10- Après avoir sillonné le Moyen Orient pendant des mois pour réaliser une série d'article Astrid retournait à New York pour la première fois depuis deux ans.

Ses reportages ayant rencontré un succès certain de ce coté de l'atlantique, une grande chaîne de télé lui avait proposé un contrat pour préparer et présenter une série d'émission sur les thèmes d'actualité.

En descendant d'avion, Astrid resserra les pans de son manteau autour d'elle, au dehors une voiture de la station l'attendait. Cela avait fini par payer, elle s'approchait enfin de la consécration, la reconnaissance de ses pairs pour son travail.

La voiture s'arrêta bientôt devant le building abritant les locaux de la nouvelle station du groupe SKY. Le directeur général de la compagnie l'accueille personnellement.

- « Mlle Weiss c'est un plaisir que de vous compter dans notre équipe de journaliste. »

- « tout le plaisir est pour moi Mr Raichand, travailler pour votre compagnie est un honneur. »

- « nous allons être appelés à travailler ensemble, appelez moi Lens. »

- « Astrid. »

- « j'ai cru comprendre que vous connaissiez le milliardaire Largo Winch.»

- « Largo et moi sommes amis de longue date, malheureusement cela fait un moment que nous nous sommes perdus de vue. Il faudrait renouer le contact.»

- « il est bon de soigner ses contacts, passons dans mon bureau nous devons revoir les derniers détails du contrat avant sa signature. »

Astrid Weiss fit un retour triomphal au USA après l'avoir quitté quelques vingt ans auparavant avec sa famille.

- « Alors Nério que penses tu de mon projet ? Toi et moi sommes des fonceurs prendre des risques ne nous effraie pas, alors je ne vois pas pourquoi tu doutes.»

- « je ne doute pas Richard, je pèse le pour et le contre, il ne s'agit pas de quelques millions de dollars mais de centaine de millions, nous pouvons aussi y laisser notre chemise. »

- « et alors c'est tout l'intérêt, quitte ou double. »

Un sourire éclaira le visage jusqu'alors pensif de Nério.

- « Tu as raison après tout ce n'est que de l'argent, dés demain nous ferons établir les contrats. »

La porte s'ouvrit pour laisser passer une superbe rousse très peu vêtue,

- « Nério chéri, c'est la fête ce soir allez viens. »

- « j'arrive. »

Les deux hommes se laissèrent entraîner par la jeune femme, la porte ouverte laissait passer un flot de musique et de rire, un peu partout des couples étaient assis l'alcool et la drogue coulaient a flot, Nério ne fut pas en reste mais contrairement a son ami il veilla a reste parfaitement sobre, il tenait a avoir les idées claires demain pour pouvoir négocier avec les avocats.

C'était les années cinquante et l'économie connaissait un formidable essor, propice a ceux qui n'hésitaient pas a prendre des risques.

Et des risques ils en ont pris, le groupe W est né un soir de fiesta sur la cote californienne mais ce qui au début n'était qu'une farce devint rapidement quelqu'un avec qui il fallait compter, ils ne ménagèrent pas leur effort, Nério plus que quiconque il avait décidé de faire du groupe W un empire présent partout dans le monde et il y travailla, il était de tous les contrats des licites aux illicites il ne laissa rien passer.

En l'espace de dix ans Nério et Richard faisaient parties des partis les plus convoités, ils se trouvaient tous les deux a la tête d'une fortune personnelle d'une centaine de millions chacun.

Les années soixante arrivèrent et le groupe poursuivit sur sa lancée, de nouvelles drogues firent leur apparition sur le marché et trouvèrent en Richard un consommateur assidu, il commença a délaisser le groupe et bientôt il se retrouva mêlé a des activité on ne peut plus douteuses, il dilapida sa fortune en drogue et séjour prolongé dans les casinos de Las Vegas et Atlantic city.

La déchéance de Richard dura cinq longues années période durant laquelle une figure s'imposa au sein du groupe W, John Sullivan frais émoulu de son université il avait intégré le groupe W sur les recommandations de Helm's Senior.

