Chapitre 11 : A - Potter and Prejudice
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C'est une vérité universellement admise qu'un sorcier célibataire, ambitieux et pourvu d'une belle fortune, désirant se faire une place dans la société, doive épouser une Sang-pure, issue d'une des plus anciennes familles de la sorcellerie… et si peu qu'on connaisse son sentiment à ce sujet, lorsqu'il jette son dévolu sur une de ces dames, cette idée était si bien fixée dans l'esprit de ses compatriotes que toutes les mères du monde magique déplorent la perte, de celui qu'elles avaient considéré comme la propriété légitime de leurs filles.
Lucius Malfoy était un homme ambitieux. Abraxas Malfoy était l'ambition même.
Il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que Lucius Malfoy et Narcissa Black annoncent leurs fiançailles. La seule chose surprenante était qu'aucune de leurs familles ne fût mise au courant avant la déclaration officielle. Abraxas approuva la finesse et l'adresse de son fils. Druella félicita sa fille pour avoir séduit le parti qui permettrait de renflouer les coffres de la famille Black (qui était en réalité plus riche en objets magiques et anciens qu'en or).
Bellatrix Black félicita les fiancés pour leur fidélité à la tradition de pureté de leurs arbres généalogiques.
Andromeda Black leur envoya ses compliments par lettre, plus sincèrement que sa sœur aînée : elle, avait reconnu le choix de Narcissa comme étranger à toute considération de type hémocathariste. Certes, Narcissa n'aurait jamais épousé un Né-Moldu, mais si les souvenirs d'Andromeda étaient bons, lorsque les Malfoy se vantaient de leurs aïeuls, ils ne les citaient jamais, comme par hasard, au-delà de la quatrième ou cinquième génération… Elle ne serait pas étonnée qu'au moins un sang-mêlé s'y soit glissé. Mais Lucius défendait la cause, et cela semblait suffire à Narcissa.
Enfin, Sirius Black lança un regard circonspect à la page mondaine de la Gazette. Que Narcissa épouse Lucius ne le surprenait pas plus que ça. Il aurait juste pensé que l'annonce de leurs fiançailles ferait plus de quatre lignes. Connaissant sa tante (et sa mère), il savait qu'elle regretterait le manque d'effusion du couple. Il se prit à espérer que le fait que Narcissa et Lucius n'aient pas eu besoin d'être aussi expansifs que Bellatrix et Lestrange, signifiait qu'au moins une de ses cousines ferait un mariage d'amour, après tout.
Il n'avait pas beaucoup reparlé à Andromeda. Il savait qu'elle était fragile en ce moment, surtout depuis qu'on l'avait forcée à quitter Ted. Contrairement à ce que les gens pensaient, ils s'étaient réellementquittés… mais ça ne les empêchait pas d'être encore réellement amoureux.
Il lança un regard noir à sa malle, qu'il n'avait pas encore défaite. Mrs Potter l'accueillait comme toujours dans la chambre d'amis, mais Sirius avait très envie d'avoir sa garçonnière à lui. James et lui avaient épluché des tas d'annonces immobilières du Londres moldu, sans succès. Le fait que Sirius ignore comment se servir d'un téléphone n'avait pas arrangé les choses… Lily lui avait pourtant écrit un mode d'emploi, pendant leur trajet de retour en Poudlard Express, mode d'emploi qui avait été complété par les conseils d'Alice (qui avait visiblement eu une expérience malheureuse avec un de ces engins, l'été d'avant).
Alors qu'il mangeait avec James un goûter qui aurait pu nourrir toute l'équipe nationale de Quidditch, Sirius repéra une annonce prometteuse (un appartement londonien situé au-dessus d'un disquaire, dans un quartier très dynamique et empreint de la popculture des années 1970s).
- Il est seize heures, tu peux encore appeler, dit Mrs Potter, son maître en politesse et bienséance, quand il lui eut demandé son avis.
Sirius déplia donc le parchemin de Lily, sous le regard tout aussi curieux de James.
