Chapitre 10

Scène 51 – Harry et Ron

Harry fut en retard dans le bureau de son meilleur ami. Neville et lui avaient beaucoup discuté, et il avait tenu à passer un peu de temps avec Scorpius avant de partir. Mais son plus jeune fils avait l'air morose et n'avait pas été très bavard. Harry en connaissait la raison et n'avait pu s'empêcher de se sentir coupable, mais il voulait rassembler tous ses enfants avant de pouvoir les mettre au courant pour Scorpius. Il aurait été injuste pour Lily qu'il le fasse ce matin-là. Scorpius le comprenait mais l'attente était difficile pour lui. Il lui avait avoué ne plus savoir comment s'adresser à Albus tant que celui-ci ne serait pas au courant.

« Smith n'est pas celui qui a lancé l'Impéro sur Johnson. » Le renseigna Ron. Harry s'en doutait déjà mais il hocha tout de même la tête. « Et Gringotts ne nous a pas donné grand-chose. Smith recevait effectivement des fonds mais les Gobelins n'ont rien voulu nous dire de plus. » Soupira-t-il, les coudes posés sur son bureau alors qu'il jouait avec sa plume.

« Comment ça s'est passé chez Smith ? » Demanda-t-il alors.

« C'est pour ça que je suis là. Il y a quelque chose sur le téléphone. Je n'arrive pas à en déterminer le sortilège, je ne le connais pas. » Expliqua Harry. « Je pense qu'il faut le démonter pour que tes spécialistes puissent le détecter et comprendre ce qu'il fait. »

Ron prit immédiatement des notes sur le parchemin qui se trouvait devant lui.

« Et ça pourrait être intéressant de demander l'aide de la police moldue. S'il se servait du téléphone pour communiquer avec ses complices, alors on pourrait retrouver leurs numéros. » Poursuivit Harry, priant pour que Ron accepte de se diriger vers cette piste.

« Il est possible que le sort sur le téléphone empêche justement de tracer ce genre de choses. » Nota Ron.

« Oui, c'est possible. Mais il faut essayer quand même. » Supplia presque Harry. Il ne pouvait pas aller plus loin tant qu'il n'aurait pas ces renseignements.

« Je vais tenter. La police de Londres me doit un service, de toute façon. » Sourit Ron en se chatouillant le menton avec sa plume. Harry soupira de soulagement.

« Autre chose ? »

« Qu'est-ce que tu as sur Astoria Greengrass ? » Demanda Harry en tapotant le bureau des doigts. Il était stressé et pressé d'en finir avec toute cette affaire. Sa vie prenait un tournant énorme et il avait terriblement besoin d'y mettre de l'ordre. Il avait la sensation de ne pas pouvoir avancer tant qu'il n'aurait pas trouvé ceux qui s'en prenaient à Draco.

« Elle est sexy. » Lâcha Ron avant de rire de l'expression surprise d'Harry. « Et sans doute lesbienne. » Continua-t-il pensivement.

« Je m'en fous, Ron. Est-ce qu'elle fait partie des suspects ? »

« Non. » Répondit directement son meilleur ami. « Elle n'est pas entrée dans le pays depuis plus d'un an. »

« Elle envoie ses lettres par la poste moldue, comment tu peux savoir qu'elle ne correspondait pas avec Smith ? »

« Parce que j'ai mis du Véritasérum dans son thé et qu'elle a dit n'avoir en rien participé à la tentative d'assassinat sur son ex-mari. » Répondit platement Ron à voix basse.

Harry écarquilla les yeux, se redressant dans son siège.

« Mais … Ce n'est pas illégal ? » Souffla-t-il dans un murmure, comme s'il avait soudainement peur qu'on les entende alors que le bureau de Ron était parfaitement protégé.

« Complètement. » Avoua son meilleur ami en hochant doucement de la tête. « Tu comptes le dire à quelqu'un ? » Railla-t-il ensuite.

« Bien sûr que non. » Rigola Harry, presque fier de Ron. « Ça nous fait gagner du temps de ne pas avoir à nous pencher sur elle. »

« C'est pour ça que je l'ai fait. Et autant te prévenir, je l'ai fait sur toi aussi, et je le ferai sur toutes les personnes qui passeront dans ce bureau au sujet de l'affaire. »

« Sur moi ?! » S'étrangla Harry, et il avisa sa tasse de thé avec méfiance.

