Chapitre 11
"Mort ? Comme dans plus en vie mais mort ?" Demanda Gregor.
Allemane fronça les sourcils, "Connaissez-vous une autre signification au mot 'mort' ?" Il se releva et marcha loin du cadavre, les morts le dégoûtaient. Il alla se chercher un autre verre.
Lao Ma mit sa main sur le front du Roi Nebuharin et imposa ses mains sur sa tête. Elle chuchota quelques mots inintelligibles pour les autres, puis se releva et alla chercher sa serviette de table pour revenir poser la pièce de tissus sur le visage du Roi mort.
Ils se retournèrent tous vers Kulam, qui riait. Le Roi de Perse tremblait hilare. "Mes Félicitations, Reine Farza, vous avez réussi une fois de plus. Je ne savais pas que la Syrie avait des vues sur Babylone. Mais vous auriez du songer à un moyen de vous échapper de ce palais avant d'agir."
L'opulente femme se poussa de la table et se leva. "Comment osez-vous! Vous ne pensez pas sérieusement que j'ai un rapport avec sa mort!"
"Le poison est pourtant votre spécialité." Dit Kulam inutilement. L'habileté de Farza était bien connue. "Devrais-je avoir peur de finir ma coupe maintenant ? Pour qui d'entre-nous avez-vous prévu le même sort ?" Il prit sa coupe et fit tournoyer le liquide ambré contre sa jante.
"Aucun –"
"Ce serait plutôt commode pour vous Kulam," observa Allemane, "si Reine Farza était accusée. Perse n'a-t-il pas l'œil sur Babylone depuis quelque temps déjà ?"
"Fermez là!" La voix de Xena claqua comme un fouet. La Conquérante se leva à sa pleine hauteur et jeta un regard mauvais aux deux dirigeants qui s'accusaient à qui mieux, mieux. La Perse et la Syrie étaient des ennemis de longues dates. Elle ne s'attendait à ce qu'ils se comportent autrement étant donné les circonstances. "Lao Ma, donnes-moi la coupe de Nebuharin."
L'Impératrice récupéra la coupe qui était sur le plancher et la lui remit.
Xena la porta à son nez et la renifla. Il s'en dégageait une faible odeur qui lui rappelait celle des souris. "Ciguë et beaucoup en plus, juste à l'odeur."
Il y eut un enchevêtrement de cris et ils se retournèrent tous pour voir Pompey pousser les quatre servantes dans la salle à manger. Elles semblaient terrifiées par l'empereur, et essayaient de se tenir aussi loin de lui que possible.
"Que faites-vous, Pompey ?" Demanda calmement Lao Ma, tandis qu'elle se déplaçait pour calmer une des jeunes filles qui pleurait à chaudes larmes.
"Si personne ne l'a remarqué, notre hôte est mort. Quelqu'un veut-il penser à ce que la Garde Royale de ce Palais nous ferait si cela venait à ses oreilles ? Nous ne pouvions pas risquer qu'elles se sauvent à toutes jambes pour aller donner l'alerte. Même en réunissant tous nos soldats, nous serions deux fois moins nombreux."
Xena inclina la tête. "Il a raison." Elle chercha du regard la plus grande des quatre servantes, qui malgré tout ne lui arrivait pas même à l'épaule. "Comment t'appels-tu ?"
Les yeux bruns de la domestique firent tout leur possible pour éviter le regard intimidant de la Conquérante.
La grande main de Xena s'empara de la mâchoire de la jeune femme, et la força à la regarder dans les yeux. "Ton nom ?" Répéta-t-elle.
Une expression confuse fut sa réponse.
"Comprend-elle notre langue?" Demanda Gabrielle. Elle jeta un coup d'œil vers le bas quand elle sentit un léger frottement contre sa jambe. Elle vit Pei-cha lever les yeux avec espoir vers elle. Y trouvant un plaisir inattendu, elle étendit la main et commença à caresser son épaisse fourrure. Le grand chat se dressa sur ses pattes arrières et mit celles de devant sur ses genoux, apportant sa tête presqu'au même niveau que celle de Gabrielle. Il frotta encore le sommet de sa tête contre son menton. Gabrielle chuchota à son oreille, "Ouais, je t'aime aussi, Pei-cha. Tu es un beau garçon."
