Note : Un gros retard d'une semaine à cause d'un surplus de travail qui ne m'a autorisé aucune pause créative. Je vais me rattraper avec un deuxième chapitre dès ce weekend pour me mettre à jour, et on reprend normalement la semaine prochaine.

Réponse aux reviews : Swangranger : Merci pour tes commentaires toujours aussi agréables. J'essaye de rendre Gates intéressant, pour l'instant on vient d'apercevoir une des faces de sa personnalité, mais il reste beaucoup de chose à connaître sur lui et ses motivations. Jujub : Merci beaucoup, j'espère aussi avoir plus de review, c'est plutôt maigre en ce moment, mais j'écris surtout pour moi. Bookengulfer : Je n'avais pas pensé à Lockhart. Mais je pense que les motivations de Gates sont plus profondes qu'un besoin de notoriété.

Bonne lecture à tous.


Le vent glacé sur mes joues

16 novembre

Voilà déjà plus d'un mois que ma relation avec McGonagall était devenue conflictuelle. J'attendais toujours des nouvelles d'un éventuel professeur d'occlumancie, mais elle refusait de m'en parler. L'accès à son bureau m'était dorénavant refusé, ce qu'elle justifiait par une besoin de tranquillité dans un moment d'intense travail (alors que je ne la voyais pas travailler plus que de raison), et je trouvais cette attitude particulièrement puérile.

Son attitude avait clairement changé depuis que Draco s'était imposé en classe de divination. Ce dernier avait les idées plutôt tenaces puisqu'il n'avait loupé aucun de mes rendez-vous avec le Professeur Gates. Se tenant toujours à l'écart, Draco observait, attentif, tout ce que nous faisions, et notait parfois quelques notes sur un petit carnet qu'il cachait sous sa cape. A son habitude, il prenait le plus souvent des notes quand la distance entre Gates et moi s'amenuisait suite à des exercices de lecture dans les mains. Les bruits incroyablement exagérés de la plume qui grattait son carnet avaient le don d'irriter profondément Gates qui se parait alors d'un sourire crispé et prenait aussitôt de la distance. Le petit jeu entre lui et Draco était amusant, et Draco semblait l'emporter facilement.

Repoussant encore la punition injuste qu'il devait me donner, Gates insistait pourtant régulièrement sur cette épée de Damoclès qui me pendait au dessus la tête : "N'oubliez pas, Hermione, vous me devez toujours un samedi soir pour votre punition", disait-il haut et fort pour se faire entendre de Draco. Leur petit jeu étrange me gênait parfois.

J'étais actuellement dans la Bibliothèque, seule, cherchant un peu de tranquillité dans cet océan d'attention. Quand Draco n'était pas sur mon dos, c'était Gates, ou alors Ginny, curieuse comme une pie, qui voulait toujours tout savoir de ce petit jeu qu'elle trouvait très drôle.

De mon côté, ce que je trouvais moins drôle, c'était l'arrivée imminente des examens de fin de première période. Les autres ne semblaient pas s'en soucier, confiants, mais de mon côté, avec toutes ses bêtises qui m'entouraient, je voyais face à moi le gouffre immense de mon ignorance. Je ne savais presque rien. J'étais loin de maîtriser toutes les connaissances requises pour une septième année, malgré les protestations de mes professeurs et de mon groupe de travail.

Je n'étais qu'une cinglée, selon Draco. Une cinglée qu'il suivait presque partout, néanmoins, puisque je le vis apparaître dans un coin d'un rayonnage. Je me levais et le rejoignais.

-Qu'est ce que tu fais là ? Chuchotai-je en tâchant de ne pas me faire entendre par Mlle Pince « très déçue par mon comportement » depuis mon altercation avec Rusard devant sa porte.

-Je révise, comme toi, j'ai le droit, non ?

-Tu ne viens jamais ici !

-Si, souvent !

-Jamais, ajoutai-je en haussant la voix.

Les regards autour de moi se firent furieux. Je pris conscience du bruit, et de l'attitude digne d'un première année qui joue au « non, si, non, si ». Je retournais m'asseoir à ma table, bien décidée à ignorer Draco. Ce dernier n'avait pas la même idée en tête, puisqu'il vint se poser face à moi, une pile de livre dans la main.

