Pas de deux.
Comment dire… c'est le début de la fin. Tous les personnages sont sur scène, et l'intrigue est ficelée. Reste le dénouement. Et là, j'avoue sans vergogne m'amuser comme une dingue ! Pardon de jouer avec vos nerfs, surtout après une si longue attente (le premier post remonte à… ouch… veux pas me souvenir !) Mais chut ! Je vous laisse lire maintenant.
- Je sais que ce que je vais dire n'est pas agréable Chang… les Prévenders… ils estiment qu'assister aux funérailles des Winner n'est pas indiqué. Cela risquerait de compromettre ta couverture.
L'expression de l'ancien pilote du Nataku se figea. Imperceptiblement, Sally vit sa mâchoire se crisper. Bientôt il grincerait des dents pour ne pas laisser éclater sa fureur. S'il ne se rendait pas à la cérémonie sur L4, comment témoigner son respect aux défunts ? Ceux qui s'y rendraient ne seraient jamais aussi proches d'eux que lui, leur frère d'armes !
- Ils ne peuvent pas exiger cela d'un civil ! riposta le lettré.
Sally retint un soupir devant la réaction de son mari. Elle reconnaissait le bien-fondé de ces objections, puisque elle-même les avait déjà formulées. Aussi le laissa-t-elle vider sa colère en silence. Celle-ci ferait moins de dégâts dehors que dedans.
Depuis quelques minutes, le couple déambulait dans Beihaï. Véritable havre de tranquillité à cette heure du jour, le parc pékinois offrait la sérénité de son lac d'argent bordé de petits jardins soigneusement entretenus. A quelques minutes des vestiges de la Cité Interdite, ces lieux de paix permettaient une escapade loin du tumulte de la capitale chinoise.
Un chat vint à leur rencontre et se frotta à la jambe de la jeune femme. Elle se pencha sur le félin pour le caresser. L'animal arrondit le dos sous sa paume tout en ronronnant. Elle fit remarquer d'une voix neutre, mettant à profit l'obligation somme toute humaine, même pour Wufei, de reprendre haleine:
- Légalement non : les Prévenders n'ont aucune autorité sur nous désormais. Tout comme moi, tu as maintenant un statut de Terrien civil et donc un visa spécial t'est nécessaire pour te rendre sur les colonies. Et même si sa délivrance ne dépend pas de leurs services…
Inutile de finir la phrase. Wufei savait que les différents services de sécurité terriens travaillaient le plus souvent main dans la main. Il avait œuvré lui-même à l'établissement de cette bonne entente pendant de longues années. Que les Prevenders demandent au bureau des transits de bloquer son dossier, et jamais l'ancien pilote ne pourrait retourner dans l'espace. Protéger leur ancien chef contre son propre gré… Malgré ces intentions d'apparence louables et raisonnables, Wufei se sentait trahit, frustré de son bon droit. Il serra les poings et, jurant entre ses dents, se raidit, tandis que Sally, en épouse diplomate, attendait qu'il se calma de lui-même, le regard perdus au milieu des nénuphars en fleur. Elle savait d'expérience que, tant que la veine de colère battrait sous les tempes de Chang, il n'y avait rien d'autre à faire.
Quel pouvait être l'objectif de ces trois sbires ? Ils pistaient le couple d'asiatiques depuis la fin des cours, sans pour autant chercher à les attaquer…Peut-être attendaient-ils une occasion plus favorable pour commettre leur forfait ? Ah moins que…si le but des assassins n'était pas le meurtre…
Ils nous cherchent, analysa Zech. Sans preuve de notre mort, nos ennemis se servent de Wufei comme d'un appât. Voilà qui mettrait monsieur le professeur dans une colère noire s'il venait à l'apprendre ! Ils sont loin de se douter que je poursuis le même but, mais avec beaucoup plus de finesse qu'eux. Ils sont si maladroits que je m'étonne de ne pas voir réagir leur proie. La vie d'homme marié aurait-elle eu des conséquences néfastes sur l'instinct de survie de ce pilote ?
