11. Sereine
Kairi devait dormir sur le siège pilote du vaisseau, après avoir mis l'engin en pilote automatique. La salle des machines aurait pu inclure un lit, mais le moteur faisait bien trop de bruit en plein vol pour que l'on puisse se reposer là-dedans. Elle eut du mal à trouver une position confortable et passa un bon moment de la nuit à se retourner dans tous les sens.
Elle ne fut même pas surprise de se retrouver sur une plage devant un joli coucher de soleil orangé. Ce n'était pas l'île du destin, mais cela y ressemblait légèrement. Le sable s'y trouvait plus foncé –où était-ce la lumière crépusculaire qui faisait cela ?- et il ne s'y trouvait aucune trace de verdure. La dune, ne s'étendant que sur quelques mètres en langueur, était délimitée par un petit rebord de briques ocre. Passé cette barrière, la ville de la même couleur orangée semblait dormir. Aucun bruit hormis celui du roulement régulier des vagues ne se faisait entendre.
Elle finit par comprendre qu'elle dormait. Cet état curieux entre le rêve et la lucidité lui sembla familier. Cela s'était déjà produit, une fois…
« Naminé ? appela-t-elle doucement en fixant l'horizon. Tu es là ?
-A côté ! fit la voix de sa Simili dans un petit rire heureux. En bas. »
Elle sursauta en voyant la blonde assise à ses pieds, assise sur l'étendue dorée et eut un mouvement de recul qui sembla bien amuser Naminé malgré son visage calme. Ses yeux pétillaient.
« Mais tu n'étais pas là avant ! s'exclama la rousse.
-Je me suis téléportée. Pardon, je ne pensais pas t'effrayer.
-Moui… si tu le dis », capitula Kairi, peu convaincue.
Elle prit place à ses côtés, se demandant toujours où elle se trouvait. Elle n'avait jamais vu cette plage auparavant. Enfin, la clairière de la dernière fois non plus, mais là, l'image paraissait plus précise, comme dans un souvenir…
« C'est toi qui as créé cet endroit ? questionna-t-elle.
-Pas vraiment, nia Naminé. Mais oui, c'est moi qui l'ai fait apparaître dans ton rêve. Si ça te dérange, tu peux essayer de nous transporter ailleurs…
-Non, c'est beau, mais… Où est-ce qu'on est ?
-A la plage de la Cité du Crépuscule. »
La rousse se tourna vers son amie, surprise.
« Je ne savais même pas qu'il y avait une plage dans ce monde ! »
Elle y avait fait un tour le jour où elle avait échappé à Axel et y avait rencontré des enfants de la ville, tous très gentils. Hayner, Pence et Olette… Elle aimerait bien les revoir. Peut-être que Tic et Tac ne diraient rien si elle leur faisait faire un petit détour par la Cité avant de reprendre l'enquête auprès des Princesses…
« Il faut prendre le train pour s'y rendre. J'y suis allé une fois, avec Riku, poursuivit Naminé. Pendant un des rares temps libres que DiZ nous accordait. Il a dit que cela me ferait du bien de sortir un peu du Manoir… et cet endroit lui rappelait un peu l'île. »
Le cœur de Kairi se serra un peu à la mention de son ami. Ou plutôt son ancien ami, vu comment il agissait à présent envers elle ? Elle ne savait plus… Elle ne pouvait pas dire que c'était du passé, mais…
« Notre monde lui manquait vraiment ? demanda-t-elle quand même.
-Bien sûr, répondit la Simili, une pointe d'étonnement dans la voix. Et puis, surtout, il s'en voulait beaucoup d'avoir été responsable de cela et de vous avoir causé du tort, à toi et Sora.
-Tu parles… bougonna la rousse. Il se souciait surtout de Sora…
-Kairi ! »
La Simili avait presque crié. La jeune fille se tourna vers elle, étonnée de la voir aussi… presque furieuse, à vrai dire. Ses sourcils froncés et ses yeux lançant des éclairs la feraient presque se sentir coupable. Puis, franchement, Kairi n'aurait jamais imaginé que son double puisse arborer une telle expression !
« C'est la vérité, pourtant ! protesta-t-elle. Aucun d'eux ne s'est soucié de savoir si j'allais bien !
-Tu étais en sécurité sur l'île, pas en danger, répliqua plus calmement Naminé. Tu as tort, tu leur manquais terriblement à tous les deux.
-Et comment peux-tu en être si sûre ?
-J'ai passé près d'un an aux côtés de Riku et j'avais accès aux souvenirs de Sora. Je sais qu'ils tiennent à toi, même encore maintenant.
-Eh bien, ce n'est pas l'impression qu'ils m'ont donné », répliqua la jeune fille d'un ton sec.