-Tu te fous de moi ?

-Quoi ? Répondit-il sans me regarder.

-Il y a de la place partout, et toi tu me colles. Tu peux pas aller ailleurs ? La bibliothèque est assez grande.

-Rien ne m'empêche de me mettre là. J'ai le droit.

-Si tu restes là, tant mieux, c'est moi qui bouge.

Je pris mes papiers et mes livres pour m'installer un peu plus loin, et sans lui accorder un regard, je continuais mes activités. Je révisais actuellement la métamorphose. Étrange de réviser une matière très portée sur la pratique, me diriez-vous ? Il y avait bien une partie théorique, et j'étais certaine qu'elle tomberait à l'examen. Apprenant par cœur les procédés de transformation, je fus encore dérangée par une nouvelle intrusion.

-Salut Hermione, je peux m'asseoir ici ?

Je levais la tête, Luna me faisait face, la tête étrangement tournée de l'autre côté.

-Euh, oui si tu veux, Luna, répondis-je.

Elle se tourna vers moi avec un grand sourire et s'assit face à moi, sortant elle aussi ses affaires. J'aperçus alors Draco, qui me regardait les sourcils froncés.

-Ça fait plaisir de te voir Luna, et c'est un plaisir de travailler avec toi, fis-je un peu plus fort.

Les yeux de Draco roulèrent de consternation, et se reposèrent sur son livre. Un point pour Hermione. Luna me rendit mon sourire, et se mit à lire un épais livre à la couverture vide. Elle feuilletait les pages frénétiquement, cherchant je ne savais quoi. Le bruit m'énervait, mais je la laissais faire. Je retournais sur mes formules.

L'après-midi passa rapidement, et les élèves quittèrent peu à peu la bibliothèque pour se rendre dans leurs salles communes, et pour finalement se rendre dans la Grande Salle où un repas réchauffant les attendait. Je restais presque seule à étudier. Je grelottais de froid dans cette grande salle qui n'était pas chauffé, à l'exception de la cheminée près du bureau de Mlle Pince.

-Trop froid, dis-je toute seule.

Le dernier élève restant, Draco, ne fit pas attention à ma remarque et ne leva pas la tête de son livre. Je ne savais pas vraiment ce que j'en attendais ? Qu'il se lève me poser son manteau sur les épaules, à la manière d'un film romantique prévisible ? Il n'eut absolument pas une seule réaction. Mais pourquoi m'attendais-je à une réaction romantique ?

Bref, je devais me concentrer sur mon livre, me concentrer sur mes examens, et pas sur cette tête blonde de l'autre côté.

Quelques minutes suivirent, mais je me rendis compte que j'avais perdu toute concentration. Tant pis, je devais arrêter là. Je pris mes affaires et décidai de rejoindre Ginny dans le stade de Quidditch. Un peu d'air frai (très frai même) me ferait un bien fou.

Sans accorder le moindre regard à Draco, je quittai la bibliothèque en saluant très poliment Mlle Pince, Reine cruelle et sans partage sur ce royaume de papier. C'est tout juste si elle m'accordait un « au revoir » en retour.

Descendant les étages rapidement, je tombais sur Emy et Blaise, qui roucoulaient et flânaient gaiement dans un des couloirs du Rez-de-Chaussée.

-Salut les amoureux.

-Coucou Hermione, dit Emy, où vas-tu ?

-Je vais rejoindre Ginny à l'entraînement de Quidditch, dis-je d'une voix aiguë que je ne me connaissais pas.

-Dans ce froid ?

-J'ai ce qu'il faut, dis-je en montrant la grosse écharpe tricotée par Mrs Weasley qui entouraient mon cou et descendait presque jusqu'à mes genoux.

Blaise dit alors quelque chose à Emy que je n'entendis pas, le couloir occupé résonnait du vacarme des élèves plus jeunes.

-Ouais, Blaise a raison, on va vous rejoindre, on part vite récupérer de quoi résister au froid et on vient vous rejoindre, me dit-elle juste avant de se sauver en tenant son grand copain silencieux par la main.