Sullivan avait un double diplôme, l'un en tant que juriste en droit des affaires international et un en gestion cette double casquette rajouté aux recommandations dont il était pourvu facilita son accès et son ascension au sein du groupe, il devint rapidement le bras droit de Nério.

Avec la déchéance de Richard Nério avait eu besoin d'un bras droit quelqu'un ayant aussi peu de conscience que lui. Il n'avait pas besoin d'un prêcheur mais d'une personne sachant faire taire ses scrupules lorsque cela s'avérait nécessaire.

John correspondait parfaitement aux exigences imposées pour le poste, à cette période de l'évolution du groupe les affaires traitées n'étaient pas toutes très légales, Nério s'était essayé avec succès au trafic de drogue mais avait su s'arrêter lorsque les autorités commencèrent à s'organiser, mais l'expérience fut suffisamment fructueuse puisqu'elle permit à Nério d'avoir suffisamment de liquidité pour les projets d'extension qu'il avait pour le groupe.

Une complicité s'instaura lentement entre Nério et Sullivan tous les deux étaient jeunes et dévorés d'ambition, Richard lui s'enfonçait de plus en plus soucieux pour celui qui fut pendant un temps son ami, malheureusement l'argent lui est monté à la tête et il s'est perdu en chemin.

Les années soixante succédèrent aux années cinquante et maintenant les années soixante dix pointaient, l'histoire s'emballe et son cours s'accélère après les mouvements indépendantistes des colonies à travers le monde et l'apparition de figure qui demeureront célèbres des décennies encore, les années soixante dix et l'ère des colonels ouvrait la porte à la période armement, sentant le vent tourner Nério saisit l'opportunité qui s'offre à lui et entraîne le groupe vers cette nouvelle voie.

A présent le groupe était présent dans plusieurs secteurs d'activité, et ses structures se faisant de plus en plus importantes et les ressources financières aussi le groupe commençait à raisonner en terme d'alliance stratégique.

Malheureusement les incartades de Richard et la mauvaise presse qui en découlait fit perdre beaucoup au groupe que cela soit sur le terrain ou à la bourse où les actions du groupe accusèrent une baisse inquiétante, c'est dans ce contexte que Danitza fit son apparition dans la vie de Nério Winch.

Le groupe W avait délaissé la côte californienne pour le New Jersey où le groupe possédait un immeuble qui servait de siège à l'ensemble des filiales du groupe, pris par sa politique d'extension Nério avait quelque peu délaissé le projet de construction de la tour W. malgré cela les locaux qu'occupaient le groupe était d'un luxe inouï.

Dans son ensemble le groupe W présentait à la face du monde une entité unique pourtant dans son fonctionnement il en allait autrement, il existait deux entités bien distinctes, Nério d'un côté et Richard de l'autre chacun disposant d'un certain pouvoir et d'une certaine autonomie.

Au moment de l'introduction en bourse les deux hommes avaient mis sur le marché trente pour cent des parts sur le marché, quinze chacun.

Cette opération avait permis à Nério de lever les fonds nécessaires pour une nouvelle phase de l'extension du groupe, bientôt Nério s'imposa comme étant le véritable dirigeant du groupe et il en devint l'unique président du conseil du groupe, chose que n'apprécia que moyennement Richard en réponse à ce désaveu du conseil ce dernier mit en vente cinq pour cent de ses actions du groupe, il était clair bien sûr que Nério n'aurait aucune chance s'il se présentait, alors usant d'un homme de paille il racheta ses parts portant ainsi sa participation au sein du groupe à 40.

Dés que la porte se referma sur Joy et Kerenski cette dernière se laissa lourdement tomber sur le lit, tant de choses était survenue aujourd'hui, pourtant ce qui la choquait le plus était les réactions de sa famille, la jubilation de sa mère et son frère l'indifférence de son père, pour qui comptait elle finalement ?

Intellectuellement elle ne se faisait guère d'illusion mais affectivement elle peinait à admettre que sa propre famille se désintéressait de ce qui pouvait lui arriver.

