Joris fouillait dans l'armoire, dans la bibliothèque, dans toute la maison et pour cause, c'était l'heure du bain. L'un des moments les plus actifs de la semaine. En effet, Petite Terreur, renommée Céleste, détestait se laver. De ce fait, il fallait la dénicher de sa cachette, et la capturer avant qu'elle ne s'échappe. À chaque fois qu'on la trouvait, tout le voisinage était immédiatement averti car elle criait que c'était de la tyrannie et qu'un jour, le peuple se révoltera. Son surnom était connu avant son prénom. Petite Terreur était devenu son patronyme. Ce qui lui allait parfaitement et elle s'appliquait à respecter ce pseudonyme.
Un mouvement furtif indiqua au petit maître qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait. En un instant, il sauta près d'une poutre au plafond, et délogea Céleste, avant de la charger sur son épaule comme un sac à patate. Cela lui déplu et elle le fit immédiatement savoir :
« MAAIIISSS ! C'EST PAS JUSTE ! POURQUOI ?!
_ Car il faut se laver Céleste.
_NON ! MAIS LAISSEZ-NOUS VIVRE, NOUS, LES JEUNES !
_Un bain ne va pas te tuer.
_SI ! C'EST CERTAIN ! LÂCHE-MOI PAPA JORIS ! PAPYCHAAAA ! LUISSSS ! AU SECOURS ! J'VEUX VOIR MON AVOCAT !
_Je croyais que tu n'aimais pas ça.
_De quoi ?
_Les avocats.
_C'est pas gentil !
_C'est toi qui a demandé à en voir. Ce n'est pas une mauvaise idée. Ce soir, on mange des avocats.
_JE PORTE PLAINTE !
_Pour ?
_Bahh…
_Au fait Céleste.
_Quoi ?
_On est arrivé à la salle de bain. Déshabilles-toi pour te laver.
_NON !
_Céleste… Maintenant. »
Même une petite terreur savait quand s'arrêter. Et c'est avec une très mauvaise volonté qu'elle se lava. Un jour, elle deviendra présidente du monde et donc ne se laverait plus jamais de sa vie. Une fois le bain fini, elle se mit en pyjama et alla bouder dans sa chambre. Joris la regarda partir en secouant la tête. Cela faisait bientôt quatre ans que Céleste était devenue un membre de la famille. Quatre ans que c'était devenu le gros bazar. Au moins, elle avait cessé de grandir d'un coup et faisait désormais la même taille que tous les enfants Heavens âgés de quatre ans. Si depuis le début, le moment le plus difficile était sans nul doute celui du bain, le moment de dormir était aussi pas mal. Quand on arrivait à la faire rentrer dans sa chambre, elle n'y restait jamais. À peine avait-on fermé la porte, que la petite courait dans le couloir en direction de la cuisine. Alors on la ré-attraper et la mettait au lit. Et l'enfant recourait dans la maison sans que l'on sache comment elle faisait pour sortir de sa chambre. Luis devait très certainement l'aider. Le shushu aimait beaucoup la petite fille. Les raisons étaient nombreuses : déjà elle mettait de l'animation dans toute la maison, mais savait respecter la maison… la plupart du temps. Ensuite elle asticotait beaucoup Kerubim, que ce soit exprès ou non elle finissait toujours par l'embêter. Mais il y avait des améliorations ! Par exemple, elle avait arrêté de tout manger malgré le fait que quoiqu'elle avale, elle aura toujours faim. Quoi d'autre… Ah ! Quand ses griffes avaient poussées (Ndla : Je rappelle que c'est une Heavens et que ceux-ci ont des griffes), elle les faisait toujours partout. Ça aussi, elle avait arrêté… après la dix-septième fessée.
Mais il y avait aussi des moments de calme et de tendresse. Quand elle boudait, mais aussi comme Joris petit, quand elle écoutait les histoires de « Papycha ». Le matin, on la retrouvait parfois pelotonnée contre Jojo, Kerubim ou contre la porte. Il lui arrivait aussi d'être calme toute une journée. Toute une journée sans cri, sans course dans le couloir, sans caprice pour ne pas aller se laver, pour avoir encore à manger alors qu'elle avait dévoré son assiette (la nourriture et la gamelle), où elle passait sa journée à faire des câlins à Pupuce, à Crepin, à la porte (donc à Luis), où elle faisait des activités calmes. Toute une journée de tranquillité. On savait dès le matin si oui ou non ce serait une journée normale ou une journée calme. On n'a jamais su comment elle faisait, mais elle se réveillait TOUJOURS avant tout le monde, venait dans la chambre… et leur sautait dessus en criant pour les réveiller. Après elle courrait partout dans la maison en continuant de hurler tout et n'importe quoi, même si la majorité du temps, c'était qu'elle avait faim. Quand c'était une journée calme, Joris ou/et Keke se réveillaient seuls avec la petite dormant à côté de l'un ou de l'autre.