Je continuais mon chemin et rejoignis le terrain d'entraînement. Le froid avait chassé les élèves. La neige n'avait pas encore pointé son nez, mais un froid sec et cassant semblait peser lourdement sur le parc, comme une chape de plomb, lourde et imposante. Le froid semblait stopper le temps, et j'y trouvais un certain plaisir. Les sons étaient faibles et diffus, pas de cris, de piaillement comme dans les couloirs occupés par les petits sorciers, pas non plus un silence studieux de bibliothèque seulement rayé par les grattements réguliers des plumes, mais plutôt une absence de bruit, un arrêt sur image, une pause dans tout ce qui était.

Ce grand silence et cette pause reposante malgré ce froid mordant m'attiraient. J'y trouvais un certain bonheur, un certain repos. Il disparaissait progressivement alors que j'arrivais dans le stade, laissant place au woooosh bruyants des balais qui perçaient et déchiraient le ciel, et les cris énervés et autoritaires de Ginny qui distribuait des ordres comme des sorts, avec précision, rapidité, et surtout une autorité sans faille.

-Ah, Hermione ! Salut ! Me cria t-elle de son balais en passant rapidement à mes côtés. BRENTON, CONSOLIDE TA POSITION !

Elle était déjà repartie pour hurler sur l'un des jeunes poursuiveurs qu'elle harcelait d'ordres et reproches. Je la trouvais un peu dure, mais je savais qu'elle voulait faire gagner les Gryffondors plus que quiconque, et je savais aussi par source fraternelle qu'elle s'imaginait souvent une carrière professionnelle dans le milieu même si elle se gardait bien de m'en parler. Je suppose que mon manque d'attrait pour le quidditch que j'appelais souvent un « sport de brute » devant elle ne lui donnait pas forcément envie de me parler de ses projets futurs. Peut-être devrais-je faire plus attention désormais.

Je m'installais en hauteur, sur les bancs des spectateurs, à l'abri du vent, caché par une palissade en bois. J'observais tranquillement le bal aérien des balais qui virevoltaient de droite à gauche dans une souplesse plus ou moins assurée. Je remarquais notamment que les jeunes recrues n'étaient pas toujours à l'aise, et hésitaient même à user de la force envers leurs équipiers plus anciens, ce que ces derniers osaient faire sans vergogne.

Je fermai les yeux un peu. Me laissant écouter seulement le son reposant de l'air fouetté par les balais, et des cris éloignés de Ginny. Je sentais quelque chose venir, quelque chose que j'avais déjà expérimenté. Une vision.

C'était ça, cet espèce de flou qui m'entourait soudainement, cette manière d'entendre les bruits comme étouffés, cette sensation de repos et de chaleur qui m'entourait. Je le sentais, ça arrivait. Je devais me concentrer, je ne voulais pas tomber dans les pommes encore, je savais que si je me concentrais, peut être pourrais-je le contrôler. Les sons autour de moi s'effacèrent, les cris de Ginny semblaient étouffés par des murs de coton, ma tête lourde dansaient de droite à gauche, cherchant de manière incontrôlée à se poser au sol. C'était comme s'endormir de manière forcée.

Ouvre les yeux Hermione ouvre-les. Reste concentrée, tu dois rester concentrée. Je respirais de manière cadencée, à la manière d'un effort intense. L'air froid qui entrait dans mes poumons me tenait éveillée. Je décidai alors d'ouvrir les yeux. Devant moi, le stade de Quidditch était toujours là, mais tout était différent. Les gradins étaient remplis. Les bruits étouffés de la foule ne semblaient pas exister, comme un murmure à peine audible. Sur le terrain, des joueurs filaient à toute allure. Des rouge et des verts. Des gryffondors et des Serpentards.

Je regardais autour de moi et j'y trouvais la dernière personne à laquelle je m'attendais. Ron Weasley, mon cher Ron, le visage absent, totalement absorbé par le match. Je l'appelais, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Une voix, derrière moi, retentit alors :

-Il ne t'entend pas.

Sursautant je me retournais. Assis sur la marche au dessus, Draco, d'un air rêveur regardait le match.

-C'est toi qui... allai-je demander soudainement interrompue par un cri.

Me retournant sur le terrain, je vis alors avec stpéfaction un corps inerte au sol. Ron se leva brutalement, je voyais l'horreur grandir dans son visage alors que je reconnaissais à mon tour Ginny, allongée immobile au sol, la jambe gauche pliée dans un angle étrange.

