L'avancée dans ces territoires enneigés était terriblement éprouvante pour tous, sauf peut-être Legolas, sa légèreté incomparable lui conférait le pouvoir de marcher sur la neige et non pas de s'y enfoncé jusqu'au cou comme des nains de jardin cachés dans de hautes herbes.
Gandalf menait le chemin, ses grandes enjambées étaient dures à suivre, il semblait vouloir passer le col à toute vitesse comme si un danger leur courait après.
Les Hobbits étaient ceux qui souffraient le plus de cette situation, trébuchant souvent, leurs pieds nus anesthésiés par le froid, là où les hommes faisaient un pas, ils en faisaient un et demi. De quoi vite fatigué ces petits êtres.
La première chute ne tarda donc pas à arriver, Calion était à l'arrière de la marche, derrière Aragorn et devant lui Frodon et Boromir.
Calion avait aussi du mal à avancer, bien qu'il soit aussi résistant qu'Aragorn, aussi endurant, il était lassé de faire de tels efforts pour faire un pas, d'autant plus dans une montée rude comme celle qu'ils étaient en train de faire.
Frodon perdit pieds, sans doute déstabilisés par un trou dans la neige. Si bien qu'il dégringola, roulant sur lui-même sur plusieurs mètres, s'approchant par la même occasion de Calion et Aragorn. Voyant Frodon, dans sa malchance, lui arriver dessus, Calion se figea, raide comme une planche de bois, s'attendant à tout moment à ressentir l'influence de l'anneau de par la proximité de son porteur, pourtant rien ne vint, quelque chose clochait.
Frodon, aidé par Aragorn se releva, tout le monde avait cessé de marcher, attendant que la marche reprenne son ordre. Pourtant, lorsque Frodon palpa son cou à la recherche de l'objet maudit, la lueur qui passa dans ses yeux en effraya plus d'un. L'air subitement inquiet, tous étaient déjà en train de retourné la neige du regard, cherchant désespérément à voir un éclat doré se distingué dans cette masse blanche. Ils n'eurent pas à cherche bien longtemps, voilà déjà que Boromir se penchait, attrapant par la chaine, l'Anneau. Tous regardèrent, interdits, la lueur de convoitise qui brillait dans les yeux de Boromir, attendant que celui-ci se reprenne.
« C'est une étrange fatalité que nous devions éprouver tant de peur et de doute pour une si petite chose... une si petite chose... » dit-il, en se rapprochant de Frodon.
Il se faisait face, comme deux chiens convoitant le même os, ce qui était le cas, Frodon commençait déjà à être soumis à l'influence de l'Anneau et Boromir le convoitait, inconscient des dangers qu'il pouvait amener.
A cause de la nouvelle proximité de l'Anneau, Calion commença à nouveau à ressentir des nausées, des vertiges causés par les tourbillons de sa magie en lui, mais il resta impassible, il ne fallait pas qu'il montre cette faiblesse, comme pouvait-il être digne de confiance s'il tournait de l'œil à chaque fois que l'Anneau s'approchait d'un peu trop près.
Aragorn demanda poliment à Boromir de rendre l'anneau, ce que fit Boromir, sans doute voulant se montrer digne de confiance et d'intérêt. Frodon lui reprit d'une main autoritaire, comme si être séparé de cet objet de malheur était le pire moment de son existence.
Calion attendit impatiemment que tout le monde reprenne sa place dans la marche, pressé que l'on se remette à avancer pour mettre une nouvelle distance entre lui et le porteur de l'Anneau.
Alors qu'ils se remettaient à avancer, Aragorn se retourna vers lui, veillant sur lui. Calion était extrêmement pale, aussi pale que le manteau blanc de la montagne. Calion leva les yeux pour croiser le regard d'Aragorn et lui faire savoir que tout aller bien pour lui, qu'il n'avait pas besoin de s'inquiéter.
Nul besoin de mots pour communiquer, seul les échanges de regards suffisaient, ce qui fut le cas, Aragorn lui fit un petit sourire encourageant, pressa son épaule d'une main et se détourna pour suivre le groupe, pensant que le froid ne plaisait pas à Calion.
Il ne fallut que quelques mètres de séparation pour que tout retrouve son état normal dans l'estomac de Calion, il retrouva vite des couleurs, rassurant par la même occasion Aragorn qui lui jetait des fréquents coups d'œil.
La marche repris son état normal, c'est-à-dire, par force de grimace, de frissons et de grommellements surtout de la part de Gimli qui n'appréciait pas plus que ça de voir la neige lui arriver au menton.
