Coucou les gens,
J'ai du mal a terminer cette histoire alors je vous en file un bout maintenant et je mijote le reste à feu doux... Désolée pour ma lenteur et pour le cliffhanger :'D
***
- Tu as tué des hommes, Cache-Œil. Tu n'as plus le droit de demander quoi que ce soit.
Quelque chose craqua dans l'esprit de Kaneki.
Il avait subit des tas de choses dans sa vie. De la torture entre autre. Il avait perdu beaucoup aussi; de son humanité à sa masculinité en passant par sa santé mentale. Mais rien ne l'avait préparé à ça. À cet instinct puissant qui grondait au fond de lui. Quand Amon posa sa main sur lui, 'ça' explosa. Ce n'était pas comme cette fois avec Hide où il avait perdu toute conscience de son entourage. Non. Tous ses sens étaient exacerbés. Il tenta alors l'impossible.
Et réussit à faire apparaître un seul tentacule de son Kagune. Il pouvait se battre au moins un peu. Et s'il devait mourir, et bien il amènerait quelques connards avec lui dans la tombe. Il commença par le bras d'Amon. Sa proximité ne lui plaisait pas.
Le membre vola gracieusement dans le ciel bleu d'hiver. Il visa ensuite la tête du blond qui se foutait de lui une minute plus tôt. Il la loupa de pas grand chose et le coup qui s'était voulu net eut un résultat beaucoup plus salissant que prévu. Il vit au ralenti un bout de cervelle s'écraser contre le pare choc de la voiture noire. Des cris retentirent et les passants affolés couraient en tout sens.
Alors, une violente crampe lui fit perdre l'équilibre et son kagune. Ce moment de vulnérabilité fut de trop.
Le troisième inspecteur en profita pour le neutraliser en se jetant sur lui. Il lui rabattit les bras dans le dos brusquement et le menotta.
Kaneki lâcha un cri bestial en se débattant.
Puis, épuisé et l'abdomen en feu, il n'eut d'autres choix que de capituler. Amon réapparu dans son champs de vision, un garot bien serré autour de son moignon. La colère dansait comme des flammes dans ses yeux.
- C'est tout? Cracha-t-il.
- Trois contre un pauvre type qui porte un enfant, c'est pas un peu injuste?
Il avait voulu les déstabiliser et ça avait marché apparemment.
- Tu n'as plus toute ta tête. Ton déguisement était bien trouvé mais tu ne dupera plus personne avec. Met le dans la voiture Yuuta-kun. Nous y allons.
- Cette partie là n'était pas un déguisement hélas, grogna Kaneki en écrasant les orteils de son agresseur.
Pâle et visiblement à bout de patience, Amon gifla Kaneki de toutes ses forces. Il n'attendit pas qu'il se remette pour agripper le haut de sa robe et la déchira sans douceur.
Sa brutalité blessa les épaules de Kaneki.
- Tu me crois maintenant ?
Le pauvre retenait ses larmes. Il avait mal, il avait honte et surtout, il avait peur pour sa fille.
Amon était choqué. Ses yeux exorbités fixaient la peau tendue de son ventre.
- Comment ?
Le dégoût dans sa voix blessa Kaneki au plus profond de son coeur. Il savait que c'était anormal mais la bonté et l'acceptation de son entourage avaient rendu les choses plus faciles pour lui. Au fil des jours, il s'était fait à l'idée. Qu'on lui remette ça sous le nez le bouleversa.
- Ne fais pas de mal à ma fille je t'en supplie...
Ces mots vinrent avec des larmes. De toute façon que pouvait-il faire de plus? Sa vie reposait entre les mains de l'inspecteur qui le dévisagait toujours.
- Yuuta, s'il te plaît.
Il ignora Cache-Œil et alla s'installer dans le véhicule.
- Je vous en supplie, insista Kaneki , la voix tremblante. Si vous m'amenez là bas elle va mourir! Elle est innocente !
- Un monstre ne peux pas engendrer autre chose qu'un autre monstre.
Le ton enfielé utilisé par l'inspecteur brun au physique insignifiant brisa le peu d'espoir qui restait au jeune homme. À ses larmes se joignirent de grands sanglots désespérés.