-Hermione ? Hermione ?

Je fermais les yeux pour les rouvrir aussitôt. J'étais revenu dans le froid glacial de ce mois de novembre. Face à moi, Blaise, le regard inquiet, me tenait par les bras, et me secouait avec vigueur. A côté, la bouche ouverte dans une sorte de stupeur muette, Emy me regardait étrangement. Comme si elle me voyait pour la première foi.

-Hermione ?

Je regardais alors Blaise et lui fit un sourire.

-Oh, ça va ? Tu étais bizarre quand on est arrivé. T'étais toute blanche, la tête penchée en arrière et les yeux convulsés. C'était pas beau. Ça va ? Me demanda t-il une seconde fois.

Je voyais bien en lui une sorte d'affolement, mais il semblait malgré tout soulagé de me voir me redresser et m'asseoir correctement.

-Ça va, merci Blaise, je me suis juste assoupie quelques secondes, je suis assez fatiguée en ce moment.

-Tu es sûre ? Tu as dis des trucs bizarres, insista t-il.

-Ouais, ajouta Emy, tu as dis un truc comme : Tomber pour se relever, et casser pour recoller.

-Non, la corrigea Blaise, c'était plus : Tomber pour mieux marcher, Casser pour mieux coller.

-Merci, dis-je aux deux amoureux, ça va très bien. Ça m'arrive parfois, de parler, je veux dire, c'est pas très grave. Ginny dit que je parle à mes livres de temps en temps, en pleine nuit, ajoutai-je en feignant un petit rire gêné.

Ce faux aveux mi-honteux sembla les rassurer et leur faire oublier ce qu'ils avaient entendu, quant à moi, je me souvenais exactement de ce que j'avais dit, et Blaise avait raison. Que je fasse une prophétie ne m'étonnait plus, ce qui me laissait pantoise, c'était surtout le fait que c'était la première fois que je contrôlais la vision, ne tombais pas dans les pommes et me souvenais exactement de ce que j'avais dit. La première fois que je contrôlais tout.

Je changeais de sujet, et parlais alors de Ginny et de l'équipe. Les amoureux plaisantaient en feignant la dispute sur la capacité de chaque maison à gagner la coupe. La rivalité entre maison ne semblait pas affecter le couple, mais ils s'amusaient à se lancer quelques piques pour se taquiner, ce à quoi je répondais à mon tour pour défendre les Gryffondors. En vrai, je n'écoutais rien. Je me fichais totalement du Quidditch. Ma seule préoccupation était : Quand Ginny allait-elle tomber ? Pourquoi Ron était-il là, alors qu'il est hors du pays depuis quatre mois ? Et qui m'avait parlé ? Était-ce Draco ?

Il me semblait clair que c'était lui, mais pourquoi pouvait-il me parler alors que je n'entendais pas les autres ? Et surtout, soyons logique, qu'est ce qu'il faisait assit à la tribune des Gryffondors ?

-Le match entre les Gryffondors et les Serpentards sera primordial, ajouta alors Blaise un peu plus fort, me sortant de mes interrogations.

-Oui, le match, dis-je. C'est quand ?

-C'est quand ? Le match le plus important de ce début d'année ? C'est le 21 !

-Le 21 novembre ?

-Non, dit-il en me regardant comme si j'étais folle à lier. Le 21 décembre, c'est le match pré-Noël. Tout le monde sait ça... Tu ne suis pas trop le quidditch non ?

-Euh, non, pas trop.

-Pourtant avec Harry, Ron et Ginny autour de toi, tu es presque obligée d'être plongée dedans.

-Je sais, je sais.

Je détournais la conversation, mais je pensais à une chose, dans ma vision le stade était couvert d'une fine pellicule de neige. Si le prochain match était en fin décembre, ça correspondait. La seule chose qui clochait était la présence de Ron, qui était loin de Poudlard.

Nous nous mîmes finalement à encourager Ginny à notre manière, toujours posés sur le banc, alors que cette dernière tentait vainement de tenir en ordre son équipe malgré les divertissements que nous lui offrions. Finalement, après une demi-heure où la température ne cessait de chuter, Ginny donna un dernier coup de sifflet à l'entraînement, et tous descendirent poser ce qui restait de leurs carcasses épuisées et éreintées par un entraînement sans faille.

