Harry se rebiffe.
Harry, penché sur sa page dont les mots n'avaient aucun sens tellement il avait la tête ailleurs, sursauta violemment sur son fauteuil sans pour autant tourner la tête vers le Serpentard qui attendait une réaction.
-Potter ! Résonna une deuxième fois la voix froide tant détestée de Harry par le passé. Je vous parle !
Le jeune homme se glaça sur place. Les yeux toujours sur son bouquin, il n'arrivait pas à s'en détacher. c'était un peu comme un rempart pour lui. Son nom avait résonné comme un reproche et en entendant cela Harry sut que l'homme avait, non seulement retrouvé sa mémoire véritable, mais qu'à tous les coups il avait oublié les trois semaines et demi qu'ils venaient de passer ensembles.
-Potter ! Êtes-vous sourd ?
Harry referma son livre puis le reposa lentement, et enfin pivota son regard vers le Serpentard.
-Vous revenez à vous, enfin, répondit Harry en apaisant son tumulte intérieur qui bouillonnait sauvagement. Comment vous sentez-vous ?
-Où sommes-nous ? Et que faites-vous là ? Interrogea l'homme en levant un sourcil curieux.
-Nous sommes chez moi, enfin chez Sirius Black. Quand à ce que je fais là il me semble que ça paraît évident. Je lisais jusqu'à ce que vous me criez dessus. Vous ne savez pas parler comme tout le monde ? l'accusa le Gryffondor en essayant de reprendre contenance tellement il était perturbé.
-Ne jouez pas à ça, je suis plus fort que vous à ce jeux, rétorqua Malfoy.
-Ben voyons ! Murmura Harry entre ses dents. Il est de retour le Serpentard mal luné et coincé, plus de Lulu à couettes, bien dommage d'ailleurs !
-Que marmonnez-vous ? Et répondez à la fin quand on vous pose une question !
-Vous êtes là pour que je puisse vous soigner convenablement, Malfoy, je…
-Je ne suis pas malade ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire de maladie ? Qu'avez-vous encore inventé, Potter !
-Moi rien, mais je vous signale que vous aviez perdu la mémoire et que subitement elle vient de vous revenir. Et pas pour mon plus grand plaisir, ne put s'empêcher de rajouter le survivant.
-Où sont ma femme et mon fils ? Je devrais être chez moi et non ici avec vous.
-Ils ne sont pas là, ils ont jugés utile de se refaire une petite santé au soleil, enfin votre femme surtout, Draco n'avait aucunement envie de ça.
-Quoi ? Hurla l'homme. Vous voulez dire qu'ils m'ont laissé entre vos mains ?
-Pour être honnête, et bien non. Ils vous croient mort.
-Mort !
-Oui mort, en faite tout le monde ou presque vous croit mort. Severus et moi prenons soin de vous depuis un peu plus de trois semaines, la bataille est finie depuis deux mois et votre femme a décidé de partir quelques jours après celle-ci. Draco n'a pu que la suivre, je sais que cela ne l'avait pas enchanté car il voulait entreprendre quelque chose, mais elle ne lui a pas laissé le choix.
-Black, souffla le blond. Comment va-t-il ?
-Sirius va bien je vous remercie, sincèrement, Malfoy.
-Je ne veux pas de remerciement, Potter, je veux des explications sur le pourquoi je me retrouve chez vous.
-J'ai donné ma parole de vous amener ici et de prendre soin de vous, cela devrait vous suffire comme explication je crois.
-Je ne veux pas rester ici une minute plus que nécessaire, donnez-moi mes habits et je vous débarrasse le plancher, ajouta-t-il en faisant un geste pour se lever.
Harry alla pour retenir l'homme avant qu'il ne fasse une bêtise, quand il s'arrêta net en voyant le visage du Serpentard se figer. Malfoy retira d'un geste brusque la couverture et les draps sans s'occuper de sa nudité, puis regarda ses jambes inertes malgré son insistance à vouloir les bouger.
-Pourquoi ne puis-je plus bouger mes jambes ? Cracha l'homme hargneux. Avez-vous lancé un maléfice dessus pour me clouer sur ce lit ?
-Quoi ! Ça va pas non ! Je n'ai rien fait de tel, et puis pourquoi je ferais ça, vous n'êtes pas prisonnier.
-Alors pourquoi suis-je incapable de bouger ?
