Hoshino Asuna : L'amour perdu
La nuit était fraiche ce soir-là sur le toit de l'école pour nuit d'été. Il n'y avait pas un seul nuage pour obscurcir le ciel illuminé par les rayons d'une pleine lune éclairant toute la ville. Cependant, nous n'étions pas là pour admirer la vue ou pour dormir à la belle étoile. Ce soir-là devait avoir lieu, comme chaque année à la même date, une pluie d'étoiles filantes et il était de notre devoir, nous le club d'astronomie, d'y assister si nous voulions remporter cette fameuse médaille que Kagari avait promise à son père.
Cela faisait maintenant presque six mois que nous étions entrés en activité. Au début, notre salle avait fait beaucoup d'envieux et le club avait attiré de nombreuses personnes mais toutes étaient reparties aussitôt devant le thème d'astronomie, l'attitude d'Ichigo ou encore la gaité de Kagari qui était parfois fatigante, si bien que nous étions restés seulement quatre, ce qui n'était pas plus mal.
Créer un club nous avait tous rapprochés. Même si Ichigo et moi continuions à nous battre pour un rien, que Drago était toujours aussi tacite et que Kagari n'avait pas plus d'amis, il était difficile de nous voir un jour séparés.
Cependant, plus le temps passait et plus je perdais la volonté de retrouver l'ami d'enfance que j'avais connu en Drago. Ce n'était ni pas lassitude ni par désespoir, au contraire, il semblait s'ouvrir peu à peu aux autres riant même parfois, mais c'était plutôt par habitude du nouveau Drago.
Dans la personne qui était toujours à mes côtés, je n'arrivais plus à voir où se trouvait mon vieil ami. Je ne voyais que ce garçon qui nous avait rejoint en début d'année, froid et distant mais se préoccupant des autres, énervant Ichigo, mal à l'aise devant les caprices de Kagari et me faisant rire malgré lui.
Mais, même si je m'étais habituée et attachée à cette personne, lorsque je fermais mon œil droit, je continuais à voir ce halo de tristesse l'entourant en permanence, ne se dissipant pas malgré l'évolution de son comportement. C'est pourquoi, je ne pouvais pas abandonner totalement et je continuais à essayer de le faire revenir même si cette amitié me liant au nouveau Drago me faisait perdre peu à peu cette volonté…
Kagari poussa soudain un cri de surprise et tout le monde leva instinctivement les yeux au ciel. Au milieu de la nuit, une lumière scintillante traversa le ciel pendant une seconde avant de disparaitre et d'être suivie par des dizaines d'autres.
J'avais toujours pensé que le terme de pluie de météorites était exagéré, mais je n'avais pas d'autres mots pour décrire ce que je voyais. J'avais littéralement l'impression que l'espace envoyait des milliers d'étoiles filantes comme des gouttes de pluie tombent sur la terre.
Nous étions tous subjugués par ce spectacle. Ichigo avait amené son appareil photo, Kagari utilisait le télescope que nous avions installé pour mieux observer tout ça tandis que Drago griffonnait des notes sur le cahier de compte rendu d'activité.
Je m'approchai de lui en souriant, contente de pouvoir contempler ce spectacle avec tout le monde.
-C'est beau n'est-ce pas ? Lui dis-je sans oser le regarder, les bras croisés dans le dos, les yeux levés au ciel.
Drago ne répondit rien et continua à écrire dans son cahier et pourtant, cela ne me dérangeait pas. C'était justement ce côté distant que j'avais fini par apprécier chez lui. Contrairement à Kagari qui aurait commencé une dissertation qui m'aurait rapidement fatiguée, Drago restait dans son monde fermé, insensible à ce qui lui était extérieur. Etre à ses côtés était vraiment apaisant.
-Tu sais Drago, je suis heureuse que tu nous aies rejoint ce jour-là continuai-je toujours en regardant le ciel.
Mon ami cessa d'écrire et tourna la tête dans ma direction, attendant que je continue.
-Si tu n'avais pas proposé cette idée de club d'astronomie, nous ne serions pas là aujourd'hui à observer les étoiles filantes.
-Ne me remercie pas moi dans ce cas, mais Kagari, c'est son idée au départ me répondit Drago en tournant la tête vers la jeune fille.
Je regardai à mon tour sans sa direction. Kagari semblait vraiment heureuse depuis la création de ce club. Evidemment, pour les autres, cela ne se sentait peut-être pas, mais pour moi qui étais sa seule amie avant, il y avait une énorme différence. Avant, elle se forçait à sourire en permanence pour garder son image de déléguée ouverte mais à présent, son sourire était vrai lorsque nous étions tous ensembles.
-Ichigo et Kagari ont vraiment l'air de bien s'entendre continua mon ami en voyant la jeune fille en train de forcer le grand gaillard à regarder dans le télescope lui aussi.
-Tu ne trouves pas qu'ils font penser à toi et moi d'il y a huit ans ? Pensai-je.
-Il y a huit ans…Répéta-t-il dans un murmure.
Je m'empourprai immédiatement en me rendant compte que j'avais pensé à voix haute et je me mis à paniquer. C'était la première fois que j'évoquais notre passé commun depuis que le club avait été créé et je craignais que les souvenirs l'ayant transformé ne remontent à la surface.
Cependant, contre toute attente, le regard de Drago ne changea pas et il continua à observer les deux amis se chamailler.
