Hey bande de gens !

On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 9 de Der Fall von Deutschland, intitulé Todesengel, ou Ange de la Mort ! Chargé en émotions, qui plus est... *my feels dammit*

Je tiens à vous prévenir que ce chapitre sera sûrement le dernier avant le mois de juillet, puisque comme vous le savez sûrement, je suis en plein rush pour le BAC, alors... Je dois ABSOLUMENT mettre ma tablette et mon ordinateur en stand by sinon je vais jamais réussir à bosser TwT

BREF. J'espère que vous apprécierez cette lecture :3

/!\ L'auteur se dédouane de toute responsabilité quand aux possibles nausées et ruptures de stock mondiaux de mouchoirs que pourra provoquer ce chapitre. Cordialement, ceci était un message du ministère de la défaillance mentale. /!\

...

JE VOUS AI EU. J'ai autre chose à rajouter en fait x)

J'ai reçu une review de Tora Sama sur le chapitre précédent, qui me demandait d'y répondre ici-même, dans l'intro de ce chapitre. Déjà, naturellement et comme tous, je te remercie d'avoir commenté, et je suis heureuse de voir que cette fiction te plait tant ! Cet écrit me tient à coeur, et cela me fait toujours plaisir de recevoir vos compliments et vos encouragements. Quant aux problèmes que tu as évoqué, j'y répondrais sans souci - et rassure toi, je ne suis absolument pas vexée ! Tout d'abord, c'est par souci d'un certain réalisme que j'ai choisi d'écrire certaines paroles dans leurs langues " d'origine ", lorsque les deux personnages dialoguant ont une langue en commun. J'espère aussi ainsi, et non pas par sadisme, " forcer " les lecteurs à lire une première fois - même de manière déformée - les répliques dans une langue étrangère pour stimuler leur imagination et rendre la scène plus palpable encore. Dans un second temps, et je dois l'avouer, c'est surtout un choix personnel d'esthétique et dramatique que de mettre les traductions à la fin des chapitres : placer les phrases traduites en français juste en dessous comme tu l'as proposé casserait dans un sens le rythme du récit, la tension de certains épisodes. De plus, et c'est la raison principale ( qui peut paraître assez ridicule certes ), ce serait tout simplement une mise en page peu agréable à lire ( du moins, personnellement, je trouve que cela ferait " tâche " au milieu des échanges entres les personnages ). Pour conclure, je te répondrai que ce détail de ma fiction ne changera pas : les traductions demeureront à leur place, à la fin du texte, et je peux seulement te conseiller d'ouvrir deux onglets dans ton navigateur Internet, un pour la lecture et l'autre pour les traductions. En espérant avoir répondu à tes interrogations~

( P.S. : Je ne sais pas encore si je vais réellement les faire intervenir... A dire vrai, la suite me paraît déjà énormément chargée jusqu'au 8 mai, et à la base cette fiction est principalement axée sur la fameuse " course à Berlin " des Américains et des Soviétiques, donc bon... Je vais y réfléchir, mais je ne peux rien te promettre ! )

VOILÀ. Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture, après cette TRÈS LONGUE introduction de chapitre, et on se retrouve en bas pour les notes de fin~


xXx Le 30 janvier 1945, Saarguemines, Lorraine ( France ), 13h49 xXx

Une fulgurante décharge électrique descendant du bas des reins à sa cheville gauche réveilla douloureusement Samuel, ses lèvres s'étirant immédiatement en une grimace de souffrance. Les sons qui lui parvenaient semblaient résonner dans son crâne, ce qui était absolument insoutenable. Il ouvrit lentement les yeux, tout d'abord ébloui par les rayons du soleil, et prit lentement connaissance du lieu où il se trouvait.

Une toile de tente kaki, et une désagréable odeur d'antiseptiques alcoolisés. L'hôpital de campagne.

Les derniers événements dont il avait été conscient lui revinrent brusquement en mémoire. Le char. Les Krauts. Alfred. L'explosion. Matthew.

Matthew.

_ Mattie !

Le Québécois se releva d'un bond, bien décidé à savoir ce qu'il était advenu de son compagnon, mais presque instantanément une nouvelle décharge électrique le traversa de haut en bas, lui arrachant malgré lui un petit cri de douleur alors que, la tête tournante, il s'écroulait mollement par terre, arrachant au passage l'aiguille de la perfusion qui était rentrée à l'intérieur de son coude.

Après avoir vainement tenté de se relever seul, le boucan provoqué par sa chute ayant attiré quelques infirmières, on l'aida à se lever du sol pour le remettre dans son lit - sans succès cependant, le priant de se tenir tranquille pour ne pas risquer de rouvrir ses blessures.

_ Osti de criss de calisse de tabarnak ! sacra le brun avec humeur, se débattant comme un beau diable malgré la douleur qui résonnait partout dans son corps. Lâchez-moi, maudites folles !

Il allait continuer que ce n'était pas quelques égratignures qui allaient le tuer, et qu'il devait absolument trouver son compagnon Canadien lorsqu'un petit claquement lingual agacé lui coupa la paroles.

_ About two weeks of unconsciousness, and the first thing you do when you wake up is to annoy everyone. Seriously.

Un coup d'oeil au lit positionné parallèlement au sein dans la tente confirma à la Belle Province qu'il ne se trompait pas sur le supposé propriétaire de cette voix certes éraillée et sèche. Avec un long soupir mi irrité mi las, le Québécois se recoucha comme on le lui ordonnait, répondant d'un ton grinçant, les dents serrés.

_ Heilles, commence pas, Angleterre.

_ In English, boy.

_ Don't pick up a fight, please, reprit le brun avec une grimace irritée.

_ I'm not, répondit Arthur avec un soupir, alors que la Belle Province l'entendait remuer lourdement dans son lit, comme si chaque mouvement lui coûtait énormément. Stay still, your head has been crushed in the incident. It has just healed so don't open it again by doing anything stupid.

Samuel grimaça légèrement une nouvelle fois lorsque une infirmière s'appliqua à ajuster le large pansement qui entourait son crâne. Il attendait patiemment que cette dernière ait fini de le tripoter, perdant tout de même un peu patience, puis lorsqu'elle fût partie il se hâta de reprendre à l'attention du britannique.

_ Where are Matthew and Alfred ?

Aucune réponse ne lui parvint. Visiblement, Angleterre refusait de lui répondre. Très bien. Serrant les dents, irrité, le Québécois reprit d'un ton plus appuyé et un peu sec.

_ Où c'est qu'ils sont, Matthew pis Alfred ?

Un long soupir lui parvint de la couche de l'Anglais, d'irritation ou de résignation, il ne le sut pas. Mais dans tous les cas, il lui répondit enfin.

_ We don't know. They were with us during the incident, but the squad that found us declare there were just the two of us. Excepted the corpse of the driver, of course.

_ Indeed, railla le brun en se crispant un peu plus, s'arrachant une grimace de douleur.

En toute honnêteté, cette histoire ne lui plaisait absolument pas. Bien sûr, les jumeaux s'étaient peut-être extirpés seuls des décombres et se cachaient à présent dans un coin en attendant de pouvoir réapparaître. Mais cette théorie était peu probable. Car même si, de manière surprenante, l'Américain aurait insisté pour disparaître un temps, le Canadien ne l'aurait jamais laissé derrière, surtout alors qu'il était blessé et inconscient, compressé sous les décombres fumants de leur char...

N'est-ce pas...?

Samuel secoua la tête de droite à gauche vivement, manquant de laisser échapper une légère plainte de douleur, se remettant les idées en place. Ce n'était pas le moment de commencer à douter de son compagnon, il n'avait pas besoin de cela dans sa situation actuelle !

Si les jumeaux avaient bel et bien disparu, il devait se concentrer sur sa guérison pour ainsi pouvoir se mettre à leur recherche le plus rapidement possible.

_ There are no clues about any place they could be ? s'enquit le Québécois, un peu plus calme, sentant tout de même une boule de nerfs se coincer et se tordre dans ses entrailles par à coups.

_ Actually, yes, souffla dans une grimace Arthur, alors qu'il se redressait légèrement sur son lit. There were some traces on the ground right next to us. From feet and tank.

Le brun garda alors le silence, ayant peur de comprendre ce que sous-entendait l'Anglais. Il ne pensait tout de même pas... Si ?

_ So you think...

_ Yes, le coupa le britannique. To me, the German guys who strike us did search for them, and bring them along in an unknown place.

Samuel laissa lentement sa tête retomber sur son oreiller, fermant les yeux, un mélange de rage et d'angoisse lui nouant les entrailles alors que ses poings se refermaient fermement sur les draps blancs du lit. Il n'était définitivement plus tranquille.

Du moins, jusqu'à ce qu'ils ne retrouvent son newfie préféré et son énergumène de frangin.

xXx

xXx Le 6 février 1945, Yalta ( Ukraine ), 10h55 xXx

Arthur fit lentement rouler sa tête en suivant la courbure de sa nuque, grimaçant légèrement en sentant ses vertèbres cervicales craquer sourdement alors qu'il les remettait en place. Il étira du mieux qu'il pût ses membres engourdis par la douleur, ne pouvant cependant rien faire à propos de son bras gauche bandé et de sa joue gauche pansée par un épais carré de coton.

