Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.
« The evening is long
So long I hardly move
A can in my hand
A picture in my mind
A voice I need to hear,
A laugh I need to show
We're lonely, babe »
In a bar, Tango with Lions
11 : CAPITOLO : MEMORIA (mémoire)
Enma était adossé au mur de la chambre que se partageaient ses colocataires. Il était en recherche d'un carnet que Hayato lui avait piqué sans autorisation. Ce dernier étant un musicien obsessionnel, il retrouverait certainement son cahier griffonné de partitions sans queue ni tête, de notes et de gammes en travers de ses débuts d'écrits, de tablatures sur ses lignes vierges et de petits instruments dessinés avec soin dans les marges.
Il détestait quand Hayato faisait ça : cette invasion de son espace personnel l'empêchait de continuer ses textes, le déconcentrant et le forçant à tout recopier sur un autre cahier afin de reprendre depuis le début. C'était une perte de temps phénoménale. Et la raison pour laquelle il ne se gênait pas pour envahir cette chambre qui n'était pas la sienne, tout en sachant que s'ils le remarquaient ses colocataires l'engueuleraient bruyamment. Squalo, le plus âgé des deux frères, avait au moins la politesse de ne pas raturer les carnets qu'il lui empruntait. Il faut dire que ce dernier se contentait de les lire afin de s'inspirer pour ses films.
Assis sur le parquet brillant de propreté -de vrais maniaques ces deux-là-, Enma fixait sans motivation les étagères dans lesquelles son cher carnet avait sûrement été égaré. Elles étaient remplies de livres sur la musique et le cinéma, des ouvrages épais et pressés les uns contre les autres qui gardaient caché entre deux couvertures son précieux calepin. Découragé d'avance, il se laissa glisser contre le papier-peint or et bronze. Se retrouvant allongé contre le glacial -ou était-ce lui qui ne connaissait plus la chaleur?- bois du sol, il fit tomber son regard incertain sur la ligne d'horizon à l'autre bout de la pièce. Sous le lit qui lui faisait face ne se trouvait rien, à part une étrange boîte à chaussure scellée de cordelettes de laine de toutes les couleurs. Curieux, se demandant de quoi il s'agissait, Enma se fit rouler jusqu'au bord du lit et étendit son pied pour la faire venir à lui.
« A garder loin de Enma ! » Était inscrit dessus au marqueur indélébile rouge pétant.
Sans concession mais redoutant ce qu'il trouverait sous le couvercle, il arracha la laine. A l'intérieur, il découvrit un vieux cahier aux pages déchirées. Ce n'était pas celui qu'il cherchait mais... Il lui semblait l'avoir déjà vu... quelque part... dans... sa mémoire...
Enma hurla d'un cri qui lui brûla la gorge. Il hurla toute la souffrance qu'il contenait à peine à l'intérieur. Il hurla à s'en rendre aphone, à s'en donner mal à la tête et mal au cœur.
Il se souvenait.
Il avait acheté ce cahier avec son argent de poche lorsqu'il était encore enfant, pour y écrire des contes et des chansons qui s'inventaient dans son âme et lui trottaient dans le crâne depuis quelques temps. Quand il était rentré à la maison ce jour-là...
« Plus tard je serai écrivain ! »
Les images se mirent à défiler dans son esprit.
« Je suis certaine que tu deviendras célèbre. Et alors je pourrais me vanter à toutes les voisines que mon Bébé est devenu un grand homme ! »
Un rire, une embrasse, un baiser sur le cuir chevelu...
« Ce n'est pas mal du tout ce que tu écris, Fiston. Tu peux être fier de toi. En tout cas moi je le suis ! »
Un sourire, une caresse sur l'épaule, des encouragements sincères...
« Écris-moi une histoire alors ! Hein, dis ? Promets-moi que tu m'en écriras une ! »
Des voix tant aimées, des gestes tant révérés, des personnes qui lui manquaient tant... Car ce jour-là... quand il était rentré à la maison... il avait trouvé un Monstre.