« 1) Tu branches le téléphone à une prise de terre. » Par Merlin, qu'était une prise de terre ? Comme si Lily avait pensé à tout – ce qui était le cas – elle avait ajouté en dessous : « Ou va dans une cabine téléphonique. »
Sirius feuilleta l'exemplaire des Moldus pour les Nuls des Potter jusqu'à l'index. « Cabine téléphonique ». Ah, c'était donc ça, ces drôles de cabines de douche rouges … Il s'était toujours demandé comment les Moldus pouvaient être encore plus impudiques que lui…
Il demanda à Mrs Potter où se trouvait la « cabine téléphonique » de Godric's Hollow, et elle lui indiqua, étonnée, le bout de la grande rue, là où le Magicobus les avait déposés, après les avoir ramenés depuis King's Cross.
Une fois dans la cabine étriquée, Sirius lança un regard au parchemin.
« 2) Mets de l'argent dans la fente prévue à cet effet. UNIQUEMENT DE LA MONNAIE MOLDUE. Si tu n'en as pas, un sortilège d'apparition fait l'affaire (mais ce n'est pas honnête, Black !)» Il ricana.
- Sacrée Lily…
« 3) Tu composes le numéro en appuyant sur les chiffres du clavier, puis sur le petit téléphone vert. » La cacahouète verte, là ?
« 4) Inspire, attends qu'une voix te réponde. Ne crie pas. Tiens le combiné dans le bon sens, dis « Allo » puis présente-toi. Et parle. »
Sirius inspira. Bip… Bip… Bip…
- Allo ?
- Allo ?
- Allo ?
Sirius lança un regard au papier qu'il tenait. Ah, oui, se présenter.
- Je suis Sirius Black, le sexsymbol des Gryffondors.
- Heu… bonjour ? fit la voix, visiblement confuse.
- Je viens de voir votre annonce et je voulais savoir si je pouvais acheter votre appartement ?
- Il est à louer, monsieur… heu…
- Sirius Black.
- C'est un pseudonyme ?
Sirius essaya vainement de se rappeler ce qu'était un pseudonyme.
- Peut-être… Je peux venir le visiter ?
- Oui, quand êtes-vous libre ?
- Je peux être chez vous dans deux minutes…
« En deux secondes » aurait été plus exact, mais sa mère lui avait toujours dit que la vantardise était à proscrire lorsqu'on demandait une faveur à quelqu'un.
- Oh, vous êtes à Londres ?
- Pas du tout, mais j'y ai habité, dit-il comme si ça expliquait tout. A dans deux minutes ?
- Venez quand vous voulez, soupira la voix.
Quelque part dans Londres, un disquaire disait à son associé qu'il venait de recevoir le coup de fil d'une des personnes les plus barrées qu'il ait rencontrées. Alors, quand Sirius entra bien dans le magasin deux minutes plus tard et leur confirma que « Sirius » était bien son nom …
Le caractère exubérant de Sirius, sa veste en cuir noir et ses cheveux longs auraient de toute façon joué en sa faveur (quoi qu'en pense Mrs Potter) … mais quoi qu'il en dise plus tard, le sortilège de Confusion qu'il lança eut peut-être plus d'impact sur la signature de son bail que son look…
….. ….. …..
- Pas trop déçue que le 1eravril tombe pendant les vacances ? avait ri James alors qu'ils traversaient la barrière de King's Cross.
- Sincèrement, après la St-Valentin, c'est le jour où vous jouez le plus avec mes nerfs, avait-elle répondu d'un ton dégagé. Donc… non.
Lily sourit en vidant le contenu de sa malle dans son armoire.
Leur dernière soirée à Poudlard avait vraiment été comique. En particulier la tête de Remus quand il avait dit « Vérité », et que Liv lui avait demandé de son air rêveur « Qu'est-ce que ça veut dire, tes « petits problèmes de fourrure » ? ». Sirius avait éclaté de rire.
- Vous ignorez tout de la bête qui se cache en Remus... Adeptes des torses poilus, bonjour !
