Chapitre 11

- Prête ?

- Si je réponds non, ça change quelque chose ?

Ron me sourit pour toute réponse et avança dans la rue que le site internet avait indiquée. Harry et Ginny le suivirent et se retournèrent vers moi, attendant que je bouge à mon tour. Je pris une grande inspiration et fit un pas en avant.

J'étais stressée et anxieuse. Mes parents n'allaient pas me reconnaître, et ça allait être horrible, je le savais. Mais en plus de ça, j'avais peur de ne pas leur faire bonne impression. Alors je m'étais habillée en petite fille modèle, espérant qu'ils allaient bien m'aimer.

Ron se posta devant une maison en brique blanche et me fit signe de la rejoindre sur le seuil. Je déglutis péniblement et actionnai la sonnette, prévenant de mon arrivée.

Je lissai ma robe noire et sobre du plat de la main et passai une main sur ma tête pour vérifier que des mèches rebelles ne s'étaient pas échappées de mon chignon. Ron se pencha vers moi avec un sourire rassurant :

- Tu es magnifique, dit-il doucement en me saisissant la main.

Je soupirai et attendis avec impatience que quelqu'un se décide à venir nous ouvrir, la jambe secouée d'un tic nerveux.

Enfin, la porte s'ouvrit et laissa apparaître ma mère qui nous me regarda fixement avant de jeter un regard interrogateur sur mes amis.

Comme prévu, elle ne me reconnaissait pas. Et même si je m'y étais attendue, ça faisait horriblement mal. Ma mère, qui m'avait mise au monde, qui m'avait vue grandir, avec qui j'avais partagé mes plus profonds secrets, ne savait même pas qui j'étais. Je pressai très fort la main de Ron dans la mienne.

- Vous devez être Hermione ?

Je hochai la tête et essayai de prendre une voix assurée :

- Oui, c'est moi. j'espère que mes amis ne vous dérangent pas. Nous sommes étudiants, et eux aussi voudraient assister à une de vos journées pour voir comment se passe la vie de dentiste professionnel.

J'étais moi-même étonnée par ma capacité à mentir. Ron me jeta un regard impressionné et ma mère nous lança un sourire rassurant.

- Bien sûr que ça ne me dérange pas. Mais entrez, je vous en prie, ne restez pas dehors comme ça, vous allez attraper froid.

Je reconnaissais bien ma mère dans cette remarque (il n'y avait en effet aucune chance pour qu'un d'entre nous prenne froid, il faisait 30 degrés dehors) et je lâchai la main de Ron pour la suivre à l'intérieur de la maison.

Elle nous invita à nous asseoir dans des canapés qui décoraient un salon d'allure sobre.

- Mon mari ne va plus tarder. Vous êtes anglais, je me trompe ?

Je jetai un coup d'œil surpris à mes amis. Je ne m'étais pas attendu à cette question.

- Oui, mes parents ont déménagé en Australie l'année dernière…

- Comme je suis son copain, j'ai décidé de la suivre, mentit Ron en prenant les choses en main. Je m'appelle Ronald, en fait. Ronald Weasley. Je vous présente Ginny, ma petite sœur, et Harry, notre meilleur ami.

- Enchantée de vous rencontrer, répondit ma mère avec un sourire chaleureux. Mon mari et moi venons aussi d'Angleterre. Pour une coïncidence, c'en est une !

- À qui le dites-vous, marmonnai-je de sortes qu'elle ne puisse pas entendre.

- Voulez-vous du thé ?

Nous acquiesçâmes de concert et elle partit dans ce que je devinai être la cuisine. Je soufflai bruyamment pour me détendre. Les émotions se bousculaient dans ma tête, et je tentai en vain de me calmer.

- Détends-toi, murmura Ron à mon oreille.

- Facile à dire, dis-je nerveusement. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer que je suis leur fille. Et les connaissant, ils ne vont pas me croire s'ils n'ont pas de preuves…

Pour toute réponse il haussa les épaules avec un air désolé. Ma mère revint quelques minutes plus tard avec des tasses de thé dans les mains. Elle nous sourit en nous servant et la conversation se perdit vers des sujets plus futiles. Elle nous demanda notre âge et nos motivations pour devenir dentistes et, encore une fois, je dus improviser une réponse. Je commençais à m'empêtrer dans mes mensonges lorsque j'entendis avec soulagement la porte d'entrée s'ouvrir.

- Ça doit être mon mari, annonça ma mère avec un grand sourire.

En effet, après quelques secondes, mon père apparu à l'embrassure de la porte. Il me semblait plus grand que dans mes souvenirs. Je cherchai à tâtons la main de Ron et la serrai de nouveau dans la mienne.

