Me revoila! Ca faisait lontemps hein ! Pas tant que ça si vous faites attention aux publications de mon profil :) J'ai en effet publié une ou deux petites choses depuis la dernière fois. C'est une des raisons de mon retard. L'autre raison c'est que je ne suis pas totalement satisfaite de mon chapitre. Mais je devais l'écrire pour avancer dans l'histoire et aller voir d'autres personnages.
Ce coup-ci on va parler brièvement d'amitié. Bonne lecture ! :)
*** Sujet 10 ***
Tiberius
J'en arrive déjà à juin. La lutte des elfes de maison s'épuisait et je commençais à me lasser un peu. Ils avaient obtenu, au moins pour Poudlard, des avantages dont ils n'auraient jamais rêvé quelques mois auparavant. L'action devait maintenant continuer à un autre niveau et Kreattur démissionna d'ailleurs pour s'occuper du SEL (je rappelle pour les têtes de linottes qui aurait oublié : Syndicat des Elfes Libres. Vous devriez vraiment suivre en classe. C'est important l'histoire !) dont il installa le siège sur le Chemin de Traverse. Il n'était pas encore dans cette grande tour qui défigure l'Allée des Embrumes (quand je pense à la réputation que ce quartier avait à mon époque !). Il avait commencé en louant un petit local dans la rue adjacente à Gringott. Il envisageait une alliance avec les gobelins pour défendre leurs droits à tous mais bon, ça ne s'est pas fait. Et ce n'est vraiment pas notre sujet.
J'espère d'ailleurs que vous me pardonnerez cette légère digression. Les souvenirs vont et viennent vous savez. Et nous les fantômes en avons tellement… *(1) Il nous est parfois difficile de les canaliser. Nous avons tendance à nous perdre dans les méandres du passé. J'ai entendu parler d'un fantôme en Roumanie qui a commencé son idée il y a trois ans. C'était une réflexion très importante qui pouvait impacter toute la vie politique du pays. Il avait découvert quelque chose qui pourrait bouleverser l'avenir du pays. Sauf qu'il s'est perdu dans ses souvenirs de l'époque moyenâgeuse. Et Personne n'ose l'interrompre pour lui dire d'en venir au fait car c'est un fantôme très susceptible. Il pourrait décider de ne rien dire du tout. Du coup, le gouvernement paie les services d'un homme (de deux hommes en réalité, ils se relaient) pour qu'il écoute ce que le fantôme a à dire en espérant qu'il ne tarde pas trop à révéler la Stire, l'Information comme ils l'appellent. En attendant, le BICHE (Bureau International des Chercheurs de l'Histoire Européenne. Ils prennent souvent des stagiaires s'il y en a parmi vous qui sont intéressés…) a envoyé des représentants pour prendre en note le témoignage du vieux fantôme. Il paraît qu'il a déjà remis en cause deux ou trois théories qui étaient généralement acceptées dans la communauté des Magistoriens à propos des techniques agricoles dans l'Europe du XIème siècle. C'est ce qu'on dit en tout cas. Il faudrait demander au Professeur Binns. Il sera probablement plus au courant que moi. Personnellement, je me dis juste que la nomination du nouveau Ministre de la Magie roumain a eu lieu l'année dernière et je ne vois pas comment ce qu'il aurait à dire maintenant pourrait influencer la politique du pays. Je crois que c'est juste un vieux fantôme qui s'ennuyait et voulait qu'on s'occupe de lui. Je le comprends parfaitement.
Mais… je crois que je me suis également beaucoup éloigné de mon sujet… Oui. On dirait bien…
Revenons donc à nos moutons ! Nous étions début juin et je commençais à m'ennuyer. Je m'avisais d'ailleurs soudainement que nous étions début juin. Et que j'allais avoir un anniversaire à fêter. Le problème, c'est que je n'avais pas adressé la parole à cette personne depuis des mois et qu'il semblait m'en vouloir…
Tiberius en effet, car il s'agit bien de lui dont je veux parler maintenant, ne faisait même plus semblant d'être gentil avec moi quand je m'adressais à lui. Je comprenais bien sa rancœur. Je l'avais délaissé. Je n'avais pas vraiment été un ami pour lui cette année. Il avait dû traverser la guerre comme nous tous et je n'avais pas été là pour en parler avec lui. Il était en septième année avec toute la pression que cela signifiait et je n'avais pas été là pour l'encourager. Il était enfin sorti avec Léa qu'il aimait depuis la quatrième année puis avait rompu et je n'avais pas été là pour le consoler. En fait, j'avais manqué à tous mes engagements en tant que meilleur ami. Et je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même. Enfin, je pouvais en vouloir un petit peu à la personne qui m'avait tué. Mais même pas vraiment… Si je n'avais pas fait la bêtise de rester, si j'avais continué, Tiberius m'aurait toujours considéré comme son ami. Son ami mort sans doute. Mais il aurait toujours eu des sentiments affectueux pour moi. Alors que là… Il n'avait que de la rancœur.