-Oui, il y a quelque chose finit-il par déclarer d'un ton neutre.
Par réflexe, je fermai mon œil droit et je vis que l'aura de Drago avait changé. Elle n'était plus ni sombre ni lumineuse mais grisâtre, comme si le regret s'était emparé de lui. Mais, s'il avait vraiment des souvenirs de cette époque et s'il la regrettait, peut-être pouvait-il aussi me dire pourquoi il avait changé !
Je m'apprêtai à lui demander mais il reprit la parole, certainement plus pour lui-même que pour moi à en juger par ses murmures presque inaudibles.
-Déjà huit ans…J'ai l'impression que c'était hier…et pourtant, tout le monde a continué à vivre sa vie…sauf moi…
-Qu…Qu'est-ce que tu racontes Drago ? M'étranglai-je, abasourdie.
-Je me souviens maintenant…de ce qui m'a poussé à m'éloigner de ce monde…
-Et…Qu'était-ce donc ? Bafouillai-je, craignant de connaitre la vérité.
-La peur me répondit-il aussitôt.
-La…la peur ? Répétai-je, interdite. Mais de quoi ?
Drago plongea son regard vide dans mes yeux vairons mais à ce moment-là, je pus y lire effectivement cette peur dont il parlait. Mon ami s'était souvenu de quelque chose de traumatisant certainement et c'était ce quelque chose qui l'avait fait changer…
Mais…même si je n'avais aucune idée de ce qui avait pu traumatiser Drago à ce point, je ne pouvais pas le laisser comme ça…
Une pensée horrible me passa par la tête. Si je remontais au jour où il avait changé, c'est-à-dire le jour de l'attaque et que j'y ajoutais sa révélation, alors j'étais celle qui avait causé son traumatisme ! Si je n'avais pas insisté pour passer par cette ruelle ce jour-là, rien ne serait arrivé et Drago n'aurait pas eu à se renfermer sur lui-même pour fuir le monde !
Mais…si rien de tout cela n'était arrivé, aurais-je fait la connaissance de Kagari alors que j'étais désespérément seule ? Aurions-nous pu créer ce club si Drago n'avait pas eu ce détachement total des réalités en voyant l'état de la salle ? Serais-je simplement…tombée amoureuse de celui qu'il était auparavant ?
Je ris intérieurement. Finalement, c'était Kagari qui avait raison. J'avais beau essayer de me convaincre que je voulais que mon ami redevienne comme avant, me traiter moi-même d'égoïste, regarder sans cesse la peine de Drago à travers mon œil gauche pour me motiver, me rappeler des moments heureux que nous avions vécus, au fond de moi, je voulais qu'il reste ainsi.
Le destin était bien cruel. Quelle ironie du sort : tenter de tout faire pour ramener une personne pour finalement s'attacher à celui que l'on souhaite faire disparaitre jusqu'à ne plus pouvoir en être séparé…
-Eh, Asuna, je te parle ! S'exclama Ichigo en me donnant un coup sur l'épaule me tirant de mes pensées.
-Qu…Qu'est-ce qu'il se passe ? Bégayai-je, surprise.
-Kagari veut qu'on prenne une photo me répondit-il avec sa sympathie habituelle.
-Maintenant ? En pleine nuit ? M'étonnai-je.
Ichigo haussa les épaules et se plaça juste devant le télescope, Drago vint le rejoindre et je pris place entre les deux garçons tandis que la déléguée réglait l'appareil.
Lorsque le flash se déclencha, cela fit trébucher Kagari qui m'entraina avec elle dans sa chute et je me rattrapai de justesse à Drago tandis qu'Ichigo sauta sur le côté pour nous éviter, le tout donnant une photo…totalement ratée que nous gardâmes en souvenir de cette nuit magique.
Les semaines passèrent après cela sans que rien d'extraordinaire n'arrive. Même si j'avais réalisé que j'étais bel et bien amoureuse de Drago, je continuais à faire mon possible pour effacer cette tristesse en lui tout en espérant que, si je réussissais, il ne changerait pas malgré tout, pensant qu'il était maintenant beaucoup trop tard pour que l'ancien Drago refasse surface après toutes ces années.
Kagari avait d'ailleurs remarqué que je le regardais différemment depuis quelques temps et ne se privait pas pour m'embêter avec ça, si bien qu'après un mois, je finis par lui avouer, lasse de l'entendre répéter les mêmes blagues en boucle.
Ma révélation souleva évidemment une nouvelle vague de blagues vaseuses mais une fois la déferlante passée, la déléguée se mit en tête de découvrir si les sentiments de Drago étaient réciproques…ce qui était perdu d'avance puisqu'il était déjà impossible de savoir s'il était intéressé ou ennuyé pendant les cours…
Un jour, peu avant les vacances d'été, Kagari me soumit sa dernière idée pour découvrir les vrais sentiments de Drago alors que ce dernier était déjà rentré chez lui.
-Bon, voila le plan Asuna, cette fois ça va marcher ! S'exclama la jeune fille en abattant son poing sur la table de verre d'un air confiant.
-C'est ce que tu as dit les dix autres fois soupirai-je. Abandonne, ça m'épargnera de courir encore dans tous les sens pour rien.
-C'est vrai ça, de toute façon même si Drago avait des sentiments pour Asuna, il n'oserait jamais les montrer donc à quoi bon ! Renchérit Ichigo les bras croisés sur le torses, assis dans le fauteuil de cuir.