Ça lui faisait mal de parler d'eux ainsi. Après tout, elle pensait leur amitié indestructible, jusqu'à ce qu'ils la laisse tomber. La Simili comprit qu'il ne valait mieux pas insister et changea de sujet.
« Roxas aussi voulait venir ici…
-Roxas ? Il se trouvait dans la Cité Virtuelle, non ? »
Naminé hocha tristement la tête.
« DiZ n'a pas voulu créer une plage pour que lui et ses amis puissent y aller. Sa liberté touchait pourtant à sa fin et il allait bientôt retourner en Sora… »
Kairi ne voyait pas pourquoi son amie lui racontait cela.
« Il méritait d'avoir au moins ça », poursuivit la blonde d'un ton un peu dur que l'autre ne lui connaissait pas.
La rousse comprit alors que, pour une fois, c'était son double qui avait besoin de réconfort et d'un côté, ça lui faisait plaisir. Pas qu'elle aime voir souffrir son Simili, mais elle n'avait plus l'impression d'être la petite chose que l'on devait toujours rassurer. Elle se sentait utile. De plus, elle devait bien cela à Naminé pour toutes ces fois où elle avait été là pour la rassurer.
Seulement, comment s'y prendre, exactement ?
Mal à l'aise avec les mots, elle la prit dans ses bras et la blonde posa sa tête contre son épaule. Elles restèrent comme ça un moment avant que Kairi ne se décide à briser le silence. Une question la taraudait.
« Roxas peut-il aussi communiquer avec Sora comme tu le fait avec moi ? »
Elle sentit l'autre secouer la tête en signe de négation.
« Je n'en sais rien… Peut-être que j'en suis capable car je suis un Simili spécial…
-Comment ça ?
-C'est ce que disaient Marluxia et DiZ, expliqua alors la blonde. Parce que je peux influencer la mémoire des gens.
-Je vois. »
Kairi se rendit compte à quel point son amie avait dû souffrir durant le peu qu'elle avait vécu. Manipulée par des personnes malfaisantes, seule, avec l'espoir et le rêve pour seuls amis…
« Je suis désolée, Naminé. Que tu aies dû endurer toutes ces choses… »
La Simili leva la tête de son épaule pour la regarder.
« Ce n'est pas de ta faute, tu le sais, déclara-t-elle.
-Oui, mais j'aurais aimé… Je ne sais pas vraiment, en fait. Pardon. »
Si seulement…
« Et si je te libérais ? »
Kairi sentit Naminé s'écarta d'elle et laisser une pellicule de froid sur sa peau là où elles se touchaient quelques secondes auparavant. Pour une raison inconnue, elle aurait aimé qu'elle ne quitte pas ses bras.
« Mais comment… Tu... Je t'interdis de faire ça ! s'exclama la blonde, une expression choquée sur le visage.
-Pourq… »
Puis elle comprit ce qu'avait imaginé l'autre. Pour engendrer un Simili, il fallait perdre son cœur…
« Oh, ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit-elle. N'y a-t-il vraiment aucun autre moyen ?
-Pas que je sache, soupira la Simili. Mais ce n'est pas grave, ne t'en fais pas pour moi. »
Son sourire paraissait forcé. La rousse lui prit la main entre les siennes, doucement, et plongea ses yeux dans les siens.
« Je te promets que s'il existe un moyen, je le trouverais, déclara-t-elle, ce qui agrandit légèrement le sourire de la blonde.
-Merci… » chuchota celle-ci du bout des lèvres, le regard posé sur leurs doigts entrelacés.
Il devait forcément y avoir une solution ! Kairi le sentait, et elle trouverait. Naminé méritait de mener sa propre existence, et Roxas aussi.
« Tu vas bientôt te réveiller, déclara Naminé.
-A tout à l'heure, alors. »
Elle fut surprise en voyant la blonde faire non de la tête.
« J'ai compris quelque chose récemment, expliqua-t-elle. Cela me coûte de l'énergie quand je t'entraîne dans un rêve comme celui-ci et je… m'endors, en quelques sortes. Pardon, mais je ne serais pas là à ton réveil. Il me faut toujours quelques jours pour récupérer.
-Oh… soupira Kairi, déçue. Eh, mais c'est pour ça que tu ne répondais plus lorsque je suis arrivée au Jardin Radieux !
-Oui, approuva Naminé. Ouvrir ce passage m'a épuisée. Je suis désolée.
-Ce n'est rien, la rassura Kairi. Merci pour ça, au fait. Sans toi, je serais encore bloquée sur l'île. »
Elle lui sourit, puis son visage s'effaça pour ne laisser que le vide.
De retour à la réalité, la jeune fille soupira, heureuse et mélancolique à la fois. Elle aurait voulu que le rêve ne s'envole pas si vite.
