Chapitre XI : Les Gardiens de Minos.

Tisiphone pestait. Elle envoya valser un gros livre qui se fracassa contre une pile de grimoires qui s'écroula avec fracas. Elle se prit la tête dans ses mains et essaya de se replonger dans son travail.

La sorcière avait tiré les lourds rideaux gris foncés, pour empêcher les rayons du soleil d'entrer la distraire. La pièce était éclairée par les seules flammes des bougies qui tremblotaient. Une dizaine de chandelles flottaient tout autour du bureau sur lequel Tisiphone avait étalé ses livres, ses papyrii et ses autres textes.

Elle détestait cela : quand la traduction d'un texte lui échappait. Pour le moment, les lettres refusaient de former des mots ... Tout était dénué de sens.

Elle avait ses anciennes notes sous les yeux et plus rien ne concordait. D'un nouveau geste rageur, elle lança son carnet au loin. Il tapa contre la porte avant de rebondir au sol.

Elle leva les yeux vers la pendule : la sorcière se donna encore une heure. Ensuite, elle ferait une pause, peut-être un tour dans la campagne pour se changer les idées.

Ses yeux revinrent sur le morceau de peau. Une partie était restée inchangée depuis la petite expédition dans le passé. C'était déjà cela de traduit.

Tisiphone relut avec lenteur les quelques phrases qu'elle comprenait :

« La Boîte de Pandore ne renferme pas tous les maux de l'humanité — encore moins l'espoir. Mais un mauvais possesseur peut déchaîner sur tous les êtres vivants peine, fatigue, maladie, vice, tromperie, folie et malheurs. La Boîte se nourrit de la puissance magique, plus elle est forte, plus elle en demande. Craignez-donc son pouvoir, pauvres inconscients qui la recherchaient, car le malheur qu'elle a déjà causé pourrait de nouveau s'abattre sur la tête des inconscients … »

Ensuite, c'était de nouveau cet alphabet cunéiforme, ce mélange de linéaire A et B et une autre langue totalement inconnue de la sorcière. De l'Atlante sans aucun doute. Si seulement elle avait une Pierre de Rosette ... Mais non ...Rien, juste un texte écrit en plusieurs langues ... pas moyen de comparer.

Excédée, Tisiphone leva les yeux au plafond. Les poutres brillaient sous les lueurs des bougies et les nervures du bois prenaient d'étranges formes dansantes. Il était temps qu'elle sorte un peu. De sa baguette, elle ouvrit en grand les tentures. Le soleil entra à flot dans la pièce.

La sorcière se leva et se dirigea vers la porte, en évitant les livres qu'elle avait balancés un peu partout. Elle se retourna : c'était un vrai champ de bataille. Elle rangerait tout cela plus tard.

Le cottage était désert et silencieux. Lucius avait dû s'absenter, régler quelques problèmes avec Drago, lui avait-il expliqué.

Dans la cuisine, Tisiphone s'étira comme chat, en attendant que son thé infuse.

La porte donnant sur le jardin était entrouverte et le vent la faisait battre en mesure.
Tisiphone fit léviter une grosse pierre pour caler la porte. Ce bruit la dérangeait.

La tasse de thé brûlante dans la main, Tisiphone, pieds nus, s'avança dans le jardin. La douce brise chaude caressait les herbes hautes. Ses pas ne faisaient aucun bruit sur la pelouse réchauffée par le soleil.

La glycine en fleur et les roses mélangeaient leurs doux parfums ; une certaine sérénité entourait le cottage. Le temps semblait s'être arrêté. Même les nuages, gros moutons cotonneux dans le ciel ne bougeaient plus. Le vent était soudainement tombé.

Tisiphone faisait face au paysage vallonné qui se dévoilait sous ses yeux : pas âme humaine qui vive à l'horizon. La Nature était toute puissante ici, les animaux les maîtres des lieux. Une buse dans l'azur se laissait nonchalamment planer, observant les champs qui s'étalaient sous ses serres à la recherche de sa prochaine proie. Les abeilles butinaient de fleurs en fleurs, récoltant leur précieux nectar.

Tisiphone but une gorgée de thé et fit quelques pas. En s'approchant de la haie qui bordait la propriété, elle effraya de petits passereaux qui s'envolèrent en piaillant. La petite nuée brune disparut bien vite derrière le petit bois.

Tisiphone était arrivée devant les premiers arbres. Elle s'avança sous l'ombre des frondaisons. Les feuilles d'un vert tendre laissaient passer de temps à autre un rayon doré. Le sol se transformait alors en une mosaïque brillante.

Tisiphone était parvenue au bord de la petite mare. Elle s'assit sur son rocher fétiche et laissa tomber ses pieds dans l'eau. Elle but une nouvelle gorgée de thé. Le liquide était moins chaud et il ne lui brûla pas la gorge.

Ses pensées s'envolèrent vers d'autres cieux : il lui fallait trouver les autres pectoraux ... Mais la sorcière ne savait comment faire ... Son texte était la clé ... mais il ne voulait pas livrer ses secrets ... Avait-elle un autre moyen de découvrir où les quatre bijoux restants étaient cachés ?

Elle savait, à présent, qu'un voyage dans le temps ne pourrait l'aider. La formule que Voldemort avait autrefois employée ne pouvait s'appliquer deux fois au même sorcier ...

Les paroles du Mage Noir lui revinrent en tête. Elle L'avait questionné lorsqu'elle était venue Lui annoncer la découverte d'un nouveau pectoral.

«

- Et la formule pour retourner dans le Passé ? Ne puis-je pas la réutiliser ?

- Non, c'est l'un des inconvénients ... Elle ne peut fonctionner qu'une seule fois sur la même personne ...

- D'accord ... Donc si je voulais récupérer un pectoral en allant de le passé, je dois trouver quelqu'un de confiance pour y aller à ma place ...

Voldemort avait éclaté de rire.

- Confiance ... Voilà un grand problème ...

Elle avait acquiescé en silence ...

- Je ne vois personne ...

Elle n'avait confiance en personne. De toute façon, pour trouver les pectoraux dans le passé, il faudrait tomber au bon moment, dans le souvenir ... Lors d'une réunion des Thalatheons ...

- Donc, ma seule chance de les récupérer ... ce sont mes traductions ... Ce morceau de peau ...

Voldemort avait hoché la tête, un sourire féroce et carnassier sur les lèvres. Tisiphone savait ce que cela signifiait : aucun échec n'était envisageable ...

Elle était repartie avec le pectoral qu'elle avait volé au musée. En échange, Voldemort avait récupéré un des pectoraux ; celui qui était orné de Thestrals et de créatures ressemblant à des Moremplis. Elle ne savait pas ce qu'il voulait en faire ... et à dire vrai cela lui était égal.

Après tout, qu'avait-il pu découvrir dans les rouleaux qu'il avait volés en Atlantide ... »

Le vent s'était de nouveau levé. Mais il ne soufflait guère dans le petit bois, ridant à peine la surface lisse de la mare.

Les grenouilles, finalement, avaient retrouvé leurs nénuphars et se prélassaient, gardant un oeil sur leurs éventuelles proies.

Une libellule voletait près de la sorcière avant de se poser sur la tige d'un iris en fleur.