-Arrête de faire ton jaloux et aide-moi un peu toi ! Le Rabroua Kagari.
-Jaloux de Drago ? N'importe quoi cracha l'adjoint avant de sortir de la pièce sans ajouter un mot de plus.
-Il est vraiment jaloux pouffa la déléguée.
-Et donc, qu'est-ce que je dois faire cette fois-ci ? Le surprendre sous la douche ? Aller le réveiller demain matin ? Le prendre en filature ?
-Lui donner ça !
De son sac, Kagari sortit un petit sachet contenant des biscuits encore chauds, sortant visiblement du four qu'elle avait installé pour pouvoir diner lorsque nous restions le soir.
Je me pris la tête dans les mains et me frottai les yeux avant de prendre le sachet ainsi que mes affaires.
-Ce soir je te dis à quel point ton idée n'a pas marché, comme d'habitude ! Lui lançai-je en sortant de la salle.
Une fois à l'extérieur, je regardai de plus près les biscuits. Ils avaient l'air délicieux et rien que de les sentir me mettait l'eau à la bouche. J'avais bien envie de les manger sur le chemin mais Kagari aurait été capable de me suivre, mieux valait jouer la prudence et ne les manger qu'une fois rentrée.
Comme chaque jour, je passai devant la maison de Drago pour rentrer chez moi mais cette fois-ci, je sentis quelque chose d'étrange dans l'air.
Les oiseaux ne chantaient plus, le ciel s'était couvert de nuages noirs et menaçants, rendant cette journée bien sombre tout à coup et le vent s'était mis à souffler fort, beaucoup trop fort pour une journée d'été.
-C'est bien ma veine, il ne manquait plus qu'une bonne averse pour avoir des gâteaux totalement ramollis…
Mais, alors que je rangeai le cadeau de Kagari dans mon sac, un frisson me parcourut l'échine. Ayant un mauvais pressentiment et tous mes sens en alerte, je me retournai immédiatement et ce que je vis me glaça le sang, si bien que je lâchai mon sac sous l'effet de la peur.
Devant moi, il y avait un homme…Non, une créature portant une cape noire qui s'avançait lentement dans ma direction. Je n'arrivai pas à distinguer son visage car il était caché par une large capuche mais deux yeux rouges comme le sang brillaient dans la pénombre. A en juger par sa démarche et par le bruit qu'il faisait à chaque pas, il portait une sorte d'armure sous sa cape.
Je n'osais plus faire un seul mouvement, tétanisée. Etait-ce le retour de cet homme nous ayant attaqué huit ans plus tôt ?
Je crus que mon cœur allait s'arrêter de battre lorsque la créature arriva à ma hauteur. Cette dernière tourna la tête vers moi et, lorsque son regard rouge comme le sang croisa mes yeux vairons, je sentis immédiatement une douleur dans l'œil caractéristique de l'apparition de cet étrange signe. Cependant, pour la première fois, mon pouvoir ne se déclenchait pas à cause de Drago mais à cause de cette chose.
Néanmoins, ma peur s'atténua légèrement lorsque la créature me dépassa avant de reprendre presque aussitôt en voyant qu'elle se dirigeait vers la maison de Drago.
Sans avoir eu besoin de frapper à la porte ou de la fracasser, cette dernière s'ouvrit et le père de Drago sortit, accompagné de sa sœur, faisant face à la créature, les yeux exorbités.
-T…Toi ! S'étrangla le père, devenu soudain livide.
-Nul ne peut échapper à son destin répondit alors la créature d'une voix lente et grave.
Mon sang se glaça dans mes veines. Que se passait-il exactement ? Cette chose et la famille de Drago semblaient se connaitre mais comment ? Mon ami ne m'avait jamais parlé de cela…à moins que…était-ce de cela que Drago avait peur ? Cette créature et l'homme nous ayant attaqués huit ans auparavant étaient-ils liés ? Et mon œil, pourquoi réagissait-il à la présence de cette chose ? Quel était le secret se cachant derrière la famille de Drago ?...
Devant la peur de Théa et de son père, je voulus aller les aider dans l'espoir que l'arrivée d'une simple civile fasse fuir la créature comme dans les films mais une petite voix au fond de moi me criait de restait où j'étais et de ne pas intervenir.
La sœur de Drago recula d'un pas, se cachant derrière son père qui, malgré le malaise se lisant dans son regard, faisait face à la créature. Cette dernière ne semblait pas agressive, elle se contentait de rester sur le parvis de la maison mais elle dégageait une sorte d'aura maléfique me mettant vraiment mal à l'aise.
-Alors…le moment est arrivé ? Demanda le père de Drago d'une voix chargée de regrets.
-Nul ne peut échapper à son destin répéta la créature de sa voix dénuée d'émotion, pas même vous, l'ombre éternelle vous rattrapera où que vous soyez.
Un nouveau frisson me parcourut l'échine. La façon dont cette chose répétait cette phrase sonnait vraiment comme une fatalité. Ce n'était pas un simple prophète de malheur comme il y en avait tant, cette créature semblait vraiment surnaturelle, comme si elle connaissait exactement ce qui allait arriver à la famille de Drago.
Le père de Drago ordonna à Théa de rentrer à l'intérieur, ce qu'elle fit non sans protester, laissant le grand homme seul face à la créature aux yeux rouges comme le sang.