Maintenant je m'en veux un peu moins. Je me dis que tout n'était pas de ma faute. Que nos relations n'auraient pas pu continuer comme avant. Je n'étais plus Colin. J'étais son fantôme. Et ma nouvelle nature ne me permettait pas de me comporter comme un vivant. Cela ne voulait pas dire que j'aimais moins. Que je n'étais pas affecté par son rejet. Et comme je suis quand même assez têtu dans l'ensemble, j'ai décidé que ça ne pouvait plus durer. Je devais faire quelque chose. M'expliquer au moins. Et si ça ne suffisait pas à regagner son amitié, j'espérais au moins qu'il ne serait plus aussi fâché.
Mais comment faire ? Dès que j'essayais de lui parler, il avait toujours quelque chose à faire. Un cours, des devoirs, un rendez-vous avec untel, manger, dormir… Je lui tournais autours discrètement pour essayer de trouver quelque chose. Et je remarquai qu'il n'y avait pas qu'avec moi qu'il était devenu aussi désagréable. Il était devenu bourru avec tout le monde. Mais je n'arrivais pas à savoir pourquoi. A m'occuper des affaires des autres, j'étais passé complétement à côté des siennes et je n'arrivais pas à déterminer ce qui avait pu plomber sa joie de vivre à ce point.
En désespoir de cause, je décidai d'en parler à Dennis. Mais malgré le fait que Tiberius passait pas mal de temps avec lui (ce que j'avais remarqué avec une pointe de jalousie je dois bien l'avouer), il n'avait pas grand-chose à me dire. Tiberius n'était pas vraiment loquace ces derniers temps. Dennis me fit comprendre à demi-mot que mon ami avait été très touché par ma mort et qu'il m'en voulait de ne pas être allé le voir comme je l'avais fait avec lui et papa. Tout ce qu'il put rajouter c'est que son humeur avait encore empiré à partir du moment où Léa et lui s'étaient séparés. Il y avait un peu de reproche dans le ton de Dennis. Il devait penser lui aussi que j'avais délaissé Tiberius. Ce qui était vrai. Mais je crois qu'il comprenait aussi que je me sentais très coupable et il me souhaita bonne chance avec un sourire. Mon frère était en or et il… Enfin, il savait toujours quoi dire. Il… Il comprenait et je… Deux secondes… C'est juste que… il me manque… C'est bête hein ?... Je devrais m'être habitué, ça va faire près de 200 ans mais… pfiou… Désolé… Deux petites secondes…
…
Désolé pour l'émotion…
Et je vais me répéter mais c'est vraiment important : quand vous mourrez, surtout con-ti-nuez. Ne revenez pas. Ne restez pas. Ca n'en vaut pas le coup. Vous perdrez toutes les personnes qui ont compté pour vous et vous risquez même de les perdre avant même qu'ils ne meurent. C'est ce qui a failli nous arriver.
Heureusement que je me suis donné un coup de pied aux fesses *(2) et que j'ai décidé d'aller voir Léa. Après tout, elle devait être la dernière à avoir vu Tiberius de bonne humeur. A avoir recueilli ses confidences. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi après tant de temps à se tourner autours, ils avaient rompu aussi rapidement. Surtout qu'ils semblaient vraiment se détester maintenant. Enfin, Tibérius était assez agressif. Léa se comportait plus avec tristesse. J'allais vite avoir ma réponse. Elle ne me plut pas du tout, ne faisant que renforcer mon sentiment de culpabilité.
Léa était à l'origine de leur rupture. C'est-à-dire qu'elle en avait pris la décision. Elle confirma ce que Dennis m'avait dit : que Tibérius avait été profondément touché par ma mort, se reprochant de ne pas être resté avec moi lorsque j'avais décidé de rester pour me battre malgré le fait que je n'ai pas l'âge ou de ne pas avoir réussi à me convaincre de l'accompagner à Pré-au-Lard où ses parents devaient nous accueillir le temps de la bataille. Puis lorsque j'étais enfin revenu en tant que fantôme, il avait eu l'impression que je l'évitais. Il aurait voulu partager avec moi cette « aventure » d'être devenu un fantôme. Que je me confie à lui. Que je compte sur lui comme je comptais sur lui auparavant. Que je partage ma nouvelle existence comme j'avais partagé ma vie avec lui. Mais en m'intéressant à d'autres choses je lui avais paru distant, snob presque. Il s'était senti stupide et délaissé. Comme s'il n'avait plus aucun rôle à tenir. Comme s'il était devenu une connaissance un peu gênante à qui on accorde un salut de temps à autre. Bref, cela confirmait ce que j'imaginais.
Elle continua en m'expliquant que c'était ce qui avait occasionné leur rupture. Il était devenu amer et ne faisait que parler de moi. Elle avait tenté de lui faire penser à autre chose. En désespoir de cause elle avait même essayé de m'en parler pour que je fasse quelque chose mais je ne me souvenais même pas qu'elle soit venue me voir. Je ne devais pas faire attention. Je sentis bien le reproche dans sa voix quand elle me raconta tout ça. Elle avait finis par baisser les bras. Tiberius en devenait méchant, jaloux. Elle avait préféré arrêter avant de se mettre vraiment à le détester et avait rompu. Tibérius l'avait très mal pris.