C'était vraiment plus fort que lui : remettre en cause les compétences des anciens pilotes, en particuliers celles de Wufei, semblait être devenu un réflexe. A croire que ses propres et multiples défaites en temps de guerre n'avaient pas été assumées…
Mauvais perdant ! se moqua-t-il de lui-même. Noin a bien raison… et Treize avant elle ! Je me demande où ils en sont sur l'île…
Lorsqu'il les avaient quittés, ses proches achevaient de s'installer sur le refuge des Winner, et ils venaient d'affronter leur première intrusion aérienne. Yui s'était montré irréprochable, d'une efficacité parfaite…et presque effrayant de froideur.
En repensant à sa famille, Zech réalisa que l'heure de la prise de contact avec le site Bêta était passée sans qu'il se manifeste, contrairement à ce qu'ils avaient arrêté. Le jeune homme savait fort bien qu'ils ne pourrait les joindre de nouveau que dans douze heures, le système de communication pirate établi par Yuy nécessitant l'utilisation de plusieurs relais satellites, pour l'heure hors de portée. Les conditions présentes justifiaient amplement qu'il se permette cette entorse. Noin, et plus encore Réléna risquaient de prendre fort mal la chose.
Allons, se justifia-t-il en guise de répétition. Dans douze heures j'aurai bien plus d'information à communiquer au Site Bêta… voilà un mois que nous y sommes installés. L'urgence n'est plus la même que lorsque nous étions dans l'espace.
Le couple tournait maintenant le dos au lac, que désertaient les derniers promeneurs en barque. Pour avoir pris ses marques plus tôt dans la journée, le jeune homme reconnut la direction qu'ils prenaient :une allée bordée d'arbres imposants. A quelques minutes de sa fermeture, il n'y aurait pas grand monde…A part les chats peut-être…
- Comment les Prevenders ont-ils accueilli ta démission ? s'informa Wufei d'une voix égale.
Sally apprécia à sa juste valeur l'effort qu'il fournissait pour retrouver sa sérénité habituelle : contrôle du souffle, muscles détendus, ton calme…et un talent certain pour détourner la conversation sans avoir l'air d'y toucher ! Un cou d'œil aux tempes de son mari lui apprit que la veine reprenait peu à peu une apparence normale.
- Pas très bien, admit sa femme en lui prenant le bras pour appuyer la tête contre son l'épaule, bien décidée à entrer dans le jeu. D'autant qu'ils sont encore sans nouvelles d'Azran. Mais ils s'y feront…
Avant de quitter les berges du lac pour une allée plus tranquille, dont le gravier crissait sous leurs pas, le couple avait longuement observé un calligraphe à l'eau exercer son art sur les dalles de pierres. Les traits gracieux et éphémères avaient agi comme un baume sur la colère de l'ancien pilote.
- Tu sais déjà où tu veux ouvrir ton cabinet ? continua l'ancien maître de Nataku, gagnant un degré supplémentaire sur l'échelle de l'apaisement.
- J'hésite encore. Pour l'instant, je vais me permettre de jouer les femmes entretenues… tu as bien une série de conférences internationales prévue pour le second semestre ?
Chang eut un sourire triste, qui chassa momentanément sa rancoeur. Sally… la seule qui pouvait envisager l'étendue de sa peine. Tant qu'elle demeurerait à ses côtés, surmonter la mort de leurs amis proches, cette offrande rare du destin, lui semblait possible. Sous le prétexte de vouloir reprendre sa profession de médecin, elle venait de quitter l'unité des Prévenders dont elle était la cofondatrice, et qu'elle avait dirigé depuis son propre départ. En réalité, elle abandonnait sciemment une carrière prometteuse pour traverser l'épreuve avec lui. Pour une telle femme, éprise d'indépendance, ce geste n'avait rien d'anodin.
- Peut-être qu'ils me demanderont de changer de nom, comme toi, professeur Wu ! taquina-t-elle.