-Très bien Armageddon reprit le père de Drago d'une voix tremblante, je suis prêt mais avant tout, j'ai besoin de savoir : si nous restons ici, que va-t-il se passer exactement ?
-Je n'ai aucun pouvoir sur ce monde Solaris lui répondit la créature.
Solaris ? Pourquoi cette chose appelait-elle le père de Drago par un tel nom ? Lorsqu'il s'était présenté à mes parents, il prétendait s'appeler Arata, était-ce un mensonge ? Et de quoi parlaient-ils ? De quels pouvoirs était-il question ? J'étais définitivement perdue mais j'avais le sentiment d'assister à un événement qui allait changer la face de ce monde…
-Cependant, dans le futur que j'ai vu, si rien n'est fait, Hélios va franchir le portail et pénétrer dans ce monde, est-ce vraiment ce que tu veux ?
Hélios…encore un nom qui m'échappait. Et pourquoi parlait-il de « ce » monde ? Existait-il une sorte de monde parallèle comme dans les films de science-fiction ?
Le père de Drago grimaça face à la question de la créature qui n'avait toujours pas bougé d'un pouce puis, après un instant de réflexion, l'homme baissa les yeux au sol d'un air triste.
-Dis-moi Armageddon, j'imagine que dans tous les cas, ni moi, ni Stella ni Théa n'avons notre place, je me trompe ?
-Pas dans le monde que je gouverne du moins. Vous avez déjà suffisamment fui votre Destin, et maintenant, il vous rattrape.
-Et…Drago alors ?
Mon cœur s'arrêta l'espace d'un instant. Je n'étais pas sûre de tout comprendre mais d'après le peu que j'avais pu saisir, cette créature connaissait le futur et venait d'annoncer au père de Drago et à sa famille une mort certaine…Mais lui alors ? Le dénommé Armageddon semblait hésiter ce qui faisait battre mon cœur à tout rompre mais il finit par répondre :
-Drago vivra.
Son père poussa un soupir de soulagement et moi aussi, cependant, le visiteur reprit la parole, d'un ton plus sombre et plus menaçant cette fois-ci :
-Il vivra mais tous les futurs mènent à une seule et même voie : celle de l'imprévisible.
-A…Attends une minute, qu'est-ce que cela veut dire ? S'étrangla son père. Je croyais que tu pouvais voir tous les futurs possibles !
-Sauf quand ce futur implique un voyage dans le temps.
-Un…voyage dans le temps ? Comme le nôtre ?
J'écarquillai une nouvelle fois les yeux. Le père de Drago…venait de révéler qu'ils ne venaient pas de cette époque. Je comprenais mieux à présent leurs coutumes étranges à leur arrivée mais Drago, lui, ne semblait au courant de rien de tout cela. Ou peut-être au contraire…savait-il tout ce qu'il se passait et c'est pourquoi il avait pris peur et s'était renfermé sur lui-même…
-Il n'y a pas qu'un voyage dans le temps, une étrangère va également venir perturber le destin de ce monde.
Dans un geste très humain, Armageddon mit les mains dans ses poches et j'eus l'impression qu'il leva la tête au ciel même si mon imagination me jouait peut-être des tours.
-Solaris, bientôt, tous ces événements vont me faire perdre la raison.
-Perdre…la raison ? Répéta le père de Drago. Mais, je ne comprends pas, si tu connais tout le futur à l'avance, pourquoi ne cherches-tu pas à le changer ?
-Tout simplement parce que je suis le gardien du destin. J'ai le droit de le rectifier s'il est menacé comme je le fais actuellement avec toi, mais en aucun cas je ne peux user de mes pouvoirs pour créer un nouveau destin car mon passé s'opposerait immédiatement à moi.
-Mais…Si tu perds la raison, que va-t-il se passer ? Ne dois-tu pas, en tant que gardien, t'empêcher de perdre la raison pour le bon déroulement du destin ?
-La est bien le paradoxe de mon rôle, Solaris. Je suis une créature atemporelle, mon existence dépasse de loin votre compréhension du monde mais sache que si je modifie le destin de moi-même, je disparaitrai définitivement.
-Si cela arrive, que va-t-il se passer ? N'était-ce pas ce que Gariatron et les autres démons désiraient depuis le début ? Que cherchaient-ils réellement à faire en t'éliminant ?
Avais-je bien entendu ? Le père de Drago venait-il de parler de Démon ? J'avais vraiment l'impression de m'être embarquée dans une histoire me dépassant largement et mon intuition me disait que ce n'était que le début d'une très longue aventure…
-Qui sait quelles étaient leurs véritables intentions, même Luminion ne savait pas exactement ce qu'il espérait obtenir après ma destruction. Cependant, ne crois pas que je n'aie rien fait en prévision de ma folie Solaris.
-Tu dis que tu ne feras rien pour modifier le destin mais que tu l'as déjà prévu. Tu ne te contredirais pas Armageddon ? Ironisa le père de Drago.
-Quelle étroitesse d'esprit ricana le monstre. J'ai simplement fait quelque chose que vous, les humains, aimez : j'ai joué avec les règles. Le futur après ma perte de raison m'est inconnu, c'est pourquoi, on ne peut pas parler de destin, il n'y a rien à préserver. J'ai donc pris deux humains et je leur ai confié une partie de mes pouvoirs pour qu'ils me détruisent lorsque cela arrivera avant de prendre ma place et de devenir les nouveaux gardiens du destin.