« Évidemment Harry … » Soupira Ron en levant les yeux au ciel. « Je t'ai dit que tu faisais un parfait suspect. »

« Tu m'étonnes que ton thé soit dégueulasse, si tu mets du Véritasérum dedans … » Grogna Harry en s'enfonçant dans son fauteuil.

« Dégueulasse, certes, mais le goût n'a plus rien à voir avec la potion. C'est la magie de la cannelle. » Sourit Ron d'un air satisfait.

Harry roula des yeux et croisa les bras sur son torse. Il n'était pas certain qu'Hermione apprécierait les méthodes de son mari.

« Et si ça te retombait dessus ? »

« Je serais viré et je pourrais enfin prendre des vacances. » Rétorqua Ron avant de se frotter le visage d'un air fatigué.

Scène 51 – Harry et Lysander

Rassuré par sa discussion avec Ron, Harry avait le cœur plus serein quand il arriva dans le bureau de Lysander. Celui-ci était malheureusement occupé avec une cliente et le fit patienter dans son salon pour que personne ne puisse le voir.

Le bureau de Maxwell faisait en fait partie intégrante de sa maison. Située sur King Charles Street, qui débouchait sur la Parliament Street et donc à proximité d'une large partie des bâtiments du gouvernement de Grande Bretagne, Harry ne savait pas comment il arrivait à se payer un tel luxe, et n'était pas certain d'avoir envie de le savoir.

Le salon, bien que sobre et agréable, était à l'image de l'homme célibataire d'une trentaine d'année qu'était Lysander Maxwell. Désordonné, jonché de magasines et de bouteilles de bière vides. Du linge trainait sur le canapé et Harry avait dû les amasser en tas dans un coin du bout de sa baguette pour pouvoir s'asseoir. Un espace était dégagé sur la table basse, et cela correspondait sans doute à l'endroit où Maxwell y posait les pieds en regardant la grande télévision moldue qui trônait contre un mur. Curieux, Harry l'alluma avec la télécommande qu'il avait trouvée sur la table, et fut surpris de tomber sur une chaîne de documentaires. Un loup blanc se déplaçait dans la neige pendant que le chat de Lysander marchait silencieusement dans la pièce, surveillant Harry du regard.

« Fais comme chez toi. » Railla le détective en entrant dans la pièce.

« Et encore, je n'ai pas enlevé mes chaussures. » Rétorqua Harry en faisant référence au comportement de Lysander lorsqu'ils avaient pris ensemble du Véritasérum à Grimmauld.

Maxwell sourit, amusé, et fit signe à Harry de le suivre.

« Viens, on sera mieux dans le bureau. »

Une fois installés, Harry lui raconta l'avancée des Aurors et les pistes qu'allaient suivre les équipes de Ron. Lysander avait l'air excité et trépignait dans son fauteuil.

« Il faut qu'on continue sur Gringotts ! » Dit-il avec énergie, tapant du poing sur son bureau. Harry le jaugea avec l'air d'un parent constatant que son enfant avait mangé beaucoup de sucre malgré ses ordres.

« J'ai une idée à ce sujet. » Commença-t-il. « Tu as un compte à Gringotts ? »

Lysander secoua doucement la tête.

« Non, tout est à Salem. » Répondit-il en citant sa ville d'origine. « Je ne fais que des transferts avec Gringotts pour avoir de la monnaie. Pourquoi ? »

« Puisque tu as l'air plein aux as, qu'est-ce que tu dirais d'ouvrir un coffre ou deux chez eux ? » Proposa Harry avec un sourire concupiscent.

Lysander étrécit les yeux, mais avant de répondre il s'appuya contre le dossier de son fauteuil en cuir noir et croisa les bras pour réfléchir.

« Ca nous donnerait certes une excuse pour traiter avec les Gobelins, mais comment obtenir les informations que l'on cherche ? »

« Il faut juste qu'on puisse accéder au bureau du Grand Patron. » Répondit brièvement Harry. « Tu l'occupes, je fais le reste. »

Scène 52 – Harry et Draco

Draco déjeunait, mi-couché mi-assis dans son lit d'hôpital, lorsqu'Harry entra dans la pièce. Ils se sourirent doucement et il referma la porte derrière lui.

« Salut. » Lui dit simplement Draco en reposant sa fourchette.