Et alors qu'on le forçait à s'assoir, Hide arriva en courant.
La gorge de Kaneki se serra à lui couper le souffle.
- Où l'amenez-vous, hurla le blond en cognant contre les carreaux.
Les deux hommes restèrent de marbre. Yuuta démarra la voiture et ils partirent, abandonnant Hide derrière.
Ce dernier les poursuivit en aboyant pendant un court instant.
Kaneki tremblait. Il ne pouvait plus rien faire , sa propre impuissance lui donnait envie de se cogner la tête contre la portière et d'en finir ainsi.
- Qu'allez vous faire de moi?
Amon prit une grande inspiration. Il avait perdu beaucoup de sang et ça se voyait.
- Nous allons te remettre aux mains de mon supérieur. Comme tu es à peu près inoffensif, il va probablement t'envoyer au labo.
Pourquoi avait-il demandé? La panique grimpa en lui comme un feu de paille.
- Non. Non. Tuez moi. Je ne veux pas servir de cobaye alors tuez moi maintenant!
Amon l'ignora. Ils restèrent un long moment dans un silence entrecoupé des sanglots de Kaneki.
- Quel genre de créature es-tu, Cache-Œil ?
- Je suis humain.
Il essuya ses larmes sur son épaule puis inspira avant de répéter d'une voix plus sûre :
- Je suis humain. Ou plutôt je l'ai été.
Il avait attiré la curiosité de l'inspecteur.
- Je suis né humain. J'ai grandis en humain. Et un jour, on m'a greffé des organes de goule après un accident. J'étais innocent. Je n'avais jamais fait de mal. J'ai du renoncer à mon humanité pour survivre. Vous comprenez? Je n'avais jamais fais de mal.
- Et ensuite tu es devenu un tueur de masse. Comme si j'allais croire tes conneries.
Kaneki ne put se retenir de rire, mettant les deux autres mal à l'aise. C'est essoufflé qu'il raconta:
- Survivez à ce qu'on vous arrache les ongles. Qu'ils repoussent. Qu'on vous les arrache encore. Qu'ils repoussent. Qu'on vous coupe les doigts, les oreilles, le nez encore et encore. Pendant des jours. Je n'avais jamais tué personne. Mais lui je l'ai abattu. Et je l'ai mangé. Ensuite je me suis battu, toujours pour survivre. Je n'ai jamais tué pour le plaisir. Et jamais ça n'arrivera.
- Mais tu tues pour te nourrir.
- Non. Des gens meurent tous les jours vous savez. Pas besoin de tuer. Et je ne suis pas le seul à avoir adopter cette façon de faire. Je connais des goules plus humaines que certains hommes. Mais vous ignorez ces goules respectables et vous acharnez de les assimiler toutes comme les quelques rebelles qui massacrent des innocents. Vous me répugnez. Arrêtez de vous voiler les yeux et regardez la réalité en face pour une fois.
Le silence s'abattit comme une douche glacée sur les inspecteurs. Et il dura tout le trajet.
Kaneki était épuisé, Amon aussi.
On ne lui avait rien dit. Pas un mot. La porte s'était refermée sans qu'il n'ait la moindre idée de la suite. On l'avait menotté au fond de la pièce. Il pouvait se lever et marcher de quelques pas et s'assoir. Il pouvait aussi s'étendre sans trop de mal. Il y avait une caméra devant lui. Sa petite lupiote rouge clignotante était agaçante. D'être attaché ainsi lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Alors il se levait et faisait les trois pas possibles encore et encore. Ses pieds lui faisaient mal car il devait faire ça depuis des heures. Il s'assit. Se releva.
Depuis combien de temps il était là? Selon son estomac, plus de six heures. La petite ne tarderait pas à lui éclater les viscères pour lui rappeler qu'il était l'heure de manger. Mais bien évidemment qu'on ne lui apporta rien du tout.
Son estomac gronda.
