Note d'auteur : Merci beaucoup à Destrange pour sa review sur le chapitre précédent !
Celui-ci n'est publié qu'aujourd'hui car j'ai eu un petit accident impliquant un verre d'eau et mon PC, après quelques jours de panique j'ai récupéré mon chouchou en parfait état et sans aucune perte de données, donc je peux vous publier la suite. :)
Au programme, une petite explication avec Luna, une rencontre avec Daphné et quelques (petites) avancées sur le remède ! Je vous souhaite une bonne lecture, et on se retrouve en bas. :hug:
À la première heure le lendemain matin, Tracey et Théo se retrouvèrent devant le pavillon de Luna. Ils se comportèrent comme d'habitude l'un avec l'autre, pourtant, quelque chose semblait différent. Leur relation avait changé. Les confidences de la nuit dernière les avaient imperceptiblement rapprochés, bien que Tracey feigne toujours l'énervement à cause de l'inadvertance de Théo.
— J'espère pour toi qu'elle accepte au moins de nous ouvrir, persiffla-t-elle. Sinon…
— Oui, j'ai bien compris, soupira-t-il. Tu me feras subir les pires tortures et je mourrai dans d'atroces souffrances.
Il roula les yeux au ciel avec un léger sourire. Tracey eut un reniflement agacé, mais il perçut très bien l'amusement dans son œil. Ce bref moment de complicité suffit à lui redonner un peu de courage. Il frappa franchement contre le panneau de bois, une boule dans la gorge. Il se souvenait encore du regard implacable de Luna sur lui la dernière fois qu'il l'avait vue. Et de son ton inflexible. Il avait perdu le peu de confiance en lui insufflé par Tracey lorsque l'ancienne Serdaigle vint ouvrir la porte.
Elle se figea sur le seuil et le fixa un long moment. Un très long moment. Ses yeux ne dévièrent pas une seconde vers Tracey à ses côtés. Elle ne regardait que lui, avec une déception telle qu'il se sentit honteux.
— Salut, Luna, finit-il par dire d'une voix rauque. On peut entrer ?
Elle ne répondit pas, la main sur la poignée et l'air tout aussi grave. Tracey, que ce silence commençait à irriter, s'avança d'un pas.
— Tu dois sûrement être encore en colère après lui pour t'avoir menti et je le conçois, mais ce serait plus agréable d'en parler à l'intérieur.
Toujours sans un mot, Luna leur ouvrit plus largement la porte, et ils la précédèrent jusqu'au salon. Mal à l'aise, Théo se voûta inconsciemment, les mains au fond des poches. Il ne savait comment interpréter ce manque total de réponse. Lovegood n'était pas du genre à entrer dans des crises de colère phénoménales, mais il n'avait aucune idée de son tempérament. Était-elle du genre rancunier ? Ou plutôt indulgente ?
Elle était face à lui, l'air interrogateur, attendant qu'il ouvre de nouveau la bouche. Théo fut tenté de se tourner vers Tracey pour qu'elle vienne à son secours, mais il se retint. Il savait qu'elle ne l'aiderait pas, c'était à lui de le faire. C'était lui qui avait commis une erreur. Alors il prit une profonde inspiration et se jeta à l'eau.
— Je suis désolé, lança-t-il d'un ton un peu précipité. Je n'aurais jamais dû te mentir.
— Non, tu n'aurais pas dû, dit enfin Luna en croisant les bras.
— Je sais que ce n'est pas une excuse, mais je ne te connaissais pas avant. La seule image que j'avais de toi était cette héroïne de guerre, amie de Potter, qui forcément ne pouvait que haïr les gens comme moi. Les Serpentard, enfants de Mangemort, peu impliqués dans la guerre, ou alors dans le mauvais camp. Je pensais même que tu nous claquerais la porte au nez sans nous écouter, au début.
— Pourtant je vous ai accueillis chez moi, dit Luna d'un ton neutre. Je vous ai écouté, je vous ai montré mes résultats. J'ai accepté de vous aider alors même que vous vous étiez moqués de l'une de mes théories. Et maintenant je découvre que vous m'avez dissimulé l'identité même de notre patient. Comment suis-je supposée réagir ?
