Bonne année à tous !
Un chapitre un peu long à venir, c'est vrai... Mais j'essayerai de me rattraper la prochaine fois !
Chapitre 11 :
Regulus sursauta malgré lui lorsque Kreattur se matérialisa devant lui. Il y eut un moment de flottement pendant lequel l'Elfe le dévora de ses yeux globuleux. « Maître Regulus… hoqueta-t-il.
- Oui, Kreattur, c'est bien moi » , confirma Regulus. Kreattur se jeta aussitôt à ses pieds, écrasant son groin humide sur ses chaussures. Regulus fit un geste pour le relever, mais s'arrêta aussitôt pour rattraper Harry dont la tête glissait sur son épaule.
« Ma Maîtresse disait que ce n'était pas possible ! disait Kreattur. Que vous étiez mort, que ce ne pouvait pas être vous, que les journaux se trompaient… ! Que jamais, de toute façon, vous ne vous seriez compromis avec… l'autre…
- L' « autre »… ? nota Regulus, un peu moins attendri par l'attitude de l'Elfe. Tu veux parler de Sirius ? »
Kreattur fit une réponse qui se perdit dans un borborygme incompréhensible. Apparemment, parler de Sirius était toujours tabou. Les retrouvailles promettaient d'être réjouissantes…
« Kreattur, il faut que je rentre à la maison.
- Bien sûr, Maître ! Ma Maîtresse sera tellement contente de vous voir !
- Mais il y a des hommes qui attendent là-devant. Il ne faut pas qu'ils me voient. Ils ne doivent pas savoir que je suis là. Tu comprends ? »
Kreattur fit oui d'un signe de tête, prit respectueusement Regulus par le bout de sa manche et transplana au 12 place Grimmaurd.
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Dumbledore était à la fois soulagé et ennuyé. Soulagé, parce qu'il était à peu près sûr, maintenant, que Harry n'était pas en danger. Mais ennuyé, parce qu'il n'avait strictement aucune idée de la façon dont il allait s'y prendre pour obtenir l'amnistie de Sirius.
Le jeune homme avait raison. La seule manière de le disculper, c'était de retrouver Peter Pettigrow. Dumbledore était prêt à parié que Scrimgeour ne s'arrêterait pas à un simple témoignage pour rouvrir le dossier. Il faudrait reprendre l'enquête à zéro. Et pour cela, admettre que les choses avaient été mal faites la première fois.
« Alors ? demanda le chef des Aurors, à peine fut-il entré dans son bureau. Il vous a parlé ?
- Il ignore vraiment où se trouve Harry. Mais il assure qu'il n'est pas en danger.
- Ah oui ! Il n'y a vraiment qu'à vous qu'on puisse tenir des discours pareils ! Sirius Black vous promet que la vie du petit Potter n'est pas en jeu ! La belle affaire ! Vous a-t-il raconté de quelle façon son frère et lui sont sortis de leur cachette, terrés derrière l'enfant ?! Un bouclier humain, voilà tout ce que le petit est pour Black !
- C'est faux, répliqua posément Dumbledore.
- Faux ?! »
Scrimgeour se leva de son fauteuil. Le rouge lui était monté aux joues. Il était prêt à s'emporter, une nouvelle fois. Dumbledore trouvait cette attitude plutôt casse-pied, tant elle était improductive.
« Vous allez me dire qu'il tient vraiment au petit Potter, maintenant ?! Que son pote le loup-garou et lui sont les victimes d'une machination ?!
- Je pense que les choses sont autrement plus compliquées que ce qu'elles paraissent être. J'ai effectivement de sérieux doutes quant à la culpabilité de Sirius Black... Si seulement on m'avait autorisé à le voir lors de sa première arrestation...
- Il a avoué !
- Il ne se souvient pas de l'avoir fait.
- Comme c'est commode ! »
Dumbledore savait qu'il ne convaincraint pas Scrimgeour de cette façon. S'il voulait rouvrir le dossier de Sirius, il lui faudrait s'adresser directement en haut lieu. Parler à Millicent Bagnold.