Les heures passèrent. Il avait enlevé ses chaussures depuis longtemps et c'est pieds nus qu'il arpentait l'endroit. Sa fille gigotait en lui telle une truite hors de l'eau. Il essaya de s'étendre pour dormir mais le sol dur et les coups de sa progéniture lui rendirent l'expérience absolument horrible. Il s'était assis, le dos contre le mur et chanta dans l'espoir de calmer la petite. Il ne pouvait la rassurer d'une caresse donc aux grands maux les grands moyens.
- Ma petite est comme l'eau, elle est comme l'eau vive~ Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent~ Courrez, courrez~ Vite comme vous le pouvez ~ Jamais, jamais vous ne la rattraperez~
Le sommeil vînt enfin à lui.
- Combien de jours vous pensez qu'il tiendra?
L'homme qui venait de parler avait tout du scientifique cliché: sa chemise blanche, ses cheveux grisonnant en bataille, des lunettes aux verres épais, des taches d'encre sur les doigts... Il posait la question à sa collègue, une dame d'âge moyen aux cheveux attachés serrés et aux traits charmants.
- Une jeune goule comme lui peut tenir plus d'un mois sans absolument rien ingérer. Mais vu son état, je dirais une semaine tout au plus. Vous avez vu comme moi comment sa santé se dégrade rapidement.
- J'aimerais pouvoir l'examiner de plus près.
- Plus tard.
Leur concentration revint aux moniteurs devant eux.
***
Son estomac était trop vide. Il devait manger quelque chose. Il avait crié pour attirer l'attention puis agit de façon bizarre toujours pour se faire remarquer mais rien. Alors survint quelque chose qu'il n'avait pas vécut depuis des mois. Il vomit. Comme au tout début de sa grossesse, il fut pris de nausées atroces. La petite s'agitait nerveusement en son sein pendant qu'il rendait de la bile. Ça dura ce qui lui parut comme une éternité. Il s'éloigna de la flaque et s'adossa à nouveau au mur pour dormir. Il ferait n'importe quoi pour pouvoir rassurer son enfant d'une caresse... Il tira sur ses menottes mais ça ne fit qu'endommager un peu plus la peau déjà écorchée de ses poignets.
- Pardonne moi... Tu n'es même pas née que je t'apporte déjà des problèmes. Je suis probablement le pire père de l'histoire.
Elle lui répondit d'un léger coup. Elle perdait de sa vigueur lentement. Pour conserver son énergie peut être.
- Dire que je n'ai toujours pas choisi ton prénom hahaha. Ça passe vite 6 semaines. Vaudrait mieux choisir maintenant, n'est ce pas ?
Un autre coup, plus puissant cette fois.
- Là je reconnais ma petite boxeuse, rigola Kaneki. Ton papa avait proposé Ophelia il y a longtemps. Tsukiyama Ophelia-sama. On dirait un nom de princesse. Ophelia-hime. Ophelia. Ophelia.
Des larmes roulèrent sur ses joues.
- Ophelia, ma petite fille. J'espère juste pouvoir te rencontrer. Te voir grandir. Te voir sourire. J'espère que tu n'hériteras pas de l'horrible couleur de cheveux de ton papa. Ni de son caractère d'illuminé.
J'espère pouvoir te mettre au monde.
Ses pleurs s'intensifièrent, l'empêchant de continuer.
Il s'éveilla. Quelqu'un le touchait. Des voix lui parvinrent mais il avait l'esprit encore embué de sommeil.
- Son pouls est lent. Il ne se régénére pas du tout. Regarde ses poignets Cecile...
- Il a un vilain bleu dans le dos. Ça date de son arrestation tu crois? Il ne s'est pas régénéré depuis 4 jours? Est-ce vraiment une goule?
Kaneki essaya vraiment d'émerger mais il se sentait terriblement faible.
Il gémit quand des mains palpèrent son abdomen.
- Touchez pas, grogna - t-il.
- C'est peut être la raison, fit la femme en l'ignorant complètement.
- J'aimerais vraiment savoir comment c'est possible, continua l'autre.
Le touché devint alors plus virulent et l'instinct de Kaneki réagit au quart de tour. Il envoya son pied dans le ventre de la femme et donna un coup de tête au crétin qui avait osé mettre ses mains sur lui.