Les Hobbits étaient les plus silencieux, traversant cette épreuve dans le silence, nouveau témoignage de leur courage et de leur détermination.
Mais bientôt le vent se leva, la neige se mis à tomber, provoquant de fortes bourrasques qui ensevelissait tout le monde, même Legolas se courbait face au vent, signe de sa force. Calion avait rentré le plus possible la tête dans les épaules, ne voulant offrir au vent glacial la moindre parcelle de peau. Il se concentrait plus sur les sons que sur sa vue pour suivre les autres, la visibilité étant fortement réduite.
Soudain, il releva la tête, frissonnant à l'entrée d'air froid sur sa gorge, il s'arrêta pour écouter le vent plus attentivement, des échos qui n'arrivait rien à voir avec les hurlements du vent percutaient les montagnes dans un bruit sourd. Comme une voix se détachant du son strident sifflant à ces oreilles, Calion parvenait à distinguer des mots, une voix grave, se trouvant sans doute à des lieues de là. Quelqu'un savait qu'ils tentaient le col.
Il ne fut pas le seul à le remarquer et tout le monde s'arrêta sous une corniche, pensant être à l'abri.
Gandalf écouta le vent, tendant l'oreille à la moindre parole connue.
Dans un regard exaspéré, il se retourna vers la compagnie.
« C'est Saroumane, il sait que nous tentons de passer par ce col. »
« Nous ne pouvons continuer, il nous faut faire demi-tour ou nous allons tous mourir » lança Boromir qui semblait prêt à dévalent les pentes sur les fesses plutôt que de continuer à gravir péniblement la montagne.
Ils n'eurent pas le temps de discuter qu'un craquement sonore se fit entendre au-dessus d'eux, avec horreur ils observèrent un pan de la montagne se détacher pour se précipiter vers eux, ils se plaquèrent dans un sursaut de survie à la paroi, se serrant les uns contre les autres tant l'espace était restreint, se tenant tous les uns aux autres, par des bras, des morceaux de vêtements.
La terre trembla sous leurs pieds quand la neige passa au-dessus d'eux pour s'écraser quelques mètres en contrebas et continuer son chemin, entrainant sur son sillage d'autres blocs de neiges, dans une cascade blanche et mortelle.
Quelques secondes passèrent, le plus gros de danger venait de passer. Ils se redressèrent, certains désorientés, ne sachant plus où trouver le Nord, d'autres confus comme Gimli qui avait été contraint à s'agripper à la jambe de Boromir, celui-ci lui jeta un coup d'œil goguenard auquel Gimli répondit en rougissant de gêne et en marmonnât dans sa barbe.
A la suite d'une courte discussion, Frodon choisit de passer par les mines de la Moria, sous l'œil effaré de Gandalf qui ne savait comment les avertir du danger qui habitait dans ces mines.
Ce n'est qu'en se retournant pour faire demi-tour, soulagé qu'Aragorn remarqua Calion. Celui-ci était toujours appuyé contre la paroi rocheuse, haletant et tremblant, terriblement pâle, prêt à s'effondrer au moindre coup de vent.
Mettant son instabilité physique sur le fait qu'il venait d'avoir une grosse frayeur, Aragorn le prit par les deux épaules, cherchant à le rassurer.
« Tout va bien, Calion, le danger est passé pour le moment, il nous faut avancer » le rassura-t-il d'une voix douce, comme s'il parlait à un enfant.
Pourtant cela ne servit à rien, Calion avait les yeux mi-clos, il transpirait et tremblait violement, ce n'était pas normal, Calion n'aurait jamais dû agir ainsi, il n'était pas un trouillard, Aragorn le savait, pourtant, Calion ne montrait aucun signe de blessure. Inquiet, il appela Gandalf d'une voix pressante, inquiétant par la même occasion le reste de la Compagnie qui ne tenait pas plus que ça à rester planter sur place. Ils se rapprochèrent donc, déjà serré dans cet espace étroit.
Gandalf du jouer des coudes pour accéder à Calion qui tenait à peine sur ses jambes. Calion se laissa glisser le long de la paroi, soutenu par Aragorn qui l'empêcher de s'effondrer complétement, portant sur son visage un masque d'inquiétude.
Calion était maintenant à moitié affalé sur Aragorn qui cherchait à lui transmettre le plus de chaleur possible, aidé par les autres qui offrait leur dos en une barrière aux vents mugissants.
Gandalf s'agenouilla à ses côtés, ne comprenant rien à l'état de Calion. Il ne voyait quelle malédiction était à la source de son mal, il regarda Aragorn, sans plus d'informations. Celui-ci, comprenant ce qu'il voyait dans le regard de Gandalf, son incapacité à aider Calion, eut une mimique de souffrance, il prenait la douleur et le mal-être de Calion comme si c'était le sien.