Les joues rougies par le froid, Ginny se posa à nos côtés. Elle sentait cette odeur étrange de quand elle revenait de ces longues cessions d'entraînement : Un mélange de transpiration, de cette poudre blanche que les joueurs utilisaient pour le pas glisser et de la cire Made in Weasley qu'elle mettait sur les branchages de son vieux balais. C'était une odeur douce, enivrante et épicée, je suppose que c'était une odeur assez masculine, mais elle donnait un côté terriblement envoûtant à Ginny.

Blaise, lui même joueur de quidditch, ne cessa de faire des remarques très pertinentes et positives sur les façons de faire de Ginny. Je suppose qu'il avait raison, mais je n'y connaissais rien. Les laissant parler, Emy et moi prenions la tête du groupe, rentrant doucement vers le château. Notre petit groupe était le dernier dehors, et la condensation qui sortait de nos bouches alors que nous parlions, était le seul signe de vie dans ce grand parc déserté.

A peine rentrés, nous fûmes agressés par Draco qui prit ses grands airs face au groupe.

-Où étiez-vous ? Demanda t-il. Blaise, ça fait une heure que je te cherche partout.

-Qu'est ce qu'il se passe? Demanda calmement le grand serpentard.

-Nous devions parler ce soir, tu t'en souviens pas ? Insista Draco avec un regard appuyé.

Sans savoir ce quoi ils parlaient, et ce qui était sous-entendu, je me rendais bien compte qu'ils cachaient quelque chose. J'aurais pu m'en mêler et fouiller dans leurs têtes, mais à quoi bon ? J'avais promis à McGonagall de ne pas le faire. Je m'étais promise à moi-même aussi.

-Ah, Granger, McGonagall veut te voir au fait, dit-alors Draco en se retournant vers moi alors qu'il partait. Elle te demande depuis plus d'une heure.

Je ne lui répondis pas, le laissant s'éloigner avec ses airs qu'il avait retrouvé, discutant vivement avec Blaise. Je regardais Emy et Ginny, toujours aussi sale et pleine de transpiration. Elles me firent un signe de tête pour me montrer qu'elles comprenaient.

-Moi je dois aller prendre une douche, dit alors Ginny, on se retrouve dans un quart d'heure dans la Salle Commune et on ira manger ? On est déjà pas en avance.

-Je vous laisse alors les filles, salut, répondit Emy en nous quittant.

-Et bien Ginny, Blaise avait l'air impressionné par tout ce que tu peux faire sur un balais, c'est bien non ?

Ses joues qui avaient retrouvé le chaud du château se mirent à rougir plus encore. Son regard fuyant trahissait un point sensible.

-Quoi ? oui, j'en sais rien. Pourquoi ça serait bien ? Hein ?

-Et bien, comme vous devez les affronter dans un peu plus d'un mois, peut-être te laissera t-il assister à ses entraînements. Ça te permettrait de voir leurs techniques.

-Ah,oui d'accord. Pourquoi pas. Bon je te laisse.

Elle me quitta précipitamment. J'étais désormais seule dans cette entrée. En partant vers le couloir qui menait au bureau de McGonagall, j'observais les sabliers géants posés dans l'entrée. Les petits grains de sable ne bougeaient pas. Serdaigle était devant avec une avance confortable. Deuxième, les Serpentards n'étaient pas loin de laisser leur place aux Gryffondors, troisième avec peu d'écart. Et enfin, les Poufsouffles occupaient la dernière place, talonnant de près les deux de devant.

Les Serdaigles bien ancrés sur la plus haute marche, la deuxième place promettait quant à elle une bagarre vive. Alors que je quittais des yeux les scores, quelques grains tombèrent du côté des gryffondors. Nous venions de gagner 15 points, et passions ainsi devant les Serpentards. Deux petits élèves de deuxième année qui passaient à côté de moi se mirent à crier leur joie en regardant les places s'inverser.

Laissant là ces petits Gryffondors, je montais tranquillement et arrivais devant le bureau de McGonagall. Heureusement, je connaissais le mot de passe, mais arrivé devant la porte, passée la gargouille et son escalier, je restais bloquée. La porte était fermée à clé, chose nouvelle.