La lumière déclinait : le soleil devait être bas sur l'horizon.

Tisiphone se décida à rentrer. Une petite idée venait de germer dans sa tête ...

Les grenouilles ne plongèrent même pas quand elle sortit ses pieds de l'eau. La petite vague souleva doucement leurs îlots verts sans déranger les batraciens.

D'un rapide sort, elle sécha ses pieds et retourna au cottage.

Sortie du bois, elle s'arrêta une nouvelle fois. Le crépuscule commençait à embraser le ciel brumeux. Les cieux autour de l'astre déclinant étaient mauves, la brume un peu plus rose montait des champs et voilait légèrement le gros disque orangé. Les blancs moutons du ciel étaient devenus roses et violets.

Son regard frôla alors le cottage. Une lumière tremblait à l'intérieur. Lucius devait être rentré. Elle se hâta donc de terminer sa route.

Elle passa la porte de la cuisine, toujours ouverte. Cette fois, elle la referma derrière elle. La fraîcheur vespérale, préambule à l'automne bientôt proche, s'infiltrait déjà à l'intérieur de la maison. La sorcière posa ensuite sa tasse sur la table et sans bruit se dirigea vers le salon.

Des éclats de voix filtraient à travers le bois sombre de la porte. Tisiphone en fut étonnée. Qui pouvait donc l'accompagner ?

Elle entra dans le salon, calmant ainsi sa curiosité.

Lucius, la voyant faire son entrée, se leva en souriant.

- Où était-tu ? Demanda-t-il en s'avançant vers elle.

- - J'étais sortie prendre l'air ... me changer les idées.

Elle jeta un rapide coup d'oeil au sorcier qui n'avait pas bougé de son fauteuil. Drago. Que faisait-il ici ? Le jeune garçon lui lança un regard glacé et dédaigneux. Il paraissait ravi à la fois de se trouver ici et d'être en compagnie de la sorcière. Si cohabitation il y avait, elle risquait d'être houleuse et difficile.

Lucius et Tisiphone s'assirent dans un des canapés. Elle lui lança un regard interrogateur.

Il toussota avant de répondre, comme s'il était gêné.

- Drago va rester quelques temps avec nous.

En voyant la mine du blondinet, la sorcière se rendit compte qu'il n'était guère enchanté par l'idée qui ne venait sûrement pas de lui.

- Bien, répondit laconiquement Tisiphone.

Que pouvait-elle dire d'autre ? Si Lucius voulait que son fils reste ici, elle n'avait pas son mot à dire, elle n'était pas chez elle après tout.

Le silence n'eut pas le temps de s'installer. Tisiphone se leva soudain.

- Bon ... Faut que je me remette au travail, lança-t-elle soudain.

Elle avait déjà ouvert la porte du bureau et s'était engouffrée dedans.

Lucius la suivit. Il lança un regard glacé à Drago lui signifiant de ne pas bouger. Le jeune garçon leva les yeux au ciel. Il était coincé ici ... que pouvait-il faire d'autre ... à part rester assis dans ce vieux fauteuil et admirer les horribles tapisseries de l'arrière grand-mère Adélaïde.

Tisiphone était déjà derrière son bureau. Elle allait tirer les rideaux quand Lucius arriva à sa suite.

Il s'arrêta un moment interdit en voyant le capharnaüm dans la pièce.

- Que s'est-il passé ici ? Demanda-t-il en relevant une pile de livres de sa baguette.

Tisiphone rougit, prise sur le fait.

- Rien du tout ... Je me suis un peu énervée contre cette maudite traduction ...

- Un peu ? S'étonna Lucius. Qu'est-ce que c'est quand tu t'énerves vraiment ?

- Il ne vaut mieux pas le savoir ... marmonna-t-elle.

Elle finit d'allumer les bougies. La pénombre régna dans le bureau, lorsque furent tirés les lourds rideaux.

- Es-tu fâchée ? questionna alors le sorcier.

- Fâchée ? Pourquoi ? Ai-je des raisons d'être fâchée ?

- A toi de me le dire. Tu es partie si vite ...

Elle ouvrit grand les yeux.

- Je te l'ai dit, Lucius !

Elle montra le bureau qui disparaissait sous les papyrii.

- J'ai du travail qui m'attend ! Nous avons eu de la chance une fois ... Cela ne se reproduira pas ... Et Il Lui faut des résultats ... Dois-je te le rappeler ?

- Tu n'es donc pas fâchée ? Bredouilla-t-il.

- Fâchée ? Fâchée parce que Drago est là ?

Elle éclata de rire.

- Je ne vais tout de même pas t'interdire de le voir ? Par Calypso ! C'est ton fils ...

De nouveau son rire clair s'éleva dans le bureau sombre.

Elle redevint soudain un peu plus sérieuse.

- Pourquoi se cache-t-il ici avec nous ? Demanda-t-elle.

- Je n'allais pas le laisser se terrer chez Severus ... Il commence à avoir beaucoup de monde chez ce pauvre Rogue ... ajouta-t-il en souriant. Quant au Manoir ... c'est inimaginable ... Trop risqué ... Drago a quand même fait entrer des Mangemorts à Poudlard ... Ces incapables du Ministère seraient ravis de lui mettre la main dessus ... voire même de lui faire porter le chapeau pour la mort du vieux fou ...

Tisiphone opina en silence. Elle fronça soudain des sourcils.

- Ne m'en veux pas pour ce que je vais dire ... commença-t-elle dans un murmure.

Elle se tut et de sa baguette repoussa la porte qui donnait sur le salon et qui était restée ouverte.

- Ta ... ta ... femme ... ne risque pas de débarquer ici avec une poignée d'Aurors ...

Les yeux de Tisiphone s'étaient assombris, leur bleu en était presque devenu noir.

- Pourquoi dis-tu cela ? Demanda froidement Lucius.

- Ouvre les yeux ! Drago ne m'aime pas ... et je ne pense pas que cela le dérangerait outre mesure de me renvoyer à Azkaban ...

Lucius ne trouva rien à redire ...

- Mais de toute façon, il est un peu tard pour revenir en arrière ... conclut Tisiphone.

- J'ai confiance en mon fils, répliqua sèchement Lucius.

- Et moi, je te fais confiance, répondit Tisiphone.

Ils se dévisagèrent encore quelques minutes. Finalement, la sorcière baissa les yeux en premier.

Elle alla s'asseoir au bureau. Elle sortit d'un des tiroirs le dernier pectoral qu'elle avait récupéré. Puis elle se tourna vers Lucius. Le pectoral se balançait entre eux deux.

- Cette nuit ... murmura-t-elle. Cette nuit ... Je retournerai là-bas.

Lucius lui prit le bijou des mains et le reposa sur un tas de parchemins.

- Je serai là, promit-il.

La sorcière l'en remercia d'un sourire.

La nuit était tombée, le voile noir avait recouvert la mer de ses ténèbres. La lune nouvelle se cachait dans l'ombre, seules les frileuses étoiles apportaient quelques pâles clartés aux cieux engourdis.

Tisiphone se trouvait sur le pont d'un bateau. Nulle terre à l'horizon, nulle lumière sur l'embarcation silencieuse. Un homme était debout à la poupe. Seule âme vivante encore éveillée, elle surveillait la mer.

