis se ravisa, hésita, et se leva.

―Je vous pardonne pour cette fois. Mais juste cette fois, okay ?

Elle brossa son jean et se dirigea vers la porte, devant laquelle elle s'arrêta.

―Ah. La lumière.

Elle revint en arrière et se pencha pour appuyer sur le bouton de la petite lampe de bureau.

Le bureau plongea complètement dans l'obscurité et les yeux de la procureur Yoo s'écarquillèrent démesurément pour la deuxième fois de la journée.

Le visage de Min Tae-yeon brillait faiblement dans le noir.

―Ah !

Elle se retourna avec un petit bond en entendant la voix de Soon-Bum derrière elle.

Il était dans l'embrasure de la porte avec un bol sur un plateau et fixait la scène avec tout l'air d'un coupable pris en flagrant délit.

―Qu'est-ce que vous lui avez fait ? accusa Jung-In en pointant du doigt vers le bureau, si fébrile et si indignée qu'elle était dressée sur ses orteils. "Pas étonnant qu'il se balade en embrassant les gens sans raison ! C'est de la drogue ? Un guérisseur à l'ancienne qui vous a fourgué sa camelote ? Comment vous avez réussi à le convaincre d'avaler vos cochonneries ?"

― La politesse, Procureur Yoo, dit une voix calme qui la fit taire immédiatement.

Min Tae-yeon s'était réveillé et se redressait péniblement, ôtant ses pieds du bureau. Il réalisa que la veste qui le couvrait était celle du détective et fit le geste de se lever pour la lui donner.

Mais il n'acheva pas le mouvement.

― Restez assis, patron, ordonna Jung-In en appuyant légèrement sur ses épaules. "Soon-Bum, c'est quoi ça ?"

―Du… euh… du vin – chaud. Le docteur Jo l'a conseillé.

―Je me demande si ce n'est pas un charlatan, lui aussi, maugréa la jeune femme entre haut et bas. "Donnez-le lui, je reviens."

Elle quitta la pièce en trombe et les deux hommes échangèrent un regard.

―On n'est pas sortis de l'auberge, geignit le détective Hwang. "Je crois qu'elle est au courant pour ton… petit problème."

Min se contenta d'arquer un sourcil condescendant en prenant le bol fumant.

―Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en le humant.

Ses narines frémirent avec intérêt, malgré lui, et une lueur bleue scintilla au fond de ses prunelles.

―Pas d'la vinasse, c'est sûr, grogna son ami. "J'ai juste pensé que ça ne te ferait pas de mal de boire chaud, pour une fois."

―T'as passé le sang au micro-ondes ?

Le détective essuya quelque chose d'invisible au coin de sa bouche, en regardant ailleurs.

―Plus ou moins. Allez, glougloute.

Tae-yeon sourit. Il leva le bol et trempa ses lèvres dans la boisson d'un rouge sombre velouté.

Le liquide coula dans sa gorge, chaleureux, bienvenu, doux et épais, caressant ses crocs au passage, enveloppant tout son corps de bien-être.

Puis le bleu éthéré de ses yeux se teinta d'argent.

C'était presque la même sensation.

Ça n'avait rien à voir avec boire le sang gardé en chambre froide qui le maintenait en vie mais n'avait pas de goût ni de plaisir sous la langue.

Ce n'était pas non plus la souffrance métallique et acide qui courait dans son œsophage avec le sang refroidi des victimes, qui empoisonnait ses veines et éclatait dans son cerveau avec les derniers souvenirs d'un humain.

Mais c'était presque la même chose que de boire à même la peau le bouillonnement de vie écarlate qui jaillissait d'un corps en vie.

Min posa le bol sur la table d'un geste brusque.

―Tu n'aimes pas ? demanda Soon-Bum, un peu déçu.

Tae-yeon leva les yeux vers lui. Ses iris bruns, sincères, étaient remplis d'une crainte mêlée de tristesse.