-T…Te détruire ? Mais pourquoi ? S'étrangla le père de Drago.
-Mon rôle est bien plus complexe que de simplement réguler le destin. Je dois m'assurer qu'il ne change pas à nouveau et pour cela, j'ai besoin de ma raison pour convaincre les personnes cherchant à le modifier, comme je l'ai fait avec toi. Sans raison, seul mon instinct de conservation s'opposera à ces personnes et penses-tu vraiment que tu aurais renoncé si je t'y avais forcé ?
Le père de Drago ne répondit rien et se contenta de sourire en fermant les yeux. Tout cela commençait à me donner vraiment mal à la tête. Comment m'étais-je retrouvée embarquée là-dedans alors que je venais simplement donner deux gâteaux à Drago…
Pour ne rien arranger, la douleur dans mon œil ne disparaissait pas si bien que je fus obligée de mettre ma main devant pour tenter de calmer la douleur…en vain. J'avais vraiment l'impression qu'il allait exploser d'un instant à l'autre.
J'aurais pu partir discrètement et faire comme si je n'avais rien vu mais mes jambes refusaient de bouger. Je ne savais pas si c'était moi ou une force extérieure mais je n'arrivais pas à détacher mon attention de la créature.
-Je suis désolé de ne pas avoir compris ton rôle plus tôt Armageddon, je t'en ai vraiment fait voir de toutes les couleurs soupira le père de Drago en baissant la tête.
-Cela n'a plus d'importance à présent. Même si cela aura pris du temps, le destin n'en sera pas modifié puisqu'Hélios est toujours vivant lui aussi.
Un léger sourire passa sur les lèvres de l'homme et ce dernier tendit la main à la créature en déclarant :
-C'est donc un adieu, Armageddon. Merci de nous avoir laissé vivre ces années malgré tout et de m'avoir fait comprendre que ma décision était égoïste. Même si nous ne serons plus là pour le voir, je sais maintenant que nous laisserons un monde en paix derrière nous. Dès demain, j'ouvrirai le portail de retour et j'affronterai Hélios comme le veut la prophétie.
-Je ne fais que suivre mon rôle, il aurait été stupide de votre part d'accepter sans même réfléchir aux conséquences. Cependant, j'aimerais vous faire un présent.
La créature attrapa la main du père de Drago et un éclat de lumière m'aveugla pendant un instant. Lorsqu'il se dissipa, monsieur Mio était seul sur le parvis, le regard perdu au loin mais il n'y avait plus aucune trace d'Armageddon.
Avais-je rêvé ? Non…mon œil me faisait toujours souffrir et la pluie battante n'avait pas cessé. Il devait toujours se trouver quelque part dans les environs…mais où ?
Je regardai de tous les côtés, sur mes gardes et je fis un bond de deux mètres en arrière en voyant les yeux rouges de la créature juste derrière moi.
Je voulais fuir le plus loin possible, ne préférant même pas imaginer quelle était l'étendue des pouvoirs de cette chose mais j'étais paralysée par la peur, incapable de faire le moindre geste.
-Je vois, tu as tout entendu n'est-ce pas ? Me demanda Armageddon de sa voix dénuée de sentiment.
-J…Je…Qui…qui êtes-vous ? Balbutiai-je.
-Je pourrais te poser la même question me répondit-il en focalisant son regard sur mon œil vert qui scintillait toujours à ce moment-là.
-Q…Que me voulez-vous ? Articulai-je, tétanisée.
-Hoshino Asuna…n'est-ce pas ? Ne joue pas trop avec le destin des autres, ton propre monde aura besoin de toi plus que n'importe qui. Les actions de Solaris ne sont pas sans répercussion ici. continua-t-il d'un ton qui sonnait à la fois comme une menace et un avertissement.
Avant que je n'aie pu faire la moindre contestation, un puissant vent souffla dans la ruelle et Armageddon se volatilisa comme un tas de poussière s'envolant. Immédiatement, la douleur dans mon œil cessa et je m'écroulai au sol, vidée de toutes mes forces.
Lorsque j'ouvris les yeux à nouveau se trouvait au-dessus de moi un haut plafond sculpté de fleurs ainsi qu'un grand lustre de cristal. En tournant la tête, je vis que je me trouvais dans une vaste pièce, une chambre pour être plus précise et pas n'importe laquelle, une que je connaissais très bien même. Cette dernière était assez facilement reconnaissable à sa forme particulière avec ses murs arrondis entrecoupés de larges fenêtres donnant sur plusieurs balcons extérieurs. Le sol était recouvert d'une moquette beige, elle-même protégée par un tapis fleuri. Au fond de la pièce, une grande cheminée de marbre blanc sur laquelle plusieurs photos étaient posées, trônait, imposante et majestueuse.
-Oh, tu es enfin réveillée Asuna ! S'exclama une voix à l'entrée de la pièce.
Je tournai la tête et je vis Kagari chargée d'un plateau sur lequel était posé un verre d'eau et plusieurs plats qui me donnaient l'eau à la bouche.
-Kagari, que m'est-il arrivé ? Et qu'est-ce que je fabrique ici ? Demandai-je d'une voix rauque.