« De toute façon, la cause de Black est entendue, reprit Scrimgeour, se rasseyant derrière son bureau.
- Pardon ?
- Madame le Ministre vient de me signifier sa condamnation. Elle me laisse jusqu'à seize heures pour tenter de lui soutirer les informations qui me manquent, après quoi, il sera livré aux Détraqueurs. »
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Regulus ne se souvenait pas que la demeure familiale fût si sombre, ni si triste. Bien sûr, la maison n'avait jamais respiré la gaîté… Il n'y avait guère que dans le secret de leurs chambres, à Sirius et lui, que les deux frères se permettaient de rire. Et encore… Père n'aimait pas ces démonstrations vulgaires. Et les deux garçons se gardaient bien de le mécontenter. A l'époque, du moins, parce qu'ensuite... Sirius prenait un malin plaisir à le heurter de front, lui, que ses parents montraient comme un modèle de parfaite éducation... Mais c'était avant que Sirius ne se lie d'amitié avec James Potter.
Le Sirius de Poudlard n'avait plus grand chose de commun avec le Sirius qui était son frère. A l'époque, Regulus en avait été vraiment affecté. Maintenant, il regrettait simplement de ne pas avoir essayé de mieux le comprendre.
Il fit quelques pas dans le hall, tandis que Kreattur disparaissait à la recherche de sa maîtresse. Regulus savait que son père était mort peu de temps après son propre enterrement. Apparemment, la perte de son dernier fils avait achevé de le démolir : il n'avait plus vraiment été le même, depuis le départ de Sirius. Regulus en avait été plus affecté qu'il ne l'aurait pensé. Il se demanda si Sirius, quant à lui, en avait ressenti du chagrin. Disait-il l'entière vérité, lorsqu'il prétendait que sa famille ne lui était rien ? Et cela l'incluait-il ? Regulus se sentait accablé. Lui-même avait des sentiments ambigus, envers son frère. Il l'aimait, certes... Mais il avait tellement de choses à lui reprocher !
« Où est-il ? demanda une voix chevrotante, dans l'escalier.
- En bas, Maîtresse, il vous attend... répondit Kreattur.
- Tu es sûr que c'est lui ? Que c'est bien lui ?!
- Absolument certain, Maîtresse ! »
Regulus leva les yeux vers sa mère, le coeur battant un peu plus vite.
Elle avait terriblement vieilli. Et elle lui apparut curieusement fragile, à lui qui avait gardé d'elle l'image d'une femme à la volonté de fer. Elle descendait les escaliers en s'accrochant à la rambarde, comme si son propre corps était devenu beaucoup trop lourd pour elle.
« Bonjour, Mère... dit-il simplement.
- Regulus... »
Mrs Black gagna finalement le palier et resta plantée en bas des marches, hésitante.
« C'est donc bien toi... murmura-t-elle, les yeux écarquillés. Tu es vivant... »
Regulus hocha la tête. Il ne savait pas trop comment se comporter. Qu'était-il censé dire, lui qui avait été enterré en grandes pompes trois ans plus tôt ?
« Cet enfant... reprit Mrs Balck, montrant Harry. C'est le petit Potter... Celui qui est responsable de la chute du Lord Noir...? »
Regulus n'aima absolument pas l'air brusquement suspicieux de sa mère. D'un seul coup, il comprit que sa fragilité n'était qu'apparence : elle était et resterait toujours une Black. Avec tout ce que cela impliquait de dureté et d'entêtement. Et il se souvint aussi d'une chose : sa mère croyait fermement à l'idéal du Sang-Pur. Et il était très vraisemblable que la « mort » de son fils n'ait rien changé à cela.
D'un seul coup, il se demanda s'il n'avait pas commis une regrettable erreur, en amenant Harry ici.
Il referma ses bras fermement sur l'enfant, dans un geste instinctif de protection.