―La dernière fois que j'en bu à cette température, c'était… dans le bar.

C'était celui de son ami, le docteur tombé derrière le comptoir, qui le suppliait de vivre et de s'échapper.

C'était la seule fois que le procureur s'était vraiment senti un vampire.

―Oh. Désolé, dit le bon Soon-Bum avec précipitation.

Min Tae-yeon sourit de nouveau.

―C'est pas ta faute, dit-il gentiment.

Le détective le considéra un moment sans rien dire, puis se gratta la pommette.

―Tu devrais sourire plus souvent, dit-il finalement. La sévérité te va bien, mais t'es quand même plus toi quand t'es… comme ça.

Le procureur rit franchement – puis se tut et reprit son air distant car Yoo Jung-In revenait dans le bureau.

―Bon, dit-elle avec son air décidé habituel, où est-ce qu'on en était ?

Soon-Bum se racla la gorge pour se donner le temps de trouver une réponse intelligente.

―Un coupon de réduction pour "La Luciole", dit Min Tae-yeon.

Le gros détective mit quelques secondes à comprendre, puis son visage s'éclaira.

―Oui, c'est ça.

―Et alors ? dit Jung-In en fronçant le nez d'un air perplexe. "Qu'est-ce qu'une entrée en boite de nuit a comme lien avec le meurtre ?"

Le procureur se redressa, attentif.

―Une boite de nuit ?

La jeune femme hocha la tête, étonnée par le changement d'attitude.

―Oui, elle vient d'ouvrir, le mois dernier. Elle est plutôt cool, en plein Gangnam.

―Tu as le temps d'aller en boite de nuit ? remarqua Min Tae-yeon en plissant ses yeux de chat comme s'il trouvait indécent le fait d'avoir une vie en dehors du travail et qu'il comptait y remédier.

Jung-In haussa les épaules.

―Une fois par mois, quand mon jour de congé n'est pas ruiné par un meurtre, je sors avec mes amis.

―Tu as des amis ? s'exclama Hwang d'un ton stupéfait. "Quand j'étais un bleu, j'étais trop occupé pour en avoir. Je passais mes dimanches seul, à rattraper sur le sommeil et la bouffe."

― C'était pas parce que vous étiez trop occupé, marmonna la procureur Yoo.

Seul Min l'entendit et il se permit un demi-sourire amusé avant de reprendre la discussion d'un ton plus sérieux.

La Luciole. Je dois voir cet endroit.

La jeune femme le toisa puis fit la grimace.

―Pourquoi ?

―La danse, c'est pas ton style, je dois dire, par contre, intervint Soon-Bum.

Il fronça les sourcils, irrité par leur lenteur à comprendre.

―Deux hommes rentrent chez eux tard dans la nuit, au petit matin. Les deux sont attaqués sans être volés, par deux personnes qui semblent être plus effrayées par eux qu'autre chose.

―On a retrouvé le deuxième suspect ? demanda Jung-In, surprise. "Je ne savais pas qu'il avait aussi un motif bidon."

Hwang sauva le procureur en éternuant bruyamment.

―Bref. Le docteur Jo pense qu'il s'agit d'un nouveau genre de drogue à base de luminol et que lorsqu'on l'absorbe on se met à briller pendant un certain temps. Une boite de nuit qui s'appelle la Luciole et qui vient d'ouvrir, deux victimes illuminées deux soirs de fin de semaine et un coupon d'entrée dans cette même boite… ça vaut le coup d'œil.

La jeune femme hocha la tête. Elle consulta sa montre.

―Okay. On y va, alors ? On a juste le temps de se changer et d'y aller pour faire l'ouverture.

Les deux hommes échangèrent un regard.

―Quoi, on ne va pas y aller habillés comme ça ? C'est du travail de couverture, non ? insista-t-elle.

Min se détendit et un rire silencieux courut sur ses épaules.

―Bien sûr, Procureur Yoo.