-J'attendais justement que tu me le dises me répondit la déléguée d'un air embêté. J'étais venue t'espionner un peu lorsque je t'ai vue inconsciente sur le sol.
Je grimaçai. J'hésitais à parler de ce que j'avais vu à Kagari. Elle était peut-être ma meilleure amie et je me confiais souvent à elle mais cette histoire avec le père de Drago et cet Armageddon dépassait certainement sa compréhension et lui raconter ne ferait que l'inquiéter…
-Je…Je crois que j'ai dû attraper quelque chose à cause de la pluie mentis-je en détournant le regard.
-Quelle idée de rester sous la pluie battante aussi ! Je sais que tu veux autant que moi savoir si Drago t'aime ou non mais ce n'est pas une raison pour l'attendre à t'en rendre malade ! S'exclama la déléguée, les yeux exorbités.
Cette fois-ci, je ne rougis même pas à sa remarque. J'étais bien trop préoccupée par les paroles de la créature pour me chamailler avec mon amie. Je me souvenais que, juste avant de perdre connaissance, le dénommé Armageddon avait prononcé mon nom…Premièrement, je n'avais aucune idée de comment il le connaissait et deuxièmement, que voulait-il dire par « jouer avec le destin des autres » ? Faisait-il référence à ma volonté de sortir Drago de sa solitude ? Cela me paraissait un peu exagéré tout de même…Il devait y avoir quelque chose que je n'avais pas saisi…mais quoi ?
Je tentai de me remémorer toute la conversation que j'avais entendue et je sursautai tout à coup en me souvenant des mots du père de Drago.
-Kagari, dis-moi, est-ce que Drago et sa famille vont bien ? Lui demandai-je précipitamment.
-Euh…Oui, je crois, pourquoi ça n'irait pas pour eux ? S'étonna-t-elle. En tout cas, quand je t'ai ramassée, tout semblait normal.
Je lâchai un soupir de soulagement. Peut-être avais-je mal compris cette conversation après tout, peut-être ne parlaient-ils pas d'une éventuelle mort mais de quelque chose d'autre…je devais y croire, pas seulement parce que j'appréciais sa famille mais aussi parce que, si ce que j'avais compris devait se produire, je savais pertinemment que Drago ne le supporterait pas…
-Oh attends, je viens de me souvenir d'un truc bizarre quand même reprit Kagari en mettant un doigt devant la bouche, comme quand elle réfléchissait.
Mon cœur rata un battement et je l'attrapai par les épaules, ce qui la fit sursauter.
-Qu'est-ce que tu as vu Kagari ?
-Je…Je ne sais pas si c'est vraiment louche, mais j'ai croisé un drôle de type sur le chemin…
-Un…Drôle de type ? Répétai-je, tremblante. Avec une cape ?
-Non, je ne crois pas mais il était immobile dans la rue et il fixait la maison de Drago. Tu sais, comme le moustachu au manteau dans clannad qui…
Je me levai du lit d'un bond. Ce n'était pas bon du tout. Je savais que la famille de Drago courait un danger et la présence de cette personne décrite par Kagari n'était sûrement pas une coïncidence. Cependant, il fallait que j'y retourne sans tarder si je voulais empêcher le pire d'autant plus que j'étais certainement la seule à pouvoir agir…
-Désolée Kagari, je dois aller vérifier un truc ! Lançai-je en enfilant mes chaussures.
-Tu penses que ce type est dangereux ? S'exclama la déléguée en sursautant.
-Je suis même certaine qu'il est dangereux, il n'y a pas de temps à perdre !
-Je viens avec toi alors, je pourrai facilement le reconnaitre rétorqua Kagari avec un petit sourire aux lèvres.
-Fais comme tu veux mais dépêche-toi !
En moins d'une minute nous fûmes à l'extérieur et nous nous précipitâmes à travers les rues de la ville pour rejoindre la maison de Drago. Heureusement, rien n'était éloigné du reste dans cette petite ville et nous arrivâmes sur les lieux que j'avais quittés quelques heures plus tôt dix minutes plus tard.
Immédiatement, je regardai de tous les côtés dans l'espoir de voir cette fameuse personne mais les rues étaient toujours aussi désertes qu'avant.
Kagari se dirigea vers une ruelle, certainement celle où elle avait vu l'homme louche, mais ne trouva rien de plus que moi.
-Non, il n'y a plus personne ici, il a dû partir.
Je serrai les dents. Même s'il n'était pas forcément lié à ce que j'avais vu plus tôt, il était indéniable, d'après Kagari, qu'il avait un rapport avec Drago. J'aurais bien aimé l'attraper au moins pour lui poser quelques questions…
-Asuna, Kagari, que faites-vous ici ? Nous demanda une voix provenant de derrière nous.
Je me retournai en sursautant lorsque je reconnus la voix de Drago. Ce dernier nous regardait avec étonnement, un sac de courses à la main, portant toujours son uniforme.
-Ah…Je…Kagari me raccompagnait simplement chez moi ; lui dis-je d'une voix peu assurée.
Comprenant mon désir de ne pas affoler le jeune homme, Kagari prit ma suite même si son aide me mit encore plus mal à l'aise…
-Asuna voulait t'offrir des gâteaux ! Lança-t-elle avec un sourire niais.
