- Rose ! s'écria-t-il en accourant à ses côtés. Rose vous m'entendez ?

- Kate…, balbutia-t-elle à demi consciente. Elle… se réveille…

Il la saisit dans ses bras et dégagea de son visage les nombreuses mèches blondes et rebelles.

- Chut ça va aller Rose, souffla-t-il d'une voix douce sans plus se préoccuper de Titius.

- Le miroir…

- Le miroir ? Quel miroir ? Rose parlez-moi ! s'inquiéta-t-il devant son piteux état. Quel miroir ?

- La cellule…

Elle gémit faiblement, mais ne put donner davantage de détails, le cerveau soumis à une torture insoutenable qui lui occasion une hémorragie cérébrale des plus sévères.

- Rose, restez avec moi !

Le miroir… la cellule… Mais oui ! Quel imbécile ! Elle communiquait avec Kate par le biais de miroirs. Elle est donc arrivée dans cette dimension au moyen d'un miroir ! La cellule… quelle cellule ? Kate… il l'avait enfermé dans une cellule… se pourrait-il que…

- Tenez bon Rose…, lâcha-t-il en la soulevant difficilement du sol.

Rose n'était pas légère, il devait l'admettre. D'un autre côté, il n'avait pas adopté la carrure d'un déménageur au cours de sa dernière régénération. Mais il trouva suffisamment de force et de volonté pour la porter aussi loin que possible, si tant est qu'elle survive.

Il s'échappa du Palais, traversa la place Majeure et regagna finalement la Prison au pas de course, construite à proximité de l'Arène. Il s'introduisit dans le bâtiment, piégeant les quelques vigils à l'aide de son badge psychique.

- On y est presque Rose, accrochez-vous, souffla-t-il en pénétrant dans la dite cellule.

Il trouva le garde assommé et déshabillé, haussa un sourcil, intrigué et soupçonneux vis-à-vis de ses deux compagnes, ne sachant trop laquelle avait eu l'idée de l'assommer –et comment elle y était parvenue- ou laquelle l'avait dévêtit de ses affaires…

Il ne s'attarda guère longtemps sur cette découverte incongrue et se dirigea aussitôt vers le large miroir. Il déposa Rose au sol, haletant, et enfila immédiatement ses lunettes pour étudier l'objet en question. Après quelques secondes d'analyse, il secoua la tête, perplexe.

- C'est un miroir…, conclut-il finalement. Un très beau miroir, mais un très simple miroir…

- Docteur…, gémit l'autre d'une voix lointaine.

- Tenez bon.

Il s'approcha de la glace et inspira profondément, humant à pleins poumons cet objet supposé inodore. Il perçut alors un parfum peu conventionnel, et, approfondissant l'examen, il lécha du bout de la langue la surface froide, pour finalement s'écrier :

- Goût métallique, particules ioniques… Oui ! C'est ça ! Transfert d'énergie !

Il saisit le visage de Rose à deux mains, et sans, la quitter des yeux, lui baisa le front, avant de lui offrir le plus tendre des sourires…

- Rose Tyler… J'ai été ravi de vous revoir… Non, plus que ça : j'ai été heureux ! Ebloui ! Enchanté ! Subjugué !

Son sourire s'effaça. Il lâcha un faible soupir de regret, le cœur lourd de chagrin par cette rencontre éphémère qui n'avait que trop peu duré. Il désirait tant la garder à ses côtés, oh que oui… Mais il ne pouvait se permettre de la voir mourir dans ses bras juste pour satisfaire son caprice, non… Lentement, délicatement, il approcha son visage d'ange ensanglanté près du miroir. Lorsque sa peau entra en contact avec la surface vitrée, une décharge d'énergie illumina la pièce d'un éclair bleuté. Le Docteur se recula légèrement et plissa les yeux, ébloui par cette lumière aveuglante qui disparut quelques secondes plus tard…

Le corps de Kate reposait seul, immobile à proximité du large psyché. Le Docteur se pressa à ses côtés et lui saisit le poignet, espérant y déceler quelque chose, n'importe quoi en somme, un battement, un tout petit battement attestant encore d'une étincelle de vie dans ce corps si fragile qui jouait les gros dur.

- Vous m'entendez ? l'appela-t-il d'une voix qui cachait mal son angoisse.

- Mmmmm…, grommela la jeune femme.

- Kate, c'est vous ?

- Mmmrrrr… pouvez pas me laisser tranquille… suis pas payée pour faire des heures supp… gallifréen déjanté et complètement paumé… allez dansez la java autour de votre Tardis et foutez-moi la paix !

Oui, c'était bien Kate. Elle ouvrit difficilement les yeux et grimaça. Le Docteur sourit de toutes ses dents et sautilla sur place, heureux en somme qu'elle ait survécu -ce qui signifiait que c'était probablement le cas de Rose…

- Comment vous sentez-vous ?

- Comme si j'avais la plus grosse gueule de bois de toute ma vie…

Elle geignit et se massa le crâne, avant de remarquer d'un coup d'œil très observateur :

- Tiens vous ne jouez plus les Seigneurs Noirs, Lord Dark Doctor ?

