Chapitre 10 : La tempête

Je suis réveillé le lendemain par le chant d'oiseaux. Le jour est déjà levé et il a arrêté de pleuvoir. Complètement transi de froid, je prends d'extrême précautions avant de redescendre de mon arbre, il ne faut pas que des tributs soient embusqués et m'attendent avec un couteau à la main.

Je décide de ne pas m'attarder trop longtemps dans la clairière. Le plus souvent on change d'endroit, et plus nous sommes en sécurité. Je remplis ma gourde et je suis le petit ruisseau plus en amont. Je dois aussi absolument trouvé de la nourriture et malheureusement je ne suis pas vraiment doué à la chasse. Peut-être que je trouverais des baies mais cela ne me suffira pas. Mon niveau de vie au District Sept ne joue pas en ma faveur : en effet, je ne suis pas vraiment habitué à avoir faim. Je déclinerais vite sans avoir à manger, donc avant de perdre toutes mes forces, je dois trouver quelque chose à me mettre sous la dent.

Le pluie se lève de nouveau et je décide faire une halte sous un gros rocher près du ruisseau. Je me demande ce qu'il y a sur les autres îles. Ces Jeux vont être particulièrement longs : l'Arène est gigantesque et nous avons pleins d'endroits où nous cacher. De plus, les Jeux derniers ont été relativement courts : six jours. Cette année ils vont vouloir faire durer le plaisir.

Je ne sais pas si je passe souvent à l'écran car je ne fais rien d'exceptionnel pour l'instant. Les Carrières doivent être sur un autre îlot, pourchassant les derniers survivants. C'est sans doute Ivory qui est le « chef » de l'alliance. Elle semblait être intelligente, ce qui est assez problématique : dans la plupart des éditions, les Carrières ne sont pas vraiment connus pour leurs cerveaux (à part peut-être Finnick Odair qui a su tiré son épingle du jeu grâce à sa stratégie).

Je me remets à penser à la fille que j'ai tué hier, je ne sais rien d'elle : je ne me souviens pas de son prénom, ni de son score aux évaluations, ni de son interview. Est-ce qu'au Douze, les habitants attendent juste le moment où je périrais sous leurs yeux. Sa famille doit être ivre de haine contre moi. Je me dégoûte moi-même à cet instant : j'aurais pu tout simplement la laisser sur le sable et partir. Mais j'ai préféré l'abattre. Je ne vaux pas mieux que les Carrières.

Que pensent mes amis de mon acte ? Me comprennent-ils ? Je ne veux pas devenir un détraqué de l'arène. Titus est encore bien présent dans nos mémoires ! L'année avant les Jeux de Finnick, le garçon du Six était devenu complètement fou : il s'était mis à manger les corps des tributs ! Devenir fou est assez courant dans les Jeux. Mais généralement, ils disparaissent assez vite : ils ne sont pas bien considérés par le public. Donc un petit ouragan ou une chute de pierres, et le tour est réglé.

La journée se passe lentement. Je reste sous mon rocher à attendre la fin de la pluie mais celle-ci ne s'arrête pas. Je vais passer la nuit ici. La faim commence vraiment à me tirailler le ventre, j'avale quelques fruits secs mais il va vraiment falloir que je trouve de la vraie nourriture. Le jour décline et fait place à la nuit. Le sceau du Capitole apparaît dans le ciel mais personne n'est mort aujourd'hui. L'hymne finit et le silence se fait de nouveau. Je m'endors vite : la fatigue et la faim m'aident beaucoup dans cela. C'est bizarre, je ne ressens plus le stress et l'angoisse du début. Le calme avant la tempête sûrement.

Le jour se lève, c'est le troisième jour dans l'arène. Il va forcément y avoir du spectacle aujourd'hui, pour ne pas lasser les spectateurs. J'espère que notre île ne sera pas visée. La pluie a cessée et je décide de revenir vers la plage : j'espère trouver des coquillages pour manger. J'aurais dû y penser beaucoup plus tôt, j'ai été vraiment stupide sur ce coup. Je me mets donc en route, mon sac sur le dos et mon épieu dans la main. J'essaye d'observer pour trouver de la nourriture : je me fais une collecte de mûres sauvages, mais je dois trouver quelque chose de beaucoup plus consistant !

Je marche depuis longtemps quand je vois une flèche se planter avec fracas dans un tronc, à cinquante centimètres de mon visage. Je plonge tout de suite derrière un tas de bois. Une autre flèche vole. Je crois que ce sont plutôt des carreaux d'arbalètes. Après une dizaine de minutes, j'ose jeter un coup d'œil : je mets longtemps à repérer le tribut perché dans un sapin dégarnis. Il est très bien placé ici, mais il ne pourra pas rester éternellement dans son perchoir. Il est vraiment très très haut dans son arbre : je dirais au moins quinze mètres ! Je réussis à apercevoir un grand Neuf dans son dos. Ce doit être Cérès. Et s'il est là, sa sœur ne doit pas être loin. Je ne sais pas trop quoi faire : fuir ou profiter de cette occasion pour éliminer un adversaire.