Il se força à reprendre contenance malgré les petites décharges électriques qui traversaient parfois ses membres à cause de la douleur, se redressant comme il pouvait pour retrouver de sa prestance due à son statut de grand Empire. Puis, après avoir longuement expiré l'air de ses poumons, il ouvrit enfin la porte à laquelle il faisait face, la refermant ensuite derrière lui en pénétrant dans la pièce.

Russie se leva calmement de son siège à son arrivée, un large sourire aux lèvres, venant à sa rencontre pour lui serrer la main. La représentante de la nation où ils devaient se rencontrer n'était cependant pas présente, ce qui étonna le britannique, mais il ne s'y attarda pas, se reconcentrant sur sa poignée de main avec le Soviétique.

_ Bonjour, Англия ( Angliya ). Je suis heureux de voir que tu tiens encore debout, malgré les malheureux événements qui surviennent au sein de ta capitale. J'espère que tu n'en es pas affaibli, le salua Ivan en posant sa deuxième main sur la sienne dans un signe de compassion.

Comme s'il déplorait vraiment les victimes Londoniennes des bombardements perpétrés par la Luftwaffe.

Il le prenait vraiment pour un con.

_ Je suis aussi ravi de te voir en bon état, Russia. Mon peuple est vaillant et déterminé à en finir avec cette guerre. De plus, les bombardements de V2 sur Londres ne tarderont plus, je pense, à cesser, si je puis dire, répondit poliment l'Anglais en répondant au sourire du grand Russe, de manière certes un peu plus crispée.

_ Je prie pour que cela soit le cas, affirma Ivan en hochant de la tête positivement, continuant sa petite mascarade. Asseyons-nous donc un peu, si tu le veux bien.

Arthur arqua une petite grimace irritée puérile lorsque le Russe lui eût tourné le dos ( mais si, vous savez ? Le fameux " Nianiania " des enfants de primaire ), et le suivit jusqu'à s'asseoir face à lui dans un large divan rouge satin, devant une petite table basse en bois sûrement très coûteuse. C'était étonnant de trouver des meubles d'une aussi grande valeur - un bâtiment entier même d'une grande valeur - dans un pays comme l'Ukraine... Il ne voulait pas trop savoir pourquoi, en fait.

Se forçant à paraître le plus naturel possible, il s'assit tranquillement en faisant fi de la douleur qui le tiraillait, et croisa les jambes comme il en avait l'habitude, ses yeux verdoyants fixant de manière impassible les deux orbes violacées du Russe dont le sourire ne ternissait pas.

_ J'ai apporté quelques vatrushki, si tu en veux, dit ce dernier en désignant un plat de petites gourmandises disposé sur la table basse.

_ Je regrette, mais je n'ai pas faim, refusa avec toujours autant de politesse le britannique, s'obligeant mentalement à se montrer courtois et distingué avec Ivan.

Après tout, ils étaient là pour discuter de choses importantes. Pas pour prendre le thé en mangeant quelques petits gâteaux et en discutant de la météo du jour.

Le grand Russe haussa les épaules en articulant un petit " dommage ", puis s'installa un peu plus confortablement dans son fauteuil, croisant ses mains sur son estomac.

_ Tes troupes, alliées à celles des États-Unis, semblent avancer rapidement, n'est-ce pas ? demanda innocemment Ivan en tendant le bras pour attraper un verre qu'il remplit de vodka. J'ai même entendu dire que la libération de la Belgique et de la Hollande était entièrement ton oeuvre.

_ Pas exactement " la mienne ", répondit le blond, imperturbable. J'y avais envoyé Kyle et Liam, plus quelques soldats Canadiens volontaires qui ont été particulièrement efficaces. Mais, toi même, ton avancée sur le front Est est remarquable, Ivan.

_ Je n'en suis pas peu fier, en effet, en rougit presque le Russe, arquant un plus large sourire encore. J'ai retrouvé mes chères soeurs, et délivré plusieurs autres nations qui m'assistent dans notre lutte commune contre Allemagne et son expansion puérile. Cet enfant a bien besoin qu'on lui remette la couche culotte dans l'axe des fesses, si je puis m'exprimer ainsi.

Le britannique remarqua bien les phalanges de la nation du Nord qui blanchissaient, à mesure que ce dernier resserrait sa prise sur son verre. Oh, sujet sensible.

Tant mieux, il avait bien envie de le taquiner.

_ Et, puis-je savoir pour quelle raison tu pourrais t'exprimer ainsi ? demanda-t-il avec un large sourire, posant sa tête dans la paume de sa main droite.

Une légère hésitation sembla s'emparer du Russe, qui garda le silence un court instant suite à sa question. Arthur en aurait presque ri ; pousser les gens à parler était vraiment un divertissement inégalable.

_ As-tu entendu parler de ces camps, où les Nazis concentreraient et tueraient toute personne ne convenant pas à leurs critères de " race supérieure " ?

_ Qui n'en a pas entendu parler ? Cette rumeur a fait couler beaucoup d'encre chez moi. Pour pas grand chose, si tu veux mon avis, dit l'Anglais en se penchant légèrement pour attraper une tasse de thé.

_ Je les ai vu, de mes propres yeux, lâcha Ivan avec une légère grimace. A cette échelle, ce n'est plus un meurtre de masse, mais une extermination, Angleterre. Lorsque nous avons ouvert l'un de ces camps, ce sont des montagnes de cadavres décharnés pourrissant au soleil et dans la neige qui nous ont accueilli. Des montagnes. Et je ne te parle pas des charniers éparpillés un peu partout autour...!

Arthur fixa son allié en silence, l'écoutant parler sans l'interrompre, observant chacune de ses réactions corporelles avec attention. Il se tendait, se crispait. Il était mal à l'aise. Le britannique déposa lentement sa tasse sur la table basse, se réinstallant alors dans son divan ; puis, contre toute attente, il éclata de rire.

_ Je veux bien reconnaître que ce Adolf Hitler a un grain, et que toute cette mascarade de race supérieure et d'expansion territoriale est montée à la tête de Ludwig. Mais de là à imaginer un tel massacre en dehors des champs de bataille, excuse moi Russie, mais tu as une imagination débordante ! répondit l'Anglais, hilare.

_ Je ne plaisante pas, Angleterre ! C'est la pure vérité que je te raconte, s'indigna Ivan, outré d'être traité par son allié comme un simple enfant imaginatif.

_ Très bien, très bien. Soit, reprit ironiquement Arthur avec un large sourire en coin. Supposons que cela soit vrai, comme tu le dis : que pourrions-nous y faire ? Très honnêtement, s'ils souhaitent exterminer tout un peuple, ils ne se seront pas limités à un seul camp - les trouver prendrait déjà un temps fou, et en guerre le temps nous est compté. De plus, s'ils gardent prisonniers des innocents, nous ne pouvons pas non plus les bombarder pour les détruire plus facilement ; ce serait contraire à la morale des droits de l'homme, que de tuer un si grand nombre de victimes ainsi, et ce serait se rabaisser, à tes dires, à leurs actions présentes.

_ Je sais : " Agis toujours de telle façon que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans celle d'autrui, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen. " L'égalité de traitement entres les hommes, etc. France a énormément déteint sur toi, non ?

_ Il n'a en rien déteint sur moi, comme tu le dis, grinça le blond en fronçant les sourcils. Ce sont simplement des principes moraux fondamentaux que tout pays se doit d'appliquer, dans la mesure où il abolit sur ses terres le droit de certains hommes à disposer d'autres hommes comme de simples animaux.

_ Des pensées issues de la Révolution Française, répliqua le Russe en fixant Arthur droit dans les yeux. Il me semble pourtant qu'à cette époque, tu t'étais allié ardemment avec moi et d'autres nations, pour enrailler la diffusion de ces idées farfelues et utopistes d'un Francis pourtant acculé au bord du gouffre, submergé par l'Anarchie, la chute de la Monarchie, et l'arrivée de son petit Empereur minable - que tu détestais aussi, par ailleurs.

L'Anglais se redressa brusquement, se faisant grimacer de douleur, et vint frapper de toutes ses forces, avec son poing libre, la table en bois, provoquant un bruit monstre.

_ Nous ne sommes pas ici pour parler du passé, Russie. Je te prierai donc de bien vouloir te concentrer sur le principal but de cette entrevue organisée, à savoir le partage des territoires conquis par le Troisième Reich, siffla Arthur en perdant un instant son sang-froid, avant de se rasseoir plus calmement, se forçant à se calmer et à reprendre une allure digne de sa condition de gentleman.

Ivan leva les deux mains avec un sourire, s'avouant " vaincu " pour cette manche, puis se redressa légèrement en venant appuyer ses coudes sur ses genoux, les poings fermés soutenant son visage souriant.

_ Très bien. De quoi devons-nous donc débattre à ce sujet ? De toute façon, je ne compte pas te céder, ni à toi, ni à Amérique, la main que j'ai sur l'Europe de l'Est. Ces terres m'appartiennent.

_ Nous ne comptions pas te les prendre, rassure toi, railla le britannique avec un sourire en coin. Nous nous contenterons d'un bout de l'Allemagne. Et de Berlin.

_ C'est déjà beaucoup, marmonna le Russe en grimaçant.

_ Tu vas récupérer une bonne dizaine de pays avec de nombreuses ressources, et tu trouves le moyen de te plaindre pour quelques hectares de terre retournée par les bombardements ? siffla Arthur d'un ton cinglant.

