Chapitre 11

Chapitre 11

Forgetting You

« I can't forget all the good times I had with you. »

Elliot Minor

Et alors que tout le monde se demandait ce que pouvez bien faire Draco, ce dernier était lentement en train d'émerger d'un sommeil rempli de rêves. A peine les yeux ouverts, il tenta de reprendre ses esprits et de déterminer si ses pensées nocturnes étaient bien réelles. Il se tourna là où était censé dormir la jeune Gryffondor. Mais à sa place, il ne restait plus rien. Alors, tout cela n'était qu'un rêve ?

Pourtant, il savait bien que c'était étrange : après tout, il était tard, il y avait eu le concours, il n'aurait pas été se coucher sans les résultats. Tout se mélangeait dans son esprit. Se mettant en tête que tout ce qu'il avait pu imaginer ne provenait que de son inconscient et n'avait aucune part de réel, il se leva et entreprit de prendre une douche. Les résultats du concours devaient être donnés, il était sûr de sa victoire, il était temps de la fêter !

A peine levé, il remarqua le petit cœur qui ornait sa main. Mais d'où venait-il ? Il se dirigea vers la douche, l'esprit ailleurs, tentant de rassembler ses souvenirs pour savoir si oui ou non il avait couché avec Hermione Granger. Le cœur laissait penser que oui, mais elle devrait être encore dans le lit. C'était une moldue, et une fille, alors elle devait être romantique et rester collée comme une sangsue à tous ses amants. Ce débat prenait naissance dans l'esprit du Serpentard, et rien ne semblait pouvoir départager les deux camps.

Laissant couler l'eau chaude sur son corps mouillé de sueur, le blond frotta sa main avec une brosse, pour enlever ce dessin inutile. Mais rien ne semblait le faire partir. Après plusieurs minutes à frotter, il n'était même pas un peu moins visible, et dès qu'il pensait à la jeune fille, sa noirceur s'intensifiait. Elle lui avait lancé un sortilège pour que ce cœur reste gravé sur sa main… Elle lui mènerait la vie impossible jusqu'à sa mort, apparemment…

Décidant enfin de quitter sa chambre, le blond mit un costume classe à tomber, et descendit dans la Grande Salle pour impressionner l'ensemble du château. Il connaissait sa beauté et savait que les filles ne lui résistaient pas.

A peine arrivé dans la salle de bal, effectivement, tout le monde se tourna vers lui. Il fut acclamé par tous les élèves de sa maison, et méprisé par tous les rouge et or. Il n'avait jamais douté de sa victoire, alors cela ne l'étonna même pas.

- Félicitations, Draco, tu as été formidable !

- Merci, Pansy, mais tu sais très bien que je le suis toujours…

Méprisant et terriblement irrésistible. Comme à son habitude. Mais quand il croisa le regard fatigué d'Hermione, tout ce qui avait pu se passer après la prestation de la jeune fille lui revint en mémoire, plus fort qu'un boomerang ou qu'une claque.

« You did that all for me. It's such a dream... »

Les deux coeurs du vert et argent s'emballèrent. Tandis que l'un battait furieusement dans sa poitrine, l'autre voyait sa couleur s'intensifier fortement. Alors, comme quelques heures auparavant, il s'enfuit de la de Grande Salle en courant.

- Mais qu'est-ce qu'il fait ? Je ne le comprends plus du tout ce soir…

- Laisse tomber, Crabbe, c'est Malfoy, il ne changera pas.

- Tu as raison, Goyle. Allons manger !

Maintenant qu'il était en fuite, la question était de savoir où il allait se réfugier pour échapper à ses démons. S'il y a bien un ennemi duquel on ne peut pas se cacher, c'est soi-même. Alors, comme un enfant, Draco retourna là où il avait eu son premier contact positif avec Hermione Granger, sans savoir que c'était elle : le couloir dans lequel il avait chanté cette chanson moldue.

Les mêmes questions que ce fameux soir qui avait changé sa vie prenaient place dans son esprit. Elles semblaient aussi imprégnées dans son esprit que le petit cœur l'était sur sa main. Il aurait tant voulu retourner en arrière… Mais pourquoi n'était-il plus un enfant innocent, comme avant ?