-Quand vous avez sorti Sirius du voile, vous souvenez-vous que des mangemorts vous ont torturé ?
-Bien sûr, ma mémoire va bien, je me souviens parfaitement de tout ce qu'il s'est produit à ce moment-là. Pourquoi cette question d'ailleurs ?
-L'un des sorts qui vous a atteint vous a paralysé, je suis désolé, nous essayons d'y remédier mais cela va prendre du temps.
Lucius Malfoy ne réagit pas à l'annonce de la nouvelle, il ferma les yeux et resta ainsi plusieurs secondes.
-Y-a-t-il une possibilité pour que je remarche un jour ? S'enquit-il en ouvrant ses yeux gris sur Harry, essayant de ne pas faire voir que la nouvelle l'avait profondément touché.
Malfoy qui se croyait juste blessé gravement se retrouvait inapte à faire quoi que ce soit, il était incapable de marcher et ça c'était le pire de tout.
-Oui, depuis que vous êtes ici je passe un baume sur vos jambes deux fois par jour. Elles ont déjà repris de la vitalité, c'est bon signe, ajouta le jeune homme en remettant la couverture sur Lucius Malfoy qui ne dit rien.
-Je suppose que je dois vous remercier ? Grogna Malfoy s'en être pour autant amer.
-Non, je crois que c'est moi plutôt qui vous dois des remerciements. Vous avez sorti Sirius de derrière le voile et voyez-vous pour moi cela n'a pas de prix, je serais à jamais votre débiteur, monsieur Malfoy.
-Dans ce cas disons que nous sommes quittes, après tout maintenant je suis entre vos mains et je ne peux compter que sur vous-même, n'est-ce pas ?
-Je le crains, oui. Cela dit Severus m'aide beaucoup, c'est lui qui me prépare toutes les potions dont vous avez besoin.
-Oh ! Me voilà rassuré, plaisanta le blond, au moins je sais maintenant que je ne mourais pas empoisonné par vos soins. Même si je pense que l'envie s'en fait sentir parfois.
-Détrompez-vous, je n'ai plus cette animosité contre vous, Malfoy. Je connais une autre facette de vous qui m'a réconcilié avec les Serpentards. Et même Severus ne me semble plus aussi effroyable, et là je parle de son caractère difficile, ricana Harry.
-Va-t-il venir aujourd'hui ? interrogea le blond.
-Ce soir, mais il ne restera pas longtemps. L'école vient de rouvrir il n'y a pas quatre semaines de cela. Poudlard a été fermé bien des mois avant la bataille, vous le savez. De plus la guerre a fait des dégâts importants, il a fallu tout remettre en état et il y a eu beaucoup de travail comme vous vous en doutez. Et si Severus m'a laissé avec vous c'est qu'il n'avait pas le choix et de toute façon je ne le lui aurais pas laissé.
Harry n'avoua pas à Lucius que Severus avait décidé, une fois que son ami serait réveillé, de se faire moins présent. Il voulait ainsi obligé Lucius à se reposer sur le Gryffondor. Il voulait que les deux hommes s'apprécient à leur juste valeur, et puis ainsi Lucius ne pourrait pas le supplier plus tard de le sortir de là quand les choses deviendraient ardues une fois qu'il commencerait à marcher, ou tout du moins essayer.
Et puis Harry n'avait pas menti, le maître des potions ne pouvait pas se permettre de quitter l'école aussi souvent qu'il le voudrait.
Le caractère emporté de Lucius n'était plus à démontrer, Snape savait Harry capable de résister à une telle pression, cela ne serait pas facile entre les deux hommes mais c'était un mal nécessaire.
-Je me demande comment Severus a pu penser à me laisser entre vos mains, interrogea Lucius Malfoy à voix basse.
-Il n'avait pas le choix, je vous l'ai déjà dit, cela-dit maintenant je dois m'occuper de vos jambes, le baume est important et on ne peut pas se permettre d'oublier ne serais-ce qu'une fois de vous frictionner, et après j'irais préparer le repas.
-Non ! Laissez cela tranquille, je veux savoir ce que Severus a à dire sur ça.
-Malfoy, vous n'allez pas commencer à faire votre capricieux, par Merlin ! Vous n'êtes pas réveillé depuis dix minutes que votre nature fière reprend le dessus ! Je dois m'occuper de vous, si vous ne me laissez pas faire je vais prendre des mesures radicales, je vous préviens je ne plaisante pas !