- Un nom n'est rien. Tant que nous restons nous-mêmes, ça n'a pas grande importance…Mais je me demande si tu as bien fait en les quittant…
Mariamaia prenait un peu ses distances, confiante: elle avait mémorisé le plan de ce parc avant son départ. Elle en connaissait par cœur toutes les allées, tous les bancs, tous les ponts suspendus. Du lac où des carpes à l'âge vénérable attiraient curieux et touristes que l'on pouvait traverser en barque, aux petites mares cachées au détour d'un chemin de gravier rouge. Elle connaissait même le détail des différentes essences d'arbres présentes ! Quatre, qui n'ignorait rien des goûts de ses anciens compagnons d'arme, lui avait décrit par le menu ceux de Wufei : en plus de la pratique régulière des arts martiaux, et des longues séances de lecture assorties à son nouveau statut universitaire, les promenades bucoliques faisaient partie de ses habitudes. La probabilité que le couple se rende dans cet espace vert afin de se détendre était donc très grande.
La rareté des promeneurs risquait pourtant de compliquer sa filature. Aussi laissait-elle se creuser l'écart entre le groupe d'assassins et elle. Après tout, Wufei Chang n'avait-il pas été un des meilleurs adversaires de son père ? Quatre mercenaires…le faible nombre des poursuivants constituait une réelle insulte. L'ancien pilote du Nataku n'avait rien d'une proie sans défense ! Et que dire de son épouse….
Moins de témoins représentait peut-être une aubaine d'un autre point de vue… si se dissimuler deviendrait plus difficile, l'élimination du grand brun au catogan en serait toutefois facilitée. Elle retint un sourire : oui, plus facile en tous les cas que de débarrasser Trowa de sa garde rapprochée la dernière fois! D'ailleurs, cette mission n'était guère éloignée de l'autre : le cadre, l'université, le pilote…
Tiens… ce n'est plus la figure de mode qui ferme la marche… remarqua-t-elle. Mais un des lourdauds de service. Etrange… auraient-ils décidé d'entrer en action ?
En effet, Lourdaud 1 se trouvait maintenant devant elle, la devançant dans le parc. Elle hésita un moment : fallait-il le dépasser, pour vérifier que les trois autres filaient encore Wufei, puis se laisser rattraper le plus naturellement du monde afin de reprendre sa place en queue de piste ? Rien de plus facile que de s'asseoir sur un banc, sortir son bloc-notes et feindre les étudiantes modèles…Facile, et sans danger pour la suite de sa mission.
Elle pressa donc le pas, farfouillant en même temps d'un air faussement afféré dans son sac. Elle s'offrit même le luxe de bousculer sa cible. S'excusant platement, elle en profita pour en mémoriser le visage.
Très quelconque finalement, songea-t-elle, vaguement déçue. Idéal pour un assassin ! On ne peut pas lui donner d'âge précis, une taille moyenne, un visage caucasien banal à pleurer…Je parie que ma gravure de mode se distingue haut à main…
Elle accéléra encore un peu, histoire de se rendre plus crédible et d'avoir le temps de constater de maintien de la filature sur le jeune érudit. Une grande allée bien dégagée lui appris ce qu'elle voulait savoir : tel était bien le cas. Elle avisa un banc en bois à mi chemin et s'y installa le plus naturellement du monde.
C'est vraiment étrange… pour un groupe de filature, ils opèrent avec des styles totalement différents !
Loin devant à présent, Wufei et Sally, déambulant d'un pas tranquille. Evoquaient-ils leurs amis défunts ? Ou les souvenirs de leurs premières rencontres ? Ils avaient tant d'anecdotes à se remémorer ! L'examen médical de Yuy… son évasion made in Maxwell, l'opération météore, jamais vraiment menée à terme…l'enlèvement de Réléna… son mariage avec Quatre… Ou, au contraire, se projetaient-ils vers l'avenir ? la nouvelle carrière du professeur Wu, le futur cabinet du docteur Pô… un enfant peut-être ? Quoi qu'il en soit, le couple semblait inconscient des attentions dont il faisait l'objet.
Juste derrière eux, Lourdauds 2 et 3. Numéro 2 gardait les yeux fixés sur leurs proies, tandis que Numéro 3 balayait le paysage du regard. Lamentablement caricaturaux, jusque dans leurs vêtements : jeans usés mais identiques, chaussures de sport à la mode de l'année passée mais trop neuves pour être honnêtes, sacs à dos si légers qu'ils en perdaient toute crédibilité, et chemises blanches portées à l'extérieur à la mode des lycéens Japonais…Elle savait que le même modèle, au lacet près, arrivait en dernière position..