- Ah bonjour, dit mon père avec un grand sourire. Vous devez être Hermione, c'est bien cela ? Et vous, vous êtes…

Mes amis se présentèrent rapidement pendant que mon père s'installait dans un des fauteuils.

- Très bien, dis ma mère avec une mine chaleureuse. Maintenant que tout le monde est là, il faudrait peut-être parler de cette journée que vous voulez passer avec nous, vous ne croyez pas ?

Je pris une grande inspiration et me lançai, estimant qu'il s'agissait là du meilleur moment pour tout leur avouer.

- Je vais vous expliquer quelque chose qui va peut-être vous sembler compliqué à croire, mais il faut que vous me promettiez de ne pas m'interrompre, d'accord ?

Mes parents se jetèrent un coup d'œil incrédule puis acquiescèrent d'un mouvement de tête.

- Très bien, en réalité, nous ne voulons pas devenir dentistes…

- Quoi ? s'emporta mon père, incrédule.

- Laisse-la parlez, chéri, lui intima ma mère, les sourcils froncés.

Je décidai de continuer avant de perdre mon courage :

- Alors voilà…


Le silence pesait depuis quelques secondes dans la pièce, et je me demandais qui allait enfin se décider à la briser. J'avais fini mon histoire, et mes parents me regardaient, les yeux ronds et le teint pâle. Enfin, mon père se leva du fauteuil dans lequel il était installé et me jaugea de toute sa hauteur. Je me recroquevillai sur place, incapable de faire le moindre geste.

- Vous vous fichez de nous ! s'exclama-t-il d'une voix vibrante de colère. Des sorciers ! Notre fille ! Sortez d'ici !

- Mais… tentai-je, déconfite, les larmes aux yeux.

- DEHORS ! hurla-t-il. Ou j'appelle la police !

Sans réfléchir, sachant que l'issue de la conversation était désespérée, je pointai ma baguette sur mon père, puis sur ma mère en disant :

- Petrificus totalus !

Ils s'écroulèrent tous les deux sans un bruit. Ma mère glissa du canapé et se retrouva allongée sur le sol, à côté de mon père. Seuls leurs yeux semblaient encore nous dévisager.

Je poussai un gémissement apeuré.

- Mes parents… je viens de pétrifier mes parents…

- Hey, Mione, calme-toi, me dit Ron en me prenant par les épaules. Ce n'est pas grave. Tu vas leur rendre la mémoire, et puis tout ira bien.

Je me dégageai de son emprise et me jetai dans le canapé, laissant ma baguette tomber par terre sans tenter de la retenir.

- Mes parents, gémis-je de nouveau. Oh mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?

- Tu n'as rien fait du tout, Hermione, assura Harry. Ou du moins, tu as fait ce qu'il fallait. Tu n'allais jamais réussir à leur rendre la mémoire si tu ne les avais pas pétrifiés…

- Ce n'est pas comme si tu leur avais fait subir le sortilège Doloris, relativisa Ron.

Je lui lançai un regard noir. Encore heureux que je ne leur avais pas lancé ce sortilège !

Je soupirai, tremblant come une feuille, ramassai ma baguette et m'approchai de mes parents en me penchant vers eux.

- Si je ne réussis pas, murmurai-je, plus pour moi qu'autre chose.

- Tu vas réussir, Mione. Tu réussis toujours, m'encouragea Ginny.

Je fermai les paupières et me concentrai le plus possible afin de rassembler mes forces et de surtout ne pas rater. Puis je dirigeai la baguette vers la tête de mon père, puis celle de ma mère en murmurant la formule du bout des lèvres comme si cette-dernière me brûlait la langue. Une fois que j'eus fini, je rendis à mes parents leur liberté de mouvement et me relevai en reculant doucement vers Ron qui passa un bras autour de mes épaules.

Mon cœur battait la chamade, et je fis une prière silencieuse pour que le contre-sort ait marché. J'espérais avoir réussi. J'espérais avoir retrouvé mes parents. Je l'espérais, de toutes les fibres de mon corps.

Mes parents se relevèrent en position assise et se frottèrent la tête en se regardant d'un air incrédule. Puis leurs yeux se posèrent sur moi et me dévisagèrent longuement.

- Hermione ! finit par murmurer ma mère.

Ma respiration se bloqua dans ma gorge. J'avais réussi. J'avais rendu la mémoire à mes parents. Ils me reconnaissaient. Ils me reconnaissaient !