La Conquérante parla à nouveau, mais cette fois en langue babylonienne, étonnant tout le monde à part Gabrielle. L'oracle l'ajouta simplement aux cinq autres langues que la Conquérante parlait couramment. Gabrielle regarda les autres dirigeants autour d'elle d'un air suffisant; ils n'ont aucune idée avec qui ils traitent.
"Dis-moi ton nom."
La servante se détendit un peu, et comprit enfin. "Emelle."
"Écoutes-moi attentivement. Je veux que vous alliez vous asseoir là-bas, et que vous vous teniez tranquille. Si n'importe laquelle d'entre vous tente de s'enfuir, je vous tuerai toutes. Me comprends-tu, Emelle?"
Emelle frissonna de terreur en entendant son nom sortir de la bouche de l'imposante Conquérante. En se recomposant rapidement, elle jeta un coup d'œil aux trois autres domestiques, chacune d'elles lui indiquèrent qu'elles avaient aussi comprit la menace. "Oui, nous ferons tout ce que vous voulez."
"Maintenant, assis. Je m'occuperai de vous plus tard." Elle donna une légère poussée à la fille qui se dirigea vers le banc près du bar et ensuite elle examina le reste de la maison de jardin. "Je suppose que ça soit trop espérer que Nebuharin se soit suicidé."
Le Proconsul renifla dédaigneusement. "Je pense ainsi. Il semblait un peu étonné de ne plus arriver à respirer." Il leva une main noueuse bien haute. "À moins que vous persistiez à penser que je me suis moi-même fait ça." Revenant encore sur sa main handicapée.
Xena le regarda et grogna, "Tu l'as fait, Gregor. Et si tu continu à me le rappeler, je pourrais avoir envie de recommencer. Apparemment, tu n'as rien appris."
Allemane renifla son gobelet avant de boire. "Mais qui pourrait avoir mit du poison dans sa coupe? Il s'est servi lui-même chaque fois que celle-ci était vide. Les servantes n'ont seulement que servit le repas et rien d'autre..."
"Pourquoi Nebuharin aurait-il voulu se suicider?" Demanda Dokov. "Il voulait nous forcer à faire la paix. Bien que, ce soit un imbécile, puisque nous ne ferons jamais la paix, il en va de soit."
"Il est préférable de ne pas de parler en mal des morts," Répliqua Lao Ma. "Un jour nous finiront comme lui."
"Ce jour viendra prématurément si nous laissons Farza séjourner ici avec nous," Claironna Kulam. Il se tourna vers Pompey, "Livrons la aux Gardes du Palais, et disons leur que c'est elle la meurtrière de Nebuharin, cela nous fera gagner un temps précieux. De plus il est tout à fait approprié de l'accusé. Elle a tué son mari en utilisant le même poison – soit la ciguë. Nous la leur livrons et nous partons d'ici."
Pompey considéra la proposition. "Je pense …"
"Je ne me laisserais pas livré comme un pauvre agneau sacrificiel!" Dit Farza en poussant des cris aigus, et en tremblant de colère. "Je ne l'ai pas tué. Mais je me demande pourquoi vous continuez à insister sur ma culpabilité, Kulam." Sa dernière déclaration était remplie d'insinuation.
"Comment avez-vous réussi, Destructrice ?" Demanda Dokov. Il se déplaça lentement vers l'arrière de la table au cas où.
Xena fronça les sourcils, "Conquérante. Réussi quoi?"
"Tué Nebuharin, bien sûr."
La tête de Gabrielle se leva à cette accusation. "Elle n'a rien fait de telle !" Sa colère se transmit à Pei-cha qui leva des yeux hostiles vers le Chef des Huns. Quand Dokov regarda le léopard, celui-ci gronda modestement, et le Huns recula encore derrière la table loin de la Reine aux cheveux blonds.
"Ça va, Gabrielle," Dit la Conquérante pour la calmer.
Dokov regarda l'Amazone avec un mépris non voilé. "Vous avez fomenté tout cela, n'est-ce pas?" Il se tourna vers les autres dirigeants, "je ne lui ai pas causé préjudice ce soir. Elle a menti pour nous distraire tous. C'était leur stratagème : nous faire lever de table, pour attirer notre attention ailleurs tandis que le petit animal de compagnie de la Destructrice qu'elle est, versait le poison dans le verre de Nebuharin."