« Bonjour Draco. » Le salua Harry en s'approchant. « Comment tu te sens ? »

« Je préférais 'mon amour'. » Sourit le blond, s'attirant une expression à la fois surprise et amusée de la part d'Harry. « Ca va. J'ai enfin le droit de me nourrir normalement, et si je suis sage, peut-être même qu'on me laissera aller aux toilettes. »

Harry rit en s'installant sur la chaise jouxtant le lit.

« A ce sujet ça m'étonne qu'Albus ne m'aie pas demandé comment tu faisais pour aller aux toilettes alors que tu devais rester couché. » Il imaginait sa fille enchaîner ensuite les questions telles que : Est-ce qu'il doit se retenir jusqu'à ce qu'il se puisse se lever ? Est-ce qu'on lui fait porter une couche ?

Draco le fixait avec un air désabusé.

« La réponse n'est pas très sexy. »

Harry haussa les épaules puis jeta un coup d'œil au plateau-repas qui lévitait juste au dessus de son ventre.

« Tout autant que ton déjeuner … »

« Ne m'en parle pas. Je les soupçonne d'avoir changé d'avis et d'essayer de me tuer par empoisonnement. » Répondit Draco dans un soupir. Harry était partagé entre la tristesse en entendant le sous-entendu et l'amusement de retrouver l'humour noir de son ancien amant. De son petit-ami. De Draco. Conclut-il intérieurement. Aucun mot ne semblait coller à leur situation.

« Comment va Scorpius ? » Demanda alors Draco.

« Ça peut aller. » Répondit franchement Harry. « Il attend avec impatience que je mette au courant les autres pour … lui. » Fit-il avec une légère hésitation. L'expression de Draco se fit un peu inquiète et il se mordilla la lèvre inférieure. Son visage avait retrouvé des couleurs malgré sa pâleur habituelle. Il semblait rasé de près et Harry ne résista pas à l'envie de toucher la peau fraiche de sa mâchoire.

Draco le laissa faire mais poursuivit leur discussion.

« Je peux le comprendre … »

« Je le comprends aussi. » Soupira Harry en baissant la main. « Je leur dirai ce week-end. Mais il ne faut pas tellement s'inquiéter de leur réaction … Sans rien savoir, James a déjà pris le parti de Scorpius et a faillit se faire renvoyer en attaquant un préfet. »

Draco écarquilla les yeux et les cligna plusieurs fois avant d'émettre un rire contrôlé.

« Quoi ? » Demanda-t-il en posant une main sur le cœur comme pour se rappeler qu'il ne devait pas trop en faire.

Harry soupira et s'appuya sur le dossier de sa chaise, sa main navigant jusqu'à l'avant-bras de Draco pour caresser distraitement sa Marque des Ténèbres.

« Une discussion a mal tourné chez les Gryffondors, alors il est allé à Serdaigle pour voir Albus. » Expliqua Harry qui trouvait touchant que James parte chercher du réconfort, de l'aide ou du soutien chez son petit-frère. « C'était après le couvre-feu, alors on l'a un peu poussé vers la sortie. Mais il a vu qu'un des bureaux de la Salle Commune était couvert d'inscriptions. C'était le bureau de Scorpius. »

Sa propre peine se refléta sur le visage de Draco qui s'appuya un peu plus contre ses oreillers et crispa la main sur les draps.

« Il s'est énervé et a attaqué un préfet de Serdaigle. Enfin, je pourrais même dire qu'il a perdu le contrôle, parce qu'il s'est jeté sur lui et l'a attaqué à coups de poings. » Poursuivit Harry. L'histoire avait été complétée par les explications de James à Neville ce matin. « S'il avait utilisé un sort, il aurait sans doute été renvoyé. » Soupira-t-il. « J'aurais sans doute fait la même chose que lui mais … »

Draco serra les dents, les yeux dans le vague.

« Qu'a dit Longdubat ? » Demanda-t-il, un fond de rage flottant dans sa voix.

« Il a distribué des colles à tous le monde. A James pour l'attaque et aux préfets pour ne pas avoir signalé les problèmes de Scorpius. »

Draco eut un ricanement désabusé puis soupira en fermant les yeux.

« Comme si ça allait changer quoi que ce soit … »

« Il t'avait raconté ce qui se passait ? » Demanda Harry, la pointe désagréable de la douleur et de l'inquiétude touchant son cœur.