Ils se retrouvèrent à l'entrée de la boite de nuit, sur les marches de granit noir qui menaient à la grande porte vermeille.

Min ne fit aucune remarque, mais Soon-Bum applaudit d'un air réjoui en voyant la jeune femme sortir du taxi en mini-jupe, ses cheveux bruns en boucles soyeuses sur les épaules. Elle était petite, mais elle avait de jolies jambes galbées par ses talons effilés et le tintement continu des bracelets lui donnait un côté sexy qu'elle n'avait pas lorsqu'elle travaillait en costume avec les trois autres.

Elle détailla leurs tenues à travers ses cils noirs et épais, puis tiqua en prenant un air découragé.

― Hwang Soon-Bum. Vous partez en week-end chez Mère-Grand ?

―Pas du tout !

Min Tae-yeon jouait avec son briquet pour se donner une contenance et ne pas rire - par solidarité pour Soon-Bum.

La veste bleue layette, la chemise à petits carreaux beiges et les chaussures blanches pointues de mafioso de son ami lui avaient aussi fait lever les yeux au ciel un peu plus tôt.

―Bah. Je suppose qu'on peut rien y faire, soupira Jung-In. "Patr… Min Tae-yeon, passable."

Il arqua un sourcil, pris au dépourvu d'être évalué.

―Hein ?

― Enlevez-moi ces lunettes de soleil, on n'est plus à l'ère des dinosaures.

Elle les prit chacun par un bras et les entraina vers la porte où le vigile les arrêta avant qu'ils ne puissent faire un pas sur la moquette rouge du hall d'entrée.

―Non, dit-il de la voix enrouée d'un gorille dressé à interagir avec les humains.

―Ils sont avec moi, protesta joyeusement Jung-In.

― Pas. Lui.

Et la masse de chair et d'os écarta résolument Soon-Bum.

― C'est de la discrimination ! piaula le détective.

―Non. C'est. Fashion. Pas. Toi, dit l'hercule d'un ton sans appel.

Min Tae-yeon inclina le menton.

―On se retrouve à la voiture dans une heure, souffla-t-il à mi-voix avant de suivre la procureur Yoo à l'intérieur.

Le détective resta sur le trottoir, déception inscrite partout sur son visage pataud.

― Par ici ! appela la jeune femme en faisant signe à son chef qui se frayait un passage entre les danseurs.

Il y avait déjà plus de monde que la sécurité ne l'autorisait, analysa brièvement le vampire, tout en prenant de rapides notes mentales sur la disposition des lieux, les visages qu'il apercevait dans les éclats de lumière colorée, les voix qui surgissaient du brouhaha de la musique et de la fumée.

Les corps pressés les uns contre les autres, les bras qui balançaient, des talons et des semelles agrippés au sol éblouissant de paillettes. L'odeur de la transpiration, des parfums et de l'alcool, un mélange capiteux qui d'ordinaire n'avait pas d'emprise sur lui mais qui semblait soudain un peu étourdissant.

Il pila.

Sur la piste, Jung-In croquait une olive à belles dents, en riant, tout en ondulant en rythme avec la chanson, sans même sembler s'apercevoir qu'elle bougeait et que ses cheveux valsaient autour d'elle…

Il secoua la tête pour se réveiller et s'approcha.

―Yoo Jung-In ! dit-il en la saisissant par le bras. "Nous sommes là pour travailler" siffla-t-il.

Elle fit la moue.

Quelque chose brillait au-dessus de son œil droit, terriblement fascinant. Elle avait quitté sa veste quelque part et de si près, c'était presque difficile de ne pas laisser ses yeux glisser sur l'épaule satinée vers les courbes du décolleté de la robe noire étroite…

Il frissonna et recula, furieux du dérapage de ses pensées. Elle ne s'en aperçut pas.

―On danse ? Si vous restez planté comme ça, nous aurons l'air louches et nous ne pourrons pas rassembler d'information.

Ses dents blanches comme de petites perles, le coin ourlé de ses lèvres roses et la chair délicate de son cou tendu…

Elle était si pleine de vie.