Sans plus réfléchir, je me jetai à genoux sur la moquette qui tapissait le sol et ma mère me prit dans ses bras, bientôt imitée par mon père. Je les entendais prononcer des phrases sans queue ni tête et ma mère chuchotait inlassablement :

- Hermione, oh mon dieu, Hermione, comme tu as changé… comme tu es grande, à présent…

Je sanglotais dans les bras de mes parents en priant pour qu'il ne s'agisse pas d'un rêve. J'étais tellement soulagée de les retrouver, vivants, en bonne santé. Tellement soulagée qu'ils me reconnaissent.

- Je suis désolée, hoquetai-je, je suis tellement désolée…

Je finis par m'écarter d'eux après un long moment et leur lançai un pâle sourire en tentant de chasser les larmes de mon visage.

- Maman, Papa, je suppose que vous vous souvenez de Harry, de Ginny et de Ron…

Ma mère plissa les yeux en signe de concentration.

- Ron… bien sûr, je me souviens, c'est le garçon dont tu étais amoureuse…

Elle se mordit immédiatement la lèvre, croyant qu'elle avait fait une gaffe. Je lançai un regard inquiet à Ron, mais il éclata de rire et je me relevai pour me mettre à ses côtés.

- Ne vous tracassez pas, Mrs Granger, la rassura-t-il. Nous sommes ensembles, maintenant.

- Enfin ! s'exclama Ginny en affichant un sourire rayonnant.

- Combien de temps s'est-il passé, au juste, depuis qu'on ne s'est plus vu ? demanda mon père, déboussolé, en se relevant.

- Presque un an… Vous ne vous souvenez de rien ? je veux dire, vous ne vous souvenez pas que vous êtes en Australie ? que pendant un an, vous avez cru être Monica et Wendell Wilkins ? tout ça est effacé ?

- C'est très vague, répondit ma mère avec un air d'intense concentration.

- Je crois que je vous dois des explications, soupirai-je en leur faisant signe de s'asseoir dans les canapés tandis que je me lovai contre Ron qui avait passé un bras autour de mes épaules.

Je leur racontai tout. De Voldemort à notre fuite durant presque un an, en passant par la Bataille Finale et les morts qui nous pesaient sur le cœur. Quelquefois, Harry m'interrompit pour rajouter quelques détails, mais je leur avouai la plus grosse partie du récit. Lorsque j'eus terminé, les nuit était tombée depuis longtemps et les étoiles brillaient dans le ciel. Ma gorge était sèche d'avoir trop parlé.

- Oh ma chérie… dit mon père en me regardant d'un air attristé.

- J'espère que vous ne m'en voulez pas trop, dis-je d'une petite voix. J'ai fait ça pour vous protéger. Mais, croyez-moi, vous m'avez tellement manqué…

- Bien sûr que non, nous ne t'en voulons pas ! s'exclama ma mère avec véhémence en tendant une main vers moi que je saisis sans hésitation. Tu as fait ça pour notre bien. Peut-être que nous serions morts si tu ne nous avais pas mis en sécurité.

- Je préférais vous savoir loin de moi et en sécurité plutôt que de vous garder égoïstement près de moi en prenant le risque que vous soyez tués ou pire, torturés…

- Je te reconnais bien là, dis mon père avec un sourire rassurant.

Il me regarda pendant quelques secondes avant que ma mère ne brise le doux silence qui s'était installé.

- Vous pouvez dormir ici, si vous voulez. Il se fait tard, et je suppose que vous êtes fatigués.

Mes amis me regardèrent, comme si j'étais la seule de notre petit groupe à pouvoir prendre la décision. Je souris et hochai la tête.

Mes parents semblaient heureux. Ils ne m'en voulaient pas. Ils étaient simplement fous de joie de me retrouver. Et ça, ça m'emplissait d'un bonheur impossible à décrire avec des mots.


- Tu sais comment on va ramener tes parents en Angleterre ?

Ron et moi étions couchés dans le lit double de la petite chambre où mes parents nous avaient amenés, surélevés sur un coude pour nous faire face, et nous parlions depuis plus d'une heure de sujets et d'autres. Notre conversation était souvent entrecoupée de baisers ou de chamailleries. Il venait de mettre le sujet sur le tapis sans prévenir et je fus prise au dépourvu.

- Pour tout te dire, je n'y ai pas encore réfléchi…

- Je suppose qu'on va y aller par Portoloin, non ?

J'ouvris de grands yeux et lui répondis d'un air scandalisé.