_ Soit, soupira Ivan en secouant légèrement la tête de droite à gauche. Vous aurez une partie de l'Allemagne.

_ Ce n'est pas tout. J'ai aussi une requête personnelle, ajouta l'Anglais. Je veux que l'on donne une partie des terres à France.

_ Франция ( Frantsiya ) ? répéta le Soviétique en se redressant, étonné. Mais c'est un pays envahi, un perdant. Pourquoi voudrais-tu donc lui donner une terre comme les vainqueurs que nous serons assurément ?

_ Vichy collabore peut-être avec le Reich Nazi. Mais dois-je te rappeler que la France Libre du Général De Gaulle est un mouvement plus qu'actif qui oeuvre chaque jour pour aider l'avancée de nos armées, à l'Ouest comme en Afrique ? Si tu ne t'en souviens pas, tu as la mémoire bien courte, mon pauvre ami. Je soutiens qu'ils méritent ce territoire, continua le blond après s'être interrompu pour boire une gorgée de breuvage herbal. Cependant, libre à toi de suivre le même avis qu'Amérique...

Le grand Russe grimaça une nouvelle fois, secouant la tête de droite à gauche d'un geste désapprobateur. Arthur eut un petit sourire satisfait, ayant bien compris qu'Ivan refusait catégoriquement d'être assimilé à ce " capitaliste odieux ". Puis, semblant reprendre contenance, le Soviétique revint appuyer ses coudes sur ses genoux en souriant, fixant de son regard violet les deux orbes verdoyantes du britannique.

_ Mais dis moi, Angleterre. Tout cela mis à part, je trouve que notre très cher ami Amérique met beaucoup de temps à se montrer auprès de nous, non ? J'espère qu'il ne lui est pas arrivé malheur...

Le britannique marqua une pause, se crispant en tentant de toujours paraître détendu, et répondit calmement, soutenant le regard violacé du Soviétique.

_ Il a eu un empêchement de dernière minute, et se trouve actuellement sur l'un de nos fronts. Mais cela n'empêchera pas son président d'être présent cet après-midi pour rencontrer Staline et Churchill.

Le grand Russe articula un petit " oh " déçu, penchant d'un geste très enfantin son visage sur le côté, ne quittant pas des yeux Arthur qui, mal à l'aise, mima de s'intéresser fortement à sa tasse de thé. Ivan se leva de son fauteuil, et s'approcha de lui jusqu'à presque coller leurs bouts de bottes, posant le bout de son index droit sous le menton du britannique pour le forcer à relever la tête et à le regarder droit dans les yeux, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre.

_ En es-tu sûr, Артур ( Artur ) ?

Ce dernier demeura un instant figé, affrontant du regard le Soviétique qui lui souriait insolemment, puis il se releva lentement en écartant d'un geste brusque de la tête le doigt du Russe. Il s'étira de toute sa taille, paraissant tout de même bien petit face à la puissante et massive URSS, et répondit en le foudroyant du regard.

_ Sûr, et certain, Russie.

Et, sans rien ajouter d'autre, Arthur leva sa main valide et laissa basculer légèrement sa tasse de thé, renversant le liquide tiède sur les bottes d'Ivan qui eut un petit rire amusé. Il dépassa la nation du Nord sans encombre, ce dernier ne bougeant pas, et posa sa tasse à présent vide sur la table basse avant de tourner les talons, se dirigeant de nouveau vers la porte en réajustant le col de sa veste militaire.

_ Je compte tout de même sur toi pour insister en faveur de France auprès de ton gouvernement, lança-t-il par dessus son épaule. Sur ce, tu m'excuseras, mais j'ai à faire.

Ivan le salua d'un petit signe de tête alors qu'il regardait l'Anglais disparaître derrière la porte fermée. Avec un soupir amusé, il se laissa tomber lourdement sur le divan, fermant les yeux en riant doucement. Angleterre l'avait amusé, à défendre avec autant de ferveur une cause perdue telle que France. Car, à son humble avis, il ne faudrait rien attendre de l'hexagone, même si par le plus grand des hasards ils parvenaient à le retrouver.

Il ne serait plus qu'une loque en fin de vie, attendant son heure sagement tapi dans son coin.

Comme un petit animal blessé et brisé par la terreur du bourreau.

Le Russe eut un nouveau sourire en repensant aux paroles d'Arthur. Il savait de source sûre que l'état de santé du président américain était critique.

Avec quelques manipulations adroites, son cher Petit Père parviendrait aisément à lui soutirer quelques terres en Afrique.

xXx

xXx Le 15 février 1945, quelque part à l'Ouest du territoire ( Pologne ), 15h27 xXx

Gilbert chuta brusquement par terre, ayant trébuché sur un caillou plus gros que les autres, et s' étala de tout son long sur le sol boueux fraîchement déneigé. Serrant les dents, il s'obligea à se relever avec difficulté, et reprit sa route en réajustant son équipement sur ses épaules.

Ses troupes enchainaient les défaites sur le front Est, face à l'Armée Rouge. Ludwig allait lui passer un de ces savons... Mais, honnêtement, il se sentait si faible qu'il n'y prêterait que peu d'attention. Il avait sommeil... Tous ses membres le tiraient et le faisaient grimacer de douleur, et il se fatiguait bien trop vite à son goût.

Devait-il interpréter cela comme un signe d'une prochaine défaite définitive du Reich ?

Après tout, ils ne faisaient que perdre de plus en plus de terrain, tant en Europe qu'en Afrique, pris en tenaille par les Alliés. Son petit frère perdait de plus en plus pied avec la réalité, et se laissait submerger par la mégalomanie du Führer. Le Prussien grimaça.

Ludwig était encore trop jeune pour gérer ce genre de crise politique. Il s'était retrouvé au bord de gouffre suite à la Première Guerre mondiale, acculé par le Traité de Versailles qu'un Francis victorieux avait insisté à rendre plus rude encore que ce qui avait été décidé à l'origine. Et la Grande Dépression qui avait suivi n'avait fait qu'attiser les ressentiments de la précaire et toute jeune République de Weimar. Comme un enfant frustré de s'être vu confisqué l'un de ses jouets.

Et en toute logique, une vipère s'était glissée dans la fente créée par ces temps difficiles, et en avait profité pour y répandre son venin : le NSDAP, son antisémitisme en puissance et l'idéologie d'une race saxonne supérieure, incarné par le Führer Adolf Hitler. S'il devait bien lui reconnaître un talent, c'était qu'il était un orateur de génie, qui maîtrisait la rhétorique à la perfection. Il savait persuader les foules, et touchait toujours la corde sensible de son auditoire. Il n'avait eu qu'à marteler pendant plusieurs mois des slogans anti-français et anti-versailles pour gagner ensuite le soutien de la populasse. A chaque problème son bouc émissaire. Au début ce n'étaient que les Français, puis, les hommes n'ayant finalement que peu évolué depuis le Moyen Âge, on avait aussi accusé les Juifs. Ces rats de créanciers qui horripilaient le Führer au plus au point, c'est-à-dire jusqu'à les exterminer purement et simplement.

Ce genre de personnes ne lui inspirait qu'un profond dégoût.

A présent qu'il réalisait mieux les enjeux de cette guerre, ainsi que les actions qu'il avait perpétrées au nom de ce Reich tout puissant, Gilbert se dégoûtait lui-même. Comment avait-il pu être aveuglé à ce point par ce petit homme teigneux qui ne correspondait même pas à ses propres critères d'Absolu ? Et Ludwig, parlons-en tiens !

Il secoua la tête de droite à gauche, écoeuré. Ils avaient été d'une stupidité animale. Ils avaient suivi un meneur comme de vulgaires ruminants, et voilà où cela les avait mené...! Gilbert je sentait plus qu'une infime partie de ses territoires, au Nord de l'Allemagne, qui n'avaient pas encore été annexées par les Soviétiques. Jamais de sa longue et dure vie - mais totalement awesome malgré tout ! - Il ne s'était senti aussi faiblard et acculé à un gouffre.

C'était tuer, ou être tué.

Repousser les Russes, ou disparaître sous l'invasion de ses terres.

L'Albinos ne se sentait pas bien du tout. Son état s'était considérablement détérioré ce dernier mois, depuis qu'Ivan avait envahit la partie orientale de son pays. Et le repli des troupes allemandes ne s'effectuait pas assez rapidement, ce qui les avait précipité dans une course poursuite où ils étaient traqués par l'Armée Rouge qui, accessoirement, leur collait aux basques.

Gilbert fût interrompu dans ses pensées alors qu'il s'étalait une nouvelle fois au sol, écrasé par le poids de son propre équipement. La honte suprême.

Ce n'était absolument pas awesome...

Il tenta plusieurs fois de se relever, sans succès, à bout de force. Il avait l'impression que ses membres étaient devenus les spaghettis qu'engloutissait son petit Italie adoré, tant ils étaient mous et refusaient de lui obéir...! Essoufflé, il rendit les armes et se laissa choir nonchalamment, face contre terre, les yeux clos.

Il ne sut pas combien de temps s'écoula - une minute, une heure, une journée - mais il arriva un moment où il sentit une poigne ferme l'attraper par le col de la veste, et le retourner sans ménagement sur le dos. Papillonant des yeux un instant, il n'eût pas le temps d'articuler le moindre mot que son assaillant relâchait légèrement la prise qu'il avait sur son vêtement, prenant la parole d'une voix fluette d'enfant qu'il reconnut sans même le voir.