A quelques mètres de la Simon tentait de faire le lien entre la femme qu'il avait vue à la tour il y a quelques jours et celle qui était apparue en haut des marches il y a de cela moins d'une heure.

Toutes deux dégageait cette aura, mélange de mystère et de fragilité, en la regardant il avait eu l'impression de voir deux Joy, l'une forte et dure capable d'abattre un homme sans sourciller et celle en retrait plus fragile, que la vie n'avait pas épargné.

Bien que Kerenski se montrât d'une froideur plus grande depuis son retour Simon avait essayé d'en savoir plus mais ce dernier lui avait opposé le plus total mutisme.

Fort de l'unique information en sa possession à savoir son appartenance au service de sécurité de Nério Winch il avait commencé à poser des questions un peu partout autour de lui.

Il avait demandé a Sullivan en premier mais ce dernier s'est montré très évasif, il n'avait pu approcher Cardignac mais Alicia……, un sourire erra inconsciemment sur les lèvres de Simon en pensant à elle, lui avait appris que Joy Arden avait appartenu au secteur espionnage du groupe et que c'était elle qui avait eu pour mission de les rapatrier d'Europe, mission dont elle s'est acquittée avec succès. Toujours selon Alicia Joy avait toute la confiance de Nério et Sullivan même Cardignac lui faisait confiance.

La première fois qu'il l'avait vue il avait été ébloui par sa plastique parfaite, un corps délié avec des rondeurs stratégiquement placées. Un corps à damner un saint, et il avait tenté sa chance sans succès il revoit encore le sourire ironique de Kerenski pendant qu'il tentait vainement d'arracher un rendez vous à la belle.

Puis elle lui avait sauvé la vie à la villa, et pour cela il ne se sentait pas l'envie de la voir souffrir, car s'il était honnête avec lui-même il reconnaissait volontiers que des fois il lui était arrivé de faire pleurer sa partenaire au moment de la rupture car un matin il se réveillait et se rendait compte que la femme endormie à ses cotés ne lui inspirait plus les même sentiments qu'au début alors il repartait en quête de nouvelles aventures.

Puis il avait croisé Joy, un mélange de force et de fragilité l'image même de la femme qui éveille les instincts de protection des hommes qui la croisent bien qu'il sache pertinemment qu'elle n'était pas du genre poupée de porcelaine.

Elle lui avait fait repenser à Vanessa sa turbulente petite sœur, mais sa soeur avait depuis longtemps cessé de demander son aide sauf lorsqu'elle se retrouvait dans des situations on ne peut plus inextricable. C'était une blessure béante à son cœur qui ne se refermera sans doute jamais. Sa sœur ne pensera jamais à lui si elle ne pensait pas que ça lui rapporterait quelque chose.

Mais il avait trouvé en Largo un frère et une nouvelle famille. Kerenski aussi faisait partie de ce qui commence à ressembler à une famille même si celui-ci semblait bien au dessus de ces trivialités qu'étaient les sentiments.

Un peu plus loin encore, Largo qui avait fini de se changer s'installa dans le boudoir afin de profiter d'un peu de calme, mal réveillé et excité par ce nouvel environnement Jake était infernal, à bout de patience il s'était retiré dans cette pièce pour réfléchir en paix. Agressé par les cris que poussaient Jake Largo se leva et quitta la chambre pour aller vers celle de son pote Simon. Sans prendre la peine de frapper Largo franchit le seuil de la chambre de son ami, ce dernier ne réagit pas a son entrée assis dans son fauteuil il semblait abîmé dans une profonde réflexion, son visage habituellement souriant semblait bien pensif, lointain.

Ils étaient frères, depuis leur rencontre dans cette prison turque il y a de cela six ans maintenant ils avaient tout traversé ensemble et tout partagé les filles comme les coups du sort.

Il paraissait fatigué, Simon que rien ne semblait abattre semblait las, et ces yeux au lieu de cette malice il y voyait une lassitude, Largo se rendit alors compte pour la première fois avec acuité de ce que l'arrivée au groupe W avait coûté a son ami, lui aussi a du sacrifier sa liberté et renoncer à tout un mode de vie pour l'accompagner et le soutenir.