« La Gazette disait donc vrai, tu as bien enlevé le petit...?! poursuivit Mrs Black, comme si elle se parlait à elle-même. Pourquoi, Regulus ? »
C'était la question piège, Regulus le sentait bien. Mais il était trop tard pour simplement tourner les talons, maintenant. Et il avait absolument à faire, ici, Place Grimmaurd. Il n'allait pas laisser une vieille femme pleine de préjugés l'effrayer – fût-elle sa propre mère !
« Parce que telle est la volonté du Lord Noir », répondit-il avec assurance.
Mrs Black sembla désarçonnée par la réponse. Regulus en profita pour avancer dans le hall, retrouvant ainsi une contenance. Il devait paraître absolument sûr de lui, pour ne pas laisser le plus petit doute germer dans l'esprit de sa mère.
« Le Lord Noir... a été... murmura-t-elle.
- Allons donc, Mère ! Comment pouvez-vous prêter foi à une telle rumeur ?! Un enfant, venir à bout du plus grand Sorcier de notre temps ?!
- Mais...
- J'ai agi selon les ordres du Seigneur, poursuivit Regulus. Je me suis dissimulé aux yeux de nos ennemis... Pour agir conformément à ses ordres, le moment voulu. »
Si sa mère croyait un mensonge pareil, Regulus était assuré d'avoir la paix pour un moment. Puisqu'elle était toujours aveugle au bon sens, autant que cela lui serve...
« Et le moment est venu, alors...?
- Exactement. Avez-vous des nouvelles de Sirius ? »
Là, il risquait gros. La simple mention de Sirius fit perdre à Mrs Black les quelques couleurs qui s'attardaient encore sur ses joues fânées.
« Pourquoi me parles-tu de Sirius ?! S'exclama-t-elle.
- Nous avons absolument besoin de Sirius ! asséna Regulus. Lui seul était dans les derniers secrets du Maître ! »
Le mensonge était énorme. Un instant, il se dit qu'il était allé trop loin, que jamais sa mère, connaissant Sirius comme elle le connaissait, n'adhérerait à cette idée : Sirius était un Mangemort.
Mais après tout, même Lupin avait fini par le croire...
« Ne l'avez-vous pas compris, Mère...? insista Regulus. Sirius n'a jamais fait que tenir le plus dangereux des rôles : celui d'espion. Ne l'a-t-il pas prouvé, en livrant les parents de cet enfant à notre Maître ?! Et n'a-t-il pas été cruellement puni de sa loyauté par la vermine Sang-de-Bourbe, lorsqu'ils l'ont envoyé à Azkaban ? Tout comme ils l'ont fait pour Bellatrix et son époux ? »
Il se tut, scrutant le visage de sa mère avec attention. C'était le moment de vérité. Si sa mère s'avisait d'examiner soigneusement ses assertions, elle s'apercevrait immédiatement que cela ne collait pas : Sirius s'était rebellé contre la famille bien avant l'ascension du Seigneur des Ténèbres, se montrant réticent à la doctrine dès sa seconde année à Poudlard. Mais Regulus comptait sur le désir de sa mère d'accueillir l'enfant prodigue dans le giron familial. Parce qu'il savait qu'au fond, elle n'avait jamais digéré la perte de son fils aîné.
« Sirius ne serait pas un traître à son sang...?
- Jouer cette comédie lui était parfois très pénible, mère. Mais vous connaissez Sirius, il déteste baisser les bras. »
Cela, au moins, était vrai. Regulus vit sa mère esquisser un sourire.
« Il ne lui était pas facile d'acquiescer au discours de Potter, mais il était impératif que celui-ci lui conserve son amitié... Il était sa couverture, au sein de l'Ordre du Phénix. »
Il y eut un silence indéchiffrable. Regulus retenait son souffle.
« Allons dans le salon, proposa finalement sa mère. Et raconte-moi tout cela dans le détail. Mon fils... »
Un instant, elle flancha et tendit la main pour lui effleurer le coude. Ce serait là la seule manifestation de tendresse qu'elle se permettrait. Les effusions n'étaient pas séantes, chez les Black.