À ces mots, Théo se sentit plus honteux encore si cela était possible. Incapable de soutenir son regard, il baissa les yeux. Elle n'était pas froide ni tranchante, juste douloureusement directe et franche.
— Tu as raison, soupira-t-il. Et on ne mérite même pas de se tenir ici aujourd'hui pour tout ça. Sache juste qu'on s'en veut beaucoup.
Tracey s'éclaircit bruyamment la gorge et il rectifia de lui-même en réprimant un sourire, sachant que cela ne serait pas forcément bien pris au vu des circonstances.
— Je m'en veux beaucoup. C'est moi qui aie pris la décision de te cacher l'identité d'Astoria car j'étais persuadé que tu ne voudrais pas nous aider si tu savais qu'il s'agissait de la femme de Drago. J'ai eu tort et je m'en excuse. Je sais aujourd'hui que tu n'es pas ce genre de personnes et que tu as un grand cœur. Que la vérité t'est très importante. Alors voilà ma vérité, Luna. J'ai appris à te connaître ces dernières semaines et à t'apprécier. Plus que ce je n'aurais cru cela possible quand nous étions à Poudlard. J'espère que tu me pourras me pardonner car tu es devenu quelqu'un d'important pour moi. Et je te promets que si tu m'accordes de nouveau ta confiance, je ne la trahirai plus.
Luna le fixa sans un mot durant un long moment, manifestement émue, déstabilisée par sa déclaration. Théo ne lâchait plus son regard, tentant de faire passer par ses yeux toute la conviction de ses propos. Ce fut Tracey qui finit par rompre le silence. Elle s'avança d'un pas et s'éclaircit de nouveau la gorge, attirant l'attention de Luna.
— Et à cela, j'ajouterai qu'on a vraiment besoin de toi. On a commencé tous les trois, on doit finir tous les trois.
— La vie d'Astoria en dépend, je sais, chuchota Luna.
Elle ferma les yeux un instant, inspira profondément, puis souleva de nouveau les paupières. Elle posa sa main sur l'épaule de Théo, le faisant tressaillir. Ses prunelles claires plongèrent dans les siennes, semblant le sonder jusqu'aux tréfonds de son âme.
— Je te pardonne, Théodore, mais tu dois me promettre de ne plus jamais me mentir. L'honnêteté est trop importante pour être piétinée. Surtout dans ce genre de cas.
— Promis, affirma-t-il avec force une nouvelle fois. Je te le jure.
— Et je crois bien que je t'apprécie, moi aussi. Tu es bien plus aimable que Tracey.
— Je suis là, grinça l'intéressée.
— Je sais.
La franchise désarmante de Luna fit sourire les deux anciens Serpentard. C'était plus fort qu'eux. Cette fille était attachante malgré toutes ses excentricités. D'ailleurs, n'obéissant qu'aux pensées qui virevoltaient dans sa tête, la jeune femme quitta brusquement la pièce, les laissant un instant interloqués. Ils la suivirent avec un temps de retard dans la dépendance où se déroulaient ses expérimentations.
— Théo et Tracey sont de retour Rusard, alors soit gentil, l'entendirent-ils dire d'une voix sereine lorsqu'ils entrèrent dans la pièce principale.
L'endroit était vide de tout chaudron fumant. En revanche, les nombreuses tables étaient recouvertes de piles entières de grimoires aux pages jaunies et de parchemins recouverts de notes et gribouillis. Elle semblait avoir fait un travail de recherche assez conséquent.
— Vous tombez bien, leur dit-elle. J'ai justement eu une idée hier soir sur certains ingrédients pouvant être intégrés à la potion remède.
Elle fouilla un instant dans le capharnaüm qui l'entourait, jusqu'à dénicher ce qu'elle souhaitait. Une feuille volante recouverte d'à peine quelques mots. Elle la tendit à Tracey, qui haussa un sourcil surpris.
— Ce ne sont pas… des constituants habituels pour un philtre, fit-elle prudemment remarquer.
— Parce que ce sont des composants rares, affirma Luna. Ils ont été utilisés plusieurs fois, pourtant. J'ai toute la documentation nécessaire ici, si tu veux.