« De ta faute... De ta faute... »
Les souvenirs l'envahirent sans inhibition, se mélangeant dans un cauchemar psychédélique et réel au point d'en être douloureux. Enma se revit pousser la porte d'entrée. Il entendit des cris au salon. La voix de son père, comme un adieu. La voix de sa mère, comme une supplique. La voix de sa petite-sœur, comme une incompréhension. Il vit alors, et sentit, goûta, toucha la peur et la mort. De son épiderme jusqu'à son âme, ces sensations s'incrustaient à nouveau. Et dans son cahier juste acheté, dont il avait froissé et déchiré les pages de terreur, se trouvait un mot -le premier, qu'il avait écrit à la va vite dans le bus, qui était censé être le thème d'un futur texte- : FAMIGLIA.
Ces mémoires et cette culpabilité qui l'obsédaient habituellement, le remplissant d'horreur et d'effroi, devinrent soudain une réalité qui le tuait.
N'entendant rien des pas précipités de ses colocataires, ni de leurs appels paniqués, Enma s'évanouit.
Il sentit sa conscience lui revenir, lentement. Il ignorait combien de temps était passé depuis son évanouissement. Sa respiration demeura inchangée par son réveil imminent. Son corps n'exhiba pas le moindre spasme, ni autre mouvement que celui régulier de sa cage thoracique. Les larmes qui lui brûlaient pourtant les paupières ne coulèrent pas sur ses joues. Les cris qui lui enflaient la gorge ne sortirent pas de ses lèvres closes comme un coffre.
« Fuyez Enma, Mami ! Allez vous en ! »
Le secret de sa peine était bien gardé à l'intérieur de lui. Il ferma la fermeture, cousit les pans de peau par-dessus, reboutonna ses chaînes de mensonges et cadenassa le tout. Puis il jeta la clef. Rebranchant sa conscience sur ses sens, il écouta attentivement les alentours. Il entendit des bruits de coups, de casse, de porcelaine qui se brise, de meuble qui tombe et des hurlements.
_VOIII ! JE T'AVAIS POURTANT DIS DE CACHER CE FOUTU MACHIN AILLEURS ! TU SAIS BIEN COMMENT IL REAGIT QUAND IL LE VOIT, NON !?
Il reconnut la voix inquiète de Squalo...
_SI TU AVAIS ACCEPTE DE LE JETER COMME JE TE L'AVAIS PROPOSE, ON N'AURAIT PAS CE PROBLEME !
Et celle pleine de remord de Hayato...
_Voi... Tu sais bien qu'on ne peut pas faire ça... Ce carnet est important pour le Déchet.
_Je le sais bien ! Je le sais bien mais... Admit difficilement Hayato en déglutissant. Le voir dans cet état à chaque fois... J'en peux plus...
_Ouais... Je comprends ça.
_Puis y a quoi d'abord dans ce fichu cahier ?
_Comment veux-tu que je le sache ?! Je n'ai pas regardé : c'est privé ! Je ne suis pas comme toi qui fouille dans ses affaires et lui pique des trucs !
_DE QUOI TU M'ACCUSES ENCORE, PINOCCHIO DE CONTREPLAQUE ?!
_DE RIEN QUI NE SOIT PAS LA VERITE, PUCELLE DE BUCHER !
Comme ses colocataires repartaient dans leurs infernaux vices de langage, Enma manqua d'échapper un soupir exaspéré. Prétendant s'éveiller à peine, il les interrompit avant qu'ils ne cassent autre chose. Quand il papillonna des yeux, les deux hommes à l'affût se jetèrent à son chevet.
« Pas mes enfants, je vous en prie ! Pas mes enfants ! »
_Enma ! S'écrièrent-ils d'une même voix.
Prétextant être hagard, le rouquin regarda autour de lui. Il était sur le lit de Squalo. Le bureau de Hayato était renversé. La lampe préférée de son aîné gisait brisée sur le sol. Leurs mines soucieuses le détaillaient à la recherche du moindre signe de rechute. Mais son vieux cahier n'était nul part en vue.
_Q-que s'est-il passé ? Demanda-t-il en bégayant légèrement. Qu'est-ce que je fais dans ce lit ?
_Tu... Tu ne te souviens pas ? Hésita Hayato.
_Me souvenir ? De quoi ?