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« Vous n'êtes pas sérieux ?! s'exclama Dumbledore.
- Vous pensiez vraiment que l'on se contenterait de renfermer Black dans sa cellule ? Madame le Ministre a signé sa condamnation il y a quelques minutes.
- Non... murmura Dumbledore. Il ne faut pas faire cela... Sirius Black est innocent ! »
Scrimgeour ne se donnait même pas la peine de répondre. Il se contenta d'extirper un épais dossier de son bureau et le tendit au vieux sorcier. Dumbledore l'ouvrit machinalement.
« Allez-y, Dumbledore, trouvez là-dedans ce qu'il faut pour étayer vos assertions ! Au point où nous en sommes, il nous faudra bien plus que de vagues soupçons pour rouvrir cette enquête ! Il y a tellement d'éléments qui vont contre lui ! A commencer par ses propres aveux !
- Et Madame le Ministre a elle-même décrété sa condamnation...
- A l'instigation de Cornelius Fudge.
- Ah, je vois... Et le fait que la propre fille de Fudge soit en ce moment-même enfermée dans vos locaux sous l'inculpation de complicité n'a en rien justifié qu'on précipite ainsi le destin de Black ! »
Scrimgeour haussa les épaules.
Dumbledore referma le dossier de Sirius et le cala sous son bras.
« Seize heures, vous dites ? Cela me laisse bien peu de temps...
- Je ne vous retiens pas, Albus... »
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Rogue soupira. Il lui semblait que ce trajet en voiture n'en finissait pas. Le paysage monotone défilait bien trop lentement à son goût, et jamais il n'avait à ce point regretté de ne pas pouvoir transplaner.
Si son intuition était juste, Regulus s'était rendu Place Grimmaurd. N'avait-il pas exprimé son désir d'y retrouner, juste avant l'intervention des Aurors ? C'était sans doute là que Severus le retrouverait.
Si seulement ce taxi voulait bien avancer plus vite !
Après un rapide petit déjeuner, il s'était mis en quête d'un moyen de transport pour se rendre à Londres. Il avait eu bien de la chance, de mettre la main sur ce taxi. Le chauffeur ne s'était pas privé de lui répéter au moins trois ou quatre fois. Jusqu'à ce qu'il comprenne que tenter d'engager la conversation avec son passager était vain. Rogue n'était pas d'humeur à faire la causette. Il était épuisé, il avait mal aux pieds et sa colère contre Black n'était toujours pas retombée.
Après quelques kilomètres parcourus dans un silence pesant, le chauffeur avait finalement allumé la radio.
Un premier flash-info apprit à Rogue ce qu'il savait déjà : le dangereux Sirius Black avait finalement été appréhendé. Mais le présentateur insistait sur le fait que ses trois complices, eux, couraient toujours. Il y eut ensuite une description précise de Regulus, Remus et lui-même.
Rien de nouveau, donc. Regulus n'avait pas été capturé. De toute façon, Sirius ignorait où conduisait le portoloin. Quant à Lupin, il était sans doute toujours perdu en pleine forêt... Rogue se replongea dans ses pensées, bercé par le ronronnement du moteur.
Un nouveau flash-info le tira de sa somnolence. Une nouvelle description. Toute la police moldue courait désormais après un individu corpulent, aux cheveux blonds, doté de moustaches.
Rogue esquissa un sourire à son reflet dans la vitre, remarquant au passage que sous cette apparence, il valait bien ce bellâtre de Black.
Un rondouillard aux cheveux blonds... Il en était bien loin... !
Rogue eut presque un soupçon de regret, en songeant à l'embarras que sa petite supercherie causerait à son malheureux voisin moldu...
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Sirius se tortillait sur sa chaise, cherchant tant bien que mal une position plus confortable. On l'avait laissé avec les mains liées dans le dos, d'une telle façon que le dossier bas de la chaise le soutenait sous les aisselles, le plaquant contre son siège. Il n'était pas question, pour lui, de prendre appui sur la table pour soulager son épaule blessée.