Je voulus vraiment m'enfuir très loin à ce moment-là. Pourquoi se sentait-elle toujours obligée de régler un problème en en mettant un encore plus gros sur la table…
Drago haussa légèrement les sourcils, étonné et je lançai un regard noir à Kagari qui me tira la langue. Cependant, la présence de mon ami m'empêchait de couper la langue de la déléguée pour lui apprendre à se taire…
Mais je devais profiter de l'occasion pour savoir si Drago était au courant des histoires se tramant dans le coin.
-N'écoute pas Kagari, j'étais simplement venue te demander quelque chose mais j'ai vu ton père parler à quelqu'un donc je n'ai pas osé le déranger.
Drago pencha la tête sur le côté, ne comprenant apparemment pas où était le problème mais ce simple geste suffit à me donner ma réponse. Comme je le pensais, Drago ne savait absolument rien…
-Enfin, ne t'embête pas avec ça, je repasserai demain !
-Tu peux lui demander maintenant si tu…
Je ne le laissai pas terminer sa phrase et je m'éclipsai en vitesse, laissant les deux membres du club sur place et dans l'incompréhension.
Lorsque j'arrivai chez moi, je m'écroulai immédiatement sur mon lit. Je ne savais plus quoi faire. Devais me préoccuper de tout ça et faire mon possible pour changer les choses ou devais-je faire comme si de rien n'était et continuer à vivre ma vie comme avant ?
Même si la deuxième option me paraissait bien plus raisonnable si je ne voulais pas devenir folle, je ne pouvais tout simplement pas laisser la famille de Drago mourir, ma conscience ne me le permettait pas.
Je devais trouver un moyen de changer les choses, n'importe lequel ! Mais je devais aussi mettre Drago dans la confidence. Cela concernait sa famille, il avait le droit de savoir. Je devais simplement lui annoncer de manière à ne pas l'affoler…
En levant les yeux et en voyant une vieille photo des sept ans de Drago, une idée me traversa l'esprit. Je pris une feuille de papier et je commençai à écrire une lettre d'invitation pour mon ami. Il n'y avait rien de mieux qu'un diner pour aborder des sujets délicats. Si Kagari avait été là, elle en aurait certainement profité un maximum mais je n'avais pas d'autre moyen de lui annoncer sans le brusquer.
Après une dizaine d'essais ratés, je finis par laisser les choses ainsi et je me contentai de ce que j'avais écrit. Ce n'était pas terrible mais j'espérai qu'avec ça, il comprendrait que mon invitation était vraiment importante.
Là-dessus, j'allai me coucher pour être en forme pour le lendemain et surtout pour ne pas continuer à réfléchir indéfiniment à cette lettre sans quoi je savais que j'allais passer une nuit blanche…
Le lendemain, sur le chemin du lycée, je ne pus m'empêcher de vérifier aux alentours de la maison de Drago pour voir si le fameux type était revenu mais tout était calme ce matin. Après tout, peut-être Kagari se trompait-elle et qu'il ne s'agissait que d'un simple passant.
En arrivant dans la classe, je saluai les deux délégués et j'allai m'installer à ma place comme chaque jour puis je sortis la lettre de mon sac avec l'intention de la donner à Drago dès son arrivée. Cependant, je manquai de prudence et Kagari vint se placer juste derrière moi alors que l'enveloppe était encore posée sur la table.
-Oh, mais qu'est-ce que c'est que ça ? S'exclama-t-elle en prenant la lettre sous mon nez, un sourire niais sur les lèvres.
-Rends-moi ça Kagari ! Protestai-je en, commençant à paniquer.
-Alors c'est pour ça que tu es partie aussi vite hier, je comprends mieux !
-P…Pas du tout ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! Rétorquai-je en commençant à rougir.
-Voilà que tu commences à faire ta Tsundere continua la déléguée en riant.
-Tu vas voir à quel point une tsundere peut être violente si tu ne me donnes pas ça, toi !
Je me levai de ma chaise et je me mis à poursuivre Kagari dans la classe, sous les regards ébahis de tous nos autres camarades mais ce qui m'importait à ce moment, c'était de récupérer cette lettre avant que mon amie ne gâche tout…
Finalement, cette dernière fut arrêtée par Ichigo qui attrapa le bout de papier au vol sous les protestations de la jeune fille. Cependant, alors que je pensais qu'il allait me la rendre sans faire plus d'histoire, le grand gaillard baissa les yeux et fronça les sourcils, visiblement mécontent.
-Une lettre pour Drago ? Murmura-t-il.
-J'ai juste besoin de parler de quelque chose avec lui, arrêtez de vous imaginer n'importe quoi ! Râlai-je en lui reprenant la lettre des mains.
-Fais ce que tu veux, ta vie sentimentale ne me regarde pas de toute façon se contenta-t-il de répondre en retournant s'asseoir à sa place.
-Vous n'êtes pas drôles tous les deux ! Se plaignit la déléguée en gonflant les joues comme une enfant.
Après cet incident, lorsque Drago arriva, je ne trouvai pas le courage de lui donner l'enveloppe immédiatement, non seulement parce que Kagari était toujours dans les parages mais aussi parce que j'avais l'impression d'être ridicule avec des choses aussi formelles alors qu'il suffisait de lui dire…Mais je ne pouvais vraiment pas lui exposer la véritable raison de cette invitation devant tout le monde, une lettre était le seul moyen de ne pas attirer l'attention sur nous.