« So, tell me : why does everything come to an end ? »

En temps normal, cette aventure d'un soir avec une fille, même Hermione, ne l'aurait pas perturbé. Mais là, c'était différent… Parce que dans son esprit, il ne se souvenait pas avoir eu une simple relation sexuelle avec elle, mais bien lui avoir fait l'amour, avec la tendresse et les mots qui y correspondaient. Tout semblait si confus…

Pourtant, à des yeux extérieurs, il aurait été simple d'expliquer la situation : Draco aimait Hermione, Hermione aimait Draco. Mais dans la réalité, tout n'était pas aussi simple. Elle avait quitté le lit avec le réveil du blond. Il avait pleuré. Elle lui avait gravé un cœur sur la main. Il avait presque oublié leur moment de tendresse. C'était un cauchemar, et il était temps que le jeune homme se réveille…

Il fallait tout reprendre dans l'ordre, pour tout effacer. D'abord, aller à la bibliothèque et trouver la façon d'enlever ce cœur sur sa main. Il ne lui fallut que quelques minutes pour traverser les couloirs déserts d'un pas rapide et atteindre la pièce qu'il cherchait. Qui était malheureusement fermée…

- Alohomora !

La porte ne lui résista pas. Il pénétra dans la bibliothèque d'un pas lent, puis fit de la lumière avec sa baguette pour tenter de se repérer. On leur avait appris, lors de leur première année dans le château, à trouver ce que l'on cherchait dans les dédales d'étagères.

Quelques minutes plus tard, Draco était donc assis à une table, le « Petit Livre des Sorts Romantiques » entre les mains. Dans ce livre, pas de recettes de philtres d'amour, juste des sortilèges abordables pour déclarer sa flamme magiquement. C'est certainement là dedans que Hermione avait trouvé ce sort qui l'embêtait tant maintenant.

Effectivement, il trouva la formule à employer pour graver cette marque d'affection sur la peau d'une personne. Le problème était la petite phrase qui suivait l'explication de ce sortilège : « Attention ! Aucun sort ne peut permettre d'enlever directement la marque. Elle restera gravée sur la peau de l'ensorcelé(e) tant qu'il sera amoureux du lanceur ou de la lanceuse du sort. »

Amoureux ? Lui ? Peut être était-il temps d'y réfléchir, ce soir… Tout ce qu'il avait ressenti, fait, dit, lui avait souvent poussé à se croire amoureux de la jeune fille, tard, la nuit. Mais dès qu'il était bien réveillé, cela lui paraissait absurde. Et pourtant… Le cœur sur sa main ne mentait pas.

Cela expliquait le fait qu'il n'arrivait pas au fond de lui à regretter ce qu'il s'était passé avec Hermione. Et puis, tout l'amour qu'ils avaient partagé… Ce soir là, à la lueur de sa baguette, Draco en avait marre de se voiler la face : il fallait qu'il accepte ses sentiments, qu'il se dégage de l'éducation sans amour de ses parents. Oui, il aimait Hermione Granger !

« I won't regret. I'll say it once again. »

Le plus dur semblait fait. Et pourtant… Hermione était partie sans un mot. Et si elle ne l'aimait pas ? C'était, malheureusement, fort probable… Il fallait qu'il prenne une décision. Rapidement. Le mieux était certainement de tout lui dire, c'était une fille, elle comprendrait ses sentiments, même si elle ne les partageait pas.

Il rangea donc le livre à sa place, éteignit sa baguette, sortit de la bibliothèque et ferma la porte. Il fallait qu'il lui parle au plus vite. Le vert et argent se sentait partir dans un délire qui ne l'amènerait nulle part, mais comme les fantasmes nocturnes, à ce moment, tout lui semblait possible. C'était si bon de croire et d'espérer. De rêver…

Il descendit quatre à quatre les marches menant à la Grande Salle, dans un état d'esprit totalement différent que la dernière fois qu'il avait franchi la porte de la pièce.

La porte à peine passée, Draco remarqua que beaucoup d'élèves étaient partis. D'autres s'en allaient en grand nombre vers leurs chambres respectives. Inquiet, il jeta un regard dans la salle, cherchant désespérément Hermione. Il s'avança un peu, et la vit se diriger vers la porte, avec son ami le rouquin. Le cœur battant, la marque plus noire que jamais, il s'approcha.

- Hermione, je peux te parler ?

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, Malfoy…

- S'il te plaît, c'est important.

Ron leur lança un regard suspicieux et les laissa seuls.

- Hermione, je voulais te dire que… Je ne regrette rien, et… Je t'aime.