Ma réflexion est coupée par le changement d'atmosphère brutal qui s'opère : le vent se lève et le ciel devient noir et menaçant. En l'espace de quelques temps, la nature se déchaîne. Voici enfin le divertissement pour les Capitoliens. C'est une véritable tempête ! Le vent devient de plus en plus fort ! Des trombes d'eau s'abattent sur moi, je crois que même une petite tornade commence à se former. Je décide de déguerpir au plus vite, mais dès que je commence à courir, je suis catapulté par le vent, violemment. Je m'écrase contre un arbre, je sens une vive douleur dans mon corps et j'ai du mal à respirer. Je me plaque par terre et je sens des choses volées au-dessus de moi. Des branches arrachées et beaucoup de poussières. Je lève la tête juste à temps pour voir le garçon du Neuf dégringolé de son arbre. J'entends un coup de canon qui explose à mes oreilles. Des arbres sont déracinés ! Je vois le corps du tribut, traîné par le vent, il se dirige dans ma direction. Je n'hésite pas une seule seconde, et j'agrippe son corps. Quand la tempête serra finis, je pourrais fouiller son cadavre. Je résiste tant bien que mal à la puissance de furie du vent. La tornade s'agrandit, vomissant des arbres et de la terre. Cet endroit se révèle être vraiment dangereux pour moi. Je me relève dans un suprême effort et j'essaye de m'écarter de cet endroit en traînant le gars du Neuf. Je ne peux pas le perdre, il a peut-être de la nourriture dans son sac, ce qui me permettrais de me sauver de la faim. Mais les Juges en ont décidés autrement : une nouvelle bourrasque me fait perdre l'équilibre et je m'écrase dans la terre boueuse. Je reste blotti dans la boue en agrippant de toutes mes forces une souche et le cadavre.

Il me semble que des années sont passées quand finalement, le vent se calme, et la pluie cesse. Je me relève et j'observe Cérès. Je manque de vomir : sa tête est à 90 degrés et sa colonne vertébrale a transpercé son dos. Son tibia a déchiré sa jambe. Dans sa main droite, il tient encore une arbalète qui est maintenant détruite. Il n'est plus qu'une mare de sang. Je me presse de lui prendre son sac, avant de m'en aller. J'avance très lentement, j'essaye de courir pour m'échapper de cette vision du cadavre, mais mon corps ne suis pas. J'ai mal partout : la tempête m'a complètement retourné.

Lorsque je me suis assez éloigné, un hovercraft apparaît dans le ciel et vient récupérer le corps de Cérès. Il disparaît par la suite dans un tumulte. Je m'assois quelques secondes pour regarder mon butin. Dans le sac, je trouve une paire de jumelles dans son étui, intactes par miracle, un couteau, de la viande séchée et une gourde pleine d'eau. Ce n'est pas grand-chose mais je pense que les jumelles pourraient m'être utiles, et la viande est un bien précieux. J'ai repéré que l'île avait en son centre une montagne. Si j'arrive à l'atteindre peut-être que je pourrais voir toute l'arène. Comme je n'ai pas d'autre plan, je décide de tenter le coup. Mais tout d'abord, je dois revenir sur la plage pour trouver à manger. Je ne dois pas être très loin car on entend, faiblement certes, le bruit des vagues.

J'y arrive après une heure de marche à travers la forêt dévastée, il reste beaucoup d'arbres debout mais la boue recouvre tout. J'arrive enfin sur la grève.

Sur la plage, je regarde l'horizon mais je n'arrive pas à distinguer quoi que ce soit. Je me lance donc à la recherche de coquillages. J'en trouve facilement mais après un plus long examen, les conques s'avèrent ressembler comme deux gouttes d'eau à celles empoisonnées que l'on m'a montré pendant les entraînements.

Je poursuis donc ma quête. En fouillant dans la mer, je déniche un espèce de mollusque étrange de couleur terne. J'ai déjà vu des mollusques comme celui-ci, et je décide donc de le manger. C'est immonde ! Je manque de vomir, tellement le goût est affreux. Je ne peux pas manger ça. Je continue de longer la plage, quand j'entrevois une petite caverne enfoncée dans la falaise. Prenant toutes mes précautions, je m'y aventure. Et découvre une petite mare où vive plusieurs poissons. Je me sens sauvé ! J'utilise mon épieu comme un harpon et après plusieurs tentatives, je réussis à harponner un poisson. Je sais qu'on peut les manger sans les faire cuire. Je lui coupe la tête et je plante mes dents dans la chair du poisson. Je finis vite mon premier poisson et j'en pêche un deuxième rapidement. J'ai enfin des vrais protéines dans le ventre.

J'hésite maintenant entre l'envie de rester ici, et la curiosité de voir l'arène grâce aux jumelles. Finalement, après mûres réflexions je décide de rester là pour le moment. La nuit tombe : le garçon du Neuf apparaît dans le ciel.

Nous ne sommes plus que 13.