_N-non, non, rien, éluda Squalo.
_Que s'est-il passé ? Répéta-t-il en paraissant tenter de se remémorer. Je... J'étais en train de chercher le calepin que Haya-chan m'avait emprunté et... Je ne me souviens plus...
_Tu, euh... Tu- ! Tu- ! Paniqua Hayato avant de s'énerver. Ne m'appelle pas Haya-chan !
_Ne lui crie pas dessus, il vient juste de se réveiller ! Rouspéta son aîné en passant en mode mère poule. Tu t'es encore évanoui, Enma. Sûrement ton hypoglycémie qui fait encore des siennes. Tu as mangé correctement ces derniers temps ?
_Ben... Euh... Oui... ?
_C'est un vrai « oui » ou un « oui douteux » ?
« Non, Mami ! Lâchez-la espèce de Monstre ! »
_Un vrai... ? Répondit le rouquin incertain en tentant vainement d'oublier les souvenirs qui surgissaient de plus belle.
_Hmph ! Je t'ai toujours dit que tu ne t'alimentais pas assez. Voilà le résultat ! Si tu m'avais écouté-
_S'il t'avait écouté il serait toujours en train de se goinfrer, fit remarquer Hayato en soufflant sur ses ongles l'air de rien.
_DE QUOI !?
Enma grimaça : il semblerait qu'il ne puisse esquiver leurs chamailleries. Heureusement, par souci pour son état de faiblesse, ses colocataires emmenèrent leur dispute dans le salon. Quand ils eurent claqué la porte de la chambre derrière eux, il se laissa chuter sur le lit et soupira.
« Rendez-moi mon bébé ! Meurtrier ! »
Il n'aimait pas mentir mais il ne voulait pas s'expliquer. Il refusait de parler de... De ça, ce problème qui le hantait. Il n'était plus un petit garçon mais restait apeuré par le grand méchant Monstre, et ça il ne l'avouerait jamais.
Plus tard dans la soirée, il fut visité par ses voisins. Tsunayoshi arriva avec plusieurs bouteilles de bourbon, suivi comme une maman canard par Byakuran, son vilain petit caneton.
« Assassin ! Assassin ! »
Dino entra en jetant un drôle de regard à Byakuran., demanda de ses nouvelles et ressortit aussitôt en disant qu'il était pressé car il bossait cette nuit-là. Xanxus arriva en retard avec d'autres bouteilles de whisky, que Squalo et son frère descendirent sans rechigner.
La nuit fut remplie de rires, de joie et de complicité.
« Nufufu ! C'est de ta faute mon petit Enma... Si tu m'avais écouté ta pauvre famille n'aurait pas terminé ainsi... »
On alluma l'écran plasma de Hayato pour se faire un marathon de navets, déplorant l'absence de Dino pour commenter avec piquant les personnages de ces films. Puis quand tout le monde fut endormi, Enma put enfin quitter son sourire, enfin cesser de mentir et de prétendre.
« De ta faute... De ta faute... »
Il se posa à sa fenêtre, contemplant les étoiles, et relâcha une larme.
_On ne peut pas fuir son passé, marmonna-t-il à la nuit. Il finit toujours par nous rattraper...
_Hmph, c'est que tu ne t'es pas enfui assez loin, lui répondit Xanxus d'une voix ensommeillée.
Lexique du chapitre :
Memoria : Mémoire.
Famiglia : Famille.
Coquelicoucou ! Merci de vous être arrêté sur cette histoire pour la lire, ça me touche beaucoup de voir qu'autant de gens lui sont "passés dessus" (expression à ne pas sortir de son contexte ^^). Rassurez-vous, hardis visiteurs, je ne dis pas ça parce que je compte l'abandonner (à quoi bon quand j'ai déjà fini de l'écrire?) mais parce que je le pense vraiment et que je ne vous remercie pas assez souvent.
Que les Tagliatelles sauce J'ai-Fait-Des-Gaffes-Stupides-Et-Je-Me-Suis-Marrée-Comme-Une-Idiote soient avec vous,
Plew A.E
Ps: Wow, ce nom de sauce super long qui ne veut rien dire... ^^'