« Non. Mais je m'en doutais, j'avais demandé à Longdubat de garder un œil sur lui. »

« Il n'était pas au courant non plus. » Expliqua Harry pour excuser son ami. « Et si ça se passait au sein même de Serdaigle, il n'aurait pas pu le savoir sans que quelqu'un le lui dise. »

Draco rouvrit les yeux et lui envoya un regard énervé.

« Pourquoi crois-tu qu'il y ait autant de portraits dans le bureau du Directeur ? Pour lui faire la conversation ? Ils surveillent toute l'école, et surtout l'intérieur des maisons. S'il avait voulu savoir il aurait pu. » Rétorqua-t-il avec énervement.

Harry ne sut quoi répondre. Il était conscient que Draco avait raison, mais il n'arrivait pas à blâmer Neville pour les agissements idiots et méchants de quelques gamins mal éduqués. Il prit doucement la main de Draco qu'il serra dans la sienne, au moins rassuré de voir qu'il ne se dérobait pas.

« Je n'arrive pas à imaginer quelle sera la réaction des élèves de Poudlard quand ils sauront qu'il est mon fils … »

Draco le regarda avec stupeur et un soupçon de panique.

« Tu … Tu comptes le dire ? » Demanda-t-il, sa main libre se crispant sur son cœur qui devait s'être mis à battre douloureusement vite.

« Tu ne veux pas ? » Grimaça Harry.

« Si … Si ! Bien sûr que si ! » S'exclama presque Draco en lui broyant les doigts dans sa poigne. « Je suis juste surpris que tu le veuilles bien … » Ajouta-t-il plus calmement, son corps semblant se détendre à ces mots. Harry fronça les sourcils dans sa direction.

« Pourquoi ? Tu penses que j'ai honte ? »

« Oula Potter, je t'arrête tout de suite. » Fit rapidement Draco en levant sa main libre vers lui pour l'empêcher de continuer dans cette direction. « Ce n'est absolument pas ce que je pense. Je ne sais pas vraiment pourquoi je croyais que tu ne voudrais pas, mais ce n'est définitivement pas pour ça. »

Harry souffla depuis sa chaise et se redressa légèrement. Les yeux gris de Draco semblaient s'inquiéter de l'avoir vexé et il hocha la tête pour le rassurer.

« Ce n'est pas l'envie qui pose problème. C'est le comment, et surtout le quand. »

Draco acquiesça avec un soupir.

« S'il y a un quelconque danger qui plane au-dessus de Scorpius, ne va pas le reporter sur les trois autres … »

Harry murmura son assentiment. C'était effectivement ce à quoi il pensait. Scorpius était en sécurité chez lui, mais il avait peur de devoir appliquer les mêmes mesures avec James, Albus et Lily si le monde sorcier savait qu'il était le père de Scorpius. Par extension, toute la famille Weasley pouvait elle aussi avoir des problèmes.

« Je vais attendre d'être sûr que tous les coupables soient enfermés avant de le faire. »

Draco hocha doucement la tête.

« A ce sujet, où est-ce que tu en es ? » Demanda-t-il.

« Pour le téléphone, j'ai donné les éléments à Ron. Il va demander à ouvrir une enquête côté moldus. »

« D'accord. » Souffla Draco. Il avait l'air agacé et Harry l'interrogea du regard. « Je me sens absolument inutile ici. » Expliqua-t-il dans un grognement.

« Oui enfin … Même si tu n'étais pas blessé, il serait quand même hors de question que tu enquêtes là-dessus. »

« J'aimerais bien te voir essayer de m'en empêcher. » Railla Draco en levant les yeux au ciel. Harry lui envoya un regard dubitatif avant de sourire de son air impérieux. Il avait l'air d'un enfant en plein caprice, ce qui lui rappelait enfin le Draco qu'il avait connu. Il ne put s'empêcher de rire.

« Alors heureusement que tu ne peux pas encore bouger, sinon Ron nous aurait tous les deux sur les bras. »

« Il a intérêt à s'y préparer … Parce que ça va très bientôt arriver. » Promit sombrement Draco d'un air déterminé.

Scène 53 – Harry et Lysander

Dissimulé sous sa cape d'invisibilité, Harry suivait Lysander dans les couloirs de Gringotts. Le détective était précédé d'un autre sorcier, Adam Davis. Le voir ici était un tel retour en arrière qu'il ne s'en remettait toujours pas. Davis était un ancien Serpentard de la même année que Ginny.