La sorcière partit à l'exploration du navire. Il n'y avait pas grand chose à voir ... Sous le pont, les rameurs dormaient. Une seule cabine à l'arrière, derrière la salle qui servait sans doute de réfectoire aux marins. La porte de l'unique chambre était ouverte. Tisiphone se glissa dans l'entrebâillement.

Un vieil homme était assis derrière une table. Une seule bougie éclairait les tablettes d'argile qu'il remplissait avec application. Il avait les traits tirés, les yeux usés par son grand âge et la fatigue.

La sorcière se pencha par dessus de son épaule. Elle eut un sourire en reconnaissant des lettres familières : du linéaire A et du grec ... archaïque certes, mais du grec. Le peu qu'elle lut lui arracha un deuxième sourire, plus grand et éclatant. Le vieillard releva soudain la tête, imité par Tisiphone. Quelqu'un approchait.

Un homme s'agenouilla sur le seuil de la chambre.

- Seigneur Sorentos, Cnossos est en enfin en vue.

Sorentos se leva, un sourire aux lèvres. Il fit signe à l'homme de s'approcher. Ce dernier s'exécuta et lui tendit une canne en bois dont le pommeau était orné d'une tête de dragon. Il aida le vieillard à monter sur le pont.

La mer grise battait doucement les flancs du navire. Des voix se faisaient entendre, des ordres étaient donnés. Les rameurs réveillés arc-boutaient leur dos et les rames entraient et sortaient des flots en rythme.

Devant la proue, la silhouette sombre d'une côte se découpait. Sur la gauche, le ciel pâlissait légèrement. Une lueur encore lointaine éclairait le sommet d'une falaise.

- L'Oeil du Minotaure, soupira Sorentos. Enfin !

Le soleil perçait l'horizon quand le navire aborda la côte crétoise. Le chemin jusqu'au palais sembla durer une éternité pour la sorcière, ballottée à l'arrière du char qui conduisait le vieil homme jusqu'à l'ancienne demeure de Minos. Elle ne lâcha pas d'une semelle. Elle voulait savoir ce qu'il adviendrait des précieuses tablettes. Il les lui fallait.

Enfin, le char s'arrêta dans un nuage de poussière. La terre sèche n'avait pas connu la pluie depuis longtemps. Une petite foule de soldats lourdement armés de doubles haches attendait le vieillard. Lorsqu'il descendit du char, aidé par le jeune homme du bateau, tous s'inclinèrent, le genou en terre.

Ils se trouvaient dans la grande cour ouest.

Le vieillard fut escorté jusqu'à la salle du trône. Il n'accorda aucun regard pour les fresques qui ornaient le pourtour de la cour. Tisiphone, elle, n'en perdait pas une miette. La dernière fois qu'elle était venue sur les ruines du palais, il ne restait pas grand chose des fresques. Ce matin-là, elles resplendissaient, touchées par les premiers rayons. Les taureaux blancs et bruns, les hommes qui voltigeaient autour des massives bêtes, les peintures semblaient prendre vie.

Dans la salle du trône aux murs pourpres , le vieillard fut laissé seul, sur ordre du roi qui se leva de son trône en stuc. Sous l'oeil bienveillant des griffons qui paressaient sur les murs, le roi enlaça son vieil ami.

- Sorentos ! Je suis content de te revoir.

Les yeux de Tisiphone brillèrent. Le roi portait autour du cou un pectoral flamboyant. Un bijou qu'elle n'avait encore jamais vu.

- Moi de même, cher Mineor ! Je tenais absolument à revenir ici avant ton départ !

- Je l'aurai retardé pour jouir quelques jours de ta compagnie ! Sourit le dénommé Mineor.

Il prit alors un air plus grave.

- Quelles sont les nouvelles ? Demanda-t-il plus soucieux.

Le visage de Sorentos se décomposa à son tour.

- Bien mauvaises, mon ami, bien mauvaises et funestes ... Les Dieux nous ont abandonnés ...

Sorentos tapota alors le sac de toile qu'il portait sur son épaule.

- Tout est consigné là dedans ... expliqua-t-il. Tout ... les moindres détails des événements, les noms, les destinations. Notre Mer-Patrie se meurt ...Bientôt, il n'en restera plus rien ... plus rien à part nos vieux souvenirs et nos larmes. La magie aura eu raison de nous ...

- Pas la magie ! S'insurgea Mineor. Mais les esprits funestes qui ont soufflé le Mal sur nos aïeux ...

- Puis-je mettre mes écrits en sécurité ? Demanda alors le vieil homme.

- Bien entendu. Allons dans la crypte aux piliers ! Personne ne viendra chercher tes tablettes au sein du sanctuaire sacré !

Sorentos sourit, visiblement soulagé.

- Le Mal n'est pas encore venu jusqu'ici.

Mineor baissa la tête.

-Pourquoi suis-je obligé de partir ?

- Pardonne-moi cher ami ...

- Ce n'est pas grave ... De toute façon, ce palais est trop empli de souvenirs ... je préfère aller vers d'autres horizons, qui je l'espère seront meilleurs.

-Où vont te porter tes pas ? Si toutefois, tu me juges assez digne de confiance pour cela.

- Sorentos ! Voyons, je connais la valeur de l'amitié ! Ce ne serait que te faire insulte, si je ne te répondais pas !

Son visage se ferma.

- Mais pas ici, le palais a tellement d'oreilles ...

Il posa son doigt sur la bouche, sous le regard ébahi de Sorentos : ici aussi les choses avaient bien changé.

Mineor avait fait quelques pas, suivi par Sorentos. Ils avaient quitté la Salle du Trône, les soldats s'agenouillèrent au passage de leur souverain. La Crypte aux Piliers était une minuscule pièce aux nombreuses colonnes. Peu de lumière entrait ici. Une lourde odeur d'encens flottait dans l'air saturé par ces effluves entêtantes. Au centre du sanctuaire, une statue en or dardait de son regard de turquoises les mortels qui se présentaient dans la pièce. Les bâtonnets d'encens brûlaient à ses pieds, des coupelles en or et en bronze regorgeaient d'offrandes ; des couronnes de lys étaient posées à même le sol.

Mineor, imité par Sorentos, s'agenouillèrent aux pieds de la femme .

Le roi se lança dans une douce mélopée suppliante.

- Ô Douce Déesse, Mère de Notre Peuple, Première Vague née de la Nuit, protège-nous, Humbles Thalatheons. Protège ton peuple dispersé aux quatre océans par l'écume tournoyante. Fais que tes enfants Atlantes ne deviennent pas des Ombres oubliées des hommes ! Laisse encore une fois éclater la grandeur de ta Mer-Patrie ! Que nos jours et nos nuits soient bercés par ta douce miséricorde.

Mineor fit apparaître une petite bougie qu'il alluma et déposa aux pieds de la statue, Sorentos fit de même. Il prit appui sur sa canne pour se relever, lentement. Il ne réussit pas à cacher la grimace de douleur.

- Les Ténèbres nous attendent, marmonna le roi.

Il sortit de dessous sa robe un pectoral atlante. Sorentos fit de même.