Le dernier démontrait décidément plus de classe, même dans sa tenue bon marché : la serviette jetée négligemment sur une épaule, une main dans la poche, il arborait une veste en toile retroussée aux manches sur un tee-shirt qui dépassait légèrement. D'apparence attentif à la nature du parc, son regard s'attardait parfois sur un détail, pour revenir le plus naturellement du monde devant lui.
Un promeneur professionnel ! constata la jeune rousse, vaguement impressionnée. Admirable… Mais pourquoi diable est-il passé devant ?
- Comme prévu, ils sont toujours derrière nous, chuchota Sally à l'oreille de son époux. Des étudiants mécontents ? Déjà ? Quel tyran tu fais Chang !
- …
- Nous ne sommes pas seuls par contre, l'informa-t-elle. Une jeune fille revoit ses notes plus bas, et un homme profite lui aussi des derniers rayons de soleil. Et si ce n'étaient pas de simples voleurs ?
- Voilà que tu remets ça sur le tapis…soupira le jeune lettré.
- On en reparlera à la maison si tu veux… mais là ? On les cueille maintenant ou on continue de les balader ?
- Nous attendrons qu'ils passent à l'action, murmura Wufei. Si ce sont de simples voleurs, ils profiteront du moment où nous serons tous les quatre cachés à la vue des autres.
- Beijing n'est pas aussi paisible que je l'espérais… regretta la jeune praticienne.
Ils sont moins incompétents que je le croyais… En voilà un derrière moi maintenant ! Si ce n'est pas un hasard, il va falloir les éliminer avant qu'ils ne communiquent quoi que ce soit à un éventuel quatrième complice…
Zech gardait un calme parfait malgré les circonstances. Il pensait avoir été démasqué, mais s'appliquait dans son rôle d'étudiant sur le tard prenant l'air après une journée de cours. Du reste, la beauté de ce parc l'aidait beaucoup.
Nous approchons d'une bambouseraie si je ne m'abuse, plus à couvert, dans un chemin de terre tortueux. Avec le jour qui décline, les conditions idéales sont réunies. S'ils doivent m'attaquer, ce sera là. Je n'ai pas le droit à l'erreur.
Restait le choix de la technique pour les maîtriser. Son passé de soldat de Oz l'avait préparé à affronter ses adversaires dans toutes les occasions. S'il avouait préférer les armes à feu ou le sabre, le combat rapproché faisait aussi partie de ses compétences. Il convenait toutefois de rester crédible : un simple étudiant aurait du mal à expliquer l'emploi d'un revolver. Alors ce serait…
A mains nues, évidemment. Comme aurait procédé Wufei. Me faudrait-il ralentir afin de laisser à mon poursuivant le temps de se rapprocher, tandis que ceux de devant prendraient un peu d'avance ? Cela me donnerait un délai supplémentaire pour régler l'affaire sans témoins…
Elle pressa le pas, prise par un sentiment d'urgence. Rien à voir avec la raison. Tel un chasseur qui sent la proie qu'il piste à sa portée, son instinct la poussait à prendre l'initiative, faisant battre son cœur plus fort. Constater le phénomène la surprit : son entraînement tout comme son éducation lui avaient enseigné à maîtriser ses pulsions, et jusqu'ici observer ces principes de base lui avait toujours réussi. Alors pourquoi y cédait-elle aujourd'hui ? Toute à ses pensées, elle réalisa qu'elle s'était mise à courir.
Ce qu'elle vit la stoppa net dans son élan. Lourdaud 1 se précipitait sur le dos de son complice au catogan, armé d'un poignard de combat. Malgré la nature du sol, une terre brune meuble, la gravure de mode fit volte-face, preuve de la finesse de son ouïe. La sacoche de cuir en bouclier, il para le coup avec une aisance suspecte, tandis que son genoux gauche volait littéralement dans l'estomac de son agresseur, le pliant en deux. Pour faire bonne mesure, ayant laissé tomber sa serviette mutilée, l'agressé s'offrit sur la nuque de son adversaire une manchette de lutteur de catch de toute beauté l'envoyant mordre la terre avant qu'il ait eu le temps d'émettre un son.