- Tu veux vraiment faire subir un trajet par Portoloin à mes parents après ce qu'ils viennent de vivre ? Tu as perdu la tête ou quoi ? En plus il faudrait contacter le Ministère, ce qui est quand même assez compliqué, à moins de leur envoyer un hibou. Et encore, ça prendrait des jours, voire des semaines pour avoir une réponse…

- Je veux bien, me dit-il avec un soupir désabusé, mais je ne vois pas d'autre moyen. On ne peut pas y aller en transplanant, la distance est beaucoup trop importante et ça risque d'être encore plus éprouvant pour eux qu'un voyage en Portoloin… la Poudre de Cheminette, n'en parlons même pas… alors, je ne vois pas d'autres alternative…

Je le regardai avec un demi-sourire.

- Sinon…

- Sinon quoi ? demanda-t-il, l'air soudain inquiet.

- Sinon, il existe aussi des moyens Moldus…

- Oh non… dit-il en secouant la tête.

J'éclatai de rire devant son air de petit garçon effrayé.

- Tu ne me feras jamais monter dans ce truc… comment ça s'appelle déjà ?

- Un avion, Ron, ça s'appelle un avion, soupirai-je.

- Et bien la question ne se pose même pas !

- S'il te plaît, Ron…

- Non…

Je lui fis mon plus beau sourire et il détourna le regard :

- Ne me dévisage pas comme ça… ça ne marchera pas.

- Allez, quoi, Ron, ça va être marrant…

- En quoi voler à des dizaines de mètres du sol peut-être marrant ?

- Dixit celui qui joue au Quidditch… dis-je avec un sourire espiègle.

- Ce n'est absolument pas pareil !

- Tu as raison, c'est beaucoup plus sécurisant les voyages en avion…

- J'ai dit non !

Je me penchai vers lui et me mis à l'embrasser doucement sur la bouche.

- Hermione ! dit-il en se dégageant de mon étreinte. Ça ne marche pas ces trucs-là, avec moi.

Je haussai les épaules. Je ne voulais pas abandonner, mais il était coriace, et je ne voyais pas un autre moyen de ramener mes parents en Angleterre que d'utiliser l'avion.

Je croisai les bras sur ma poitrine et me détournai de lui, faussement en colère.

- Puisque c'est comme ça…

Je me couchai sur le flanc et lui tournai ostensiblement le dos.

- Mione…

Je ne répondis pas, contente qu'il ne puisse pas voir mon visage, car j'avais du mal à retenir mon sourire.

- Mione, tu boudes ?

- Non ! dis-je d'un ton sec et froid.

- Mione, tu sais bien que je n'aime pas que tu sois fâchée contre moi…

- Je suis toujours fâchée contre toi, répliquai-je de but en blanc.

- Mione…

- Et bien tu retourneras tout seul en Angleterre, par tes propres moyens ! moi je prends l'avion avec mes parents, tant pis pour toi !

- Tu es sérieuse ?

- Parfaitement ! répondis-je d'un ton grave.

Je n'avais plus envie de rire, ni de jouer la comédie. Je m'étais rendue compte que, s'il ne voulait pas monter dans l'avion, je serais obligée de le laisser ici le temps que mes parents soient arrivés en Angleterre. Là, je devrais aller trouver le Ministère pour demander de mettre un Portoloin à la disposition de Ron. Ça pourrait prendre des jours et je ne voulais pas le laisser seul ici, sans repères ni ressources.

- Mione…

- C'est le seul moyen, Ron !

Il soupira puis il marqua une longue pause avant de dire d'un ton hésitant.

- D'accord…

- Tu es sincère ? m'exclamai-je en me retournant vers lui, revigorée.

- Oui, si ça peut te faire plaisir…

- Oh, Ron, merci ! m'exclamai-je en l'entourant de mes bras. Merci, merci, merci ! tu n'imagines pas de quel pétrin tu viens de me sortir !

- Tu sais bien que je ferais tout pour toi…

Je le regardai dans les yeux pour voir s'il pensait ce qu'il disait et, remarquant qu'il était parfaitement sérieux, je me blottis contre lui en plongeant ma tête dans son cou.

- Comment tu fais pour avoir toujours ce que tu veux ? soupira-t-il en se détachant de moi.

- Je sais jouer de mes charmes… répondis-je avec un sourire espiègle.

Il éclata de rire puis entreprit de me chatouiller, geste qui se transforma bientôt en bataille de coussins. Nos rires résonnaient dans la pièce et je me demandai ce que j'avais bien pu faire pour mériter une telle chance.


Réponses aux reviews

Princesslele : Merci pour ta review! tu as les réponses à tes questions dans ce chapitre! :)

Romioneforver : Merci d'avoir pris le temps de laisser un commentaire! je suis contente que ma fic te plaise, et j'espère que tu as apprécié ce chapitre! :)