_ Et bien, Пруссия ( Prussiya ), tu as de la chance que je ne puisse pas m'endormir sans une petite balade nocturne ! Je ne m'attendais vraiment pas à te voir ici, surtout alors que tes hommes détalent comme des lapins en direction de Berlin...~

Une forte odeur de vodka confirma ses pensées.

Russie.

L'Albinos, par pur instinct de conservation, tenta immédiatement de se débattre pour fuir, mais fût aisément maîtrisé par le Soviétique qui le dominait de toute sa hauteur, maintenant de tout son poids ses épaules au sol.

_ Allons, allons ! Nous venons à peine de nous retrouver, et tu veux déjà t'en aller ?

_ Laisse-moi partir...! articula d'une voix rauque le Prussien, le coeur tambourinant dans la poitrine.

Honnêtement, il n'était en rien rassuré de cette situation de faiblesse face au Russe.

Et ce n'était pas du tout awesome...

_ Non, gloussa Ivan en s'accoudant sur le torse de sa "victime", appuyant son menton dans ses paumes, un large sourire sur le visage. J'ai envie de discuter un peu, tout le monde me fuit en ce moment, tu sais ? Et puis, même mes soeurs ne sont plus d'agréable compagnie : entre Katya qui est perturbée et Natalya... Qui ne change pas...!

Gilbert se contenta de l'écouter sans rien dire, l'air blasé. Mais qu'est-ce qu'il se foutait des états d'âme de ce taré ! Qu'il aille au Diable tiens, cela lui ferait des vacances !

_ Je m'en fous. Laisse-moi partir, siffla l'Albinos en se débattant légèrement.

_ Pas~ envie~ gloussa une nouvelle fois le Russe en riant doucement, se redressant sur les mains en les positionnant de chaque côté de son crâne.

_ Mais merde, je ne suis pas un jouet ! fulmina le Prussien en rouant le torse du Soviétique de coups de poings, faisant de même avec ses genoux contre son ventre, pour le faire basculer de sur lui - sans grand résultat -. On est ennemis, je te rappelle ! Alors je me fiche pas mal de savoir si tu as bien mangé ce midi et si les seins de ta soeur sont toujours aussi gros ! Juste : casse-toi et laisse-moi tranquille !

Un petit rire lui répondit alors que le sourire de son interlocuteur s'élargissait considérablement. Et que sa tristement célèbre aura meurtrière chargait l'air ambiant. Sentant une sueur froide couler dans son dos, Gilbert tenta de s'extirper une nouvelle fois des griffes de son assaillant, mais ce dernier força plus fort encore sur ses épaules pour le maintenir douloureusement au sol.

_ Oi, qu'est-ce que tu- protesta-t-il.

_ Fufu~ Ta jolie bouche ne devrait pas te servir à débiter tant de vilaines paroles, Gilbert~ ronronna Ivan en glissant une main dans le cou de l'Albinos.

Pour le serrer entres ses doigts.

Écarquillant les yeux, le Prussien tenta à nouveau de se débattre, rapidement immobilisé par le Russe, qui se pencha au-dessus de lui pour venir embrasser et mordiller le lobe de son oreille droite.

_ Tu sais que tu seras à moi, à la fin de la guerre, pas vrai ? A moi, et rien qu'à moi ! murmura Ivan en descendant ses lèvres dans le cou de son captif, libérant doucement sa gorge de sa poigne, le laissant inspirer une grande goulée d'air.

Au comble de la gêne, Gilbert ne souhaitait que disparaître au fond d'un trou de souris, et ne plus jamais en ressortir tant que cet enfoiré ne serait pas mort...! Mais alors qu'il tendait, malgré lui, le cou vers l'arrière tandis que son assaillant lui dévorait la peau du cou, des images lui revinrent en tête.

La chambre froide et silencieuse. Le ruban, sur ses yeux. Le tic-tac d'une horloge. L'odeur de vodka.

Le souffle chaud sur sa peau glacée. Les lèvres bouillantes réchauffant ses veines figées. La sensation d'être comblé de toute part. L'extase de l'orgasme.

Et des mots.

" Tu ne fais plus qu'un avec moi. "

Son rêve.

Ou cauchemar, il ne saurait dire.

Déglutissant avec difficulté, les joues rouge carmin, le Prussien repoussa de toutes ses maigres forces le corps du Soviétique qui s'échauffait contre lui en le déshabillant, appuyant du plat des mains sur ses épaules. Ce dernier se laissa faire en souriant toujours, l'observant silencieusement, le regard pétillant.

Puis, soudainement, il attrapa son visage entre les doigts d'une main, et les lia en un baiser fougueux mais bref avant de reprendre en se relevant, libérant enfin sa victime de son poids.

_ Retourne auprès de ton cher petit frère, siffla méchamment le Russe en lui adressant un regard aussi méprisant que hargneux. Et dis lui bien que je n'aurais aucune pitié pour un monstre tel que lui.

Et, sans attendre une quelconque réponse, il se détourna de son jouet, le laissant en plan alors qu'il s'en retournait dans ses quartiers. Gilbert, quand à lui, ne se fit pas prier, et se releva aussi vite qu'il pût pour déguerpir vers l'Ouest, espérant rapidement retrouver ses troupes qui l'avaient distancé, trébuchant régulièrement à cause de sa condition physique moins favorable que d'ordinaire à l'exercice physique.

Non, vraiment, il le sentait.

Cette guerre se finirait très mal. Dans son cas, tout du moins.

xXx

xXx Le 23 février 1945, Zweibrücken, Rhénanie Palatina ( Deutsches Reich ) xXx

Un affreux bourdonnement au niveau de ses oreilles le réveilla, et aussitôt il grimaça en recherchant de nouveau l'inconscience. Bon sang, cette douleur était insoutenable...! Il avait l'impression qu'on l'avait placé sous une gigantesque cloche métallique, et qu'on faisait sonner cette dernière au dessus de lui ; ainsi, les vibrations produites se répercutaient dans son crâne en un vibrato continu absolument horrible.

Une légère plainte lui échappa malgré lui, alors qu'il remuait lourdement, essayant de se réveiller comme il pouvait. Le sol sur lequel il était allongé était froid, glacial même. Couvert de copeaux de paille. Ou de journaux, il ne saurait dire.

Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était la parfaite impossibilité qu'il avait de se relever. Il était comme fixé au sol, son corps tout entier refusant de s'en détacher ; ses membres ne réagissaient plus aux signaux que son cerveau envoyait désespérément.

_ -fred...! Al-d...!

Une voix déformée résonna douloureusement dans son crâne en lui parvenant par à coup, lui arrachant une espèce de petit grognement accompagné d'un nouveau gémissement.

_ Al-ed...! Alfred...!

On l'appelait...? Oui, c'était lui, c'était bien son nom. Alfred. Qui l'appelait...? Cette voix se faisait de plus en plus distincte, et les intonations qu'elle prenait trahissaient un sentiment de peur intense.

La jeune superpuissance ouvrit lentement les yeux, le regard perdu dans le vague, un voile couvrant sa vue. C'était... désorientant, comme expérience. Au fur et à mesure qu'il papillonait des yeux, sa vision s'éclaircit enfin, devenant un peu plus nette.

Et il put distinguer qu'il était enfermé dans une sorte de cage.

_ Shit, Bro...! Wake up !

" Bro "...?

...

Matthew...?

_ Yeah... Yeah it's me...! Oh thank God Al, you're alive...! I couldn't stand to be the only one conscious here anymore...!

Son frère... C'était bien son frère qui lui parlait. L'Américain parvint à tourner lentement son visage de côté, apercevant à travers l'espèce de grillage de sa cage, à côté de lui, son jumeau recroquevillé sur lui-même tant leurs prisons étaient minuscules.

My head... and my body... damnit...

_ I know Al. I... I think they drugged you. Somebody must have told them about your specific physical condition...

C'était étrange. Il s'entendait parler, mais c'était comme si cette voix était détachée de son corps. Comme si elle ne lui appartenait plus. Il avait l'impression qu'une distance énorme, qu'un fossé s'était creusé entre lui et la réalité.

Tout lui parvenait de manière déformée, si bien que cela lui donnait la nausée. Les grillages des cages qu'il savait perpendiculaires et réguliers lui apparaissaient discontinus, tordus, ondulant même sous son regard. La silhouette de son frère se distordait de temps à autre, malgré les efforts de ce dernier qui, ayant passé ses doigts à travers les mailles métalliques, s'appliquait à masser doucement les tempes de la nation américaine, espérant sûrement que cela accélérerait la dissolution du poison qui avait mis KO cette dernière.

Jamais de sa vie il n'avait vu Alfred dans un état aussi faible et languissant. Ni durant la crise de 1929, ni le précédent conflit international ; ni la conquête de l'Ouest, son indépendance : même sa guerre civile ne l'avait pas mis au tapis comme le faisait cette simple drogue humaine. C'était incroyablement stupéfiant.

Et inquiétant, aussi.

Du mieux qu'il pouvait, Matthew s'appliquait à entretenir la lucidité de son jumeau, le gardant conscient, avec lui, en lui parlant de tout et de rien malgré les faibles protestations et gémissements de douleur que cela provoquait chez ce dernier. Il fallait mieux souffrir un peu que sombrer de nouveau dans le néant de l'inconscient.