Le souverain s'avança vers un pilier. Rien ne le distinguait des autres. Il appliqua son pectoral sur une nervure du marbre clair. Il y eut un cliquetis sourd, un grondement venu des entrailles de la terre. Le pilier se mit à tourner et s'enfonca dans le sol. Il découvrit ainsi une trappe et un étroit escalier qui plongeait dans l'obscurité tellurique.

- Ici comment le Royaume des Ténèbres, le Labyrinthe Sacré. Nul ne peut en franchir le seuil sans trembler ...

Puis Mineor se tourna vers le vieux Thalatheon.

- Ici tes tablettes seront à l'abri. Es-tu prêt ?

L'homme acquiesça en silence.

Mineor ouvrit la marche. Quand les deux hommes furent descendus, la colonne remonta. L'obscurité fut totale.

- Suis-moi ! Ordonna Mineor. Ne lâche surtout pas le pan de ma robe, sinon, c'est la mort assurée.

Sorentos ne répondit rien, mais s'agrippa fortement au doux tissu de son ami.

Mineor étendit les bras de part et d'autre de lui. Ses deux mains touchaient les parois rugueuses des murs. La roche était acérée et parfois coupante.

- Une dernière recommandation, lança soudain Mineor. Ne me parle pas durant le trajet. Je réciterai notre chemin ! Si tu venais à m'interrompre et qu'un couloir m'échappe, nous péririons ici ... de faim, de soif ... ou ... de la main des Gardiens ...

- Ma bouche sera close, Mineor !

- Bien, allons-y !

Le coeur de Tisiphone battait la chamade. Elle avait beau être dans un souvenir, ce labyrinthe noir lui faisait une étrange impression : un soupçon de curiosité se mêlait à une immense terreur. Elle sentait des frissons remonter le long de son dos. Elle se concentra sur les paroles de Mineor. Si elle souhaitait récupérer les tablettes d'argile, nul doute qu'il lui faudrait revenir en ces lieux hostiles.

Le souverain commença à égrener sa litanie, tel un Petit Poucet semant non pas des cailloux mais des mots.

- Un, deux, trois, Sénestre.

Il emprunta le troisième couloir qui s'ouvrait sur sa gauche.

-Un, deux, trois, quatre, cinq, dextre.

Il tourna à droite.

- Un, deux, Sénestre.

Ils bifurquèrent de nouveau.

- Un, deux, trois, quatre, Sénestre. Un, deux, trois, Sénestre. Un, Dextre.

Tisiphone marchait comme un automate, répétant en silence, les indications de Mineor.

Le sol était irrégulier et plusieurs fois, Sorentos faillit tomber, emporté par les petites pierres qui se détachaient sous leurs pieds.

Mineor stoppa soudain. Sorentos poussa un soupir de soulagement, croyant être arrivé à destination.

La voix du souverain résonnait étrangement. Ils devaient être dans une salle immense, conclut Tisiphone en entendant l'écho. Un souffle glacé semblait sortir du sol.

- Prends garde, Sorentos, nous sommes près de la Gueule du Minotaure. La passerelle est étroite. Un seul pas sur le côté et une chute sans fin t'attend !

Mineor s'aventura le premier.

Un, deux !

Il s'engagea dans la deuxième ouverture qu'il croisa.

Tisiphone avait les nerfs à vif à progresser ainsi dans le noir. Par moment, il lui semblait entendre de drôles de bruits, comme s'ils étaient suivis. Cela n'avait rien de rassurant.

Les Ténèbres ... Elles étaient devenues au fil des ans ses amies ... Mais cette nuit, dans ce lieu sans temps, elle se sentait étrangère, oppressée par le noir comme jamais elle ne l'avait été. Etait-ce ainsi l'Obscurité des tombes ? Les Ténèbres de la Mort ? Un noir si total, si palpable ... si glacé.

Les pas des visiteurs résonnaient. Les paroles de Mineor mourraient rapidement, ils étaient de nouveau dans un étroit couloir.

- Un, Sénestre. Un, deux, trois, Dextre.

Mineor s'arrêta brusquement.

-Nous sommes arrivés, murmura-t-il.

Sorentos souffla, soulagé. Mineor poussa une lourde porte qui s'ouvrit en grinçant.

- Ce n'est pas fermé, s'étonna son compagnon.

- Jamais ! Qui s'aventurerait ici ? De toute façon, les Gardiens de Minos veillent. Les pectoraux sont nos laissez-passer !

Mineor attendit que Sorentos soit entré, il referma alors la porte. Finalement, il apporta de la lumière aux lieux.

La salle aux proportions immenses était peu haute. Le plafond, peint en bleu foncé, touchait presque la tête du roi. Les murs étaient peints en ocre et pourpre. Un fin liseré végétal d'or courait à quelques centimètres du sol et du plafond. Au sol étaient disposés des coffres en or, en ivoire ou en bois précieux.

- Ton récit sera en sécurité ici ! Lui affirma Mineor.

- Tant de choses en dépendent !

Avec précaution, il ouvrit son sac et sortit un petit coffret de bois. Il souleva le couvercle et caressa les tablettes d'argile rectangulaires et rondes.

Puis, il referma le couvercle. Sorentos alla déposer son précieux fardeau entre deux coffres noirs.

- Puisse ma mémoire reposer en paix ! Puisse le souvenir atlante rester en ces lieux à jamais ! Puisse le secrets des Thalatheons être gardé éternellement.

- Puis-je te poser une question ? Demanda alors Mineor.

-Oui, mon ami !

-Pourquoi consigner cela ... Pourquoi ces secrets ne doivent-ils pas mourir avec toi ...

Sorentos éclata de rire.

- C'est là la charge d'un érudit comme moi ! Consigner les Annales Atlantes, les Odes aux Thalatheons ! Pour qu'un jour, nos descendants découvrent leur sagesse ... et leurs faiblesses aussi !

-Leurs faiblesses ? S'étonna Mineor.

- Oui, nous sommes faibles ! Nous avons été trop orgueilleux ... les Dieux nous ont punis ... Notre empire s'effrite, bientôt, il n'en restera que des ruines ...

- Que crains-tu ?

- La Boîte ...

- La Boîte ... de Pandore ? Mais ... elle n'a plus été ouverte depuis ...

- Depuis de nombreuses années, des siècles même !

- Et pour cause, des pectoraux ont été volés ...

- Ce qui a été volé réapparaîtra un jour ... Puissions-nous jamais voir ce jour venir ! C'est pour cela, nos descendants doivent savoir ... Les Annales ... leur permettront peut-être d'éviter de nouvelles catastrophes. Les Thalatheons se sont dispersés à travers tout notre Monde ... pour le protéger ... Mais si un jour, leur puissance est requise, il faut montrer leur route ...

- Tes paroles sont bien obscures, mon ami, murmura Mineor.

- Les Dieux ne m'ont donné que peu d'instructions ...

Sorentos, avec difficulté, s'assit sur le sol froid de la salle. Il sortit alors une dernière tablette.

-Mineor, ce labyrinthe a-t-il des oreilles ?

Le roi prit place, lui aussi à même le sol.

- Oui, mais sois sans crainte, les Gardiens ne nous trahiront pas !

Sorentos avait sorti ses instruments. Il commença à graver des lettres dans l'argile.

- Quel étrange langage utilises-tu ?