Il fut sorti de ses pensées par les coups sur la porte. Un serviteur du palais.
« Maître Joris, le roi réclame votre présence. L'heure est très grave.
_ J'arrive. »
Et il partit. Derrière la porte du couloir, une ombre regardait la scène avec tristesse. Papa Joris était encore parti. C'était parce qu'elle n'était pas sage ? Oui. C'est sûrement ça. Mais elle ne le faisait pas exprès ! Elle avait si faim… c'était une torture ! Et puis, elle voulait seulement être avec ses papas, donc quand elle faisait des bêtises ils venaient. Seul Luis le savait. Luis la comprenait tout le temps, il ne la grondait jamais, même quand elle faisait des grosses bêtises. C'est aussi pour ça qu'elle embêtait Papycha… ça faisait plaisir à Luis. Mais même quand elle voulait leur faire plaisir, il y avait toujours quelque chose qui ne marchait pas. Et ça aussi seul Luis le savait. Il ne la gronderait jamais car Luis est un shushu, et les shushus sont souvent méchant. Peut-être était-elle méchante sans le savoir.
Luis, qui regardait sa petite protégée attira son attention avant qu'elle ne pleure. Il n'aimait pas la voir pleurer.
« Céleste, vas dans ta chambre je vais te raconter une histoire. » Aussitôt, les yeux de la petite se mirent à briller avec autre chose que les larmes qui avaient failli tomber, et se précipita dans sa chambre.
Elle y arriva dans un temps record. Luis commença son histoire. Une des histoires qu'elle préférait. Celle de la vie du shushu. Cela faisait du bien de raconter son passé à quelqu'un que ça intéressait. Quand il finit, les larmes de la petite fille avaient disparu, et ses yeux ne brillaient que de passion. Pour l'histoire. Oui, il aimait vraiment cette enfant. Mais il la connaissait désormais assez pour dire que sitôt qu'elle serait sortie de l'histoire, elle recommencerait à être triste. C'est qu'elle était sensible sa Petite Terreur. Elle ne tarda pas à évoquer son inquiétude.
« Dis Luis… je suis méchante ou pas ?
_Pourquoi tu penses être méchante ?
_Parce que… Même quand j'essaye d'être gentille je fais des bêtises ! POURQUOI ?! C-c'est… pas... j-juste.
_ Ne pleure pas ma Petite Terreur ! Ma petite Céleste, tu n'es pas méchante. Pas du tout ! Crois-en l'expérience du vieux shushu que je suis. Tu es gentille, par exemple, si tu étais méchante, tu ne serais pas triste de penser que tu pourrais être le contraire.
_Mais je fais que des bêtises… mê-même quand j'veux p-pas en faire…
_Tous les enfants font des bêtises. Même les plus gentils.
_... Tu crois que papa Joris et Papycha, ils ne m'aimeront plus parce que je suis pas sage ?... Tu penses qu'ils ne m'aiment déjà plus ?!
_Non fillette. Pour eux, ça ne compte pas. Que tu sois sage ou pas, ils s'en fichent. Tu es notre Petite Terreur à tous.
_... Même à Pupuce ?
_ Même à Pupuce.
_ Et toi, tu m'aimeras toujours ?!
_Oui gamine. Ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Tu es chez toi dans cette maison. Si ce n'était pas le cas, je t'aurais déjà fichu dehors. Je l'ai déjà fait avec Papycha et papa Joris.
_C'est vrai ?!
_Bien sûr que c'est vrai. Tu veux que je te raconte ?
_OUI !
Et Luis raconta. Il raconta qu'ils avaient dormit dehors dans une tente. Ça la fit beaucoup rire. Après quelques histoires, Céleste s'endormit. Il était tard pour une petite fille qui avait pu échapper aux avocats. Sa Petite Terreur de quatre ans.