-Madame la directrice, demandai-je en cognant contre la porte. Madame ?

J'entendis un peu de bruit derrière la porte, puis des pas, le son de la clé qui s'enfonçait dans la serrure, et la porte s'ouvrit enfin. McGonagall me dit alors d'entrer. Elle s'installa derrière son bureau et m'observa autant que je l'observais. Je remarquais notamment qu'elle cachait de terribles cernes sous ses montures de lunettes épaisses.

-Madame, vous vouliez me voir ? dis-je en rompant le silence.

-Oui, Miss Granger, commença t-elle (Elle avait repris cette habitude froide de m'appeler par mon nom de famille). Je viens de trouver un professeur d'occlumancie pour vous.

-Ah bon ? C'est super, répondis-je presque choquée.

Je ne m'attendais plus à en voir un. Je croyais que McGonagall, à sa manière, refusait de m'en trouver un pour me montrer sa désapprobation sur l'affaire entre moi et Gates. Peut-être me faisais-je des idées, peut-être étais-je celle qui agissait de manière puérile.

-Oui, il ne viendra pas tout de suite, il a beaucoup de travail, mais il viendra vers le moi de Janvier ou février vous donner quelques leçons très rudimentaires.

-Puis-je savoir de qui il s'agit, Madame, demandai-je poliment.

-Il s'agit de Harry Potter.

-Harry ? Mais.. Mais je croyais qu'il ne devait pas. Je vous avais demandé de ne pas le prendre. Je croyais qu'on...

-Et bien non, m'interrompit-elle brusquement. Je suis votre directrice, et je choisis les professeurs de cet établissement. J'ai choisi Mr Potter qui est qualifié sur ce sujet et qui s'est rendu disponible pour vour. Maintenant j'espère que vous saurez agir de manière mature, et que vous ne ferez perdre ni votre temps, ni celui de Potter, ou encore ni le mien. Est-ce clair ?

-Oui, Madame.

C'était donc ça, sa vengeance. Et de quoi se vengeait-elle exactement ? Parce que j'ai refusé de laisser Gates mentir honteusement sur ces harcèlements, parce que j'ai osé remettre en question la parole d'un menteur et d'un manipulateur. Ce satané bonhomme continuait de me harceler à sa manière, et j'étais presque certaine que c'était son idée, de choisir Harry comme Professeur d'Occlumancie.

-Puis-je me retirer, Madame ?

-Oui.

Je me levais doucement, et m'apprêtais à partir quand elle me rappela.

-Attendez, Hermione.

Allons bon, on était de retour avec le « Hermione ». Qu'est ce qu'il n'allait pas avec cette femme ? Elle agissait presque comme une cinglée parfois. Deux personnalités, la gentille, proche et bienveillante, qui voulait mon bien et m'aidait, et la garce coincée au service d'un bellâtre idiot. J'étais maintenant en face d'un sourire apaisé, presque honteux. Elle rougissait un peu. Était-ce la gentille ou une autre tentative de manipulation.

-Asseyez vous. Je voudrais vous parler de quelque chose.

Je revenais donc m'asseoir sur la chaise et notait que son comportement avait bien changé. Elle ne me regardait pas en face, et fouillait dans son bureau. Elle en sortit une grosse chemise cartonnée aux coins en cuir. Un sceau scellait un morceau de ficelle ancienne qui fermait cette grosse enveloppe. D'un coup de baguette, elle fit évaporer la cire rouge et poussa la petite ficelle sur le côté. Elle poussa alors le tout vers moi.

Je pris la pochette cartonnée et y jetai un regard curieux et méfiant. Sur le dessus de la chemise, un grand dessin d'armoiries avait été imprimé dans l'encre violette, ancienne. Je reconnaissais là l'image du Ministère de la Magie.

-Tenez, c'est pour vous, me dit-elle alors.

-Qu'est ce que c'est ? Demandai-je.

-Ce dossier n'existe normalement pas, il est extrêmement confidentiel. Sa seule existence pourrait vous valoir de sérieux problèmes à vous et à moi.

-Mais il y a quoi dedans ?

-Ce sont toutes mes notes, celles de mon mari, et celles d'Albert sur un projet.

-Un projet ?