« Je préfère rire de certaines choses de crainte d'en pleurer. »

Les femmes, les voitures, les dollars pleins les poches tout cela ne remplacera jamais l'impression de liberté et d'absence de contraintes, ils n'étaient responsable que d'eux-mêmes à présent ce sont des milliers de gens qui dépendent d'eux.

- « salut vieux. »

- « AH LARGO, tu veux ma mort ou quoi ? »

- « désolé. » Largo tentait d'avoir l'air désolé mais échoua piteusement, la tête de Simon était trop risible, n'en pouvant plus il éclata de rire.

- « rigole, ça te va bien, c'est pas toi qui as frôlé la crise cardiaque. Que puis je pour toi vieux frère ? »

- « je voulais profiter d'un moment avec toi c'est tout.»

- « installe toi pendant que je me change.»

- « Simon, c'était qui la fille ? »

- « quelle fille ? Ah tu veux parler de Joy. »

- « Joy, la Joy qui connaît mon père et la petite amie de Kerenski.»

- « eh oh tu planes la….

- « il faut que je lui parle. Je dois savoir ce qu'elle sait. »

- « attends un instant…. Je dois te parler d'abord….. (Il pousse son ami vers le fauteuil qu'il vient a peine de quitter.) Écoute voilà ce que je sais sur elle, après l'affaire du tueur, je me suis renseignée sur elle, Joy Arden bientôt 26 ans, ex agent de la CIA et ancien membre du service espionnage du groupe W, elle était l'homme de confiance du conseil, et surtout avec Sullivan la personne la plus proche de Nério. Dans la tour ils l'appellent l'ombre ou l'âme damnée. Certains avancent même qu'elle était bien plus pour Nério.»

Le silence plana un moment dans la pièce, en entendant le surnom de Joy il se demanda pendant un court instant s'il était prêt a entendre et encaisser ce qu'il allait apprendre.

- « je veux savoir.»

Après avoir fait quelques pas dans le couloir, les deux hommes s'arrêtèrent devant une porte, après un bref instant d'hésitation Largo frappa à la porte. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit pour laisser apparaître un Kerenski torse nu.

- « on dérange peut être. »

En disant cela Simon un sourire goguenard errait sur les lèvres de Simon.

- « ravale ta langue Simon tu baves sur le plancher. »

- « Joy est là ? Largo….

- « je sais pourquoi il est venu mais cela ne veut pas dire qu'elle vous parlera. »

- « tu savais et tu ne m'as rien dit. »

- « que voulais tu que je te dise, tu es un idéaliste Largo un enfant, pour toi c'est blanc ou noir, il n'y a pas de demi-teinte. »

La porte de la salle de bain s'ouvrit pour laisser passer Joy habillée d'un fourreau écarlate et portant pour unique bijou une longue chaîne en or tressé et au bout de laquelle brillait un gros diamant.

Simon ne put retenir un long sifflement admiratif, plus homme du monde Kerenski porta la main de Joy à sa bouche avant de la retourner et de lui embrasser le poignet. Largo gardait le silence.

- « c'était vous, il y a deux ans, c'est vous qui avait empêché Berdych de me tuer. »

Cela ne ressemblait pas à une question mais à une constatation.

- « oui c'est moi.»

Un autre silence s'installa dans la pièce. Plein de questions se bousculaient dans la tête de Largo et il ne savait pas par où commencer.

- « plus tard, nous avons tout le temps. Allons rejoindre les autres la réception ne tardera pas à commencer. »

- « une question qui est réellement mon père ? »

- « qui était réellement votre père ? Nério est mort il y a de cela deux ans, de cela vous pouvez être sûr. »

- « il est vivant, je l'ai vu, il m'a parlé. »

- « impossible, il est mort les tests ADN sont formels, c'est lui qui se trouve dans ce cercueil à New York. »

- « et qui me dit que vous ne mentez pas que vous ne faites pas partie de la commission. »

- « croyez ce que vous voulez libre à vous. Excusez moi mais on m'attend.»