Harry avait l'habitude de croiser d'anciens élèves de Poudlard, mais il était très rare qu'il revoit un ancien Serpentard qu'il avait connu pendant sa scolarité. Davis ne lui avait certes pas laissé une impression durable. C'était à l'époque un garçon très effacé et timide qui n'avait malgré tout jamais suivi la majorité des Serpentards dans leurs déboires. Il était maintenant Directeur des Relations Bancaires Magiques pour Gringotts, et traitait habituellement avec les clients étrangers comme Lysander qui n'avaient pas de compte dans la banque mais qui désiraient néanmoins pouvoir obtenir de la monnaie sorcière.

Lorsqu'ils avaient préparé leur venue plus tôt dans l'après-midi, Lysander lui avait donné le nom de Davis mais Harry n'avait pas du tout fait le rapprochement avec l'ancien Serpentard.

Celui-ci guidait Lysander jusqu'au bureau du directeur de la banque, un Gobelin du nom de Remuk qu'Harry n'avait jamais rencontré malgré la fortune phénoménale qui croupissait dans les coffres qu'il louait dans les profondeurs de la banque. Il n'avait jamais été très intéressé par son argent, ce qui, il en était conscient, était le privilège de ceux qui n'ont pas besoin de s'en soucier. Mais il avait du mal à traiter avec les Gobelins et était ravi d'être caché sous sa cape pour découvrir le directeur.

Celui-ci ressemblait à ses congénères. Ses cheveux blancs partaient dans toutes les directions et sa peau ridée et ses sourcils touffus lui donnaient un air à la fois énervé et sournois. Lysander entra dans le bureau suivi silencieusement d'Harry et le salua calmement. Davis referma la porte et on put entendre ses pas s'éloigner dans le couloir. Les deux sorciers purent alors constater que le bureau était en fait un énorme coffre dans lequel ils venaient d'être enfermés.

« Monsieur Maxwell, il était temps que vous ouvriez un compte chez nous. » Fit presque affablement Remuk de sa voix grinçante. « Asseyez-vous, je vous en prie. Comment va votre père ? » Demanda-t-il.

Lysander s'installa sur la chaise légèrement bancale qui se trouvait devant le lourd bureau de bois sombre au-dessus duquel était perché le Gobelin.

« Heu, bien, merci. » Répondit-il avec un soupçon de surprise. « Vous le connaissez ? »

« Évidemment. » Fit Remuk avec un sourire horrible. « Il n'est pas étranger aux quelques investissements que Gringotts fait aux États-Unis. »

« Ah, oui … Bien sûr. » Marmonna Maxwell.

Harry ne pouvait s'empêcher d'être curieux. Il tendit l'oreille à la discussion, son regard alternant du Gobelin au chemin qu'il empruntait pour passer derrière le bureau, près des énormes étagères qui bordaient le mur sans fenêtre. La pièce était bien rangée, ce qui lui évita de s'empêtrer les pieds et lui permit de marcher silencieusement sur le tapis.

« Vous êtes donc là pour créer un compte à Gringotts. » Résuma Remuk sans sembler se rendre compte de la présence d'Harry.

« C'est ça. » Répondit platement Lysander qui avait l'air terriblement mal à l'aise. « Qu'est-ce que je dois faire ? »

« Simplement signer quelques papiers, Monsieur Maxwell. » Sourit le directeur de Gringotts, dévoilant ses dents pointues. Il prit l'épais paquet de parchemin qui se trouvait devant lui et tendit quelques feuillets au détective.

« Vous pouvez commencer par ceux-là. Il s'agit de la location d'un coffre et les tarifs associés à l'entretien et la sécurité. »

Harry se tourna vers les étagères, lisant à toute vitesse les labels sur les pochettes de cuir qui protégeaient les dossiers les plus sensibles de la banque.

« Ah, vous avez des trolls de sécurité ? Ce n'est pas trop difficile à gérer ? » S'étonna Lysander qui devait être en train de lire les parchemins.

« La difficulté est compensée par leur efficacité. » Répondit Remuk juste derrière Harry. Celui-ci s'efforçait de ne pas déplacer trop d'air en marchant le plus doucement possible le long des étagères, les yeux glissants sur l'écriture étroite des étiquettes.