Si tentante.

Min glissa la main dans la poche de sa veste et serra le poing, espérant se réveiller.

―Danser, répéta-t-il de son ton sévère habituel.

―Oui, rit-elle.

Il voyait bien qu'elle observait les gens et les lieux tout en lui parlant et qu'il ne pouvait pas l'accuser d'être négligente. Celui qui n'était pas concentré, c'était lui.

―Danser.

Il attendit que l'introduction de la chanson suivante se termine, puis esquissa un mouvement en rythme avec la musique.

Étonnamment, ce n'était pas aussi difficile qu'il y paraissait.

Ses pieds bougèrent seuls et ses mains se délièrent un peu. Son menton suivait la mélodie sans hâte, élégant et énergique.

Il n'avait jamais pris le temps de se détendre, de danser ou de boire et chanter avec des amis.

Il n'avait jamais eu d'amis.

Il avait toujours travaillé, travaillé, travaillé. Pour son examen du barreau, pour s'occuper de sa petite sœur, pour retrouver le meurtrier aux dents de vampire, pour chasser derrière le monstre à la capuche.

Hwang Soon-Bum était son seul ami et il ne l'était devenu que parce que l'humain Min Tae-yeon était mort et avait laissé place à un vampire qui avait besoin de se raccrocher aux vivants.

Hum.

Peut mieux faire, mais c'est mignon.

Yoo Jung-In pencha la tête de côté avec indulgence, en soufflant sur la longue mèche de cheveux qui lui retombait sur l'œil.

Pendant quelques fragiles secondes, le monde entier se figea et sur la piste de danse baignée d'une clarté bleue, il n'y eut qu'une jeune femme qui ne comprenait pas qu'elle était amoureuse et un vampire qui ne savait pas qu'il avait encore le droit d'être humain.

Puis le moment de grâce se brisa.

―Oppa, je me suis coupée, pleurnicha une fille derrière le procureur.

La fragrance fraîche et enivrante remplit ses narines si vivement qu'il crut défaillir. Il tourna la tête. Son cœur s'accéléra et ses yeux se mirent à brûler. Il chercha ses lunettes de soleil dans la poche de sa veste, les enfila très vite, presque inconsciemment.

Des gorges. De la peau, partout, comme une ronde infernale, des pommes d'Adam qui ondulaient, des cous offerts, dégagés, miroitant à la lueur des spots.

Il était glacé.

Il ferma les yeux, désespérément, clencha ses mâchoires si fort qu'elles lui firent mal.

Ses crocs luttaient sous l'émail, puissants, impérieux, et l'appel du sang fusait dans ses veines en conquérant, en dictateur, en…

―Min Tae-yeon ?

Il sursauta lorsque la petite main se posa sur sa manche, ouvrit les yeux.

― Ça ne va pas ?

Il secoua la tête, avala sa salive avec difficulté en évitant de la regarder.

―Je ne me sens pas très bien, haleta-t-il.

Elle posa sa paume sur son front.

―Vous avez de nouveau de la fièvre. Je vous ramène à la voiture.

Il voulait protester "l'enquête, nous n'avons pas fini", mais le désir de plonger ses crocs sous l'oreille délicatement dessinée de la jeune femme devenait de plus en plus insupportable.

Il acquiesça silencieusement et se laissa entraîner.

Yoo avait connecté son portable et se frayait un passage dans la foule en parlant très près de l'écran.

―Sa Majesté le Patron ne supporte plus le contact de ses sujets, je répète, SMP retourne au nid. Terminé.

― SM quoi ? craqueta la voix interloquée de Soon-Bum au bout du fil.

― Laisse tomber. Je te retrouve à la sortie de secours

Ils émergèrent en haut de l'escalier et Min Tae-yeon se laissa aller avec soulagement contre l'épaule du détective, en aspirant l'air froid et pollué de la rue à grandes goulées. Il était à deux doigts de perdre connaissance et de le regretter toute sa vie.