Mary, Hildegarde et Liv avaient grimacé, et Chiara avait paru déçue de ne pas avoir découvert en lui un trafiquant de Lièvres de Mars. Remus était devenu écarlate et avait protesté. Alice n'avait rien dit, mais Lily s'était promis de garder un œil sur elle. Sa meilleure amie avait beau se donner des apparences de superficialité, elle était extrêmement intelligente.
Lily piocha une dragée surprise de Bertie Crochue dans un des rares paquets qui aient survécu à leur pyjama-party. Ah, encore un nouveau goût. Mmh. Lasagne au chocolat. Particulier, mais pas mauvais. Elle devait vraiment en faire goûter à ses parents au dîner.
Il ne restait plus grand-chose dans sa malle. Les vieux jeans qu'elle mettait uniquement sous ses robes de sorcier, une boîte de confiseries pour hibou, l'exemplaire d'Orgueil et préjugés qu'Alice lui avait rendu après les vacances de Noël, et des graines ratatinées qui avaient dû s'échapper d'une fiole de son nécessaire à potions. Elle aurait parié sur des fèves soporifiques.
Quand sa chambre fut rangée, elle feuilleta la Gazette du jour. Elle l'avait achetée à la gare de Pré-au-lard, mais les Maraudeurs l'avaient bien sûr trop fait rire pour qu'elle ait le temps de la lire. L'annonce des fiançailles de Lucius et Narcissa ne lui échappa pas, mais c'était la page des décès qui attira son attention. Trois sorciers d'origine moldue. Avec suspicion d'assassinat pour deux d'entre eux.
Elle se sentit soudain très vulnérable, dans cette maison moldue, dans cette ville moldue (elle ne comptait même plus les Prince dans ses habitants, à présent), isolée et tranquille.
Dumbledore l'avait assurée que des protections avaient été mises en place autour de sa maison et de celle de tous les autres étudiants nés-moldus. Mais la Gazette elle-même attestait que ce n'était pas suffisant. Dumbledore soutenait la lutte anti-terroriste au sein de son école, et sans doute en dehors, mais Bellatrix regardait toujours sa plus petite sœur comme une proie. Dumbledore disait que leur scolarité ne serait pas affectée par les maux de l'extérieur, mais la salle d'Etude des Moldus n'avait toujours pas été ré-ouverte.
Le monde s'écroulait, mais on s'entêtait à leur dire que tout allait bien.
James semblait le seul à avoir compris. Peut-être était-ce pour cela que son animosité envers lui s'était évanouie. C'était si précieux, cette certitude de ne pas être seule...
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Elle se réveilla en sursaut. Son corps était parcouru de frissons, et elle sentit que des larmes avaient coulé sur ses joues. Le soleil n'était pas encore complétement couché, mais elle avait dû dormir au moins deux heures. Elle tenta de calmer les battements anarchiques de son cœur.
Lily fonctionnait comme ça. Elle encaissait sans sourciller pendant longtemps, et puis un jour, le chaudron bouillonnait trop fort, quelqu'un soulevait le couvercle, et tout débordait. Alors, ces listes de morts toutes les semaines…
Elle se mit sur le dos, et approcha son poignet de son nez. Elle fixa le pendentif en forme de lys osciller puis se stabiliser, en reflétant la lumière des réverbères. Le balancement avait quelque chose d'étrangement apaisant. Gauche… droite…
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L'avantage d'être majeur était que Sirius n'eut pas à payer grand-chose pour l'ameublement de son appartement. Certes, tous les objets créés par magie finiraient par disparaître (raison pour laquelle même les familles de sorciers se léguaient du vrai mobilier de génération en génération), mais ça lui permettrait de changer la décoration… Pas question d'aller quémander un tabouret au 12 Square Grimmaurd…
Du bout de sa baguette James testait différentes teintes de papier peint. Il s'en donnait à cœur joie depuis le vendredi précédent, jour depuis lequel il pouvait légalement utiliser la magie en dehors de l'école.
- Non, plus clair, on dirait la couleur du pelage de Queudver, commenta Sirius.
- Tu sais que Lily lui a demandé d'enquêter sur les Serpentards ?