L'homme haussa un sourcil dédaigneux semblant dire que jamais il n'oserait. Harry, perfide, tendit une main vers le blond et commença un sortilège en fourchelang.
-Qu'est-ce que vous faites ? Arrêtez ça de suite, espèce d'idiot, sombre crétin de sang-mêlé !
Le jeune homme s'approcha subitement du Serpentard et à deux centimètres de son visage il vociféra, et son regard vert déterminé croisa celui du blond.
-Ne m'insultez plus, vous êtes chez moi et je ne tolérerais pas ça, Malfoy. Restez civilisé, la prochaine fois je ne serais pas aussi clément je vous préviens. Les sangs-mêlés valent autant que vous, mettez-vous ça dans la tête, je ne veux plus entendre ces mots dans cette maison ou je pourrais vous le faire regretter amèrement.
Severus Snape derrière la porte n'avait rien perdu de l'échange, Harry avait pris les choses en mains et ne s'était pas du tout laissé intimider par Lucius. Tant mieux ! Il n'avait pas envie de ramasser les miettes sur le passage du blond, il fallait qu'Harry soit fort, lui seul arriverait à sortir Lucius de sa paralysie il en était sûr.
L'homme ouvrit la porte alors qu'il vit Harry faire venir à lui le pot d'onguent, et que Lucius ruminait des imprécations qui n'atteignaient même pas le Gryffondor fier de lui d'avoir tenu tête à l'aristocrate au sale caractère.
-Bien ! Commenta le maître des potions en entrant dans la chambre. Je vois que Harry t'a dompté mon ami, sourit le professeur sous le regard noir d'un Lucius vexé. Ce massage est important pour toi, si tu veux remarcher un jour laisse-le faire, Harry a mon aval pour ce qui concerne tous tes soins.
-Tu l'appelles Harry, maintenant ? demanda le blond. Ce n'est plus l'incapable ou foutu Potter ou encore l'abruti à lunettes ! Rouspéta Lucius foncièrement jaloux du privilège du professeur. Je vois que tu as fait du chemin, Severus.
Le maître des potions regarda Harry toujours concentré sur sa tâche, pourtant ces paroles l'avaient touché, cela se voyait à la raideur de son dos.
-J'ai changé comme tu dis, Lucius. Harry est un ami, un très bon ami à moi, l'insulter lui fait du mal et à moi aussi par la même occasion. Je l'estime beaucoup. Si tu veux rester mon ami arrête cela immédiatement sinon tu ne me verras plus. As-tu compris ?
-Oui tu as changé, Severus.
-C'est vrai, bien maintenant que tu as récupéré tes souvenirs peut-être pourrais-tu me dire si tu te souviens où t'a touché le sortilège qui a bloqué tes jambes ? C'est important, essaies de te rappeler.
-Dans le dos, ça m'a fait un mal épouvantable, c'est à ce moment-là qu'ils se sont acharnés sur moi car je ne pouvais plus me relever après ma chute. C'est le premier sort que j'ai reçu, ils voulaient êtres sûrs que je ne puisse plus me défendre, pourtant j'aurai cru que ce sort aurait été juste passager, comme quoi je me suis trompé.
Lucius Malfoy vit Severus s'avancer vers le plus jeune et poser sa main sur son bras, presque avec délicatesse. Le jeune homme leva son regard vers Snape.
-Je mets au point un autre baume, demain il sera prêt, je voudrais qu'après tu passes de celui-ci sur le dos de Lucius, là où le sort l'a touché.
-Bien sûr, sourit Harry en regardant Severus. Crois-tu que cela peut faire la différence ?
-Sans aucun doute puisqu'il s'agit de la source du mal. Frictionne-le bien, Harry, n'ais pas peur d'appuyer, je ne pense pas que cela lui fasse mal et si c'est le cas et bien il te le dira. N'est-ce pas Lucius, et tu te laisseras faire ? Ajouta Snape en toisant ironiquement son ami blond.
-Je le ferai évidemment, si cela peut me permettre de remarcher un jour.
-Vous remarcherez, pas question de baisser les bras, Malfoy, ronchonna le jeune homme qui recommença à étaler du baume sur les jambes inertes. Vous ne croyez tout de même pas que je fais tout ça pour rien !