Son entreprise fût interrompue par un claquement de botte cinglant sur le sol de la pièce où ils se trouvaient, qui leur était cachée par un drap recouvrant leurs cages. Ce dernier se retira brusquement, laissant apparaître aux yeux du Canadien trois hommes, deux militaires et une blouse blanche. Des Nazis, bien évidemment. Mais en toute honnêteté, ce n'était pas ce qui l'inquiétait à cet instant.

Les deux nations captives se trouvaient dans une espèce de bloc opératoire improvisé dans ce qui semblait être un bunker.

_ Ach, je vois que vous êtes enfin réveillés, s'enjailla le médecin en claquant des mains, se les frottant ensuite avec un grand sourire. Vous avez le sommeil lourd, vous, les Amerikanern ! ajouta-t-il en riant.

Avec une légère grimace, Matthew pressa inconsciemment plus fort sur les tempes de son frère, provoquant une réaction chez ce dernier qui gémit de nouveau. Le praticien Allemand s'approcha de leurs cages, et tapota à travers les mailles, de sa main gantée de noir jusqu'au coude, la cuisse de l'Américain.

_ Ma petite préparation a très bien fonctionné, continua-t-il, observant avec un sourire dissimulant à peine sa fierté. Il n'est pas capable de bouger.

_ Qu'est-ce que vous lui avez administré...?! demanda le blond en se braquant, ses doigts semblant vouloir attirer son frère plus près encore de lui pour le protéger.

_ Oh, rien de bien spécial, pour dire vrai. Une mixture mêlant Cocaïne, Opium, et Morphine. Le tout à une dose élevée, bien sûr !

_ Vous êtes complètement malade... grinça Matthew, comprenant bien mieux pourquoi Alfred était aussi shooté par la petite " drogue artisanale " du médecin Nazi.

L'Américain poussa une nouvelle petite plainte en remuant légèrement la tête contre les doigts de son jumeau, qui reporta immédiatement son attention sur lui en caressant doucement ses tempes avec ses pouces, tentant de le soulager comme il pouvait. Il gardait tout de même un oeil en coin vers l'Allemand, qui s'était depuis redressé et se frottait de nouveau les mains en souriant. Un tic, sûrement.

_ Bien, bien, bien. Ce n'est pas que cette scène ne me touche pas, mais vous n'êtes pas ici pour cela, reprit le médecin en ancrant son regard vert émeraude dans les prunelles légèrement violacées du Canadien.

_ Qui êtes-vous, au juste...? demanda ce dernier, de moins en moins rassuré, surtout avec le large sourire qu'affichait cet humain.

Il lui rappelait un peu trop Russie dans ses périodes de délires mégalomanes.

_ Moi ? Je suis le Herr Doktor Joseph Mengele, médecin du Reich et préféré de notre Führer bien aimé, répondit le brun alors que son sourire s'étirait un peu plus. Et vous, mes mignons, vous êtes mes patients.

D'un claquement de doigt, il ordonna aux deux soldats présents de se saisir de Matthew, l'extirpant de force de sa cage. Le blond se débattit furieusement, frappant de toutes ses forces les deux humains qui le tenaient fermement, les insultant de toutes les injures qu'il connaissait - en français comme en anglais, s'il vous plaît ! ; et ce n'était pas son genre ! - et leur compliqua bien la tâche pendant au moins une bonne dizaine de minutes jusqu'à ce qu'enfin ils ne parviennent à l'attacher - le sangler, plutôt - sur la table d'opération. Dans la position de l'étoile, bras et jambes écartés, il remua encore avec rage sa tête alors qu'on la sanglait elle aussi à la table.

Les liens de caoutchouc chauffaient sa peau à chaque mouvement jusqu'à le brûler, si bien que rapidement il cessa de bouger, se contentant d'observer ce qui allait advenir de lui.

_ Nehmen Sie den Lappen zu, und fügen Sie es auf dem Stuhl, ordonna encore le dit Mengele, alors qu'il s'appuyait lentement, à deux mains, sur le bord de la table d'opération, en fixant le Canadien dans les yeux.

Les soldats sortirent - avec plus de difficultés cette fois - Alfred de sa cage, le portant maladroitement jusqu'à le laisser choir dans le fauteuil, l'y sanglant comme l'avait exigé le médecin. Ce dernier les fit alors sortir, demeurant seul avec ses deux sujets.

L'Américain retenait à grand peine sa tête qui tanguait lentement de droite à gauche sur son torse, pris de nausées. Note à lui-même : Ne jamais sous-estimer les drogues allemandes. JAMAIS.

Alors qu'il parvenait à lever un peu les yeux vers la table d'opération, sur laquelle il pouvait distinguer la silhouette allongée et de profil de son frère, il observa Mengele glisser une main gantée sur le visage du Canadien, examinant ses yeux, ses traits, avec attention.

_ J'ai toujours été fasciné par le... "lien" qui unit des jumeaux entres eux. Il n'est, paraît-il, aucune connexion, dans la nature, entres deux êtres vivants aussi forte que celle-ci. Mais, continua-t-il en déboutonnant précautionneusement la chemise du blond, le seul problème est que de nos jours, la nature et les limites de ce lien nous sont encore inconnus. De quoi se constitue cette connexion ? Est-elle déjà présente dans le ventre de la génitrice ? Quelles sont les limites de ce lien ? Mais surtout : comment se manifeste-t-il en situation ?

Le brun écarta les deux pans du vêtement déboutonné sur les flancs de Matthew, ce dernier commençant réellement à paniquer. Il avait un très mauvais pressentiment sur ce qui allait advenir.

Un horrible pressentiment.

Il recommença à tirer sur ses liens, le coeur battant à toute allure, jetant quelques petits regards affolés à son jumeau. Par pitié, mon Dieu, faites qu'il retrouve ses esprits rapidement et qu'il puisse intervenir...!

Le médecin ajusta ses gants à ses coudes, reprenant son monologue d'un ton toujours aussi calme, son large sourire trônant sur ses lèvres, alors que ses doigts couraient sur le buste du Canadien, du bas de son cou jusqu'aux abdominaux, terminant sa ligne droite sur la ligne de la taille qu'il tapota légèrement.

_ J'ai déjà expérimenté ce lien, sur des jumeaux humains, et les résultats ont été... assez concluants. Mais à présent, ce sont des nations que je souhaite tester. Des nations jumelles.

Il se détourna de la table d'opération, s'éloignant vers un petit meuble adjacent où trônaient plusieurs ustensiles dont Matthew ne voulait absolument pas connaître la fonctionnalité. Ses yeux violacés fixaient le dos du praticien, qui s'activait à préparer une perfusion.

_ Le Canada et les États-Unis d'Amérique, reprit-il d'un ton rêveur. Ah ! Herr Beilschmitt n'aurait pas pu me livrer de spécimens plus parfaits ! Je sens que cette expérience va être passionnante ! s'exalta-t-il en se retournant, venant ensuite planter l'aiguille sans ménagement dans le coude du blond.

Ce dernier grimaça un instant sous la douleur, mais il était bien plus inquiet par le fait que le brun s'était une nouvelle fois échappé vers la " table des horreurs " que par le fait de voir bientôt son sang aspiré par le tuyau de la perfusion. Son corps se figea, tendu de tous ses muscles avec horreur, lorsqu'il vit s'approcher de nouveau le médecin vers lui.

Une espèce de poignard recourbé dans une main.

Sentant la panique prendre le pas sur son self control, Matthew se remit à tirer de toutes ses forces sur ses liens, espérant désespérément se libérer. Mengele se positionna près de son flanc droit, tournant le dos à l'Américain amorphe sur son fauteuil, et souriant toujours de toutes ses dents. Et brusquement, le Canadien eut une illumination. Il savait ce que voulait dire ce sourire.

C'était le sourire de la Mort elle-même.

_ Ça va faire un peu mal, gloussa le brun en posant sa main gauche libre sur les abdominaux du blond, l'obligeant à ne pas bouger les hanches.

Et il planta.

De toutes ses forces.

La lame d'acier s'enfonça brusquement dans la chair du Nord-américain au niveau de la ligne de la taille, lui coupant le souffle tant la douleur fût vive. Mais ce n'était rien comparé à ce qui suivit.

Un cri déchirant de douleur s'échappa de sa gorge alors qu'il sentait l'objet qui lui déchirait le ventre remonter par à coup en ligne droite, suivant le tracé de la main gauche du médecin qui glissait toujours plus haut, semblant vouloir atteindre le bas de son cou.

_ V-vous êtes un grand MALADE, parvint à cracher le Canadien, entres deux cris.

Le rire du praticien lui répondait, alors que ce dernier continuait son incision sanglante. Alfred assistait, quand à lui, impuissamment au découpage que l'on effectuait sur le corps de son frère, son regard à présent bien net - à son grand damne - rivé sur la table d'opération.

Il voyait le fluide vital de son jumeau glisser sur le sol, en gouttant depuis le bord de la table, s'écoulant depuis le sillon creusé par la lame du médecin. Dans la voix de son cadet, il pouvait entendre le sang qui s'accumulait dans sa gorge, et que ce dernier régurgitait comme il pouvait, le recrachant sur son menton et au coin de ses lèvres par jets écarlates épais. Il voyait le corps de son Mattie adoré se tordre dans tous les sens sur le métal froid de la table d'opération, dans les limites de ses liens serrés, tentant vainement de se libérer alors que le médecin finissait de l'ouvrir dans la longueur.