Elle l'emmena vers une énorme encyclopédie qui rendait Théo somnolant rien qu'à la regarder. Pourtant, Tracey s'y pencha avec curiosité et les deux femmes passèrent les minutes suivantes à échanger des théories, parlant propriétés, adjuvants et catalyseurs. Il n'y comprenait strictement rien. Pensivement, il se saisit de la courte liste effectuée par Luna. Deux ingrédients avaient été soulignés plusieurs fois, dont elle était justement en train de parler à Tracey.
— La pierre de lune est symbole de rééquilibrage émotionnel. Si, comme je le suppose, la maladie a été déclenchée par une forte émotion, cela ne peut qu'être bénéfique.
— Certes, mais je ne vois pas comment l'introduire dans le mélange, objecta Tracey, dubitative.
— J'avais pensé à une poudre, ou éventuellement des copeaux râpés.
— Oui, peut-être que ça pourrait marcher… Par contre, cette histoire de jus de grenade… Excuse-moi, je ne remets pas ta parole en doute, mais il s'agit d'un élément des plus banals. Comment pourrait-il avoir le moindre effet sur une maladie génétique ?
— Les grenades doivent être cueillies à la pleine lune et doivent obligatoirement provenir de Turquie. Le sol là-bas a une puissance magique très riche qui est transmise aux fruits.
— C'est vrai que combiné au sang de Salamandre, ça pourrait donner un résultat intéressant…, avoua Tracey d'une voix pensive.
Luna, curieuse, lui posa aussitôt des questions, et la Potionniste lui présenta ses propres résultats. Théo ne put s'empêcher de sourire discrètement en les voyant coopérer ainsi. Lorsqu'elles réfléchissaient au souci et travaillaient sur une solution, elles en oubliaient toute animosité. Luna n'était plus cette fille rêveuse, tête en l'air ou perdue. Tracey n'était plus sèche ou sur la défensive. Elles étaient concentrées, sérieuses, déterminées. Il se savait plutôt inutile, mais il était heureux de savoir que c'était grâce à lui qu'elles étaient toutes les deux réunies, désespérées de trouver une solution pour Astoria.
Il reprit contact avec la réalité lorsqu'il entendit son nom.
— Oui, s'il y arrive, ça pourrait donner le résultat espéré, approuvait Luna.
— Si j'arrive à quoi ?
— Trouver comment combiner les runes à la potion, répondit Tracey.
— Je dois encore faire pas mal de recherches, et tester ensuite selon vos différents échantillons.
— Le problème, grimaça son ancienne camarade, c'est qu'on a peut-être une idée des différents composants, mais on ne sait pas du tout sous quel forme ni dans quel ordre les introduire.
— Et il nous en manque certainement quelques-uns, ajouta Luna d'une voix sereine.
— On peut peut-être tout de même faire des essais avec ce qu'on a maintenant ?
— Excellente idée, mais pas aujourd'hui.
— Non ? releva Théo, surpris. Le temps presse…
— Oui, Astoria n'en a plus pour très longtemps, appuya Tracey. Si on ne commence pas maintenant, toutes nos recherches et réflexions n'auront servies à rien.
— Elles serviront à tous les autres qui seront atteints de la maladie plus tard, répliqua Luna d'une voix douce, accompagnée d'un sourire. Je veux juste vous demander une faveur avant. Maintenant que je sais pour qui ce remède est adressé, j'aimerais la rencontrer.
Il y eut un instant de silence. Théo se figea, peu sûr d'avoir bien compris.
— Tu veux dire que tu veux…
— Voir Drago et Astoria Malefoy, oui, approuva l'ancienne Serdaigle, toujours aussi calme. Pour leur parler. Il est toujours plus facile d'échanger avec le patient pour mieux cerner sa maladie.
— On sait très bien quelle est sa maladie, répondit Tracey d'un ton légèrement agacé. Aller la voir nous ferait perdre un temps précieux et…
— Allons-y, la coupa Théo. Pars devant pour les prévenir, je te rejoins tout de suite. Daphné doit être là-bas aussi.