- Libérez moi. Je dois partir.
- Et il demande ça après avoir frappé, s'insurgea la brune le souffle court. Ingrat.
Et sans qu'il ne comprenne, ils étaient déjà partis.
Cache-Œil soupira longuement. Il essaya de se lever car il avait vraiment mal au dos. Il y parvînt mais pas sans se faire violence. Il se massa le bas du dos vigoureusement avant de faire ses petits pas. Quatre jours. Quatre jours qu'il n'avait rien avalé. Il s'immobilisa et essaya de sentir Ophelia. Elle était calme. Il fredonna un air quelconque.
D'habitude elle y répondait d'un mouvement ou d'un coup. Aujourd'hui rien. La terreur envahie Kaneki.
Elle dormait. Elle devait dormir.
Il fit exprès de la secouer un peu... toujours rien.
Le coeur de Kaneki battait à tout rompre. Sans aucune hésitation, il arracha sa main droite de sa prison d'acier. Il y laissa de la peau et se déboîta le pouce mais c'était le dernier de ces tracas.
Il put enfin toucher sa petite à travers lui. Elle avait la tête vers le haut mais était vachement plus basse que d'habitude. Et trop calme.
- Vous! Derrière votre écran ! J'ai besoin d'un docteur!
Il s'agitait devant la caméra dans l'espoir que sa demande soit entendue. Et là, sa douleur au dos devint insupportable. Il se recroquevilla pour encaisser le choc mais renonça vite et dû s'agenouiller. Après quelques instants, elle s'estompa. Ça l'avait laissé tremblant et nauséeux. Il eut à peine le temps de se remettre que ça recommenca.
Ce n'est qu'à la dixième vague qu'il réalisa ce que cette douleur était réellement. Les paroles d'Aotsuki retentirent dans sa tête.
"Si tu sens des contractions, il faudra m'appeler au plus vite d'accord ? "
Il n'avait aucun moyen de chronométrer le temps entre chaque et il pouvait bien se passer une heure comme dix minutes tellement il était confus. Il n'avait aucune idée de quoi faire.
Il en était à vingt. Elles devenaient plus longues et plus douloureuses. Il devait rester calme. Il était trop tôt.
Kaneki se concentra et respira profondément à plusieurs reprises. Il se sentit aussitôt plus serein. Même qu'il s'endormit.
- Nous allons le transférer. Je veux pouvoir étudier le phénomène en détail.
- Il va certainement mourir.
- Si il est déjà installé, l'autopsie sera vite faite. Je veux le disséquer.
- Faisons ça alors.
Les deux scientifiques hochèrent la tête en gage d'acceptation de leur plan commun. Ils rassemblèrent le matériel nécessaire et se dirigèrent nonchalamment vers les tréfonds de l'endroit.
Cache-Œil n'était pas la seule goule à être enfermée là. Il y en avait des dizaines. Les plus dangereuses étaient dans un endroit appelé la crypte car aucune n'en sortait vivante. Même nos deux scientifiques n'avaient pas le droit d'y accéder. Il fallait une autorisation spéciale que seuls les hauts gradés pouvaient avoir ainsi que le légiste en chef. Pour l'instant, nul n'avait imposé quelque restriction à propos du célèbre Cache-Œil et ils avaient bien l'intention d'en profiter.
Il arrivèrent vite à destination, une porte blanche d'une simplicité absolue mais tout de même très robuste.
Cecile avait les clefs en main quand un jeune inspecteur apparut à leurs côtés. Il était dégoulinant de sueur et à bout de souffle.
- Des goules nous ont tendu une embuscade dans le 6e. Nous avons besoin de renfort. Ordre du commissaire.
C'est en soupirant qu'ils suivirent la jeune recrue.
Pendant un moment, Kaneki avait cru que ces contractions étaient finies, que c'était une fausse alerte. Sa sieste l'avait revigoré un brin et il voulut se redresser dans une position plus confortable .
Il se retrouva soudain mouillé. Il ne comprit pas. Venait-il de se faire dessus? Non pourtant, ce n'était pas son impression. Il faisait trop sombre pour analyser la situation correctement. .. D'où venait tout ce liquide?