_ Arrête de gigoter, siffla Mengele en retirant enfin la lame du corps de son cobaye, lorsque cette dernière eut atteint le bas de son cou. Tu ne me facilites vraiment pas la tâche.

Le Canadien ne pouvait articuler que des cris et gémissements de douleur, qui ressemblaient de plus en plus aux plaintes d'agonie d'un animal se mourrant. Avec un haut-le-coeur, Alfred vit le "médecin" Nazi plonger ses mains dans l'abdomen de son petit frère, commençant à trifouiller son intérieur.

_ Je veux savoir. Je veux savoir comment vous êtes fait, vous, les nations. Je veux savoir si vous avez aussi ce "lien des jumeaux". Montrez-le moi, Herr Kanada, répétait le praticien, en continuant ses recherches morbides.

Matthew.

Mattie...!

Il devait bouger. C'était une nécessité. S'il n'intervenait pas... S'il ne parvenait pas à se libérer... Alors ce taré allait continuer de torturer son frère. Et il ne pouvait pas l'accepter.

Pour au moins la millième fois depuis le début de cette affreuse représentation sanglante, l'Américain tenta de faire bouger ses membres, en vain. Aucun ne répondait aux ordres qu'il s'efforçait d'envoyer depuis son cortex cérébral.

Mais merde à la fin, il n'allait pas devoir rester immobile ainsi pendant que son jumeau se faisait charcuter, quand même...!

Un hoquet soudain fit sursauter le coeur de la jeune superpuissance dans sa poitrine, alors que son regard se portait de nouveau sur la scène affreuse qui se déroulait sous ses yeux. Il croisa le violet troublé de son frère, et son sang ne fit qu'un tour.

Matthew pleurait.

De grosses larmes glissaient silencieusement sur les joues pâles du Canadien, se tintant de rouge en atteignant ses lèvres et son cou. Alfred ne l'avait pas vu pleurer depuis des dizaines d'années... Ce qui prouvait que ce dernier était en train de souffrir le martyr.

Animé par la rage, le Yankee se contracta de toutes ses forces, et parvint enfin à tirer sur ses liens jusqu'à en faire bouger son fauteuil sur le sol, provoquant un grincement plus que désagréable. Mengele, surpris dans sa dissection, se retourna prestement vers lui, provoquant un léger haut-le-coeur chez l'Américain.

Ses gants noirs dégoulinaient littéralement, sa blouse blanche était éclaboussée d'écarlate aussi rouge que son brassard à la svastika, et son visage était lui aussi moucheté de perles sanglantes qui glissaient lentement sur les courbes de sa mâchoire. Avec un petit claquement de langue embêté, l'Allemand s'écarta de la table d'opération où gisait le corps de son pauvre cadet.

_ Ma petite préparation ne fait plus effet, on dirait... dit simplement le praticien en extrayant une seringue sur la " table des horreurs ". Mais ce n'est pas grave, j'avais prévu une autre dose au cas où.

Appuyant sur la poussette, il fit gicler quelques gouttes de son poison avant de s'approcher de l'Américain qui se débattait de plus en plus vigoureusement.

_ Laisse toi piquer, allez, se plaignit Mengele en se saisissant de l'épaule droite d'Alfred.

_ N'essaye même pas de m'approcher, Vieux Schnock ! Pauvre timbré ! Demeuré de seconde zone ! Je- Aïe ! gémit le blond alors qu'on le piquait, se crispant en sentant le liquide glisser dans ses veines. Ne t'approche plus de mon frère, sale Krauts ! fulmina le Yankee alors que le brun s'en retournait déjà vers son cobaye au ventre écarté. Ôte tes mains dégueulasses de mon petit frère, ou je te jure que je te refais le portrait !

Il sentait déjà ses forces l'abandonner de nouveau, mais refusait de cesser de se débattre, hurlant toujours plus d'infamies à l'attention du médecin Nazi qui, se moquant éperdument de ce que cet original pouvait bien raconter, reprit son ouvrage où il l'avait laissé. Matthew était à présent silencieux, et se contentait de fixer du regard son jumeau, ses larmes coulant sans discontinue sur ses joues pâlies par l'hémorragie dont il était victime. Il n'avait même plus la force de gémir sa douleur et se laissait faire, priant très certainement pour que l'inconscience le gagne, ne laissant que de vagues plaintes soudaines traverser ses lèvres imbibées de sang.

_ Laisse... mon frère... Matthew...! articulait de plus en plus difficilement Alfred, se sentant glisser rapidement dans le néant.

Il ne pouvait pas. Pas maintenant. Pas avec ce que ce taré était en train d'infliger à Mattie...! Il se débattait avec moins de vigueur, essoufflé, stoppant avec désespoir ses mouvements alors que ses membres refusaient à nouveau de lui obéir.

_ Mattie... Matthew...

_ Al... fred...

Le jeune Nord-américain releva avec difficultés les yeux, et croisa les prunelles violettes tremblantes de son frère.

Le visage épleuré et ensanglanté de son jumeau fût la dernière chose qu'il vit avant de perdre connaissance.

xXx

xXx Le 1er mars 1945, Panzernest ( Deutsches Reich ), 19h57 xXx

Veneziano avait un très mauvais pressentiment. Il avait déjà vu ce genre de situation, et cela ne faisait qu'accentuer son appréhension.

Ludwig qui faisait les cent pas dans son bureau comme un fauve en cage, sous son nez.

Le Germain était bien trop nerveux, dernièrement. Lui qu'il connaissait plus réfléchi et calculateur, le voir aussi sanguin lui faisait un choc. Le blond multipliait les tics nerveux au niveau des mains, du visage ; il se mordait presque en permanence la lèvre inférieure jusqu'au sang tant il était crispé.

Tout cela inquiétait énormément le jeune Vénitien, qui ne savait plus quoi faire pour le calmer. Il avait l'impression que même lorsqu'ils couchaient ensemble, l'Aryen n'était pas vraiment avec lui. Il était constamment absorbé dans ses pensées avec concentration, et ne s'interrompait de ses réflexions qu'uniquement pour hurler sur un soldat ou sur le pauvre Italien.

Trois coups distincts retentirent contre la porte massive de la pièce. Aussitôt, Ludwig se stoppa dans sa marche rythmé en se crispant, et lança d'une voix forte, presque criée.

_ Komm rein !

Quelques protestations en allemand se firent entendre, puis on poussa à l'intérieur de lui qu'on avait demandé à voir.

Gilbert Beilschmitt. La Prusse. Plus Occidentale qu'Orientale, à présent, et affaiblie, certes ; mais toujours la Prusse. [ et ouais, il est comme Renaud : Toujours debout ! *part en crabe* ]

L'Albinos râla encore avec véhémence contre les deux soldats du Reich qui l'avaient visiblement traîné jusqu'ici sans ménagement, et se redressa fièrement en lissant son uniforme alors que ces derniers refermaient la porte du bureau. Ludwig attendit patiemment que son aîné s'immobilise pour enfin le saluer.

_ Gilbert.

_ ... Ludwig, répondit après une courte pause le Prussien, en plissant ses yeux carmins.

Les deux frères se jaugeaient à présent du regard, après ces salutations courtoises mais glaciales. Pas de " Bruder " pour l'un. Pas de " Lulu " pour l'autre. On aurait dit deux étrangers qui se rencontraient pour la seconde fois de leur vie.

Mais en rien deux frères du même sang.

Veneziano se rattatina un peu plus sur lui-même, s'enfonçant dans sa chaise craintivement. Par pitié, Dio, faites qu'ils n'en viennent pas aux mains...!

_ Tu sais pourquoi je t'ai fait venir, reprit calmement le blond en ôtant délicatement ses gants de cuir, les prenant ensuite dans sa main gauche.

_ J'ai ma petite idée, oui, répondit Gilbert, nullement impressionné par son cadet qui, pourtant, le dépassait à présent d'une bonne demi tête.

_ Et qu'as-tu à dire pour te défendre, dans ce cas ?

L'Albinos garda un moment le silence, observant son petit frère commencer à lui tourner autour lentement, en faisant claquer le talon de ses bottes au sol à chaque pas. Il avait l'impression de subir une sorte d'Inquisition, et, honnêtement, il détestait l'idée de subir le même sort que les malheureux du XVIème siècle.

_ Ils... sont mieux équipés que ce que nous pensions, tenta-t-il avec un léger haussement d'épaules.

_ Tu les as laissés avancer ! hurla l'Aryen en frappant violemment du poing contre l'objet le plus proche, dixit son bureau.

Cela fit un tel boucan que les deux autres nations sursautèrent brusquement, observant ensuite avec des yeux légèrement écarquillés le blond qui reprenait difficilement son calme.

_ Tu. Les as. Laissés. Avancer, articula avec hargne Ludwig, se tournant de nouveau vers son aîné. Tu es un bon à rien, un incapable ! débita-t-il en venant gifler les joues de Gilbert avec ses gants, ponctuant ainsi ses paroles.

L'Albinos attrapa brusquement le poignet de son cadet, le fusillant du regard en répondant sèchement.

_ Je t'interdis de me parler sur ce ton, Ludwig ! As-tu oublié grâce à qui tu es né ? Grâce à qui tu es devenu si fort ? Il me semble que tu me dois un minimum de reconnaissance et de respect !

