Budapest


Il se regarde dans le miroir, quelques rides ont tâché sa peau mais il est toujours lui-même. Les années ont passées, incertaines, douces et bénies.

Il peut compter sur ses doigts toutes ces nouvelles missions. Trois fois rien, il a juste eu du mal à décrocher. Du mal à ne pas aider les gens, il ne sait pas laisser tomber. Il agit en silence, juste assez pour une danse. Et il repart comme il est venu, un peu comme un justicier de l'ombre. Natasha le suit tous les jours, comme toujours. Depuis des années, elle a collé ses pas dans les siens. Son visage n'est plus si connu, il peut enfin sortir dans la rue, sans craindre de se faire voir. Il fait attention, il sait qu'au moindre faux pas, ils peuvent dire adieu à leur mécanique bien huilée. Il sert bien fort, le marteau de Thor. Son vieil ami. Tout ce pouvoir, parfois ça lui file le tournis.

– Steve ?

La porte de la salle de bain s'est ouverte à la volée, derrière lui il peut entendre la radio pirate qu'ils ont craqué et le défilement des informations qui s'ébruitent.

– Il y a un groupe, à Budapest. Quelques gars qui trafiquent des trucs louches, on y va ?

Elle a parlé, il regarde ses lèvres creuses et le blond qui cascade dans ses cheveux. Les années quatre-vingt-dix lui réussissent. Au fond de lui il peut encore compter les années. Encore Vingt quatre ans. Vingt quatre ans puis plus rien. Ils ont déjà cinquante ans derrière eux et tout le temps qui passe. Ils ne vieillissent pas, restent figés dans le temps. Comme s'ils étaient en suspens. Vingt quatre ans et il la perdra, qu'est-ce qu'il fera après ça ? Il y a quelque chose d'atroce dans le fait de tout savoir à l'avance, comme si on ne pouvait plus compter sur la chance, comme si l'espoir n'existait pas. Il peut juste profiter de tout ça, s'abreuver d'elle de tout ce qu'elle lui donne. Vivre maintenant. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un sursis de quatre-vingt ans.

– On y va.

Le sourire qui se peint sur ses traits est une image qu'il voudrait graver. Il les garde toutes dans un coin, archivées. Leur mariage au milieu d'une île, leurs passions, leur vie paisible, les étreintes, les regards échangés, les mots murmurés. Le passé, le présent il ne sait plus très bien lequel est lequel, tout est mélangé. Mais après tout pour lui c'est pareil.

Il est semblable à ces amoureux dont le compagnon a perdu la mémoire. Il doit tout reconstruire avec des bases solides. Parfois il évoque un souvenir, elle ne le reprend plus, elle sait que cela fait partie de leur histoire, celle qu'il a connu et qu'elle a appris à connaître par cœur.

– C'est parti

-x-

– Bordel, t'es qui toi ?

Barton a passé ses mains dans ses cheveux, l'air orageux. Steve ça l'a pris par surprise cet homme en chemise. Sa main est enroulée autour du cou de Natasha. Il s'est figé Captain America, dans sa cachette, il les guette. Il n'ose pas intervenir de peur de se découvrir, il attend un peu en suspens.

Y a comme de l'électricité dans l'air, comme un changement d'atmosphère. Natasha l'a pris à revers, l'instant d'après, il est basculé sous elle, comme une proie dans ses filets. Il a les yeux écarquillés. Son carquois s'est tout renversé.

– Où t'as appris à te battre comme ça ?

Elle ne répond pas, les pupilles serrées.

– Pourquoi t'es là, c'est qui ton patron ?

Une ébauche de rire se peint sur ses lèvres alors qu'elle répond d'une voix presque doucereuse, enjôleuse :

– C'est moi.

Il a un instant d'hésitation, c'est furtif, léger mais Steve le connaît assez pour deviner le fond de ses pensées.

– Ça te dirait de bosser avec moi ?

Elle esquisse un petit rire, avant de lui envoyer un poing rageur dans la figure lui faisant perdre connaissance. Au moins il n'a pas eu peur. Steve réfléchit à toute vitesse, dans sa tête les idées se pressent. Alors qu'elle passe près de lui, il enroule sa main contre son poignet et l'attire à lui, un instant elle veut riposter mais quand elle le reconnaît ses yeux se font caresseurs.

– Hey, souffle-t-elle en s'emparant doucement de ses lèvres.

– Nat, fait-il en la repoussant tout doucement. Tu dois aller avec lui, c'est le moment.

Elle a les yeux tout écarquillés d'un coup, il sait que sa phrase y est pour beaucoup.

– Quoi ?

– Je t'en prie, fais-moi confiance, il le faut.

– Mais et toi ? Et nous ?

Sa peau tremble, il glisse ses mains contre ses joues. Il sait qu'en ce moment tout se joue. Il s'en veut de balancer ça à la volée, de lui demander de l'abandonner mais le temps l'a pris par surprise. Brutalement. Elle comprend, elle a déjà tout compris avant même qu'il lui ai dit.

– Je t'en prie.

Il embrasse ses lèvres avec force. Sous ses doigts les larmes l'inondent, il a presque envie de reculer, de lui dire de tout oublier mais il doit sauver le monde. Une bagatelle.

– Fais-le.

Il se recule, derrière eux Barton s'est remis sur ses pieds. Il touche le coin de sa bouche où un léger filet de sang s'est échappé. Ses lèvres frôlent les siennes une dernière fois puis il la pousse devant lui. Loin de sa vie. Ça lui troue le cœur comme elle le regarde. S'il n'y prend pas garde, il pourrait être aspiré dans un trou sans fond.

– Et l'archer ? Lance-t-elle sans le lâcher.

Barton s'est retourné, l'air ennuyé.

– Elle n'était pas limitée ta proposition ?

Un sourire en coin étire ses traits.


Merci infiniment à MavaSkywalker et LumieredeLune. Vos reviews m'ont beaucoup touchée. 3