Calion agrippa brusquement la manche de Gandalf, le forçant à se pencher vers son visage, comprenant ce qu'il désirait, Gandalf colla presque son oreille sur la bouche de Calion.
« La magie…. Et l'Anneau…. Ils sont trop près…. Ça me fait mal… » sa voix était entrecoupée par des halètements douloureux comme si Calion avait maintenant du mal à respirer.
Sa voix n'avait été qu'un murmure, inaudible pour tout le monde.
Se relevant prestement, surprenant par la même occasion Aragorn qui n'avait rien suivit, il s'adressa à Legolas.
« Legolas, emmenez Frodon, commencez à descendre la montagne, nous vous rejoindrons. » pressa-t-il, autoritaire, ne laissant aucune place à la désobéissance.
Legolas fit une moue étonné mais se retourna vers Frodon, près à l'emmener. Pourtant celui-ci ne semblait pas décider à partir, il ne comprenait absolument rien à ce qui se passait.
« Pourquoi ? Que se passe-t-il ? » demanda Frodon, prestement, inquiet quant à la situation.
« Ne posez pas de question, faites ce que je vous dis, prenez Sam, Merry et Pippin avec vous, et Gimli, Boromir suivez les de près. » déclara-t-il, autoritaire.
Même s'ils ne comprenaient rien, Legolas guida les Hobbits vers le chemin inverse. Bientôt, ils furent invisibles dans le brouillard.
Ne restait que Aragorn et Gandalf, tous deux penché sur Calion dont la santé était en nette amélioration. Il reprit vite des couleurs, sa respiration se calma. Il se sentit extrêmement fatigué, comme s'il venait de courir un marathon et avait très envie de dormir.
Voyant que les yeux de Calion se fermait, Aragorn le secoua vivement.
« Calion, ne vous endormez pas ou vous allez mourir de froid. Il vous faut vous levez » l'incita Aragorn en l'aidant à se redresser et à se relever.
Aragorn se sentit extrêmement soulagé en voyant que Calion allait bien mieux, si soulagé qu'il ne capta pas le regard échangé entre Gandalf et Calion. Gandalf regardait Calion, mécontent de ne pas avait été informé de cette situation pour le moins dérangeante et Calion le défiait de dire quoi que ce soit.
Calion détourna le regard, se sentant coupable de mettre en danger la Compagnie par ses faiblesses. Sans dire un mot, il récupéra ses armes dont Aragorn l'avait débarrassé lorsqu'il s'était effondré. Puis il reprit son chemin, devancé un Aragorn complétement décontenancé, inquiet pour Calion face à ce malaise si soudain. Si Calion fut chancelant au début, il reprit vite du poil de la bête et courait presque à présent.
Aragorn courut après Calion, dans le blizzard, après son absence momentanée, derrière lui, Gandalf le suivait de près, grommelant dans sa barbe au sujet de sombre imbécile qui était bien trop silencieux pour son propre bien.
Aucun d'eux ne dirent un mot mais des pensées voltigent dans leur tête, faisant chauffer leur méninge.
Calion préparait déjà la discussion sans doute houleuse qui allait suivre et se demander comment il pouvait s'en sortir sans offenser Frodon contre qui il n'avait aucun grief et comment il pouvait convaincre les autres qu'il pouvait encore servir à quelque chose.
Aragorn était inquiet, ce malaise était dangereux, tant pour Calion, car cela le mettait dans une position de faiblesse, tant pour les autres, les exposant à un danger, car nul doute que dans l'adversité, ils se protègeraient mutuellement. De plus, la santé de Calion lui tenait à cœur, il l'aimait beaucoup, son esprit doux et sa force silencieuse était rassurante, il voulait le protéger, le protéger de ce qu'il avait déjà subi, lui éviter de vivre à nouveau ce qui l'avait enfermé dans sa solitude.
Quant à Gandalf, bien évidement il avait tout deviné, il cherchait une parade à ce problème mais rien ne lui venait. Il serait difficile de faire en sorte que Frodon soit toujours le plus éloigné possible de Calion. Ah, si seulement Calion n'avait pas cette magie qui ne lui apportait que du malheur.
C'est ainsi qu'ils descendirent la montagne, pensifs et inquiet quant à la tournure des évènements.
En découvrant le reste de la Compagnie les attendant, les expressions qui passèrent sur les visages furent identiques pour tous, soulagement, inquiétude puis interrogations.
Une confrontation verbale s'imposait.