Tracey le fusilla du regard mais il ne fléchit pas. Elle transplana sans un mot de plus, l'air furieux. Théo espérait de tout son cœur qu'elle soit effectivement allée au manoir, et pas chez elle. Luna lui adressa un sourire reconnaissant.
— Merci, c'est gentil.
— C'est le moins que je puisse faire. Par contre… Je n'ai pas dit à Drago ce que nous tentions de faire. Je ne veux pas lui donner de faux espoirs, tu comprends ?
— Parfaitement. Je n'aurais qu'à dire que je viens pour répondre à une interview de Daphné. Elle est journaliste, n'est-ce pas ?
Théo acquiesça, surpris qu'elle s'en souvienne. Il ne l'avait mentionné qu'une seule fois, au tout début de leurs rencontres. Estimant que Tracey avait eu assez de temps pour prévenir Daphné, il tendit sa main à Luna.
— Prête ?
Elle se contenta d'un sourire et glissa sa fine main blanche dans la sienne. Assurant une poigne ferme, Théo pivota sur lui-même et disparut. Ils réapparurent à des kilomètres de là, devant le manoir Malefoy, tout aussi vaste et impressionnant que lorsque les parents de Drago habitaient là. Peut-être le jardin était-il un peu plus à l'abandon ces derniers temps et la façade peinte en plus clair un peu plus harmonieuse, mais les changements étaient minimes. Théo ne savait pas comment faisait son ami pour continuer de vivre ici, alors même que le Lord Noir en avait fait son quartier général. Drago soutenait que le lieu lui rappelait sa mère décédée, un souvenir dont il ne parvenait pas à se détacher, mais il ne comprenait quand même pas.
À ses côtés, Luna fut prise d'un frisson lorsque ses yeux se levèrent sur les murs épais percés de hautes fenêtres. Théo vit une douleur passer dans ses yeux, fantôme d'une ancienne peine bien plus grande.
— Tout va bien ? demanda-t-il à voix basse.
— J'ai été amenée ici pendant la guerre, répondit Luna, d'une douceur incompatible avec la teneur de ses propos. J'ai passé plusieurs semaines au sous-sol. Avec Mr Ollivander. C'est Harry, Ron et Hermione qui nous ont libérés. Avec l'aide de Dobby. Un Elfe de Maison. Il est mort en nous aidant.
La tristesse infinie dans sa voix lui prouva qu'il n'était pas le seul à ne pas avoir complètement tourné la page. Comme disait Tracey, certaines plaies ne pourront jamais se refermer complètement. Chacun avait un jardin secret qu'il protégeait avec pudeur. Il était touché qu'elle lui ait fait cette confidence. Qu'elle lui fasse toujours confiance, même après son mensonge.
— Je suis désolé, murmura-t-il maladroitement.
Il n'avait jamais été très doué pour réconforter les gens et il espérait fort qu'elle n'attendait pas quelque chose de sa part.
— C'est loin, maintenant, soupira-t-elle avec mélancolie. Je ne pensais juste pas que ce serait aussi douloureux. Allons-y.
Ce fut elle qui frappa contre la porte d'entrée, bien qu'elle paraisse encore hantée par ses mauvais souvenirs. Théo la couva d'un regard inquiet qu'elle ignora, ses yeux clairs fixés sur le bois qui lui faisait face, pleine d'attentes. Son calme apparent ne le convainquait pas. Merlin seul savait ce qu'elle avait subi ici une dizaine d'années plus tôt. Ce genre de traumatismes ne disparaissait pas en un claquement de doigts et malgré le temps écoulé, revenir sur les lieux ne devait pas être facile pour elle.
Daphné vint leur ouvrir, un sourire aux lèvres qui ne parvenait pas à cacher son épuisement.
— Bonjour vous deux ! Et bienvenue, Luna. Tracey m'a prévenue que vous veniez.
Elle s'écarta pour les laisser passer. Théo vit l'ancienne Serdaigle hésiter un instant, avant de franchir le seuil avec un tressaillement. La gorge nouée, il la suivit dans le couloir jusqu'au petit salon, Daphné sur leurs talons.