_ J'ai honte, honte que tu sois mon frère ! continua le blond en ignorant complètement les paroles de son aîné. Comment une nation aussi puissante que moi peut-elle avoir un antécédent aussi pitoyable que toi ?

_ Ludwig !

_ La ferme !

L'Aryen avait de nouveau hurlé, faisant sursauter le petit Italien qui se recroquevilla un peu plus encore sur lui-même. Ludwig lui faisait peur. Terriblement peur, à cet instant. Il en avait presque les larmes aux yeux. Dans un sens, il leur était reconnaissant de parler dans la langue commune des nations ; ainsi, il pouvait suivre l'échange. Mais de l'autre, il aurait largement préféré que les deux frères ne se rencontrent pas, que Ludwig redevienne son Ludwig, celui qu'il connaissait et qu'il aimait, et que cette guerre se termine rapidement sur une fin heureuse et où tout le monde se retrouverait ensemble pour un bon repas amical.

Même les Alliés. Et Japon aussi, même si ce dernier se méfiait de plus en plus de lui à cause de son jumeau, et du statut autoproclamé de République Sociale Italienne qu'il avait pris, aux côtés de la Résistance, en chassant Mussolini du pouvoir il y a de cela presque deux ans. Il se doutait bien que Lovino n'avait pas quitté Rome, leur si belle capitale, et qu'il la protégeait du mieux possible des raids Allemands. Il avait eu vent de plusieurs massacres en Sicile, et dans le sud de leurs terres, perpétrés par l'Allemagne Nazie en représailles de cette proclamation " d'indépendance " politique vis à vis du Reich Tout Puissant, mais aussi d'une certaine alliance signée par son frère avec les États-Unis d'Amérique.

Parfois, se faire passer pour naïf et inoffensif avait du bon. Il pouvait se faufiler un peu partout, sans qu'on ne le soupçonne de la moindre mauvaise intention.

Et il n'en avait pas. Il voulait simplement s'informer de la situation de sa patrie, puisque Ludwig le tenait écarté des affaires politiques. Il en avait le droit, après tout. C'était ses terres, pas celles de l'Allemagne ! A présent, le Vénitien n'espérait qu'une chose : que Mussolini tombe.

Certes, puisqu'officiellement, c'était lui, l'Italie Fasciste du Nord, il en souffrirait. Énormément. Mais avec cet allié en moins sur le continent, Hitler ne tarderait pas à être écrasé par les armées Alliées. Et qui dit " annihilation de l'Allemagne Nazie " dit " retour de son Allemagne ordinaire ". Son Ludwig normal.

Mais visiblement, ce n'était pas pour demain.

Ludwig coupa court à ses réflexions avec un petit rire nerveux, voir psychotique, alors qu'il se mettait à trembler légèrement en observant son frère. Il était comme fou.

_ Oui... Oui, c'est ça... Soit tu es un incapable, soit... Soit, tu es un traître... Bien sûr, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt...! Tu as la position parfaite... Le grand frère en qui j'avais une confiance aveugle... Tu m'as trahi... Tu m'as trahi...

_ Ludwig, arrête tes enfantillages, tu veux ? Tu sais très bien que c'est faux, répondit l'Albinos, se voulant calme et rassurant pour apaiser son cadet.

Ce qui ne fonctionna absolument pas.

_ C'est faux ?! Dans ce cas, tu pourras m'expliquer de manière tout à fait décente et rationnelle les rapports sur Francis ! Hein ? cria une nouvelle fois le blond, complètement hystérique. Et les appels téléphoniques vers l'Espagne, aussi !

_ Tu m'as fait tracer ?! s'indigna le Prussien, outré de s'être fait prendre aussi facilement, reculant d'un pas en arrière comme si les mots du blond l'avaient heurté en pleine face.

_ Tu avoues tout seul. J'avais confiance en toi, Gilbert... Et toi ? Tu en as profité pour manigancer dans mon dos avec ta sale petite fouine de Latino pour me planter un couteau dans le dos ! Tu as de la chance que je sois trop occupé en ce moment pour m'occuper moi-même de cette vermine française puante !

L'Aryen avait craché ces derniers mots avec tant de dégoût et de hargne que le Prussien ne trouva rien à répondre. Il était choqué. Jamais encore il n'avait vu son petit frère dans un état de paranoïa aussi aigu. Il voyait la traîtrise partout, chez tout le monde, au point que c'en était devenu pathologique : cela influait sur son état physique - d'où l'apparition de ces tics nerveux qu'il avait observé depuis le début de leur entrevue.

Ludwig s'était approché de Veneziano, qui s'était sensiblement tendu à ce constat, et brusquement saisit ses cheveux dans son poing, les tirant sèchement en faisant gémir le brun de douleur.

_ Et toi ?! Toi aussi tu vas me trahir ?! Si même mon propre frère me laisse tomber, toi, tu n'as aucune raison de rester, non ?! hurla encore en tremblant le blond.

Complètement hystérique. Et désespéré, même. L'Italien pouvait le lire dans ses yeux : Allemagne avait perdu tout ses repères. Ses Alliés lui étaient arrachés les uns après les autres, son frère le trahissait, ses ennemis gagnaient de plus en plus de terrain sur son espace vital ; il se sentait sombrer.

Il avait peur.

Le petit brun, retenant courageusement les larmes de douleur qui perlaient à ses yeux, secoua négativement la tête avant de répondre en balbutiant, la voix tremblante.

_ Non... Non, Lud'... Jamais je ne te trahirais, tu le sais...! Jamais je ne te laisserais tomber...!

Le blond demeura silencieux un long moment, fixant seulement droit dans les yeux le Latin qui tentait doucement de dégager ses cheveux de la poigne du Germain. Mais à sa grande surprise, cette dernière se relâcha d'elle-même, alors que le blond se penchait pour serrer la tête de son compagnon contre son torse. Comme un enfant câlinant sa peluche préférée.

_ Oui... Oui, c'est vrai, excuse-moi Feli... Il n'y a qu'en toi que je peux avoir confiance... Toi... Toi, tu ne me trahiras pas, non... Non, tu ne me ferais pas ça, hein ? Parce que tu sais que je t'aime, et que j'ai besoin de toi, répondit le blond plus calmement, un léger sourire aux lèvres et les yeux clos, alors qu'il caressait avec douceur les cheveux auburn de l'Italien, comme s'il était la chose la plus fragile du monde.

Veneziano répondit maladroitement à son étreinte, posant simplement ses mains sur le ventre de son amant, tandis qu'il jetait un petit regard désolé au Prussien. Il ne savait vraiment plus quoi faire pour soulager Ludwig du poids de cet Empire irrationnel. Il fallait absolument stopper ce massacre. Maintenant.

Tant que le blond n'était pas totalement perdu.

Ce dernier se redressa en relâchant le Vénitien, s'éloignant de nouveau pour revenir vers son frère, qui soupira légèrement avant de reprendre.

_ Lulu... Tu sais très bien que c'est faux. Je suis ton frère, je ne peux pas te trahir ou te vouloir du mal...!

Gilbert s'approcha doucement de son cadet, posant ses mains sur les siennes. Mais il se vit repousser violemment d'un revers de bras.

_ Ne me touche pas ! Tu es un traître ! Un TRAÎTRE ! Tu essayes de m'embrouiller pour m'avoir... Tu veux me prendre par les sentiments... Mais ça ne marchera pas ! Ça ne marchera plus ! répondit en haussant le ton une nouvelle fois le blond, prit d'un petit rire nerveux.

_ Ludwig...!

_ Tu devrais m'être reconnaissant ! C'est grâce à moi que tu n'es pas dans un camp en ce moment-même !

_ Ludwig !

_ NE ME TOUCHE PAS ! TRAÎTRE !

Le coup partit tout seul. Suivi aussitôt d'une réponse du Prussien, qui avait réagi par réflexe.

Et tout vrilla en quelques secondes.

Sous les yeux horrifiés de la petite Italie du Nord, les deux frères en étaient venus aux mains, aux poings, aux pieds. À tout ce qui pouvait servir pour frapper l'autre. L'un hurlait à la traîtrise, l'autre s'accrochait à le raisonner sans grand résultat.

Des meubles furent renversés, un vase se brisa en éclats sur le sol. Le sang gicla bientôt de leurs blessures, des lèvres ouvertes et des arcades brisées par les coups de poings.

Veneziano hésitait à s'interposer entres eux. Contrairement à Roderich, Gilbert rendait les coups. Moins fort, mais il les rendait. Se mettre entres eux serait s'exposer à leurs poings, et l'Italien savait qu'il ne rivaliserait pas avec eux. Quoique, peut-être que s'il se faisait mettre KO par l'un des deux, cela les dissuaderait de continuer à se battre...

Non, mauvaise idée.

Les deux Germains roulèrent au sol en se frappant toujours, le Prussien se faisant malgré tout aisément surpasser par son cadet qui parvint à le maintenir sous lui, le rouant de coups qu'il parvenait à rendre plus ou moins. Puis, rapidement, il se sentit dépassé par les événements, alors que ses forces l'abandonnaient de nouveau. Ses coups se firent moins véhéments, moins puissants ; essoufflé, il finit par laisser ses bras glisser par terre, s'avouant vaincu.