La rapidité de la scène ne laissait pas de doute sur la formation militaire du vainqueur.
J'avais raison… c'est le plus dangereux… pensa la jeune femme. Et qui plus est, il ne fait pas partie du groupe ! Le véritable assassin, c'est lui ! Les autres doivent être de jeunes Prevenders attachés à la sécurité de leur ancien leader…
L'homme leva vers elle des yeux d'un bleu glacial. Elle se tenait à moins de quatre mètres de lui. D'un geste vif, il arracha le poignard de sa sacoche, et, s'adressant à elle d'un air navré :
- Je n'imaginais pas un seul instant qu'une jeune fille puisse être impliquée dans de si sordides affaires. Veuillez me pardonner…
Sa voix la fit tressaillir. Profonde et pure, avec un phrasé sophistiqué… presque précieux…Il avançait vers Marimaia d'un air menaçant.
- ... Mais je ne peux laisser de témoin mademoiselle, continua-t-il, avec un réel regret. Tout ce que je peux vous promettre, c'est que vous ne souffrirez pas trop.
La jeune femme eut juste le temps de remarquer son expression : bien que son regard restât froid, il avait l'air sincèrement désolé. Il prit son élan et la chargea, le poignard à la main.
- Tu dis qu'Azran n'a toujours pas donné de nouvelles ? reprit Wufei en contemplant une petite mare où fleurissaient de superbes nénuphars.
Sa femme s'accroupit afin de voir de plus près un couple de libellules posé sur une feuille.
- Aucune, affirma Sally. Il revenait de son enquête dans les ruines de la base martienne quand nos… enfin les services des Prevenders ont cessé de recevoir ses rapports. Je sais qu'il voulait profiter de sa mission pour inspecter l'épave de la navette de Réléna… mais…
Les deux insectes s'envolèrent. Elle les suivit des yeux. Quelle légèreté ! Ils frôlaient la surface de l'eau sans la troubler, sans doute à la recherche d'un lieu tranquille. Elle enviait leur insouciance et leur quiétude.
- Nos deux amis n'ont pas l'air décidé… remarqua Wufei. Je commence à perdre patience. Il n'y a pourtant pas mieux que cet endroit pour une attaque non ?
La praticienne se releva en souriant. Son époux n'avait pas tellement changé avec le temps. Son sens de la justice, son amour de la paix et de l'ordre transparaissaient dans chacun de ses actes. Peut-être qu'il était un peu moins impulsif aujourd'hui ? Cela expliquerait pourquoi il ne croyait pas en ses théories concernant la mort des Winner et de Yuy, ainsi que la disparition du Compromis qui abritait Duo, Trowa et Hilde. Si elle aimait cette bourrique chinoise qui lui servait d'époux du plus profond de son âme, elle n'en gardait pas moins l'esprit libre et indépendant. Elle restait persuadée d'avoir raison, et la « surveillance » dont Wufei faisait manifestement l'objet la confortait dans ses opinions. Tant pis si elle était la seule à y croire !
- Tu veux toujours les attendre ?
- Donnons-leur dix minutes si tu veux bien. Ensuite, c'est nous qui passons à l'attaque…
Ce qu'il s'apprêtait à faire révulsait Zech. Mais avait-il le choix ? Que faisait cette étudiante, ici et à cette heure ? Elle avait l'air si jeune…Hélas ! Il avait déjà tué des innocents par le passé. Elle allongerait la liste des crimes qui pesait sur sa conscience. La lame bien horizontale pour glisser entre les côtes, il visait un point précis sur la jeune poitrine. Atteindre le cœur du premier coup, afin que l'ultime douleur qu'elle ressentirait soit la plus brève possible. Miliardo détestait la cruauté gratuite. Assassin certes, mais pas bourreau.