L'endroit avait été entièrement redécoré par Astoria lorsqu'elle était arrivée au manoir. Clair, lumineux, spacieux, il sembla rassurer Luna. Ou en tout cas, éloigner momentanément les mauvais souvenirs. Tracey était déjà assise dans une des causeuses, une tasse de thé encore pleine devant elle.
— Tu sais, les petits gâteaux ne sont pas empoisonnés, lui fit remarquer Daphné en la rejoignant.
— Je t'ai déjà dit que je n'avais pas faim.
La journaliste leva les yeux au ciel devant la sécheresse de son ancienne camarade, avant de décider de l'ignorer purement et simplement.
— Où est Drago ? demanda Théo avec prudence.
— En haut, il essaye de persuader Scorpius de faire une sieste.
— J'aimerais pouvoir échanger avec Astoria, intervint soudain Luna d'une voix claire.
Un instant déstabilisée par la brusque demande, Daphné se ressaisit vite. Elle leur tendit à tous deux des tasses de thé et esquissa un sourire.
— Je suis désolée mais ce ne sera pas possible aujourd'hui. Elle est très faible et assommée par son traitement. Elle est en train de dormir.
Luna hocha le menton, comme si cela n'avait pas d'importance, puis croqua dans un des petits gâteaux.
— Très bon, approuva-t-elle, ils ont le même goût que les croquettes de Rusard.
Théo ne put retenir un rire devant l'air figé de Daphné face à cette déclaration. Il tenta de le camoufler en une toux qui ne trompa personne. Tracey aussi esquissa un sourire en se cachant derrière sa tasse. Luna, elle, se pencha vers Théo d'un air inquiet.
— Tu as avalé de travers ?
Cela ne fit que redoubler son hilarité. Il n'eut heureusement pas à répliquer. La porte s'ouvrit sur Drago, dont les traits fatigués lui serrèrent le cœur. Il se rappela soudainement d'Astoria qui se mourait un étage au-dessus de leurs têtes et son rire mourut dans sa gorge. Il se leva immédiatement et rejoignit son ami en quelques pas.
— Comment est-ce que tu te sens, mon vieux ?
Une ébauche de rictus se dessina sur ses lèvres à l'utilisation de l'ancien surnom qu'utilisait surtout Blaise quand il avait envie de l'agacer. Maintenant qu'il était plus proche de lui, Théo voyait réellement ses yeux hantés et son teint cadavérique. C'était comme s'il dépérissait avec sa femme. Sa résolution n'en fut que renforcée. Raison de plus pour se battre jusqu'au bout. Il n'avait jamais été aussi difficile pour lui de garder un secret. Il avait tant envie de lui parler de ses avancées, qu'il y avait encore un espoir pour sa famille.
— Je vois que nous avons des invités, répondit Drago, éludant la question.
Ses yeux s'attardèrent sur Tracey et Luna. La première le fixait avec son animosité naturelle, la seconde avec une curiosité qui lui était caractéristique.
— Je peux savoir ce que Lovegood et Davis font dans mon salon ? chuchota-t-il plus bas, ne s'adressant qu'à Théo.
— Je rédige un article sur les sorcières qui ont marqué l'histoire ces dernières années, lança Daphné avec un sourire éblouissant, absolument convaincante. Luna et Tracey ont gentiment accepté de venir ici pour que je les interviewe.
Drago sembla accepter l'excuse et hocha le menton d'un air peu concerné. Déjà, ses pensées étaient ailleurs.
— Je vois. Amusez-vous bien. Je dois aller à Sainte-Mangouste voir la Médicomage d'Astoria. Par rapport à son traitement, on commence à manquer de potion calmante. Même si pour le peu d'effets que ça lui fait…
Il secoua la tête d'un air désabusé, les épaules voûtées, comme portant le poids du monde sur ses épaules.
— Tu veux que je vienne avec toi ? s'inquiéta aussitôt Daphné.
— Non, reste ici, fais ton interview. Scorpius dort. Si jamais il se réveille, dis-lui que je reviens très vite.