- Ah ? Elle m'a demandé s'il y avait un passage secret sur la Carte des Maraudeurs qui partait de leur Salle Commune. Comme si j'allais révéler quoi que ce soit sur la carte à une fille.
- Hé, Patmol, elle veut la même chose que nous, savoir comment les Mangemorts sortent de l'école…
Sirius sourit.
- Comme tu la défends…
Le papier peint prit une couleur rouge, exacte réplique de celle qui colorait les joues de James.
- Te moque pas… Et puis, je suis en train de me résigner… le plan de Remus n'a pas du tout marché.
- Oh que si…
- Non !
- Le plan de Remus n'a jamais eu pour but de faire tomber Evans dans tes bras. Il a marché, dit-il, catégorique.
- Qu'est-ce que tu v…
Un tapotement sur la vitre leur fit lever les yeux de leur ouvrage.
- C'est la chouette d'Andy, dit Sirius, l'air soudain alarmé.
James ouvrit la fenêtre d'un coup de baguette, et Aquila, la minuscule boule de plumes, vint se poser sagement sur son poignet gauche.
- Elle veut peut-être juste t'annoncer les fiançailles de sa sœur…
- Trois jours après ? Non... Et puis elle n'aurait pas utilisé Aquila juste pour envoyer des nouvelles du Manoir, c'est un long trajet pour elle...
Il s'interrompit en lisant le contenu du message.
- Nemesis, fais-lui de la place, elle a besoin de reprendre des forces avant de repartir, dit Sirius à son hibou. James, je crois qu'on va devoir rajouter un lit. Andy suit ma voie et quitte la maison familiale…
….. … …
Le cri de Lily réveilla tous les Evans.
- Lily ! Lily, réveille-toi, chérie !
Elle ouvrit les paupières, le visage contracté.
- Maman ? Vous allez bien ?
- A toi de nous le dire, dit sa sœur d'une voix blanche.
- Tu n'as pas fait des cauchemars comme ça depuis l'école primaire…
Lily baissa les yeux. Elle avait fait beaucoup de cauchemars depuis l'école primaire, mais c'était ses camarades de dortoirs qu'elle réveillait habituellement …
Michael Evans lui tendit un verre d'eau, qu'elle accepta avec gratitude, puis échangea un regard entendu avec son épouse. Parler dans son sommeil était un trait de famille, mais crier…
- Lily, trois cauchemars en trois nuits ? dit-il doucement. Il y a quelque chose qu'on devrait savoir ?
La question était tellement simple qu'elle fondit en larmes. Pétunia la regardait d'un air soucieux, tandis que sa mère la serrait dans ses bras…
- C'est juste qu'ici… vous ne vous rendez pas compte qu'il y a une guerre invisible qui se joue autour de vous … Je ne veux pas rentrer à Poudlard pour découvrir qu'il y a deux ou trois lits vides en plus dans ma tour…
- Une guerre qui concerne le monde des sorciers ? demanda son père, encore plus inquiet.
- Une guerre qui nous concerne tous, une guerre menée par des fous qui pensent que les gens dénués de pouvoir magique sont des moins que rien… Et vous, vous êtes d'autant plus en danger que je m'opposeà ces gens… S'il vous arrivait quelque chose…
- On ne te tiendrait pas responsable des atrocités commises par d'autres, dit fermement Mrs Evans. Lily, explique-nous tout ça.
Lily tourna ses yeux vers sa sœur. Pétunia écoutait, tendue, mais sans trace d'hostilité.
- Il y a cet homme…On l'appelle « Vous-savez-qui » ou « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » entre nous... Mais son vrai nom est Voldemort…
… …
- « Survolta, le disquaire des jeunes » ? rit Andromeda.
Sirius sourit également, en tirant derrière lui ce qui semblait être une petite valise, mais qui était en réalité une malle de Poudlard qui pesait son poids. Andromeda était méconnaissable. Ses longs cheveux châtains avaient été crêpés, et elle portait un béret rouge assorti à son pantalon pattes d'eph. Une parfaite petite moldue.
- C'est cool comme endroit, dit-il d'un air dégagé. Je t'assure !