Et quand la réponse vînt à lui, il faillit s'évanouir. Il venait de perdre les eaux. Ce qui signifiait que la petite était vraiment en route et qu'elle n'avait aucune chance de naître naturellement.
- Shuu sort moi de là je t'en supplie.
- Où est-il? feula Tsukiyama en raffermissant sa prise sur le cou de l'inspecteur.
Mais Amon resta de marbre.
Tsukiyama avait retourné des montagnes pour trouver l'homme et il ferait n'importe quoi pour le faire parler.
- Si tu parles je te laisserai peut être vivre alors je t'écoute.
Ils étaient dans une chambre d'hôpital et le temps lui était compté avant qu'on ne les interrompe.
Il relâcha le cou de sa proie mais resta prêt à le tuer dans la seconde. Ses yeux trahissaient complètement sa nature; il n'avait pas prit la peine de mettre son masque.
Amon lui était blême et Tsukiyama pouvait sentir l'infection qui se propageait en lui depuis le moignon de son bras. Il était visiblement affaibli.
- De qui parlez vous, émit soudain l'inspecteur en frottant sa gorge douloureuse.
- Cache-Œil, crétin. Où l'avez vous amené?
- Mais qui êtes vous, le père peut être ?
Tsukiyama fut déstabilisé un court instant.
- Vous pensiez qu'il avait fait un enfant tout seul? Se moqua la goule d'un ton condescendant. Il n'est pas la vierge Marie, idiota.
- Non mais je peine à imaginer qu'un gentlemen tel que vous forniquiez avec ce petit monstre.
- Forniquer avec lui est certainement la chose la plus plaisante sur cette planète. Oh et Cache-Œil est un ange. Tout le contraire de vous.
- Je vous signale que c'est à moi qu'il manque un membre et qu'un de mes collègues a été tué par votre ange.
- On vous a toujours dis d'éviter d'approcher les ourses accompagnées de leurs oursons... et bien c'est pareil. Il voulait protéger notre enfant. Il est incapable de se régénérer c'est donc normal qu'il soit sur la défensive.
- Je ne vois pas pourquoi je m'obstine à vous parler.
Le regard mauvais d'Amon donna envie à Shuu de le tuer sur le champs.
- Où est-il ?
- Je l'ai mené au QG du 6e. Je n'avais pas la force d'en faire plus. Il doit être dans la crypte au moment où on se parle. Laissez tomber l'affaire.
- Comme si j'allais abandonner mon amant et ma fille. Donnez moi l'adresse.
- Non.
- L'adresse et vous gardez le seul bras qu'il vous reste.
L'inspecteur soupira.
- Bien.
- Six cents... quatre vingts... cinq.
Les dernières syllabes étaient sorties de sa gorge enrouée en parties indistinctes. Mais il continuait de compter car c'était la seule chose qui le maintenait dans la réalité. Il n'était que souffrance et épuisement. Il s'endormait entre deux contractions. Puis se faisait réveiller par la douleur. Et à chacune d'entre elles, il s'efforçait de pousser comme son corps lui criait de faire. Il répétait cette routine infernale depuis des heures. Il s'évanouit à quelques reprises mais il ne sut jamais combien de temps il était resté dans les limbes. Son corps atteignait ses limites.
- Six cents soixa...nte dix huit.
Il voulait tellement réussir à la mettre au monde. Mais au fond de lui , le désespoir commençait à le gagner. Il savait que c'était impossible.
Une autre contraction. Il n'avait jamais connu une telle douleur.
Son cri se répercuta entre les murs froids de sa geôle. Personne ne l'entendait.
L'embuscade du 6e avait été minutieusement préparée. Elle avait pour but de réduire les effectifs au QG afin de faciliter le sauvetage de Cache-Œil.
Tsukiyama avait trouvé des alliés puissants; en plus des membres de l'antique, son père s'était porté volontaire, ainsi que Aotsuki et Hide avait longuement insisté pour les accompagner. C'est donc masqués et dotés d'une volonté d'acier qu'ils pénétrèrent dans le nid de l'ennemi. Leur formation serrée et leurs aptitudes au combat leur permirent de vite briser les rangs du CCG. Tsukiyama s'empara du premier officier venu. Il lui cassa le bras sans préambule et parla ensuite.