Curieuse impression de déjà-vu...
On ne lui avait rien donné à manger, ni à boire, depuis sa capture. On n'avait même pas jeté un coup d'œil sur sa blessure, qui empoissait pourtant sa robe de sang.
Au moins ne l'avait-on pas frappé.
Pas encore.
Le souvenir des interrogatoires de Croupton lui était encore particulièrement désagréable. Comme s'il pouvait confesser des crimes qu'il n'avait pas commis !
L'histoire se répétait cruellement. Finalement, Regulus avait risqué sa vie pour rien, il en était rendu au même point.
Non, pas totalement. Il avait enfin eu l'occasion de parler à Dumbledore. Il avait enfin pu clamer son innocence. Pas que cela fasse grande différence, en définitive... Il y avait trop peu de chance pour que le vieux sorcier parvienne à faire rouvrir son dossier, il ne fallait pas se leurrer. Mais au moins, Dumbledore pourrait peut-être protéger Regulus...
La porte s'ouvrit et Sirius frissonna malgré lui. Dumbledore parti, ce ne pouvait être qu'un Auror venu pour lui reposer sempiternellement les mêmes questions. Avec peut-être moins de patience, cette fois-ci...
L'homme qui entra dans la pièce ne lui était pas inconnu, il faisait partie de ceux qui l'avaient arrêté. Un Auror à peine plus âgé que lui. Une jeune recrue. Il portait un plateau de nourriture.
« Tiens donc ! fit Sirius. Je pensais à croire qu'on allait me laisser mourir de faim...
- Scrimgeour ne tient pas à ce qu'on l'accuse de mauvais traitements sur ses prisonniers, répondit le jeune homme, circonspect.
- Au moins, ça change de son prédecesseur... remarqua Sirius. La bonté de Scrimgeour ira-t-elle jusqu'à m'accorder quelques soins pour ma blessure ?
- Non.
- C'était trop beau, aussi... » marmonna Sirius.
L'Auror posa le plateau sur la table et d'un coup de baguette, ensorcela la fourchette qui plongea d'elle-même dans l'assiette, avant de s'engouffrer dans la bouche de Sirius, qui faillit s'étrangler.
« Le plus simple serait... tenta-t-il, avant de s'étouffer avec ses grains de riz.
- Il est hors de question que l'on vous détache, Black. Si vous voulez manger, contentez-vous d'ouvrir la bouche ! »
C'était humiliant. Mais Sirius obtempéra. Il avait trop faim pour risquer que l'Auror ne prenne la mouche et ne remporte le plateau sans qu'il en ait profité. Il mangea donc, sans quitter son vis-à-vis des yeux. Celui-ci le contemplait de même, avec une curiosité vaguement teintée de dégoût.
« Pourquoi avoir enlevé l'enfant ? demanda finalement l'Auror, lorsque Sirius eut terminé son repas. Pourquoi maintenant, alors que votre Maître est mort ? »
La question était si sensée que Sirius se demanda même pourquoi Scrimgeour ne la lui avait pas posée.
Pourquoi, en effet, les Mangemorts en avaient-ils après Harry ? Que mijotaient-ils ?
« Cela, j'aimerais bien le savoir... murmura Sirius.
- Pardon...?
- Harry est en danger, j'aimerais comprendre pourquoi », répondit Sirius.
L'Auror le dévisagea avec de grands yeux. Sirius tenta de hausser les épaules, mouvement qu'il réprima bien vite devant l'intensité de la douleur qu'il suscita.
« Vous aussi, vous croyez que je veux du mal à Harry... soupira-t-il. Bien sûr, comme tout le monde...
- Je vous ai vu le menacer ! s'exclama le jeune homme. Comment pouvez-vous être d'aussi mauvaise foi ?!