- Le Langage Ancien et le Langage Nouveau, expliqua Sorentos. Une nouvelle ère commence ...

Il leva les yeux vers le souverain.

- Alors, mon ami ! Quelle est la destination du dernier Thalatheon ?

Mineor lui répondit dans un souffle.

- Que les Dieux me guide sans faillir vers le Nord et le Couchant. Mes pas s'arrêteront vers cette nouvelle terre qu'un songe m'a montrée. Une terre fertile, arrosée d'un grand fleuve sauvage. Une terre aux sept collines que les Fils des Loups rendront célèbres ...

Il s'interrompit.

- Je ne puis t'en dire plus ... les divins rêves ne sont guère plus précis.

Sorentos rit.

- Les Dieux ont été durs avec toi ... D'autres Thalatheons ont eu plus de chance ! Une destination déjà connue d'eux, des terres accueillantes, tombées sous la coupe atlante.

Tout en parlant, il traçait avec célérité les lettres et les symboles sur l'argile. Il en termina rapidement.

- Parfait, chuchota-t-il en se relevant péniblement.

Il alla jusqu'à son coffret et y déposa la dernière tablette.

- Cette fois, l'histoire est terminée !

Un certain soulagement transparaissait dans sa voix chevrotante.

- Pourquoi ce que tu viens de dire me fait soudain frissonner ?

- J'ai ce même sentiment, Mineor.

- Et toi ? Où tes pas vont-ils te mener ?

Sorentos sourit.

- Les Dieux ont été sévères avec moi. Je ne trouverai jamais le repos de poser mes vieux os sur une quelconque terre. Seule la Mort sera ma demeure immobile éternelle. Je vais errer ... de terres en terres, d'îles en îles. A la fois érudit, sage, scribe ou aède. Je raconterai à tous les gestes de nos ancêtres ... Que chanterai-je en premier ? La Folie du Puissant Theronos ? Les Aventures du fougueux Julius ? Ou la tragique Mort de la Douce Cleito ? A moins que je ne parle du Souffle Mortel des Dieux qui brûla nos terres ?

Sorentos fut soudain arrêté dans ses paroles.

Un grattement sourd se faisait entendre derrière la porte.

- Qu'est-ce donc ? Demanda le vieil homme plein d'effroi.

- Les Gardiens de Minos, murmura Mineor, une pointe d'inquiétude.

Le grattement s'était intensifié.

-Je vais rendre cette pièce à l'obscurité et j'ouvrirai cette porte !

- Est-ce chose raisonnable ?

- Oui, ne l'oublie pas, nos pectoraux nous protègent. Je souhaite les interroger : jamais ils n'ont eu pareil comportement. Ne crains rien, Sorentos ! Sois silencieux !

Mineor fit disparaître la douce lueur de la pièce. Les Ténèbres reprirent leurs droits. Sorentos s'était de nouveau agrippé à la robe du souverain.

Ce dernier ouvrit la porte brusquement.

Un souffle putréfié envahit les narines des sorciers. Malgré l'obscurité, une ombre encore plus sombre et massive se tenait dans l'encadrement de la porte.

Tisiphone était pétrifiée de peur. Ce souvenir était si fort, plein de sensations étranges. Un noeud dans le ventre, elle se rapprocha de Sorentos.

Mineor parla d'une voix forte.

-Je suis Mineor, souverain de Cnossos, Thalatheon d'Hypnos.

Un souffle rauque se fit entendre. La créature se mit à parler. Sa voix rauque et gutturale semblait sortir d'un autre âge.

- Je suis le Roi Gardien ! Qui est l'intrus, Ô Noble Souverain Thalatheon.

- Voici Sorentos, Thalatheon de Pyrosis. Nous sommes descendus pour confier au Temps le secret de nos pouvoirs.

- Qui est l'Autre ? Demanda alors le Roi Gardien en rugissant de rage.

- Nous ne sommes que deux ! Tonna Mineor.

- Non ! Je sens une présence impie qui souille le sanctuaire ! Les intrus doivent être châtiés, c'est la Loi de Minos !

- Mais nous sommes seuls !

La créature faite de ténèbres ne répondit rien. Le sol trembla lorsqu'elle entra plus en avant dans la salle.

Tisiphone ne bougeait plus, elle s'était raidie. Si les deux Thalatheons ne comprenait rien, la sorcière se savait démasquée. Son coeur battait avec peur dans sa poitrine. Des longs frissons glacés parcouraient son échine.

Elle sentit soudain le souffle de la Bête sur elle. Son haleine pestilentielle lui donna un haut-le-coeur. Le Roi Gardien empestait la Mort.

- L'intrus est là ... mais n'est pas ici, constata-t-il. Quel est ce maléfice ?

Soudain Tisiphone sentit une brûlure à sa joue, quelque chose de tranchant venait de laisser sa marque sur sa peau. Elle sentit le sang couler. Elle réprima le cri qui faillit s'échapper.

Mineor et Sorentos n'attendirent pas et commencèrent à progresser vers la sortie. La sorcière leur emboîtait le pas. Le Gardien était juste derrière elle, elle sentait son souffle sur sa nuque. Elle aurait voulu courir, mais si elle doublait Mineor et Sorentos, elle se perdrait dans le dédale.

Réfrénant son envie de fuite et sa peur, elle psalmodiait dans sa tête les indications. Elle s'engagea en tremblant sur le rebord étroit de la Gueule du Minotaure.

Mineor s'arrêta un instant. La sorcière le maudit. Le Roi Gardien n'était plus seul, d'autres pas faisaient écho aux siens.

Le sorcière se rendit compte que le souverain crétois était tout aussi paniqué qu'elle. Elle l'entendit chuchoter quelques paroles de réconfort à Sorentos.

- Nous allons sortir par une autre porte, plus proche de nous. Je n'aime pas le comportement des Gardiens.

Sorentos était bien trop terrifié pour répondre.

- Un, deux, dextre. Un, deux, trois, quatre, Senestre. Un, deux, senestre. Trois marches, dextre.

Au milieu des ténèbres, une lueur pâle se découpait. Un carré bleu : le ciel.

- Nous y sommes presque, chuchota Mineor. Plus besoin de compter. C'est tout droit.

A peine eut-il dit cela que Tisiphone accéléra, la peur au ventre.

Le carré grandissait à vue d'oeil. Elle entendait les bruits de l'extérieur : le gazouillis des oiseaux, les conversations des soldats. Le vent soufflait dans les palmes des arbres. Leur frottement avait quelque chose de rassurant, comme une douce berceuse.

La sortie était toute proche.

Tisiphone était au pied d'un escalier. Elle posa le pied sur la première marche.

Soudain une Ombre immense lui cacha le ciel bleu.

Mineor et Sorentos crièrent.

Un hurlement terrifiant leur répondit. La sorcière comprit que c'était elle qui venait d'hurler : quelque chose venait de lui entailler le bras droit, l'arrêtant dans sa montée.

Elle cria une nouvelle fois.

Tisiphone ouvrit les yeux. Elle mit quelques secondes avant de reconnaître les lieux : la pénombre rassurante et familière du bureau.

Son bras la brûlait vivement, elle baissa les yeux et vit une longue estafilade qui lui courait du poignet au coude.

- Que s'est-il passé ?