-Harry a raison, il faut persévérer. Demain j'apporte l'autre onguent et nous verrons les conséquences qui devraient se manifester deux jours plus tard. A ce moment-là si les résultats sont concluants nous approfondirons la méthode.
-Comme quoi ? Questionna le Serpentard alité.
-De l'exercice dans l'eau le matin, trois massages par jour au lieu de deux, et d'autres enchaînements d'exercices l'après-midi, répondit le maître des potions. Ce sera dur et difficile, vous n'aurez plus une minute à vous mais ce sera le prix à payer pour que tu retrouves l'usage de tes jambes. Seras-tu capables de t'y tenir Lucius ? Auras-tu assez de force et de détermination ?
-Je l'aurai sois-en certain, je ne serais pas le premier à abandonner.
-Harry n'abandonnera pas non plus, il te rendra la vie dure et tu seras bien inspiré de suivre ses recommandations à la lettre ! Sur ce, messieurs je vous laisse, des copies à corriger m'attendent. Ah ! Harry je voudrai te parler, peux-tu venir quelques secondes dans le couloir, je ne te retiendrai pas longtemps.
-Je te suis, juste le temps d'essuyer mes doigts, acquiesça le jeune homme en arrêtant son massage.
Sous les yeux gris et fatigués de Lucius Malfoy les deux sorciers sortirent de la chambre. Snape se retourna vers Harry une fois la porte refermée et le regarda intensément.
-Difficile ? Demanda-t-il.
-Plutôt, oui. J'ai bien cru que je n'allais pas y arriver.
-Mais tu y es parvenu, tu lui as tenu tête !
L'homme se rapprocha du Gryffondor dont les traits s'étaient affaissés. Dans un geste tendre il l'approcha et le prit contre lui, laissant le jeune homme entourer sa taille de ses bras.
-Tu vas y arriver, tu es fort, Harry.
-Je vais le faire, c'est juste qu'il ne me reconnaît pas comme avant, il ne voit plus que Potter. Tu sais que je suis….
-Je sais, répondit le professeur en savourant l'étreinte du survivant. Tu es tombé amoureux de lui, ça n'est pas difficile à deviner. Mais ne fais pas passer tes sentiments, prends sur toi, ajouta le maître des potions en caressant le dos du plus jeune.
-Non, tu as raison, et là je me sens un peu perdu. A vrai dire il n'y a pas que Lucius qui me perturbe, Severus, nous devons parler je crois.
-Que dirais-tu de sortir de cette maison demain après-midi ? Eluda le professeur. Puisque les soins véritables ne commenceront que dimanche pourquoi n'irais-tu pas voir le cabot ? Je resterais ici et puis samedi il n'y a pas cours, je m'occuperais de Lucius. Cela ne sera pas un problème pour moi, alors qu'en dis-tu ?
-Je dis que c'est une sacrément bonne idée que tu as eu là, Severus, sourit Harry heureux comme jamais il ne l'avait été en se rapprochant de l'homme. Peux-tu le prévenir lui et Sil'Gan de mon arrivée ?
-C'est déjà fait, morveux.
Harry retira son nez du cou de Severus Snape et le regarda intensément. Sans savoir comment ni même se poser la question du bien ou du mal il posa ses lèvres sur celles de l'homme qui écarquilla les yeux de surprise. Snape profita quelques secondes de ce baiser savoureux alors que leurs langues se caressaient et que les souffles se mêlaient puis il repoussa le Gryffondor doucement.
-Va ! lui dit-il en le relâchant alors qu'il aurait voulu le garder contre lui. Lucius t'attend, je serais là demain vers onze heures trente et j'espère que tu passeras une bonne journée avec le cabot.
Le maître des potions n'était pas sûr de se contenir, ses émotions étaient à fleur de peau. Ses doigts ne voulaient pas se détacher du jeune homme, ils étaient si bien ainsi, l'un contre l'autre, se donnant de la force et un peu de tendresse. Snape ne savait pas pourquoi Harry avait agi ainsi, probablement un peu de mélancolie, pensa-t-il. Il ne devait pas y voir autre chose sinon il était perdu lui aussi.
O^^O
Peut-être qu'un autre chapitre cette après-midi vous ferait plaisir ? Je demande à tout hasard, hein !