-Le projet TimeLord, un projet secret, uniquement connu des Langues-de-Plomb. Même le Ministre de la Magie n'était pas au courant. Lisez tout ceci, je pense que ça vous concerne, mais ne soyez pas trop prompte à nous juger, vous ne savez pas ce que c'était de vivre à cette époque.

J'étais sans voix. Que penser ? Que penser déjà de ce revirement de comportement, elle passait pour une gamine revancharde depuis plus d'un mois, me parlant à peine, ne manifestant qu'une autorité débordante, et soudainement, ça. Cette chose entre mes mains. Ces textes, ces notes, ces photos qui passaient dans mes mains alors que j'essayais de faire un inventaire rapide de tout ce que ça contenait.

-Vous lirez ça ailleurs, Hermione, emportez-le, je ne veux pas le voir.

Je me levais, refermant la ficelle autour du petit crochet autrefois couvert de cire. Mon manteau et mon écharpe déjà sur le dos, je filais rapidement quand elle ajouta, alors que ma main appuyait sur la poignée.

-Hermione, ne... Ne faites pas lire ça aux autres. Gardez Ginny en dehors de ça. C'est très personnel, et très dangereux.

-Oui Madame.

Je descendais les escaliers, laissant ensuite la gargouille se refermer derrière moi alors que je prenais la direction de la Salle Commune. Un dossier sur un travail de Langues-de-Plomb. Oui, j'allais garder ça pour moi, c'était certain, oui tout ceci était secret, je m'en rendais compte. Et personne, à part moi, ne devait savoir que ce fichier existait. Je m'arrêtais dans un couloir vide et désert, ouvrir mon sac et cacha ce dossier entre deux pages d'un livre d'étude des Runes. J'étais la seule à étudier cette matière en septième année, personne n'irait fouiller dedans.

Ginny m'attendait depuis un petit moment. Nous étions franchement en retard, la plupart des élèves avait déjà terminé de manger leur légumes de saison et s'attaquaient au dessert alors que nous franchissions la lourde porte de la Grande Salle sous les reproches sifflants de Rusard.

Le repas fut rapide, je devais rejoindre Draco et Gates dans la salle de divination pour une petite demi-heure de cours de Divination. Je décidais de garder ma vision de l'après-midi pour moi. Si tout se produisait pendant le match, je savais que je pourrais l'arrêter. J'avais vu, tout vu, j'en étais consciente, je me souvenais de ma vision, et au moment où Ginny tomberait, je lèverais ma baguette et la sauverais.

Je trouvais Draco, au même endroit, en avance penché vers la grande fenêtre, assis sur le rebord en pierre. Il tenait dans sa main un journal. Je reconnus la Gazette du Sorcier. Ma surprise fut totale quand je m'aperçus, avançant discrètement vers lui, qu'il essuyait une larme au coin de sa joue.

-Draco ? Qu'est ce qu'il y a ? demandai-je d'une voix douce.

-Rien, dit-il surpris, me faisant dos, une main sur le visage, essuyant probablement les traces de ses larmes.

-Non, pas rien, je viens de te voir essuyer une larme. Ce n'est pas rien.

-Je te dis que c'est rien, laisse moi tranquille.

-Je ne savais même pas que tu pouvais pleurer, alors dis moi ce qui se passe. Tu sais tout sur moi et mon don, je pourrais peut-être en savoir plus sur toi. Après tout je... tentai-je de dire, interrompu par un journal qui vola dans ma direction.

Ramassant le journal après un petit cri de désapprobation, je m'aperçus que le sujet principal de la page ouverte était le jeune homme assit en face de moi.

DRACO MALEFOY, IMPUNITE D'UN MANGEMORT CONVAINCU, titrait l'article. Une photo prise pendant le procès montrait un Draco fermé, aux sourcils froncés, qui jetait un regard dur aux bancs des journalistes. Ça ne sentait pas bon. Je parcourais des yeux l'article.


Nouvel arrivé à Poudlard, Draco Malefoy, le fils du Mangemort Lucius Malefoy, emprisonné à Askaban, semble jouir d'une totale impunité. Le procès du jeune homme s'est déroulé dans la plus grande confidentialité, et le jugement souffrirait, d'une source qui se veut anonyme, d'un manque de preuves nécessaires.