Les leçons de Lady Une revenaient au grand galop. Marimaia l'entendait encore lui prodiguer ses conseils alors qu'elle lui enseignait les subtilités du combat à mains nues
Esquive: une rotation du tronc suivie d'un balayage du pied afin de le déséquilibrer. Si l'adversaire est plus lourd que toi, oublie la clé qui permet d'immobiliser un bras lancé en avant. Souviens-toi que l'homme est aussi dangereux que son arme. Ne te focalise pas sur le poignard. Ce n'est que le prolongement de son désir de te tuer…Reste calme et sûre de tes gestes…Son élan le perdra, et tu pourras contre-attaquer.
. Ce fut donc avec une grande sérénité qu'elle les mit en application. Malheureusement, son agresseur n'était pas une quelconque racaille. Il maîtrisait son art et , loin de se laisser emporter par son élan, se rétablit, rapide et souple, à moins de deux mètres de sa cible.
- Vous avez de beaux réflexes, admit l'homme au catogan.
- Pas seulement… répliqua-t-elle en dégainant son propre poignard. Si vous imaginez que je me laisserais sagement égorger...
Elle n'est peut-être pas si innocente que ça, en définitive, songea l'homme en l'observant avec plus d'attention.
La garde de la jeune femme trahissait une habituée des combats rapproché, et quelque chose de familier se dégageait de son visage fermé. Cependant, Zech ne pouvait pas se permettre de perdre plus de temps : l'assassin qu'il avait assommé pouvait reprendre ses esprits à n'importe quel instant, et, plus important, Wufei et Sally prenaient le large.
Il écarquilla les yeux quand il vit la jeune femme prendre l'initiative. D'un mouvement souple et vif, elle s'élança sur lui, visant la gorge. Sûr de sa force, il bloqua le bras mince et nerveux en pleine course, tandis que sa propre arme plongea vers le ventre de son adversaire… qui eut un mouvement de torero surprenant pour esquiver le coup. Une torsion du poignet la débarrassa de la prise de Zech.
Ce n'est pas n'importe qui…analysa la fille de Treize. Mais pourquoi diable sa voix m'est-elle familière ?Il y a en lui un je ne sais quoi qui m'évoque Lady...
Les deux adversaires se séparèrent d'un bond, et prirent enfin le temps de s'observer. Un combat à l'arme blanche, si ce n'est pas un duel d'épéiste, dépassait rarement les deux mouvements. La rapidité restant un facteur clé de la réussite d'une telle bataille. Mais la situation présente défiait toutes les lois du genre.
- Je n'ai pas de temps à perdre, souffla l'homme en esquissant un pas sur le côté.
- Ce n'est pas seulement votre temps que vous risquez ici ! se moqua la jeune femme, en exécutant le même pas, dans l'autre sens.
Une danse. Voilà ce qu'évoquait leur affrontement. Un ballet mortel entre deux prédateurs entraînés et déterminés. Aucune faille dans leurs gardes respectives. Pas une seule faiblesse physique à exploiter, ni hésitation dans le regard. Le prochain engagement signerait la fin pour l'un d'eux.
Etrangement, Zech ne parvenait pas à haïr sa jeune adversaire. Etait-ce à cause de son aspect frêle ? A cause de son sexe ? Jamais il n'avait aimé se battre contre les femmes. Et Noin ne manquait pas une occasion de s'en moquer. Ce sentiment le ramenait loin en arrière, à l'époque où il combattait les pilotes des colonies. Il avait fini par partager le point de vue de son ami Treize, admirant la pugnacité des jeunes combattants.
Soudain le sentiment d'une présence nouvelle s'imposa. Le même mouvement de la tête des deux ennemis. La même pensée au même moment : des renforts ? Les poursuivants du couple asiatique venaient de s'inviter sur scène, revolver au poing, avec la subtilité d'un duo de pachydermes essoufflés.
- Parce qu'à trois ce serait plus facile? maugréa Marimaia, en se décalant un peu pour faire face aux trois hommes. Ben voyons...