- Mène nous à Cache-Œil.
Le soldat était jeune mais ce n'était pas la première fois qu'il rencontrait une goule en colère. Peu impressionné, il tâchait de cacher au mieux sa douleur et sa peur.
- Plutôt crever.
- C'est ce qui va arriver si tu ne parles pas.
L'aura maléfique de Tsukiyama fit trembler l'humain devant lui. Il tordit encore plus le membre déjà blessé du jeune homme.
- Au - 2, couina-t-il finalement.
Tsukiyama lui brisa la nuque sans état d'âme et poursuivit son chemin, Hide et les autres sur les talons. Il tuèrent beaucoup d'hommes sur leur passage.
Hideyoshi tremblait comme une brebis effrayée, il ne lâchait pas Shuu d'une semelle.
C'est arrivé au niveau qu'on leur avait indiqué que l'attitude de Tsukiyama changea. Il se tendit soudain et allongea le pas.
- Qu'y a-t-il? questionna Hide, mal à l'aise.
- Kaneki saigne. Je le sens.
Le pas rapide se transforma en course. Shuu se dirigea sans douter vers une porte aux multiples verrous et la défonça brutalement.
L'odeur du sang et de la terreur atteignit Hide. Il faillit vomir. Shuu s'était engouffré sans hésiter dans la pièce obscure. Aotsuki poussa Hide de son chemin et suivit le Gourmet. Apeuré de ce qu'il allait trouver, Hide était figé sur place.
Il du prendre son courage à deux mains pour franchir le seuil.
La scène lui mit le coeur au bord des lèvres.
Kaneki était à moitié enchaîné au mur, étendu dans son sang. Dans beaucoup de sang.
À part quelques contusions, son ami n'avait pas l'air blessé alors d'où venait-il?
La réponse logique lui noua les tripes. Une seconde plus tard Aotsuki confirma ses craintes.
- Kaneki depuis quand c'est commencé ? Répond moi s'il te plaît ! Fit le médecin en tapotant doucement les joues de la goule a priori évanouie.
Un soubresaut agita faiblement son corps. Il gémit.
- Depuis... quatrième... jour. Sauvez Ophelia, Sensei.
Sa voix était un faible murmure qui se transforma soudain en cri. Tout le corps de Kaneki se tendit.
Aotsuki s'empressa de palper son abdomen et il pâlit drastiquement.
- Fait chier, cracha-t-il en continuant son examen.
Hide ne savait pas quoi faire. Shuu lui s'était emparé de la menotte qui emprisonnait la main droite de son amant et la brisa sans effort.
- Hideyoshi, donne lui de ton sang.
La requête d'Aotsuki le prit de court.
- Dépêche toi!
Le jeune homme regarda sa main blessée tout en levant le poignard qu'il tenait résolument dans son autre main maladroite depuis le début de l'assaut. Il s'agenouilla près de son ami, s'entailla le poignet et mena les gouttes écarlates aux lèvres de Kaneki.
- Bois, lui chuchota-t-il en pressant sa plaie contre sa bouche.
Kaneki ne réagit pas tout de suite. Il était faible. Il finit par avaler un peu du fluide vital mais se ramollit aussitôt. Il n'avait pas la force de ne serait-ce qu'avaler.
- Sensei, il n'y arrive pas...
- Je pense qu'il a une hémorragie interne. Et la petite est coincée depuis longtemps déjà, il faut que j'opère rapidement. Partons vite.
Hide remarqua les larmes sur les joues de Tsukiyama quand il sortirent à la lumière du couloir. Aotsuki portait Kaneki comme le plus fragile des fardeaux.
Le chemin de retour fut ardu. Tous étaient inquiets mais devaient se concentrer pour que tout se passe bien. Les rares hommes du CCG qu'ils croisèrent étaient heureusement peu motivés à se battre (ou plutôt morts de trouille).
Ils sortirent donc sains et sauf, couverts de sang pour certains, choqués et tremblottants pour d'autres.