Nous savons pourtant ici, à la rédaction de la Gazette, et de source sure, que Draco Malefoy aurait agit pour le compte de Celui-qui-a-été-vaincu. Des témoins pertinents reviennent avec douleur sur les exactions des Mangemorts contre les sang-mêlés ou les enfants de Moldus, et de nombreux d'entre eux soulignent le rôle important de Draco Malefoy dans ces agissements.

Nous nous sommes rendu à Poudlard pour tenter de comprendre comment Draco Malefoy pouvait agir comme un élève normal après les horreurs qu'il aurait perpétué. Un de ces professeurs, le remarquable Professeur Gates, parle d'un élève intelligent, manipulateur et charismatique. Il influencerait facilement les autres élèves : « Tout le monde ne tombe pas les mailles de son filet, ajoute le professeur, et certains élèves ici s'indignent de sa présence. Il crée un environnement malsain, et certains jeunes élèves se sentent en danger. Il effraie les gens, où les manipule. Mais certaines jeunes filles de sa promotion, pourtant victimes de ses abus autrefois, le suivent bêtement sans le remettre en question. »

La nouvelle directrice de Poudlard, Minerva McGonagall, n'a pas voulu s'exprimer sur ses choix, mais d'aucuns disent ici que la directrice manque de recul, qu'elle accorderait des privilèges à certains élèves, comme le faisait son modèle, le Professeur Dumbledore. Mais alors que le Professeur Dumbledore faisait preuve d'une réflexion et d'un talent tout à fait extraordinaire, le Professeur McGonagall semble loin, d'après nos sources, d'égaler son idole d'autrefois (Voir notre article du 15 juin sur l'amour secret de McGonagall envers Dumbledore).

Toujours est-il qu'aujourd'hui, Draco Malefoy continue de hanter les couloirs de Poudlard, et que les parents de nos chers petits sorciers remettent en question la sécurité de leurs enfants. Une maman, travaillant au tribunal du Ministère, nous a même dit envisager de changer sa fille sang-mêlée d'école, de peur de représailles de Malefoy contre sa fille.

Il est certain que l'école et le Ministère devront se positionner sur les menaces de Malefoy sur le monde apaisé de la magie sur nos belles Îles Britanniques, et il n'est pas à douter que les consciences se réveilleront, même si Malefoy peut compter sur des alliés étranges, comme Mr Harry Potter, pourtant héros de la Bataille de Poudlard.

Votre correspondante,

Miss Henriette Jones


Je reposais le journal sur le bord de la fenêtre, tout à fait dégoûtée et choquée par ce genre d'article. Je savais que la Gazette des Sorciers avait gardé son envie de sensationnalisme, mais je les pensais plus réfléchis, surtout depuis le départ de Rita Skeeter, qui travaillait maintenant à son compte. Après tout, la Gazette jouait sur l'entrain des sorciers sur leur victoire, elle jouait sur l'esprit de victoire et de revanche que les sorciers ressentaient contre les Mangemorts.

Je regardais Draco qui attendait ma réaction.

-Viens, dis-je.

-Où ça ?

-On va parler de tout ça, et on va écrire, je sais pas. Tu dois te défendre, tu ne peux pas les laisser faire ce genre de choses.

-A quoi bon ? Répondit-il en s'asseyant de nouveau.

-Je l'ai fait pour Harry à l'époque, j'ai l'habitude, je t'aiderai.

-Mais, et ton cours, et Gates ?

-Avec ce qu'il a écrit, je n'ai pas du tout envie de le voir aujourd'hui. Suis-moi, on a encore le temps de passer à la Bibliothèque.

Lui tirant la main je l'entraînais dans les couloirs, et c'est après un dédale de pierre et de porte que je m'aperçus que je lui tenais toujours la main. Je le lâchai soudainement, et prit un dernier couloir pour la Bibliothèque. J'avais en tête quelques idées pour contrer de la manière la plus pertinente cet article-poubelle. On n'allait pas se laisser faire. Certainement pas !


Fin du chapitre

Note : Voilà la fin de ce chapitre 11, tant de nouvelles questions. On aura quelques réponses bientôt, dès le prochain chapitre, avec la lecture des dossiers de McGonagall. N'oubliez pas de laisser une petite review. On se retrouve bientôt.