J'essayais de m'excuser. De m'expliquer. Mais c'est toujours dur de faire comprendre notre nature à un vivant. Elle essaya pourtant. C'était une fille bien Léa. Elle me dit qu'elle pensait bien que ce n'était pas de ma faute mais elle aurait bien aimé quand même que je me comporte mieux avec Tiberius. Parce que c'était vraiment du gâchis. Je me sentais vraiment mal. Je ne savais pas trop quoi faire. Mais il fallait que je tente quelque chose. Je lui ai demandé si elle voulait bien m'aider. Et elle a bien sûr accepté. C'était vraiment une fille bien.
C'est donc elle qui m'introduisit quelques jours plus tard à Tiberius :
_ Vous ne pouvez pas continuer comme ça. Il faut que vous parliez. Est-ce que tu voudrais bien écouter ce qu'il a à dire s'il-te-plaît ?
Elle ne lui avait pas laissé le temps de répondre et était partie s'installer plus loin dans la salle commune. Moi je n'ai pas su par quoi commencer.
_Alors ? Ca y est ? Tu te souviens que j'existe ?
Je ne l'avais jamais entendu utiliser un ton aussi agressif.
_ Ne prends pas cet air de chien battu. Ça va, hein, je sais que c'est toi le mort dans l'histoire. Que je devrais être compatissant et tout et tout. Enfin ça n'a pas l'air de te peser tant que ça d'être mort ! Ne t'inquiète pas pour moi hein ! Va donc faire tes photos, c'est bien plus intéressant.
_ Je suis désolé…
C'était la moindre des choses de lui dire et je ne pensais pas que ça le choquerait à ce point. En tout cas il a arrêté de parler et j'ai pu lui expliquer. Enfin essayer. On a parlé pendant deux heures je crois. Tout ça pour conclure que ce ne serait plus comme avant. Ça ne pouvait pas l'être. Mais que malgré ça nous restions les meilleurs amis du monde. Bon, ce n'est pas franchement viril mais je dois bien avouer qu'à la fin, nous étions très émus tous les deux. Il avait les larmes aux yeux et faisaient visiblement des efforts pour les y garder. Quant à moi j'aurais pleuré comme une madeleine si j'avais eu des glandes lacrymales. Ce qu'il y a de bien dans le fait d'être un fantôme, c'est qu'un homme n'est jamais surpris à pleurer. Ce qu'il y a de moins bien, c'est que cet homme, enfin cet ado en ce qui nous concernait, ne pouvait pas serrer son meilleur ami dans ses bras. Et ça, c'est bien plus important que d'être capable de garder un œil sec. Alors pour compenser, nous échangions des excuses à répétition. Jusqu'à ce qu'il se souvienne de quelque chose dont nous avions parlé l'année précédente :
_ Faisons-le !
_ De quoi tu parles ?
_ Du voyage ! Celui qu'on s'était promis de faire ensemble après l'obtention de nos ASPIC. Partons en Norvège ensemble !
J'étais vraiment excité à cette idée mais je ne voyais pas comment la réaliser. Ce n'est pas comme si je pouvais avoir mes papiers d'identité sur moi maintenant. Je n'osais rien lui dire.
_ Ecoute Colin, on ne se verra plus beaucoup maintenant. Beaucoup moins en tout cas. Faisons ça ensemble ! Tu hanteras ma valise et on se débrouillera pour visiter des coins reculés où tu pourras te montrer. Mais si ! Je te dis que c'est une super idée ! Allez dis oui !
Il ne fallait pas plus pour me convaincre et j'acceptais bien sûr.
_ Super ! Allez tope la ! … Argh ! T'es vraiment trop froid !
Nous rigolâmes et j'en profitai pour faire une photo de nous deux en tendant l'appareil à bout de bras. On me devine plus qu'autre chose sur le cliché, forme blafarde à moitié transparente, mais ce n'est pas grave. Il restera l'un de mes clichés préférés. Et il y allait en avoir beaucoup d'autres sous fond de fjords enneigés.
*(1) C'en est bluffant ! Comment notre cerveau fait-il pour accumuler toutes ces données ? On pourrait croire qu'il ferait le tri. Sauf qu'en réalité nous n'avons pas de cerveau. Les souvenirs seraient donc attachés à notre âme ? Et comme ils ne sont confrontés à aucune barrière matérielle, ils ne s'effritent pas, ne s'érodent pas jusqu'à disparaitre. Notre rôle après tout est essentiellement contemplatif. Nous somme comme un gros disque dur (Etudes des Mœurs et Habitudes de nos Voisins les Moldus par Géraldine Cressel, Chapitre sur l'électronique, page 421). Sauf que personne ne nous consulte jamais…
*(2) Voilà une expression qui paraît aussi stupide pour les vivants que pour les morts. Pas besoins d'être immatériel pour que se donner un coup de pied aux fesses soit totalement impossible. Votre jambe devrait avoir un drôle d'angle si vous voulez lui faire atteindre votre arrière-train…
Merci pour votre lecture!
Prochain chapitre j'espère plus rapidement que celui-ci avec j'annonce... Luna ! A bientôt j'espère :)