Tisiphone sursauta et leva la tête. Lucius la regardait avec inquiétude.

Un tremblement involontaire la secoua.

- Je ... je ... ne sais pas, bredouilla-t-elle. Il ... Il y avait quelque chose ...

- J'ai essayé de te faire revenir ! Mais cela ne marchait pas !

Lucius prit le bras ensanglanté et pointa sa baguette dessus. Mais ces efforts furent vain, la blessure ne se refermait pas malgré les sorts.

Du sang perlait également de sa joue. Lucius fit apparaître un long bandage. Tisiphone ne disait rien, elle se laissait faire. Une grimace apparut sur son visage lorsque le sorcier serra avec force le tissu autour de son bras.

La porte du bureau s'ouvrit brutalement. Drago fit son apparition. Le jeune sorcier s'était décidé à venir voir d'où provenaient ses cris qui l'avaient sorti de son examen attentif de la tapisserie de l'arrière grand-mère ornant le mur de sa chambre. Il fit une tête désabusée en voyant son père à genoux devant cette sorcière et qui la pansait comme un vulgaire moldu. Drago allait s'en aller quand Tisiphone lui fit signe d'approcher. Le jeune homme s'exécuta en grognant. Il remarqua alors la seconde blessure à sa joue. Que s'était-il passé ? Il n'avait pas le souvenir de l'avoir entendue quitter le cottage.

- Prends une plume et un parchemin et note ! Ordonna-t-elle au jeune sorcier.

Drago ne bougea pas. Depuis quand lui donnait-elle des ordres ?

Lucius tourna la tête et dévisagea son fils. Voyant le regard glacé de son père, Drago, en ronchonnant, prit une plume et réussit à trouver un parchemin vierge sur le fatras qui avait envahi le bureau.

- Note tout scrupuleusement ! Rajouta Tisiphone.

- Mais enfin, vas-tu me dire ce qui s'est passé ? Demanda Lucius.

- Plus tard ! Ceci est plus urgent !

Drago trempa la plume dans l'encrier. Il regarda la sorcière, attendant sa dictée. Tisiphone ferma les yeux, se remémorant les paroles de Mineor.

- Un, deux, trois, Senestre. Un, deux, trois, quatre, cinq, dextre.

- Pas si vite, râla Drago.

Tisiphone ralentit sa litanie.

- Un, deux, Senestre. Un, deux, trois, quatre, Senestre. Un, deux, trois, Senestre. Un, Dextre.

Ni Drago ni Lucius ne voyait ce que cela signifiait, ils attendaient en silence qu'elle ait terminé.

- La Gueule du Minotaure. Un, deux !

Drago notait scrupuleusement les instructions. Sa plume crissait sur le parchemin.

- Un, Senestre. Un, deux, trois, Dextre.

La sorcière en avait terminé. Elle rouvrit les yeux.

Drago rangea sa plume. Il lui tendit le parchemin. Elle relut les indications notées puis le roula.

- Qu'est-ce que c'est ? L'interrogea Lucius.

- Notre fil d'Ariane, répondit-elle.

Sur son bras, le bandage était déjà bien imprégné de sang, quelques gouttes écarlates tombaient au sol.

- Vas-tu m'expliquer ce qui s'est passé ?

Elle hocha de la tête et se leva.

Elle fit quelques pas hésitants, ses jambes tremblaient encore sous elle.

Elle alla dans le salon, Drago et Lucius suivirent son sillage ensanglanté. Elle se laissa tomber dans le canapé.

Sa baguette tremblait légèrement. Elle fit apparaître un verre et en vida son contenu rapidement.

Le tremblement s'était calmé.

Elle commença à parler d'une voix douce. Sur sa joue, le sang avait séché, laissant une croûte sombre sur la peau claire de la sorcière.

- J'étais à Cnossos en Crète, raconta-t-elle. Je ne sais pas trop à quelle époque ... Le palais était encore debout. Il y avait un vieillard, le propriétaire du pectoral. Il faut qu'on aille là-bas ! Il avait des tablettes ! Tout est retranscrit dedans ! J'ai pu en lire quelques lignes ! Il a collecté de nombreuses informations ! Je crois qu'il sait exactement où sont tous les pectoraux !

Elle se tourna vers Lucius.

- Il faut qu'on y aille ! Répéta-t-elle.

Le sorcier blond fit la moue.

- Ca attendra demain ! Tu n'es pas en état !

- Mais ... protesta la sorcière.

Elle regarda sa blessure qui suintait toujours de sang. Lucius avait raison.

- Si ces tablettes ont patienté plusieurs siècles, elles pourront bien attendre une journée de plus !

Son regard se fit plus sévère lorsqu'il vit que la sorcière allait protester.

- Et tu ne m'as toujours pas dit ce qui t'es arrivé !

- Il ... Il y avait quelque chose ...

Elle s'interrompit un instant, le temps que son coeur retrouve un rythme normal.

- Le roi a emmené le Thalatheon sous le palais ... Il y a un labyrinthe ... Il a parlé des Gardiens de Minos ... Je ne sais pas ce que c'est ... Mais ils étaient là, dans le Noir. Ils ont senti ma présence ! C'est l'un d'eux qui m'a fait ça ... et je ne sais pas comment cela est possible !

Ses mains tremblaient de nouveau. Elle se força à respirer profondément. Elle détestait sentir cette peur se distiller en elle, elle haïssait sentir cette faiblesse en elle. Le tremblement cessa.

Tisiphone se leva.

- Où vas-tu ?

-Faire quelque chose pour mon bras !

Elle le lui montra : le bandage était totalement détrempé. Le sang poisseux continuait à goutter.

- Viendras-tu à Cnossos ? Lui demanda-t-elle soudain.

- Bien entendu !

- Très bien, nous partirons dès l'aube ! Ordonna-t-elle.

Les marches craquèrent lorsque la sorcière monta à l'étage.

La douleur sourde de son bras s'était réveillée, elle serra des dents. La salle de bain était sombre, mais la lumière ne tarda pas à éclairer la pièce.

La sorcière fit couler l'eau. Avec précaution, elle examina sa joue. Le sang avait séché, l'estafilade s'était déjà refermée.

Elle se laverait plus tard : pour le moment son bras l'inquiétait. Les sorts de Lucius n'avaient pas réussi à refermer la blessure ... cela n'était pas normal.

Elle grimaça lorsqu'elle déroula la bande rougie. Elle eut peine à contenir son cri quand elle passa son bras sous l'eau glacée. L'entaille était profonde, les bords de la plaie étaient réguliers comme fait par une lame aiguisée. Le peau autour de la blessure commençait à se boursoufler.

- Il ne manquait plus que ça, maugréa-t-elle.

L'eau froide commençait à lui engourdir tout le bras. Elle grogna.

De sa main gauche, elle ouvrit la petite armoire au-dessus du lavabo. Fouillant parmi les fioles et les pots, elle finit par trouver ce qu'elle cherchait. Elle ôta sa main du flot et sécha son bras. La serviette devint aussitôt écarlate. Elle réussit tant bien que mal à dévisser le bouchon du pot. Il tomba sur le carrelage avec fracas. La sorcière prit une grosse poignée de ce baume verdâtre et gluant. L'odeur était entêtante. Elle l'appliqua en une couche épaisse sur la blessure. Elle grimaça et serra une nouvelle fois les dents lorsque la brûlure devint presque insupportable. Une larme perla au coin de ses yeux.

