Elles n'atteignirent jamais la chambre – ni même le bout du couloir.

A peine Emma avait-elle claqué derrière elle la porte de son appartement que Regina l'avait plaquée contre la porte en question.

— Je ne vous propose pas de café ? essaya-t-elle de plaisanter.

Mais sa voix était étranglée, et sa tentative de détendre l'atmosphère manquait de conviction.

Il lui semblait perdre le Sud, le Nord, l'équilibre et tout sens de l'orientation. Elle reconnaissait à peine son appartement, ne l'avait jamais vu sous cet angle, n'avait jamais rien vu sous cet angle.

Et jamais, jamais rien vu de plus sexy que Regina Mills jetant sur le sol son trench-coat hors de prix – qu'avait-elle cru, d'ailleurs, qu'elle le plierait consciencieusement ?

Elle était effrayée par ses propres réactions, par leur intensité, par son corps qui la devançait, déjà prêt, vaincu d'avance, terriblement offert.

— Ce n'est pas juste, parvint-elle à dire, sa voix rauque à ses propres oreilles.

— Quoi donc, très chère ?

— Vous êtes encore tout habillée.

Et en effet, il n'avait pas fallu trois minutes à Regina, qui s'attaquait à la fermeture de son soutien-gorge, pour la délester de son sweat-shirt et de son débardeur.

— Vous avez raison, ce n'est pas juste.

Regina recula de deux pas, et Emma laissa échapper une exclamation de frustration, avant de comprendre ses intentions.

Elle lui tourna le dos, et repoussa ses cheveux sur son épaule gauche, dévoilant une nuque gracile sur laquelle Emma eut immédiatement envie de faire courir ses doigts et ses lèvres.

— Mademoiselle Swan, dit-elle simplement, comme une invitation.

Et Emma remarqua seulement alors la fermeture éclair qui se promenait tout le long de son dos et s'interrompait à la naissance de ses fesses. Elle la descendit d'une main légèrement tremblante, et chaque parcelle de peau découverte l'émut davantage que la précédente.

C'était un spectacle admirable que le dos nu de Regina Mills.

Enfin, elle s'autorisa à déposer un baiser sur une de ses clavicules, et Regina se retourna dans ses bras, réclamant ses lèvres comme ce qui lui revenait de droit. Emma descendit les manches de la robe qui en couvrait encore trop, beaucoup trop.

Ce fut le dernier geste consciemment actif qu'elle fit. Regina reprit aussitôt les rênes, et Emma n'eut pas la capacité d'implorer qu'on les lui rende.

D'implorer, en revanche, elle eut tout le loisir. Et de soupirer, de gémir, de vaciller, les larmes se pressant au bord de ses paupières. Regina prenait son temps, infernale, et sans cesser de l'embrasser, la touchait avec une telle lenteur qu'Emma crut qu'elle ne tiendrait pas.

Ce n'était pas possible, elle allait mourir, là, sur place, juste avant de toucher le ciel, mourir ravagée, entre la douleur et l'extase, dans cet entre-deux lancinant qui lui brûlait le ventre.

— Comment ai-je pu ? dit-elle d'une voix hachée.

La pressant davantage encore contre la porte d'entrée qui, seule, l'empêchait de perdre l'équilibre, Regina demanda :

— Quoi donc ?

— Me priver, si longtemps, de ce plaisir.

Regina sourit contre ses lèvres.

— Je me le demande bien.

Elle-même, les joues très rouges, semblait avoir du mal à refréner ses ardeurs, mais chaque fois qu'Emma croyait qu'elle la prenait en pitié, que le rythme s'accélérait légèrement, elle reprenait le contrôle de la douce torture qu'elle lui infligeait.

— Plus vite, ordonna Emma, comme si elle était en position d'ordonner quelque chose.

Les doigts sur elle se firent plus lents encore, et Emma manqua éclater en sanglots. Dans le même temps, les baisers se firent plus tendres, plus profonds, comme si Regina percevait son désarroi, comme si elle lui disait Patience, ce n'en sera que meilleur.

C'était déjà meilleur que tout ce qu'elle avait connu, plus doux qu'elle ne s'y attendait, mais plus violent, aussi, que toutes ses expériences précédentes. Regina ne se contentait pas de lui faire l'amour – elle exigeait qu'elle se livre entièrement, la poussait dans tous ses retranchements, à l'endroit où, les vêtements et la pudeur tombés, il ne restait plus que les dernières, les vraies barrières, celles qui ne tenaient plus qu'à un fil et qu'elle enjambait lestement, les unes après les autres.

— S'il vous plait.

Et, comme si Regina n'attendait que de l'entendre supplier – et peut-être était-ce le cas – elle lui accorda enfin ce qu'elle lui demandait.

Quelque chose se brisa en Emma, comme une digue qui cédait brutalement, exhalant enfin les trombes d'eau, de vase et de douleur jusque là contenues.

Elle aurait voulu pleurer, serrait les dents pour s'en empêcher, retenait les cris qui s'échappaient par à-coups. Le bras de Regina, passé fermement derrière ses épaules, l'accrochait à la rive, sans quoi elle se serait noyée.

Plus jamais elle ne pourrait la haïr. Pas après un tel bouleversement des sens, un tel abandon. Elle aurait pu l'aimer, même, si elle était capable d'aimer d'amour, cette femme qui l'avait touchée comme si elle connaissait ses secrets les plus intimes et les acceptait tous.

Regina lui laissa le temps de reprendre ses esprits. Quand elle jugea qu'elle pouvait tenir debout toute seule, elle remonta les manches de sa robe sur ses épaules et, sans prendre la peine d'en remonter la fermeture éclair, récupéra son trench-coat sur le sol et l'enfila par-dessus.

— Vous partez ? interrogea Emma, interloquée.

— Oui.

— Mais je ne vous ai pas...

— Ce n'est pas nécessaire. Dormez bien, mademoiselle Swan.

Elle aurait voulu qu'elle reste, encore un peu. Mais il aurait fallu le lui demander, et elle n'aurait pas supporté de l'entendre refuser. Alors elle se tut.