- C'est encore un plan pour me ridiculiser ?

Le blond leva les yeux vers la jeune fille devant ses yeux. Elle avait le regard vitreux, semblait avoir bu et être très fatiguée. Et il savait que c'était entièrement sa faute. Il lui avait pourri la vie pendant des semaines, lui avait menti, l'avait frappée. Même si, au mieux, les sentiments du garçon étaient partagés, il savait qu'elle douterait toujours de lui.

Oui, elle aurait toujours peur, et elle serait donc éternellement malheureuse. Il ne pouvait pas lui assurer le bonheur, seulement des problèmes. Il ne serait jamais à sa hauteur, jamais assez bien pour elle. Submergé par toutes ces révélations intérieures, sans un mot de plus, il partit vers sa salle commune, le plus vite qu'il put. Hermione lui jeta un regard d'incompréhension, qu'il ne vit pas, et haussa les épaules. Encore une de ses blagues débiles…

Et pendant qu'elle oubliait ses mots, l'alcool aidant, Draco murmurait entre ses dents :

« And I can't forget all the late nights I spend with you. I can't forget... »

Il aurait tant voulu la garder dans ses bras toute sa vie. Mais il ne pouvait pas. Pour elle. Pour son bonheur. Résigné à l'oublier, il décida de lui écrire une lettre. Il devait lui expliquer tout ça. Par honnêteté, par respect pour elle. Et pour lui prouver qu'il était sincère. Il rejoignit sa chambre, prit un bout de parchemin et une plume. Alors il laissa ses pensées le guider et écrit exactement ce que son cœur lui dictait.

Cela étant fait, il plia la lettre, écrit « Hermione » dessus, et retourna dans la Grande Salle en vitesse. Il avait vu Harry danser avec Cho, tout à l'heure, et il ne semblait pas prêt à partir. Il s'approcha doucement, se força à sourire à son pire ennemi. Pour Hermione…

- Potter, j'ai un petit service à te demander.

- Ah, Malfoy, espèce d'enfoiré, je vais t'en mettre une !

- Tu es complètement plein, mon pauvre Potter. Je ne veux pas te parler, mais j'aimerais que tu donnes cette lettre à Hermione. C'est pour elle que je te demande ça…

- Oh, Malfoy cherche une nouvelle fille à son tableau de chasse.

- Pense ce que tu veux, mais donne ça à Hermione, c'est très important ! Et va te coucher, tu en as besoin, tu sens le Whisky à plusieurs mètres.

Sur ce, le Serpentard regagna son lit, pour une nuit blanche remplie de pensées tournées vers celle qui habitait son cœur. Les quelques minutes qu'il parvint à dormir, c'était pour rêver d'une Hermione, qui, sur scène, lui chantait :

« I'll never spend a week without you. »

Hermione eut aussi du mal à s'endormir, à cause de l'alcool absorbé. Mais finalement, elle tomba dans un sommeil sans rêves. Quand elle se réveilla le lendemain matin, un morceau de parchemin traîna sur sa table de nuit. Elle l'ouvrit, et lut :

"Quelquefois un démon vient sur Terre. Il croise le regard d'une fille. Elle n'est ni un ange, ni une princesse. Elle est humaine, mais si différente des autres. Le démon lui propose de le suivre. Elle se dit qu'il va l'emmener en enfer. Et elle est si malheureuse qu'elle le suit quand même. Mais il ne l'emmène pas dans son monde. Avant, il a tué un ange et lui a volé ses ailes. Maintenant, il tient la fille contre lui, et utilise les ailes pour voler. Elle a peur. Lui aussi, mais il ne lui avouera pas. Il l'emmène, haut, très haut, et la dépose sur un nuage. Elle est aux portes du paradis. Mais le démon ne peut pas y entrer. Il dit à la fille de franchir la porte. Elle ne veut pas. Elle veut rester avec lui. Malgré tout ce qu'il dit, elle redescend avec lui. Le diable en personne vient chercher son employé. La fille ne veut pas le lâcher. Finalement, elle se retrouve en enfer alors qu'elle aurait pu goûté au paradis.

Je ne connais pas tes intentions, mais je t'en prie, ne fait pas la même erreur que la fille de mon histoire… Je t'aime trop pour accepter ça. Oublie ce qui a pu se passer entre nous. Oublie que je t'aime. Oublie-moi… "