Il lui tendit le miroir à double-sens qui leur permettait de surveiller Astoria, puis tourna les talons après un bref hochement de tête à ses invitées. Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée claquait. Il y eut un long silence dans le petit salon, à peine brisé par le bruit des tasses de thé reposées sur leurs soucoupes. La vue de cet homme brisé les avait tous touchés.
— Harry avait raison, lâcha soudain Luna. Il a changé.
— On a tous changé, murmura Tracey.
L'ancienne Serdaigle acquiesça à cette phrase, pensive. Psychologiquement épuisé, Théo se rassit près de Daphné, encore déchiré d'avoir vu son ami dans un tel état.
— Il devrait prendre des philtres lui aussi pour dormir la nuit, marmonna-t-il. Je ne l'avais jamais vu aussi…
— Les potions n'ont aucun effet, lui dit Daphné d'une voix triste. Elles n'arrêtent pas les cauchemars.
— Il tient beaucoup à sa femme, fit remarquer Luna, le regard perdu au fond de sa tasse.
— A toute sa famille, corrigea doucement Daphné. Drago est un homme bien et il ne mérite pas de traverser ce genre d'épreuves, malgré tout ce qu'il a pu faire dans son passé.
— Je n'ai jamais dit le contraire.
— Je le sais. Je préfère le préciser quand même.
Les deux femmes s'affrontèrent du regard quelques secondes, puis elles esquissèrent au même moment de discrets sourires, alors qu'une certaine compréhension passait entre elles. Interloqués, Tracey et Théo échangèrent un bref coup d'œil dubitatif mais restèrent prudemment silencieux.
— Je ferai tout ce que je peux pour vous aider, dit enfin Luna. Je vous le promets.
Ces mots firent naître des larmes dans les yeux de Daphné. Une seconde plus tard, elle se levait et serrait l'autre dans ses bras, lui chuchotant des mots de remerciement à l'oreille. Luna lui rendit son étreinte sans crainte, sous le regard interloqué de Théo. Il n'avait jamais vu une scène si inattendue et improbable.
Suite à cela, le malaise entre eux sembla se briser. Daphné regagna sa place, essuya discrètement ses larmes et proposa une nouvelle tournée de thé que tout le monde accepta. Ils se mirent à discuter comme de vieux camarades, sans gêne aucune. Ils n'évoquèrent pas le passé, ni même l'avenir, trop incertain pour Astoria, mais ils parlèrent du présent, avec un naturel qui les surprit tous, bien qu'ils ne le montrent pas. Seule Luna semblait accepter la situation avec sa sérénité habituelle. Comme si elle s'était glissée dans leur cercle de la manière la plus naturelle possible.
Bien sûr, elle avait encore ses accès de folie douce qui les faisaient sourire mais dont ils commençaient à s'habituer. Des absences, des vérités franches qui pouvaient déstabiliser un instant, même en la connaissant. Néanmoins, ils purent échanger avec un calme qui les soulagea tous. C'était comme le calme après la tempête. La dispute oubliée, les ressentiments envolés, ils apprenaient à se découvrir les uns les autres.
Ainsi, Luna leur parla de son mari, Rolf, magizoologue passionné souvent parti en voyage aux quatre coins du globe pour se renseigner sur telle ou telle créature magique. Elle posa des questions curieuses à Daphné sur son métier, qui répondit avec enthousiasme. Tracey fut un peu plus réservée, mais même elle peinait à résister au charme unique et naturel de Lovegood.
— Tu es bien silencieuse, lui glissa Théo.
Il l'avait rejointe alors que Luna et Daphné étaient plongées dans une conversation des plus sérieuses sur les Ronflak Cornus, que Luna disait avoir découverts dans les pays nordiques.
— J'étais juste en train de me dire… Non, laisse tomber.
— Dis-moi.
— Tu ne penses pas qu'on a déjà assez partagé ?
— Justement. Je serais la dernière personne à te juger, tu ne crois pas ?
Tracey approuva la chose d'un sourire tordu. En l'épiant du coin de l'œil, Théo réalisa à quel point ces quelques semaines à ses côtés l'avaient changé. Aujourd'hui, son apparence ne le rebutait plus du tout. Il la trouvait même belle de nouveau. Cette beauté si particulière de ceux qui ont vécu l'horreur.