Il y avait là un capharnaüm d'informations. Des noms, des projets, des fichiers d'analyses, des statistiques, des mesures de sécurité, des fichiers employés, des taux d'intérêts, des rapports d'activité. Harry vit son propre nom sur une pochette et résista à l'envie de l'attraper. Il continua ses recherches.

« J'ai entendu dire que vous aviez évité quelques gros casses, cette année. »

L'humour de la situation n'échappa pas à Harry. Ils n'étaient pas à proprement parler en train de braquer la banque, mais ce qu'ils faisaient était tout de même du vol.

« En effet Monsieur Maxwell. Vous n'avez pas à vous inquiéter de la sécurité de votre argent. Est-ce pour cela que vous avez mis autant de temps à ouvrir un compte ici ? »

« A vrai dire, je ne pensais pas rester aussi longtemps en Grande Bretagne. Le temps passe, le temps passe, et d'un seul coup, ça fait dix ans que je suis là. »

Harry pinça les lèvres pour ne pas rire. Lysander lui avait avoué plus tôt dans la journée que les Gobelins lui faisaient peur et qu'en n'ayant pas de compte à Gringotts, il n'avait à faire qu'aux Sorciers chargés des liaisons bancaires.

Joe Smith ! Harry retint son souffle et bloqua son cri de joie dans sa gorge. Derrière lui, Lysander gribouillait ses initiales sur les parchemins avant de les rendre au Gobelin qui lui en tendit d'autres.

« Ce paquet-ci est le contrat qui vous liera à Gringotts. Il régit toutes les règles et les droits de la banque et de vous-même. »

Harry fit lentement glisser le fichier vers lui en l'attrapant entre ses ongles jusqu'à ce qu'il sorte complètement de l'étagère. Il s'éloigna le plus possible de Remuk et s'accroupit dans un coin de la pièce, glissant le fichier sous sa cape pour l'ouvrir sur ses jambes. Pendant que Lysander posait des questions sur les échelles d'intérêt bancaires et sur la possibilité de faire prélever son loyer directement sur son compte, Harry tournait délicatement les pages.

Il y avait là une quantité d'informations dont la plupart était sans doute très inutile, mais les transferts d'argent reçus étaient bien consignés dans le fichier. Il lui fallait maintenant le copier pour pouvoir replacer l'original à sa place.

Se concentrant sur un sortilège que Lysander venait de lui apprendre et dont il avait usé pendant ses études à Salem, Harry posa une main sur sa poche, dans laquelle était plié un paquet de parchemins vierges, et la pointe de sa baguette sur le fichier. Toutes les lignes contenues dedans, tous les mots, toutes les formes et tous les symboles furent transférés de sa baguette à son autre main qui projetait ces informations sur les parchemins dans sa poche. Sa baguette vibrait sous l'effort magique qu'Harry lui demandait, puis le sort s'acheva. Tout avait été copié. Il rangea sa baguette alors que Lysander demandait quel type de placement Remuk lui proposait pour faire fructifier son argent.

Harry se releva en silence, la cape glissant comme de l'eau autour de lui. Il marcha le plus discrètement possible jusqu'à l'endroit où il avait prit le fichier et le glissa entre « Terrence Anderson » et « Rapport d'activité Juillet 1951 ».

Il retourna ensuite derrière Lysander et posa délicatement un doigt entre ses omoplates pour le prévenir qu'il avait terminé.

Il dut attendre encore quelques minutes pendant lesquelles le détective paraphait à toute vitesse tous les feuillets du contrat sans les lire. Après quelques échanges, Remuk lui proposa d'aller visiter son coffre. Maxwell refusa, proposant de le faire lorsqu'il aurait demandé à sa banque Américaine de transférer ses comptes à Gringotts.

Remuk concéda que c'était en effet plus pratique, le remercia, et l'invita à repasser lorsque le transfert serait effectué. Lysander quitta alors le bureau avec une expression soulagée. Sur la route pour retourner aux guichets de Gringotts, Harry voyait qu'il se retenait de lui adresser la parole. Il se mordit la langue jusqu'à la sortie d'où ils transplanèrent immédiatement pour arriver dans l'entrée de Maxwell.

« C'est bon ? » Souffla celui-ci alors qu'Harry retirait sa cape et la posait sur son bras.

« C'est bon. » Sourit l'ancien Auror. Il sortit le feuillet de sa poche et en fit rapidement tourner les pages. Il y avait même une reproduction de l'intérieur de la pochette où se trouvait un gribouillis, de ceux que l'on fait pour tester son encre. « J'aurais tellement aimé connaître ce sort quand j'étais à Poudlard. » Soupira Harry en se souvenant de tous ces cours qu'il avait dû recopier à la main.

