CHAPITRE 11
Draco Malfoy était désespéré. Il ne savait plus quoi faire. Il fallait absolument qu'il sorte sa mère de là. D'un autre côté, il savait qu'elle aurait tout donné pour qu'il ne prenne pas la Marque, et qu'il reste aussi éloigné que possible de cette guerre. Mais elle était tout ce qu'il avait… Tout ce qu'il lui restait. Son père était, depuis de trop longues années, presque devenu un inconnu pour lui, et il ne savait plus quoi penser de lui. De père attentif, bien que sévère, il était devenu froid, sans cœur. Son discours avait également énormément évolué. Il avait élevé son fils de manière à ce qu'il n'aime pas tout ce qui n'était pas Sang-Pur. Lucius avait toujours été raciste, en quelque sorte. Mais il s'était extrêmisé. Depuis le retour du Lord, tout avait changé. Drago leva les yeux vers l'homme, assis en face de lui dans le petit salon du manoir.
-Et quand faudra t-il y aller ?
-Quand le Maître le demandera. Et tu feras ce qu'il faut.
-Où est-il ?
-Même si je le savais, je ne pourrais pas te le dire. Je ne suis pas le Gardien du Secret.
-Comment fais-tu pour le rejoindre ?
-Je suis simplement la Marque.
Draco se leva de son fauteuil et monta vers sa chambre. Il fallait absolument qu'il trouve une solution. Il savait qu'il n'y échapperait pas. Il faudrait qu'il puisse parler à Potter. Mais... d'ici la rentrée, il sera sans doute trop tard.
Et dire que Lucius lui avait toujours appris qu'un Malfoy n'avait pas de maître… Quelle ironie.
.
La fin des vacances arrivait lentement. Snape avait continué les cours avec Harry, alternant occlumancie et potions. Ils s'étaient bien essayés aux duels, mais la place manquait, et il y avait trop de monde au quartier général en cette fin d'été. Il donnera ces cours là à Poudlard. Il trouvera bien des raisons de coller le jeune Potter si nécessaire. Et il espérait bien que ses amis couvriraient les absences du jeune homme en cas de besoin. Voldemort le laissait relativement tranquille en ce moment, mais il doutait que cela continuerait encore longtemps.
Exceptionnellement, aujourd'hui, il ne devait pas voir le jeune homme. Il était convoqué à l'école, avec les autres professeurs, pour une réunion de pré-rentrée. Exactement le genre de choses dont il avait horreur.
Il rejoignit l'équipe enseignante dans la salle des professeurs, et jeta un œil à la ronde. Ses collègues étaient déjà installés dans la pièce confortable sur de petits fauteuils colorés, une tasse de thé à la main, discutant entre eux. Les murs clairs reflétaient le soleil estival et la température était des plus agréables malgré les grandes fenêtres. Il y avait un nouveau visage parmi eux. Snape renifla dédaigneusement lorsque celui-ci le salua. Il alla se mettre dans un coin de la pièce, restant debout, entre la cheminée éteinte et une bibliothèque surchargée. Minerva McGonagall leva les yeux au ciel au moment où Albus Dumbledore pénétra dans la pièce en faisant doucement grincer la lourde porte en bois.
-Bonjour mes amis. J'espère que vos vacances ont été reposantes.
Un silence éloquent répondit à sa question.
-Bon. Nous accueillons normalement une cinquantaine de nouveaux élèves, principalement des nés moldus ou des sang-mêlés. Je pense qu'il faudra penser à faire quelques aménagements dans les salles communes, vu que nous avons chaque année plus d'élèves. Les Elfes vous aideront à tout mettre en place pendant la première semaine de cours.
Les quatre directeurs de maison acquiescèrent.
-Je dois également vous présenter Isaac Howells, qui sera notre nouveau professeur de Défense cette année. Je pense que vous vous rappelez tous de lui.
Un jeune homme se leva et s'approcha du directeur. Il était un peu rond, avait de petits yeux bleus et des boucles blondes. Le potionniste lui lança un œil.
-Howells... Je me rappelle de vous. Serdaigle, une plaie en potions.
-Enfin, Severus, l'interrompit Minerva, alors que le jeune homme avait pâli. Monsieur Howells, nous somme ravis de vous avoir parmi nous. Le Professeur Flitwick se fera un plaisir de vous montrer vos quartiers. Vous pourrez vous y installer après la réunion.
-Merci, Minerva, intervient Albus. Nous allons revoir les pro...
Le directeur fut interrompu par Sibylle Trelawney, le professeur de divination. Celle ci se mit à tousser, et reposa brusquement sa tasse en s'excusant.
-Les programmes, je disais donc, n'ont pas énormément évolué cette... Sibylle, vous sentez vous bien ?
Le professeur n'avait cessé de tousser et son teint virait subtilement au rouge. Elle se leva de son fauteuil, trébucha vers le professeur Snape, qui la rattrapa, un air dégoûté sur le visage.
-Pardon, siffla-t-elle. Je suis... vraiment...
Une quinte de toux plus forte que les autres la secoua et elle porta la main à sa gorge. Les autres membres du corps enseignant s'étaient rapprochés, l'air visiblement inquiets.
La femme s'agrippa aux robes du professeur de potions, et se tourna vers le Directeur, les yeux révulsés. Lorsqu'elle reprit la parole, sa voix était méconnaissable.
-Celui qui a survécu trouvera un allié... De la haine naîtra la force, et l'Ancienne Magie s'éveillera... Le traître se joindra à eux, et l'Élu et l'allié accompliront leur destinée dans la souffrance et la mort... Si le Triangle n'est pas brisé, le Seigneur des Ténèbres pourra être défié !
Elle ferma ses paupières et un immonde gargouillis sortit de sa gorge. Elle relâcha Snape et rouvrit les yeux, dirigeant à nouveau son regard vers le directeur, qui la fixait intensément. Elle reprit, de sa voix éthérée habituelle.
-Professeur ? Y aurait-il un problème ?
Dumbledore se racla la gorge, ne la quittant pas des yeux.
-Non Sibylle, tout va bien. Nous reprendrons plus tard. Vous pouvez disposer. Minerva, Severus, pourrions nous avoir un mot, s'il vous plaît ? Nous irons dans mon bureau.
.
Les trois professeurs se dirigèrent vers le bureau directorial. La gargouille les laissa passer sans mot de passe. Une fois en haut, Dumbledore appela un elfe de maison et lui demanda du thé pour trois. Il s'assit derrière son bureau, alors que l'elfe réapparut avec un plateau bien chargé. Le vieil homme servit ses collègues sans même leur demander, avant de s'installer derrière son fauteuil. Il leur jeta un regard par dessus ses lunettes en demi lune. Ses yeux bleus ne pétillaient absolument plus.
-Albus... Qu'est ce que c'était ? Que s'est-il passé?
Dumbledore jeta un œil à Snape, qui n'avait pas ouvert la bouche.
-Severus ? Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
L'homme hocha la tête en grommelant.
-Est ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ? Le ton du professeur McGonagall était plus sec qu'à l'accoutumée.
-Ceci, Minerva, est une prophétie.
La directrice des Gryffondor leva les yeux au ciel.
-Mais enfin, Albus... C'est Sibylle ! Elle ne peut pas... Les mots moururent dans sa gorge lorsqu'elle vit le regard que les deux hommes lui lançaient.
-Severus a assisté à une scène semblable, il y a un peu plus de dix-sept ans Minerva... Je ne vais pas rentrer dans les détails... Ce que Voldemort cherchait au Ministère est une prophétie que Sibylle m'a faite, il y a bien longtemps, concernant Harry Potter et Voldemort. Tom en a eu connaissance, avant que Severus ne nous rejoigne.
La vieille femme eut l'air choqué. Elle jeta un regard en coin au maître de potions.
-J'ai entendu le début de la Prophétie à l'époque et... je l'ai rapportée au Lord. J'ai rejoint l'Ordre peu de temps après... Merlin, Albus, vous pensez que...
-Oui, Severus, je crains que ce soit une nouvelle Prophétie.
-Que disait l'ancienne ?
-Je ne vais pas en parler maintenant, Minerva. Nous allons devoir en informer d'autres personnes. Nous n'avons plus le choix.
-Qui ?
Dumbledore soupira.
-Harry Potter, entre autre, qui a demandé à rejoindre l'Ordre. Je lui ai caché la première Prophétie trop longtemps, je ne referais pas la même erreur.
Minerva se leva à moitié.
-Mais enfin, Albus, vous n'y pensez pas ! C'est encore un étudiant ! Il ne peut pas...
Dumbledore leva la main pour la faire taire.
-Croyez moi, il le peut. Severus, qu'en pensez-vous ?
Contre toute attente, le potionniste hocha la tête.
-Au vu de la première prophétie, et de ce qu'il vient de se passer... Je pense que nous devons le mettre au courant. De qui parlait Sibylle ? Qui est l'allié ? Et le traître ?
-Mon cher Severus, je n'en ai absolument aucune idée. Nous allons organiser une réunion pour ce soir. Je veux Maugrey, Rémus, Kingsley, Molly et Arthur. Prévenez-les. Ce soir. Dans mon bureau.
Les deux directeurs de maison prirent congé.
.
Ce soir là, avant même que la nuit ne soit tombée, le bureau d'Albus Dumbledore était des plus animés. Sept personnes avaient pris place face à lui. Il avait fait disparaître son grand bureau, le remplaçant par une petite table basse. Un thé refroidissait tranquillement et des petits gâteaux attendaient d'être mangés.
Le Directeur expliqua la situation aux personnes présentes.
-Bien. Nous avons deux problèmes à régler aujourd'hui. Pour que vous soyez pleinement conscients de ce qu'il se passe, il faut que je vous explique certaines choses. Seule une personne ici a eut connaissance de la totalité de l'histoire jusque là. En parlant, le Directeur avait lancé un œil à Snape, qui était resté totalement impassible. Un peu avant la naissance de Harry, alors que je cherchais un Professeur de Divination, j'ai rencontré Sibylle pour lui faire passer un entretien. Au moment où j'allais partir, elle s'est mise à parler d'une voix étrange et m'a énoncé une première prophétie. La voici : «M Celui qui a le pouvoir de vaincre le SeigneurdesTénèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septièmemois. Le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... »
Un brouhaha indescriptible s'en suivit. Tous étaient horrifiés. Molly, une main sur le cœur, se leva, les larmes aux yeux.
-Harry est au courant ?
-Oui, Molly... Harry sait qu'il est celui qui devra tuer Voldemort. Il sera entraîné en conséquence. Severus ?
L'homme en noir décroisa ses jambes.
-J'avais entendu une partie de la Prophétie à l'époque et je l'ai rapportée au Seigneur Noir. C'est ce qu'il cherchait au Ministère. Il voulait en connaître la totalité.
Maugrey braqua son œil magique sur lui.
-Bien, je suppose que tu t'en es occupé.
-Absolument pas.
Dumbledore reprit la parole.
-Severus a mon entière confiance. Voldemort ne connaît que la première partie de la Prophétie. Et il est essentiel que cela demeure ainsi. Je ne vous expliquerai pas tout en détails, c'est à Harry de le faire s'il le souhaite, le moment venu. Aujourd'hui, Sibylle est à nouveau entrée en transe. « Celui qui à survécu trouvera un allié... De la haine naîtra la force, et l'Ancienne Magie s'éveillera... Le traître se joindra à eux, et l'Élu et l'allié accompliront leur destinée dans la souffrance et la mort... Si le Triangle n'est pas brisé, le Seigneur des Ténèbres pourra être défié. »
Ce fut Remus qui prit la parole cette fois ci.
-Bon. Celui qui a survécu, c'est forcément Harry. Qui sont les autres ?
-C'est ce que nous devrons découvrir... Mes amis, j'en viens au second point. Comme vous l'avez constaté, Harry est très impliqué. Il a demandé à rejoindre le Phoenix. Tout comme ses amis, Miss Granger et Monsieur Weasley.
-Il n'en est pas question ! Molly s'était levée et avait posé sa tasse si brusquement qu'elle s'était fendue. Arthur avait posé une main sur son bras. Ils sont trop jeunes !
Arthur la regarda en coin.
-Certains n'étaient pas plus âgés la première fois.
-Bien sûr ! Et ils ne sont plus là pour en parler !
Le loup garou se leva à son tour.
-L'idée ne m'enchante pas... mais... il n'a pas le choix, c'est ça ? Autant qu'il nous rejoigne alors.
Le Directeur lui lança un regard malicieux.
-Molly, je ne les enverrai pas en mission. Et Harry a besoin de soutien. Il a besoin de ses amis. Nous ne pouvons pas les laisser de côté.
La discussion dura encore un moment. Chacun posa ses arguments, et finalement les personnes présentes votèrent.
Albus Dumbledore congédia tout le monde.
-Bien. Je ferai part de la décision prise à Harry à la rentrée... Nous nous reverrons bientôt.