J'aurais pu tous les tuer.

Jung-In adressa une moue moitié inquiète moitié résignée à Hwang.

― Tu t'occupes de lui. J'y retourne, la soirée n'est pas finie.

― On se tutoie, maintenant ? dit le détective en rigolant.

La jeune femme rit aussi.

― Dans tes rêves, Lieutenant, lança-t-elle en retournant à l'intérieur.

La porte retomba contre le mur et la musique qui s'en échappait redevint un rythme sourd et lointain.

Hwang porta plus qu'il ne soutint le procureur jusqu'à la voiture. Il le posa sur le siège passager puis fit le tour pour venir s'asseoir côté conducteur.

―C'était chaud, hein ? commenta-t-il en claquant la porte.

Min lui adressa un coup d'œil épuisé et ne réussit pas à rire.

―A la santé de l'infatigable Miss Corée des Enquêtes Spéciales – et sexy aussi ! houh, gloussa le détective en lui tendant un bouteille de bière dans laquelle il avait planté une paille.

Des gouttes glissaient encore sur le goulot tant elle était glacée. Mais elle contenait du sang, pas de la bière, bien sûr.

― J'ai une petite glacière dans le coffre, expliqua Soon-Bum en sirotant sa propre briquette de jus de grenade. "J'suis devenu prévoyant. Mais faudra pas que la p'tite se mêle de fouiner. Tu aimes, la bouteille ? Je me suis dit qu'on pouvait se permettre un peu de fantaisie, vu qu'on sortait. Ça change de tes verres à pied huppés."

Il se dandina avec jovialité.

Min Tae-yeon but avec reconnaissance puis réussit à sourire de la façon moqueuse et affectueuse qu'il avait avec son ami.

― C'était quoi, ça, à l'instant ? Le Gangnam style ?

― Oppa-aa, comment t'as deviné ? couina le détective en battant des paupières.

Le procureur pouffa derrière la bouteille et son ami continua à faire le pitre, satisfait.

Si ça continue comme ça, on va te récupérer à la petite cuillère à la fin de cette enquête… qu'est-ce que c'était, cette fois ? Tu as l'air épuisé… mon vieux Soon-Bum, tu dois faire quelque chose… tu ne peux pas le laisser tout porter…

La portière s'ouvrit à l'arrière et Yoo Jung-In se faufila à l'intérieur.

―Eh ben, y'a de l'ambiance, ici, dit-elle. Je vous ai pas trop manqué ? Sortez les crackers et le soju, j'ai une piste.

― Ah ouais ? demanda Hwang en réglant le rétroviseur pour la regarder.

―Dans une des pièces du premier étage, vous pouvez vous faire injecter avec un genre de stimulant qui est le dernier truc en vogue. Je ne pouvais pas en ramener un échantillon sans me faire repérer alors j'en ai pris.

Min Tae-yeon se redressa en réalisant que Hwang Soon-Bum ne bougeait plus, les yeux écarquillés, et se pencha pour jeter un coup d'œil entre les deux sièges.

Il gonfla ses joues et respira profondément.

―J'imagine que c'est pour ça que vous êtes maintenant lumineuse comme une… luciole.

―Ouaip, avoua Jung-In, l'air soulagé qu'il ne se mette pas en colère. "Je me suis dit qu'on pourrait au moins faire des tests. Et puis j'ai aussi vérifié. Nos deux victimes sont bien venues et ont aussi été injectées avec le luminol les soirs de leurs morts.

―Bon travail, procureur Yoo, dit Tae-yeon.

―C'était… lumineux, comme idée, ajouta Soon-Bum en s'étranglant de rire.

Min lui lança un regard meurtrier.

―N'essaie même pas. Si tu tentes ne serait-ce qu'un début de blague basée sur la lumière, je demande ton transfert vers une autre unité. Compris ?

―C'est très clair, patron.


A suivre...