"Tu as tripoté ma cuisse espèce de salopard!" S'écria Gabrielle, indigné.
"Ça c'est ce que tu dis."
Xena se porta à la défense de Gabrielle, sa voix perdit quelques octaves, et se fit très menaçante. "C'est ce que je dis moi qui est important. Accuses-moi de ce que tu veux, Dokov. Mais laisse-la, en dehors de tout ça. Elle n'est pas comme nous tous."
Les yeux d'Allemane se rétrécirent, "si vous croyez que c'est ce qui c'est passé, alors n'importe lequel d'entre nous pourrait l'avoir empoisonné. Nous, nous déplacions tous à ce moment."
Le Huns secoua lentement la tête, un grand sourire découvrit une fois de plus ses dents pointues. "Inexacte. Je ne circulais pas. J'étais attaqué par la Destructrice."
"Bien, peut-être as-tu un complice," fit remarquer Gabrielle nonchalamment pour lui retourner la faveur.
Xena sourit d'un air satisfait, Eh bien, elle est peut-être un peu comme nous en fin de compte. "Je ne l'ai pas tué. Et Gabrielle encore moins. Mais je ne m'attends pas à ce que n'importe lequel d'entre vous me crois. Pas plus que je crois vos pitoyable démentis."
"Je n'ai pas entendu Lao Ma nier quoi que ce soit," Dit Allemane d'un ton acerbe.
"Les innocents n'ont pas besoin de se défendre," vint la calme réponse.
"Oh s'il vous plaît! Vous êtes à peine innocente. Dites-moi, comment va Tzulao ?" Répliqua Allemane d'un ton moqueur.
Des yeux impénétrables rencontrèrent les siens. "Il est toujours souffrant, j'en ai bien peur."
"Parce que vous trouvez cela pratique qu'il le soit. Vous le maintenez drogués et comateux tandis que vous usurpé de son trône." Pompey se leva et pointa un doigt accusateur vers la femme aux yeux bridés. "Vous pouvez feindre d'être une dirigeante bienveillante, mais vous n'êtes rien de plus qu'une concubine élevée fortuitement au rang d'Impératrice."
Gabrielle observa Lao Ma qui ne réagit d'aucune façon aux accusations qui étaient portées contre elle. La Reine des Amazones savait qu'elle ne pourrait jamais réussir à garder un tel calme. Comme si Pei-cha avait sentit l'embarras de sa maîtresse, il prit congé de Gabrielle et alla rejoindre Lao Ma.
L'Impératrice gratta l'arrière des oreilles touffues de Pei-cha, et le félin posa sa tête sur sa cuisse. "Néanmoins, je gouverne," dit-elle, en s'adressant doucement à Pei-cha, comme si ce commentaire lui était destiné.
"Parce que cette chienne vous soutient." S'écria Allemane en pointant son index sur Xena qui observait tranquillement l'échange.
"Notre alliance ne te regarde en rien. Et reprends ton doigt avant que je ne le te l'arrache et en fasse un hors-d'œuvre pour Pei-Cha." La Conquérante plaça son bras derrière la chaise de Gabrielle. "Peu importe les relations que nous entretenons moi et Lao Ma, ce n'est certainement pas cela qui a tué Nebuharin, pas plus que l'alliance de César avec Éphèse ou l'alliance de la Syrie avec la Perse."
"Alors, qu'allons nous faire ?" Demanda Gabrielle, anxieuse de changer de sujet.
Les neuf dirigeants échangèrent des regards perplexes comme chacun d'eux évaluait leurs rivaux. "Mettons Nebuharin dans sa chambre à coucher et retirons-nous pour la nuit," suggéra finalement Pompey. "Nous pourrons décider quoi faire demain matin."
"Et que fait-on d'elles ?" Demanda Kulam, en indiquant les servantes.
"Nous les enfermerons dans une pièce," répondit Xena. "Cela les empêchera d'alerter les gardes. Gardons-les en vies pour préparer nos repas. Nous déciderons demain, comme Pompey l'a dit, de ce que nous allons faire pour régler la situation."
Farza ricana, "je pense que je ferai mes propres repas, en vérité."
"Pourquoi?" Rétorqua Kulam. "À ce que je sache, vous n'avez pas le moindre souci à vous faire Farza."