La journée se passa donc normalement, comme n'importe quelle autre journée. Kagari me lançait des piques stupides, je réagissais plus ou moins, Ichigo grognait dans son coin et Drago était toujours aussi perdu dans ses pensées.
C'était notre quotidien en y repensant. Même s'il y avait plus agréable et amusant, j'appréciais ces moments que nous passions tous ensemble et j'avais du mal à imaginer une journée autrement que comme cela. J'aurais vraiment tout donné pour que les choses ne changent jamais…mais je savais que ce quotidien était sur le point de prendre fin…
Non, je ne devais pas penser comme ça ! Si j'invitais Drago ce soir-là, c'était justement pour lui parler de tous ces événements et les empêcher de se produire !
A la fin des cours, je décidai de prendre enfin mon courage à deux mains et d'ignorer les remarques de Kagari, même si je lui étais reconnaissante sur un point : celui d'avoir annulé les activités de club pour que je puisse préparer convenablement mon rendez-vous…Elle était peut-être agaçante parfois mais elle me connaissait mieux que personne.
-Drago-chan ! Lançai-je à travers la classe alors que mon ami s'apprêtait à rentrer chez lui, faute d'activité.
-Asuna, que se passe-t-il ? Me demanda-t-il avec son manque d'émotion habituel.
En croisant son regard, je ne pus m'empêcher de rougir et à me dandiner d'un pied sur l'autre. A force d'écouter les bêtises de Kagari, je commençai à m'imaginer des choses moi aussi…mais je ne devais pas me laisser distraire.
-Dis…Je me disais…J'organise…une fête ce soir…et je me disais…
-Tu veux que je vienne c'est ça ?
-Tout à fait, alors tu en dis quoi ? Lui demandai-je avec un faux sourire.
En vérité, au fond de moi, mon cœur battait la chamade. Ma plus grande crainte était qu'il refusât mon invitation, ce qui aurait fait tomber tous mes plans à l'eau…Cependant, mon ami soupira légèrement avant de reprendre la parole.
-Et nous serons combien exactement ?
-En comptant le chien, trois ! lançai-je aussitôt, rassurée.
-Je n'ai pas le choix j'imagine…
-Parfait, ça commence à vingt heures, tâche de ne pas être en retard !
Sans ajouter un seul mot, je lui donnai l'enveloppe et je partis d'une démarche se voulant naturelle. Cependant, une fois qu'il fut hors de vue, je commençai à courir pour évacuer le stress. Je traversai toute la ville à grande vitesse pour pouvoir rentrer le plus vite possible chez moi.
En passant devant la maison de Drago, je vis deux hommes en blouse blanche en grande conversation. Je n'y prêtai néanmoins que peu d'attention, pensant qu'il ne s'agissait que de collègues de travail de son père et je rentrai chez moi deux minutes plus tard.
Gimpei m'accueillit en me sautant dessus comme toujours mais je n'avais pas le temps de jouer avec lui. Je devais me préparer. Même si ce diner était destiné à lui faire part de ce que j'avais vu, ce n'était pas une raison pour ne rien préparer non plus.
Je me mis donc derrière les fourneaux, ce qui m'occupa jusqu'à dix-neuf heures. Je n'étais pas spécialement douée en cuisine mais je fis de mon mieux pour avoir un résultat acceptable.
Dès que j'eus fini, je m'assis sur le canapé, attendant l'heure fatidique. Je n'avais toujours aucune idée de comment annoncer la nouvelle à Drago mais j'espérais que je serai en mesure d'orienter la conversation dans ce sens-là…
Les minutes passèrent, puis mon horloge sonna huit heures, puis huit heure trente, neuf heures mais personne ne se présenta. Il n'avait quand même pas pu se perdre en habitant à deux rues de chez moi…
Soudain, une vive douleur me transperça l'œil. Cependant, c'était différent de d'habitude, je n'avais encore jamais ressenti une douleur pareille, pas même en présence d'Armageddon. Je perdis l'équilibre et des larmes se mirent à couler de mes yeux tant la douleur était intense. Je pense que si on m'avait enfoncé un épieu, j'aurais ressenti la même peine…
Puis la douleur disparut d'un seul coup, aussi vite qu'elle était arrivée et je m'écroulai sur mon canapé, la respiration saccadée, le cœur battant à tout rompre. Drago avait-il des ennuis ?
Je m'apprêtai à l'appeler pour m'assurer que tout allait bien lorsque je vis que j'avais reçu un message de Kagari pendant mes spasmes : « REGARDE LES INFORMATIONS ! » et une seconde plus tard, je reçus un appel de cette dernière qui me cria dans les oreilles :
-Asuna, qu'est-ce que tu fabriques bon sang ! Tu as vu mon message ou pas !
-Désolée Kagari, je…
-Allume la télévision, tout de suite !
Devant le ton pressant de la jeune fille que ne lui ressemblait pas, je m'exécutai, intriguée et une vision d'horreur s'offrit à moi lorsque l'écran s'alluma et je lâchai mon téléphone, soudain vidée de toutes les forces qui me restaient. Au journal télévisé, dans un coin à droit du présentateur, se trouvait le laboratoire du père de Drago, une épaisse colonne de fumée s'en élevant tandis qu'un gros titre défilait en boucle en dessous « Explosion du centre de recherche des énergies nouvelles, une famille a été prise dans la déflagration. Aucun survivant »