Andy lança un regard dubitatif aux jeunes punks qui les dépassèrent. C'était le genre de quartier bruyant, plein de vie et jeune qu'elle aimait, mais pas pour y vivre. Mais elle supposait que ça correspondait bien à Sirius. Le disquaire chez qui ils entrèrent adressa un signe de tête distrait à Sirius.
Andromeda traversa les allées, puis pointa du doigt une affiche.
- Qui c'est ? Coupe de cheveux mise à part, ils pourraient passer pour vous quatre…
Sirius rit, lui dit qu'il fallait vraiment qu'elle se cultive, et acheta le poster. Une demi-heure plus tard, les visages souriant de Remus, James, Peter et Sirius avaient magiquement remplacé sur le mur de son appartement, ceux de Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr et George Harrison.
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Lily rentrait chez elle en marchant.
Courir lui avait manqué. Il avait fallu plusieurs jours avant que Mrs Evans ne la laisse quitter la maison, en sachant qu'un psychopathe du monde magique voulait la peau de tous les Moldus.
Elle dépassa Spinner's End et continua sur la grande rue. Son circuit habituel de footing, vestige du temps où elle s'arrêtait chez Severus, suivait les berges de la rivière, et à cette période de l'année, dire qu'elles étaient boueuses était un euphémisme… Autant dire qu'elle ne rêvait que d'une douche chaude et d'une soirée tranquille.
Alors qu'elle fouillait dans son sac pour retrouver ses clés (oui, lorsqu'elle était de retour chez elle, elle oubliait jusqu'à l'existence même des Alohomora), la porte s'ouvrit… sur un grand sourire bien trop familier.
- Salut ! Devine qui vient dîner ce soir ?
- James ?
- Ah, tu vois, Sirius, ma théorie selon laquelle elle ne m'appelle par mon prénom qu'en dehors de l'école se confirme ! lança-t-il dans son dos.
- Qu'est-ce que tu… vous faites là ?
- Incapables de nous passer de toi, admit-il avec un sourire.
Puis, plus sérieusement :
- Andromeda a de gros ennuis, et on a besoin de ton aide.
Lily referma la porte et se dirigea vers la cuisine, où Mrs Evans riait aux éclats, visiblement à une plaisanterie de Sirius.
- Maman, tu laisses vraiment n'importe qui rentrer chez nous, commenta-t-elle la scène, pince-sans-rire.
- Parfaitement d'accord, fit la voix de Pétunia depuis le salon, où, dos tourné, elle lisait un livre.
Mrs Evans sourit.
- La situation semblait l'exiger.
- Où est Andy ? demanda Lily, pensant qu'elle les accompagnait.
- En lieu sûr, répondit Sirius. Pour l'instant, elle doit rester cachée.
- Qu'est-ce qui se passe exactement ?
Les deux garçons s'entreregardèrent.
- Je ne sais pas si on peut te révéler la nature exacte de la situation, mais disons qu'Andy a définitivement quitté la famille Black, et de manière un peu précipitée. Elle avait bien sa malle avec elle, mais visiblement, ses camarades de dortoirs avaient caché la plupart de ses affaires avant le retour… donc à moins de passer toutes les vacances en uniforme (ce qui serait d'un ennui…), il lui faudrait des vêtements de filles pour qu'elle tienne jusqu'à la rentrée.
- J'ai bien ça en stock, mais… si elle a vraiment quitté ta famille, tu crois que Bellatrix la laissera retourner à Poudlard sans… heurts ?
- Non. On voulait aussi te demander de jouer les chiens de garde, dit-il avec un grand sourire.
- Je suis préfète. Je suis le chien de garde général. Et puis, une telle métaphore de ta part, Black…
- Lily, toujours aussi agressive, dit James en échangeant un sourire avec son cabot de meilleur ami. Pour le bien d'Andromeda, veux-tu bien nous aider ?
- Je ne vais pas dire non… dit-elle avec ce mouvement de sourcil qui rendait James fou. Donnez-moi deux minutes. Tiens, profitez-en pour convaincre maman que Poudlard est un des lieux les plus sûrs du monde magique, et que je peux retourner à l'école…
- Eileen m'a déjà parlé, chérie, dit Mrs Evans.