— Je me disais juste qu'en une après-midi elle a réussi à s'immiscer dans votre cercle restreint, chose que j'ai essayée de faire sans succès pendant plus de six ans.
Elle secoua la tête, semblant déjà regretter sa confidence et la pointe d'amertume dans sa voix.
— Laisse tomber, c'est ridicule.
— Non, ça ne l'est pas. Je ne pensais pas que cela te touchait autant, tu sais. À Poudlard tu étais si… indépendante.
— Un masque. Comme nous tous, non ?
— C'est vrai. On a été idiot de ne pas voir derrière les apparences.
— Vous êtes toujours idiots.
— C'est pour ça que tu fais partie de notre petite bande maintenant ?
—Tu sais très bien que ce n'est pas le cas.
Son sourire atténua grandement l'effet de sa dernière phrase. Théo leva les yeux au ciel, lui aussi un sourire au coin des lèvres.
— Si tu le dis.
Ce fut cet instant que choisit Scorpius pour jaillir dans la pièce telle une fusée sur ressorts, réclamant son père à grands cris. Il sauta dans les bras de Daphné avec une vivacité qui la fit rire. C'était pour eux le signal du départ. Après avoir plaisanté quelques instants avec le petit garçon, sauf Tracey qui se tenait prudemment en retrait, ils regagnèrent la porte d'entrée, Daphné sur leurs talons.
— Merci pour cette après-midi, leur dit-elle, rayonnante. Vous avez pu me changer un peu les idées.
— On reviendra vite, promit Théo.
Il la serra dans ses bras, savourant cette étreinte qui lui avait manqué. Elle se tourna ensuite vers Luna, dont elle prit les mains entre les siennes. Ce fut à cet instant que Théo nota un énorme changement. Il n'y avait plus de bague à son doigt. Il savait que c'était bête, mais cette nouvelle lui fit l'effet d'un coup de massue.
— J'aimerais tout de même voir Astoria pour l'examiner, disait Luna d'une voix douce. Quand elle sera dans un bon jour.
— Je te préviendrai, promit Daphné. À bientôt.
Elle se tourna ensuite vers Tracey, qui se contenta d'un signe de tête et descendit immédiatement les marches du perron.
— Toujours aussi aimable, soupira-t-elle.
La remarque arracha un rire un Luna, ce qui allégea un peu le cœur de Théo. Elle semblait en bien meilleure forme qu'au moment de leur arrivée. Comme si la présence de Daphné avait effacé ses craintes et sa peur. Lorsqu'elle rejoignit Tracey dans l'allée, Théo osa enfin aborder le sujet.
— Tu l'as enlevée, fit-il remarquer.
Sachant instinctivement de quoi il parlait, Daphné serra sa main nue contre son ventre. Elle n'avait pas l'air coupable pourtant. Juste extrêmement triste.
— Je suis en train de perdre Astoria, murmura-t-elle. Et ça m'a fait réaliser qu'il ne faut pas s'attacher au passé mais vivre le présent. Je ne veux pas avoir de regrets quand elle partira. Juste de bons souvenirs. Ça ne veut pas dire pour autant que je l'oublie. Il sera toujours avec moi. Toujours.
Son sourire mélancolique toucha Théo au plus profond de son âme. La gorge nouée, incapable de dire quoi que ce soit, il l'embrassa doucement sur la joue, cueillant une larme qui y roulait. Puis il lui pressa la main, fort, pour lui dire qu'il comprenait. Et il tourna les talons à son tour, tentant de contrôler les émotions qui l'étouffaient.
Lorsqu'il transplana, il sentit le regard de Daphné sur son dos. Ainsi que celui de Luna, interrogateur.
Et celui de Tracey, en colère, sans qu'il comprenne bien pourquoi.
Note de fin : Merci tout plein pour votre lecture, n'oubliez pas la petite review qui fait toujours extrêmement plaisir. ;)
J'espère avoir le temps de publier le prochain chapitre ce week-end et en attendant je vous souhaite à tous une très bonne fin de semaine ! A bientôt en review :hug:
