Un grand merci à Praemonitus - Lily - Yumi-Chan - AmbreOnyx et Ryhn de leur commentaires encourageants.
Chapitre 11 : Des conjectures
- Alors les gars, vous avez quelque chose ?
David et Colby, qui étaient en grande conversation se retournèrent vers le chef qui venait ainsi de les apostropher. En voyant Charlie à ses côtés, leur visage exprimèrent le plus complet étonnement :
- Charlie mais…, commença David, tandis que de son côté Colby s'exclamait :
- Charlie ? Je croyais que…
- Je suis désolé, se contenta de dire le mathématicien, coupant la parole aux deux agents. J'aurais dû venir plus tôt. Seulement…
Il se tut, cherchant le soutien de son frère. Celui-ci posa une main protectrice sur son épaule et termina :
- Seulement il y avait des choses que mon petit frère nous avait cachées. Asseyez-vous, on a pas mal d'infos nouvelles pour vous. Liz et Nikki ne sont pas là ?
- Non… le légiste a appelé. Apparemment il aurait trouvé quelque chose sur le dernier corps.
- Si seulement ça pouvait nous donner un début de piste ! reprit Colby. J'ai l'impression de tourner en rond.
- Justement. Avec Charlie sur le coup, on devrait avancer.
- Charlie retravaille avec nous ?
Le ton de David était quelque peu dubitatif. Voyant son frère prêt à se fâcher, Charlie l'arrêta d'une mimique : après tout il pouvait comprendre la réaction de son adjoint. Il les avait lâchés en pleine enquête, qui savait s'il n'allait pas à nouveau leur faire faux bond ?
- Je sais… Je vous dois des excuses, commença-t-il.
- Non Charlie. Tu ne dois d'excuses à personne, s'insurgea son frère. Tu avais tes raisons : de mauvaises raisons, mais des raisons tout de même, acheva-t-il dans un sourire pour détendre son cadet qu'il sentait terriblement anxieux.
Il lui avait fallu du temps pour le calmer après sa douloureuse confession. Il l'avait longtemps tenu contre lui, le rassurant, lui assurant qu'il avait fait le bon choix et que rien ne lui arriverait, ni à lui, ni à Amita, à Larry ou à leur père.
Tout de suite après, son premier geste avait été de demander une protection pour eux trois puis il avait convaincu Charlie de se faire examiner par un médecin. Après un examen complet, le praticien avait rassuré les deux frères : rien de cassé, des ecchymoses, dermabrasions, brûlures, lacérations à des degrés divers de cicatrisation mais aucune lésion grave ou permanente. Charlie n'avait pu s'empêcher de dire à son frère qu'il n'avait pas besoin d'un examen médical pour en arriver à cette conclusion. Ce à quoi l'aîné avait rétorqué qu'il devait avant tout en avoir le cœur net.
Le plus jeune avait ensuite surpris une conversation entre son frère et le médecin qui lui avait fait comprendre pourquoi Don avait tant insisté pour cet examen qui semblait bien inutile au vu de l'état de Charlie plus de vingt-quatre heures après les faits. L'agent du F.B.I. s'inquiétait de possibles abus sexuels et le médecin l'ayant rassuré à cet égard, il avait poussé un puissant soupir de soulagement. Charlie avait frissonné en repensant à ce qui aurait pu se produire sans l'opposition de l'un des hommes qui se trouvaient-là. Il se souvenait que Don lui avait posé la question de savoir si ses ravisseurs avaient abusé de lui et il avait répondu négativement, incapable de parler de cet épisode court mais traumatisant. Apparemment il n'avait pas été assez convaincant puisque Don doutait de son récit.
Soudain il lui était revenu en tête les médicaments que lui avait remis son tortionnaire et il en avait parlé à son aîné qui s'était presque fâché qu'il ne lui ait pas fait part de ce détail avant. Mais, devant l'air misérable de son petit frère, il s'était vite calmé : après tout ceux qui méritaient sa colère c'étaient ceux qui avait enlevé et torturé son cadet, et pas celui-ci qui s'en voulait déjà bien assez et avait souffert au-delà du supportable, moralement et physiquement, depuis les dernières quarante-huit heures.
Le médecin avait rassuré Don quant à la dangerosité des remèdes absorbés par son frère, lui recommandant toutefois de veiller à ce qu'il ne s'y accoutume pas. Puis il lui avait fourni quelques antalgiques supplémentaires et, après une injection d'antibiotiques, il l'avait déclaré apte à sortir.
Les deux frères avaient alors pris le chemin du F.B.I., déterminés à mettre la main sur les assassins, détermination particulièrement virulente chez Don qui se promettait de leur faire passer un sale quart d'heure lorsqu'ils lui tomberaient entre les mains.
A la fin du récit durant lequel les deux frères s'étaient relayés, Don venant au secours de son cadet lorsque les souvenirs étant trop pénibles, les mots avaient du mal à passer ses lèvres, David et Colby restèrent un instant sans voix. Ils fixaient le mathématicien d'un regard où compassion, horreur et admiration se mêlaient. Comment avait-il pu endurer tout cela sans rien dire, sans rien laisser paraître ? Comment avait-il trouvé le courage d'éloigner tous ceux qui auraient pu lui venir en aide pour les protéger ? Ils imaginaient parfaitement les affres par lesquelles le malheureux avait dû passer.
- D'accord. On sait maintenant que ces types ne reculent devant rien, finit par dire Colby. Mais en quoi ça nous aide à circonscrire le profil ?
- Il y a un lien avec Calsci, forcément ! déclara alors Charlie.
Il leur exposa alors la théorie sur laquelle il travaillait depuis la veille, ce qu'il avait compris durant ces heures de souffrance morale. Comme toujours lorsqu'il était perdu, Charlie avait cherché des réponses… Pourtant celle qui s'était présentée assez vite à lui ne lui avait vraiment pas plu.
Comment les meurtriers avaient-ils pu remonter jusqu'à lui ? Et surtout, comment savaient-ils à quel point de ses recherches il en était alors même qu'il n'en avait pas encore informé son frère ? A cela il n'y avait qu'une réponse : une connexion avec l'université.
- Mais il y a des milliers d'étudiants et de professeurs…, soupira David, accablé par la tâche qui les attendait.
- Par rapport aux millions d'habitants de Los Angeles c'est déjà un progrès, contra Don.
- Et puis on peu réduire le nombre de suspects potentiels à ceux qui sont en contact avec Charlie, non ? risqua Colby en jetant un regard incertain vers le professeur.
Celui-ci acquiesça de la tête. Il avait dû se rendre à l'évidence : seuls des étudiants fréquentant son cours pouvaient être mêlés à ce qui lui était arrivé, quel que soit leur degré d'implication. Malgré sa répugnance à admettre que des jeunes gens auxquels il accordait toute sa confiance, pour lesquels il tentait, jour après jour, de faire de son mieux, qu'il tentait de mettre sur une voie leur permettant d'avoir une vie riche et épanouie, puissent être mêlés à quelque chose d'aussi atroce que l'assassinats de personnes marginales, puissent avoir osé lever la main sur lui de cette manière, il n'y avait que cette explication qui soit plausible. Et parmi les dizaines d'étudiants qu'il suivait régulièrement, il en était vite arrivé à restreindre le nombre de façon drastique.
- Je pense qu'il s'agit d'un étudiant du groupe d'enquête, affirma-t-il d'une voix un peu hésitante en coulant un regard inquiet vers son frère qu'il n'avait pas mis au courant de son initiative.
- Le groupe d'enquête ? questionna celui-ci aussitôt.
En quelques mots un peu hachés tant il était anxieux de la réaction de Don, Charlie expliqua son initiative suite aux vols à l'université. Il s'attendait à des moqueries, de la colère peut-être. Mais après ce qui lui était arrivé, Don ne voulut surtout pas l'accabler :
- Oh Charlie ! se contenta-t-il de soupirer. Bon sang ! Tu as vraiment le chic pour…
Puis il s'interrompit, comprenant qu'il ne ferait qu'enfoncer encore plus son cadet dans ses remords, son incertitude, sa culpabilité.
- Ce qui est fait est fait…, reprit-il. Et puis c'était sans doute une bonne chose puisque ça va nous permettre de réduire énormément le nombre de suspects.