Le Gallifréen ne répondit pas et se contenta d'hocher la tête, peu fier de son précédent comportement. Il l'avait traitée comme une moins que rien, il l'avait électrolysée, enfermée dans une sordide cellule en espérant bien qu'elle finirait par y moisir un jour. Elle avait pourtant risqué sa vie en permettant à Rose de contrôler son cerveau par une transplantation d'esprit extrêmement dangereuse. Il l'observait de ses grands yeux chocolat, un sourire en coin, et secoua la tête, le regard emplis de compassion et de remords :

- Je suis désolé, je suis sincèrement déso…

- Oh fermez-là un peu hein. Vous allez me faire fondre sur place.

- Quoi ? s'éberlua-t-il.

- Oui…, reprit-elle embarrassée, votre look Matrix –tout de noir vêtu-, je trouve ça adorablement sexy… Si en plus vous devenez sympa, je ne vais pas pouvoir m'empêcher de vous sauter dessus alors… s'il vous plaît, ne soyez pas trop condescendant.

Il émit un faible rire et l'aida finalement à se relever. Kate se plaisait à relativiser les choses, à éluder les sujets graves et tragiques en passant pour ridicule, à lui faire oublier que sa vie n'était qu'un livre de chapitres alternant solitude et souffrance -un peu comme Rose en fait.

- Aïe, ma tête ! se plaignit-elle en s'effondrant.

Le Docteur la rattrapa in extremis, passa un bras par-dessus son épaule et l'aida à avancer, doucement, sans se presser.

- Vous risquez d'avoir mal pendant quelques jours…

- Quoi ? s'écria-t-elle.

Elle grimaça, comprenant qu'il valait mieux ne pas élever la voix, sous faute d'avoir plus mal encore…

- C'est une blague ? reprit-elle à voix basse.

- Désolé, sourit le Docteur.

- J'espère pour vous que vous avez de l'aspirine…, grommela-t-elle en prenant la direction du Tardis.

Elle se stoppa en chemin, revint sur ses pas, et attrapa le large miroir, qu'elle porta difficilement. Le Docteur la suivit des yeux, et demanda, la voix légèrement troublée :

- La voyez-vous ?

- Qui ?

- Rose…

Kate se pinça les lèvres et lui répondit par un regard désolé. Elle caressa la surface du psyché et haussa les épaules :

- Quoiqu'il en soit, c'est une bonne idée déco. Dans la salle principale du Tardis, ça va faire un malheur !

Elle avança en tanguant, le lourd objet pesant dans ses petits bras chétifs mais pas moins puissants. Le Docteur sourit une fois encore, les mains dans les poches. Kate était un spectacle à elle toute seule.

- Surtout ,e m'aidez pas ! ragea-t-elle en levant les yeux au ciel.

Il s'approcha prestement, attrapa l'un des côtés du miroir aux roses, et le porta à son tour. Sur un commun d'accord et d'un pas coordonné, ils s'avancèrent tous deux à l'encontre de la blue box, l'un geignant sans cesse sous les maux de tête, l'autre gardant un silence pour le moins révélateur d'une angoisse profonde.

- Qu'est-ce qu'il ne va pas encore ? soupira la jeune femme.

- Tout va bien, mentit le Seigneur du Temps.

- Et moi je suis Reine d'Angleterre. Pourquoi cette mine d'enterrement ?

Clairvoyante, comme à son habitude. Le Docteur ragea intérieurement. Quelle idée saugrenue avait-il eu de l'inviter à son bord ? Elle insista lourdement, tant et si bien qu'il se résolut finalement à lui avouer le sujet de ses préoccupations :

- Le peuple de cet Empire va être gouverné par un imposteur, dont la principale obsession est de soumettre des hommes à des jeux barbares afin d'en faire une attraction touristique. Tout est ma faute et je ne peux absolument rien tenter pour l'empêcher…

Kate se priva de tout commentaires péjoratifs du genre : « vous aimez bien semer la pagaille tout de même ! ». Ils parvinrent finalement aux portes du Tardis et pénétrèrent dans la salle des commandes. Le Docteur s'approcha de la console, tira quelques leviers, appuya sur quelques boutons, sans trop savoir lui-même ce qu'il faisait réellement. Une bonne technique de camouflage qui cachait ses peines profondes, la nouvelle perte de Rose et la déchéance d'un peuple prospère par un Empereur impitoyable.

- J'ai réfléchis ! s'écria Kate alors dans son dos.

Elle posa délicatement le miroir au sol et s'approcha en sautant sur la console. Le Docteur ouvrit de larges yeux et crisa intérieurement lorsqu'elle bondit pour s'asseoir jovialement sur toutes les manettes et commandes de l'appareil qui crissèrent alors sous son poids.

- Mon Tardis, siffla-t-il les dents serrées.

- Oui ! s'écria-t-elle tout sourire aux lèvres, sans comprendre sa réaction crispée. Votre Tardis !

- De quoi ?

- Cette vielle poubelle volante voyage bien dans le temps, non ?

- Attention à ce que vous dîtes ! lança-t-il sévèrement, appréciant peu la remarque désobligeante vis-à-vis de son vaisseau.

Kate sourit et sortit son téléphone portable, le balançant dans les airs. Le Docteur haussa un sourcil pour le moins perplexe et le rattrapa au vol, avant de l'analyser dans le creux de ses mains.

- Oui, et alors ? demanda-t-il un tantinet perdu –avec Kate, il fallait s'attendre à tout ! -.

- Alors vous, vous avez votre Tardis, et moi, j'ai mon portable dernier cri qui ne demande qu'à être utilisé en bonne et due forme !