Elle attendit quelques instants, au bord de la nausée, tant la douleur était vive.Elle ouvrit les yeux et jeta un coup d'oeil sur son bras : le sang perlait encore un peu. Elle eut un petit sourire et appliqua une nouvelle couche du baume sur son bras. Elle savait à quoi s'attendre cette fois. La brûlure fut moins vive.

De sa main gauche, elle prit sa baguette et fit apparaître un nouveau bandage. Elle le serra fortement. Quand ce fut terminé, elle s'occupa de sa joue. Par précaution, elle s'appliqua un peu du baume.

Elle alla directement dans la chambre.

La fenêtre était ouverte sur la nuit, une chouette était perchée dans un arbre, toute proche.

Lucius l'attendait en silence. Il la prit dans ses bras, elle se laissa enfin aller sans mot dire.

L'aube peignait le ciel en rose et mauve. Tisiphone venait de terminer d'ensorceler une vieille plume en portoloin. La sorcière avait passé autour de son cou deux des pectoraux sur lesquels elle travaillait. Lucius l'attendait. Elle lui sourit et lui tendit la plume. Ils disparurent aussitôt.

Le soleil se levait doucement sur le palais en ruine. Les colonnes rouges qui étaient toujours debout faisaient face aux premiers rayons du soleil. Tout était calme et désert. Les touristes n'avaient pas encore envahi les lieux.

Tisiphone saisit la main de Lucius et l'entraîna dans le dédale des pièces dévastées. Ils passèrent rapidement la salle du trône. Les fresques y étaient délavées et éteintes, consumées par les années passées. De la crypte aux piliers, il ne restait pas grand chose. Quelques colonnes encore debout, la statue avait disparu, les offrandes aussi. Plus personne ne venait se recueillir en ces lieux.

Tisiphone ôta un des pectoraux et le passa autour du cou de Lucius. Elle prit le second et l'appliqua contre la pierre dressée. Le coeur battant, elle attendit que le mécanisme se déclenche. Soudain, le sol vibra et dans un grondement sourd, le pilier disparut sous terre. La même bouche béante attendait le bon vouloir de ceux qui l'avaient ouverte.

Un peu fébrile, Tisiphone s'engagea la première. Lucius ne la lâcha pas. L'ouverture se referma, ils furent plongés dans le noir. Tisiphone agita sa baguette et un lumos éclaira les lieux. Lucius l'imita. Elle déroula le parchemin où s'étalait l'écriture de Drago.

- Bien, murmura-t-elle. Suis-moi.

Sans trop savoir pourquoi, la sorcière n'osait pas parler à haute voix dans ces lieux.

Elle suivait les indications en silence. Le seul bruit dans le labyrinthe était celui de leurs pas qui parfois butaient dans une pierre traîtresse.

Tisiphone s'arrêta. Ils étaient arrivés à la Gueule du Minotaure. Avec leur faible Lumos, le puits paraissait encore plus impressionnant à la sorcière qui, dans l'obscurité s'était contentée de l'imaginer.

Avec précaution et lenteur, elle s'engagea la première sur l'étroit rebord. Lucius ne dit rien, mais il n'avait guère confiance en cette pierre noire effritée par endroits. Contrairement à Tisiphone, il se hâta d'avancer. Un soupir de soulagement s'échappa du blond sorcier lorsqu'il posa ses deux pieds à plats sur un sol plus grand.

- Nous ne sommes plus très loin, expliqua la sorcière.

- Je ne serais pas mécontent de retrouver la lumière du jour, avoua Lucius.

- Alors ne traînons pas ! Lui intima Tisiphone.

Elle le guida de nouveau à travers les sombres couloirs.

Devant eux, soudain, se dressa une porte. La sorcière n'avait pas eu le loisir de l'observer. Le bois d'ébène était décoré par d'énormes clous noirs qui formaient des figures géométriques.

Elle s'arrêta un instant. Puis se décida à pousser la porte. Elle était lourde et Lucius lui vint en aide. Bizarrement, ni l'un ni l'autre ne semblaient trop enclin à utiliser la magie. Déjà le Lumos leur paraissait être déplacé en ces lieux.

La salle était inchangée. Les fresques avaient échappé à l'usure du temps et à la ruine. Personne ne semblait être venu ici bas. Les coffres étaient toujours à la même place.

Sans l'ombre d'une hésitation, la sorcière se dirigea dans le fond. Elle poussa un petit cri en se saisissant de l'objet de leur venue ici.

Sa curiosité d'archéomage refaisait surface. Elle rangea le coffret dans le sac qu'elle avait apporté avec elle et commença à ouvrir un des énormes coffres. Le couvercle n'était pas fermé à clé, mais il était très lourd. Elle parvint tout de même à le soulever. L'intérieur était rempli de nombreuses tablettes d'argile et de disques. Tous étaient recouverts des mêmes signes.

- Du linéaire A, marmonna-t-elle en prenant quelques tablettes entre ses mains.

Elle referma le coffre et passa au suivant. Celui-ci s'ouvrit sans difficulté. Elle trouva à l'intérieur de nombreuses statuettes anthropomorphes et zoomorphes.

Elle fut tout à coup interrompue par Lucius.

- Tisi, grogna-t-il.

Le ton de sa voix fit bondir la sorcière. Elle se releva et se retourna. Le sourire qu'elle avait disparut rapidement.

- Nous avons de la compagnie ...

D'étranges et monstrueuses créatures se tenaient dans l'encadrement de la porte. Elles avaient forme humaine jusqu'au torse. Leur tête était celle d'un taureau. Leurs yeux rouges flamboyaient de rage. Les cornes luisaient dans la pénombre. Combien ils étaient, la sorcière était incapable de les compter.

- Il ne manquait plus que ça ...

- C'est ça tes gardiens ? Demanda Lucius.

Il avait pointé sa baguette en direction des créatures qui ne bougeaient pas.

- Il y a de fortes chances ... J'aurais dû m'en douter ... Avec un nom pareil ... les Gardiens de Minos ...

Soudain, leur rang bougea et les créatures se divisèrent en deux groupes. L'un des leurs, plus grand, plus massif encore entra en soufflant dans la salle. Il ne pouvait tenir debout, et même courbé, ses cornes raclaient contre le plafond, faisant tomber la peinture bleue.

La créature se mit à parler. La langue était totalement inconnue à Lucius. Ce fut avec surprise qu'il se rendit compte que la sorcière, elle, la comprenait.

- Qui êtes-vous pour avoir amené une lumière sacrilège dans ce lieu sacré ? Tonna la bête. Seuls les Thalatheons élus des Dieux peuvent pénétrer le Labyrinthe en toute quiétude ... Les Autres nous sont dévolus ...

La sorcière ne se démonta pas.

Elle brandit son pectoral.

- Cela nous permet donc de continuer notre chemin, proclama-t-elle dans cette étrange langue aux sonorités gutturales.

La créature se mit à rugir.

- Seuls les Thalatheons peuvent porter ce bijou.

Tisiphone éclata de rire, ce qui provoqua l'ire de la créature.