- Attention, prévint Charlie. Tout ce que j'ai dit c'est que l'un au moins des étudiants de ce groupe avait fourni des informations à mes ravisseurs. Pas qu'il était impliqués dans les meurtres… Peut-être qu'il s'agit d'un des voleurs qui a eu peur qu'on ne le retrouve et a trouvé ce moyen pour m'écarter.
- Quelle que soit la raison, si on retrouve cet informateur, on fera un grand pas en avant, répondit Don.
- Je ne voudrais pas que vous vous en preniez à un innocent…
- Charlie, fais-nous un peu confiance tu veux… Et fais-toi aussi un peu confiance !
- Comment ça ?
- A ton avis, qui va nous analyser les données pour nous fournir les suspects les plus crédibles ?
Charlie regarda son frère, comme si l'idée ne l'avait pas effleuré avant :
- Tu veux que j'enquête sur MES étudiants ? Mais Don c'est…
- Charlie… Parmi tes étudiants se trouve vraisemblablement un voleur qui, pour se couvrir, n'a pas hésité à mettre ta vie en danger. De quoi sera-t-il capable s'il se sent aux abois ? Et le pire à envisager serait que…
Il s'interrompit. Après tout ce qu'il avait subi au cours des deux jours écoulés, Charlie n'était sans doute pas prêt à entendre certaines choses. Après tout, il n'était pas du F.B.I. et beaucoup moins apte à accepter la noirceur de l'âme humaine souvent dissimulée sous une apparence d'une innocence totale.
- … que l'un de mes étudiants soit aussi l'un des meurtriers de ces personnes…, finit Charlie, prouvant ainsi à son frère qu'il avait déjà envisagé la chose.
- Exactement. Tu comprends pourquoi c'est important…, plaida alors Don.
- Je sais. Je vais le faire mais… J'ai un peu l'impression de trahir ma mission là.
- Non Charlie. Au contraire. S'il y a une brebis galeuse dans le troupeau, il faut l'en extraire pour sauver le reste du groupe.
- Tu as raison… Bien sûr… Tu as raison…
Il se tut, baissant la tête, semblant en proie à des pensées plutôt pénibles, tandis que Don, David et Colby échangeaient des regards inquiets et compatissants, comprenant ce que pouvait ressentir le mathématicien à ce moment précis.
Charlie poussa un profond soupir puis releva la tête : la détermination se lut alors sur son visage :
- Bien… Ma salle est libre j'espère ?
- Personne n'oserait toucher à ta salle, plaisanta David, soulagé de voir que le consultant semblait en pleine possession de ses moyens.
- Alors je vais m'y mettre sans tarder avant que cet esclavagiste ne tempête sur la lenteur de mes résultats !
Il eut un sourire un peu crispé et quitta la salle avant que son frère n'ait pu répondre à sa petite pique. Les trois hommes le regardèrent partir, pleins d'admiration pour lui et, chez Don, ce sentiment le disputait à la fierté.
- Don, ton frère est vraiment quelqu'un d'exceptionnel, dit Colby avec un accent qui ne laissait aucun doute sur le respect qu'il portait à l'universitaire.
- Hé oui… C'est mon petit frère ! conclut Don, la voix remplie d'affection, faisant sourire ses subordonnés par la fierté et le zeste de fanfaronnade qui perçait dans son ton tandis qu'il suivait des yeux le génial petit frère dont il n'avait jamais, jusqu'à ce jour, mesuré la force de caractère.
Puis il se retourna vers les deux agents :
- Bon, c'est pas tout ça ! Charlie nous a fourni une liste de noms : on va déjà voir s'il y en a qui sont connus. Je vous charge de ça. Et Liz et Nikki ? Il leur faut combien de temps pour aller chez le légiste ? C'est pas vrai ! Faut vraiment tout faire ici !
Ils échangèrent à nouveau des sourires avant de partir chacun vers leur travail. Le moment n'était pas franchement à la plaisanterie. Il y avait quelque part des monstres en liberté et ils s'étaient un peu trop approchés de l'un d'entre eux. Désormais c'était une affaire plus personnelle que jamais.
(à suivre)