Son cœur cognait plus fort dans sa poitrine, tandis que son esprit d'analyse fonctionnait à plein réghime ! Deux ennemis bien distincts… S'agissait-il réellement de Prévenders, comme elle le supposait ? Dans ce cas-là pourquoi manquaient-il autant de professionnalisme ? de préparation physique ? Ils soufflaient et transpiraient trop pour des pseudo agents d'élites ! Ces tenues, cette absence de technique de filature… Fallait-il les attaquer, au risque d'abattre des alliés ? Et par quel moyen ? Si elle usait de son arme à feu, elle signalerait obligatoirement sa présence. Non seulement au Wufei, mais aussi à d'éventuels complices ! Il fallait se résigner pourtant : sa mission virait au chaos le plus total. Quitte à entraîner Chang et Sally dans sa fuite, elle n'avait plus le luxe de finasser.
Il faut agir vite dans ce cas de figure. L'attaque reste la meilleure des défense ! Si tu dois utiliser toutes tes armes, sois sûre de réussir. Dévoiler toutes tes forces à l'ennemi te mettra immanquablement en danger.
D'un geste vif, elle retourna son poignard pour le saisit par la lame et le lança droit dans le cœur de Lourdaud 1. Elle se jeta sur le côté tout en saisissant le revolver caché sous son aisselle, sachant qu'elle ne disposait que d'une fraction de secondes. Elle pointait déjà son arme vers Lourdaud 2 qu'elle eut la surprise de le trouver étendu au sol, aux côtés de son complice, un autre poignard fiché dans la gorge. Celui-là même qui la menaçait la minute précédente! Incrédule, elle se tourna vers Monsieur Catogan qui étendit ses mains en avant, paumes ouvertes, un genou à terre. D'instinct, elle le mit en joue, mais retint la pulsion d'appuyer sur la gachette, le souffle court:
- Je crois qu'il faut qu'on parle… murmura-t-il d'une voix apaisante, une étrange lueur dans le regard. Cela fait des années que je n'avais pas assisté à une telle démonstration mademoiselle. Vos réflexes…m'étonnent d'autant plus qui me sont familiers…
- …
- On ne peut pas laisser ces deux cadavres au milieu de l'allée, reprit-il en se relevant.
Elle s'entêtait à le garder en joue, par pur réflexe. Les gestes de l'homme restaient prudents.
Courageux mais pas idiot, observa Marimaia en hochant la tête. On pourra en faire quelque chose de valable...
- Trois, rectifia-t-elle à haute voix, en baissant enfin son arme.
L'homme accusa la surprise.
- Pardon ?
- Votre premier adversaire, compléta la fille de Treize en se penchant sur le corps. Sa nuque n'a pas résisté à votre manchette. J'avoue que cela me contrarie…mais il n'y a plus rien à en tirer…
Lorsque Wufei et Sally se décidèrent enfin à revenir sur les pas, ils ne trouvèrent rien dans l'allée bordées de bambous géants. La praticienne crut reconnaitre des taches de sang sur le sol meuble, mais ne put rien affirmer. A demi convaincus, les deux anciens Prévenders firent quelques recherches. En vain. A peine trouvèrent-ils un bouton de chemise et un élastique à cheveux, probablement perdus par des promeneurs étourdis.
Deux semaines plus tard, alors que le couple se trouvaient en zone Europe, ville de Paris pour une série de conférences, ls'affichaient à une des journaux pékinois, comme celle de tous leurs confrères, le compte-rendu des funérailles de Quatre Raberba Winner et de ses enfants, tragiquement disparus dans l'explosion d'un site d'exploitation minière. On pouvait lire aussi, dans les brèves de faits divers chinois, la découverte de trois cadavres non identifiables dans une décharge publique. Rats et chiens errants en avaient allègrement festoyé. Sans plus d'information, les autorités conclurent à un règlement de compte entre bandes rivales, et classèrent l'affaire sans s'encombrer d'autres oraisons funèbres.
Bon ces deux là ont eu chaud…Et Wufei ne s'est aperçu de rien. Il ne perd rien pour attendre notre cher Chinois ! Mais « ceci est une autre histoire qui sera contée une autre fois » (Mickaël Ende, Histoire sans Fin). Pour les curieux qui aimeraient en savoir plus sur les parcs chinois, et pékinois, il existe des sites vraiment bien faits avec des photos superbes !
A bientôt !!!
Cachoucat ! .