- Les Thalatheons ont disparu depuis de longs siècles ... Le palais est en ruine !

La créature grogna, ouvrant grand sa gueule et montrant une dentition impressionnante.

- Justement ! Cela fait tellement longtemps que personne ne s'est aventuré ici ! Mes frères et moi mourront de faim.

Tisiphone pâlit un peu. Elle raffermit sa prise sur sa baguette.

- Qu'est-ce qu'on fait ? Demanda Lucius.

- Rien, pour le moment ...

- Tu comprends ce qu'il dit ? S'étonna le sorcier.

Tisiphone le regarda avec étonnement.

- Bien sûr, pourquoi ? Demanda-t-elle ébahie.

- Vous parlez dans une autre langue ... Tu ne t'en es pas rendue compte ?

- Non !

Elle reporta toute son attention sur la créature.

- Je crois que vous allez devoir attendre pour votre prochain repas, répondit-elle à l'hybride.

- Je pense le contraire.

Soudain, la bête vit le bras bandé de la sorcière, ses yeux remontèrent sur sa joue.

- Je t'ai marquée ! Grogna-t-il.

Elle esquissa une grimace.

- Effectivement.

- Comment est-ce possible ? C'était il y a si longtemps.

- Pas pour moi ...

- Cela ne change rien ! Tu m'as échappée une fois, cela aura été mon seul échec !

Il rugit et voulut charger. Le sort de la sorcière l'atteignit. Il fut stoppé en plein élan.

Un nouveau rugissement résonna. Lentement, la bête réussit à se dépêtrer du sortilège. Une idée traversa soudain son esprit. C'était le tout pour le tout.

- - SORCIERE ! Hurla-t-il en colère.

- Par Salazar ! Ce n'est pas bon du tout, pesta la sorcière.

- Arrête-toi ! Cria-t-elle en abaissant sa baguette.

Surpris, l'hybride s'arrêta net, un sort de pétrification n'aurait pas mieux fait.

- Nous pouvons peut-être nous arranger ... proposa alors la sorcière.

Les autres créatures émirent des sons bizarres, Tisiphone ne sut si c'étaient des rires ou autre chose.

- Laissons-nous partir ...

- Et pourquoi ferions-nous cela ?

- Je connais quelqu'un ... qui ... qui pourrait vous offrir tout ce que vous voulez ...

Une sorte de rire bestial sortit de la gorge taurine.

- Et que crois-tu que nous désirerions ...

- La liberté, par exemple ...

- La liberté ?! Mais nous sommes libres ...

- Vraiment ? Alors pourquoi restez-vous dans ces Ténèbres, affamés ...

- Nous sommes les Gardiens de Minos ! Déclara-t-il fièrement. Nous veillons sur le labyrinthe.

Ce fut au tour de Tisiphone d'éclater de rire.

- Il n'y a plus rien à garder ... Vos trésors, dit-elle en montrant les coffres, n'intéressent plus personne.

- Alors pourquoi es-tu venue, sorcière ?

- Récupérer quelque chose qui m'intéressait ... Mais crois-moi ce que je cherche, personne ne s'en soucie ...

- Soit ... et si nous te laissons partir, qu'aurons-nous à part la liberté ...

- Réfléchissez bien ... Que souhaitez-vous par dessus tout ?

Tisiphone espérait que les vieux mythes disaient vrai.

Il eut un sourire carnassier.

- Le sang, grogna-t-il. Le sang qui coule, frais et odorant ! La chair ! Douce et moelleuse !

Un éclair d'envie passa dans ses yeux.

- Le Sorcier que je sers ... Tout cela, Il pourrait te l'accorder ... à toi et aux tiens ...

Une armée de Minotaures ... Tisiphone espérait que le Maître en serait content. De toute façon, il était trop tard pour reculer.

Tisiphone s'était un peu avancée. Le Roi Gardien n'était même plus à une baguette de lui. Elle sentait son haleine fétide sur son visage. La créature renifla l'air.

- Tu as du sang Ancien en toi, déclara-t-il soudain.

Les yeux de la sorcière brillèrent d'un étrange éclat.

- Je sais, dit-elle simplement.

Ils se regardèrent en silence. La sorcière et l'antique Roi Gardien. Des yeux de braise dans un océan agité.

- Alors ? Que penses-tu de mon offre ? Demanda finalement Tisiphone.

- Comment être sûr que tu tiendras ta parole, toi et ton Maître ?

- Viens avec moi ! Proposa-t-elle.

- Non ! Tonna-t-il.

- Non ?

Il désigna alors un Gardien.

- Lui viendra avec toi !

Puis ses yeux se posèrent sur Lucius.

- Lui restera ici ... Mon frère te tuera si tu mens, et lui aussi mourra !

- Non !

Le ton était cinglant. La sorcière montra Lucius.

- Il vient avec moi !

Le Minotaure éclata de rire.

- Tu y tiens à ton Mâle, lui lança-t-il.

Tisiphone n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle, elle en eut presque un sourire.

- Mon Mâle, répéta-t-elle en langage ancien. Oui, j'y tiens, il viendra avec moi !

- Si tu m'as menti, vous mourrez tous les deux ! Capitula-t-il.

- N'était-ce pas déjà le cas auparavant ?

Cette fois ce fut clairement un rire qui s'échappa des autres Gardiens.

- Petite sorcière mortelle, tu n'as pas froid aux yeux, conclut le Minotaure. Quel est ton nom ?

Surprise, elle mit quelques secondes avant de répondre.

-Tisiphone ... Et le tien ?

- Les Miens me nomment Tauron, le Roi-Gardien, Fils du Minotaure !

- Bien, Tauron, Roi-Gardien, Fils du Minotaure, le marché est-il conclu ?

- Il le sera quand le sang aura coulé.

Attaché à son pagne grisâtre, la créature prit un glaive qui, pour lui, paraissait minuscule mais pour Tisiphone semblait aussi grand qu'une épée.

Il s'entailla la paume de la main, le sang noir coula. Il fixa la sorcière. Un peu tremblante elle lui tendit sa paume ouverte.

- Qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda Lucius.

- Je scelle notre serment, expliqua-t-elle. En espérant ne pas avoir fait de grosse bêtise ...

Elle grimaça quand la lame glacée laissa sa larme rouge dans sa chair. Tauron posa sa paume immense contre celle de la sorcière.

- Cela ne peut être défait, tonna-t-il. Seule la Mort aura ce pouvoir.

Il fit signe à un hybride.

- Agrios ! Je te nomme à la tête des Gardiens ! Si tout va bien, lorsque je reviendrai, une nouvelle ère pour nous commencera.

Le dénommé Agrios s'agenouilla face à son roi.

Tauron se tourna alors vers un autre Gardien.

- Iskos, toi, tu viendras avec moi !

Tisiphone se retourna vers Lucius, lui faisant signe, que, pour le moment tout allait bien.

Les deux sorciers escortés par les Gardien de Minos refirent le chemin en sens inverse, vers la lumière du jour.

A chaque pas, Tisiphone sentait la pression qui l'écrasait diminuer peu à peu. Sa main toute poisseuse, laissait un sillage sur la pierre glacée. Elle ne savait pas quelle calamité elle entraînait avec elle vers la surface et peu lui importait en réalité.