- Ce n'est pas moi, qui ai tiré sur lui, en tous cas ! répliqua Sirius, exaspéré. Quel est l'Auror assez stupide pour avoir fait feu sur lui ?!
- Vous nous avez attaqués...
- Non, je n'ai fait que répliquer ! protesta Sirius. Vous alliez faire du mal à Harry ! »
L'Auror était profondément décontenancé. Apparemment, le discours de Sirius allait vraiment à l'encontre de tout ce qu'il avait pu imaginer.
« Si vous voulez vraiment protéger Harry, reprit Sirius, cherchez ceux qui lui veulent du mal ! Et pas simplement chez les Mangemorts, mais aussi chez les Aurors ! Parce que si je ne me trompe pas, il y a dans vos rangs quelques individus plutôt suspects ! »
Il le pensait réellement. Si les Mangemorts tenaient tellement à capturer Harry, il était très vraisemblable qu'ils aient déjà infiltré les Aurors.
« Vous cherchez à me tromper... murmura le jeune homme.
- Pourquoi le ferai-je ? Je suis là, prisonnier... Que puis-je attendre de vous, à titre personnel ? Rien... Mais vous avez posé la bonne question, tout à l'heure : pourquoi les Mangemorts cherchent-ils Harry ? Je vous en prie, ayez l'intelligence de creuser un peu plus ! »
L'Auror tergiversait, mal à l'aise. Mais Sirius le sentait intrigué.
« Allez trouver Dumbledore, suggéra-t-il. Si vraiment le sort de Harry est important à vos yeux... Je vous supplie de tout mettre en œuvre pour le sauver...!
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Isabelle se redressa sur son lit et dévisagea avec curiosité l'homme qui venait d'entrer. Celui-ci épousseta l'unique chaise de la cellule avant de s'asseoir et lui adressa un léger sourire.
Il était certainement beau. Ses traits étaient fins et réguliers, il avait une belle prestance... mais Isabelle n'aimait pas du tout l'aura qu'il dégageait. Cet homme était... malsain. Elle croisa les bras sur sa poitrine et se rencogna malgré elle contre le mur de sa prison.
« Ma pauvre amie... murmura l'homme, d'un ton franchement condescendant qu'elle trouva détestable. Vous vous êtes mise dans une situation épouvantable, savez-vous ?
- A qui ai-je l'honneur ? » demanda-t-elle sèchement.
Elle se doutait de l'identité de son visiteur. Elle était presque certaine d'avoir identifié sa voix : c'était celle de l'homme qui parlait avec son père, dans son bureau, la nuit où elle avait permis l'évasion des Black.
« Je suis Lucius Malefoy », répondit l'homme, apparemment un peu surpris qu'elle ne l'ait pas reconnu. Comme si la terre entière se devait de le connaître... L'homme lui parut un peu plus odieux encore...
« Et que me vaut l'honneur de votre visite ? demanda-t-elle.
- Votre père aimerait que je me charge de votre défense... »
De sa défense ? Lui, qu'elle soupçonnait d'être un Mangemort ?! Lui, qui souhaitait la mort de Finn ?!
Elle allait répliquer, mais Malefoy la fit taire d'un geste de la main.
« Je sais ce que vous allez dire ! Vous êtes innocente, vous n'avez rien à vous reprocher ! Ce n'est pas ce que croient les Aurors, ma chère !
- On me l'a bien fait comprendre, lâcha-t-elle.
- Oui, bien sûr... Je suis venu pour mettre en place votre défense.
- C'est fort aimable à vous, mais je ne tiens pas à...
- Allons, allons ! Votre père est un bon ami à moi, il est tout naturel que je vienne en aide à sa fille ! »
Isabelle serra les dents. Comment pourrait-elle faire confiance à un homme qu'elle exécrait déjà tellement ?! Rien que son sourire lui donnait envie de s'enfouir sous les draps...
« Commençons par le commencement, voulez-vous ? »
Il se pencha légèrement vers elle. Et il avait tout d'un prédateur.
« Que vous a raconté Regulus Black, au juste ? »