« Je suppose qu'il est inutile de te demander si tu comptes un jour revendre ta cape ? »

Harry se permit un rire bref et il serra sa cape jalousement contre lui.

« Jamais. »

Lysander haussa les épaules.

« Je comprends. Allez, viens, on a des preuves à analyser. »

Scène 54 – Harry et Ron

Harry tendit le feuillet de la banque à son meilleur ami.

« Je veux Draco chez moi, tout de suite. Peu importe ce qu'en disent les médicomages. » Dit-il d'une voix paniquée. Ses mains tremblaient et son cœur battait à tout rompre dans ses oreilles.

« Où est-ce que tu as eu ça ? » L'interrogea Ron en haussant les sourcils, ses yeux parcourant les parchemins.

« Ron, tu m'as entendu ? » L'ignora Harry, l'urgence de sa voix forçant Ron à le regarder.

« Qu'est-ce qu'il y a là-dedans qui te fiche autant la trouille ? » S'étonna l'Auror en observant l'expression décomposée d'Harry et son teint cadavérique.

« Troisième page. » Répondit celui-ci avant de s'asseoir lourdement sur l'un des deux fauteuils qui faisaient face au bureau de Ron.

Ce dernier feuilleta les parchemins et s'arrêta à la page demandée. A mesure que ses yeux parcouraient les lignes écrites à la plume, les intitulés, les expéditeurs, les dates et les montants, ses sourcils se haussaient jusqu'à atteindre la moitié de son front. Il envoya un regard désespéré à Harry qui lui renvoya le même.

« Ginny ? » Dit-il d'une voix plaintive, n'y croyant pas lui-même.

« Et elle n'est pas la seule. Il y a huit pages comme ça, avec une dizaine d'expéditeurs différents. L'un d'eux travaille à Ste-Mangouste.» Répondit Harry, comme s'il n'avait pas le temps de s'appesantir sur le fait que sa femme fasse maintenant partie de la liste des suspects. Les montants qu'elle avait versés à Smith étaient colossaux.

Ron se dépêcha de parcourir les pages suivantes et répéta sa question.

« Comment tu as eu ça Harry ? »

« Je l'ai piqué à Gringotts. » Avoua rapidement Harry, ayant hâte d'en finir avec cette discussion pour pouvoir amener Draco en sécurité chez lui.

« Harry, je ne peux pas m'en servir comme preuve, si tu l'as piqué ! » Ragea Ron avec un regard noir et paniqué à son meilleur ami.

« Je m'en fous Ron ! Donne l'ordre à Ste-Mangouste de laisser Draco sortir et va prendre l'original à Gringotts ! Il y a potentiellement dix personnes qui veulent sa mort qui sont encore dans la nature, dont deux que les Aurors pourraient très bien laisser passer ! J'ai pas le temps de discuter avec toi des procédures de la Justice Magique ! » S'énerva Harry en se levant, les poings serrés. « Si tu avais récupéré le fichier toi-même au lieu de te laisser marcher dessus par les Gobelins, on n'en serait pas là ! »

Ron prit sa baguette sur son bureau et lança un sort de silence à Harry qui s'attrapa la gorge, la surprise qu'aucun son n'en sorte prenant le pas sur sa colère. Mais pas très longtemps.

« Du calme ! » S'exclama Ron. « Je vais me servir de ça, » Dit-il en secouant le feuillet. « et commencer par aller à Ste-Mangouste. Mais toi … Toi tu vas arrêter de foutre la merde partout ! » S'emporta-t-il. « Qu'est-ce qui t'a pris d'aller voler des trucs à Gringotts ?! Pour qui est-ce que tu te prends ?! » Hurla-t-il, le visage rougit par la colère. Mais il ne fut pas insensible au corps tremblant de panique et de rage d'Harry qui se tenait au bureau, comme cherchant à ne pas tomber.

Appréhendant enfin la mesure de la peur de son meilleur ami, Ron annula son sort avec un soupir et lui désigna la sortie.

« Va à Ste-Mangouste. J'arrive. » Souffla-t-il.

Harry pinça les lèvres, les yeux brillants derrière ses lunettes, et tourna le dos pour quitter le bureau de Ron en courant.