- Maman, soupira-t-elle. Je cherchais un moyen de canaliser leur attention… Maintenant, tu vas devoir les supporter – Non, Black, tu ne montes pas à l'étage !
Elle gravit les marches quatre à quatre, et entreprit de trier ceux de ses vêtements qui avaient le plus de chance d'être à la taille d'Andromeda. Elle attrapa sa baguette, qui, dans le monde moldu, lui servait de pique à chignon, et emballa le tout. Elle ajouta au paquetage une trousse de cosmétiques de la marque magique Eglantine Puffett, qu'elle utilisait peu de toute façon, mais qui ferait plaisir à Andromeda, si, comme elle le soupçonnait, elle se trouvait chez Sirius (aka la garçonnière par excellence).
- C'est prêt, dit-elle à Sirius. Dites à Andy qu'elle peut me demander tout ce qu'elle veut, Athéna fera les commissions, si ta chouette est trop reconnaissable. D'ailleurs, vous l'avez laissée toute seule ?
- On a entouré l'immeuble de tous les sorts possibles. A cette heure-ci, Ted doit être en train de lui faire découvrir la musique moldue.
- Elle est avec Ted ? Bon.
- Vous restez dîner ? demanda Mrs Evans. Mon mari ne devrait pas tarder à rentrer…
- Et n'aura sûrement pas envie d'écouter Sirius raconter encore une fois comment il a gravi la façade de l'école uniquement pour tester l'efficacité des Fizwizbiz… la coupa Lily.
Même si James avait été à côté sur un balai, pour le rattraper en cas de chute, cet épisode devrait figurer dans le palmarès des pires idées que les Maraudeurs aient pu avoir. Et ce n'était pas peu dire.
Mrs Evans lui fit les gros yeux. Mais Lily n'y pouvait rien, il avait bien fallu qu'elle stoppe ses instincts d'hôtesse. Sa mère était tout à fait capable de sortir les photos de bébé après le dessert, et s'il y avait bien une chose que Lily voulait éviter, c'était découvrir les milles moyens de la torturer que James et Sirius inventeraient, s'ils voyaient une version miniature d'elle-même sur des photos, toute nue en train de faire un château de sable.
- Merci de votre hospitalité, Mrs Evans, dit James poliment. Mais Lily a raison, nous n'allons pas nous éterniser, il faut que Sirius aille nourrir sa cousine…
Lily lui sourit avec gratitude.
- Je n'ai pas vu la moto en arrivant… Je suppose que le permis de transplanage ne sera vraiment d'une formalité pour vous ?
- Lily, Lily, Lily, je me demanderai toujours à quoi tu passes ton temps libre… soupira Sirius.
- A empêcher les gens comme vous de briser le règlement ? proposa-t-elle.
- Tu brides leur créativité ! protesta-t-il, scandalisé.
James et elle rirent.
Elle leur dit au revoir et leur fit promettre de veiller sur Andromeda pour elle.
- Il te rend vraiment agressive, ce Potter, observa Mrs Evans, lorsqu'elle rentra à l'intérieur. Pourquoi ? C'est un gentil garçon…
Oui, Lily supposait que c'était un gentil garçon. Elle acquiesça.
- Je vais prendre une douche, maman…
Aucun des garçons n'avait fait de remarque sur sa dégaine, mais elle était tout de même couverte de boue et de sueur.
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Alors qu'elle se séchait les cheveux, son regard tomba sur son vieil exemplaire corné d'Orgueil et Préjugés, qui trainait par terre.
Bien sûr. Des dizaines de comédies romantiques basées sur ce livre, et elle tombait quand même dans le panneau.
Alice avait raison. Le fait qu'elle haïsse Potter avec autant de force ne pouvait indiquer qu'une chose : elle éprouvait des sentiments forts pour lui. Leur nature ? Elle commençait seulement à la comprendre. Quant à l'accepter…
Austen avait vraiment tout compris.
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