Ludwig était plus fort que lui, à présent.

L'Aigle Noir du Nord, vaincu par son propre petit Aiglon. Dans un sens, il devrait s'en réjouir : cela prouvait qu'il l'avait bien élevé. Mais étrangement, cela lui laissait un goût amer dans la gorge.

C'était peut-être dû aussi au goût métallique du sang qui stagnait dans sa bouche.

Le blond se releva, reprenant lui aussi son souffle, essuyant d'un revers de main sa lèvre ouverte qui soignait abondamment. Il observa longuement, le regard glacial, les yeux pourpres mi clos de son aîné, gardant le silence en le défiant de se relever. Ce que ce dernier ne put faire.

Lassé, Ludwig eut un long soupir résigné, et sortit son revolver personnel qu'il avait toujours sur lui, le pointant, chargé, vers son frère.

_ Les traîtres doivent mourir. Sinon, c'est moi qui mourrait, déclama d'une voix impartiale l'Aryen, alors qu'il resserrait son doigt sur la gâchette.

Le Prussien ferma les yeux, anticipant la douleur de recevoir une balle entres les deux yeux. A dire vrai, ce n'était même pas cette perspective qui lui faisait le plus mal. C'était d'être visé, et abattu par son propre frère. Par son sang. Par son petit Lulu.

Mais la balle ne vint jamais.

_ Ludwig, arrête !

Veneziano s'était brusquement relevé de sa chaise, si violemment que cette dernière s'écrasa avec fracas au sol. Il s'était écrié avec une voix tremblante, les yeux emplis de larmes et de peur, tant pour le Prussien que pour son compagnon.

Ce petit était un Ange, un amour. C'était incroyable d'être aussi pur et doux.

Avec soulagement, Gilbert vit la main de son cadet se mettre à trembler violemment, alors que son arme tombait à terre.

_ B-Bruder...

Le souffle saccadé, Ludwig semblait réaliser seulement tout ce qui venait de se passer, dans cette pièce, entre lui et son aîné. La terreur que l'Albinos pouvait lire dans ses yeux en témoignait.

Et alors qu'il se sentait glisser dans l'inconscience, son petit frère quittait précipitamment les lieux.

Le Vénitien se rua aux côtés de Gilbert, venant palper son pouls et vérifier sa respiration tout en lui parlant d'une voix affolée, paniquant devant son absence de réponse.

_ Gilbert...! Gilbert ! Tu m'entends ? Ouvre les yeux, je t'en prie...! Gilbert ! Soldat ! Soldat ! Ein Doktor, schnell !

Avec quelques mots d'Allemand qu'il avait mémorisé, l'Italien ordonna à quelques soldats qui traînaient toujours dans les couloirs du manoir d'aller chercher un médecin, demeurant au côté de la nation prussienne meurtrie et inerte, cherchant un moyen de lui faire reprendre conscience rapidement.

Sans y parvenir.


Lexique :

Англия ( Angliya ) : Angleterre ( Russe )

Франция ( Frantsiya ) : France ( Russe )

Артур ( Artur ) : Arthur ( Russe )

Пруссия ( Prussiya ) : Prusse ( Russe )

Komm rein ! : Entrez ! ( Allemand )

Dio : Dieu ( Italien )

Soldat ! Soldat ! Ein Doktor, schnell ! : Soldat ! Soldat ! Un docteur, vite ! ( Allemand )

xXx

Traductions :

¤ Part 1~

_ Presque deux semaines d'inconscience, et la première chose que tu fais en te réveillant est d'emmerder les autres. Sérieusement.

_ En Anglais gamin.

_ Ne me cherche pas des noises, s'il te plait.

_ Je ne le fais pas. Reste tranquille, ta tête a été écrasée pendant l'accident. Ça vient juste de guérir, alors ne la réouvre pas en faisant quelque chose de stupide.

_ Où sont Matthew et Alfred ?

_ On ne sait pas. Ils étaient avec nous au moment de l'accident, mais la division qui nous a trouvé déclare qu'il n'y avait que nous deux. Excepté le cadavre du conducteur, bien sûr.

_ Bien sûr.

_ Il n'y a aucun indice à propos d'un quelconque endroit où ils pourraient être ?

_ En fait, si. Il y avait des traces sur le sol, juste à côté de nous. Des traces de pieds et de char.

_ Alors tu penses...

_ Oui. Les Allemands qui nous ont attaqué les cherchaient, et les ont emmené dans un lieu que nous ne connaissons pas.

¤ Part 4 ~

_ Putain frérot, réveille toi !

_ Oui, oui c'est moi ! Oh merci mon Dieu Al, tu es vivant ! Je n'en pouvais plus d'être me seul conscient dans cet endroit !

_ Ma tête et mon corps... Putain...

_ Je sais, je... Je crois qu'ils t'ont drogué. Quelqu'un a dû leur parler de ta condition physique spéciale.

_ Amenez la loque aussi, et attachez-le sur le fauteuil.

_ Laisse... Mon frère... Matthew...

xXx

→ " Agis toujours de telle façon que tu traites l'humanité, autant dans ta personne que dans celle d'autrui, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen " est la deuxième maxime du devoir du philosophe allemand Kant, dont les écrits ont énormément influencé la déclaration universelle des droits de l'homme après la Seconde guerre mondiale. Quel rapport avec la Révolution Française ? Et bien Kant est un philosophe de la fin du XVIIIeme siècle, fervent admirateur des auteurs français des Lumières, et tout particulièrement Rousseau ( JJ, pour les intimes. ) Et puis bon cette maxime, elle rappelle beaucoup le premier article de la DDHC non ? " Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits. " Bon ok, dignité ne vient que dans la déclaration universelle, mais c'est presque pareil. Pis Kant défendait déjà l'idée d'égalité des conditions, et même d'une société des nations ( Plus de 100 ans avant la création de la SDN en 1918 ! Et ouais maggle ! Nostradamus le gars ! ) ...! ( Lisez " Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique " de Kant, si vous êtes en terminale et que vous avez abordé le sujet de l'histoire en philo. Vous allez HALLUCINER à certains passages ! )

→ Au cas où vous ne le saviez pas, la prise de parti d'Angleterre pour France n'est pas inventée. Historiquement parlant, c'est Churchill qui a défendu bec et ongle la France Libre pour que cette dernière soit reconnue comme un pays Allié et donc Vainqueur par Roosevelt, Staline et Tchang Kai Tcheck ( puis Mao Zedong ) qui eux baaaah n'étaient pas franchement pour. Après tout, la France s'était laissée envahir et avait collaboré avec les Nazis, elle n'était qu'un ramassis de traîtres et il me semble même que Roosevelt l'avait qualifiée comme étant le "problème" de l'Europe, un truc du genre. ( je ne me souviens plus de l'expression exacte et je ne la retrouve pas sur Internet, pardon ! )

xXx

→ Joseph MENGELE ( 1911 - 1979 ) : Physicien Allemand et officier SS durant la Seconde Guerre mondiale, ce taré surnommé "L'Ange de la Mort" exerçait en temps que "médecin" dans le camp d'extermination d'Auschwitz II Birkenau. Ayant une fascination morbide pour les vrais jumeaux, l'hétérochromie ( les yeux vairons ou qui ont deux couleurs dans l'iris - comme moi - ), le nanisme ( un "genre" de nains ) et les déformations anatomiques, il pratiquait toutes sortes d'expériences sur ses patients, dont des amputations inutiles, des injections infectieuses ou des transfusions entres jumeaux. Et des dissections de cadavres. Il était réputé d'un sadisme particulier, ainsi que d'un antisémitisme violent. Plusieurs témoignages de ses victimes ayant survécues à ses expériences expriment la même idée, que les autres patients partageaient certainement entres eux : le sourire de Mengele était si effrayant, qu'on le disait de la Mort elle-même ; quand il vous souriait, la Mort venait vous chercher. Et en gros pour terminer, il a fini sa vie pépère en Argentine et il s'est noyé comme un con.


NOM DE DIEU.

Comment je vais me sortir de cette situation bordel ? Mais qu'est-ce qu'il m'a pris de vouloir faire ça à mes bébés ?! D: Le scénario de base part complètement en couille... D'abord le BTT, puis Samuel qui arrive en cours de route, et maintenant mes bébés TwT""

Je vous le dis, ON EST PAS SORTIS DE L'AUBERGE PTN. *pan*

Et ça se voit terriblement que je n'ai AUCUN PLAN dans cette fic :,D

J'aime tellement écrire la lente chute d'Allemagne... Il sombre de plus en plus dans la folie, je kiffe écrire ces passages o/ *sadique en puissance*

Je vous rassure tout de suite - je vous sens venir, Prusse n'est pas mort ! Juste inconscient, ne paniquez pas, ne vous jetez pas du haut d'un pont, je ne veux pas avoir votre mort sur la conscience ! *pan*

BREF. Comme d'habitude, j'espère que ce chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser une petite review, même toi, lecteur anonyme ! Ça fait toujours plaisir !

Je m'excuse d'avance de la longue pause que vous allez subir pour cette fic, jusqu'aux résultats du baccalauréat début Juillet... Deux mois... Quoique, vous me direz, ça changera pas trop de d'habitude XD *AUTOFLAGELLATION DE L'ENFER* RE BREF.

Je vous fais de gros poutoux sur les deux joues, mes petits lecteurs adorés~